Niger - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/niger/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Tue, 10 Mar 2026 20:03:40 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.4 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg Niger - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/niger/ 32 32 Opération reconquête des États-Unis dans l’AES https://mondafrique.com/limage-du-jour/operation-reconquete-des-etats-unis-dans-laes/ https://mondafrique.com/limage-du-jour/operation-reconquete-des-etats-unis-dans-laes/#respond Wed, 11 Mar 2026 05:03:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=148371 Alors que la guerre en Iran mobilise l’attention de Washington, les États-Unis poursuivent leur entreprise de séduction auprès des pays de l’Alliance des États du Sahel. Après une première étape au Mali en février, Nick Checker est arrivé ce 10 mars à Ouagadougou avant de poursuivre sa tournée au Niger. Peu connu du grand public, […]

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Alors que la guerre en Iran mobilise l’attention de Washington, les États-Unis poursuivent leur entreprise de séduction auprès des pays de l’Alliance des États du Sahel. Après une première étape au Mali en février, Nick Checker est arrivé ce 10 mars à Ouagadougou avant de poursuivre sa tournée au Niger.

Peu connu du grand public, Nick Checker n’est pas un diplomate de carrière. Depuis janvier 2026, il dirige par intérim le Bureau des affaires africaines du département d’État. Mais son parcours est celui d’un homme du renseignement : il a passé plus d’une décennie à la CIA comme analyste militaire, spécialisé dans les conflits du Moyen-Orient et de la Corne de l’Afrique. Son profil reflète l’approche actuelle de Washington : transactionnelle et sécuritaire, plutôt que diplomatique.

La tournée qu’il mène dans les capitales de l’AES vise à proposer une coopération concrète dans la lutte contre les groupes jihadistes. Les États-Unis cherchent notamment à remettre sur la table un partage de renseignements de type ISR intelligence, surveillance et reconnaissance reposant sur leurs capacités satellitaires, leurs drones et leurs réseaux d’analyse.

Recueillir et partager des renseignements

Côté pile, Washington offrirait aux armées sahéliennes un accès à des informations précieuses sur les mouvements des groupes armés, en échange d’un retour progressif de la coopération sécuritaire américaine dans la région. Côté face, les Américains recueilleraient eux-mêmes des renseignements qui leur font défaut depuis qu’ils ont été contraints par le Niger de quitter leur grande base de drones d’Agadez. Pour parvenir à leurs fins, ils tentent de séduire les gouvernements de la région en insistant sur le respect de la souveraineté des États et sur une coopération fondée sur des intérêts communs.

Les signaux de ce retour progressif se multiplient. Après la visite de Nick Checker à Bamako début février, Washington a levé des sanctions visant plusieurs responsables maliens. Des discussions ont également été engagées sur une possible reprise des vols de drones américains au-dessus du territoire malien et sur le retour d’une base américaine dans ce pays. Selon, TV5 Monde, ils seraient sur le point de signer un accord.  

Reste une inconnue : comment militaires américains et russes pourraient-ils coexister sur le terrain sahélien, alors même que les négociations sur l’Ukraine patinent et que l’on assiste à une montée des tensions entre Washington et Moscou en raison de la guerre en Iran ?

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Guerre en Iran: réactions africaines contrastées https://mondafrique.com/limage-du-jour/guerre-en-iran-reactions-africaines-contrastees/ https://mondafrique.com/limage-du-jour/guerre-en-iran-reactions-africaines-contrastees/#respond Thu, 05 Mar 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=148043 Quatre jours après les frappes israélo-américaines contre l’Iran, les réactions africaines se répartissent en quatre catégories : fermes, prudentes, très réservées et silencieuses. Des positions parfois inattendues. Contrairement aux réactions qui avaient surpris le monde après le déclenchement de la guerre en Ukraine, les prises de position des organisations et des capitales africaines n’ont, cette […]

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Quatre jours après les frappes israélo-américaines contre l’Iran, les réactions africaines se répartissent en quatre catégories : fermes, prudentes, très réservées et silencieuses. Des positions parfois inattendues.

Contrairement aux réactions qui avaient surpris le monde après le déclenchement de la guerre en Ukraine, les prises de position des organisations et des capitales africaines n’ont, cette fois, guère marqué les esprits.

Positions tranchées

Parmi les réactions les plus claires figure celle du Sénégal. Dakar a exprimé sa vive préoccupation face à l’escalade et condamné l’usage de la force, considéré comme une violation du droit international et une menace pour la souveraineté des États. Le gouvernement a appelé à un cessez-le-feu immédiat et au retour au dialogue. Le Premier ministre Ousmane Sonko a dénoncé une « liquidation du droit international», tout en alertant sur les conséquences économiques potentielles pour l’Afrique.

L’Afrique du Sud a également adopté une position ferme. Pretoria condamne explicitement une violation du droit international et rejette la notion de « légitime défense préventive », restant fidèle à sa diplomatie et à son positionnement au sein des BRICS.

Le Tchad a lui aussi réagi clairement en exprimant sa « profonde tristesse » après la confirmation de la mort du Guide suprême Ali Khamenei, en partageant la douleur du peuple iranien et réaffirmant l’attachement du pays aux principes de paix et de solidarité internationale. Puis, dans un second message, sûrement pour ne pas se mettre à dos les Émirats arabes unis, N’Djamena a condamné avec fermeté la riposte iranienne contre plusieurs pays du Golfe et a qualifié ces attaques d’« inacceptables ».

Le  Maroc, lui s’est rangé sans surprise du côté de Washington et de Tel Aviv. Rabat n’a formulé aucune critique des frappes américano-israéliennes et a exprimé sa solidarité avec les États arabes visés par les ripostes iraniennes. Une posture attendue et cohérente avec son alignement sur les États-Unis et sur Israël depuis la signature des accords d’Abraham.

Le camp des prudents

Dans le camp des prudents, l’Union africaine a exprimé sa « profonde préoccupation » face à l’escalade et appelé à la désescalade, évoquant les risques pour la stabilité mondiale, les marchés énergétiques et la sécurité alimentaire. La CEDEAO a adopté un ton similaire, mettant en garde contre les conséquences économiques pour l’Afrique de l’Ouest. D’autres pays ont réagi de la même manière, comme le Ghana, la Sierra Léone ou la Côte d’ivoire.

L’étrange retenue d’Alger

Plus surprenante est la prudence extrême de l’Algérie. Alger s’est contentée de regretter l’échec des négociations menées à Oman et d’appeler à la retenue, tout en exprimant sa solidarité avec les États arabes visés par les ripostes iraniennes, sans condamnation directe des frappes initiales. Une position qui tranche avec sa tradition diplomatique de non-alignement affirmé et ses bonnes relations avec Téhéran. La Tunisie s’est alignée sur son voisin.

Le silence bavard de l’AES

Enfin, le silence de l’Alliance des États du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger) reste l’un des faits les plus marquants. Un mutisme d’autant plus notable que ces trois pays ont développé une coopération militaire avec l’Iran, notamment dans le domaine des drones. Deux jours avant le déclenchement du conflit, le ministre burkinabè de la Défense se trouvait encore à Téhéran. Cette absence de réaction est parlante, elle signifie que les États de l’AES souhaitent ne pas remettre en cause leur récente reprise du partenariat entre Washington.

Au final, toutes les réactions, quelles soient prudentes ou silencieuses s’expliquent par la volonté de ne pas froisser Washington afin de ne pas subir les foudres de l’imprévisible Donald Trump.

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Sahel, la course aux satellites de surveillance https://mondafrique.com/a-la-une/sahel-la-course-aux-satellites-de-surveillance/ https://mondafrique.com/a-la-une/sahel-la-course-aux-satellites-de-surveillance/#respond Wed, 04 Mar 2026 05:01:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147998 Après la rupture de plusieurs pays du Sahel central avec les armées française et américaine, une grande course aux satellites de surveillance s’est engagée, avec de nouveaux acteurs. Mondafrique reprend ici, avec son autorisation, un article du Centre des Stratégies pour la sécurité du Sahel Sahara (Centre 4s).  Par Paul Amara Ces outils – précieux […]

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Après la rupture de plusieurs pays du Sahel central avec les armées française et américaine, une grande course aux satellites de surveillance s’est engagée, avec de nouveaux acteurs. Mondafrique reprend ici, avec son autorisation, un article du Centre des Stratégies pour la sécurité du Sahel Sahara (Centre 4s). 

Par Paul Amara

Ces outils précieux dans la lutte contre le terrorisme et les trafics de drogue, d’armes, d’or, de migrants, d’êtres humains, de cigarettes et de carburant foisonnent. Dès novembre 2023, le Mali signait un mémorandum d’entente avec l’entreprise russe Glavkomos, spécialisée dans les activités spatiales. Cet accord lui a permis d’améliorer la couverture Internet, des télécommunications, de la télévision et de la surveillance du territoire.  D‘autres pays lui ont emboité le pas, affichant des ambitions spatiales de plus en plus grandes. Ainsi envisagent-ils le lancement de satellites d’observation militaire, à plusieurs ou à titre individuel.

La surveillance militaire par satellite permet de détecter, en temps réel, des mouvements ennemis à plusieurs centaines de km à la ronde. Elle sert aussi dans l’observation continue des zones à risque, y compris dans les environnements hostiles et inaccessibles par voie terrestre. Elle facilite un suivi serré des équipements ennemis et réduit les risques humains, en permettant d’économiser les missions de reconnaissance dangereuses au sol. En survolant, plus ou moins discrètement et librement, l’espace, les satellites appuient les opérations militaires au travers d’activités d’observation, d’écoute et de communication. La visualisation par l’imagerie satellite militaire aide à localiser des camps terroristes, et d’agir en conséquence. Grâce à ces machines complexes, les armées du Sahel peuvent développer des réactions rapides face aux menaces djihadistes.

En 2026, les satellites fournissent des images de haute définition, quasiment en temps réel, assistées par l’intelligence artificielle (IA). L’interprétation de ces quantités de données est ainsi effectuée sans grand usage de l’intelligence humaine, facilitant de promptes réactions. Ce modèle de satellite de surveillance coûte, en moyenne, 300 millions d’euros. Maintenance et exploitation restent aussi onéreuses. Leur miniaturisation et leur lancement en grappes peuvent réduire ce montant jusqu’à 40%. Malgré tout, cela demeure un défi financier pour les pays du Sahel.

De nombreux pays africains se dotent de satellites espions

En cette année 2026, on estime à 410 le nombre de satellites espions en orbite, couvrant 93% de la planète. En 2020, les pays africains suivants avaient lancé des satellites : Afrique du Sud, Algérie, Angola, Égypte, Éthiopie, Ghana, Kenya, Maroc, Nigeria et Soudan. Pionniers, grâce à des décennies d’investissements stratégiques et de partenariats internationaux, l’Égypte et l’Afrique du Sud comptent, chacun, 13 satellites en orbite. Le Nigeria, avec 7 satellites, est un acteur clé en Afrique de l’Ouest. L’Algérie en possède six. Le Ghana a mis au point GhanaSat-1. Le Royaume du Maroc se montre leader, du fait de l’acquisition du satellite Mohamed VI A, d’une valeur de 500 millions de dollars. Officiellement, ce satellite évolue en vols stationnaires à des fins de télécommunications.

D’autres pays africains, surtout au Sahel, doivent coopérer avec ceux-là ou compter sur les partenaires internationaux, ou encore opérer avec des drones. Mais les capacités de surveillance et de traitement de données de ces derniers sont bien moindres que celles des satellites. En revanche, ces vecteurs aériens peuvent aussi attaquer. Les trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) ont signé avec leur nouveau partenaire stratégique, la Russie, un accord de coopération spatiale à Bamako le 23 septembre 2024. Ce protocole a été paraphé avec Glavkosmos, filiale de l’agence spatiale russe, Roscosmos.Deux satellites sont au cœur de cette ambition. L’un sera dédié aux télécommunications et promet une meilleure couverture Internet ainsi qu’une diffusion amplifiée de la radio et de la télévision. L’autre sera consacré à l’observation terrestre. Grâce à ses capacités d’imagerie à haute résolution, il devrait être d’un grand secours dans la surveillance des frontières et la prévention des risques d’insurrection.

Un satellite russo-burkinabè? 

En janvier 2026, la Russie et le Burkina Faso ont commencé à envisager la construction d’un satellite de communication destiné à accélérer la transformation numérique du Faso : ouvrir la voie à des services de connectivité, de cartographie et d’alerte précoce. Devant être conçu pour couvrir la région du Sahel, le satellite aura aussi pour vocation de sécuriser les communications gouvernementales et de renforcer la résilience des réseaux en période de crise. Parallèlement à la coopération sahélo-russe, le Niger, de son côté, a entamé une collaboration avec la Chine pour acquérir de l’imagerie satellitaire. Il coopère également avec l’Italie, qui déploie des unités de collecte d’information, de surveillance et de reconnaissance. Le cadre de cet appui est la Mission de soutien italienne à la République du Niger (MISIN), forte de 350 à 400 soldats. Le Parlement italien a autorisé cette opération, depuis 2018, pour accroitre les capacités du Niger dans sa lutte contre les différents trafics et les menaces à sa sécurité. L’attaque terroriste de l’aéroport international Hamani-Diori, à Niamey, la nuit du 28 au 29 janvier 2026, a révélé que ce site ultrasensible se trouve sous surveillance satellitaire de l’entreprise américaine Ventor Tech, spécialisée dans l’information spatiale. 

En Libye, des avions et des satellites russes surveillent les positions de Daech, à l’est et à la frontière avec l’Égypte. En Mauritanie, fin septembre 2024, le ministère de la Transformation numérique et de la Modernisation de l’Administration a annoncé le lancement d’un projet stratégique visant à créer un programme spatial national pour les nano-satellites. Le pays veut se doter d’un système spatial souverain au service de la sécurité, de la surveillance et du contrôle, ainsi que pour étendre la couverture numérique à l’ensemble du territoire national. Au Soudan, les images satellites jouent un rôle important dans la mise en évidence des atrocités commises à El Facher. Ces images sont le seul moyen permettant de suivre la situation dans une zone inaccessible et avec un réseau de communication défaillant.

Survols des pays sahéliens

Le sous-équipement de l’Afrique de l’Ouest, et particulièrement du Sahel, permet à des puissances étrangères de les survoler librement. Le jour de la Noël 2025, sur initiative du gouvernement américain, des bombardements ont visé des combattants de l’État islamique (EI) dans l’État de Sokoto, Nigeria. La raison avancée est que le Nigeria laisserait se perpétrer un génocide et une persécution des chrétiens. Après des discussions entre les deux pays, il a été décidé un mois plus tard que les avions nigérians opèreraient eux-mêmes les frappes aériennes, sur la base d’images et de données collectées par des appareils américains de surveillance. De plus, c’est le Nigeria qui choisira les cibles et son armée recevra des États-Unis des drones, des hélicoptères, des plateformes aériennes puis des pièces détachées et des systèmes de maintenance indispensables à leur exploitation, des équipements commandés par le Nigeria ces cinq dernières années mais non encore livrés. Faute d’en disposer, le Nigeria mène sa guerre contre les djihadistes à travers une surveillance aérienne américaine, qui consacre sa dépendance stratégique.

Donald Trump a menacé le Nigeria de nouvelles frappes si jamais des chrétiens étaient encore tués. Le général John Brennan, du Commandement des États-Unis pour l’Afrique (AFRICOM), a déclaré dans une interview en marge de discussions entre Washington et Abuja que le Pentagone poursuivait une coopération militaire avec les trois pays de l’AES. Il a ajouté que les États-Unis continuaient de partager des informations avec le Nigeria car le changement de partenariat, en matière sécuritaire, était parfois risqué.

À l’issue d’une embuscade attribuée à l’État islamique au grand Sahel (EIS), dans l’ouest du pays, à Tillabéri, qui a occasionné la disparition de 135 membres de la Garde nationale, le Niger pris une décision majeure. Début mai 2025, il a mis fin aux accords de coopération en matière de renseignement avec la Russie et la Turquie, dénonçant la faiblesse opérationnelle des équipements et des techniciens fournis par les deux partenaires dans le domaine du renseignement numérique. En remplacement, le Niger a engagé une société marocaine. Mais l’accord a été rompu dans l’urgence après la révélation d’un lien indirect avec un prestataire privé français. Le Niger a ordonné immédiatement le démantèlement du dispositif. Les États-Unis sont donc revenus proposer leurs services.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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La force armée de la Cedeao toujours virtuelle https://mondafrique.com/limage-du-jour/force-en-attente-de-la-cedeao-mirage-ou-realite/ https://mondafrique.com/limage-du-jour/force-en-attente-de-la-cedeao-mirage-ou-realite/#respond Tue, 03 Mar 2026 05:10:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147989 Annoncée, promise, oubliée, puis remise au goût du jour, revoilà le projet de la CEDEAO de déployer une force armée. Fin février 2026 à Freetown, l’organisation a décidé d’envoyer un signal fort. Sur le papier, l’annonce est ambitieuse. Dans la pratique, de nombreux obstacles restent à surmonter. Depuis plus de vingt ans, la Force armée […]

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Annoncée, promise, oubliée, puis remise au goût du jour, revoilà le projet de la CEDEAO de déployer une force armée. Fin février 2026 à Freetown, l’organisation a décidé d’envoyer un signal fort. Sur le papier, l’annonce est ambitieuse. Dans la pratique, de nombreux obstacles restent à surmonter.

Depuis plus de vingt ans, la Force armée de la CEDEAO (FAA), toujours en attente,ressemble à une arlésienne : toujours invoquée mais jamais visible sur le terrain. Son ancêtre, l’ECOMOG, avait marqué les années 1990 lors des guerres au Liberia et en Sierra Leone, laissant derrière elle une réputation entachée par de graves violations des droits humains. Depuis, et malgré les crises majeures qui ont secoué et secouent toujours l’Afrique de l’Ouest, la nouvelle version de cette force régionale n’a jamais été à l’œuvre.

Freetown : le retour des promesses

Selon les chefs d’état-major ouest-africains réunis en Sierra Leone, un premier contingent d’environ 2 000 soldats serait opérationnel d’ici fin 2026. L’objectif affiché : répondre à la montée en puissance des groupes armés affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique, dont les actions s’étendent du Sahel vers les États côtiers.

L’initiative vise également à restaurer l’image d’une organisation souvent critiquée pour son activisme politique mais jugée peu efficace sur le plan sécuritaire.

Cependant, au-delà de l’effet d’annonce, les interrogations demeurent.

Le défi des effectifs et des financements

Deux mille hommes : le chiffre apparaît modeste au regard de l’ampleur de la menace. Les groupes armés actifs dans la région comptent des milliers de combattants aguerris et mobiles. Dans un espace aussi vaste que l’Afrique de l’Ouest, marqué par des zones forestières, sahéliennes et côtières difficiles à contrôler, cet effectif ne pourra jouer qu’un rôle symbolique.

Autre obstacle majeur : l’argent. Déployer une force régionale crédible suppose des moyens lourds : transport aérien, renseignement, équipements adaptés, primes de risque, soutien logistique continu. Or, le financement de l’opération n’est pas encore bouclé. Sans ressources stables, la Force en attente pourrait demeurer fidèle à son appellation : en attente… de financements.

Les plus grandes difficultés sont politiques

Mais au-delà des problèmes pratiques, les obstacles majeurs sont bien entendu d’ordre politique. Les États les plus touchés par les groupes armés djihadistes le Mali, le Burkina Faso et le Niger, désormais regroupés au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES) ont claqué la porte de la CEDEAO. Sauf improbable retournement diplomatique, il n’est donc pas question que la Force en attente se déploie sur leur territoire. Autrement dit, l’organisation entend combattre une menace dont l’épicentre se situe précisément en dehors de son périmètre politique actuel.

Mais la difficulté ne s’arrête pas là. Deux membres de la CEDEAO, le Bénin et le Nigeria, se sont réunis à Cotonou le 27 février pour formaliser une stratégie sécuritaire transfrontalière : coordination des patrouilles, partage de renseignements, opérations conjointes, surveillance accrue des flux. La France a été sollicitée pour les accompagner, notamment en matière de renseignement.

Mauvaise manière

Alors même que la CEDEAO annonce solennellement l’activation de sa Force en attente, deux de ses États membres choisissent de coopérer avec l’appui d’un partenaire extérieur. C’est une très mauvaise manière faite à l’organisation sous-régionale. Cette initiative traduit aussi un manque de confiance dans l’efficacité de la communauté économique ouest-africaine. Ce choix risque, en prime, d’alimenter davantage la méfiance de l’AES vis-à-vis de ses voisins côtiers. Voir Abuja et Cotonou renforcer leur coopération sécuritaire avec Paris ne pourra qu’attiser les discours sur l’ingérence extérieure et le manque de solidarité strictement africaine.

Enfin, si le Nigeria, première puissance militaire de la région et contributeur essentiel aux opérations de la CEDEAO, investit prioritairement dans des cadres bilatéraux, cela fragilise la FAA, qui risque de manquer de l’impulsion politique et des moyens humains qui conditionnent sa crédibilité.

La Force en attente pourrait bien rester fidèle à sa réputation : une promesse récurrente dans les discours, mais toujours incertaine dans les faits.

 

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Le Bénin recherche toujours l’auteur du coup d’État manqué https://mondafrique.com/limage-du-jour/le-benin-recherche-toujours-lauteur-du-coup-detat-manque/ https://mondafrique.com/limage-du-jour/le-benin-recherche-toujours-lauteur-du-coup-detat-manque/#respond Fri, 27 Feb 2026 05:45:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147718 Une forte récompense est promise par l’avis de recherche de la police béninoise en échange d’informations permettant de retrouver neuf personnes, au premier rang desquelles le lieutenant-colonel Pascal Tigri, dans le cadre du coup d’État déjoué au Bénin le 7 décembre dernier. Avec Tigri, qui a servi dans la lutte antiterroriste dans le nord du […]

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Une forte récompense est promise par l’avis de recherche de la police béninoise en échange d’informations permettant de retrouver neuf personnes, au premier rang desquelles le lieutenant-colonel Pascal Tigri, dans le cadre du coup d’État déjoué au Bénin le 7 décembre dernier.

Avec Tigri, qui a servi dans la lutte antiterroriste dans le nord du Bénin et dans la force des Nations unies au Mali, avant de s’autoproclamer président d’un éphémère « Conseil de la Refondation », on note Sambieni Castro et Samary Ousmane, respectivement capitaine-major et capitaine de l’armée béninoise, considérés comme co-responsables du putsch avorté. On ignore ce qui est reproché aux six autres hommes.

Le coup d’État avait tenu le Bénin en haleine pendant plusieurs heures, et avait été marqué par des tirs à la Présidence de la République, aux abords de la télévision nationale et dans le camp militaire de Togbin, près de l’aéroport de Cotonou. Les affrontements entre les mutins et la garde nationale ont fait plusieurs morts de part et d’autre mais aucun bilan sérieux n’a été rendu public. Beaucoup de détails de l’opération et de la riposte restent encore secrets. 

Appui militaire français et nigérian

Le jour même, Emmanuel Macron a déployé très vite un appui à partir de la base militaire de la France à Abidjan, en Côte d’Ivoire, qui a fourni du renseignement par drones et satellites, une surveillance aérienne et des forces spéciales au sol (intervenues au camp de Togbin) attestant soit de l’importance du Bénin, ami, pour la France, dans le nouveau contexte géopolitique de la région, soit de sa volonté de démontrer, à l’inverse de la situation deux ans plus tôt au Niger, que Paris peut maintenir par la force ses meilleurs alliés. Le président du Nigeria Bola Tinubu a également ordonné des frappes aériennes à Togbin et dans les environs puis un déploiement de troupes d’élite au sol pour procéder à des ratissages. Les deux Présidents disent s’être coordonnés avec la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest bien qu’on ignore sous quelle forme et dans quel cadre précis.  

Très vite, le Bénin et ses alliés ont dit soupçonner le Niger d’être impliqué dans cette opération de subversion, sans fournir de preuves. De son côté, le Niger accuse régulièrement le Bénin et ses alliés français de le déstabiliser à partir de la frontière, via des groupes djihadistes. Toujours est-il que Tigri a été signalé en fuite au Togo d’abord, puis dans un pays de l’Alliance des États du Sahel. Un rôle du Burkina Faso a également été évoqué par les mêmes acteurs. 

 

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FICSA : le festival du bout du monde https://mondafrique.com/limage-du-jour/ficsa-le-festival-du-bout-du-monde/ Wed, 25 Feb 2026 05:28:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147623 Cette année, Mondafrique a participé au Festival des cultures sahariennes qui se tenait au Tchad, dans la ville d’Amdjarass. Se rendre à cet événement, c’est aller au bout du monde, au bord d’un monde hors du temps. C’est aussi découvrir un désert rempli de richesses et de beautés insoupçonnées. Une expérience mémorable. Amdjarass, une ville […]

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Cette année, Mondafrique a participé au Festival des cultures sahariennes qui se tenait au Tchad, dans la ville d’Amdjarass. Se rendre à cet événement, c’est aller au bout du monde, au bord d’un monde hors du temps. C’est aussi découvrir un désert rempli de richesses et de beautés insoupçonnées. Une expérience mémorable.

Amdjarass, une ville mirage

Si le Festival des cultures sahariennes se tient à Amdjarass, à plus de 1 000 kilomètres à vol d’oiseau de N’Djamena, c’est d’abord en raison de sa situation au cœur du Sahara tchadien. Mais c’est surtout pour sa portée symbolique : la localité est la terre natale d’Idriss Déby, ancien président et père de l’actuel chef de l’État. Il repose ici, dans le jardin de la maison familiale. Une tombe sobre, tournée vers la grande mosquée.

Sans cette volonté politique, Amdjarass serait sans doute restée un hameau. Le dernier recensement, en 2009, faisait état d’environ 20 000 habitants. Depuis, la localité a connu un certain essor, notamment avec l’arrivée de nombreux réfugiés soudanais fuyant la guerre qui fait rage de l’autre côté de la frontière, à quelques dizaines de kilomètres.

Amdjarass est également devenue un carrefour commercial. En 2023, le gouvernement tchadien a décidé que les camions en provenance de Libye transiteraient désormais par cette ville plutôt que par Fada, également située dans le département de l’Ennedi. Le trajet est plus long – cinq jours de pistes rocailleuses au lieu de trois – mais cette décision consolide le développement de la cité.

Il n’en demeure pas moins qu’Amdjarass reste une ville plantée au milieu du désert : un marché modeste, une piste d’aéroport, un petit quartier résidentiel où des notables de la communauté zaghawa de la capitale possèdent une résidence secondaire. Pourtant, lorsqu’ils reviennent sur leur terre d’origine, beaucoup délaissent les maisons en dur pour dormir sous la tente, sous les ciels étoilés des campements nomades.

Le souffle du festival

Du 6 au 13 février, des centaines d’invités venus des quatre coins du Sahara et du Sahel se sont retrouvés dans cette ville-mirage. Cette année, le Niger était à l’honneur : son Premier ministre, Lamine Zeine, et sa ministre de la Culture avaient fait le déplacement. Une importante délégation burkinabè était également présente.

La cérémonie d’ouverture, majestueuse et hors du temps, s’est déroulée sous le regard impassible de troupeaux de dromadaires parés de leurs habits de fête. Tambours et danses venus de chaque contrée saharienne se répondaient dans l’air clair du désert. Et, en invité d’honneur, le chanteur nigérien Bombino a illuminé la nuit de ses riffs électriques, pour le plus grand bonheur des festivaliers.

La porte d’entrée d’un patrimoine unique

En marge du festival, les plus aventureux prennent la piste vers les paysages grandioses du massif de l’Ennedi, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2016.

Ici, les falaises de grès sculptées par le vent dessinent des arches monumentales et des canyons vertigineux. Au creux des roches surgissent des gueltas, ces poches d’eau permanentes qui défient l’aridité et où viennent s’abreuver les troupeaux.

La guelta de Bachikélé, parfois orthographiée Bachiguiri, apparaît comme une oasis suspendue. Plus loin, La guelta d d’Archei, où subsistent encore des crocodiles du désert, vestiges d’un Sahara anciennement verdoyant.

Ces paysages ne sont pas qu’un décor spectaculaire, ils sont habités par les éleveurs nomades. Ils abritent aussi des peintures rupestres millénaires et portent la mémoire des routes caravanières qui reliaient autrefois la Méditerranée au Sahel.

Au bout du monde, il y a Amdjarass.
Au bout du monde, il y a le désert tchadien et un festival qui rappelle que même aux marges de la carte, au cœur d’un territoire classé,  nature et mémoire dialoguent depuis des millénaires.

 

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D’un ambassadeur l’autre https://mondafrique.com/decryptage/dun-ambassadeur-lautre/ Tue, 24 Feb 2026 15:50:12 +0000 https://mondafrique.com/?p=147662 Le coup de menton français en réponse au nouveau refus de l’ambassadeur américain à Paris de se présenter à une convocation du ministère des Affaires étrangères lundi a réveillé le souvenir d’une autre crise diplomatique. Charles Kushner, c’est évident, abuse de sa proximité familiale avec Donald Trump, la muflerie faite président. C’est à ce titre, […]

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Le coup de menton français en réponse au nouveau refus de l’ambassadeur américain à Paris de se présenter à une convocation du ministère des Affaires étrangères lundi a réveillé le souvenir d’une autre crise diplomatique.

Charles Kushner, c’est évident, abuse de sa proximité familiale avec Donald Trump, la muflerie faite président. C’est à ce titre, suppose-t-on, qu’il refuse de se plier aux usages diplomatiques, dont il n’a que faire puisqu’après tout il a été parachuté à ce poste sans la moindre compétence. Kushner est promoteur immobilier, condamné pour diverses malversations et gracié par le beau-père de son fils Jared, commodément président des États-Unis. Jean-Noël Barrot a mal pris l’affront. Il a voulu marquer le coup, mais sans non plus fâcher l’Amérique. Il a donc demandé au beau-père de la fille du président américain (Ivanka) de ne plus « accéder directement aux membres du gouvernement français ». La sanction n’est pas méchante. 

À Mondafrique, on s’est souvenu d’une autre mauvaise manière diplomatique, française cette fois : le refus de Sylvain Itté, ambassadeur de France à Niamey, de se rendre en août 2023 à une invitation du Premier ministre du Niger, Ali Lamine Zeine, dont il refusait de reconnaître la légitimité (puisque le Premier ministre était là par la volonté d’une junte que Paris vomissait – et vomit toujours, d’ailleurs).

Mais l’affaire alors s’envenima sacrément, tandis qu’Emmanuel Macron menaçait le Niger des pires foudres et tentait d’imposer à Paris une ambassadrice du Niger que la junte de Niamey voulait limoger. La crise diplomatique, alors, était l’écho d’une crise politique grave entre deux pays et leurs deux dirigeants. Déclaré non grata, Sylvain Itté fut finalement discrètement exfiltré de Niamey en septembre 2023, après deux mois de montée de la tension.

Aucun ambassadeur au monde ne peut rester dans un pays qui ne veut plus de lui. Barrot pourrait faire de même avec Kushner s’il voulait vraiment se faire respecter et faire respecter la France. On n’en est manifestement pas là. 

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Uranium du Niger : vraie-fausse ouverture dans le conflit avec Orano https://mondafrique.com/international/niger-vers-un-cessez-le-feu-avec-orano-sur-luranium/ Tue, 24 Feb 2026 05:49:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147601 Le Niger et le minier Orano ont paru ouvrir une fenêtre de discussion ces derniers jours, pour sortir du bras de fer engagé sous l’influence de l’Élysée – partisan de la manière forte – depuis la nationalisation des mines d’uranium par le régime militaire de Niamey, en juin dernier. Lors d’une conférence de presse vendredi […]

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Le Niger et le minier Orano ont paru ouvrir une fenêtre de discussion ces derniers jours, pour sortir du bras de fer engagé sous l’influence de l’Élysée partisan de la manière forte depuis la nationalisation des mines d’uranium par le régime militaire de Niamey, en juin dernier. Lors d’une conférence de presse vendredi sur les résultats du groupe, le directeur général d’Orano, Nicolas Maes, s’est dit prêt à «amorcer le dialogue». Quelques jours plus tôt, le général Abdourahamane Tiani avait, lui, proposé de restituer à la compagnie française sa quote-part du yellow cake produit avant la nationalisation. Mais ces ouvertures ont peu de chances d’être suivies d’effets, tant les deux parties campent sur des positions incompatibles. 

Par Paolo Vieira

Abdourahamane Tiani, lors de son interview du 14 février, s’est dit prêt à transférer à Orano la part qui lui revient dans le cadre des accords de co-entreprise entre les deux parties, soit 63,4% des 156 tonnes d’uranate produites avant la nationalisation de la Somaïr une quantité qu’Orano tient pour ridicule. Le conflit entre le Niger et Orano avait éclaté quand la compagnie française avait déconnecté la production de l’uranium à la Somaïr, commandée à distance à partir de la France, au lendemain du coup d’État qui a renversé Mohamed Bazoum. Orano avait invoqué des difficultés d’approvisionnement en intrants dues à la fermeture de la frontière avec le Bénin. Les techniciens nigériens ont ensuite relancé la production par eux-mêmes et le gouvernement de Niamey en a conclu qu’il valait mieux, dans l’avenir, se débrouiller tout seul. La nationalisation est devenue, dès lors, une évidence.

À travers la presse française, le président Macron tient à présenter la position nigérienne comme une capitulation. Pourtant, le général Tiani ne semble pas disposé à aller au-delà de ce qu’il a dit expressément dans son interview, où il a ironisé sur le fait que le Niger était même prêt à «envoyer» cet uranium à Orano. «S’ils veulent qu’on leur envoie cela, nous pouvons même payer le transport», a-t-il dit. Mais il n’y aura pas de retour sur la nationalisation, a-t-il martelé. 

Opération Madmax

Il y a quelques semaines, Orano et tous les relais de l’Élysée en Afrique avaient lancé l’opération «Madmax», pour alerter le monde entier sur le risque nucléaire présenté par la vente et le transfert du stock national d’environ 1000 tonnes, après le départ d’Arlit, dans le nord du Niger, d’un convoi transportant ce chargement de yellow cake. Une fois le stock d’uranium arrivé dans la capitale, l’aéroport de Niamey a été le théâtre d’une attaque djihadiste revendiquée par l’État islamique, dans la nuit du 28 au 29 janvier, organisée avec l’appui d’un effectif emprunté au Nigeria. Le psychodrame n’était pas terminé. Orano promettait de poursuivre son offensive juridique contre l’État nigérien mais aussi contre « quiconque voudrait mettre la main » sur ce stock d’uranium qui vaudrait, à l’en croire, 300 millions d’euros.

Le président Macron en a fait un grief de plus contre le Niger, contre lequel il garde rancune depuis le coup d’État du 26 juillet 2023. Alors que le stock d’uranium devait prendre la route du Togo, via le Burkina Faso, Emmanuel Macron s’est saisi personnellement du dossier. Pour les dissuader de laisser transiter la cargaison, il a assuré à Faure Gnassimgbe, en octobre 2025, puis au maréchal Kaka Déby, en janvier 2026, que cet uranium appartenait à Orano et que sa vente était donc illégale. Pour faire bonne mesure, il a menacé d’une intervention navale et militaire contre le Togo à partir du Bénin, si Lomé s’aventurerait à accueillir l’uranium.

C’est une mauvaise manière qui est faite que d’exercer des pressions sur ces deux personnalités particulièrement sensibles au respect de leur souveraineté. Le lieutenant-colonel Paul-Henri Damiba, livré au Burkina Faso par la justice togolaise le 17 janvier (après être apparu dans une énième tentative de renversement d’Ibrahim Traoré en fin d’année), en a sans doute fait les frais. Et d’autres sanctions viendront, latérales mais blessantes.

L’usure atomique

L’autre erreur du président français réside dans l’engagement sans réserve de la France aux côtés d’Orano, ex Areva, dont le comportement au Niger n’est pas exemplaire. L’entreprise Orano, spécialisée dans le cycle du combustible nucléaire, exploite depuis cinquante ans deux mines d’uranium dans le nord du Niger : la Somaïr (1967) et la Cominak (1975), avec des conséquences environnementales qui ont été plusieurs fois dénoncées. La Cominak a fermé en 2021 du fait du tarissement du gisement.

Orano a suivi les consignes de l’Élysée après le renversement du gouvernement Bazoum, dont certains des ministres les plus influents étaient de hauts cadres des Mines. Le mot d’ordre était l’asphyxie du Niger en coordination avec la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest et la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest. La France reprochait aux nouveaux dirigeants du Niger leur hostilité à l’égard d’Orano. En cause, le retrait, en 2024, du permis de grande exploitation du gisement d’Imouraren – présenté à l’annonce du projet comme la future plus grande mine d’Afrique. Plus tard, après le coup d’État et les blocages d’Orano, le Niger a nationalisé, comme il en a le droit, la Somaïr. Il détient désormais la totalité du capital de cette société. La Somaïr exploite le dernier gisement de l’Aïr en activité, après le retrait du permis d’Imouraren et la fermeture définitive du site de la Cominak.

Pourquoi Bazoum a-t-il retiré le permis d’Imouraren ?

La presse française a fait beaucoup de bruit autour de la nationalisation des mines d’uranium par le régime militaire du Niger, en juin 2024. Mais elle a eu tendance à confondre cet événement avec le retrait du permis d’Imouraren avec ses 200 000 tonnes de réserves au géant français. En réalité, Orano a perdu Imouraren sous le gouvernement de Mohamed Bazoum, dans le cadre d’un contrat signé le 4 mai 2023, donc avant l’avènement de la junte. Afrique Intelligence en avait alors rendu compte. «La tension est sourde entre Orano et Niamey. Officiellement, les relations entre le géant français (…) et la ministre des Mines nigérienne restent cordiales. Mais en coulisses, l’ambiance est tout autre : depuis un an, ces derniers se livrent à une passe d’armes sur le statut du permis d’exploitation de la mine d’Imouraren (…). Alors que l’exploitation du gisement d’uranium semble repoussée indéfiniment par le géant minier pour des questions de rentabilité, les autorités nigériennes considèrent que le permis d’exploitation d’Orano délivré en 2009 est désormais caduc», écrit la lettre confidentielle en février 2023. 

Dans un article du 5 mai 2023, Jeune Afrique avait également bien décrit l’accord global de partenariat conclu en 2023, où il n’était plus question d’exploiter Imouraren avant 2028 mais plutôt d’épuiser l’Aïr jusqu’en 2040 et de faire quelques cadeaux d’indemnisation au parti socialiste au pouvoir. Les discussions avec Orano ont permis de « voir comment l’exploitation pourrait durer le plus longtemps possible avec de nouveaux permis, de nouveaux moyens pour réduire les charges, et voir comment la durée de vie de la mine pourrait être prolongée », expliquait alors Hadizatou Ousseini Yacouba, la ministre des Mines du Niger, lors de la signature de l’accord avec Nicolas Maes, le DG d’Orano. Le rêve d’Imouraren était alors déjà enterré par le Président déchu.

Pour la France, comme pour Niamey, il est donc déterminant de disposer du stock disponible car la mise en valeur des autres gisements uranifères sera longue et difficile. Les obstacles s’amoncèlent : Imouraren n’a pas les réserves annoncées, le site ne peut pas être creusé sans risques sur la nappe phréatique, la situation de sécurité sur place est instable etc. Il faudra s’interroger également sur la responsabilité du président renversé qui, en 2023, laisse Orano se dégager de toute responsabilité par rapport à ce site et l’exonère de son attitude politique calamiteuse durant les décennies passées.

Le double jeu

Le passif d’Orano est lourd dans bien des domaines et il a été documenté en son temps. Dans ses relations avec les mouvements rebelles, par exemple. En 2007, l’État nigérien, bien avant le coup d’État, avait expulsé Dominique Pin, directeur général d’Areva au Niger, à qui il reprochait d’avoir financé les rebelles touareg du MNJ (Mouvement des Nigériens pour la Justice) en vue de « protéger le site de prospection d’uranium d’Imouraren ». Dans ce cas de figure, Orano n’était pas une cible ou une victime mais plutôt une bénéficiaire des services du mouvement rebelle en échange de financements en sa faveur. D’après Youssoufou Hamadou Daouda (auteur de « Responsabilité sociétale des multinationales en Afrique Subsaharienne : enjeux et controverses, cas du groupe AREVA au Niger» Volume 14, numéro 1, mai 2014, Université du Québec à Montréal et Éditions en environnement VertigO), « ce soupçon est renforcé à la suite du ralliement au MNJ d’un officier de l’armée nationale préalablement recruté pour assurer la sécurité des sites d’Orano et ayant perçu de la part du groupe environ 85 000 euros ».

Par la suite, une meilleure formule avait été trouvée. Celle-ci consistait à confier la sécurité du site à une société de conseil, Épée, dirigée par un ancien officier supérieur français flanqué d’un ancien officier supérieur nigérien. Même si la société Épée n’a pas empêché la prise d’otage des employés d’Orano par Al Qaida au Maghreb islamique en 2010, sa constitution a permis d’être en conformité avec les attentes de l’État nigérien.

Le déficit français

Du fait du harcèlement politique et militaire constant de l’Élysée et du refus d’Orano de prendre en compte sa responsabilité sociale et environnementale, la France vient de perdre un partenaire minier important pour sa filière d’énergie atomique. L’uranium nigérien prend chaque jour de la valeur sur un marché international en tension. Le convoi Madmax de la propagande anti-nigérienne ne prendra pas la route de l’enfer pavée des embuscades djihadistes mais sans doute plutôt l’avion. Comme dans une guerre de position du passé, le président Macron croit avoir bloqué la sortie libyenne, après celle du Togo. Mais Framatome le rappellera à l’impératif de la production électrique tant EDF dépend du russe Rosatom pour la production de combustible comme pour le traitement des déchets, qu’Orano ne peut plus assurer. 

La campagne dénigrant la nationalisation de la Somaïr a martelé que la France n’avait pas besoin de l’uranium du Niger. C’est sans doute vrai. Mais il va falloir acheter l’uranium d’autres pays beaucoup plus cher. Le gouvernement du Niger semble désormais jouer le droit et Orano pourra enlever les tonnes qui lui reviennent au prorata de ses parts avant nationalisation. Il est peu probable qu’il s’en contente. 

Le ministre de la justice du Niger, dans le fil du droit à réparation pour lequel militent Lomé et Alger, va demander que les années de spoliation sur les prix et les impôts soient prises en compte. Areva et Orano ont longtemps acheté une partie de la vieille classe politique nigérienne avec des contrats de fournitures et des sous-traitances. En contrepartie, toute tentative de réévaluer la redevance ou de faire payer l’impôt sur les sociétés était combattue par Paris, son ambassade à Niamey et ses alliés locaux. Ce modèle colonial s’est effondré et une nouvelle gouvernance des ressources naturelles du Niger s’esquisse dans un cycle haussier des matières premières énergétiques et critiques que se disputent les États-Unis et la Chine. La France, malgré ses gesticulations autour de l’Alliance des États du Sahel, y comptera peu.

 

 

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Le général Tiani a-t-il croisé Laurent Nunez à Alger ? https://mondafrique.com/limage-du-jour/le-general-tiani-a-t-il-croise-laurent-nunez-a-alger/ Tue, 17 Feb 2026 02:26:13 +0000 https://mondafrique.com/?p=147284 Le général Abdourahamane Tiani, chef de l’État du Niger, a-t-il croisé le ministre français de l’Intérieur à Alger ? Les visites officielles des deux hommes se sont chevauchées pendant une journée.  Dimanche et lundi, Abdourahamane Tiani avait exceptionnellement troqué son treillis contre un boubou blanc pour s’entretenir avec le président algérien, à l’occasion d’une visite […]

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Le général Abdourahamane Tiani, chef de l’État du Niger, a-t-il croisé le ministre français de l’Intérieur à Alger ? Les visites officielles des deux hommes se sont chevauchées pendant une journée. 

Dimanche et lundi, Abdourahamane Tiani avait exceptionnellement troqué son treillis contre un boubou blanc pour s’entretenir avec le président algérien, à l’occasion d’une visite de réconciliation très médiatisée après presque un an de brouille. Il a été reçu avec une importante délégation gouvernementale par un Abdelmadjid Tebboune chaleureux, désireux de ressusciter la confiance entre son pays et son voisin du sud. Le Niger avait pris ses distances avec Alger par solidarité avec le Mali, partenaire clé de Niamey au sein de l’Alliance des États du Sahel dans la lutte contre l’ennemi djihadiste commun. La relation entre Alger et Bamako est au plus mal depuis avril 2025, date à laquelle l’armée algérienne a abattu un drone malien qu’elle a accusé d’avoir survolé son territoire. 

De son côté, Laurent Nunez était à Alger lundi et mardi, pour un séjour également destiné à refermer une longue parenthèse de crise entre la France et l’Algérie. Il était reçu par son homologue Saïd Sayoud. Les deux parties espèrent, là aussi, relancer un dialogue rompu par la reconnaissance par Emmanuel Macron de la marocanité du Sahara occidental et par les assauts incessants contre l’Algérie du prédécesseur de Nunez, Bruno Retailleau.

Ces deux voyages auraient pu offrir une toute petite fenêtre d’opportunité pour une rencontre inopinée entre les officiels français et nigériens, dont les relations sont encore plus mauvaises qu’avec l’Algérie. Abourahamane Tiani accuse régulièrement le président français de déstabiliser son pays. Il a réitéré ces accusations à partir d’Alger.

 

 

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Série Niger-économie (3). Ouvrir les possibles https://mondafrique.com/a-la-une/serie-niger-economie-3-ouvrir-les-possibles/ Sat, 14 Feb 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147061 Dans le cadre d’une série sur l’économie du Niger, frappé de très dures sanctions après le renversement de Mohamed Bazoum le 26 juillet 2023, Mondafrique propose un état des lieux du pays. Après le récit des efforts déployés par les autorités pour redresser une situation difficile (épisode 1) et les projets de relance minière (épisode […]

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Dans le cadre d’une série sur l’économie du Niger, frappé de très dures sanctions après le renversement de Mohamed Bazoum le 26 juillet 2023, Mondafrique propose un état des lieux du pays. Après le récit des efforts déployés par les autorités pour redresser une situation difficile (épisode 1) et les projets de relance minière (épisode 2), ce troisième et dernier épisode décrit la stratégie des autorités pour s’émanciper de l’étouffante tutelle bancaire ouest-africaine.

Par Paolo Vieira

Le choix du Président Tiani porté sur Maman Laouali Abdou Rafa, le 26 janvier, comme nouveau ministre des Finances n’est pas anodin. Il ne s’agit pas seulement de faire revenir à un poste politique un technicien qui connait parfaitement la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest et le ministère des Finances. D’autant plus que le nouveau ministre est marqué par sa proximité avec le parti rose qui a dirigé le pays depuis 2011 : il était aux manettes quand le Niger de Mahamadou Issoufou s’endettait. Le président Tiani ne s’est jamais caché de son option de voir son pays et l’Alliance des États du Sahel (AES) que forment le Niger, le Mali et le Burkina Faso s’engager dans la souveraineté monétaire. Et Maman Laouali Abdou Rafa pourrait, peut-être plus facilement que Lamine Zeine, initier cette transition financière, d’autant plus que le système de marché des titres publics de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) semble à présent ébranlé.

Oublier le passif ?

Pour ce qui est de l’endettement considérable du Niger, il faut rappeler que le nouveau patron des finances publiques était l’homme clé de la dette et des émissions à l’époque d’Issoufou puis de Bazoum. De 2015 à 2021, il sera successivement au cabinet du Premier ministre en tant que coordonnateur du Comité Interministériel de Suivi de la Politique d’Endettement de l’État et de Négociation des Aides Budgétaires (CISPEE/NAB) et au ministère des Finances comme directeur général des opérations financières et des réformes, secrétaire général adjoint puis secrétaire général du ministère des Finances, à partir du 22 avril 2021. L’endettement sur cette période est considérable et, de 100 milliards de francs CFA de service de la dette par an en 2013, le Niger doit débourser 500 milliards par an en 2021. Rien de très glorieux, donc, pour l’ancien coordonnateur du comité interministériel de suivi de l’endettement de l’État.

Maman Laouali Abdou Rafa, le ministre de l’Économie et des Finances du Niger.

De plus, le « Niger bashing » fruit de l’agressivité du président français à l’égard du nouveau pouvoir qui a fait avorter ses grands projets au Sahel a contribué à la dégradation de l’image du pays sur les marchés financiers, en l’occurrence  le marché des titres publics de l’UEMOA, devenu la source de financement la plus importante des États membres. En effet, depuis 2023, on observe une forte hausse de l’écart (qu’on appelle le « spread ») entre les taux de rendement de certaines obligations souveraines et le taux de rendement de l’émetteur régional de référence, qui est la Côte d’Ivoire. Le Burkina Faso, la Guinée‐Bissau, le Mali et le Niger sont particulièrement concernés.

Sur le marché des titres de l’UEMOA, le Niger doit payer une prime de risque significative (10 %). Le marché accepte de financer tout le monde, mais pas au même coût. Cette sélectivité accentuée est le signe d’un marché plus mature, mais aussi plus exigeant. En clair, si l’on compare à ce que la Côte d’Ivoire pays de référence en raison de son poids économique dans l’Union et de la qualité́ de sa note auprès des agences de notation paye pour emprunter, le Niger doit à présent offrir une prime de 3,5% sur le taux d’intérêt. Le Niger est moins apprécié que le Mali quand il émet des obligations du Trésor dans la région.

Des signatures de valeur inégale 

Le Sénégal aussi connait aussi un « spread » élevé sur ses emprunts sur le marché des titres de l’UEMOA. En 2025, l’État sénégalais a pourtant levé 2 224 milliards de francs CFA sur le marché local des titres publics à travers UMOA-Titres. Pour l’année 2026, les ambitions sénégalaises sont nettement revues à la hausse. Le directeur de la dette, Aliou Diouf, a annoncé que le volume global de ressources à lever atteindra 6 075 milliards de francs CFA, plus de cinq fois les émissions nigériennes. Mais outre les montants importants du Sénégal, qui augmentent les risques des prêteurs et lui coûtent cher, Dakar assume, comme Niamey de son côté avec ses derniers Présidents, le fardeau de la dette considérable et cachée du régime Macky Sall. Lamine Zeine a été peu entendu quand il rappelait combien les gestions financières d’Issoufou et de Bazoum avaient alourdi à des niveaux insoupçonnés l’endettement public. C’est la dette souveraine nigérienne extérieure et domestique que sanctionne le marché des titres de l’UEMOA, plus que le risque politique du régime du général Tiani, qui semble se consolider.

Malgré l’union monétaire, malgré une monnaie commune et une politique monétaire centralisée, les investisseurs opèrent une distinction très claire entre les signatures. En 2025, cette hiérarchisation est plus visible que jamais. Le Bénin (6,2 %) et la Côte d’Ivoire (6,7 %) continuent de profiter des conditions les plus favorables, quand d’autres États comme le Niger paient le prix fort et sont soumis à des échéances rapprochées de remboursement. Quoiqu’il se passe, l’une des missions du nouveau ministre des Finances sera de rétablir la qualité de la signature de son pays.

Les ministres des Finances du Niger, du Mali et du Burkina Faso approuvent les statuts de la Banque confédérale pour l’investissement et le développement (BCID-AES), le 11 décembre 2025 à Bamako.

Vers le décrochage ?

Certains voient dans le nouveau ministre l’expert du système monétaire ouest-africain qui conduira l’accélération concrète de la construction de l’autonomie économique, avec, en ligne de mire, la création d’une monnaie propre à l’Alliance des États du Sahel.

« Le projet de monnaie commune, évoqué depuis la formation de l’Alliance, apparaît plus que jamais comme l’étape décisive pour concrétiser cette souveraineté retrouvée sur le plan politique et sécuritaire», écrit Jean-Jacques Boulot dans le Faso.net, le 29 janvier.  Il est certain que si l’UEMOA reste une source majeure de refinancement des pays membres, les contraintes et les lacunes de la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) sont des obstacles quotidiens au fonctionnement du système financier et donc de l’économie.

Dans « La crise bancaire qui couve en zone UEMOA : l’argent coûte cher et se raréfie» (publié en juillet 2025 par le Policy Center for the New South), Seydina Alioune Ndiaye explique que la stabilité apparente des taux de change, à l’intérieur de l’UEMOA et vis-à-vis de l’Euro, ne doit pas cacher que l’argent se raréfie du fait de la politique monétaire bureaucratique et erratique à la fois de la BCEAO. « Les banques thésaurisent et s’engraissent avec les rémunérations des bons du Trésor », rappelle-t-il. Par ailleurs, les présidents Alassane Ouattara et Emmanuel Macron œuvrent à un élargissement et à une nouvelle monnaie associant le Ghana, et pourquoi pas le Nigeria. Tensions centripètes de tous côtés. En quittant la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le Mali, le Burkina Faso et le Niger se sont soustraits au cadre qui devait mener à l’adoption de l’« Eco », une monnaie toujours liée à la France et pilotée par la BCEAO. Cette sortie sera-t-elle le prélude indispensable pour mener librement leur propre projet monétaire ?

Recentrage sur la maison !

La mise sur pied de la Banque d’Investissement et de Développement de l’AES à Ouagadougou pose déjà les bases d’une architecture financière autonome, capable de financer des projets structurants sans dépendre des circuits traditionnels. Les politiques de renégociation ou de nationalisation dans le secteur minier (or, uranium, dont les trois pays de l’AES sont bien dotés) visent à reprendre la main sur les principales richesses nationales, qui constitueront le socle économique et la garantie de la future monnaie.

Quoiqu’il en soit, le nouveau ministre des Finances du Niger doit, avant de bâtir la nouvelle monnaie de l’AES, consolider les finances publiques nigériennes. L’inspection générale des Finances du pays, peu de temps avant son arrivée, a dressé un état des lieux de la gestion de la trésorerie et de la comptabilisation des recettes qui n’est pas satisfaisant. Le principal problème de l’administration financière du Niger réside dans le déficit de rigueur et de prévision dans la gestion de trésorerie de l’État. Ces insuffisances techniques sont aggravées par la gouvernance non orthodoxe du Trésor public. En effet, malgré les efforts remarquables fournis par les régies financières au cours des dernières années, la régulation et l’exécution de la dépense n’ont pas été à la hauteur des attentes, malgré les directives du Comité de trésorerie. Ces mauvaises habitudes se perpétuent au fil des régimes et servent à tisser des liens de connivence politique et clientéliste. Outre l’image négative du Trésor public qui rejaillit sur les gouvernants, il s’agit de manquements qui peuvent compromettre le paiement régulier des salaires des fonctionnaires et des pensions et mener au défaut de paiement.

Le ministre des Finances de 2026 va donc se battre sur deux fronts, l’un, intérieur, avec un Trésor enkysté dans de mauvaises habitudes, et l’autre, extérieur, où Abidjan n’est pas dans les meilleures dispositions vis à vis de Niamey.

 

 

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