Niger - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/niger/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Tue, 20 Jan 2026 08:18:15 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg Niger - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/niger/ 32 32 Niger. Le parti socialiste se déchire entre pro-Bazoum et pro-Issoufou https://mondafrique.com/a-la-une/le-parti-socialiste-du-niger-se-dechire-en-public-entre-pro-bazoum-et-pro-issoufou/ https://mondafrique.com/a-la-une/le-parti-socialiste-du-niger-se-dechire-en-public-entre-pro-bazoum-et-pro-issoufou/#respond Tue, 20 Jan 2026 08:10:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145621 Partisans de Mahamadou Issoufou et de Mohamed Bazoum se prennent à partie sur les réseaux sociaux du Niger, avec une virulence jamais vue, depuis le lancement, le 2 janvier à Dakar, de l’appel d’un collectif international pour demander la libération du président renversé toujours détenu, avec sa femme Hadiza, dans une aile du palais présidentiel. […]

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Partisans de Mahamadou Issoufou et de Mohamed Bazoum se prennent à partie sur les réseaux sociaux du Niger, avec une virulence jamais vue, depuis le lancement, le 2 janvier à Dakar, de l’appel d’un collectif international pour demander la libération du président renversé toujours détenu, avec sa femme Hadiza, dans une aile du palais présidentiel. Six-mille personnes – dont Mahamadou Issoufou ne fait pas partie – ont signé cet appel, parmi lesquelles des figures nigériennes en exil, des personnes vivant toujours dans le pays et des personnalités du monde politique et universitaire.

Par Nathalie Prévost

Si l’on ne connaît pas les noms de tous les signataires, qui ne sont pas systématiquement rendus publics, on note cependant du beau linge. Derrière un bataillon impressionnant d’anciens ministres sénégalais de tous bords (Amadou Mame Diop, Khalifa Sall, Zahra Iyane Thiam Diop, Landing Savané, Omar Sarr, Omar Youm,El Hadj Kasse, El Hadj Mouhamadou Bassirou, Ali Saleh Diop, Babacar Gaye, Nené Fatoumata, Babacar Ndaw, Samba Sy, Bocar Dia, Elhad Diouf, Adoum Forteye, Abdou Fall, Mahmoud Saleh, Aminata Mbengue Ndiaye), la plus grosse mobilisation s’observe parmi les politiques français, ce qui n’est pas forcément à l’avantage de Mohamed Bazoum, souvent critiqué au Niger pour sa proximité avec Emmanuel Macron. Il ne faut, en effet, pas oublier que le président français est très mal perçu dans ce pays pour avoir, par ses pressions et menaces, aggravé et radicalisé la crise après le coup d’État du 26 juillet 2023.

Ont signé François Hollande, Laurent Fabius, Bernard Cazeneuve et Manuel Valls, à côté de plusieurs responsables du parti socialiste français, membre de l’Internationale socialiste comme son parti frère du Niger. On note aussi, parmi les signataires, les Maliens Ali Nouhoum Diallo, Tieman Hubert Coulibaly et Kamissa Camara, l’opposant guinéen Cellou Dallein Diallo, les Tchadiens Moussa Faki, Saleh Kebzabo et Abdourahman Koulama, les Mauritaniens Abdi Fall et Diye Mamoudou Ba, le Centrafricain Martin Ziguelé, l’Ivoirien Pascal Affi-N’guessan, le Tunisien Ahmed Ounaies et les Burkinabè Ablassé Ouedraogo, Djibril Bassolé et Ibrahima Koné. Tous ces noms reflètent le réseau international de Mohamed Bazoum, en partie antérieur à son arrivée au pouvoir et tissé lors de ses études et dans le cadre de ses activités syndicales et politiques entre 1990 et 2010.  

Publication pro-Bazoum

Mahamadou Issoufou ulcéré

La mobilisation en faveur de son dauphin et ancien fidèle bras droit – devenu depuis quasiment son ennemi – de cette belle brochette de personnalités qu’il a lui-même côtoyées de près avait déjà de quoi contrarier le tout puissant Mahamadou Issoufou, fondateur et chef incontesté du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS).… Mais ce qui l’a agacé encore davantage, c’est d’avoir été directement pris à partie par les signataires.

En effet, au-delà de l’appel solennel lancé à la communauté internationale (ONU, UE, UA et Cedeao, président du Sénégal et Fondation Obama), le collectif a écrit à la Fondation Mo Ibrahim pour lui demander de « tirer toutes les conséquences de la situation au Niger et retirer provisoirement le prix qu’elle a octroyé à Issoufou Mahamadou » (ndlr, en 2020, pour son « leadership d’excellence en Afrique »), ce dernier étant « fortement soupçonné d’être l’instigateur du coup d’État contre le président Bazoum Mohamed, son ami de plus de trente ans. »

Ulcéré, Issoufou a appelé les personnalités qu’il connaît pour leur faire part de son indignation. Et Cellou Dallein Diallo et François Hollande ont alors publié des mises au point sur cet aspect. « Je ne dispose pas à ce jour d’informations sûres mettant en évidence la responsabilité du Président Issoufou dans le coup d’État contre le Président Bazoum », a précisé Cellou Dallein Diallo. « Je souhaite ardemment la libération du Président Mohamed Bazoum. Sa détention est aussi insupportable qu’illégitime. J’ai donc rejoint le Collectif de personnalités pour sa libération. C’est le seul enjeu. Aussi mon engagement ne peut être utilisé à d’autres fins», a pour sa part écrit François Hollande, selon les dires des proches de l’ancien président nigérien chahuté.

Publication pro-Issoufou

Un communiqué aigre en réponse à des accusations « ingrates »

Issoufou, qui ne s’exprime pratiquement plus en son nom propre depuis juillet 2023, a également fait publier, dès le 3 janvier, un communiqué aigre via sa Fondation, créée après la remise du prix Mo Ibrahim doté de 5 millions de dollars US et dont les actions sociales sur le terrain restent nébuleuses. « Le cabinet du président Issoufou salue l’appel du collectif à la réconciliation et au rassemblement de tous les Nigériens pour la construction d’un Niger uni en paix et prospère. Dans cette perspective, le cabinet du président Issoufou salue l’appel à la libération du président Bazoum. Par contre, le cabinet du président Issoufou note avec indignation l’adhésion du collectif à un narratif fallacieux basé sur des accusations sans preuves et portant sur une prétendue responsabilité du Président Issoufou dans les événements du 26 juillet 2023. Il rejette fermement l’ensemble de ces accusations mensongères enfantées par la mauvaise foi, l’ingratitude et l’envie. Il estime que ceux qui veulent faire de lui leur victime émissaire (Sic) se trompent. Ils doivent plutôt réfléchir sur les causes profondes des événements du 26 juillet en particulier et de manière générale sur celles de la récurrence des coups d’État dans le pays depuis l’indépendance. » 

Parmi les signataires nigériens de l’appel pour la libération de Bazoum, on retrouve la plupart des ministres et collaborateurs de ce dernier, dont beaucoup se trouvaient à l’extérieur du pays lors du coup d’État et continuent de vivre en exil depuis qu’ils ont soutenu le projet d’intervention militaire française : le Premier ministre de Bazoum, Mahamadou Ouhoumoudou, son ministre des Affaires étrangères Hassoumi Massoudou, le Touareg Rhissa Ag Boula, ancien conseiller en sécurité, et l’ambassadrice du Niger à Paris, Aïchatou Boulama Kané. A l’exception de Rhissa Ag Boula, tous ont fait partie, jadis, du premier cercle d’Issoufou. D’anciens ministres et conseillers de Mohamed Bazoum vivant au Niger, dont certains ont été emprisonnés pendant plusieurs mois après le coup d’État, ont également signé : Alambedji Abba Issa, Rabiou Daouda, Aminata Zoukaleini Allahoury, Alkache Alhada, Kalla Moutari, Dardaou Zanaidou.

Mohamed et Hadiza Bazoum, détenus depuis le 26 juillet 2023 à Niamey, alors en déplacement dans la région de Tahoua, juillet 2023.

Deux récits concurrents dénonçant des agissements très graves

Cette campagne pour la libération de Bazoum a donné le signal d’un règlement de comptes dont l’onde de choc continue de se propager. Deux récits concurrents s’affrontent ainsi sur le coup d’État et les stratégies développées de part et d’autre après le 26 juillet 2023, nourrissant des accusations de trahison réciproques.

L’assaut a été donné, sur les réseaux sociaux, par plusieurs anciens membres en exil de la cellule communication du président Bazoum. Après le 2 janvier, ils ont diffusé un « réquisitoire contre Issoufou », l’accusant d’avoir fomenté le coup à la mi-mandat de son successeur pour l’empêcher de concourir à un deuxième mandat et revenir après une transition de six mois, en se posant en candidat naturel du parti socialiste nigérien « lors d’un scrutin verrouillé par Tiani, son homme de main. » Cette thèse repose sur l’idée, très répandue à Niamey, qu’Issoufou serait un homme machiavélique assoiffé de pouvoir. Défendant, sans surprise, leur champion Bazoum, pour sa « dynamique de bonne gouvernance jamais égalée » dans un ciel sans nuage et quasi sans djihadiste, les jeunes internautes énumèrent les indices de la duplicité d’Issoufou, qui concordent en partie avec les accusations lancées à l’époque par le très médiatique ambassadeur de France Sylvain Itté : Issoufou aurait fait mine de négocier avec les militaires et rallié les officiers récalcitrants au coup, pour faire échouer le projet d’intervention française, tout en essayant de convaincre Bazoum de démissionner.

Un traitement de faveur qui nourrit la suspicion

Les soupçons se nourrissent notamment de la proximité de l’ancien président avec le commandant de la Garde présidentielle tombeur de Bazoum, le général Abdourahmane Tiani, mais aussi de l’apparente bienveillance dont l’ancien président au bonnet rouge bénéficie toujours au Niger : sécurité rapprochée officielle, accès au salon d’honneur de l’aéroport, liberté de mouvement (dont attestent des photographies en compagnie des chefs d’État les plus hostiles au régime de Niamey), jouissance de la même villa présidentielle que durant le règne de Mohamed Bazoum, etc. Par ailleurs, les proches du président renversé lui reprochent de n’avoir jamais contacté les enfants du couple emprisonné pour les assurer de son soutien (« ton ami ne peut pas être incarcéré sans que tu ne t’occupes de sa famille », relève justement un Nigérien) ni entrepris aucune démarche visible en faveur de son ami. Cette réserve si criante ne peut avoir que deux causes : soit Issoufou craint la foudre des militaires au pouvoir et tente de les amadouer, soit il a des raisons personnelles de ne pas intercéder pour Bazoum.

Du côté d’Issoufou, difficile de savoir qui s’exprime précisément. Un mystérieux « cabinet » dont nul ne connait la composition, un Groupe d’Analyse et de Prospection Politique (GAPP, tout aussi évanescent, qui, chose amusante, s’en prend aux internautes anonymes), et quelques médias virtuels entièrement voués à la gloire de l’ancien président, révulsés par tant de méchanceté : «Issoufou Mahamadou n’est pas un slogan, encore moins une caricature. Il incarne une trajectoire, des valeurs, une vision d’État et des vertus reconnues bien au-delà de nos frontières. (Le diffamer), c’est mépriser l’intelligence collective des Nigériens. » Rien de moins.

Du temps de la concorde, 2021.

Impuissance et embarras

Au-delà de la louange outrancière, de peu d’intérêt, certains auteurs tentent de convaincre le public de l’innocence d’Issoufou, à travers un récit qui révèle l’impuissance et l’embarras profonds de l’ancien président. « Le coup d’État ne peut se réduire à des causes individuelles ou à des boucs émissaires : il est le résultat d’une conjoncture complexe où chaque acteur a sa responsabilité», écrit ainsi Kadri Bodo, de la Tribune citoyenne, relayé par l’un des principaux porte-parole d’Issoufou sur les réseaux sociaux. Un autre média virtuel, Quotidien nigérien, vante « la retenue » d’Issoufou, qui sait que « réclamer la libération de Mohamed Bazoum dans un contexte de confrontation directe entre deux clans opposés n’avantage personne (…) et risquerait même d’aggraver la situation, en durcissant les positions et en fermant toute possibilité de dialogue. »  

Répondant à ceux qui lui reprochent d’avoir plaidé contre une intervention française, il estime que l’ancien président a fait « le choix de privilégier l’intérêt supérieur du Niger plutôt que l’escalade.» Conscient de la précarité de la position d’Issoufou – ce qui plaide pour une faible influence réelle de ce dernier sur les militaires au pouvoir – l’auteur évoque ses « marges de manœuvre limitées » et une stratégie bien timide se résumant à « laisser le temps jouer son rôle dans l’espoir de voir émerger la solution la moins dommageable ». Pour le détenteur du prix Mo Ibrahim tant vanté pour ses vertus démocratiques, « le retour des militaires au pouvoir constitue un échec politique», concède cet auteur. D’autant plus, écrit un autre, que le coup d’État « n’était pas seulement contre Bazoum mais contre un régime qu’Issoufou et lui incarnaient. »

Bataille d’insultes

Pour les partisans de Bazoum, très présents sur les réseaux sociaux, ces interventions traduisent la fébrilité de celui qui aime à se présenter comme au-dessus de la mêlée et rémunère sa propre armée de communicateurs, souvent pris à partie sous leurs publications tant l’animosité contre Issoufou reste vive dans le pays, du côté des partisans de Bazoum comme de celui de l’ancienne opposition ralliée aux militaires, harcelée pendant des années par le premier président rose. Le bilan négatif des douze années de gouvernance socialiste depuis 2011 revient sans cesse dans les commentaires : fraude électorale, émergence du terrorisme, mépris des soldats. « Devenir un griot bruyant en racontant des mensonges n’aidera pas votre agenda », répond ainsi Maman Moussa à un thuriféraire d’Issoufou. « On ne peut pas manipuler tout le monde tout le temps», lance un autre. Les épithètes fusent : « fourbe », « démon », « traître » (pour Issoufou),         « jaloux», « petits », «ingrats » (pour les plumes au service de Bazoum.) 

Avec le déferlement des déballages de part et d’autre, voici que la part d’ombre du régime socialiste, ses haines et soupçons recuits, bien antérieurs au coup d’État, émergent progressivement, éclairant les racines de la méfiance profonde désormais installée entre les deux camps. Un dénommé Sidi Ibrahim, repris par les pages facebook pro-Issoufou, affirme ainsi que Bazoum serait à l’origine de la dégradation des relations avec son parrain, dès son arrivée au pouvoir. « À peine trois mois après son investiture, Bazoum et son clan travaillaient à la destruction d’Issoufou, qu’ils qualifiaient de voleur [ndlr, à l’instar de beaucoup de Nigériens]. Dans la même perspective, des inspections d’État tous azimuts avaient été lancées au niveau des entités considérées comme contrôlées par Issoufou et ses proches (…) Il y avait une campagne de communication destinée à ternir l’image d’Issoufou, présenté comme un homme corrompu (tandis que) Bazoum (était présenté) comme un ange, intègre, vertueux, humble et proche de son peuple.( …) Avec le recul, on est en droit de croire que le président Bazoum n’avait qu’un seul programme politique : détruire le grand Issoufou. »

« Que les idiots se sacrifient pour leur permettre de rentrer triomphalement »

Pour cet auteur, ce sont les proches de Bazoum, y compris ses enfants, qui ont empêché Issoufou de poursuivre sa médiation en l’accusant, 48 heures après le putsch, d’en être l’instigateur. Il reproche aux Bazoumistes leur incohérence puis leur adhésion à une éventuelle intervention militaire française, apparemment souhaitée par le président renversé dans les premières heures après le coup d’État, contre l’avis de Mahamadou Issoufou. « La bêtise est qu’au moment où ils voulaient voir les camarades sortir affronter les chars, eux, ils étaient déjà en dehors des frontières nationales, attendant certainement que les idiots se sacrifient pour leur permettre de rentrer triomphalement et continuer à jouir des privilèges du pouvoir. »

Quant aux soupçons contre Issoufou proférés dès le lendemain du putsch, il s’agit, estime Sidi Ibrahim, d’une stratégie délibérée de l’entourage de Bazoum pour faire reculer les militaires en les privant du soutien de la capitale, massivement favorable à l’opposition, en faisant croire que Tiani roulait pour Issoufou auquel les habitants de Niamey vouent, écrit l’auteur, « une haine pathologique ». Or, l’opposition « n’aime pas Issoufou, certes, mais elle n’aime pas Bazoum non plus», poursuit l’auteur avec lucidité. « Les lumanistes (du nom du parti Lumana, principal parti d’opposition au régime socialiste PNDS), qui ne rêvaient que de la chute du PNDS, sont sortis massivement soutenir le coup.(…) La Cedeao et la France, qui avaient promis d’intervenir militairement pour le libérer et le rétablir, se sont retrouvées contraintes de réévaluer leur projet (…) vu cette adhésion populaire massive des populations. » Et depuis, regrette l’auteur, « les fous soldats lancés sur les trousses de l’ancien président ont continué leur sale besogne. Presque trois ans après, ils constatent leur cuisant échec. Bazoum n’est ni rétabli ni libre. Le général Tiani et ses camarades continuent d’asseoir leur pouvoir. »

Un duel à mort

C’est bien un duel à mort que se livrent les deux hommes, par communicants interposés. Et Mahamadou Issoufou, bien que libre, semble quasiment neutralisé. Un dénommé Oumar Moctar Alansary, plutôt pro-Bazoum, écrit : « Mahamadou Issoufou est politiquement mort, d’une mort bien plus profonde et bien plus cruelle que la détention temporaire subie par le président Mohamed Bazoum, symbole de la légitimité constitutionnelle et du suffrage populaire. Perçu par la communauté internationale comme la clé de la solution, le pont possible vers un retour à l’ordre constitutionnel (…), il a choisi la voie de la perpétuelle ambigüité, la danse du volatile égorgé qui feint encore de vivre alors qu’il saigne de toutes parts : il condamne le coup d’État en public tout en le soutenant en coulisses, il promet la médiation puis tergiverse et élude, il donne sa parole à Mo Ibrahim, à Ouattara et à d’autres, avant de se rétracter ou de se taire. »

Navrant spectacle pour tout le pays, pris au piège de cette crise fratricide, qui plonge chacun dans les affres de la trahison et de la cupidité. Même des proches de la junte – qui pourraient se réjouir d’assister au spectacle de l’implosion du PNDS, dernière grande force politique du Niger depuis la mort du chef du parti Lumana, Hama Amadou – s’inquiètent désormais des risques pour la cohésion nationale. Qu’on est loin des vœux exprimés, peut-être naïvement, par le Sénégalais Alioune Tine début janvier, plaidant pour un acte de clémence qui serait « un bol d’air pour le dialogue, le rassemblement et la paix (…) face à une crise économique et sociale profonde. »  « La sécurité ne se règle pas seulement par les armes, mais aussi par un dialogue global».

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Trump et l’interdiction de visas : business et rivalité avec la Chine https://mondafrique.com/decryptage/trump-et-linterdiction-de-visas-business-et-rivalite-avec-la-chine/ Sat, 10 Jan 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145058 L’administration américaine a imposé de nouvelles restrictions de visas, entrées en vigueur le 1er janvier 2026, au détriment, notamment, de plusieurs pays d’Afrique. L’accès au territoire américain se transforme ainsi en levier diplomatique pour servir des intérêts économiques et stratégiques. Depuis juin 2025, l’administration de Donald Trump a instauré l’interdiction de la délivrance des visas […]

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L’administration américaine a imposé de nouvelles restrictions de visas, entrées en vigueur le 1er janvier 2026, au détriment, notamment, de plusieurs pays d’Afrique. L’accès au territoire américain se transforme ainsi en levier diplomatique pour servir des intérêts économiques et stratégiques.

Depuis juin 2025, l’administration de Donald Trump a instauré l’interdiction de la délivrance des visas à de nombreux pays, dont plusieurs en Afrique. Le dispositif a été étendu en janvier 2026 avec l’ajout de nouveaux États. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger se voient ainsi placés sous interdiction totale de visas, tandis que d’autres, comme la Côte d’Ivoire et le Sénégal, intègrent pour la première fois la liste des pays soumis à des restrictions partielles.

Officiellement, ces mesures sont justifiées par des impératifs de contrôle migratoire et de sécurité nationale. Officieusement, elles s’inscrivent dans une logique plus large de diplomatie transactionnelle. Plusieurs pays du continent, à l’instar du Congo Brazzaville, redoutant un bras de fer avec Washington, privilégient la négociation bilatérale pour tenter de sortir du dispositif. Ils font appel à des avocats et des lobbyistes installés à Washington, qui se font chèrement payer. S’engagent alors des tractations qui dépassent largement la question des visas : ouvertures aux entreprises américaines, coopération stratégique, accès aux matières premières et aux minerais critiques. Bien entendu, en toile de fond, l’objectif principal de la Maison Blanche consiste à contenir l’influence croissante de la Chine sur le continent.

D’autres pays, à l’inverse, ont opté pour une réponse plus ferme, fondée sur la réciprocité. C’est le cas du Tchad, soumis à une interdiction complète de visas depuis 2025, ainsi que des trois pays de l’Alliance des États du Sahel. Cette ligne de conduite n’est pas sans créer un certain embarras à Washington, qui cherche parallèlement à préserver son influence et ses coopérations sécuritaires afin de ne pas abandonner à d’autres puissances une région jugée stratégique.

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La Chine est devenu le premier partenaire stratégique du Niger https://mondafrique.com/decryptage/serie-niger-5-5-la-chine-premier-partenaire-strategique/ Tue, 07 Oct 2025 03:49:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=115835 Le 26 juillet 2023, c’est un coup d’Etat sans coup de feu qui fait tomber le Président Mohamed Bazoum, chose inédite dans le monde et même au Niger. Celui qui s’empare du Président est l’homme chargé de sa sécurité, le général Abdourahamane Tiani, qui commande la Garde Présidentielle. En ce matin de saison des pluies, […]

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Le 26 juillet 2023, c’est un coup d’Etat sans coup de feu qui fait tomber le Président Mohamed Bazoum, chose inédite dans le monde et même au Niger. Celui qui s’empare du Président est l’homme chargé de sa sécurité, le général Abdourahamane Tiani, qui commande la Garde Présidentielle. En ce matin de saison des pluies, nul ne peut encore imaginer les conséquences considérables à venir où l’on voit la place clé de la Chine dans le nouveau jeu nigérien. Pékin consolide sa position de partenaire stratégique grâce à l’exportation du pétrole brut et la promesse d’une croissance à deux chiffres, malgré la crise.

Olivier Vallée et Nathalie Prevost

Lorsque survient le coup d’Etat du 26 juillet 2023, les travaux d’achèvement de l’oléoduc le plus long d’Afrique (près de 2000 km de long) sont quasiment achevés. Le pipeline construit et financé par la Chine a coûté environ 4,5 milliards de dollars. Il doit acheminer le brut extrait à l’est du pays vers la plateforme de Sémè, au Bénin, pour exportation. Cette perspective aiguise les appétits, en particulier au sein du parti socialiste (le Parti nigérien pour la Démocratie et le Socialisme, PNDS) au pouvoir depuis douze ans. Les familles de Mahamadou Issoufou et de Mohamed Bazoum se disputent alors âprement la gouvernance et le business du pétrole.

Pourtant, lorsqu’en 2008 le Président Mamadou Tandja signe avec la Chine, après avoir retiré à l’Américaine Exxon Mobil son permis d’exploitation dont elle ne faisait rien, les opposants socialistes se gaussent de sa promesse. «Ce pétrole, c’est de l’eau !», disent-ils en riant. A l’ambassade de France, à la même époque, on se dit convaincu que ce pétrole nigérien est décidément de piètre qualité, comme pour se consoler d’avoir, comme Exxon Mobil, laissé échapper la concession. Avant d’être chinoise, Agadem avait été couchée sur un permis français, puis américain. Et elle n’a échu à la Chine que parce que ni la France, ni les Etats-Unis ne l’ont mise en valeur.  

La place que la Chine s’est construite au Niger, c’est celle-ci : le dernier recours. La diplomate Aïchatou Mindaoudou, qui a été plusieurs fois ministre de 1995 à 2010, raconte volontiers cette histoire dans les réunions internationales pour rendre justice à Pékin. Au portefeuille des Affaires étrangères de Mamadou Tandja de 1999 à 2010, elle en a été l’un des acteurs.

La solution miracle du manque d’eau à Zinder

«La Chine a toujours été présente aux côtés du Niger sur des dossiers importants pour le gouvernement d’alors: l’approvisionnement en eau de la ville de Zinder, le deuxième pont de Niamey, le pétrole qui, comme l’uranium, tenait à cœur le Président Tandja», a raconté la ministre à Mondafrique.

Le Pont de l’Amitié à Niamey

Le problème d’eau de l’ancienne capitale de l’est, région dont Mamadou Tandja était originaire, semblait insoluble. «Les partenaires nous posaient des conditions financières hors d’atteinte. Le Président y tenait beaucoup et le sujet revenait toujours sur la table du conseil des ministres. Un jour, il s’est impatienté et m’a demandé d’aller ‘voir avec les Chinois.’ Je me suis rendue à Pékin. J’ai rencontré le ministre du Développement économique juste après mon arrivée. Je lui ai transmis la demande du Président Tandja. Le ministre m’a répondu que son pays aussi, à un moment, avait fait face à ces problèmes et qu’il comprenait parfaitement la situation. Le lendemain, nous avons signé un accord de prêt sans intérêt pour financer l’approvisionnement en eau de la ville de Zinder. Pour ce faire, l’équipe chinoise est venue au Niger et a résolu le problème en raccordant la ville à une nappe phréatique qu’ils ont trouvée à 50 km de Zinder. L’année suivante, l’accord de prêt que nous avions signé a été transformé en don. La Chine a souvent eu cette attitude pragmatique dans des dossiers concernant l’amélioration des conditions de vie de nos populations. »

«En ce qui concerne le pétrole, à l’occasion d’un voyage à Washington, le Président Tandja s’est entretenu avec le directeur d’Exxon Mobil et lui a dit ceci : ‘on répète que le Niger est le pays le plus pauvre du monde. J’ai été démocratiquement élu sur la base d’un programme pour améliorer les conditions de vie des populations. Je ne peux pas accepter d’être assis sur du pétrole alors que ma population est pauvre. Je vous donne un délai d’un an pour commencer l’exploitation du pétrole nigérien. Si vous ne faites pas, je me considérerai libre de chercher d’autres partenaires.’ Et l’année suivante, le Président Tandja a envoyé une délégation en Chine pour explorer la possibilité d’exploiter le pétrole», poursuit Mme Mindaoudou.

Un maquis de sociétés chinoises

La raffinerie de Zinder

Quinze ans plus tard, c’est le domaine pétrolier qui fait, plus que jamais, l’actualité. Plusieurs entités chinoises sont désormais impliquées. La société nationale de pétrole chinoise (China National Petroleum Corporation, CNPC) est en charge de la production à Agadem et elle coiffe le raffinage confié à la joint venture sino-nigérienne SORAZ (Société de Raffinage de Zinder). La production et le raffinage ont démarré, modestement, au tout début du premier mandat de Mahamadou Issoufou. La raffinerie de Zinder, une exigence du Président Tandja, permet au Niger de produire sa consommation nationale d’essence, le surplus étant vendu dans les pays voisins. Son rendement est de 20 000 barils/j.

La découverte de réserves beaucoup plus abondantes qu’imaginé initialement a conduit par la suite le Niger à développer avec la CNPC une production de brut pour l’export. Le premier pipeline, qui reliait le site d’Agadem à Zinder, a été prolongé jusqu’au golfe de Guinée. Cette infrastructure a été construite, comme les précédentes, sur financements chinois.

La règle chinoise de non-ingérence dans les affaires intérieures politiques d’un pays tiers s’adapte au contexte et n’ignore pas l’entrelacs d’enjeux que l’accès aux ressources naturelles développe. L’épouvantail d’une implantation russe au Niger aura sans doute dissimulé l’attraction mutuelle de Pékin et de Niamey, enracinée de longue date et relancée à l’aune d’un souverainisme réinventé.

 

Pas d’interférence dans les affaires intérieures

Dès le mois de septembre 2023, l’ambassadeur de Chine au Niger transmet au Premier ministre un message de soutien de son pays et il réaffirme le principe de « non-interférence » de la Chine dans les affaires internes des autres pays. Pékin entend aussi préserver ses intérêts, sans déconnecter sa coopération avec le Niger de son passé.

Après des retards liés au coup d’Etat et au blocage de la frontière avec le Bénin dans le cadre des lourdes sanctions imposées par la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, les travaux du pipeline ont pu être achevés et le pétrole injecté à l’intérieur. Le premier tanker et son chargement d’un million de barils ont quitté le port de Sémè le 19 mai. C’est le seul à ce jour, suite à de nombreux épisodes de tension entre Niamey et Cotonou qui ont finalement abouti à l’arrêt de la production. La Chine s’est activée pour tenter de régler le différend. Si la crise n’est pas encore résorbée, elle semble toutefois en voie de règlement. Au-delà de leurs intérêts respectifs, le Niger et le Bénin ne peuvent pas se permettre indéfiniment l’inertie, au risque de perdre leur crédit auprès de la grande puissance chinoise.

Signature à Niamey de l’accord sur la commercialisation du brut, en présence du Premier ministre du Niger

Pékin a également permis au Niger de desserrer l’étau financier résultant des sanctions de la Communauté ouest-africaine. En avril 2024, le Premier ministre Lamine Zeine a négocié directement avec la CNPC une avance sur la part du pétrole revenant à Niamey. La société chinoise a ainsi accordé un prêt de 400 millions de dollars au Niger décidé à lever les hypothèques que les partenaires occidentaux continuaient à poser. Lamine Zeine a transformé l’avance chinoise en un quasi-programme financier de substitution à un accord avec le Fonds monétaire international. Avec Zhou Zuokun, le président de la CNPC, il a signé à Niamey un accord sur la « commercialisation conjointe de pétrole brut » par lequel le Niger confie la commercialisation de sa part à son grand partenaire.

Le Niger remboursera l’avance grâce aux recettes du brut à venir, sur douze mois, avec un taux d’intérêt de 7%. Il s’agit de conditions de financement légèrement au-dessus du marché et en aucun cas d’une aide publique au développement. « Sur les 90 000 barils produits par jour qui seront acheminés vers l’Atlantique via le Bénin, le Niger touchera 25,4% des recettes, soit celles de 22 860 barils par jour », a précisé le général Abdourahamane Tiani, chef du régime militaire au pouvoir, dans une interview télévisée, révélant les termes de l’accord sur la répartition des bénéfices.

L’avance chinoise n’est pas destinée prioritairement à la trésorerie de l’État. Le Premier ministre nigérien a assuré que ces fonds seront dédiés à la défense et à la sécurité du pays, au remboursement de la dette du Niger sur le marché régional des titres publics et à des investissements dans le domaine du développement agricole et de l’offre médicale. Une fois de plus, Pékin démontre sa capacité d’intervention décisive et rapide, dans un contexte apparemment bloqué.

Le fusil et la diplomatie

Début juin 2024, le ministre nigérien de la Défense, le général Salifou Modi, s’est rendu en Chine en vue d’y dessiner un large partenariat stratégique débordant les questions sécuritaires qu’il pilote d’habitude et correspondant aux trois priorités du gouvernement : défense, agriculture et santé. Sur ces trois questions, le Niger espère que le partenaire chinois fera mieux que ses prédécesseurs européens et américains.

C’est ainsi, rapporte la télévision nationale, que le général Modi a pu mener des entretiens bilatéraux et visiter des industries de la défense et du secteur du pétrole et se rendre au camp de production agricole et de construction de Xinjiang, dans le nord-ouest de la Chine.

Visite de Salifou Modi en Chine

Au ministère des Affaires étrangères, la délégation nigérienne a été reçue par le vice-ministre chargé de l’Afrique, Chen Xiadong. A nouveau, le renforcement « de la coopération multisectorielle » a été souhaité, le Chinois saluant et félicitant « les efforts du gouvernement nigérien pour les initiatives développées pour briser l’isolement et le blocus imposés au Niger au lendemain de l’avènement du CNSP au pouvoir. » 

Salifou Modi a ensuite enchaîné sur une série de visites des industries de production de la défense et du pétrole, retrouvant ses préoccupations habituelles.  

Plus étonnant, la délégation nigérienne s’est rendue dans le nord-ouest de la Chine, à Urumqi, où elle a rencontré, le 5 juin, la 8e division du corps d’armée de production agricole et de construction de Xinjiang. Le Xinjiang, région désertique du nord-ouest, est le berceau des Ouigours musulmans. En 1954, la Chine y a créé une unité paramilitaire, le Corps de production et de construction du Xinjiang, souvent appelé Bingtuan, dans la tradition des soldats agriculteurs des frontières. Au fil du temps, les régiments agricoles ont étendu leurs activités agricoles, industrielles et de soutien logistique, notamment par de grandes campagnes de  défrichement, allant jusqu’à occuper plus de deux millions de personnes. Cette expérience pourrait-elle être répliquée aux zones frontalières exposées aux assauts djihadistes ? 

Certains observateurs, pas toujours bien intentionnés, ont estimé que l’exportation de pétrole via l’oléoduc était la ligne de vie du Niger. Certes, c’est une ressource appréciable mais il ne faut pas exclure que la Chine, au-delà de l’image bienfaisante d’amie de la paix, compte poursuivre la relation avec le Niger dans plusieurs autres domaines, car les 100 000 barils par jour du Niger comptent peu dans la masse de l’approvisionnement pétrolier chinois.

Le dragon chinois a réussi à passer en dessous des radars de nombreuses institutions sauf peut-être de l’ambassade américaine de Niamey qui, en 2020, comptait la Chine comme le deuxième investisseur extérieur au Niger. En effet, si le pétrole attire l’attention aujourd’hui, l’uranium mobilise la Chine depuis longtemps.

La saga nucléaire

En 2007, la société d’État China National Nuclear Corporation (CNNC) scelle un partenariat avec le gouvernement nigérien pour développer la mine d’uranium d’Azelik, dans le nord du pays. Après un début d’exploitation, le projet est stoppé suite à la catastrophe de Fukushima et la chute des cours du minerai. En juillet 2023, China Nuclear International Uranium Corporation accepte de reprendre l’exploitation de la mine au profit de l’industrie nucléaire chinoise. Pour l’instant, le port d’évacuation du métal fissile serait au Bénin. Une raison de plus de ne pas compromettre la relation avec Cotonou.

Il plait à la diplomatie chinoise de voir reconnu son rôle de médiateur neutre en face de la menace et de l’agressivité européennes. Mais il s’agit aussi de ne pas mettre en péril une stratégie de l’uranium déployée depuis 1990. Il ne fut pas aisé pour China National Nuclear Corporation (CNNC) d’arracher la mine d’Azelik en 2007, du temps de la suprématie d’Areva sur la région.

En janvier 2008, alors que l’uranium va mal, la Chine devient le partenaire de référence pour le pétrole du Niger. C’est PetroChina qui va extraire le pétrole régi par un contrat de partage de production (CPP) avec la partie nigérienne. Dans le cadre global de ce partenariat entre les deux pays, la raffinerie de Zinder est construite à la demande du président Tandja, à 460 kilomètres du gisement pétrolier. Un premier oléoduc voit le jour. En 2019, PetroChina signe un accord avec l’État du Niger pour la réalisation du pipeline géré et édifié par WAPCO. Avant même la sortie du brut par le Bénin, grâce à la raffinerie, le Niger était devenu un pays exportateur de produits pétroliers et de gaz liquéfié, en particulier vers son voisin nigérian, tandis que Zinder bénéficiait de la centrale électrique construite par les Chinois.

Le réacteur ?

Les montants investis directement par la Chine comme ceux prêtés par diverses entités des secteurs de l’uranium et des hydrocarbures sont très élevés. La patience de la Chine avec les précédents gouvernements du Niger en matière de gestion et de remboursement reflète sa constance dans la conduite d’une stratégie à bas bruit. En 2022, plus d’une trentaine de permis d’exploration et d’exploitation de mines d’uranium avaient été accordés par le gouvernement de Mohamed Bazoum. La nouvelle équipe au pouvoir depuis juillet 2023 entend les redistribuer à ceux qui ont su apporter leur soutien dans le passé et qui, à présent, partagent l’avenir. Malgré les annonces du Russe Rosatom, il semble bien que la Chine sera la première bénéficiaire des licences minières, y compris pour le lithium et d’autres minerais rares.

Loin d’avoir été ébranlée par le coup d’État, la présence chinoise semble chercher à Niamey un centre de gravité entre sécurité des investissements et rayonnement sur la région. 

Seyni Kountché lors d’une visite en Chine

Les relations entre la Chine et le Niger remontent au régime d’exception du colonel Seyni Kountché, en 1974. Elles n’ont été interrompues que suite à la reconnaissance de Taïwan par le gouvernement de transition de Cheiffou Amadou, après la Conférence nationale. Le secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères de ce gouvernement était Mohamed Bazoum. Quand les relations avec la Chine ont repris, avec l’élection de Mamadou Tandja, en 1999, «le Président a renoué tout simplement pour rester dans la continuité de la position nigérienne, comme il nous a instruit de le faire sur le Sahara occidental», explique Aïchatou Mindaoudou.

Au coeur des turbulences du grand jeu mondial au Sahel, la Chine incarne ainsi pour le Niger un pôle de stabilité rassurant, y compris en tant que grande puissance siégeant au Conseil de sécurité.

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Niger : les investisseurs étrangers menacés https://mondafrique.com/international/niger-les-investisseurs-etrangers-menaces/ Fri, 05 Sep 2025 21:32:10 +0000 https://mondafrique.com/?p=138333 A l’occasion d’un communiqué en date du 0 septembre 2025, le Mouvement patriotique pour la liberté et la justice (Mplj) “revendique” une attaque menée, la veille, à Abalama, localité de la région d’Agadez, au nord du Niger. L’opération visait la base du camp de vie de travailleurs chinois sur le chantier de la route bitumée […]

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A l’occasion d’un communiqué en date du 0 septembre 2025, le Mouvement patriotique pour la liberté et la justice (Mplj) “revendique” une attaque menée, la veille, à Abalama, localité de la région d’Agadez, au nord du Niger. L’opération visait la base du camp de vie de travailleurs chinois sur le chantier de la route bitumée en direction de Zinder.
 
Un article du site « Veille Sahélienne »
 
 
Les assaillants ont mené un raid de portée symbolique contre le détachement de la Garde nationale en charge de la sécurité des infrastructures et du personnel. Le bilan s’établit ainsi : 2 rebelles tués, 1 fait prisonnier, 1 garde mort et 3 autres blessés. L’échange de tirs a été bref.  

Le Mplj promet “une série” d’autres exploits et adresse un ultimatum, à “toutes les entreprises étrangères”, les enjoignant de quitter, le Niger, “sans délai”, en particulier le septentrion, périmètre de plusieurs activités d’extraction. L’Organisation ne veut plus tolérer l’exploitation des ressources minières, au détriment du droit des peuples autochtones et dénie, à la junte, la légitimité de conclure de tels accords avec des partenaires extérieurs.  

Le document appelle à la solidarité des soldats de l’armée régulière, sous peine d’être traités en ennemi. En revanche, il rassure les Ong humanitaires, tant qu’elles œuvrent “sincèrement” à servir la population.  

Moussa Konaï, actuel chef du Mplj, est l’ex-numéro 2 du Front patriotique de libération (Fla), première émanation de la rébellion Toubou, acquise au Président détenu Mohamed Bazoum. Son prédécesseur, Mahamoud Sallah,  a été arrêté, en février 2025, par les forces du Maréchal Haftar au sud de la Libye. Depuis, les diverses composantes de l’insurrection se sont réunifiées, sous la direction de Konaï, réputé moins politique et davantage qualifié au combat. A chacune de ses rares prises de parole, il réclame la libération de Bazoum et la restauration de l’Etat de droit.  

Malgré les instances de Niamey et des alliés russes de Haftar, ce dernier n’a jamais accepté de livrer, le prisonnier, au Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (Cnsp). En vertu de l’imbrication de l’identité tribale, de la politique et de l’économie de guerre au Sahel, Mahamud Sallah dispose du parapluie protecteur de son ethnie présente à l’intérieur d’un vaste espace qui couvre le Niger, la Libye, le Tchad et le Soudan.  

Les partisans de Mohamed Bazoum, qu’ils soient Toubous ou d’autres groupes, disposeraient de soutiens au sein de sa tribu d’origine, les Oulad Sleiman, ultra minoritaires au Niger mais assez influents en Libye. Une relative neutralité dans le conflit qui oppose Benghazi et Tripoli, leur confère, en théorie, la capacité d’arbitrer les contentieux du voisinage immédiat.  

Il y a lieu de le rappeler, les divers sabotages du pipeline pétrolier, les prises d’otages d’employés, la destruction des équipements, sans omettre les offensives meurtrières de multiples enseignes de l’islamisme (Iswap, Boko Haram, Eis, Gsim, Lukawaras, Mahmuda) ont mis le Niger à genoux, au lendemain du renversement de Bazoum, le 26 juillet 2023. A court d’argent pour régler la facture des salaires, des soldes et des primes, du fonctionnement de l’Etat et des frais de représentation hors du territoire, le gouvernement dit de “transition” peine à traiter une répétition de mutineries et de grèves du zèle, dans certaines garnisons. Les commerçants se plaignent d’un excès de fiscalité et déplorent la fermeture de la frontière avec le Bénin, cause d’un manque à gagner pas encore traduit en chiffres.  

Les Chinois dont la patience et le pragmatisme habituels défient le sens commun, hésitent à rester au Niger et se plaignent des sollicitations et des exigences disproportionnées d’un Etat en faillite mais désespérément à court de liquidités.

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Mondafrique revient sur le coup d’État de 2023 au Niger https://mondafrique.com/a-la-une/niger-1-5-mondafrique-revient-sur-le-coup-detat-de-juillet-2023/ Sat, 16 Aug 2025 07:30:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=114774 Le 26 juillet 2023, c’est un coup d’Etat sans coup de feu qui fait tomber le Président Mohamed Bazoum, un événement inédit dans le monde et même au Niger, où l’armée est particulièrement économe de la vie des siens. Celui qui s’empare du Président, est l’homme chargé de la sécurité du pays au plus haut […]

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Le 26 juillet 2023, c’est un coup d’Etat sans coup de feu qui fait tomber le Président Mohamed Bazoum, un événement inédit dans le monde et même au Niger, où l’armée est particulièrement économe de la vie des siens. Celui qui s’empare du Président, est l’homme chargé de la sécurité du pays au plus haut niveau, le général Abdourahamane Tiani, qui commande la Garde Présidentielle. En ce matin de saison des pluies et à mi-mandat du troisième quinquennat du président Issoufou, nul ne peut encore imaginer les conséquences considérables à venir pour le Niger et pour l’ensemble du Sahel.

En cinq épisodes, Mondafrique vous raconte comment une révolution de Palais a dessiné les nouveaux rapports de force qui existent au Sahel. 

Ce 26 juillet 2023 qui fut un coup de tonnerre dans tout le Sahel 

Quand le Président se voit interdire de sortir de chez lui, juste après la prière de l’aube, il ne s’alarme pas, croyant avoir affaire à un mouvement d’humeur de la Garde Présidentielle (GP). Il se trouve avec sa femme Hadiza et son fils Salim, venu de Dubaï pour les vacances scolaires. Il a entendu un peu de bruit dans la cour et constaté que le personnel du Palais, qui arrive tôt le matin, ne pouvait pas entrer. Quant à la vingtaine d’hommes qui composent sa sécurité rapprochée sous les ordres de son neveu, ils ne sont pas là : ils ne dorment pas au camp présidentiel. Le général Abdourahamane Tiani, le tout puissant commandant de la GP, voit une menace dans cette unité entièrement dévouée à Mohamed Bazoum, recrutée et formée à l’extérieur de la GP à l’installation du nouveau Président, en 2021.

En ce mercredi matin, Bazoum est donc entièrement livré au chef de corps et à ses 700 hommes, surarmés par son prédécesseur, Mahamadou Issoufou. En douze ans à la tête de la GP, Tiani, qui est un officier de terrain venu du rang, a déjoué de nombreux complots, réels ou imaginaires. Le dernier, à la veille de l’investiture de Mohamed Bazoum, le 31 mars 2021, a conduit en prison plusieurs poids lourds de l’armée, y compris le chef d’Etat-major Terre et le chef des opérations de l’Etat-major.

Aucune effusion de sang

Mais en dépit de la loyauté apparente – mâtinée de sautes d’humeur – du commandant de la GP, le Président Bazoum, sans doute méfiant à l’égard d’un système qu’il n’a pas conçu, laisse de plus en plus le champ libre aux initiatives du Touareg Rhissa Ag Boula. Le ministre d’Etat chargé de la Sécurité, un ancien chef de front rebelle, tente de s’imposer comme le vrai patron, ce que Tiani n’apprécie guère. Ce dernier sent bien que son pouvoir est concurrencé par d’autres acteurs dont l’influence grandit autour du Président. A commencer par le ministre de l’Intérieur, Hamadou Adamou Souley, un très proche de Mohamed Bazoum, qui évince de plus en plus son homologue de la Défense, Alkassoum Indatou, dans les relations avec les partenaires extérieurs. Le ministre de l’Intérieur, philosophe de formation, comme le Président, est d’ailleurs le premier officiel interpellé le 26 juillet.

Mohamed et Hadiza Bazoum en déplacement dans la région de Tahoua le 23 juillet 2023

Le premier coup de téléphone de Bazoum est, tout naturellement, pour son ami et frère Mahamadou Issoufou, à qui il voue une confiance absolue. Aveugle, disent certains. La relation entre les deux hommes est étroite et ancienne. Issoufou est l’aîné de Bazoum au sein du parti rose ; il l’a imposé à sa succession, y compris en mobilisant son fief électoral de Tahoua pour l’élection présidentielle de 2021. Tous les samedis, les deux hommes déjeunent à deux pas du Palais, où Issoufou occupe plusieurs villas de l’Etat et où il continue d’exercer une influence occulte sur les affaires de l’Etat. Bazoum se braque lorsque lui parviennent des avertissements sur les agissements de son vieil ami ou les propos parfois peu amènes à son endroit de sa seconde femme. Le sujet est si sensible que personne, parmi ses proches, n’ose plus l’aborder. Ce 26 juillet, au téléphone, Issoufou se fait fort de convaincre Tiani de relâcher Bazoum.  

Dans la journée, le Président fluctue entre l’adhésion à une intervention armée et la réserve, conscient des risques qu’une telle opération fait courir à sa propre vie et à celle de sa famille. Bien qu’il croit encore à la possibilité d’une sortie de crise en douceur, par les  bons offices d’Issoufou, une riposte armée se prépare. Les avis divergent sur les ordres qu’aurait donnés Mohamed Bazoum. Le plus probable semble, toutefois, qu’il approuve l’option d’une action chirurgicale appuyée par la France. 

Récit d’une intervention avortée

Les choses s’organisent à partir du camp de la Garde Nationale (GNN). Cette unité placée sous l’autorité du ministre de l’Intérieur est dirigée par le colonel-major Guirey Midou, loyal au Président. La Garde nationale est devenue, au fil des années, une sorte de contre-pouvoir des Forces Armées Nationales, à cause de sa tutelle institutionnelle qui la fait échapper à la Défense et grâce à un recrutement très souple. Flanqué de son coordonnateur des opérations, le colonel Aliou Matani, le Haut-Commandant Guirey s’apprête. Dans la cour, se trouvent aussi des officiers français, ainsi que le ministre des Affaires étrangères, Hassoumi Massaoudou, qui s’auto-proclame Premier ministre par interim en l’absence du titulaire du portefeuille en voyage à l’extérieur du pays. Massaoudou et le colonel Guirey signent alors un document qui légalise l’intervention française en préparation. Ils «autorisent le partenaire français à effectuer des frappes au sein du Palais présidentiel afin de libérer le Président de la République du Niger, Mohamed Bazoum, pris en otage». Il est peu vraisemblable que les deux hommes aient agi sans le feu vert du Président. On aperçoit aussi, en tenue de garde national, le bras droit de Rhissa Ag Boula, Mohamed Wajada dit Tombola, conseiller à la Présidence, dont le patron se trouve alors à l’étranger.

Le plan est simple : une centaine de repentis de l’Etat islamique en cours d’intégration dans la GNN se préparent pour une diversion à moto qui précédera l’attaque du Palais proprement dite, conduite par la GNN et appuyée par les forces spéciales françaises.

Mais l’ordre de Paris ne viendra jamais. 

Côté nigérien, la force destinée à libérer Bazoum se délite. Le commandant en second de la GN, Ahmed Sidian, absent du camp, fait part de son désaccord. Le commandant des forces spéciales, le général Salaou Barmou, ne se joint pas non plus à l’aventure. Mais une partie de ses éléments prennent position en ville, aux carrefours stratégiques : l’aéroport et les médias publics. Il s’agit d’hommes et de véhicules appartenant à l’opération Almahaou, qui sécurise la frontière malienne. Ce mouvement sera diversement interprété par les observateurs. Les diplomates occidentaux y voient les signes d’un contre-coup loyaliste en préparation. Mais d’après les informations parvenues à Mondafrique, ce sont plutôt les prémices d’un coup dans le coup, finalement avorté.

Emmanuel Macron injoignable

Dans son audition devant la commission Défense de l’Assemblée nationale, l’ambassadeur de France Sylvain Itté, bien que vantant une rapide «coordination entre les services de l’Etat, rappelle que «le Président de la République était en voyage dans le Pacifique, ce qui a compliqué les choses. Avec le décalage horaire, nous avons eu des difficultés à recevoir ses instructions au cours des premières heures qui ont suivi le coup d’Etat.» Plusieurs sources affirment que l’ordre formel du Président français a manqué aux toutes premières heures, quand la situation était encore fragile et le dispositif armé aux portes du Palais, léger. Lorsque le Président français redevient joignable, la situation a évolué et les chances de succès d’une opération coup de poing se sont réduites. 

Emmanuel Macron à Nouméa, le 26 juillet 2023

Dans un article non signé du 5 octobre qui semble inspiré par l’Elysée, Jeune Afrique présente une autre version, avantageuse pour le chef de l’Etat français. Racontant les coulisses de l’intervention avortée, le magazine affirme, contrairement à l’ambassadeur Itté, que le Président français a donné «dès le 26 juillet depuis Nouméa son feu vert à une intervention commando des forces spéciales basées au Niger, ordre retransmis à la base 101 de Niamey par le général Bruno Baratz, commandant de l’opération Barkhane à N’Djamena.» L’hebdomadaire précise même qu’un «détachement français a aussitôt quitté la base pour se prépositionner au niveau de l’hôtel Radisson (…) à quelques centaines de mètres du palais présidentiel.»

Pour Jeune Afrique, ce n’est pas l’indécision française mais Mahamadou Issoufou qui fait échouer l’opération. «Il appelle son successeur pour, aux dires de ce dernier, le supplier de s’opposer à toute intervention militaire au moment précis où il est en train de négocier la reddition des putschistes.»

Une bruyante opération secrète  

Une source sécuritaire française à Niamey émet des doutes sur le récit de Jeune Afrique. «J’étais présent au Radisson le 26 une partie de l’après-midi. Je peux vous garantir qu’il n’y avait aucun dispositif de forces françaises, spéciales ou pas. Juste un trio de sympathiques mythomanes vendeurs de sécurité en pantalons de treillis.» Et l’ancien militaire d’ironiser : «En revanche, l’ambassade de France à annoncé aux autres ambassadeurs l’imminence d’une opération secrète qui n’est pas restée secrète très longtemps.»

Revenons aux premières heures du coup d’Etat. L’arrestation du Président devient publique dès 7h30. La nouvelle, révélée par deux sources crédibles sur les réseaux sociaux, fait le tour du Niger incrédule. Aux abords du Palais, pourtant, rien d’apparent. La tension ne monte qu’à partir de 15h00, avec l’apparition de véhicules militaires qui prennent position auprès de la radio et de la télévision nationales, signe d’un coup d’Etat en cours et d’une déclaration à venir. Des jeunes du Parti Nigérien pour la Démocratie et le Socialisme (PNDS) se rassemblent place de la Concertation puis s’avancent vers le Palais, demandant la libération du Président. Un manifestant est blessé par un tir de sommation. Mais le reste de la population nigérienne ne bronche pas. Car chacun s’interroge encore sur l’auteur du coup d’Etat et surtout, son potentiel commanditaire. Le système PNDS est-il abattu ? Issoufou a-t-il joué un rôle ? Qui a pris le pouvoir et à quelles fins ?

Manifestation à l’appel des jeunes du Parti Nigérien pour la Démocratie et le Socialisme demandant la libération de Mohamed Bazoum, le 26 juillet 2023

Négociations à la tête de l’armée

En réalité, pendant qu’Issoufou palabre vainement avec le général Tiani et échange avec les diplomates occidentaux, pendant que le téléphone de Bazoum ne cesse de sonner des appels de ses homologues étrangers, les négociations décisives sont invisibles.

Elles mettent en présence les hommes forts de l’armée, y compris le chef d’état-major, Abdou Sidikou Issa, nommé quatre mois plus tôt, et son prédécesseur, le général Salifou Modi, qui cherche un consensus pour préserver la cohésion de l’institution militaire. A l’issue de ces très longues tractations, tard dans la soirée, les postes clé sont distribués : au général Tiani, la présidence de l’exécutif (le Conseil national pour la Sauvegarde de la Patrie, CNSP), au général Salaou Barmou l’état-major, au général Mohamed Toumba le ministère de l’Intérieur, au général Modi la Défense, tandis que tous les officiers supérieurs sont nommés d’office au CNSP. Le centre de gravité est aussi le point d’équilibre du système : le général Modi est très respecté de ses cadets.

Dès lors, c’est l’armée nigérienne qui dirige le pays.
Il est minuit. La télévision nigérienne diffuse l’appel des nouveaux maîtres. Tous les corps figurent sur la photo de famille, représentés par leurs patrons ou leurs numéros deux. Le message est limpide.

 

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Niger, le général Tiani tente de renforcer son emprise sur l’armée https://mondafrique.com/politique/niger-le-general-tiani-tente-de-renforcer-son-emprise-sur-larmee/ Sun, 15 Jun 2025 06:38:38 +0000 https://mondafrique.com/?p=135655 Ces derniers temps, les tensions se multiplient au sein de l’institution militaire au Niger. Reste au chef de la junte à renforcer les rangs au sein de l’armée pour conforter son pouvoir. Le général Abdourahamane Tiani, président de la République du Niger, est un homme prudent. L’homme fort du Niger ne sort que rarement du […]

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Ces derniers temps, les tensions se multiplient au sein de l’institution militaire au Niger. Reste au chef de la junte à renforcer les rangs au sein de l’armée pour conforter son pouvoir.

Le général Abdourahamane Tiani, président de la République du Niger, est un homme prudent. L’homme fort du Niger ne sort que rarement du palais qui lui sert de logis depuis 2011. C’est qu’il connait les arcanes du pouvoir pour avoir été lz tout puissant patron de la Garde présidentielle (GP) de Mahamadou Issoufou d’abord, pour deux mandats, puis de Mohamed Bazoum, l’héritier politique du précédent, à partir de 2021 jusqu’à son renversement le 26 juillet 2023.

Dans ces fonctions, le président Tiani il a déjoué plusieurs complots ourdis dans l’armée contre les présidents en place. Certains disent qu’il en a lui-même inspirés pour faire tomber les officiers jugés menaçants.

La grogne au sein de l’armée

Notre bon général s’est fait beaucoup d’ennemis dans les forces armées du Niger (FAN), même s’il a tenté d’apurer les comptes en faisant libérer, le 1er avril dernier, tous les anciens militaires emprisonnés (auteurs réels ou supposés de deux tentatives de coup d’Etat contre les présidents socialistes et loyalistes hostiles au renversement de Mohamed Bazoum.) 

La situation au Nger n’est pas stable, le général Tiani le sait. Qu’l s’agisse de la flambée de l’insécurité qui pèse sur le moral des soldats ou du sentiment d’exclusion de plusieurs composantes de la société nigérienne après l’adoption de la langue haussa comme langue nationale.

Le retour discret du très impopulaire  Mahamadou Issoufou dans le paysage n’arrange rien. La tolérance dont l’ex président au bonnet rouge, fondateur du parti socialiste nigérien, semble jouir de la part de certains des généraux du CNSP – en premier lieu  l’ancien numéro 2 de la GP et bras droit de Tiani, le général Ibro Amadou Bacharou –  a mis à mal la confiance que les Nigériens plaçaient jusqu’ici dans la junte militaire. Comme d’autres pouvoirs militaires avant lui, le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) est exposé à des risques de désintégration en cas de trop fortes divergences internes. Au Mali et au Burkina voisins, plusieurs « rectifications » se sont déjà succédé.

Des promotions à la pelle

La stabilité de la junte reposera sur la solidité du pacte de partage du pouvoir scellé le jour même du coup d’Etat de 2023 sous l’autorité du général Salifou Modi, souvent présenté comme le numéro 2 du régime militaire. Le 1er juin dernier, Tiani a distribué les galons autour de lui aux généraux de l’état-major et du gouvernement, comme pour renforcer leur loyauté au régime et la solidité du leadership militaire sous les assauts redoublés des groupes djihadistes. Modi a été promu au grade suprême de général d’Armée. Le général Tiani semble ainsi le confirmer à sa place prééminente.

Reste que beaucoup de fauves tournent autour du festin…

L’éloge de l’ex président Issoufou par le propagandiste du Burkina, Ibrahim Maïga

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L’ex Président Mahamadou Issoufou, le poison de la transition au Niger https://mondafrique.com/a-la-une/lex-president-mahamadou-issoufou-le-poison-lent-de-la-transition-du-niger/ Wed, 14 May 2025 13:06:26 +0000 https://mondafrique.com/?p=133542 Parrain et fondateur du système de prédation généralisée qui a progressivement conduit le Niger à sa perte, l’ex président Issoufou semble narguer tout le monde : les citoyens, les activistes pro-junte et la junte elle-même, dont il démontre quotidiennement la profonde ambiguïté. Boubou blanc, bonnet rouge, visage et débit monocorde inchangés, Mahamadou Issoufou se filme. […]

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Parrain et fondateur du système de prédation généralisée qui a progressivement conduit le Niger à sa perte, l’ex président Issoufou semble narguer tout le monde : les citoyens, les activistes pro-junte et la junte elle-même, dont il démontre quotidiennement la profonde ambiguïté.

Boubou blanc, bonnet rouge, visage et débit monocorde inchangés, Mahamadou Issoufou se filme. A droite, à gauche, presque toujours à l’étranger, dans des circonstances plus ou moins officielles. A chaque fois, les réseaux sociaux du Niger s’embrasent, indignés par son activité floue voire parallèle. Ils se demandent pourquoi l’ancien Président bénéficie de la mansuétude du régime militaire qui affirme pourtant avoir renversé la table lors du coup d’Etat du 26 juillet 2023. 

Issoufou vedette de l’Africa CEO Forum

La photo de famille officielle postée par la présidence de Côte d'Ivoire
La photo de famille officielle postée par la présidence de Côte d’Ivoire

La toute dernière apparition d’Issoufou s’est faite à Abidjan, à l’occasion de l’Africa CEO Forum, une grand messe annuelle du business continental qui a réuni pendant deux jours, les 12 et 13 mai, 2000 participants politiques et hommes d’affaires. Dans son discours de bienvenue, Alassane Ouattara a salué mardi, juste après les chefs d’Etat en exercice ayant fait le déplacement, son «frère Issoufou.» On ne peut pas rater l’ex Président du Niger : c’est le seul en blanc dans un océan marine. Au premier rang du protocole, il trône, comme si rien n’avait changé. Comme s’il était toujours l’enfant chéri de la communauté internationale, qui a déversé pendant plus de douze ans des milliards d’aide empressée dont les Nigériens se demandent toujours à quoi elle a servi.

L’événement est co-organisé par Jeune Afrique Media Group et la Société Financière Internationale, une filiale de la Banque Mondiale. On ignore à quel titre l’ex Président a été invité : sans doute, en tant que champion de la Zone de Libre Echange continentale Africaine, la ZLECAF, éléphant blanc de l’Union africaine ou promesse de gros business à venir, un jour peut-être, quand la région ne subira plus les assauts sanglants des groupes armés djihadistes ; quand les pays membres de l’Alliance des Etats du Sahel (AES), le Mali, le Burkina Faso et le Niger, auront regagné le lit douillet de la bureaucratie libérale ouest-africaine. Celle que les Occidentaux préfèrent.

Bain de foule et bureau d’or

Juste avant la rencontre officielle, il a été vu avec sa deuxième épouse, Malika, pendant un bain de foule joyeux de la diaspora nigérienne d’Abidjan, chose particulièrement curieuse quand on sait qu’Alassane Ouattara a offert aux parias du régime renversé un traitement VIP.  «Tranquillement tranquille», a écrit l’un de ses militants sur Facebook. On ne saurait mieux dire.

Avant cela encore voici huit jours, le grand homme s’est filmé dans son propre salon : un vaste espace vide blanc et or, sur une petite table et dans un fauteuil doré rococo, en train de participer à distance à une autre réunion. Cette fois, c’était le Forum Afrique pour l’Investissement et le Commerce, un événement organisé par le Centre arabo-africain d’investissement et de développement d’Alger. Dans son discours en visio, Issoufou remercie Abdelmadjid Tebboune, autre dirigeant avec lequel les dirigeants de l’AES entretiennent des relations tumultueuses. Il ajoute se féliciter de cet «Important événement», qui contribuera «à l’intégration africaine et à la prospérité du continent», «pour en faire un continent développé à l’horizon 2063.» Nous voilà rassurés ! Suivent plusieurs minutes de chiffres, de prévisions, de formules, d’éléments de langage usés jusqu’à l’os. On retiendra l’équité, l’abondance à venir, le développement promis à la fin des temps. C’est surréaliste. On se pince. Comment ose-t-il, lui qui a dirigé le pays le plus pauvre du monde pendant douze ans, sans rien changer à la misère et au désespoir de ses compatriotes ?

C’est difficile d’interpréter le comportement d’Issoufou. Sur les réseaux sociaux, certains rient. D’autres pleurent. Provocation ? Amnésie ? Mégalomanie ? Folie même ? On ne sait.

Un Président bis?

Curieusement, Issoufou reproduit, sous une autre forme, une posture qui a coûté cher à son successeur désigné de 2021 : celle de Président bis. Il est partout, comme un message subliminal. Comme si son ancien gardien, le général Abdourahamane Tiani, s’était glissé dans les chaussures de l’ancien compagnon socialiste retenu prisonnier depuis presque deux ans. Du temps de Mohamed Bazoum, les visiteurs étrangers faisaient toujours le crochet par le salon d’Issoufou, après leurs entretiens officiels avec le Président en exercice. Comme si c’était lui qui détenait le vrai pouvoir. Et certains observateurs confirment que c’était bien le cas. Les nominations et les marchés se décrochaient chez Issoufou, à quelques centaines de mètres à peine du Palais présidentiel. Bazoum était un Président de papier. Et tout le monde, au Niger, le savait. Tiani serait donc le nouveau Bazoum, en version militaire, faisant mine de gouverner à l’abri du Palais présidentiel dont il ne sort que rarement, laissant les cérémonies officielles et le vrai pouvoir à son ancien patron ?

Mais alors, que penser de la dialectique officielle du régime, de ses ruptures diplomatiques, de son affirmation patriotique et refondatrice, de ses promesses de vertus nouvelles ? Tout cela ne serait-ce que double jeu cynique ? Et pour le profit de qui ?  C’est à la junte que la question est posée. Issoufou, lui, n’a pas changé d’un pouce.

Il aime toujours les honneurs, le protocole, l’or. Il aime l’influence ou ses attributs. Les affaires, bien sûr. Les récompenses : à Alger, il a reçu un prix d’honneur. Pour, dit son thuriféraire, «sa gouvernance empreinte de rigueur, de vision et de patriotisme qui a permis au Niger d’amorcer une transformation profonde.» On se pince encore. Car ce n’est pas seulement Issoufou qui est cynique, ce sont bien ses protecteurs étrangers. On se souvient du prix Mo Ibrahim 2020, qui a récompensé le leadership démocratique du président, avec ses cinq millions de dollars de dot. 

Un nouveau point de chute?

Avec le départ en février du Tchadien Moussa Faki Mahamat de la présidence de la Commission de l’Union africaine, Issoufou a perdu l’un de ses grands protecteurs de l’ombre. Mais il s’est trouvé un nouveau point de chute à l’étranger. Depuis la page de sa Fondation (qui porte, naturellement, son nom), l’ancien Président a annoncé, le 14 avril dernier, qu’il rejoignait le Conseil Stratégique pour les Politiques de Paix et de développement au sein du Nordic Center for Conflict Transformation (NCCT). Après enquête, il s’agit d’une organisation peu connue basée en Suède, avec un bureau régional à Tanger.

Son fondateur et directeur est un bi-national suédo-marocain, Noufal Abboud. Les activités de l’association sont peu détaillées sur son site web. Mais ce qu’on en voit est centré sur le Maroc, autour de la prévention de l’extrémisme violent, de l’appui judiciaire et politique, et de l’éducation. Tous domaines dans lesquels le bilan de Mahamadou Issoufou est calamiteux.  On se demande si ces nouvelles fonctions ne sont pas seulement une couverture.

L’ambiguïté du régime se traduit aussi à d’autres détails. Comme le passage, le 24 avril, par le salon d’honneur de l’aéroport, de Mamane Sani Mahamadou Issoufou dit Abba, l’ancien ministre du Pétrole de Mohamed Bazoum et fils du cacique socialiste, récemment libéré de prison. Il partait en voyage en Turquie, l’une des bases arrières de la famille avec Dubaï.

Mais les opposants et adversaires d’Issoufou ne désarment pas, même s’ils soutiennent souvent les nouvelles autorités précisément en raison du renversement du système socialiste. Mardi, le Mouvement des jeunes patriotes engagés pour la Justice sociale et la Refondation a demandé  des poursuites pour haute trahison contre l’ex Président pour son rôle dans divers marchés suspects ou avortés, dont celui du chemin de fer Bolloré, et ils affirment qu’il n’est pas «un non justiciable» du pays.

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Passe d’arme diplomatique entre le Niger et l’ambassadeur européen https://mondafrique.com/confidentiels/afrique/passe-darme-diplomatique-entre-le-niger-et-lambassadeur-europeen/ Sun, 24 Nov 2024 09:15:16 +0000 https://mondafrique.com/?p=122185 Bruxelles et Niamey échangent des noms d’oiseau depuis deux jours autour de tensions suscitées par l’utilisation, par le délégué de l’Union européenne au Niger Salvador Pinto da França, d’un fonds d’aide de 1,3 million d’euros d’aide humanitaire destinée aux victimes des inondations récentes dans le pays.   Rejoignez la nouvelle chaine Whatsapp de Mondafrique Le ministère […]

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Bruxelles et Niamey échangent des noms d’oiseau depuis deux jours autour de tensions suscitées par l’utilisation, par le délégué de l’Union européenne au Niger Salvador Pinto da França, d’un fonds d’aide de 1,3 million d’euros d’aide humanitaire destinée aux victimes des inondations récentes dans le pays.  

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Le ministère nigérien des Affaires étrangères, de la Coopération et des Nigériens à l’Extérieur a annoncé vendredi que l’Union européenne avait mis à la disposition du Niger cet appui financier de sa propre initiative et « sans qu’il en ait fait la demande ».

Or, indique le ministère nigérien, le représentant de l’Union européenne au Niger a décidé seul de la répartition des fonds et même de leur distribution géographique, sans consulter les autorités du pays : « L’ambassadeur de l’UE au Niger a, de manière unilatérale, procédé à l’affectation de cette subvention aux ONG, notamment le Comité international de la Croix Rouge, le Danish Refugee Council et Cooperazione Internationale, au mépris des principes de transparence et de bonne collaboration avec les autorités nigériennes compétentes, qui doivent guider la gestion de l’assistance humanitaire. Pire, l’ambassadeur a procédé arbitrairement à la répartition par région de la dite subvention. » 

Déplorant « cette attitude qui jure avec les principes régissant les relations diplomatiques », l’Etat du Niger a décidé de « commanditer un audit sur la gestion des fonds sus-mentionnés » pour savoir « l’usage et la destination réels des sommes allouées aux ONG concernées ». 

Instrumentalisation politique des questions humanitaires? 

Bruxelles a répliqué samedi en rappelant son ambassadeur de Niamey pour consultations. Dans un communiqué, l’UE « fait part de son profond désaccord avec les allégations et justifications avancées par les autorités de transition » et regrette « l’instrumentalisation de l’aide humanitaire à des fins politiques. » Bruxelles dit toujours « vouloir continuer à soutenir la population » et apporter l’aide humanitaire essentielle « de manière neutre, impartiale et indépendante » à travers « des agences des Nations unies et des organisations et ONG internationales. »

Cet épisode illustre, une nouvelle fois, la difficulté, voire l’incapacité, de Salvador Pinto da França et de son institution, de tirer les conséquences de la crise politique aiguë qui a opposé le Niger à la communauté internationale après le coup d’Etat du 27 juillet 2023. M. Pinto da França, diplomate franco-portugais, a été nommé au Niger le 1er septembre 2022 et il s’est, au plus fort de la crise, rangé aux côtés de la France dans le camp des faucons qui souhaitaient une intervention armée contre le Niger. Ses relations avec les militaires au pouvoir sont notoirement difficiles. Or, les nouvelles autorités sont particulièrement jalouses de leur souveraineté sur le territoire nigérien et elles attendent de leurs partenaires étrangers transparence et respect. 

L’Union européenne, divisée sur l’attitude à tenir désormais au Sahel où transite la migration sub-saharienne qui l’obsède, n’a pas réussi, jusqu’ici, à normaliser ses relations avec le pays. Alors qu’elle était le premier partenaire multilatéral du Niger avant le renversement du Président Mohamed Bazoum, elle a interrompu toute sa coopération, sauf en matière humanitaire. 

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Le Bénin assouplit sa frontière avec le Niger https://mondafrique.com/confidentiels/afrique/le-benin-assouplit-sa-frontiere-avec-le-niger/ Fri, 22 Nov 2024 09:41:28 +0000 https://mondafrique.com/?p=122115 Dans une note de service, la direction générale de la douane béninoise a assoupli jeudi l’entrée, le transit et la sortie des personnes et des biens en provenance et à destination du Niger, ce qui présage d’une prochaine réouverture de la frontière entre les deux pays, fermée depuis quinze mois.  Cotonou va pouvoir retrouver progressivement […]

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Dans une note de service, la direction générale de la douane béninoise a assoupli jeudi l’entrée, le transit et la sortie des personnes et des biens en provenance et à destination du Niger, ce qui présage d’une prochaine réouverture de la frontière entre les deux pays, fermée depuis quinze mois. 

Cotonou va pouvoir retrouver progressivement sa place de premier port d’approvisionnement de son grand voisin enclavé du nord, ce qui devrait faire baisser significativement le coût des marchandises importées, qui n’arrivent au Niger, actuellement, qu’après un long périple à travers le Burkina Faso en guerre à partir de Lomé. 

La note de service ordonne la libre sortie des produits importés à destination du Niger, « notamment le riz, les conserves et l’huile » et autorise la libre circulation des personnes dans les deux sens, ainsi que l’entrée des produits en provenance du Niger. A l’exception de « tous les produits vivriers cultivés au Bénin tels que le maïs, le mil et le sorgho », dont la sortie vers le Niger reste « strictement » interdite, tous les autres produits du Bénin sont autorisés à sortir. 

Reflétant les inquiétudes sécuritaires des deux pays sur la zone frontière de part et d’autre du fleuve Niger, où sont désormais déployés en force les combattants affiliés à Al Qaida, l’auteur de la note de service ordonne de « renforcer les contrôles sur les embarcations et les véhicules afin de détecter et intercepter éventuellement tout transport d’armes, de munitions ou de matériels pouvant être utilisés par les groupes armés terroristes. » 

Témoignant de l’importance de l’économie informelle et de la corruption qui prospèrent sur la frontière, la note demande « d’éviter tout rançonnement au risque de compromettre la réussite de la mission ». 

Suite au coup d’Etat du 26 juillet 2023, la relation entre les deux voisins s’est considérablement dégradée, le Bénin ayant décidé d’emboiter le pas au blocus du Niger ordonné par la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, puis aux menaces d’intervention militaire. La présence de soldats français sur le sol béninois, notamment dans le nord du pays proche de la frontière, a également nourri, à Niamey, des craintes d’infiltrations ou d’entreprises de déstabilisation hostiles. De ce fait, toutes les marchandises à destination du Niger et des Etats du nord du Nigéria, qui empruntaient jadis le corridor béninois, ont été déroutées à Lomé et doivent circuler en convois militarisés, souvent attaqués par les groupes armés terroristes, à travers le Burkina Faso. La tension, qui a été jusqu’à bloquer le chargement du pétrole brut nigérien à partir de Cotonou, est progressivement redescendue ces dernières semaines après des négociations intenses entre les deux pays. 

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Carnets de caravane au Sahara https://mondafrique.com/loisirs-culture/carnets-de-caravane-au-sahara/ Tue, 19 Nov 2024 07:30:33 +0000 https://mondafrique.com/?p=122008 Militante de la cause touareg, la franco-japonaise Alissa Descotes-Toyosaki raconte avec pudeur et poésie, dans «La Caravanière» (Payot), sa rencontre avec le Sahara et ses habitants, il y a vingt-sept ans. La caravane de sel, qu’elle a suivie à deux reprises à dos de dromadaire, incarne son admiration pour un mode de vie millénaire qu’elle […]

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Militante de la cause touareg, la franco-japonaise Alissa Descotes-Toyosaki raconte avec pudeur et poésie, dans «La Caravanière» (Payot), sa rencontre avec le Sahara et ses habitants, il y a vingt-sept ans. La caravane de sel, qu’elle a suivie à deux reprises à dos de dromadaire, incarne son admiration pour un mode de vie millénaire qu’elle a épousé pendant treize ans. Obsédée comme son défunt père par les civilisations menacées de disparition, Alissa Descotes-Toyosaki a capturé, telle un explorateur des temps passés, la trace de son apprentissage de la langue et des coutumes touareg dans ses carnets, ses dessins et ses images, au fil de ce qu’elle qualifie de  «vagabondages» au Niger, au Mali et en Algérie. Dans une interview avec Mondafrique, elle raconte comment le Sahara a changé sa vie à jamais, d’un éblouissement spirituel fortuit à une infatigable œuvre de témoignage.

Mondafrique : on peut dire que vous avez de qui tenir. Votre père vous a emmenés, vous et votre frère, en voyage d’aventure dans les lieux les plus incroyables !

En voyage chez les Pygmées, en 1979

Alissa Descotes-Toyosaki : J’ai fait le tour de la planète avec mon père. On est allé au fin fond de la forêt en Guinée, sur les îles Yap. On explorait des endroits où il n’avait aucun touriste. Mon père était antiquaire sans boutique. Il entreposait tout chez lui et la marchandise était vendue au fur et à mesure. Mais ce n’était pas l’objet de nos voyages. Il n’était pas attiré par les objets africains mais il adorait l’Afrique. Il disait : ’il faut se dépêcher de voyager parce que tout fout le camp.’ Il vivait avec un sentiment d’urgence, désespéré d’assister à la disparition de ce monde ancien. Mes souvenirs les plus marquants, ce sont des traversées sur des camions à bestiaux, à l’âge de huit ans, dans des conditions effroyables. Mon père laissait à ma mère une adresse à l’Holiday Inn et on partait à l’aventure. On faisait tout clandestinement. Des années plus tard, quand il a dû vivre dans les règles, il a arrêté. Et comme il s’emmerdait, il est mort.

Mondafrique : vous découvrez le Sahara, comme une initiation, à un moment de votre vie où vous allez mal.

A.D-T: Tout ce dont je me rappelle, c’est le choc entre l’avant et l’après. Je vivais les pires années de ma vie à Tokyo. J’avais 26 ans, j’avais fini mes études et je tournais en rond. A part un job d’hôtesse que m’avait dégoté mon père, je ne me fixais dans aucun travail ; j’y arrivais pas : pseudo mannequinat, télévision, musique. Tous les trois mois, je changeais de boulot. L’air de rien, je subissais la pression sociale. J’étais toute seule et je me sentais marginalisée. Je jouais du saxo, je traînais dans les milieux technos et je ressentais un mal profond qui commençait à s’installer. Et je me dis : ‘il faut que je me casse’. Mais pour aller où ? Un beau jour, mon père me voit, me dit que j’ai mauvaise mine et m’emmène en voyage. ‘Il y a mon pote machin qui organise des expéditions dans le désert marocain. Bon, c’est un voyage de groupe ; j’aime pas trop ça mais ce sera pas cher. ‘ Et on s’est retrouvés à Marrakech à boire des coups comme à Tokyo : ça s’annonçait très mal.

On est arrivés dans le désert à la nuit, crevés, et tout le monde a engueulé le guide parce qu’il s’était perdu. Il y avait quatre Français qui se plaignaient que le couscous était froid. On a été accueillis par des musiciens. La musique a toujours été un vecteur dans ma vie. Je fréquentais des trans parties à Tokyo et là, j’arrivais dans une vraie transe, naturelle, et la musique commençait à me transcender littéralement. Mon père ne dit rien et je suis happée par la musique, par le guide bédouin Mohamed. Je vois qu’il a mis son turban et qu’il se dégage de lui une espèce de dignité qui ne m’était pas apparue avant. Donc au lieu d’aller me coucher je dis au guide que je voudrais aller rejoindre les musiciens qui sont dehors en train de jouer. Je m’assois dans le cercle, dans la pénombre et je me laisse bercer par leurs chants soufis. A un moment donné, quelque chose me donne le tournis et je me lève, je sors du cercle et je vais marcher. Je monte une petite dune et je tombe sur un paysage merveilleux. J’en avais vu, avec mon père, mais cette fois, je suis passée de Tokyo aux 1001 nuits. Des milliers d’étoiles dans le ciel, le désert de dunes et au premier plan, l’oasis avec ses palmiers dattiers en ombre chinoise. J’ai levé la tête au ciel et j’ai failli tomber dans les pommes. Ce fut comme un éblouissement. Je passais de la cohue, de la société de consommation à outrance, on venait de vivre une attaque au gaz sarin – c’était des années horribles – et là, je me retrouvais dans ce vide magnifique, ce silence somptueux. Mon âme s’est envolée. Ca a duré un instant.

Puis je suis revenue dans le cercle, complètement bouleversée et très heureuse. Comme si j’avais découvert Dieu mais je ne le formulais pas comme ça. Je n’étais plus seule. J’ai ramené à Tokyo cet éblouissement qui m’irradiait de l’intérieur. Tout le monde le voyait.

Comme, pour moi, c’était une expérience mystique, je me disais que si c’était mon destin de repartir au Sahara, j’allais attendre qu’il se manifeste pour m’y ramener. J’aurais pu y retourner mais je ne voulais pas. Il fallait que ce soit le destin. Et s’il se passait rien, ça voulait dire que j’avais halluciné cet instant. J’ai donc attendu, pendant trois mois, à Tokyo, le signe du destin. La lumière en moi commençait à s’éteindre. Et à ce moment-là, j’ai reçu un coup de fil incroyable d’un musicien guinéen perdu de vue depuis longtemps qui me dit : ‘il y un Japonais qui cherche une interprète en Mauritanie’. Et je me dis : ’ça y est ! c’est ça!’  Du coup, je quitte Tokyo. J’y crois, j’ai la foi. Je fonce.

Mondafrique : ensuite, vous avez enchaîné plusieurs contrats de traductrice au Sahara pour la coopération japonaise. Comment en êtes-vous arrivée à décider de suivre la caravane de sel ?

A.D-T : Je restais dans mon idée des signes, des opportunités qui se présentent d’elles-mêmes. C’est ainsi que j’ai atterri au Niger grâce à une petite annonce de la JICA dans le journal. J’étais complètement obsédée par le Sahara. Et la caravane de sel, c’était un moyen de traverser le désert avec les nomades. Comme j’avais été bien éduquée par mon père et que je ne voulais pas être traînée à chameau comme une touriste, j’ai compris que le seul moyen, c’était cette caravane de sel. Les méharées organisées, pour moi, c’était insupportable. Le voyage et l’aventure se confondent pour moi. Il fallait que ce soit une aventure. Et puis c’était la première fois que j’allais voyager toute seule, sans mon père. C’était une nouvelle étape.

Oasis

Qui dit caravane dit chameau (comme on appelle les dromadaires dans le Sahara).Et après, j’ai pris le parti des caravaniers, du voyage à chameau. C’est devenu politique. J’aimais aussi l’animal, son rythme, ses capacités incroyables, mais aussi son mauvais caractère. Je savais que physiquement, j’allais y arriver. Seize heures par jour, je savais que je pouvais les faire. Je savais que je pouvais boire l’eau du puits sans tomber gravement malade. Je n’avais pas de doute sur tout ça. Mais ce que je ne savais pas, c’est que la réalité de la caravane et des caravaniers, ce n’était pas du tout l’image romantique que je m’en étais faite : cette vision des mille et une nuits. C’était plutôt seize heures de marche harassante par jour, de la bouillie à tous les repas et le boucan monstre des montures qu’on charge à l’aube et qui hurlent.

Les caravaniers qui exercent ce métier hyper physique ne sont pas en tenue d’apparat et voilés d’indigo. Ils portent plutôt leurs vieux boubous déchirés pour la traversée du désert. Forcément,  je me suis pris une claque dans la gueule. Je ressentais une souffrance à les observer trimer dur, plus misérables qu’avant mais j’étais heureuse qu’ils continuent d’exister. J’ai fait la caravane en 1998 et à nouveau en2003, pour aller jusqu’au bout, à Kano, au Nigéria, furieuse de m’être arrêtée sans le savoir avant le terminus deux ans plus tôt. Et puis la deuxième fois, je voulais tout filmer, me forcer à voir ce que je n’avais pas pu voir lors du premier voyage, dans mes délires romantiques. Le premier voyage, c’était une découverte. Je n’avais pas eu le temps d’observer vraiment. En 2003, j’emmène une caméra et je me dis : ‘tu documentes une civilisation, un commerce millénaire, la confection du sel, la bravoure de ces hommes, l’échange des cultures entre nomades et sédentaires.’ Je voulais garder une trace de ce monde qui était en train de disparaître. Je m’étais aperçue que personne n’avait documenté en images toute la traversée jusqu’à Kano. Sinon, je ne l’aurais peut-être pas fait.

A l’étape de la caravane, 2003

J’ai mis douze ans à terminer le film Caravan to the Future. C’est toujours la même chose : les boites de production qui n’accrochent pas, qui te font réécrire. Mais il y a toujours un moment où quand tu dois y aller, tu dois y aller. On ne pouvait pas savoir combien de temps ça durerait. C’est pour ça que je n’avais pas trouvé d’équipe, à l’exception de mon assistant touareg d’Agadez. Ca dépendait de la récolte du mil, des prix, des marchés… Mon film est brut. Tout a été filmé de manière spontanée ; rien n’a été mis en scène. J’aurais pu leur acheter leurs sacs de dattes pour que ça aille plus vite. Mais je ne l’ai pas fait. Le dernier mois, j’en pouvais plus. J’étais comme une loque. Je dormais sur une natte dans les mosquées, les gens me prenaient pour un homme. Le temps passait tellement lentement sur les marchés ! Je me retrouvais juste à attendre l’étape suivante, par exemple l’achat du mil, qui pouvait prendre quatre mois. Je parlais en petit tamacheq, que j’avais appris au fil de mes voyages. Mais surtout, j’étais accompagnée de mon assistant, mon bras droit, mon confident. Sans lui, ce voyage aurait été impossible. C’était sa première traversée aussi mais il avait reçu une éducation nomade. Il ne s’est pas plaint une seule fois. La deuxième traversée a été plus difficile que la première. On a dû supporter des températures de fou, ce que je n’avais pas du tout anticipé. J’avais fait la première caravane en décembre et la seconde a commencé plus tôt, fin septembre. Il fait encore très chaud en cette saison. Si j’avais su, j’aurais pris un chameau avec ma propre réserve d’eau. Je crois que j’ai eu tous les symptômes de la déshydratation et de l’insolation. J’étais dans un état très très critique. La pluie a sauvé ma vie… et le film. On a reçu une pluie alors que ce n’était pas la saison : j’y ai vu un signe. Il fallait que je continue.

Mondafrique : étiez-vous motivée par l’exploit physique ?

A.D-T. : Je ne crois pas. Je n’avais pas la volonté d’aller au bout de mes forces. J’étais obnubilée par le fait que je devais finir ce film. J’étais prise par tous ces soucis et cette responsabilité et après, j’étais tellement épuisée que je suis revenue presque à 4 pattes. Je suis rentrée à Tokyo avec 50 rushes dont je ne savais pas encore quoi faire parce que je n’avais jamais fait de film. Et j’étais au désespoir devant le désintérêt des producteurs.  

Mondafrique : vous dites que le Sahara vous a guérie de votre quête identitaire.

A.D-T : Avant l’arrivée au Japon, nous avions déjà été ballottés mais notre première installation à Tokyo a été vraiment horrible, aggravée par la déchirure avec mes grands-parents paternels que j’adorais. Quand j’ai rencontré les Touareg, j’ai arrêté de me prendre la tête sur la question de mon identité. Ce fut une espèce de libération. J’aurais pu flasher sur des Tibétains ou des Mongols. Ca a été les Touareg. La première rencontre, c’est le Sahara et la rencontre humaine, ce sont les Touaregs : les nomades du désert tels que je les idéalise.

Pop le dromadaire

Mondafrique : vous n’arrivez pas tout de suite à réaliser votre film. Mais vous retournez dans le Sahara. Dans quelles circonstances ?

 A.D-T. : J’étais fière de mes images, de ces interviews autour du feu que je commençais à traduire, j’étais encouragée par des gens autour de moi mais je n’avais pas de budget ; je n’avais rien. J’avais juste envie de mettre ça dans un tiroir et de penser à autre chose. Et alors que j’étais rentrée depuis trois mois, je fais la rencontre improbable, lors d’une soirée, d’un Touareg de Djanet qui me propose de l’aider à ramener de la clientèle japonaise dans ses circuits. Ma première réaction a été de refuser, à cause de ce fardeau que je portais sur mes épaules, mais je n’avais qu’une envie : me casser dans le Tassili N Ajjers et me voilà repartie  pour d’autres aventures.

Mondafrique : à Djanet, dans le sud de l’Algérie, vous découvrez un autre monde touareg.

A.D-T. : Ce sont des Touareg, mais pas les mêmes. J’ai rigolé mais j’étais choquée aussi. Par la suite, j’ai découvert l’identité touareg oasienne, qui n’est pas elle des campements du Niger. Je pensais que ce que je voyais était l’effet de l’arabisation mais on m’a expliqué que c’était aussi l’influence de la Libye. Toutes les familles de Djanet ont des parents à Ghat où vivent, depuis toujours, des Touareg de Libye. Les femmes de Djanet ne se mélangent pas avec les hommes même si elles ne sont pas détachées de leurs valeurs matriarcales. J’avais du mal à m’y faire, d’autant plus que les sœurs du chamelier qui était alors mon compagnon m’entouraient constamment de leurs soins. En Algérie, même à Djanet, quand tu circules seule au marché, il faut prendre tes précautions. Il y a des règles.

A Djanet

Je construis une relation amoureuse, donc je me fixe. Je me base à Djanet. Et je circule de part et d’autre des frontières, en empruntant parfois la route des fraudeurs, pour raccourcir le trajet. Ca agace un peu mon entourage. Mon chamelier, évidemment, il s’en fait un peu pour moi. Il n’aime pas trop me voir avec les fraudeurs. Mais il me laisse très libre. Je garde un souvenir extraordinaire de ces années 2004 à 2009 : j’ai tout laissé en plan et vécu ça à 100%. Ce furent des années d’insouciance totale. Je faisais des petites missions d’interprétariat et j’écrivais des textes pour la revue de bord de la compagnie Aigle Azur, qui me donnait des billets d’avion. Je vivais d’amour et d’eau fraîche, à faire la transhumance avec un troupeau de chameau, dans un décor splendide, vide certes, mais moi, je n’étais pas seule et ça me suffisait.  

Mondafrique : vous avez écrit ce livre à partir de vos carnets de route, soigneusement conservés. 

A.D-T. :  J’ai des malles bourrées de carnets, de dessins, de photos, de vidéos. Dès que je le pouvais, j’écrivais au coin du feu avec ma lampe torche. Je savais qu’il y avait des choses qu’il ne fallait pas que je perde. Quand j’ai eu ma première caméra, je l’ai emportée partout. J’ai filmé les mariages à Djanet, les concerts de Tinariwen à Kidal, les passages de frontière en fraude, mes chameaux. Il me fallait tout ça. Et effectivement, les photos ont joué un rôle crucial dans ma mémoire. Pour écrire la version japonaise de ce livre, j’ai relu mes notes de route et je me suis dit que si je commençais à les reprendre telles quelles, ce serait trop long. Je voulais reprendre certaines phrases mais pas tout. Le reste, les souvenirs les plus marquants, ils étaient restés dans ma mémoire. Donc j’ai compilé un peu les deux. Tout ce matériel, bien qu’intime, était destiné à un public.

Mondafrique : en 2006, vous créez une petite structure touristique, Sahara-Eliki. Dans quel objectif ?

A.D-T.: C’était un peu une revanche. Je m’étais emmerdée en Mauritanie avec un chamelier qui me tirait au bout d’une corde. Je me suis dit qu’il y avait peut-être d’autres gens comme moi qui voulaient vraiment voyager en caravane dans le Sahara. J’ai cherché un format pour débutants. Et au bout de trois ans à Djanet, je me suis dit qu’une telle activité nous permettrait de gagner notre vie tout en donnant du travail aux chameliers et en perpétuant ainsi le mode de vie traditionnel, qui aurait été perdu depuis longtemps en Algérie sans les touristes. A Djanet, la vie coûte cher ; ce n’est pas comme au Niger. Et il y a beaucoup de chameliers qui abandonnent leur métier faute d’activité. Or, ils sont les seuls à pouvoir conserver la connaissance ancestrale des pistes et des dromadaires. J’avais du temps : je me suis lancée. J’avais appris à monter à dromadaire en une semaine donc j’ai imaginé une caravane d’une semaine pour les Japonais. J’ai créé une association à but non lucratif, Sahara-Eliki, dédiée au sponsoring de chameaux. J’ai appelé ça «Un chameau pour bosser», intraduisible en japonais, et qui n’a absolument pas fonctionné en France.  

Un chameau, à l’époque, coûtait 400 euros. Je suis allée en acheter six à Arlit, au Niger, parce que c’était moins cher et que ça me fournissait le prétexte d’une nouvelle caravane. J’ai fait le voyage de retour à Djanet avec un chamelier nigérien marchand de bétail. Son défi, c’était de traverser la frontière algérienne sans se faire prendre. On a fait une étape de cinquante heures presque sans s’arrêter et sans faire du feu pour ne pas rencontrer une patrouille. J’étais estomaquée. Qu’est-ce-que l’Algérie avait à foutre de ces chameliers ? Je ne comprenais rien. J’avais déjà vécu ça lors d’un voyage antérieur en voiture avec des migrants et une famille qui accompagnait un vieux monsieur se soigner à Djanet.  L’Algérie, c’était la terreur. Et pourtant, c’était les mêmes familles de part et d’autre de la frontière.

Sur la route des fraudeurs

Mondafrique : dans ces mêmes années, avant l’arrivée des groupes djihadistes algériens qui ont transformé la région en piège mortel pour les étrangers, vous avez également circulé au Mali ?  

A.D-T : Je suis partie de Kidal et j’ai remonté jusqu’à Tamanrasset et Djanet. Environ 3000 km : un long parcours, mais il n’y a pas le choix. De Kidal à Tamanrasset, je me suis dit que la route passait par Tinzawaten (qui sert de poste frontière entre le Mali et l’Algérie) et que je ferais tamponner mon passeport d’entrée à cet endroit. Mais mon honnêteté m’a valu beaucoup de tracasseries policières, comme le prévoyait le chauffeur du 4X4 qui n’arrêtait pas de m’engueuler et une passagère touareg autoritaire, qui me reprochait de n’avoir pas pris suffisamment de provisions et de ne pas savoir cuisiner. J’étais frigorifiée. Je n’avais pas anticipé le froid de l’Adrar des Ifoghas. J’étais mal habillée, je me remettais de fractures aux poignets et je n’étais pas bien préparée du tout. On aurait dû arriver en deux ou trois jours et on a mis six jours. Le convoi était merdique; les voitures aussi. Je n’avais pas les moyens de me payer les meilleures conditions de voyage. Je venais de voir le groupe Tinariwen en concert à Kidal mais je ne voulais pas attendre leur départ pour Tamanrasset dans leurs bons 4X4. J’ai pris le premier taxi brousse à l’autogare. Je suis très rapide pour le départ. C’est un compliment que les Touareg m’ont toujours fait. Je suis prête en 3 minutes.

A Kidal, j’ai vu que quelques personnes me jugeaient en tant que femme seule, me prenaient pour une vagabonde. C’est une société conservatrice même si, au même moment, il y a Tinariwen qui fait le tour du monde et mélange tous les genres dans sa musique. Tu arrives à Kidal et tu te dis : « C’est ça, la capitale du desert blues?». Pas d’infrastructure. Aucun charme. Mais tu vois qu’il y a quelque chose dans ces danses incroyables de fierté, sur la guitare et le tendé (tambour joué par les femmes) C’est splendide et je suis contente d’avoir tout filmé. Derrière, il y a toute la résistance, la révolte, l’histoire de l’Azawad (le nom que les Touareg donnent à cette vaste région du nord du Mali dont ils revendiquent l’indépendance.) C’est très puissant.

Concert de Tinariwen à Kidal

Mondafrique : Sahara-Eliki a fonctionné quelques temps mais la sécheresse a fini par emporter vos chameaux, comme c’est le cas, de façon cyclique, depuis toujours.

A.D-T. : On a eu jusqu’à quinze dromadaires, dont les propriétaires étaient des Japonais qui venaient les monter à Djanet. Je filmais des petites vidéos des chameaux que j’envoyais aux propriétaires. Ça marchait très bien. J’ai reçu les premiers Japonais ; ils n’avaient aucun problème d’adaptation et n’avaient plus besoin de moi. Quand la sécheresse est arrivée, on n’a pas vendu nos animaux tout de suite, à cause de leurs propriétaires japonais. Mon chamelier me dit : ‘on va acheter une vieille Toyota en Libye et on rapportera de l’orge à notre troupeau.’ On a fait ça pendant deux ans. On s’était attaché aux animaux et de les voir dépérir, c’était dur. Ils sont tous morts, les uns après les autres, de maladie. Leurs corps étaient faibles. Ils n’avaient même plus de bosse. La vraie sécheresse a commencé vers 2009 et, en 2011, ils étaient tous morts. 2011, ce fut l’année de la mort : Fukushima, en mars, mon père, en septembre, Kadhafi en octobre puis les chameaux, dont j’ai appris la mort en novembre.

Mondafrique : votre dernier voyage avant la longue rupture provoquée par la catastrophe de Fukushima a été un peu différent. 

A.D-T. : Ce dernier voyage répondait au premier, celui de l’éblouissement. C’était un voyage sur les traces de l’Islam soufi avec un Touareg de Tamanrasset, Sakaï, qui m’avait emmené à ermitage de l’Assekrem, sur les plateaux du Hoggar, où son grand-père avait été l’interprète de Charles de Foucauld, l’auteur du premier dictionnaire franco-tamacheq. J’avais rencontré Sakaï lors d’une fête soufie à une centaine de kilomètres de Tamanrasset et la musique était celle que j’avais entendue dans cette oasis marocaine, à mon premier voyage. Les musiciens étaient vêtus de blanc et ils jouaient une sorte de transe, comme des litanies, des prières. J’ai dit à Sakaï : ‘je crois que c’est la musique que j’ai entendu cette nuit-là’. Sakaï a proposé de me conduire à Aïn Salah, dans la région des oasis rouges, où se trouvent les marabouts, les saints et les soufis. Je quittais la zone touareg mais j’étais toujours avec un guide touareg. Nous étions en décembre 2010. Trois mois plus tôt, à Arlit, au Niger, quatre Français d’Areva avaient été enlevés et Michel Germaneau, kidnappé au Niger lui-aussi, avait été assassiné en juillet. Toute la région était quadrillée.

Nous sommes partis, tous seuls. J’étais une femme. Je n’étais pas convertie. Mais ça ne nous a pas arrêtés. Je n’ai pas trouvé la réponse à mes questions mais je me suis rapprochée de cet islam des marabouts. Sakaï, qui était très attaché à un saint soufi, Sidi Wafi, qu’on surnomme «le saint rebelle», me parlait de cet islam traditionnel des oasis, très engagé dans l’autosuffisance. Nous sommes arrivés sans encombre à Timimoune. Et là, on s’est fait prendre par la gendarmerie et raccompagner sous escorte jusqu’à Djanet. Atroce. Sakaï était dégoûté. On s’est quitté comme ça. J’ai pris un vol pour Djanet où j’ai accueilli un groupe de touristes japonais. Je suis rentrée à Paris une semaine plus tard et j’ai appris qu’une touriste italienne venait de se faire enlever au nord de Djanet. Ça a sonné le glas de notre vie. Toute la carte de la région est devenue rouge. Tout le Sahara. C’était la fin d’une décennie de liberté. Quand j’ai écrit ce livre, je me suis : ’Mon Dieu, que j’ai eu de la chance ! Et si la situation est devenue très difficile depuis lors, ce qui fera l’objet d’un deuxième tome, au fond, j’ai confiance dans les Touareg et leur résistance.  

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