Niger - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/niger/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Tue, 17 Feb 2026 02:26:15 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.1 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg Niger - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/niger/ 32 32 Le général Tiani a-t-il croisé Laurent Nunez à Alger ? https://mondafrique.com/limage-du-jour/le-general-tiani-a-t-il-croise-laurent-nunez-a-alger/ https://mondafrique.com/limage-du-jour/le-general-tiani-a-t-il-croise-laurent-nunez-a-alger/#respond Tue, 17 Feb 2026 02:26:13 +0000 https://mondafrique.com/?p=147284 Le général Abdourahamane Tiani, chef de l’État du Niger, a-t-il croisé le ministre français de l’Intérieur à Alger ? Les visites officielles des deux hommes se sont chevauchées pendant une journée.  Dimanche et lundi, Abdourahamane Tiani avait exceptionnellement troqué son treillis contre un boubou blanc pour s’entretenir avec le président algérien, à l’occasion d’une visite […]

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Le général Abdourahamane Tiani, chef de l’État du Niger, a-t-il croisé le ministre français de l’Intérieur à Alger ? Les visites officielles des deux hommes se sont chevauchées pendant une journée. 

Dimanche et lundi, Abdourahamane Tiani avait exceptionnellement troqué son treillis contre un boubou blanc pour s’entretenir avec le président algérien, à l’occasion d’une visite de réconciliation très médiatisée après presque un an de brouille. Il a été reçu avec une importante délégation gouvernementale par un Abdelmadjid Tebboune chaleureux, désireux de ressusciter la confiance entre son pays et son voisin du sud. Le Niger avait pris ses distances avec Alger par solidarité avec le Mali, partenaire clé de Niamey au sein de l’Alliance des États du Sahel dans la lutte contre l’ennemi djihadiste commun. La relation entre Alger et Bamako est au plus mal depuis avril 2025, date à laquelle l’armée algérienne a abattu un drone malien qu’elle a accusé d’avoir survolé son territoire. 

De son côté, Laurent Nunez était à Alger lundi et mardi, pour un séjour également destiné à refermer une longue parenthèse de crise entre la France et l’Algérie. Il était reçu par son homologue Saïd Sayoud. Les deux parties espèrent, là aussi, relancer un dialogue rompu par la reconnaissance par Emmanuel Macron de la marocanité du Sahara occidental et par les assauts incessants contre l’Algérie du prédécesseur de Nunez, Bruno Retailleau.

Ces deux voyages auraient pu offrir une toute petite fenêtre d’opportunité pour une rencontre inopinée entre les officiels français et nigériens, dont les relations sont encore plus mauvaises qu’avec l’Algérie. Abourahamane Tiani accuse régulièrement le président français de déstabiliser son pays. Il a réitéré ces accusations à partir d’Alger.

 

 

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Série Niger-économie (3). Ouvrir les possibles https://mondafrique.com/a-la-une/serie-niger-economie-3-ouvrir-les-possibles/ https://mondafrique.com/a-la-une/serie-niger-economie-3-ouvrir-les-possibles/#respond Sat, 14 Feb 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147061 Dans le cadre d’une série sur l’économie du Niger, frappé de très dures sanctions après le renversement de Mohamed Bazoum le 26 juillet 2023, Mondafrique propose un état des lieux du pays. Après le récit des efforts déployés par les autorités pour redresser une situation difficile (épisode 1) et les projets de relance minière (épisode […]

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Dans le cadre d’une série sur l’économie du Niger, frappé de très dures sanctions après le renversement de Mohamed Bazoum le 26 juillet 2023, Mondafrique propose un état des lieux du pays. Après le récit des efforts déployés par les autorités pour redresser une situation difficile (épisode 1) et les projets de relance minière (épisode 2), ce troisième et dernier épisode décrit la stratégie des autorités pour s’émanciper de l’étouffante tutelle bancaire ouest-africaine.

Par Paolo Vieira

Le choix du Président Tiani porté sur Maman Laouali Abdou Rafa, le 26 janvier, comme nouveau ministre des Finances n’est pas anodin. Il ne s’agit pas seulement de faire revenir à un poste politique un technicien qui connait parfaitement la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest et le ministère des Finances. D’autant plus que le nouveau ministre est marqué par sa proximité avec le parti rose qui a dirigé le pays depuis 2011 : il était aux manettes quand le Niger de Mahamadou Issoufou s’endettait. Le président Tiani ne s’est jamais caché de son option de voir son pays et l’Alliance des États du Sahel (AES) que forment le Niger, le Mali et le Burkina Faso s’engager dans la souveraineté monétaire. Et Maman Laouali Abdou Rafa pourrait, peut-être plus facilement que Lamine Zeine, initier cette transition financière, d’autant plus que le système de marché des titres publics de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) semble à présent ébranlé.

Oublier le passif ?

Pour ce qui est de l’endettement considérable du Niger, il faut rappeler que le nouveau patron des finances publiques était l’homme clé de la dette et des émissions à l’époque d’Issoufou puis de Bazoum. De 2015 à 2021, il sera successivement au cabinet du Premier ministre en tant que coordonnateur du Comité Interministériel de Suivi de la Politique d’Endettement de l’État et de Négociation des Aides Budgétaires (CISPEE/NAB) et au ministère des Finances comme directeur général des opérations financières et des réformes, secrétaire général adjoint puis secrétaire général du ministère des Finances, à partir du 22 avril 2021. L’endettement sur cette période est considérable et, de 100 milliards de francs CFA de service de la dette par an en 2013, le Niger doit débourser 500 milliards par an en 2021. Rien de très glorieux, donc, pour l’ancien coordonnateur du comité interministériel de suivi de l’endettement de l’État.

Maman Laouali Abdou Rafa, le ministre de l’Économie et des Finances du Niger.

De plus, le « Niger bashing » fruit de l’agressivité du président français à l’égard du nouveau pouvoir qui a fait avorter ses grands projets au Sahel a contribué à la dégradation de l’image du pays sur les marchés financiers, en l’occurrence  le marché des titres publics de l’UEMOA, devenu la source de financement la plus importante des États membres. En effet, depuis 2023, on observe une forte hausse de l’écart (qu’on appelle le « spread ») entre les taux de rendement de certaines obligations souveraines et le taux de rendement de l’émetteur régional de référence, qui est la Côte d’Ivoire. Le Burkina Faso, la Guinée‐Bissau, le Mali et le Niger sont particulièrement concernés.

Sur le marché des titres de l’UEMOA, le Niger doit payer une prime de risque significative (10 %). Le marché accepte de financer tout le monde, mais pas au même coût. Cette sélectivité accentuée est le signe d’un marché plus mature, mais aussi plus exigeant. En clair, si l’on compare à ce que la Côte d’Ivoire pays de référence en raison de son poids économique dans l’Union et de la qualité́ de sa note auprès des agences de notation paye pour emprunter, le Niger doit à présent offrir une prime de 3,5% sur le taux d’intérêt. Le Niger est moins apprécié que le Mali quand il émet des obligations du Trésor dans la région.

Des signatures de valeur inégale 

Le Sénégal aussi connait aussi un « spread » élevé sur ses emprunts sur le marché des titres de l’UEMOA. En 2025, l’État sénégalais a pourtant levé 2 224 milliards de francs CFA sur le marché local des titres publics à travers UMOA-Titres. Pour l’année 2026, les ambitions sénégalaises sont nettement revues à la hausse. Le directeur de la dette, Aliou Diouf, a annoncé que le volume global de ressources à lever atteindra 6 075 milliards de francs CFA, plus de cinq fois les émissions nigériennes. Mais outre les montants importants du Sénégal, qui augmentent les risques des prêteurs et lui coûtent cher, Dakar assume, comme Niamey de son côté avec ses derniers Présidents, le fardeau de la dette considérable et cachée du régime Macky Sall. Lamine Zeine a été peu entendu quand il rappelait combien les gestions financières d’Issoufou et de Bazoum avaient alourdi à des niveaux insoupçonnés l’endettement public. C’est la dette souveraine nigérienne extérieure et domestique que sanctionne le marché des titres de l’UEMOA, plus que le risque politique du régime du général Tiani, qui semble se consolider.

Malgré l’union monétaire, malgré une monnaie commune et une politique monétaire centralisée, les investisseurs opèrent une distinction très claire entre les signatures. En 2025, cette hiérarchisation est plus visible que jamais. Le Bénin (6,2 %) et la Côte d’Ivoire (6,7 %) continuent de profiter des conditions les plus favorables, quand d’autres États comme le Niger paient le prix fort et sont soumis à des échéances rapprochées de remboursement. Quoiqu’il se passe, l’une des missions du nouveau ministre des Finances sera de rétablir la qualité de la signature de son pays.

Les ministres des Finances du Niger, du Mali et du Burkina Faso approuvent les statuts de la Banque confédérale pour l’investissement et le développement (BCID-AES), le 11 décembre 2025 à Bamako.

Vers le décrochage ?

Certains voient dans le nouveau ministre l’expert du système monétaire ouest-africain qui conduira l’accélération concrète de la construction de l’autonomie économique, avec, en ligne de mire, la création d’une monnaie propre à l’Alliance des États du Sahel.

« Le projet de monnaie commune, évoqué depuis la formation de l’Alliance, apparaît plus que jamais comme l’étape décisive pour concrétiser cette souveraineté retrouvée sur le plan politique et sécuritaire», écrit Jean-Jacques Boulot dans le Faso.net, le 29 janvier.  Il est certain que si l’UEMOA reste une source majeure de refinancement des pays membres, les contraintes et les lacunes de la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) sont des obstacles quotidiens au fonctionnement du système financier et donc de l’économie.

Dans « La crise bancaire qui couve en zone UEMOA : l’argent coûte cher et se raréfie» (publié en juillet 2025 par le Policy Center for the New South), Seydina Alioune Ndiaye explique que la stabilité apparente des taux de change, à l’intérieur de l’UEMOA et vis-à-vis de l’Euro, ne doit pas cacher que l’argent se raréfie du fait de la politique monétaire bureaucratique et erratique à la fois de la BCEAO. « Les banques thésaurisent et s’engraissent avec les rémunérations des bons du Trésor », rappelle-t-il. Par ailleurs, les présidents Alassane Ouattara et Emmanuel Macron œuvrent à un élargissement et à une nouvelle monnaie associant le Ghana, et pourquoi pas le Nigeria. Tensions centripètes de tous côtés. En quittant la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le Mali, le Burkina Faso et le Niger se sont soustraits au cadre qui devait mener à l’adoption de l’« Eco », une monnaie toujours liée à la France et pilotée par la BCEAO. Cette sortie sera-t-elle le prélude indispensable pour mener librement leur propre projet monétaire ?

Recentrage sur la maison !

La mise sur pied de la Banque d’Investissement et de Développement de l’AES à Ouagadougou pose déjà les bases d’une architecture financière autonome, capable de financer des projets structurants sans dépendre des circuits traditionnels. Les politiques de renégociation ou de nationalisation dans le secteur minier (or, uranium, dont les trois pays de l’AES sont bien dotés) visent à reprendre la main sur les principales richesses nationales, qui constitueront le socle économique et la garantie de la future monnaie.

Quoiqu’il en soit, le nouveau ministre des Finances du Niger doit, avant de bâtir la nouvelle monnaie de l’AES, consolider les finances publiques nigériennes. L’inspection générale des Finances du pays, peu de temps avant son arrivée, a dressé un état des lieux de la gestion de la trésorerie et de la comptabilisation des recettes qui n’est pas satisfaisant. Le principal problème de l’administration financière du Niger réside dans le déficit de rigueur et de prévision dans la gestion de trésorerie de l’État. Ces insuffisances techniques sont aggravées par la gouvernance non orthodoxe du Trésor public. En effet, malgré les efforts remarquables fournis par les régies financières au cours des dernières années, la régulation et l’exécution de la dépense n’ont pas été à la hauteur des attentes, malgré les directives du Comité de trésorerie. Ces mauvaises habitudes se perpétuent au fil des régimes et servent à tisser des liens de connivence politique et clientéliste. Outre l’image négative du Trésor public qui rejaillit sur les gouvernants, il s’agit de manquements qui peuvent compromettre le paiement régulier des salaires des fonctionnaires et des pensions et mener au défaut de paiement.

Le ministre des Finances de 2026 va donc se battre sur deux fronts, l’un, intérieur, avec un Trésor enkysté dans de mauvaises habitudes, et l’autre, extérieur, où Abidjan n’est pas dans les meilleures dispositions vis à vis de Niamey.

 

 

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Série Niger-économie (2). Uranium et réveil minier https://mondafrique.com/economie/serie-niger-economie-2-uranium-et-reveil-minier/ https://mondafrique.com/economie/serie-niger-economie-2-uranium-et-reveil-minier/#respond Fri, 13 Feb 2026 05:28:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147049 Dans le cadre d’une série sur l’économie du Niger, frappé de très dures sanctions après le renversement de Mohamed Bazoum le 26 juillet 2023, Mondafrique propose un état des lieux du pays. L’épisode 1 a décrit les efforts déployés par les autorités pour redresser une situation difficile. Avec ce deuxième épisode, nous abordons la stratégie […]

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Dans le cadre d’une série sur l’économie du Niger, frappé de très dures sanctions après le renversement de Mohamed Bazoum le 26 juillet 2023, Mondafrique propose un état des lieux du pays. L’épisode 1 a décrit les efforts déployés par les autorités pour redresser une situation difficile. Avec ce deuxième épisode, nous abordons la stratégie du Niger pour mieux tirer parti des ressources de son sous-sol, à commencer par son uranium, exploité par la France jusqu’au coup d’État et qui fait l’objet d’une bataille judiciaire acharnée avec Paris.

Par Paolo Vieira

L’uranium, un héritage colonial redevenu rentable

L’uranium, héritage colonial d’Areva (devenu par la suite Orano) avait cessé de représenter un atout important pour le Niger, qui détient pourtant 5% des réserves mondiales. Avec ses réserves estimées à près de 180 000 tonnes d’uranium en terre, le site géant d’Imouraren aurait dû devenir la plus grande mine d’uranium à ciel ouvert d’Afrique de l’Ouest et la seconde plus grande mine d’uranium au monde. À terme, sa production devait atteindre 5 000 tonnes d’uranium par an et se maintenir pendant plus de trente-cinq ans. Orano a reporté son exploitation sous divers prétextes pendant vingt ans. Cette défaillance a fini par être sanctionnée, non pas par le nouveau pouvoir nigérien, mais bien par Mohamed Bazoum lui-même du temps où il était aux affaires. C’est lui qui a retiré à Orano son permis d’exploitation, en juin 2023.

Anne Lauvergeon dite « Atomic Anne », en compagnie du Premier ministre du Niger Seyni Oumarou, le 4 mai 2009, à la cérémonie de lancement d’Imouraren.

Le mécontentement nigérien à l’égard d’Orano trouve aussi sa source dans 20 millions de tonnes de déchets radioactifs laissés sur le site de la mine souterraine d’Akokan, près d’Arlit, fermée en 2021 après l’épuisement des réserves. La Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (CRIIAD), une organisation non gouvernementale française, a déclaré, dans plusieurs articles, que les déchets radioactifs sur le site de la mine devaient être recouverts d’argile, ce que la société française n’a pas fait. Selon la CRIIAD, 20 millions de tonnes de boues radioactives menacent directement la santé de 100 000 personnes dans la région. Les autorités nigériennes ont officiellement porté plainte contre Orano à ce sujet. En décembre, le ministre de la Justice Alio Daouda a accusé l’entreprise «d’avoir créé un désastre écologique au Niger» s’apparentant à des «crimes de masse». De son côté, Orano accuse le Niger de l’avoir exproprié et a engagé plusieurs procédures contre le pays.

L’une des deux sociétés franco-nigériennes qui exploitaient l’uranium d’Arlit, la Somaïr, a été nationalisée en 2025 par le gouvernement. Dans le processus de récupération de ses actifs, le gouvernement a retiré en novembre 2025 d’Arlit (site exploité par le Commissariat à l’Énergie atomique, puis Areva-Orano pendant cinquante ans) un stock d’uranium d’une valeur de 170 millions de dollars US. Ce « yellow cake » pourrait être cédé à Axia Resources, une société installée au Niger le 5 décembre 2025. C’est une filiale d’Axia Power FZE,  établie à Dubaï, aux Émirats Arabes Unis. Certaines sources lient Axia à Rosatom, la compagnie publique russe de l’énergie nucléaire, qui dit, de son côté, ne pas avoir de rapports formels avec Axia.

Un prix spot triplé depuis 2021

Le marché international de l’uranium est devenu profitable au Niger au moment où ce pays ne peut plus évacuer aisément son stock ni sa production de yellow cake. En effet, encore inférieur à 66 000 dollars US la tonne en janvier 2021, le prix spot de l’uranium a presque triplé pour dépasser 180 000 dollars US la tonne fin 2025.

Un protocole d’accord pour l’exploitation de nouvelles mines avait déjà été signé en juin 2023 entre Niamey et la China National Nuclear Corporation (CNNC), opérateur du site de la Somina. Mais en cas de redémarrage effectif des activités, la Somina n’est pas en mesure, à elle seule, d’aider le Niger à retrouver sa place parmi les leaders mondiaux. Selon les chiffres de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives, la meilleure performance de la mine chinoise date de 2012, année au cours de laquelle 201 tonnes d’uranium ont été extraites.

Le Niger peut, en revanche, compter sur le projet Dasa, piloté par le canadien Global Atomic. Ce dernier ambitionne de mettre en service sa mine d’ici 2027, avec une production totale de 68,1 millions de livres sur environ 24 ans, soit une moyenne annuelle d’environ 2,9 millions de livres ou 1 315 tonnes. A titre de comparaison, la dernière année où Orano a opéré au Niger sans tensions, en 2022, le pays a produit 2020 tonnes selon les chiffres de la World Nuclear Association. L’ouverture de la mine de Dasa, prévue en 2026, dépend, néanmoins, de contraintes logistiques et financières, en l’occurrence la mobilisation des fonds nécessaires aux travaux de construction et la sélection d’itinéraires adéquats pour approvisionner la mine et exporter la production.

Cuivre, lithium … et encore de l’uranium

Des permis d’exploitation du cuivre et du lithium ont aussi été attribués à la Compagnie Minière de l’Aïr (société nationale publique-privée). La production espérée est de 2 700 tonnes de cuivre par an pendant dix ans, ce qui devrait générer 300 emplois directs. La redevance minière doit, elle, rapporter 4 milliards de francs CFA (6 millions d’euros) à l’État.

En octobre 2024, le gouvernement nigérien a également renouvelé pour trois ans la licence d’exploration de l’Australien ENRG Elements dans la région d’Agadez. Enfin, le groupe américain «African Discovery» est en passe d’acquérir un permis d’exploration à proximité d’Imouraren, a écrit World Nuclear News dans un article de juillet 2024. .

Par ailleurs, toujours dans la même région du nord, un permis pour une « petite exploitation minière d’uranium » est accordé à une autre société nigérienne, la Compagnie minière de recherche et d’exploitation (Comirex SA) dans la commune rurale de Dannet, dans le département d’Arlit, pour une production envisagée de 300 tonnes par an pendant cinq ans. Cominair et Comirex sont des sociétés de droit nigérien « appartenant à des nationaux », avec des participations de l’État atteignant respectivement 25 % et 40 %, selon le gouvernement. La coentreprise Royal Gold Niger, créée en 2025, devrait, avec l’émirati Suvar, édifier une raffinerie et un centre de polissage de l’or.

Visite officielle du ministre russe de l’Énergie, Sergueï Tsivilev, à Niamey, le 28 juillet 2025.

Mieux valoriser les ressources

En deux ans, des progrès significatifs en vue d’une mise en valeur des ressources minières sont à signaler. Cependant cette phase absorbe de l’argent plus qu’elle n’en produit. Ce qui peut expliquer que, dans le cadre du contentieux qui l’oppose à Orano, l’État du Niger s’engage dans une nouvelle stratégie de défense fondée sur une approche innovante de valorisation de l’uranium naturel.

Il s’agit de considérer l’uranium non seulement comme une matière première minière, mais également comme une source d’énergie stratégique, comparable aux hydrocarbures et autres ressources énergétiques majeures. Cette méthode vise à établir une correspondance entre le potentiel énergétique de l’uranium et celui d’autres sources d’énergie, afin d’en déduire une valorisation plus équitable des achats passés d’Orano et de politique de cession sur le marché international. Ces orientations ont été confirmées au mois de décembre 2025 avec la signature d’’un mémorandum de coopération avec la Russie par Timersoi National Uranium Company (TNUC), une société nigérienne d’exploitation de l’uranium.

La demande russe

Timersoi a signé, le 9 décembre 2025, avec la filiale de la Rosatom Uranium One Group – qui l’annonce sur son site internet – un accord de coopération pour conduire conjointement des explorations, obtenir les permis nécessaires et, à terme, établir des opérations minières. Issoufou Tsalhatou, le secrétaire général de Timersoi National Uranium Company (TNUC), s’est félicité à cette occasion de pouvoir, avec les partenaires russes expérimentés, réaliser des projets de développement des ressources stratégiques du Niger. De son côté, Pavel Larionov, le président d’Uranium One, estime que cette coopération combinera le potentiel géologique exceptionnel du Niger et les technologies avancées de Rosatom.

La Russie est présente dans le secteur uranifère depuis 2011 et l’obtention d’un permis d’exploration à Tloulouk par GPB Global Resources. Quatre autres permis sont détenus par African Minerals, une compagnie qui appartient à un Russe. Une délégation nigérienne s’est rendue en mars 2024 au salon Atomexpo à Sochi, principal évènement international de Rosatom.

Il faut rappeler que la Russie a besoin d’uranium naturel. En effet, l’approvisionnement en uranium naturel constitue le principal point de faiblesse de l’industrie nucléaire russe. Pour son propre parc, la Russie consomme 5 430 tU. À ce volume, il faut ajouter le minerai nécessaire pour honorer les contrats de fourniture à vie en combustible que Rosatom adjoint à l’exportation de ses réacteurs. Si l’on ne prend en considération que ceux signés avec la Biélorussie, le Bangladesh, l’Égypte, la Turquie, l’Inde, la Hongrie et l’Arménie, il faut ajouter 4 680 tU. C’est sans compter les contrats avec la Chine, dont il est difficile d’établir les volumes. En moyenne,  le cabinet UxC considère que la Russie consomme près de 13 000 tU par an. Or, la production russe est très largement insuffisante. En 2023, AtomRedMetZoloto (ARMZ), la filiale de Rosatom responsable des mines d’uranium en Russie, ne produisait que 2 710 tU154, soit 20 % des besoins. Pour soutenir son activité, Rosatom a développé l’extraction de coproduits, dont l’or et les terres rares, et recherché des financements étrangers.

 

 

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Série Niger-économie (1). Sortir du tunnel https://mondafrique.com/a-la-une/serie-niger-economie-1-sortir-du-tunnel/ https://mondafrique.com/a-la-une/serie-niger-economie-1-sortir-du-tunnel/#respond Thu, 12 Feb 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146985 Dans le cadre d’une série sur l’économie du Niger, frappé de très dures sanctions après le renversement de Mohamed Bazoum le 26 juillet 2023, Mondafrique propose un état des lieux du pays : des efforts déployés par les autorités pour redresser une situation difficile – en grande partie héritée de la dette accumulée par les […]

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Dans le cadre d’une série sur l’économie du Niger, frappé de très dures sanctions après le renversement de Mohamed Bazoum le 26 juillet 2023, Mondafrique propose un état des lieux du pays : des efforts déployés par les autorités pour redresser une situation difficile – en grande partie héritée de la dette accumulée par les deux régimes socialistes qui se sont succédé aux affaires à partir de 2011 –, en tirant un meilleur parti des ressources du sous-sol et en se libérant de l’étouffante tutelle bancaire ouest-africaine, aux côtés de ses voisins de l’Alliance des États du Sahel. 

Par Paolo Vieira

Remaniement aux finances

Il y a peu, le 26 janvier 2026, sur décret d’Abdourahamane Tiani, Ali Mahamane Lamine Zeine laissait le portefeuille de l’Économie et des finances mais conservait la fonction de Premier ministre qu’il occupe depuis août 2023. Cette décision est intervenue après une fin d’année très difficile pour les finances publiques car en décembre, ni les salaires de la fonction publique ni le paiement du service de la dette extérieure n’ont été assurés. Le défaut souverain momentané de la République du Niger est passé relativement inaperçu.

Pourtant, le Niger ne va pas si mal du point de vue économique si l’on observe son évolution depuis deux ans et demi. Et le décret  du 28 octobre 2025 par lequel le Président de la République a transféré une large part de ses prérogatives et pouvoirs au Premier ministre a fait de ce dernier le véritable chef d’orchestre de l’administration et le relais direct entre les membres du gouvernement et le chef de l’État. En quittant le ministère des Finances, Lamine Zeine laisse une situation financière tendue mais qui a survécu au cyclone des sanctions et de la baisse de l’aide publique au développement.

Le Niger a changé. Le compte courant, celui qui, dans la balance des paiements, fait le solde des achats et des ventes de biens et services à l’extérieur, est rééquilibré. Les Nigériens de l’extérieur envoient de l’argent dans leur pays et les investissements directs étrangers apportent des devises. Cela permet des réserves de change enregistrées à la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Le déficit budgétaire, et surtout son financement, ont été maîtrisés par la diminution drastique de la dépense publique. La reprise des accords de programme avec le Fonds monétaire international (FMI) jusqu’à fin décembre 2025 a permis la mobilisation de lignes de crédit de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement (BAD). Chose absolument nécessaire, car, malgré la contraction des dépenses publiques, le budget 2025 s’élevait à 5 milliards de dollars US. L’année 2026 devrait coïncider avec un nouveau départ économique et financier après les années difficiles traversées par le Niger depuis le Covid-19.

2021 : la montée des périls

Lorsque les militaires nigériens renversent Mohamed Bazoum, le 26 juillet 2023, le pays semble sur un chemin de croissance favorable et il bénéficie d’un programme financier du FMI qui lui autorise de nombreux prêts et dons des bailleurs multilatéraux et bilatéraux. La production pétrolière a pris un peu de retard, mais l’année 2024 est censée voir le début des exportations via le pipe-line qui relie le site d’Agadem au terminal de Sèmè au Bénin. Mais ce tableau flatteur est, en réalité, le fruit de l’aveuglement du FMI – voire de sa complicité – à l’égard de l’envolée de la dette intérieure de l’État.

La direction de la dette publique rattachée à la Direction générale du Trésor, souligne pourtant, en mai 2021, dans une note intitulée «stratégie d’endettement public pour la période 2021-2023» le risque de refinancement : « Le profil d’amortissement de la dette publique révèle un important risque de refinancement dû, d’une part, au remboursement des OAT (Obligations du Trésor) en 2022, 2023 et 2025 et du revolving des BAT (Bons du Trésor) en 2021 et les années suivantes et d’autre part, au remboursement des prêts syndiqués entre 2022 et 2026 dont les paiements du principal sont en moyenne de 22,6 milliards de francs CFA par an. L’échéance moyenne du portefeuille total est de 8,9 ans et la dette à repayer dans un an est de 14,3% de la dette totale. Pour la dette intérieure, l’échéance moyenne est de seulement 3,5 années et la dette à repayer dans un an est de 28,0% de la dette intérieure.» La dette intérieure, qui représente la moitié de la dette totale du Niger, doit, théoriquement, être remboursée de 2022 à 2024. Mais cela ne sera pas le cas et les arriérés s’accumuleront entre 2021 et le coup d’État.

2023 : le choc des sanctions

Suite au renversement de Mohamed Bazoum, alors qu’un plan d’urgence et ordonné de traitement de la dette intérieure (gonflée par de nombreuses créances douteuses ou fictives) s’impose, l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et la BCEAO entreprennent, sous l’égide du Président Macron, d’asphyxier le Niger commercialement et financièrement. Plusieurs pays et régions – notamment la CEDEAO et l’UE – ordonnent des sanctions qui nuisent gravement à une économie nigérienne déjà faible, si l’on en croit un rapport de Crisis Group de décembre 2023. Presque toutes les frontières sont fermées et les échanges commerciaux gelés, ce qui entraîne la suspension des transactions financières du gouvernement et le gel des avoirs du pays dans les banques extérieures.

Les retombées conduisent le nouveau pouvoir nigérien, et en particulier le Premier ministre Lamine Zeine, à amputer son  budget 2023 de 40 % et à ne pas honorer quatre paiements de dette pour un montant total de 519 millions de dollars US en février 2024.

Une inflation des prix des denrées alimentaires fait basculer au moins 1,1 million de Nigériens sous le seuil d’extrême pauvreté, ce qui porte leur nombre total à 14,1 millions de personnes, soit 54 % de la population du pays, écrit African Center en mai 2024. Après de nombreux efforts pour contrer l’hostilité française à un accord avec le FMI, le Niger finit par bénéficier de deux programmes (la Facilité élargie de crédit (FEC) et la Facilité de résilience et de durabilité (FRD)) avec un décaissement de 51 millions de dollars US en janvier 2025. C’est donc seulement en 2024 qu’on observe un début de normalisation avec les institutions de Bretton Woods et la BCEAO.

Cependant, pendant les sanctions, le Niger doit faire face aux échéances des titres UEMOA : 500 milliards de francs CFA en 2023, 600 milliards en 2024 et 800 milliards en 2025. Sous l’effet des sanctions de la BCEAO, il ne peut pas se refinancer en 2023 et jusqu’à la fin du premier quadrimestre 2024. Le blocage des transferts bancaires suscite des arriérés de paiement de la dette extérieure et intérieure et les banques locales sont asséchées.

2025 : des tensions de trésorerie

À la fin de l’année 2025, Sama Mamane, du secrétariat général du ministère des Finances, rappelle que  «le recours fréquent à des avances de trésorerie et de crédit relais auprès des banques locales, certains avec des taux d’intérêts élevés, a contribué à alourdir la situation de la dette intérieure ». De plus, poursuit-il : « le montant des arriérés au lendemain de la levée des sanctions économiques et financières injustement imposées à notre pays est ressorti à 701,8 milliards de francs CFA constitué de dette intérieure pour un montant de 565,9 milliards de francs CFA et de dette extérieure pour un montant de 135,9 milliards de francs CFA. C’est à la prise en charge de ces arriérés, en plus du service courant, que le gouvernement s’est attelé, dans le contexte de difficulté de trésorerie. » Il y a un effet boule de neige de la dette intérieure cachée du Président déchu et des sanctions monétaires et financières de la BCEAO. Plus de 70% des échéances de dette prévues en 2026 par le Niger sur le marché régional UMOA-Titres proviennent d’emprunts contractés en 2025, selon les données officielles du marché. Au total, 660,38 milliards de francs CFA de titres émis en 2025 arriveront à échéance en 2026, pour l’essentiel sous forme d’emprunts à un an, concentrés sur les mois de janvier à août à des taux élevés. Ces levées de fonds, comme le dit Sama Mamane, sont destinées à combler les emprunts et les arriérés des gestions héritées en 2023.

La croissance ne suffit pas

Sous l’effet de la pression de la dette intérieure, le chemin est très étroit entre le paiement des salaires et celui des remboursements d’échéances. Il s’en suit, dès que le comité de trésorerie des Finances s’écarte du calendrier fixé, des retards de paiement de la solde, comme ce fut le cas en décembre 2025. Les bons chiffres de l’économie, avec une croissance du PIB de plus de 6% en 2024 et 2025, ne suffisent pas à éponger la dette du régime précédent. En effet, alors que les tensions de trésorerie sont immédiates, le gain de la production minière et pétrolière et des exportations est plus lent à réaliser.

Avant le pétrole, le Niger comptait sur l’or (en 2022, 70% des exportations) et les autres minerais (dont l’uranium, 20% des exportations en 2023) pour recevoir des devises. En 2024, les exportations de pétrole ont commencé et elles se sont poursuivies en 2025, non loin de leur objectif de 110 000 barils/jour. Cette mise en régime de la production pétrolière n’a pas été une affaire facile, tant en raison de conflits avec le Bénin, actionnaire de la West African Oil Pipeline Company, que de la nécessité de réviser les modes de partage et de gestion de la production pétrolière avec la partie chinoise. Avec patience, ce processus de rapprochement entre Niamey et Pékin a été célébré par le Premier ministre à l’occasion du 70ème anniversaire de la coopération entre les deux pays, en janvier 2026. La part qui revient au Niger est obérée par l’avance sur recette que le Premier ministre a dû solliciter en avril 2024 auprès du partenaire chinois. Cette enveloppe de 400 millions USD lui a permis de passer le cap très délicat de l’étranglement coordonné par la BCEAO et Paris. Mais elle a un coût : un intérêt de 7% par an.

Nécessaire reprofilage

En dépit des agressions externes et des attaques des groupes armés, les recettes fiscales de la Direction Générale des Impôts ont augmenté, en 2025, de plus de 300 milliards de francs CFA, soit une hausse de 41% par rapport à 2024 et de 46,5% comparé à 2022 (sous Bazoum). Quant aux ressources mobilisées par la Direction Générale des Douanes, elles ont augmenté de 50 milliards de francs CFA, soit une hausse d’environ 35%, malgré le contexte difficile qui a obligé les autorités nigériennes à restreindre la circulation des personnes et des biens avec certains de leurs voisins immédiats. Malgré ces rentrées appréciables dans un environnement sous menaces externes et internes, il subsiste le mur de la dette abyssale (plus de 5200 milliards de francs CFA).  

Dans ce contexte, les échéances sur le marché des titres de l’UEMOA et l’obligation de rembourser la dette extérieure ont amené le Premier ministre à négocier des conditions et des échéances plus favorables pour le remboursement de certains créanciers bienveillants. Plusieurs initiatives ont ainsi été prises pour apurer les arriérés de la dette et rétablir la confiance des partenaires et des marchés financiers. Malgré la tension constante de la trésorerie au cours des deux dernières années, le taux d’endettement du Niger s’est réduit. Grâce à la stratégie globale de la dette, combinant remboursement et reprofilage de la dette intérieure, le Niger a ainsi réduit son ratio d’endettement de 8 points de pourcentage au cours des deux dernières années. Le reprofilage, négocié en janvier 2026 pour un montant de 85 milliards de  francs CFA avec la Banque ouest-africaine de développement notamment, contribuera à améliorer la soutenabilité de la dette du pays et illustre la démarche cas par cas de l’ancien ministre des Finances.

Après son départ des Finances, le Premier Ministre continuera à superviser les opérations de reprofilage afin de rallonger la maturité des titres de créances. Avec l’aide des banques commerciales marocaines et de la Banque mondiale, il cherche à financer la relance de l’économie, et des PME en particulier. On estime que le différé de remboursement de la dette vis-à-vis des banques commerciales à capitaux marocains devrait étaler la charge de l’apurement des arriérés pour près de 1000 milliards de francs CFA. Cette régénération profitera également au secteur financier nigérien.

En effet, en 2026, la Banque mondiale prépare un projet d’appui au secteur financier et de financement des PME afin de stimuler l’économie du Niger. C’est ce qu’a indiqué Affouda Léon Biaou, le représentant résident de l’institution financière au Niger, à l’issue d’une audience le 27 janvier 2026 avec le Premier ministre. Il s’agit d’un projet « d’un montant total de 250 millions de dollars US en dons », soit l’équivalent d’environ 100 milliards de francs CFA. Ce projet devrait permettre aux banques de développer davantage leurs activités de crédit en direction des entreprises locales, notamment à travers des financements à moyen et long terme. De nouveaux produits financiers adaptés aux besoins spécifiques des PME pourraient être envisagés, afin de répondre à leurs contraintes de trésorerie et à leurs difficultés d’accès au financement. L’orientation en faveur du secteur privé du gouvernement rejoint la démarche des institutions financières africaines de garantie et de la Banque arabe de développement économique en Afrique. 

Une séquence difficile de résorption du poids des créances semble se clore.

 

 

 

 

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La route Bénin-Niger ouverte à 1600 camions via le Nigeria https://mondafrique.com/economie/la-route-benin-niger-liberee-via-le-nigeria-pour-1600-camions/ https://mondafrique.com/economie/la-route-benin-niger-liberee-via-le-nigeria-pour-1600-camions/#respond Wed, 11 Feb 2026 05:28:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146955 Un accord entre les douanes du Nigeria, du Niger et du Bénin a permis lundi de libérer la route pour 1600 camions bloqués depuis trois mois au Nigeria. Un soulagement pour toutes les parties.  La non-réouverture de la frontière directe entre le Bénin et le Niger, pays enclavé, suite aux sanctions imposées après le renversement […]

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Un accord entre les douanes du Nigeria, du Niger et du Bénin a permis lundi de libérer la route pour 1600 camions bloqués depuis trois mois au Nigeria. Un soulagement pour toutes les parties. 

La non-réouverture de la frontière directe entre le Bénin et le Niger, pays enclavé, suite aux sanctions imposées après le renversement de Mohamed Bazoum par la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest, en août 2023, complique singulièrement, depuis lors, le passage des marchandises par le corridor naturel entre le port de Cotonou, le plus proche de Niamey, et cette dernière. La frontière restant fermée sur décision du régime militaire de Niamey – qui craint des actions françaises hostiles à partir du nord du Bénin voisin – les importateurs ont dû emprunter de nouveaux itinéraires.

Les options, pour les commerçants s’approvisionnant à partir de Cotonou, sont de traverser le fleuve en pirogue à Gaya, la ville frontière entre le Niger et le Bénin, une manœuvre longue et coûteuse, soit de passer par le Nigeria au point de jonction des trois frontières, à Kamba, puisque la frontière entre le Niger et le Nigeria est ouverte. C’est ce que faisaient depuis un an, de façon informelle, les transporteurs. Cependant, il y a trois mois, le Nigeria avait fermé l’accès dans l’attente d’un règlement officiel. Depuis lors, 1600 camions étaient bloqués à Kamba, dans l’État de Kebbi. 

Protocoles de sécurité stricts

Lundi, les chefs traditionnels, les responsables politiques et douaniers, ainsi que les commerçants se sont réunis pour applaudir le passage du convoi vers le Niger, lors d’une cérémonie officielle organisée par le gouvernement fédéral nigérian, à quelques jours du début du Ramadan. La décision avait été rendue publique deux jours plus tôt lors d’une réunion à Birnin Kebbi par le contrôleur général des douanes nigérianes, Bashir Adewale Adeniyi, qui avait dit vouloir ainsi « fluidifier les échanges commerciaux transfrontaliers tout en maintenant des protocoles de sécurité stricts. » Une délégation conduite par le directeur général des douanes nigériennes, le colonel Mahamadou Yacouba Sido, était en visite à Abuja au même moment pour tenter de débloquer la situation. Le président Bola Tinubu a approuvé cet accord contribuant à résoudre les blocages persistants qui affectent le commerce régional.

La crise avec le Bénin a conduit les autorités du Niger à privilégier l’axe Niamey-Lomé, mais cet itinéraire, beaucoup plus long, est aussi beaucoup plus périlleux, car les camions doivent traverser une zone infestée par les groupes djihadistes du Burkina. Reste qu’avec la détérioration de la situation de sécurité à la frontière entre le Niger, le Bénin et le Nigeria, sous les assauts conjugués du Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM, affilié à Al Qaïda) et d’un groupe nigérian affilié à l’État islamique, Lakurawa, le nouveau trajet ne sera pas forcément durablement plus sûr. 

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Le fils de Mohamed Bazoum fait condamner la télévision nationale https://mondafrique.com/confidentiels/afrique/le-fils-de-mohamed-bazoum-fait-condamner-la-television-nationale/ https://mondafrique.com/confidentiels/afrique/le-fils-de-mohamed-bazoum-fait-condamner-la-television-nationale/#respond Wed, 11 Feb 2026 05:19:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146970 Salem Bazoum, le fils du président Mohamed Bazoum, a fait condamner pour diffamation le directeur général de la télévision publique du Niger par le tribunal correctionnel de Niamey.  Le tribunal a estimé que le directeur général de la radio et télévision du Niger, Abdoulaye Coulibaly, et son témoin, Yacouba Kourma alias Madaki, membre « repenti » du […]

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Salem Bazoum, le fils du président Mohamed Bazoum, a fait condamner pour diffamation le directeur général de la télévision publique du Niger par le tribunal correctionnel de Niamey. 

Le tribunal a estimé que le directeur général de la radio et télévision du Niger, Abdoulaye Coulibaly, et son témoin, Yacouba Kourma alias Madaki, membre « repenti » du Front patriotique de libération (FLP), avaient diffamé le jeune homme en l’accusant de financer le groupe rebelle qui attaque régulièrement l’oléoduc reliant le site pétrolier d’Agadem au Bénin.

Le jugement prononcé mardi 10 février condamne les deux prévenus à lui verser 10 millions de francs CFA de dommages et intérêts et à s’acquitter chacun de 200 000 francs CFA d’amende (la peine minimale prévue par les textes). Au lendemain du coup d’État du 26 juillet 2023, Salem Bazoum a passé plusieurs mois avec ses parents, détenu avec eux dans une pièce de la résidence qu’ils occupaient au Palais présidentiel, avant d’être libéré suite à une intervention du président togolais. 

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Les kamikazes de l’aéroport de Niamey ciblaient les drones https://mondafrique.com/limage-du-jour/les-kamikazes-de-laeroport-de-niamey-ciblaient-les-drones/ Sat, 31 Jan 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146209 Après Bamako, il y a seize mois, Niamey. L’attaque djihadiste qui a visé la base de l’armée de l’Air du Niger, dans la nuit du 28 au 29 janvier, a été repoussée avec son lot de ruines et de cadavres. On connaît désormais l’identité des assaillants, leur mode opératoire et leur mobile. Les dirigeants nigériens, […]

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Après Bamako, il y a seize mois, Niamey. L’attaque djihadiste qui a visé la base de l’armée de l’Air du Niger, dans la nuit du 28 au 29 janvier, a été repoussée avec son lot de ruines et de cadavres. On connaît désormais l’identité des assaillants, leur mode opératoire et leur mobile. Les dirigeants nigériens, eux, continuent de soupçonner une main étrangère.

La spectaculaire attaque conduite contre l’aéroport de la capitale du Niger a commencé à livrer ses mystères. Un communiqué du ministère de la Défense, diffusé jeudi soir, a fourni des détails précis : l’heure (00h20), la durée (une trentaine de minutes), le déroulement (« des assaillants à bord de motos arrivés tous phares éteints ») et le bilan. Côté ami : 4 militaires blessés, du matériel endommagé dont « un stock de munitions » incendié, ainsi que des dommages mineurs occasionnés dans leur fuite par les terroristes « tirant à la sauvette » sur trois aéronefs civils stationnés, dont deux de la compagnie Asky. Côté ennemi, « la vigoureuse réponse aéroterrestre a permis la neutralisation de 20 mercenaires et l’arrestation de 11 autres, dont la majorité est grièvement blessée, ainsi que la récupération d’un important matériel de guerre et des motocyclettes. »

Remerciement appuyé aux « partenaires » russes

Le communiqué signé du ministre de la Défense, le général Salifou Modi, se félicite de « la parfaite coordination du dispositif de sécurité de la base aérienne appuyé par les forces de défense et de sécurité de la ville de Niamey », qui semble attestée par la brièveté de l’accrochage. Officiellement, aucune autre force, à l’exception des partenaires russes chaudement remerciés par le chef de l’État, n’a participé à ces événements. Ni les 350 Italiens déployés à l’aéroport de Niamey dans le cadre de la Mission bilatérale de soutien à la République du Niger ni la nouvelle force unifiée de l’Alliance des États du Sahel, également logée à la base 101, qui réunit des soldats du Niger, du Mali et du Burkina Faso. 

Prisonniers capturés après l’attaque. Capture d’écran.

Bien sûr, il y a ce que le communiqué ne précise pas. Il ne dit pas, par exemple, que le troisième aéronef touché par des balles est ivoirien. La mauvaise relation entre les autorités de Niamey et d’Abidjan explique cette omission. Il ne fournit pas non plus les détails matériels des destructions. Des appareils militaires ont-ils été endommagés ? Selon des sources de Mondafrique, c’est notamment le cas d’un Cessna détruit par un drone kamikaze. Le communiqué ne dit pas non plus comment les assaillants ont réussi à pénétrer dans une des zones les plus surveillées de la capitale, sans se faire repérer. Il ne dit pas que le passage des terroristes s’enfuyant de la base 101 vers l’aéroport civil, qui est contigu à l’aéroport militaire, a été facilité par le manque de résistance opposée par gendarmes et policiers sur place.

Il ne précise pas le rôle précis joué par les militaires russes. Mais le général Abdourahamane Tiani, qui s’est rendu dans la matinée à l’Escadrille, a, lui, publiquement remercié les « partenaires russes pour leur prompte réaction qui a permis, dans les 20 minutes suivantes, de mettre l’ennemi en déroute », ajoutant plus loin qu’ils avaient « défendu avec professionnalisme leur secteur de sécurité. » Il semble que ce sont les Russes qui ont fait fonctionner la défense anti-aérienne dans une gerbe de feu qui a illuminé, pour la première fois, le ciel nocturne de la capitale.

Un commando de l’État islamique visant les drones 

Selon une source de Mondafrique en contact avec l’État islamique au Sahel (EIS), c’est un commando de cette organisation qui serait l’auteur de l’attaque, composé de 15 motos (soit 30 hommes) et d’un véhicule 4×4 – transportant probablement les « chefs ». Selon cette source, 4 membres du groupe – peut-être les passagers de ce véhicule dont nul ne fait mention – ont réussi à s’enfuir. Les « cavaliers » à  moto étaient, eux, en mission kamikaze. Leur but : détruire les drones militaires qui gênent considérablement l’EIS dans ses déplacements au Niger, de la zone des trois frontières au nord-ouest du Nigeria (voir article plus bas.) Quatre hommes, deux Saharouis et deux Peuls, seraient entrés à Niamey début janvier pour organiser la logistique. Les motos et certains matériels auraient été achetés sur place. L’État islamique a revendiqué l’opération vendredi, dans un communiqué en arabe où le groupe dit avoir « infligé d’importants dégâts matériels à l’infrastructure militaire. » 

Selon nos informations, le responsable de l’opération est bien connu de l’armée nigérienne. Abdou Tcheyguel est l’un des principaux chefs militaires de l’EIS et bien que Nigérien, il est l’émir d’Indélimane, un village du cercle d’Ansango au Mali, fief de longue date de l’organisation. Quant au cadavre blanc de peau aux cheveux roux, dont la photo a beaucoup circulé en le faisant passer pour celui d’un Français, il s’agit de celui d’un combattant sahraoui.

Il semble bien que la capitale se préparait depuis le début de l’année à un événement de ce genre. Depuis la mi-janvier des alertes avaient été données et elles avaient d’ailleurs circulé sur les réseaux sociaux pro-Bazoum, qui ironisaient alors sur la paranoïa du général Tiani. Les mêmes acteurs en ligne ont abondamment commenté l’attaque jeudi, à travers de nombreux récits et détails invérifiables, voire inventés de toutes pièces. Le fait que ces personnes hors du pays – notamment en France – semblent se réjouir de chaque attaque contre le Niger contribue à nourrir la frustration des Nigériens vivant sur place et la théorie d’un soutien de Paris aux forces de déstabilisation locales, qu’elles soient rebelles – comme le groupe qui sabote régulièrement l’oléoduc – ou djihadistes. Abdourahamane Tiani martèle ces accusations. Il a jeudi, dans l’interview improvisée à l’Escadrille, accusé nommément Emmanuel Macron, Patrice Talon et Alassane Ouattara d’être les « sponsors » de ces « mercenaires téléguidés ». L’ambassadrice du Niger en Côte d’Ivoire a d’ailleurs été convoquée le lendemain par le ministre des Affaires étrangères à Abidjan pour s’en expliquer.

Le bras de fer politique et judiciaire engagé entre la France et le Niger sur le sort de 1000 tonnes d’uranate entreposées justement à l’aéroport, en vue d’une future vente, est une raison de plus pour que le général Tiani voie la main de Paris dans cette attaque. 

L’Etat islamique trace sa route du Mali vers le Nigeria via le Niger

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Niger. Le parti socialiste se déchire entre pro-Bazoum et pro-Issoufou https://mondafrique.com/a-la-une/le-parti-socialiste-du-niger-se-dechire-en-public-entre-pro-bazoum-et-pro-issoufou/ Tue, 20 Jan 2026 08:10:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145621 Partisans de Mahamadou Issoufou et de Mohamed Bazoum se prennent à partie sur les réseaux sociaux du Niger, avec une virulence jamais vue, depuis le lancement, le 2 janvier à Dakar, de l’appel d’un collectif international pour demander la libération du président renversé toujours détenu, avec sa femme Hadiza, dans une aile du palais présidentiel. […]

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Partisans de Mahamadou Issoufou et de Mohamed Bazoum se prennent à partie sur les réseaux sociaux du Niger, avec une virulence jamais vue, depuis le lancement, le 2 janvier à Dakar, de l’appel d’un collectif international pour demander la libération du président renversé toujours détenu, avec sa femme Hadiza, dans une aile du palais présidentiel. Six-mille personnes – dont Mahamadou Issoufou ne fait pas partie – ont signé cet appel, parmi lesquelles des figures nigériennes en exil, des personnes vivant toujours dans le pays et des personnalités du monde politique et universitaire.

Par Nathalie Prévost

Si l’on ne connaît pas les noms de tous les signataires, qui ne sont pas systématiquement rendus publics, on note cependant du beau linge. Derrière un bataillon impressionnant d’anciens ministres sénégalais de tous bords (Amadou Mame Diop, Khalifa Sall, Zahra Iyane Thiam Diop, Landing Savané, Omar Sarr, Omar Youm,El Hadj Kasse, El Hadj Mouhamadou Bassirou, Ali Saleh Diop, Babacar Gaye, Nené Fatoumata, Babacar Ndaw, Samba Sy, Bocar Dia, Elhad Diouf, Adoum Forteye, Abdou Fall, Mahmoud Saleh, Aminata Mbengue Ndiaye), la plus grosse mobilisation s’observe parmi les politiques français, ce qui n’est pas forcément à l’avantage de Mohamed Bazoum, souvent critiqué au Niger pour sa proximité avec Emmanuel Macron. Il ne faut, en effet, pas oublier que le président français est très mal perçu dans ce pays pour avoir, par ses pressions et menaces, aggravé et radicalisé la crise après le coup d’État du 26 juillet 2023.

Ont signé François Hollande, Laurent Fabius, Bernard Cazeneuve et Manuel Valls, à côté de plusieurs responsables du parti socialiste français, membre de l’Internationale socialiste comme son parti frère du Niger. On note aussi, parmi les signataires, les Maliens Ali Nouhoum Diallo, Tieman Hubert Coulibaly et Kamissa Camara, l’opposant guinéen Cellou Dallein Diallo, les Tchadiens Moussa Faki, Saleh Kebzabo et Abdourahman Koulama, les Mauritaniens Abdi Fall et Diye Mamoudou Ba, le Centrafricain Martin Ziguelé, l’Ivoirien Pascal Affi-N’guessan, le Tunisien Ahmed Ounaies et les Burkinabè Ablassé Ouedraogo, Djibril Bassolé et Ibrahima Koné. Tous ces noms reflètent le réseau international de Mohamed Bazoum, en partie antérieur à son arrivée au pouvoir et tissé lors de ses études et dans le cadre de ses activités syndicales et politiques entre 1990 et 2010.  

Publication pro-Bazoum

Mahamadou Issoufou ulcéré

La mobilisation en faveur de son dauphin et ancien fidèle bras droit – devenu depuis quasiment son ennemi – de cette belle brochette de personnalités qu’il a lui-même côtoyées de près avait déjà de quoi contrarier le tout puissant Mahamadou Issoufou, fondateur et chef incontesté du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS).… Mais ce qui l’a agacé encore davantage, c’est d’avoir été directement pris à partie par les signataires.

En effet, au-delà de l’appel solennel lancé à la communauté internationale (ONU, UE, UA et Cedeao, président du Sénégal et Fondation Obama), le collectif a écrit à la Fondation Mo Ibrahim pour lui demander de « tirer toutes les conséquences de la situation au Niger et retirer provisoirement le prix qu’elle a octroyé à Issoufou Mahamadou » (ndlr, en 2020, pour son « leadership d’excellence en Afrique »), ce dernier étant « fortement soupçonné d’être l’instigateur du coup d’État contre le président Bazoum Mohamed, son ami de plus de trente ans. »

Ulcéré, Issoufou a appelé les personnalités qu’il connaît pour leur faire part de son indignation. Et Cellou Dallein Diallo et François Hollande ont alors publié des mises au point sur cet aspect. « Je ne dispose pas à ce jour d’informations sûres mettant en évidence la responsabilité du Président Issoufou dans le coup d’État contre le Président Bazoum », a précisé Cellou Dallein Diallo. « Je souhaite ardemment la libération du Président Mohamed Bazoum. Sa détention est aussi insupportable qu’illégitime. J’ai donc rejoint le Collectif de personnalités pour sa libération. C’est le seul enjeu. Aussi mon engagement ne peut être utilisé à d’autres fins», a pour sa part écrit François Hollande, selon les dires des proches de l’ancien président nigérien chahuté.

Publication pro-Issoufou

Un communiqué aigre en réponse à des accusations « ingrates »

Issoufou, qui ne s’exprime pratiquement plus en son nom propre depuis juillet 2023, a également fait publier, dès le 3 janvier, un communiqué aigre via sa Fondation, créée après la remise du prix Mo Ibrahim doté de 5 millions de dollars US et dont les actions sociales sur le terrain restent nébuleuses. « Le cabinet du président Issoufou salue l’appel du collectif à la réconciliation et au rassemblement de tous les Nigériens pour la construction d’un Niger uni en paix et prospère. Dans cette perspective, le cabinet du président Issoufou salue l’appel à la libération du président Bazoum. Par contre, le cabinet du président Issoufou note avec indignation l’adhésion du collectif à un narratif fallacieux basé sur des accusations sans preuves et portant sur une prétendue responsabilité du Président Issoufou dans les événements du 26 juillet 2023. Il rejette fermement l’ensemble de ces accusations mensongères enfantées par la mauvaise foi, l’ingratitude et l’envie. Il estime que ceux qui veulent faire de lui leur victime émissaire (Sic) se trompent. Ils doivent plutôt réfléchir sur les causes profondes des événements du 26 juillet en particulier et de manière générale sur celles de la récurrence des coups d’État dans le pays depuis l’indépendance. » 

Parmi les signataires nigériens de l’appel pour la libération de Bazoum, on retrouve la plupart des ministres et collaborateurs de ce dernier, dont beaucoup se trouvaient à l’extérieur du pays lors du coup d’État et continuent de vivre en exil depuis qu’ils ont soutenu le projet d’intervention militaire française : le Premier ministre de Bazoum, Mahamadou Ouhoumoudou, son ministre des Affaires étrangères Hassoumi Massoudou, le Touareg Rhissa Ag Boula, ancien conseiller en sécurité, et l’ambassadrice du Niger à Paris, Aïchatou Boulama Kané. A l’exception de Rhissa Ag Boula, tous ont fait partie, jadis, du premier cercle d’Issoufou. D’anciens ministres et conseillers de Mohamed Bazoum vivant au Niger, dont certains ont été emprisonnés pendant plusieurs mois après le coup d’État, ont également signé : Alambedji Abba Issa, Rabiou Daouda, Aminata Zoukaleini Allahoury, Alkache Alhada, Kalla Moutari, Dardaou Zanaidou.

Mohamed et Hadiza Bazoum, détenus depuis le 26 juillet 2023 à Niamey, alors en déplacement dans la région de Tahoua, juillet 2023.

Deux récits concurrents dénonçant des agissements très graves

Cette campagne pour la libération de Bazoum a donné le signal d’un règlement de comptes dont l’onde de choc continue de se propager. Deux récits concurrents s’affrontent ainsi sur le coup d’État et les stratégies développées de part et d’autre après le 26 juillet 2023, nourrissant des accusations de trahison réciproques.

L’assaut a été donné, sur les réseaux sociaux, par plusieurs anciens membres en exil de la cellule communication du président Bazoum. Après le 2 janvier, ils ont diffusé un « réquisitoire contre Issoufou », l’accusant d’avoir fomenté le coup à la mi-mandat de son successeur pour l’empêcher de concourir à un deuxième mandat et revenir après une transition de six mois, en se posant en candidat naturel du parti socialiste nigérien « lors d’un scrutin verrouillé par Tiani, son homme de main. » Cette thèse repose sur l’idée, très répandue à Niamey, qu’Issoufou serait un homme machiavélique assoiffé de pouvoir. Défendant, sans surprise, leur champion Bazoum, pour sa « dynamique de bonne gouvernance jamais égalée » dans un ciel sans nuage et quasi sans djihadiste, les jeunes internautes énumèrent les indices de la duplicité d’Issoufou, qui concordent en partie avec les accusations lancées à l’époque par le très médiatique ambassadeur de France Sylvain Itté : Issoufou aurait fait mine de négocier avec les militaires et rallié les officiers récalcitrants au coup, pour faire échouer le projet d’intervention française, tout en essayant de convaincre Bazoum de démissionner.

Un traitement de faveur qui nourrit la suspicion

Les soupçons se nourrissent notamment de la proximité de l’ancien président avec le commandant de la Garde présidentielle tombeur de Bazoum, le général Abdourahmane Tiani, mais aussi de l’apparente bienveillance dont l’ancien président au bonnet rouge bénéficie toujours au Niger : sécurité rapprochée officielle, accès au salon d’honneur de l’aéroport, liberté de mouvement (dont attestent des photographies en compagnie des chefs d’État les plus hostiles au régime de Niamey), jouissance de la même villa présidentielle que durant le règne de Mohamed Bazoum, etc. Par ailleurs, les proches du président renversé lui reprochent de n’avoir jamais contacté les enfants du couple emprisonné pour les assurer de son soutien (« ton ami ne peut pas être incarcéré sans que tu ne t’occupes de sa famille », relève justement un Nigérien) ni entrepris aucune démarche visible en faveur de son ami. Cette réserve si criante ne peut avoir que deux causes : soit Issoufou craint la foudre des militaires au pouvoir et tente de les amadouer, soit il a des raisons personnelles de ne pas intercéder pour Bazoum.

Du côté d’Issoufou, difficile de savoir qui s’exprime précisément. Un mystérieux « cabinet » dont nul ne connait la composition, un Groupe d’Analyse et de Prospection Politique (GAPP, tout aussi évanescent, qui, chose amusante, s’en prend aux internautes anonymes), et quelques médias virtuels entièrement voués à la gloire de l’ancien président, révulsés par tant de méchanceté : «Issoufou Mahamadou n’est pas un slogan, encore moins une caricature. Il incarne une trajectoire, des valeurs, une vision d’État et des vertus reconnues bien au-delà de nos frontières. (Le diffamer), c’est mépriser l’intelligence collective des Nigériens. » Rien de moins.

Du temps de la concorde, 2021.

Impuissance et embarras

Au-delà de la louange outrancière, de peu d’intérêt, certains auteurs tentent de convaincre le public de l’innocence d’Issoufou, à travers un récit qui révèle l’impuissance et l’embarras profonds de l’ancien président. « Le coup d’État ne peut se réduire à des causes individuelles ou à des boucs émissaires : il est le résultat d’une conjoncture complexe où chaque acteur a sa responsabilité», écrit ainsi Kadri Bodo, de la Tribune citoyenne, relayé par l’un des principaux porte-parole d’Issoufou sur les réseaux sociaux. Un autre média virtuel, Quotidien nigérien, vante « la retenue » d’Issoufou, qui sait que « réclamer la libération de Mohamed Bazoum dans un contexte de confrontation directe entre deux clans opposés n’avantage personne (…) et risquerait même d’aggraver la situation, en durcissant les positions et en fermant toute possibilité de dialogue. »  

Répondant à ceux qui lui reprochent d’avoir plaidé contre une intervention française, il estime que l’ancien président a fait « le choix de privilégier l’intérêt supérieur du Niger plutôt que l’escalade.» Conscient de la précarité de la position d’Issoufou – ce qui plaide pour une faible influence réelle de ce dernier sur les militaires au pouvoir – l’auteur évoque ses « marges de manœuvre limitées » et une stratégie bien timide se résumant à « laisser le temps jouer son rôle dans l’espoir de voir émerger la solution la moins dommageable ». Pour le détenteur du prix Mo Ibrahim tant vanté pour ses vertus démocratiques, « le retour des militaires au pouvoir constitue un échec politique», concède cet auteur. D’autant plus, écrit un autre, que le coup d’État « n’était pas seulement contre Bazoum mais contre un régime qu’Issoufou et lui incarnaient. »

Bataille d’insultes

Pour les partisans de Bazoum, très présents sur les réseaux sociaux, ces interventions traduisent la fébrilité de celui qui aime à se présenter comme au-dessus de la mêlée et rémunère sa propre armée de communicateurs, souvent pris à partie sous leurs publications tant l’animosité contre Issoufou reste vive dans le pays, du côté des partisans de Bazoum comme de celui de l’ancienne opposition ralliée aux militaires, harcelée pendant des années par le premier président rose. Le bilan négatif des douze années de gouvernance socialiste depuis 2011 revient sans cesse dans les commentaires : fraude électorale, émergence du terrorisme, mépris des soldats. « Devenir un griot bruyant en racontant des mensonges n’aidera pas votre agenda », répond ainsi Maman Moussa à un thuriféraire d’Issoufou. « On ne peut pas manipuler tout le monde tout le temps», lance un autre. Les épithètes fusent : « fourbe », « démon », « traître » (pour Issoufou),         « jaloux», « petits », «ingrats » (pour les plumes au service de Bazoum.) 

Avec le déferlement des déballages de part et d’autre, voici que la part d’ombre du régime socialiste, ses haines et soupçons recuits, bien antérieurs au coup d’État, émergent progressivement, éclairant les racines de la méfiance profonde désormais installée entre les deux camps. Un dénommé Sidi Ibrahim, repris par les pages facebook pro-Issoufou, affirme ainsi que Bazoum serait à l’origine de la dégradation des relations avec son parrain, dès son arrivée au pouvoir. « À peine trois mois après son investiture, Bazoum et son clan travaillaient à la destruction d’Issoufou, qu’ils qualifiaient de voleur [ndlr, à l’instar de beaucoup de Nigériens]. Dans la même perspective, des inspections d’État tous azimuts avaient été lancées au niveau des entités considérées comme contrôlées par Issoufou et ses proches (…) Il y avait une campagne de communication destinée à ternir l’image d’Issoufou, présenté comme un homme corrompu (tandis que) Bazoum (était présenté) comme un ange, intègre, vertueux, humble et proche de son peuple.( …) Avec le recul, on est en droit de croire que le président Bazoum n’avait qu’un seul programme politique : détruire le grand Issoufou. »

« Que les idiots se sacrifient pour leur permettre de rentrer triomphalement »

Pour cet auteur, ce sont les proches de Bazoum, y compris ses enfants, qui ont empêché Issoufou de poursuivre sa médiation en l’accusant, 48 heures après le putsch, d’en être l’instigateur. Il reproche aux Bazoumistes leur incohérence puis leur adhésion à une éventuelle intervention militaire française, apparemment souhaitée par le président renversé dans les premières heures après le coup d’État, contre l’avis de Mahamadou Issoufou. « La bêtise est qu’au moment où ils voulaient voir les camarades sortir affronter les chars, eux, ils étaient déjà en dehors des frontières nationales, attendant certainement que les idiots se sacrifient pour leur permettre de rentrer triomphalement et continuer à jouir des privilèges du pouvoir. »

Quant aux soupçons contre Issoufou proférés dès le lendemain du putsch, il s’agit, estime Sidi Ibrahim, d’une stratégie délibérée de l’entourage de Bazoum pour faire reculer les militaires en les privant du soutien de la capitale, massivement favorable à l’opposition, en faisant croire que Tiani roulait pour Issoufou auquel les habitants de Niamey vouent, écrit l’auteur, « une haine pathologique ». Or, l’opposition « n’aime pas Issoufou, certes, mais elle n’aime pas Bazoum non plus», poursuit l’auteur avec lucidité. « Les lumanistes (du nom du parti Lumana, principal parti d’opposition au régime socialiste PNDS), qui ne rêvaient que de la chute du PNDS, sont sortis massivement soutenir le coup.(…) La Cedeao et la France, qui avaient promis d’intervenir militairement pour le libérer et le rétablir, se sont retrouvées contraintes de réévaluer leur projet (…) vu cette adhésion populaire massive des populations. » Et depuis, regrette l’auteur, « les fous soldats lancés sur les trousses de l’ancien président ont continué leur sale besogne. Presque trois ans après, ils constatent leur cuisant échec. Bazoum n’est ni rétabli ni libre. Le général Tiani et ses camarades continuent d’asseoir leur pouvoir. »

Un duel à mort

C’est bien un duel à mort que se livrent les deux hommes, par communicants interposés. Et Mahamadou Issoufou, bien que libre, semble quasiment neutralisé. Un dénommé Oumar Moctar Alansary, plutôt pro-Bazoum, écrit : « Mahamadou Issoufou est politiquement mort, d’une mort bien plus profonde et bien plus cruelle que la détention temporaire subie par le président Mohamed Bazoum, symbole de la légitimité constitutionnelle et du suffrage populaire. Perçu par la communauté internationale comme la clé de la solution, le pont possible vers un retour à l’ordre constitutionnel (…), il a choisi la voie de la perpétuelle ambigüité, la danse du volatile égorgé qui feint encore de vivre alors qu’il saigne de toutes parts : il condamne le coup d’État en public tout en le soutenant en coulisses, il promet la médiation puis tergiverse et élude, il donne sa parole à Mo Ibrahim, à Ouattara et à d’autres, avant de se rétracter ou de se taire. »

Navrant spectacle pour tout le pays, pris au piège de cette crise fratricide, qui plonge chacun dans les affres de la trahison et de la cupidité. Même des proches de la junte – qui pourraient se réjouir d’assister au spectacle de l’implosion du PNDS, dernière grande force politique du Niger depuis la mort du chef du parti Lumana, Hama Amadou – s’inquiètent désormais des risques pour la cohésion nationale. Qu’on est loin des vœux exprimés, peut-être naïvement, par le Sénégalais Alioune Tine début janvier, plaidant pour un acte de clémence qui serait « un bol d’air pour le dialogue, le rassemblement et la paix (…) face à une crise économique et sociale profonde. »  « La sécurité ne se règle pas seulement par les armes, mais aussi par un dialogue global».

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Trump et l’interdiction de visas : business et rivalité avec la Chine https://mondafrique.com/decryptage/trump-et-linterdiction-de-visas-business-et-rivalite-avec-la-chine/ Sat, 10 Jan 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145058 L’administration américaine a imposé de nouvelles restrictions de visas, entrées en vigueur le 1er janvier 2026, au détriment, notamment, de plusieurs pays d’Afrique. L’accès au territoire américain se transforme ainsi en levier diplomatique pour servir des intérêts économiques et stratégiques. Depuis juin 2025, l’administration de Donald Trump a instauré l’interdiction de la délivrance des visas […]

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L’administration américaine a imposé de nouvelles restrictions de visas, entrées en vigueur le 1er janvier 2026, au détriment, notamment, de plusieurs pays d’Afrique. L’accès au territoire américain se transforme ainsi en levier diplomatique pour servir des intérêts économiques et stratégiques.

Depuis juin 2025, l’administration de Donald Trump a instauré l’interdiction de la délivrance des visas à de nombreux pays, dont plusieurs en Afrique. Le dispositif a été étendu en janvier 2026 avec l’ajout de nouveaux États. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger se voient ainsi placés sous interdiction totale de visas, tandis que d’autres, comme la Côte d’Ivoire et le Sénégal, intègrent pour la première fois la liste des pays soumis à des restrictions partielles.

Officiellement, ces mesures sont justifiées par des impératifs de contrôle migratoire et de sécurité nationale. Officieusement, elles s’inscrivent dans une logique plus large de diplomatie transactionnelle. Plusieurs pays du continent, à l’instar du Congo Brazzaville, redoutant un bras de fer avec Washington, privilégient la négociation bilatérale pour tenter de sortir du dispositif. Ils font appel à des avocats et des lobbyistes installés à Washington, qui se font chèrement payer. S’engagent alors des tractations qui dépassent largement la question des visas : ouvertures aux entreprises américaines, coopération stratégique, accès aux matières premières et aux minerais critiques. Bien entendu, en toile de fond, l’objectif principal de la Maison Blanche consiste à contenir l’influence croissante de la Chine sur le continent.

D’autres pays, à l’inverse, ont opté pour une réponse plus ferme, fondée sur la réciprocité. C’est le cas du Tchad, soumis à une interdiction complète de visas depuis 2025, ainsi que des trois pays de l’Alliance des États du Sahel. Cette ligne de conduite n’est pas sans créer un certain embarras à Washington, qui cherche parallèlement à préserver son influence et ses coopérations sécuritaires afin de ne pas abandonner à d’autres puissances une région jugée stratégique.

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La Chine est devenu le premier partenaire stratégique du Niger https://mondafrique.com/decryptage/serie-niger-5-5-la-chine-premier-partenaire-strategique/ Tue, 07 Oct 2025 03:49:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=115835 Le 26 juillet 2023, c’est un coup d’Etat sans coup de feu qui fait tomber le Président Mohamed Bazoum, chose inédite dans le monde et même au Niger. Celui qui s’empare du Président est l’homme chargé de sa sécurité, le général Abdourahamane Tiani, qui commande la Garde Présidentielle. En ce matin de saison des pluies, […]

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Le 26 juillet 2023, c’est un coup d’Etat sans coup de feu qui fait tomber le Président Mohamed Bazoum, chose inédite dans le monde et même au Niger. Celui qui s’empare du Président est l’homme chargé de sa sécurité, le général Abdourahamane Tiani, qui commande la Garde Présidentielle. En ce matin de saison des pluies, nul ne peut encore imaginer les conséquences considérables à venir où l’on voit la place clé de la Chine dans le nouveau jeu nigérien. Pékin consolide sa position de partenaire stratégique grâce à l’exportation du pétrole brut et la promesse d’une croissance à deux chiffres, malgré la crise.

Olivier Vallée et Nathalie Prevost

Lorsque survient le coup d’Etat du 26 juillet 2023, les travaux d’achèvement de l’oléoduc le plus long d’Afrique (près de 2000 km de long) sont quasiment achevés. Le pipeline construit et financé par la Chine a coûté environ 4,5 milliards de dollars. Il doit acheminer le brut extrait à l’est du pays vers la plateforme de Sémè, au Bénin, pour exportation. Cette perspective aiguise les appétits, en particulier au sein du parti socialiste (le Parti nigérien pour la Démocratie et le Socialisme, PNDS) au pouvoir depuis douze ans. Les familles de Mahamadou Issoufou et de Mohamed Bazoum se disputent alors âprement la gouvernance et le business du pétrole.

Pourtant, lorsqu’en 2008 le Président Mamadou Tandja signe avec la Chine, après avoir retiré à l’Américaine Exxon Mobil son permis d’exploitation dont elle ne faisait rien, les opposants socialistes se gaussent de sa promesse. «Ce pétrole, c’est de l’eau !», disent-ils en riant. A l’ambassade de France, à la même époque, on se dit convaincu que ce pétrole nigérien est décidément de piètre qualité, comme pour se consoler d’avoir, comme Exxon Mobil, laissé échapper la concession. Avant d’être chinoise, Agadem avait été couchée sur un permis français, puis américain. Et elle n’a échu à la Chine que parce que ni la France, ni les Etats-Unis ne l’ont mise en valeur.  

La place que la Chine s’est construite au Niger, c’est celle-ci : le dernier recours. La diplomate Aïchatou Mindaoudou, qui a été plusieurs fois ministre de 1995 à 2010, raconte volontiers cette histoire dans les réunions internationales pour rendre justice à Pékin. Au portefeuille des Affaires étrangères de Mamadou Tandja de 1999 à 2010, elle en a été l’un des acteurs.

La solution miracle du manque d’eau à Zinder

«La Chine a toujours été présente aux côtés du Niger sur des dossiers importants pour le gouvernement d’alors: l’approvisionnement en eau de la ville de Zinder, le deuxième pont de Niamey, le pétrole qui, comme l’uranium, tenait à cœur le Président Tandja», a raconté la ministre à Mondafrique.

Le Pont de l’Amitié à Niamey

Le problème d’eau de l’ancienne capitale de l’est, région dont Mamadou Tandja était originaire, semblait insoluble. «Les partenaires nous posaient des conditions financières hors d’atteinte. Le Président y tenait beaucoup et le sujet revenait toujours sur la table du conseil des ministres. Un jour, il s’est impatienté et m’a demandé d’aller ‘voir avec les Chinois.’ Je me suis rendue à Pékin. J’ai rencontré le ministre du Développement économique juste après mon arrivée. Je lui ai transmis la demande du Président Tandja. Le ministre m’a répondu que son pays aussi, à un moment, avait fait face à ces problèmes et qu’il comprenait parfaitement la situation. Le lendemain, nous avons signé un accord de prêt sans intérêt pour financer l’approvisionnement en eau de la ville de Zinder. Pour ce faire, l’équipe chinoise est venue au Niger et a résolu le problème en raccordant la ville à une nappe phréatique qu’ils ont trouvée à 50 km de Zinder. L’année suivante, l’accord de prêt que nous avions signé a été transformé en don. La Chine a souvent eu cette attitude pragmatique dans des dossiers concernant l’amélioration des conditions de vie de nos populations. »

«En ce qui concerne le pétrole, à l’occasion d’un voyage à Washington, le Président Tandja s’est entretenu avec le directeur d’Exxon Mobil et lui a dit ceci : ‘on répète que le Niger est le pays le plus pauvre du monde. J’ai été démocratiquement élu sur la base d’un programme pour améliorer les conditions de vie des populations. Je ne peux pas accepter d’être assis sur du pétrole alors que ma population est pauvre. Je vous donne un délai d’un an pour commencer l’exploitation du pétrole nigérien. Si vous ne faites pas, je me considérerai libre de chercher d’autres partenaires.’ Et l’année suivante, le Président Tandja a envoyé une délégation en Chine pour explorer la possibilité d’exploiter le pétrole», poursuit Mme Mindaoudou.

Un maquis de sociétés chinoises

La raffinerie de Zinder

Quinze ans plus tard, c’est le domaine pétrolier qui fait, plus que jamais, l’actualité. Plusieurs entités chinoises sont désormais impliquées. La société nationale de pétrole chinoise (China National Petroleum Corporation, CNPC) est en charge de la production à Agadem et elle coiffe le raffinage confié à la joint venture sino-nigérienne SORAZ (Société de Raffinage de Zinder). La production et le raffinage ont démarré, modestement, au tout début du premier mandat de Mahamadou Issoufou. La raffinerie de Zinder, une exigence du Président Tandja, permet au Niger de produire sa consommation nationale d’essence, le surplus étant vendu dans les pays voisins. Son rendement est de 20 000 barils/j.

La découverte de réserves beaucoup plus abondantes qu’imaginé initialement a conduit par la suite le Niger à développer avec la CNPC une production de brut pour l’export. Le premier pipeline, qui reliait le site d’Agadem à Zinder, a été prolongé jusqu’au golfe de Guinée. Cette infrastructure a été construite, comme les précédentes, sur financements chinois.

La règle chinoise de non-ingérence dans les affaires intérieures politiques d’un pays tiers s’adapte au contexte et n’ignore pas l’entrelacs d’enjeux que l’accès aux ressources naturelles développe. L’épouvantail d’une implantation russe au Niger aura sans doute dissimulé l’attraction mutuelle de Pékin et de Niamey, enracinée de longue date et relancée à l’aune d’un souverainisme réinventé.

 

Pas d’interférence dans les affaires intérieures

Dès le mois de septembre 2023, l’ambassadeur de Chine au Niger transmet au Premier ministre un message de soutien de son pays et il réaffirme le principe de « non-interférence » de la Chine dans les affaires internes des autres pays. Pékin entend aussi préserver ses intérêts, sans déconnecter sa coopération avec le Niger de son passé.

Après des retards liés au coup d’Etat et au blocage de la frontière avec le Bénin dans le cadre des lourdes sanctions imposées par la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, les travaux du pipeline ont pu être achevés et le pétrole injecté à l’intérieur. Le premier tanker et son chargement d’un million de barils ont quitté le port de Sémè le 19 mai. C’est le seul à ce jour, suite à de nombreux épisodes de tension entre Niamey et Cotonou qui ont finalement abouti à l’arrêt de la production. La Chine s’est activée pour tenter de régler le différend. Si la crise n’est pas encore résorbée, elle semble toutefois en voie de règlement. Au-delà de leurs intérêts respectifs, le Niger et le Bénin ne peuvent pas se permettre indéfiniment l’inertie, au risque de perdre leur crédit auprès de la grande puissance chinoise.

Signature à Niamey de l’accord sur la commercialisation du brut, en présence du Premier ministre du Niger

Pékin a également permis au Niger de desserrer l’étau financier résultant des sanctions de la Communauté ouest-africaine. En avril 2024, le Premier ministre Lamine Zeine a négocié directement avec la CNPC une avance sur la part du pétrole revenant à Niamey. La société chinoise a ainsi accordé un prêt de 400 millions de dollars au Niger décidé à lever les hypothèques que les partenaires occidentaux continuaient à poser. Lamine Zeine a transformé l’avance chinoise en un quasi-programme financier de substitution à un accord avec le Fonds monétaire international. Avec Zhou Zuokun, le président de la CNPC, il a signé à Niamey un accord sur la « commercialisation conjointe de pétrole brut » par lequel le Niger confie la commercialisation de sa part à son grand partenaire.

Le Niger remboursera l’avance grâce aux recettes du brut à venir, sur douze mois, avec un taux d’intérêt de 7%. Il s’agit de conditions de financement légèrement au-dessus du marché et en aucun cas d’une aide publique au développement. « Sur les 90 000 barils produits par jour qui seront acheminés vers l’Atlantique via le Bénin, le Niger touchera 25,4% des recettes, soit celles de 22 860 barils par jour », a précisé le général Abdourahamane Tiani, chef du régime militaire au pouvoir, dans une interview télévisée, révélant les termes de l’accord sur la répartition des bénéfices.

L’avance chinoise n’est pas destinée prioritairement à la trésorerie de l’État. Le Premier ministre nigérien a assuré que ces fonds seront dédiés à la défense et à la sécurité du pays, au remboursement de la dette du Niger sur le marché régional des titres publics et à des investissements dans le domaine du développement agricole et de l’offre médicale. Une fois de plus, Pékin démontre sa capacité d’intervention décisive et rapide, dans un contexte apparemment bloqué.

Le fusil et la diplomatie

Début juin 2024, le ministre nigérien de la Défense, le général Salifou Modi, s’est rendu en Chine en vue d’y dessiner un large partenariat stratégique débordant les questions sécuritaires qu’il pilote d’habitude et correspondant aux trois priorités du gouvernement : défense, agriculture et santé. Sur ces trois questions, le Niger espère que le partenaire chinois fera mieux que ses prédécesseurs européens et américains.

C’est ainsi, rapporte la télévision nationale, que le général Modi a pu mener des entretiens bilatéraux et visiter des industries de la défense et du secteur du pétrole et se rendre au camp de production agricole et de construction de Xinjiang, dans le nord-ouest de la Chine.

Visite de Salifou Modi en Chine

Au ministère des Affaires étrangères, la délégation nigérienne a été reçue par le vice-ministre chargé de l’Afrique, Chen Xiadong. A nouveau, le renforcement « de la coopération multisectorielle » a été souhaité, le Chinois saluant et félicitant « les efforts du gouvernement nigérien pour les initiatives développées pour briser l’isolement et le blocus imposés au Niger au lendemain de l’avènement du CNSP au pouvoir. » 

Salifou Modi a ensuite enchaîné sur une série de visites des industries de production de la défense et du pétrole, retrouvant ses préoccupations habituelles.  

Plus étonnant, la délégation nigérienne s’est rendue dans le nord-ouest de la Chine, à Urumqi, où elle a rencontré, le 5 juin, la 8e division du corps d’armée de production agricole et de construction de Xinjiang. Le Xinjiang, région désertique du nord-ouest, est le berceau des Ouigours musulmans. En 1954, la Chine y a créé une unité paramilitaire, le Corps de production et de construction du Xinjiang, souvent appelé Bingtuan, dans la tradition des soldats agriculteurs des frontières. Au fil du temps, les régiments agricoles ont étendu leurs activités agricoles, industrielles et de soutien logistique, notamment par de grandes campagnes de  défrichement, allant jusqu’à occuper plus de deux millions de personnes. Cette expérience pourrait-elle être répliquée aux zones frontalières exposées aux assauts djihadistes ? 

Certains observateurs, pas toujours bien intentionnés, ont estimé que l’exportation de pétrole via l’oléoduc était la ligne de vie du Niger. Certes, c’est une ressource appréciable mais il ne faut pas exclure que la Chine, au-delà de l’image bienfaisante d’amie de la paix, compte poursuivre la relation avec le Niger dans plusieurs autres domaines, car les 100 000 barils par jour du Niger comptent peu dans la masse de l’approvisionnement pétrolier chinois.

Le dragon chinois a réussi à passer en dessous des radars de nombreuses institutions sauf peut-être de l’ambassade américaine de Niamey qui, en 2020, comptait la Chine comme le deuxième investisseur extérieur au Niger. En effet, si le pétrole attire l’attention aujourd’hui, l’uranium mobilise la Chine depuis longtemps.

La saga nucléaire

En 2007, la société d’État China National Nuclear Corporation (CNNC) scelle un partenariat avec le gouvernement nigérien pour développer la mine d’uranium d’Azelik, dans le nord du pays. Après un début d’exploitation, le projet est stoppé suite à la catastrophe de Fukushima et la chute des cours du minerai. En juillet 2023, China Nuclear International Uranium Corporation accepte de reprendre l’exploitation de la mine au profit de l’industrie nucléaire chinoise. Pour l’instant, le port d’évacuation du métal fissile serait au Bénin. Une raison de plus de ne pas compromettre la relation avec Cotonou.

Il plait à la diplomatie chinoise de voir reconnu son rôle de médiateur neutre en face de la menace et de l’agressivité européennes. Mais il s’agit aussi de ne pas mettre en péril une stratégie de l’uranium déployée depuis 1990. Il ne fut pas aisé pour China National Nuclear Corporation (CNNC) d’arracher la mine d’Azelik en 2007, du temps de la suprématie d’Areva sur la région.

En janvier 2008, alors que l’uranium va mal, la Chine devient le partenaire de référence pour le pétrole du Niger. C’est PetroChina qui va extraire le pétrole régi par un contrat de partage de production (CPP) avec la partie nigérienne. Dans le cadre global de ce partenariat entre les deux pays, la raffinerie de Zinder est construite à la demande du président Tandja, à 460 kilomètres du gisement pétrolier. Un premier oléoduc voit le jour. En 2019, PetroChina signe un accord avec l’État du Niger pour la réalisation du pipeline géré et édifié par WAPCO. Avant même la sortie du brut par le Bénin, grâce à la raffinerie, le Niger était devenu un pays exportateur de produits pétroliers et de gaz liquéfié, en particulier vers son voisin nigérian, tandis que Zinder bénéficiait de la centrale électrique construite par les Chinois.

Le réacteur ?

Les montants investis directement par la Chine comme ceux prêtés par diverses entités des secteurs de l’uranium et des hydrocarbures sont très élevés. La patience de la Chine avec les précédents gouvernements du Niger en matière de gestion et de remboursement reflète sa constance dans la conduite d’une stratégie à bas bruit. En 2022, plus d’une trentaine de permis d’exploration et d’exploitation de mines d’uranium avaient été accordés par le gouvernement de Mohamed Bazoum. La nouvelle équipe au pouvoir depuis juillet 2023 entend les redistribuer à ceux qui ont su apporter leur soutien dans le passé et qui, à présent, partagent l’avenir. Malgré les annonces du Russe Rosatom, il semble bien que la Chine sera la première bénéficiaire des licences minières, y compris pour le lithium et d’autres minerais rares.

Loin d’avoir été ébranlée par le coup d’État, la présence chinoise semble chercher à Niamey un centre de gravité entre sécurité des investissements et rayonnement sur la région. 

Seyni Kountché lors d’une visite en Chine

Les relations entre la Chine et le Niger remontent au régime d’exception du colonel Seyni Kountché, en 1974. Elles n’ont été interrompues que suite à la reconnaissance de Taïwan par le gouvernement de transition de Cheiffou Amadou, après la Conférence nationale. Le secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères de ce gouvernement était Mohamed Bazoum. Quand les relations avec la Chine ont repris, avec l’élection de Mamadou Tandja, en 1999, «le Président a renoué tout simplement pour rester dans la continuité de la position nigérienne, comme il nous a instruit de le faire sur le Sahara occidental», explique Aïchatou Mindaoudou.

Au coeur des turbulences du grand jeu mondial au Sahel, la Chine incarne ainsi pour le Niger un pôle de stabilité rassurant, y compris en tant que grande puissance siégeant au Conseil de sécurité.

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