Missile - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/missile/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Tue, 24 Mar 2026 19:21:59 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.4 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg Missile - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/missile/ 32 32 Liban : l’État défie Téhéran, le pays vacille https://mondafrique.com/moyen-orient/liban-letat-defie-teheran-le-pays-vacille/ https://mondafrique.com/moyen-orient/liban-letat-defie-teheran-le-pays-vacille/#respond Wed, 25 Mar 2026 08:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=149376 En déclarant persona non grata l’ambassadeur d’Iran à Beyrouth, le Liban a posé un acte diplomatique rare, validé au sommet de l’État. Mais le même jour, un missile attribué à Téhéran éclatait au-dessus du Mont-Liban. Entre démonstration de souveraineté, pressions militaires et tensions sociales exacerbées, le pays s’enfonce dans une crise systémique où les lignes […]

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En déclarant persona non grata l’ambassadeur d’Iran à Beyrouth, le Liban a posé un acte diplomatique rare, validé au sommet de l’État. Mais le même jour, un missile attribué à Téhéran éclatait au-dessus du Mont-Liban. Entre démonstration de souveraineté, pressions militaires et tensions sociales exacerbées, le pays s’enfonce dans une crise systémique où les lignes de fracture internes deviennent plus dangereuses que le conflit lui-même.

Mohammad Reza Raouf Sheibani, ambassadeur d’Iran au Liban.

La décision est sans précédent récent. Le ministère libanais des Affaires étrangères a annoncé le retrait de l’accréditation de l’ambassadeur d’Iran au Liban, Mohammad Reza Raouf Sheibani, diplomate nommé quelques semaines plus tôt à Beyrouth. Il a été déclaré persona non grata et sommé de quitter le territoire avant dimanche.

Sur le plan juridique, la mesure s’inscrit dans le cadre de l’article 9 de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques, qui permet à un État d’expulser un représentant étranger sans avoir à justifier publiquement sa décision. Sur le plan politique, elle a été prise en concertation avec les plus hautes autorités libanaises : le président de la République, Joseph Aoun (chef de l’État et commandant en chef des forces armées), le Premier ministre Nawaf Salam (chef du gouvernement) et l’ensemble du Conseil des ministres.

Officiellement, les griefs sont précis. Le diplomate iranien est accusé d’avoir enfreint l’article 41 de la Convention de Vienne, qui impose aux représentants étrangers de ne pas s’ingérer dans les affaires internes du pays hôte. Il lui est reproché d’avoir pris position sur des décisions du gouvernement libanais et d’avoir rencontré des acteurs politiques locaux en dehors des canaux officiels.

Beyrouth a tenu à clarifier immédiatement la portée de sa décision : il ne s’agit pas d’une rupture des relations diplomatiques avec l’Iran, mais d’une mesure ciblée à l’encontre d’un individu. Cette nuance est essentielle. Elle vise à contenir l’escalade tout en marquant une ligne rouge.

Dans les faits, cependant, la portée de cette décision dépasse largement le cadre protocolaire. Elle constitue un signal politique. Depuis des années, l’influence iranienne au Liban s’exerce principalement à travers le Hezbollah, mouvement chiite à la fois parti politique, organisation sociale et force militaire, classé comme organisation terroriste par plusieurs pays occidentaux. En sanctionnant l’ambassadeur iranien, l’État libanais tente de reprendre une part de contrôle sur un champ diplomatique et sécuritaire largement fragmenté.

le Hezbollah compterait encore entre 40 000 et 50 000 combattants actifs.

La réaction ne s’est pas fait attendre. Le Hezbollah, dirigé par Hassan Nasrallah, et son allié Amal, formation chiite présidée par Nabih Berry (également président du Parlement libanais), ont dénoncé une décision « infondée » et politiquement motivée. Ils y voient un alignement sur les positions américaines et israéliennes.

Plus inquiétant encore, des menaces implicites ont été formulées. Le message est clair : le gouvernement libanais est sommé de revenir sur sa décision. À défaut, il pourrait en subir les conséquences. Derrière la contestation diplomatique se dessine un rapport de force interne, où l’autorité de l’État est directement mise à l’épreuve.

Le missile au-dessus du Mont-Liban

Quelques heures après l’annonce officielle, un événement militaire est venu accentuer la tension. Un puissant bruit d’explosion a été entendu dans plusieurs régions du Kesrouan (district montagneux au nord de Beyrouth, majoritairement chrétien et historiquement perçu comme une zone relativement protégée). Des images diffusées sur les réseaux sociaux ont montré des colonnes de fumée s’élevant notamment à Sahel Alma, Haret Sakher et dans d’autres localités environnantes.

Selon les informations préliminaires, il s’agirait des débris d’un missile intercepté. Plusieurs sources évoquent un projectile iranien visant une cible au Liban, intercepté par un dispositif militaire étranger en mer avant que ses fragments ne retombent sur le territoire libanais. Les zones touchées s’étendent de Sahel Alma à Faitroun, jusqu’à Kfardebian, station de montagne située à une quarantaine de kilomètres de Beyrouth.

Les cibles potentielles font l’objet d’interprétations divergentes. Certains médias évoquent l’ambassade des États-Unis à Awkar, au nord de Beyrouth, symbole de la présence américaine dans le pays. D’autres mentionnent la base aérienne de Hamat, installation militaire libanaise située plus au nord.

Au-delà de ces incertitudes, un élément s’impose : le timing. Le missile est intercepté le jour même où le Liban annonce l’expulsion de l’ambassadeur iranien. Dans un contexte aussi chargé, la simultanéité ne peut être ignorée.

Il ne s’agit pas nécessairement d’un lien de causalité direct. Mais dans la logique des rapports de force régionaux, les signaux comptent autant que les faits. Le Liban apparaît une fois de plus comme un espace de projection indirecte, où se jouent des messages entre puissances extérieures.

Cette situation renforce une perception déjà ancrée : le territoire libanais n’est plus seulement un théâtre de confrontation, mais un vecteur. Les frappes, les interceptions et les incidents qui s’y produisent relèvent souvent de dynamiques qui le dépassent.

Le Hezbollah en position de force

Dans ce contexte, les déclarations récentes de Wafic Safa prennent une dimension particulière. Figure centrale du Hezbollah, ancien responsable de l’unité de coordination et de liaison (structure chargée des relations internes et sécuritaires), Safa est considéré comme l’un des hommes clés de l’appareil du mouvement.

Dans une intervention récente, il a affirmé que les décisions du gouvernement libanais visant à interdire les activités militaires du Hezbollah seraient « contrées quelle que soit la manière ». Cette déclaration constitue une remise en cause directe de l’autorité de l’État.

Dans le champ des relations internationales, une telle situation correspond à ce que l’on qualifie de « capture de l’État » par un acteur armé non étatique. L’État conserve ses institutions, mais leur capacité à imposer leurs décisions est limitée par l’existence d’un pouvoir parallèle doté de moyens coercitifs.

Le Hezbollah ne se contente pas de contester une décision. Il affirme sa capacité à la neutraliser. Ce positionnement traduit un déséquilibre structurel. L’État libanais fonctionne, mais sous contrainte.

Les références à un possible recours à la rue renforcent cette lecture. Le Hezbollah a déjà démontré sa capacité à imposer un rapport de force interne, notamment en mai 2008, lorsqu’il avait pris le contrôle de larges secteurs de Beyrouth après une décision gouvernementale jugée hostile.

Aujourd’hui, le contexte est différent, mais la logique demeure. La possibilité d’un recours à la mobilisation populaire — ou à des formes de pression plus directes — est évoquée comme un levier.

Dans le même temps, le mouvement est confronté à ses propres fragilités. Les frappes israéliennes répétées ont ciblé plusieurs de ses cadres et infrastructures. Les chaînes logistiques et les systèmes de communication apparaissent plus exposés. La rhétorique martiale — drones, « surprises », capacités renforcées — s’inscrit aussi dans une logique de communication destinée à compenser ces vulnérabilités.

Fragmentation sociale

Si la dimension géopolitique est centrale, c’est peut-être sur le plan interne que les évolutions les plus préoccupantes se dessinent.

Depuis plusieurs semaines, le Liban fait face à un déplacement massif de populations. Environ un million de personnes, majoritairement issues des zones chiites du sud du pays et de la banlieue sud de Beyrouth (fief du Hezbollah), ont été contraintes de se déplacer en raison des opérations militaires israéliennes.

Ces déplacés se sont installés dans différentes régions du pays, modifiant les équilibres locaux. Dans un pays marqué par une forte segmentation confessionnelle, ces mouvements de population ont un impact direct sur les dynamiques sociales et politiques.

Le cas de la Quarantaine, quartier situé à l’entrée est de Beyrouth et historiquement associé à des épisodes violents de la guerre civile, est révélateur. Un projet visant à y installer des déplacés a été suspendu sous la pression des habitants et des responsables politiques locaux. Le refus est explicite.

Dans plusieurs quartiers du Mont-Liban, notamment à majorité chrétienne, l’opposition à l’accueil de déplacés chiites est devenue ouverte. Ce rejet ne s’exprime pas seulement en termes identitaires. Il est alimenté par une perception sécuritaire.

Lorsque les acteurs armés se fondent dans les espaces civils, la distinction entre population et cible devient floue. Cette confusion alimente une forme de méfiance généralisée.

Les événements récents illustrent cette dérive. Une frappe survenue à Hazmieh (banlieue est de Beyrouth, zone résidentielle mixte) a renforcé la perception d’une menace diffuse. La chute de débris au-dessus du Kesrouan a amplifié ce sentiment.

Dans ce climat, certains habitants, persuadés d’être exposés à des risques indirects liés à la présence de déplacés, ont commencé à refuser de les accueillir, voire à les expulser. Une logique d’exclusion s’installe.

Ce basculement est critique. Il marque le passage d’une tension latente à une dynamique active de désignation. La protection du territoire local devient prioritaire, au détriment de la solidarité nationale.

La mémoire de la guerre civile (1975-1990), jamais totalement résorbée, ressurgit comme un cadre d’interprétation. Les réflexes de fragmentation communautaire réapparaissent.

Un pays pris en étau

Parallèlement, la stratégie israélienne au sud du Liban accentue la pression. L’armée israélienne a annoncé son intention de contrôler une zone allant de la frontière jusqu’au fleuve Litani, à environ 30 kilomètres au nord. Cette zone est présentée comme une profondeur stratégique destinée à sécuriser le nord d’Israël.

Dans cette logique, plusieurs villages ont été vidés de leurs habitants. Les infrastructures ont été ciblées, notamment les ponts permettant les déplacements. Le retour des populations déplacées est conditionné à des garanties sécuritaires unilatérales.

Cette stratégie s’inspire de modèles déjà observés dans la bande de Gaza, notamment à Rafah ou à Beit Hanoun, où des zones ont été largement détruites et vidées de leur population.

Le résultat est un déplacement massif vers le nord. Beyrouth et le Mont-Liban absorbent une pression humaine qu’ils ne sont pas en mesure de gérer durablement.

Le Liban se retrouve ainsi pris dans un effet d’étau. Au sud, une pression militaire et territoriale. Au centre, une tension sociale croissante. Au sommet, une fragmentation politique.

Vers un point de bascule ?

L’expulsion de l’ambassadeur iranien, l’incident balistique au-dessus du Mont-Liban, les déclarations du Hezbollah et la montée des tensions sociales ne sont pas des événements isolés. Ils s’inscrivent dans une même dynamique.

Celle d’un système en déséquilibre, où les lignes d’autorité se fragmentent et où les espaces civils deviennent des zones d’incertitude. Le Liban n’est pas encore en guerre civile. Les institutions fonctionnent encore, les équilibres tiennent, les lignes ne sont pas totalement rompues.

Mais les conditions d’une friction interne élevée sont désormais réunies. Lorsque la souveraineté est contestée, que les pressions extérieures s’intensifient et que les tensions sociales s’exacerbent, le risque ne vient pas nécessairement d’un affrontement frontal.

Il peut émerger d’une accumulation. D’incidents. De réactions. De décisions qui, prises isolément, paraissent contenues, mais qui, ensemble, dessinent une trajectoire. Celle d’un pays où le centre ne tient plus.

 

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