Maroc - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/maroc/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Sat, 24 Jan 2026 06:16:12 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.1 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg Maroc - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/maroc/ 32 32 Comment la « plus belle CAN de l’histoire » a échappé au Maroc https://mondafrique.com/a-la-une/comment-la-plus-belle-can-de-lhistoire-a-echappe-au-maroc/ https://mondafrique.com/a-la-une/comment-la-plus-belle-can-de-lhistoire-a-echappe-au-maroc/#respond Sat, 24 Jan 2026 06:10:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145818 Présentée comme la plus belle de l’histoire, la CAN 2025 s’est achevée dans la confusion, dimanche à Rabat, et se poursuit en coulisses depuis, alors que le Sénégal célèbre son deuxième titre de champion d’Afrique. Il ne s’agit pas ici de refaire la finale, perdue à Rabat par le Maroc, mais plutôt de décrypter comment […]

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Présentée comme la plus belle de l’histoire, la CAN 2025 s’est achevée dans la confusion, dimanche à Rabat, et se poursuit en coulisses depuis, alors que le Sénégal célèbre son deuxième titre de champion d’Afrique. Il ne s’agit pas ici de refaire la finale, perdue à Rabat par le Maroc, mais plutôt de décrypter comment on en est arrivé là, et de quoi ce dénouement dans le chaos est-il le nom.  

Par Patrick Juillard

Pouvait-on rêver de plus belle finale pour conclure dimanche cette CAN 2025, saluée la veille comme « la plus belle de l’histoire » par nul autre que le président de la Confédération africaine de football, Patrice Motsepe ? Certes, l’instance panafricaine a coutume de brandir de tels superlatifs après chaque édition, mais c’était cette fois plus mérité que lors de précédentes occurrences de cette communication triomphaliste. Et puis le titre n’allait-il pas se jouer entre le Maroc, pays organisateur et première nation africaine à se glisser dans le dernier carré d’une Coupe du monde, trois ans plus tôt au Qatar, et le Sénégal, finaliste pour la troisième fois en quatre tournois et premier challenger du Maroc au classement mondial ? Cette finale du ranking FIFA allait opposer les deux premières têtes de série de l’épreuve, les deux seules à avoir eu le privilège de jouer tous leurs matchs dans un même stade, à Rabat pour le Maroc et à Tanger pour le Sénégal. Comme un train qui arrive à l’heure.

Un train qui arrive à l’heure, mais…

Et c’est précisément à cause d’un TGV arrivé dans les temps que la pression, déjà intense comme avant toute finale, avait commencé à entrer dans la zone rouge, l’avant-veille de la rencontre. Annoncée sur les réseaux sociaux, l’arrivée de l’équipe du Sénégal en gare de Rabat avait été l’occasion d’instants de pagaille et de cohue, avec un afflux de supporters des deux camps au moment de la sortie des joueurs et de leurs encadrants, en l’absence criante du moindre cordon de sécurité. Dans la nuit, la Fédération sénégalaise de football publiait un communiqué furibard contre les organisateurs de la CAN, dénonçant non seulement une « absence manifeste de dispositif de sécurité adéquat lors de l’arrivée de la délégation sénégalaise à la gare ferroviaire de Rabat », mais aussi l’attribution d’un hôtel 4 étoiles plutôt qu’un 5 étoiles et celle d’un terrain d’entraînement situé sur les installations mêmes du… Maroc. Comme si à la veille d’une finale de l’Euro contre la France à Saint-Denis, l’Italie (ou tout autre adversaire) avait dû s’entraîner à Clairefontaine. 

Le lendemain matin, alors que le flou persistait sur le lieu d’entraînement de son équipe –  la séance eut finalement lieu au complexe olympique, non loin du stade Moulay Abdellah  –, le sélectionneur du Sénégal, Pape Thiaw, haussait le ton. « Je pense que les enjeux du football ne doivent pas nous amener à faire certaines choses. Aujourd’hui, c’est l’image de l’Afrique qui est en jeu. Je parle en tant qu’Africain. Ce qui s’est passé avec les joueurs est anormal. Une équipe comme le Sénégal ne peut pas se retrouver au milieu de la foule populaire. Mes joueurs étaient en danger. Tout pouvait se passer, face à des personnes mal intentionnées », taclait le technicien, habituellement plus mesuré. Le message était clair : le Sénégal n’était pas là pour se laisser marcher sur les pieds. 

Thiaw-Regragui, stratèges de la tension


Comme en écho, le sélectionneur du Maroc, Walid Regragui, promettait un stade bouillant à ses adversaires : « Je veux que le Sénégal sente que ce n’est pas le Stade des Martyrs (à Kinshasa, où le Sénégal a affronté et battu la RDC en éliminatoires du Mondial 2026, ndlr). Pour venir nous battre au Maroc, c’est très compliqué, très dur. Le Cameroun s’en est rendu compte et le Nigeria aussi. Il faudra une équipe du Sénégal très forte pour venir nous battre chez nous. »

La suite allait montrer à quel point il ne s’agissait pas de paroles en l’air. Car cette tension ne venait pas de nulle part ; elle était montée progressivement au fil des différents tours. Avant cette veille de match explosive, la CAN 2025 avait été gagnée par les doutes sur la qualité de l’arbitrage, avec une curieuse non-utilisation du VAR dans plusieurs situations litigieuses, lors des matchs Maroc-Tanzanie (8e de finale), Cameroun-Maroc et Algérie-Nigeria (quarts de finale). De cette mise en cause légitime du niveau des sifflets retenus par la CAF découla un soupçon d’arbitrage « maison », en faveur du pays hôte de cette CAN premium en termes d’infrastructures et d’organisation. 

Au risque d’alimenter ce qu’il disait vouloir dénoncer, Walid Regragui avait lui-même longuement abordé le sujet, le 13 janvier en conférence de presse, énumérant les décisions défavorables à son équipe. « Contre la Tanzanie où tout le monde a essayé de faire croire qu’il y avait penalty parce qu’il y avait un joueur de 20 kilos contre un autre de 120 kilos (sic). En Angleterre, jamais ça ne se siffle », avait-il notamment argumenté, avant d’appeler à un arbitrage de qualité pour la suite du tournoi. 

Infantino sort de ses gonds

En finale, ce fut globalement le cas au cours d’un affrontement de haute tenue, jusqu’au terrible enchaînement qui allait faire dérailler la rencontre à l’orée du temps additionnel de la seconde période. La suite est connue : sortis du terrain pour protester contre ce qu’ils considéraient comme une injustice, les joueurs du Sénégal et leur staff allaient revenir sur la pelouse pour terminer la rencontre. Un penalty manqué de Brahim Diaz et une prolongation victorieuse plus loin, Sadio Mané, Pape Gueye et les Lions de la Teranga remportaient une deuxième Coupe d’Afrique. 

Terminée dans la nuit de dimanche à lundi, la CAN 2025 se poursuit sur le terrain disciplinaire. Le tir de barrage est concentré sur le Sénégal et son sélectionneur, Pape Thiaw, accusé d’avoir ordonné à ses joueurs de quitter le terrain et d’avoir donné une mauvaise image de l’Afrique, malgré ses excuses a posteriori. Le président de la FIFA, Gianni Infantino, qualifie d’« inacceptable » ce comportement et appelle la Confédération africaine de football à prendre les « mesures appropriées », passant sous silence, comme beaucoup d’observateurs, les dérapages enregistrés côté marocain, avec les tentatives répétées de subtiliser la serviette du gardien sénégalais Edouard Mendy. De son côté, la Fédération royale marocaine de football (FRMF) annonce au lendemain de la finale saisir les instances compétentes de la CAF et de la FIFA. 

Le Sénégal peut-il perdre la CAN sur tapis vert ?

Pendant que les joueurs du Sénégal étaient accueillis en héros à Dakar, les juristes du sport refaisaient le match et se demandaient si, au-delà des sanctions disciplinaires et financières qui leur pendent au nez, les Lions de la Teranga et leur sélectionneur risquaient plus gros. Le fait que l’arbitre de la finale, M. Ndala, n’ait pas sifflé la fin de la rencontre après le retour temporaire des Sénégalais aux vestiaires, les met à l’abri d’une défaite par forfait, prévue par les articles 82 et 84 du règlement de la CAF. La finale est allée à son terme, le coup de sifflet final valant homologation du résultat. 

Le Maroc pourrait s’engouffrer dans une autre brèche, située dans le texte de la loi 12 de l’IFAB. Celle-ci pose qu’un joueur quittant             « délibérément le terrain sans l’autorisation de l’arbitre » doit être averti. Or, au moins trois joueurs sénégalais ayant suivi leur coach aux vestiaires étaient déjà sous le coup d’un carton jaune : Lamine Camara, El Hadji Malick Diouf et Ismaïla Sarr. Un second avertissement, synonyme d’expulsion, aurait dû leur être attribués. Les deux derniers nommés auraient ainsi laissé leurs coéquipiers à neuf pour la prolongation. Reste à savoir quelle lecture les juridictions sportives feront de l’interruption de la rencontre et du caractère temporaire du retrait de l’équipe sénégalaise. 

Plus globalement, la déconvenue subie par le Maroc a fait naître un important sentiment d’injustice à travers le pays. Non tant à cause de la victoire du Sénégal, fut-ce dans ces conditions chaotiques, qu’en raison des efforts consentis par le Royaume pour offrir à l’Afrique la meilleure édition jamais organisée. Comme si ces indéniables efforts avaient fini par laisser croire que la seule récompense possible était la victoire de l’équipe nationale à cette CAN, cinquante ans après sa seule victoire dans cette compétition. « Le Maroc doit-il encore se sacrifier pour le football africain ? », s’interrogeait ainsi le média Le Desk dans un éditorial au lendemain du match. La question risque en effet de se poser, au moment où les lignes bougent en coulisses autour de l’attribution des prochaines éditions de la CAN, désormais organisée sur un rythme quadriennal.

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CAN : Brahim Diaz, de héros à zéro au milieu du chaos https://mondafrique.com/decryptage/can-brahim-diaz-de-heros-a-zero-au-milieu-du-chaos/ Tue, 20 Jan 2026 13:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145639 Entre Brahim Diaz et le Maroc, la belle histoire de la CAN 2025 s’est achevée sur un penalty manqué, dimanche, en conclusion d’une finale perdue face au Sénégal. Retour sur ces moments de chaos qui ont vu le buteur des Lions de l’Atlas passer de héros à zéro, au moment où la partie, incertaine, basculait […]

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Entre Brahim Diaz et le Maroc, la belle histoire de la CAN 2025 s’est achevée sur un penalty manqué, dimanche, en conclusion d’une finale perdue face au Sénégal. Retour sur ces moments de chaos qui ont vu le buteur des Lions de l’Atlas passer de héros à zéro, au moment où la partie, incertaine, basculait dans le temps additionnel de la seconde période.
 
Par Patrick Juillard 

90e+2 : le Sénégal ouvre le score par Ismaïla Sarr. Problème : l’arbitre, M. Ndala, a préalablement sifflé une faute de Seck sur Hakimi. L’action est interrompue, le but n’est pas accordé et le VAR (assistance vidéo) ne peut être consulté. L’examen des images aurait dû conduire l’arbitre congolais à accorder le but.

90e+8 : accrochage sur Diaz, dans la surface de réparation sénégalaise. Appelé par le VAR, l’arbitre accorde un penalty au Maroc.

Dans la foulée, le sélectionneur du Sénégal, Pape Thiaw, demande à ses joueurs de quitter le terrain pour protester contre ces décisions, jugées inéquitables. Les supporters du Sénégal, rassemblées dans une section de la tribune opposée, tentent de pénétrer sur le terrain. Des coups sont échangés et plusieurs blessés sont à dénombrer. Le protocole FIFA, qui interdit au diffuseur de montrer ce type d’images, favorise la prolifération des rumeurs. 

L’échange Sadio Mané-Claude Le Roy

Dans ce chaos, un homme se distingue : Sadio Mané, la star des Lions de la Teranga, refuse de quitter le terrain. Après un bref échange avec Claude Le Roy, présent au bord de la pelouse en tant que consultant télé – «À ta place, j’irais chercher mes potes », lui conseille le coach chevronné – l’attaquant demande à ses coéquipiers de revenir. « On va jouer comme des hommes ! Allez, venez », lance l’ancien joueur de Liverpool. 

Après le retour des Sénégalais sur le terrain, la partie peut reprendre. L’interruption a duré 15 minutes et 22 secondes. Brahim Diaz frappe le penalty et le manque en tentant une panenka (ndlr, du nom du joueur tchèque qui inventa ce geste, consistant à lober le gardien, plongeant d’un côté ou de l’autre du but, d’un petit ballon fouetté). Le Maroc vient de gâcher une occasion historique…

94e : le Sénégal, revigoré, a entamé la prolongation pied au plancher et marque sur une frappe surpuissante de Pape Gueye. Il reste alors près de trente minutes aux Marocains pour inverser la tendance, mais ce ne sera jamais le cas. Les Lions de la Teranga remportent la CAN 2025, la deuxième de l’histoire du pays après l’édition 2021. 

Passé de héros à zéro le temps d’un penalty manqué, Brahim Diaz va recevoir sa médaille de soulier d’or (meilleur buteur) de la compétition sous les sifflets d’un stade Prince-Moulay-Abdellah vidé d’une grande partie de ses spectateurs. Après avoir marqué à chacune des cinq premières sorties des  Lions de l’Atlas, l’ailier droit du Real Madrid a flanché au pire moment, à l’image de son équipe, incapable de marquer dans le jeu tant en demi-finales contre le Nigeria qu’en finale face au Sénégal. 

Brahim Diaz, un échec en forme de fardeau 

Devenu international marocain après avoir porté les couleurs de l’Espagne, le natif de Malaga va devoir vivre toute sa carrière avec ce penalty raté, dans un pays déjà échaudé par les tentatives avortées d’Hakim Ziyech (contre le Bénin, lors des huitièmes de finale de la CAN 2019) et d’Achraf Hakimi (contre l’Afrique du Sud lors de ceux de la CAN 2023). 

Le lendemain, Brahim Diaz s’adresse au public dans un post sur Instagram. « Hier, j’ai échoué et j’en assume l’entière responsabilité. Je vous présente mes excuses les plus sincères, écrit le héros malheureux de la finale. J’ai mal au cœur. J’ai rêvé de ce titre grâce à tout l’amour que vous m’avez donné, à chaque message, à chaque marque de soutien qui m’a fait sentir que je n’étais pas seul. Je me suis battu de toutes mes forces, avec mon cœur avant tout. Il me sera difficile de m’en remettre, car cette blessure ne guérit pas facilement, mais je vais essayer. Pas pour moi, mais pour tous ceux qui ont cru en moi et pour tous ceux qui ont souffert avec moi. »

La théorie du complot pour réécrire l’histoire

Mais le mal est fait. La presse n’est pas tendre avec Brahim Diaz. TelQuel évoque même une « panenka atroce». Parmi les observateurs du football africain, une théorie a ses adeptes : le joueur aurait volontairement manqué son geste, dans le but d’éviter un chaos plus grand encore. Une variante complotiste circule également : c’est SAR le prince Moulay Rachid qui en aurait donné l’ordre, dans le souci de ne pas voir le Maroc gagner la CAN sur un but litigieux.

On peut voir dans cette théorie diffusée, sans la moindre preuve, par certains proches du régime, une manière commode de justifier une défaite a posteriori. D’autres, plus rationnels et plus nombreux, estiment que le contexte explosif et le quart d’heure d’attente avant d’exécuter la sentence ont sorti l’intéressé de son match et provoqué son échec. 

Alors qu’il lui avait adressé une soufflante depuis son banc de touche avant de le remplacer, le sélectionneur du Maroc, Walid Regragui, sera plus clément pour son joueur au moment de sa conférence de presse d’après-match : « Brahim a frappé un tir au but contre le Mali et l’a marqué. Aujourd’hui, il l’a loupé. Ça fait partie du football. »

Tous les entraîneurs ne sont pas du même avis. Ancien occupant du banc du Maroc, aujourd’hui assis sur celui de l’Arabie Saoudite, Hervé Renard livre un verdict sans appel. « On a le droit de rater un penalty, mais, en pareil cas, je suis catégorique et je n’ai aucune complaisance, déclare le technicien français dans un entretien au Parisien. C’est un manque de respect pour tout un pays et tout un peuple en quête d’un succès depuis 50 ans. » Brahim Diaz va devoir être fort, très fort, pour revenir plus fort.

 

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CAN 2025 : le Maroc face à son destin https://mondafrique.com/societe/can-2025-le-maroc-face-a-son-destin/ Sun, 18 Jan 2026 10:44:05 +0000 https://mondafrique.com/?p=145548 Tout un peuple n’attend que cela : en quête d’un titre continental depuis 1976, le Maroc affronte le Sénégal ce dimanche (20h00) à Rabat en finale de la CAN 2025. Ambiance fébrile à quelques heures de ce rendez-vous historique entre les deux meilleures équipes africaines du moment.     Par Patrick Juillard    Vendeur de drapeaux, […]

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Tout un peuple n’attend que cela : en quête d’un titre continental depuis 1976, le Maroc affronte le Sénégal ce dimanche (20h00) à Rabat en finale de la CAN 2025. Ambiance fébrile à quelques heures de ce rendez-vous historique entre les deux meilleures équipes africaines du moment.  
 
Par Patrick Juillard 
 
Vendeur de drapeaux, d’écharpes, de casquettes et d’objets destinés aux supporters du Maroc et des autres équipes de la CAN 2025, Mehdi ne chôme pas en cette veille de finale entre les Lions de l’Atlas et le Sénégal. Dans son magasin « Au beau fanion », à quelques encablures de la mosquée Al-Badr, dans le vivant quartier d’Agdal, le jeune homme arbore un sourire discret. « Au début, c’était surtout les gens des pays francophones qui venaient acheter, des drapeaux aux couleurs de leur pays ou des maillots du Maroc, dit-il. Aujourd’hui, ce sont surtout des Marocains, de toutes tranches d’âge, hommes et femmes. Tout le monde veut montrer qu’il supporte son équipe. »

La folie des billets

Les affaires se portent donc bien, mais en ville, pourtant, la fièvre monte tout doucement. Que l’on ne s’y trompe pas, toutefois : le jour J, à l’heure H, le stade Prince Moulay-Abdellah grondera et poussera son équipe comme un seul homme, et les quelques supporters du Sénégal n’existeront que visuellement dans ce vacarme patriotique. Tout le monde veut en être, tous ceux qui n’ont pas (encore) de place en cherchent désespérément.
 
Quoiqu’en disent les organisateurs et les autorités locales, le marché noir carbure non-stop pour tous ceux qui ne veulent pas se contenter pas de suivre le match dans les fanzones et les cafés, où l’IPTV tourne à plein régime depuis un mois. Les heureux détenteurs brandissent parfois leur ticket comme un trophée. « C’est un billet à 300 dirhams (environ 30 euros) et le gars me le faisait à 4000 (400 euros), mais je l’ai acheté à 2000 dirhams », racontait jeudi un jeune et débrouillard habitant de la capitale à L’Équipe. Depuis, les prix ont continué de grimper sur ce marché informel, alimenté par le système D et les messageries cryptées. 

Des petits fours aux 100 décibels 

Peut-être le revers d’une médaille, celle de la fidélité ? Après avoir tancé le public en début de CAN – « Si le public vient juste pour manger les petits fours, on n’a rien à faire de lui », avait-il déclaré – le sélectionneur Walid Regragui n’a cessé, depuis, de saluer sa montée en puissance. Celle-ci a été synchrone avec celle de l’équipe qu’il dirige, en quête d’un second sacre continental, cinquante ans après le trophée ramené d’Éthiopie.
 
« Contre le Nigeria [en demi-finale], nos supporters sont montés à 100 décibels, a rappelé l’ancien joueur de Grenoble et d’Ajaccio. Je veux que le Sénégal sente que ce n’est pas le stade des Martyrs [à Kinshasa, où le Sénégal a affronté et battu la RDC cet automne en éliminatoires du Mondial 2026, ndlr]. Pour venir nous battre au Maroc, c’est très compliqué, très dur. Le Cameroun s’en est rendu compte et le Nigeria aussi. Ce n’est pas Dortmund, le Parc [des Princes] ou Marseille. Il faudra une équipe du Sénégal très forte pour venir nous battre chez nous. » 

 Aux portes du Top 10 mondial

Battu en 1988 par le futur vainqueur camerounais, le Maroc entend, cette fois, être roi en son Royaume. Doté d’un effectif de qualité à tous les postes, le pays hôte de cette 35e édition recueillerait ainsi les fruits de sa régularité dans cette finale du triomphe de la logique, entre le pays africain leader au classement mondial de la FIFA (le Maroc, 11e) et son premier challenger continental (le Sénégal, 19e).
 
Il lui faudra d’abord vaincre une équipe remontée contre les organisateurs : vendredi, l’arrivée de la délégation du Sénégal à la gare TGV de Rabat, pourtant annoncée publiquement, s’est faite sans cordon de sécurité et le lendemain, un nouveau lieu d’entraînement a été alloué au dernier moment aux Lions de la Teranga, désireux de ne pas effectuer leur dernière séance sur les installations du complexe Mohammed V, habituellement dédié au Maroc.
 
Il s’agira ensuite de chasser les soupçons de favoritisme, prompts à se déchaîner à la moindre erreur d’arbitrage. Enfin, Walid Regragui et ses joueurs devront surmonter la (relative) malédiction du pays organisateur au 21e siècle : depuis 2000, seules la Tunisie (2004), l’Égypte (2006) et la Côte d’Ivoire (2024) ont triomphé à domicile.

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La santé de Mohammed VI au coeur de toutes les spéculations https://mondafrique.com/a-la-une/la-sane-de-mohammed-vi-au-coeur-de-toutes-les-speculations/ Sat, 17 Jan 2026 17:22:51 +0000 https://mondafrique.com/?p=145543 Le médecin personnel du roi a révélé samedi que Mohammed VI souffre de douleurs lombaires nécessitant une période de repos. Une annonce qui justifie officiellement son absence aux matchs des Lions de l’Atlas durant la CAN, mais qui ne dissipe pas les interrogations sur l’état de santé d’un monarque invisible depuis début décembre. Ali Attar, […]

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Le médecin personnel du roi a révélé samedi que Mohammed VI souffre de douleurs lombaires nécessitant une période de repos. Une annonce qui justifie officiellement son absence aux matchs des Lions de l’Atlas durant la CAN, mais qui ne dissipe pas les interrogations sur l’état de santé d’un monarque invisible depuis début décembre.

 

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CAN 2025 : Brahim Diaz, le « facteur X » haut débit du Maroc https://mondafrique.com/limage-du-jour/can-2025-brahim-diaz-le-facteur-x-haut-debit-du-maroc/ Wed, 14 Jan 2026 17:58:50 +0000 https://mondafrique.com/?p=145316 Auteur de 5 buts en autant de matchs depuis le début de la CAN, Brahim Diaz s’est imposé comme l’atout majeur d’un Maroc en quête de son premier titre depuis cinquante ans. Présentation. Par Patrick Juillard Cinq matchs, 5 buts : depuis le début de la CAN 2025, Brahim Diaz affiche une régularité de métronome. […]

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Auteur de 5 buts en autant de matchs depuis le début de la CAN, Brahim Diaz s’est imposé comme l’atout majeur d’un Maroc en quête de son premier titre depuis cinquante ans. Présentation.

Par Patrick Juillard

Cinq matchs, 5 buts : depuis le début de la CAN 2025, Brahim Diaz affiche une régularité de métronome. Aux dires mêmes de son sélectionneur, Walid Regragui, le petit ailier droit au sourire malicieux s’est imposé comme le « facteur X » d’un Maroc qui ne survole pas toujours son sujet. Devenu le premier Marocain à inscrire quatre buts lors d’une même édition, le natif de Malaga est aussi le premier joueur de l’histoire à marquer lors de ses cinq premiers matchs de Coupe d’Afrique. Il faut remonter à la CAN 2010 organisée en Angola pour retrouver la trace d’un joueur, en l’occurrence le supersub égyptien Gedo, futur vainqueur, à avoir pareillement scoré contre cinq nations différentes. En course pour le titre honorifique de meilleur buteur, le joueur du Real Madrid reste talonné par le Nigérian Victor Osimhen et l’Egyptien Mohamed Salah (4 buts chacun).

Un éphémère international espagnol…

Marocain par sa grand-mère maternelle, Brahim Abdelkader Diaz a pourtant d’abord repoussé les appels du Maroc, sous les mandats d’Hervé Renard puis de Vahid Halilhodzic. International espagnol dans toutes les catégories jeunes, celui qui porte à l’adolescence les couleurs de Manchester City se voit alors mener une carrière internationale sous les couleurs de la Roja. Le rêve semble devenir réalité le 6 juin 2021 : désormais joueur du Real Madrid, Brahim Diaz fait ses débuts avec l’Espagne contre la Lituanie, marquant un but (victoire 4-0). Mais cette sélection restera sans lendemain, et ne mettra pas le Maroc hors-course : la rencontre en question étant amicale, la FIFA autorise depuis 2009 l’intéressé à changer de nationalité sportive par la suite, sans limite d’âge.

… devenu le visage souriant du football marocain

Ironie de l’histoire, c’est grâce à cet assouplissement de la réglementation obtenu par… l’Algérie que le Maroc va parvenir à ses fins. Au mois de mars 2023, après avoir attendu en vain une convocation pour le Mondial 2022 au Qatar avec l’Espagne, Brahim Diaz choisit de passer sous pavillon marocain, rejoignant les Lions de l’Atlas tombeurs de… l’Espagne et demi-finalistes. La suite, Brahim Diaz l’écrit à coup de passes décisives et de buts. Sur les murs de la ville, son visage souriant orne des affiches pour une célèbre compagnie de téléphonie mobile et ses offres 5G. La pub, une fois n’est pas coutume, tombe juste : qui mieux que Brahim Diaz pour mettre de la connexion dans le jeu du Maroc ?

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Emmanuel Macron ou l’art de transformer ses échecs en réussites https://mondafrique.com/politique/emmanuel-macron-ou-lart-de-transformer-ses-echecs-en-reussites/ Mon, 12 Jan 2026 05:29:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145160 Le 8 janvier, le président français a livré son discours annuel de politique étrangère. Cet exercice, censé éclairer la ligne diplomatique de la France dans un monde en proie à de multiples crises, s’est transformé en un long monologue d’autosatisfaction. Que retenir de ses propos bavards et décousus ? Par Leslie Varenne Avant-dernière conférence devant les ambassadeurs […]

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Le 8 janvier, le président français a livré son discours annuel de politique étrangère. Cet exercice, censé éclairer la ligne diplomatique de la France dans un monde en proie à de multiples crises, s’est transformé en un long monologue d’autosatisfaction. Que retenir de ses propos bavards et décousus ?

Par Leslie Varenne

Avant-dernière conférence devant les ambassadeurs avant la fin de son second quinquennat, ce discours ne restera pas dans les annales de la Ve République. Dès l’entame, Emmanuel Macron a prévenu : « ceci n’est pas un discours, et ceci a vocation à être très court, en tout cas beaucoup plus court que les années précédentes ». Le locataire de l’Élysée a pourtant parlé pendant quarante-sept minutes. Quarante-sept minutes au cours desquelles il a empilé les thèmes de manière brouillonne, fidèle à un style désormais bien connu, curieux mélange de jargon technocratique et de formules familières. Mais en guise de feuille de route pour les diplomates français, le chef de l’État s’est surtout livré à un service après-vente, vantant les mérites de sa politique étrangère quitte à prendre quelques libertés avec l’histoire.

S’agissant de l’Afrique, Emmanuel Macron a évoqué « la solidité de l’amitié avec l’Égypte » et la « remontada formidable de notre diplomatie avec le Maroc ». Le recours à un vocabulaire sportif, peu approprié à un auditoire de diplomates, prête à sourire. Il faut néanmoins reconnaître que la relation avec le Royaume avait atteint un point historiquement bas. L’Algérie, en revanche, n’a pas été citée, illustrant la volonté du locataire de l’Élysée d’évacuer les sujets qui fâchent.

« Amenons ceux qui ont faim »

Puis, le chef de l’État déclare avoir « complètement changé le logiciel » depuis Ouagadougou, tout en recyclant les mêmes thèmes qu’il égrène depuis le début de son premier quinquennat : partenariat « d’égal à égal », « jeunesse », « diasporas », « entrepreneuriat ». Vient alors le chapitre économique, au cours duquel Emmanuel Macron déplore que « trop de nos groupes se sont désinvestis du continent », alors même que, selon lui, « nous avons complètement réinventé la relation diplomatique pour la rendre plus intelligible ». Il en tire une conclusion pour le moins déroutante : « J’ai demandé là-dessus au ministre de vraiment revoir les choses en profondeur et, au fond, amenons des groupes français de plus en plus nombreux en Afrique, mais amenons ceux qui ont faim. Ceux qui ne se comportent pas bien et ceux qui n’ont pas faim, il ne faut plus les emmener. » La formule d’une brutalité assumée ou d’une maladresse sidérante, au choix, évacue d’un revers de main les contraintes économiques, juridiques et politiques qui ont conduit au désengagement des entreprises françaises ; pire encore, elle leur fait porter la responsabilité des échecs de la diplomatie française. L’État se poserait-il en juge, chargé de trier le bon grain de l’ivraie ?

Enfin vient le passage le plus intéressant pour les Africains comme pour les observateurs attentifs du continent : « On a revu, et on a eu raison de le faire, nos bases militaires. Ça a été vu comme un abandon. Détrompez-vous. On a fait avec constance les choses. On a rééquilibré le partenariat. On a enlevé la composante militaire qui n’était plus comprise par les pays et les jeunesses. On a rebâti un partenariat militaire qui est pertinent et qui a montré sa force et sa pertinence au Bénin et qu’on est en train de construire avec plusieurs autres pays. »

Fenêtre béninoise 

Ces quelques phrases elliptiques valent leur pesant d’or et pourraient se résumer ainsi : « nous sommes partis par la porte, nous revenons par la fenêtre ». Tout ce passage illustre, presque jusqu’à la caricature, la manière dont Emmanuel Macron réécrit l’histoire à son avantage, en transformant des échecs subis en choix éclairés.

Lorsqu’il affirme que « la composante militaire n’était plus comprise par les pays et les jeunesses », il évacue toute analyse des rejets, des expulsions et des ruptures diplomatiques. Quant à la référence au Bénin, présentée comme la preuve qu’« on a rebâti un partenariat militaire pertinent », elle interpelle. Car,  il ne parlait pas ici de coopération antiterroriste, mais de l’intervention discrète de forces spéciales pour faire échouer un coup d’État et garantir le maintien au pouvoir d’un président. Le « changement de logiciel » ne relève donc pas d’un renouveau, mais bien d’un retour en arrière, à une époque où la France se posait en gendarme du continent. En Afrique comme ailleurs, le Président ne change pas de logiciel : il transforme ses déboires en stratégies et ses naufrages en performances.

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Mustapha Idbihi, ouvrier à Billancourt et découvreur de talents https://mondafrique.com/loisirs-culture/mustapha-idbihi-lhomme-qui-fit-chanter-lusine/ Sat, 06 Dec 2025 07:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=143835 Bien avant que la « diversité » ne devienne un mot-valise, Mustapha Idbihi reliait l’atelier à la scène, la sueur à la chanson, l’exil à la fête.

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Bien avant que la « diversité » ne devienne un mot-valise, Mustapha Idbihi reliait l’atelier à la scène, la sueur à la chanson, l’exil à la fête. Ouvrier à Billancourt et découvreur de talents maghrébins, il a ouvert les grandes salles parisiennes aux familles immigrées — avant d’être effacé par une mémoire officielle pressée d’oublier ses pionniers.

Nidam Abdi, ancien journaliste à Libération


Doukkali et Mustapha Idbihi

Longtemps avant que la « diversité » ne devienne slogan, Mustapha Idbihi faisait entrer la mémoire ouvrière et les voix du Maghreb dans les temples parisiens de la musique. Ouvrier à Billancourt, tourneur par nécessité et par passion, il fut la grande passerelle entre l’usine, la scène et l’exil — avant d’être relégué au silence par des politiques culturelles et urbaines qui ont préféré ses héritiers à son œuvre. À l’heure où la France doute d’elle-même, le destin du natif de Casablanca dit peut-être ce que le pays a manqué comme stratégie d’intégration depuis l’époque Mitterrand.

Il raconte encore aux écoliers cette solidarité « indéfectible » qui régnait chez Renault Billancourt : « Quand un ouvrier arrivait pour son essai de quinze jours, ses collègues veillaient pour qu’il réussisse son intégration. Même sans parler français, on se comprenait par gestes. » Aujourd’hui, Mustapha Idbihi sillonne les établissements scolaires, invité par l’association Paroles d’hommes et de femmes fondée par Frédéric Praud, pour transmettre ce que l’usine lui a appris : la dignité des mains, la fraternité des langues. Et il rappelle que Billancourt fut aussi l’antichambre de destins d’hommes d’État — de Deng Xiaoping à Hô Chi Minh, de Sékou Touré à d’autres exilés devenus puissances d’histoire.



Mustapha Idbihi et des collègues de l’usine Renault

Il y a des vies qui ressemblent à des lignes de basse : on ne les distingue pas toujours, mais sans elles, la musique s’effondre. Celle d’Idbihi est de celles-là. Né à Casablanca en 1948, arrivé en France en 1968, il entre comme ouvrier spécialisé à l’Île Seguin. Face à lui, la chaîne et le vacarme des machines ; en lui, une autre cadence : celle des mots et des récits d’exil. Très vite, la culture devient pour lui à la fois outil et refuge. Dans l’atelier, il improvise un rôle d’écrivain public, traduit tracts et lettres, et invente à la buvette du comité d’entreprise ce qu’on n’appellera que bien plus tard « médiation culturelle ».

L’homme en bleu de travail pressent tôt une vérité simple : pour des ouvriers venus de cinquante-six nationalités, la culture n’est pas un luxe, mais une nécessité. Il organise fêtes religieuses, commémorations d’indépendance et, surtout, concerts. Il apprend à négocier, à convaincre, à remplir des salles. Bientôt, les rêves prennent la taille des mythes : le dimanche en musique, le lundi à la chaîne — comme si scène et usine n’étaient que deux étages d’un même immeuble.



Chab Mami, le poète Laabi, Mohamed Bhar, Said Maghrabi

Ainsi des artistes deviennent des collègues de nuit. Warda, Soulef, Abdelwahab Doukkali, Djamel Allam, Idir, Driassa, Ahmed Hamza chantent sous chapiteau devant l’usine à Billancourt pour y apporter l’air libre. Des écrivains passent aussi la barrière, parfois couchés à l’arrière d’une camionnette pour déjouer la sécurité : Tahar Bendjelloul, Rachid Boudjedra parlent aux ouvriers comme à des frères. La littérature descend du piédestal, les chansons prennent l’accent de l’atelier. À l’Île Seguin, on pleure l’« el ghorba », on rit d’un rire qui tient tête au métal.

Idbihi ne se contente pas de programmer à la cantine : il traverse Paris à grandes enjambées. Il ouvre la Salle Pleyel, la Mutualité, jusqu’à l’Olympia, aux ouvriers et à leurs familles. Un samedi de 1972, il fait applaudir la diva libanaise Sabah  ; le dimanche, on se retrouve ; le lundi, on tient la cadence un peu plus droit. À ceux qui lui demandent d’où lui vient une telle audace, il répond par des actes. Il n’est pas imprésario : il est pont.

Dans le Paris des années 70 et 80, quand les radios libres sont rares, Idbihi transforme chaque concert en média. La chanson devient bulletin d’information, la poésie un tract qui ne se froisse pas. Il monte des tournées depuis des cabines téléphoniques, un attaché-case fatigué à la main et une confiance têtue en bandoulière. Les artistes le suivent ; les camarades le surnomment « ministre de la Culture ». La boutade dit vrai.


Sabah et Mustapha Idbihi

Puis viennent les années Mitterrand et leur paradoxe : tandis que la « culture de l’immigration » entre dans les discours, l’homme qui l’a portée hors des statistiques disparaît des radars. Les institutions s’installent, les colloques fleurissent, les lieux s’inaugurent. Et Idbihi ? Inclassable : trop ouvrier pour les salons, trop manager pour les mémoires, trop populaire pour les théories. L’archive dort quand elle ne sert pas l’agenda.

Une nouvelle génération de responsables publics « issus de l’immigration » occupe le récit national. L’histoire devient capital symbolique ; les enfants de la cité prennent la lumière, leurs pères de l’usine restent dans l’ombre. Ce n’est pas un procès, mais un constat : à vouloir gommer les mains calleuses du roman national, on en éteint les basses. Or sans basses, pas de mélodie collective.

Même les universités ont parfois contribué à cet effacement. À force de conceptualiser le souvenir, on l’a éloigné. Des mots savants ont remplacé des noms simples ; des diagrammes, des visages. L’héritage s’est mué en musée sans guide, et les vitrines ont refroidi.

En 1985, Idbihi donne pourtant une respiration nouvelle au moussem, ces fêtes maghrébines mêlant sacré et profane, en les habillant d’une solidarité ouvrière. La même année, il participe à la programmation du Festival du Moussem de l’Association des travailleurs marocains de France : Najat Aâtabou, Raïss Bihti, Abdelkader Chaou, Karim Kacel, le Ballet Lemba, des troupes bretonnes, africaines, portugaises, espagnoles et tunisiennes, jusqu’à Carte de Séjour de Rachid Taha. Deux jours, onze mille personnes : l’Europe des ateliers se reconnaît dans une même fête.

Licencié de Renault en 1987, Idbihi ne s’arrête pas. Il fonde des structures de production, filme, archive, collectionne affiches et bandes, sauve des photos comme on sauve des visages. Ses cartons racontent une France multicolore avant l’heure ; ses tiroirs, des tournées cousues main. Il participe à des caravanes de mémoire, recueille la parole des anciens, transmet dans les écoles. Il sait qu’un pays se défait quand ses témoins se fatiguent.

On aimerait écrire que les institutions se sont enfin inclinées. Ce n’est pas encore le cas. Mais il est temps de dire son nom à voix haute. De rappeler qu’avant les labels, il y eut les ouvriers ; avant les politiques, les concerts ; avant la mémoire officielle, des mémoires portées à bout de bras.

Mustapha Idbihi est le Bruno Coquatrix des solidarités immigrées : même sens du plateau, même flair pour les talents, même conviction que l’art n’est jamais hors-sol. Sauf que son Olympia commençait au vestiaire de l’usine — et que ses affiches se payaient parfois en nuits blanches. Il n’est pas trop tard pour réparer : restaurer des archives, baptiser des salles, inviter des passeurs plutôt que des porte-parole. Admettre que la culture de l’immigration n’a pas attendu les années 2000 pour exister et que, pour comprendre la France, il faut l’écouter là où elle a chanté pour tenir — au cœur de ses ateliers. À Billancourt, la chaîne n’arrêtait jamais ; Idbihi, lui, l’a fait chanter.

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«Derrière les palmiers» : un Maroc en tension sous le regard de Meryem Benm’Barek https://mondafrique.com/loisirs-culture/derriere-les-palmiers-un-maroc-en-tension-sous-le-regard-de-meryem-benmbarek/ Sun, 30 Nov 2025 09:58:55 +0000 https://mondafrique.com/?p=143596   En lice pour l’Étoile d’or du Festival de Marrakech 2025, Derrière les palmiers de Meryem Benm’Barek plonge au cœur des fractures sociales marocaines. Le film propose un récit dense, porté par une réalisatrice qui s’impose comme voix majeure du cinéma contemporain.   Tanger. Ses lumières, ses mystères. C’est ici que Meryem Benm’Barek installe l’intrigue […]

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En lice pour l’Étoile d’or du Festival de Marrakech 2025, Derrière les palmiers de Meryem Benm’Barek plonge au cœur des fractures sociales marocaines. Le film propose un récit dense, porté par une réalisatrice qui s’impose comme voix majeure du cinéma contemporain.

Screenshot

 

Tanger. Ses lumières, ses mystères. C’est ici que Meryem Benm’Barek installe l’intrigue de son second long-métrage, Derrière les palmiers. Sélectionné en compétition officielle lors de la 22e édition du Festival International du Film de Marrakech, ce film s’affirme déjà comme l’un des temps forts du cinéma marocain de l’année. Derrière la douceur trompeuse du titre, c’est toute une société qui se dévoile, entre promesses d’ascension et réalités implacables.

Meryem Benm’Barek n’en est pas à son coup d’essai. Après le succès critique de Sofia à Cannes en 2018, elle revient avec une œuvre ambitieuse, à la fois thriller et drame psychologique. Le film s’ouvre sur la rencontre de Mehdi, jeune Marocain au futur incertain, et Marie, Française d’origine aisée dont la famille vient d’acquérir une villa dans la kasbah de Tanger. À travers leur histoire, le film explore les effets de la fascination et de la distance, au sein d’une ville qui cristallise toutes les tensions du Maroc contemporain.

Le scénario, écrit par la réalisatrice elle-même, construit une tension intime. Mehdi s’éloigne de Selma, sa compagne, attiré par l’univers de Marie. Le récit s’intéresse à ce moment fragile où l’on croit pouvoir tout réinventer, sans mesurer ce que l’on perd. Benm’Barek filme la ville comme un personnage à part entière. Tanger n’est jamais qu’un décor. Ses ruelles, ses cafés, ses villas blanches surplombant la mer sont traversés par des personnages aux prises avec leur histoire et leurs contradictions.

La réussite du film tient d’abord à la justesse de ses portraits. Les personnages sont ciselés, loin des stéréotypes. Marie n’est pas une simple expatriée naïve : elle traîne derrière elle le poids d’une histoire familiale, parfois encombrante. Mehdi, quant à lui, incarne une jeunesse prise entre désir d’émancipation et loyauté envers ses origines. Le regard de Benm’Barek ne juge pas, il constate. Les héritages coloniaux sont présents, mais jamais pesants. Ils irriguent la relation entre les personnages, nourrissent les incompréhensions, mais laissent aussi la place à des moments de sincérité inattendus.

Derrière les palmiers joue sur la frontière entre l’intime et le social. Benm’Barek tisse une toile subtile : les choix des personnages résonnent avec les tensions plus larges de la société marocaine. Les villas achetées par des Européens, la gentrification rampante de certains quartiers de Tanger, les rêves de départ et la tentation de tout quitter sont autant de thèmes qui traversent le film sans jamais verser dans le didactisme. Tout passe par le regard, par les silences, par la façon dont un personnage hésite au coin d’une rue.

La mise en scène, sobre et élégante, accompagne cette ambition. Benm’Barek refuse l’esbroufe. Les plans s’étirent, donnent le temps d’entrer dans la tête des personnages. L’image, portée par une lumière blanche, fait ressortir la poussière des ruelles autant que l’éclat du soleil sur la mer. On sent l’influence d’un cinéma européen mais aussi le souci de renouveler la grammaire visuelle du film marocain, souvent cantonnée à quelques clichés exotiques.


 Meryem Benm’Barek

La première mondiale du film à Marrakech prend alors tout son sens. Dans un festival marqué par la présence d’un jury international, présidé par Bong Joon-ho, Derrière les palmiers fait figure de proue d’un cinéma marocain qui ose. Il s’ouvre au monde sans renier ses spécificités. Il interroge, mais ne donne pas de réponses toutes faites. La sélection de ce film en compétition officielle marque aussi une reconnaissance pour sa réalisatrice. Meryem Benm’Barek confirme sa capacité à inscrire des histoires locales dans des enjeux universels.

C’est justement cette ambition qui guide la réalisatrice. Elle le confie : Derrière les palmiers commence comme une romance, mais glisse rapidement vers le thriller psychologique, dévoilant la face sombre de la passion. À travers la trajectoire de Mehdi et Marie, Meryem Benm’Barek cherche à montrer comment l’amour, loin d’être un espace hors du monde, se construit sous l’influence du politique, de l’économique, du social. L’histoire d’un homme qui croit pouvoir tout donner pour l’illusion d’un bonheur parfait, mais qui, inévitablement, se heurte à la réalité : « Ce film est avant tout l’histoire de l’échec d’un homme, condamné à revenir vers les siens. »

Il faudra attendre la sortie en salles pour mesurer l’impact du film sur le public marocain. Mais déjà, la critique salue une œuvre qui parvient à capturer les doutes d’une jeunesse en quête de repères. Derrière les palmiers n’est pas seulement un portrait de Tanger : c’est aussi celui d’un pays en mouvement, d’une génération qui cherche à inventer son propre récit. Le film de Benm’Barek s’impose comme une étape essentielle dans l’évolution du cinéma marocain. Une étape faite de tensions, de ruptures, mais aussi de beauté et d’espérance.

 

Fiche technique
Titre original : Derrière les palmiers
Titre international : Behind the Palm Trees
Réalisation / Scénario : Meryem Benm’Barek
Pays de production : Maroc, France, Belgique, Royaume-Uni
Genre : Drame / Thriller psychologique
Langues : Français, Arabe
Année de production : 2022-2025
Première mondiale : Festival International du Film de Marrakech 2025

 

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Marrakech, carrefour du cinéma mondial (28 novembre-6 décembre) https://mondafrique.com/loisirs-culture/marrakech-carrefour-du-cinema-mondial-28-novembre-6-decembre/ Sat, 29 Nov 2025 11:13:49 +0000 https://mondafrique.com/?p=143509 Du 28 novembre au 6 décembre 2025, Marrakech accueille une nouvelle édition de son prestigieux Festival International du Film. Un événement culturel majeur pour le continent africain, où cinéastes confirmés et talents émergents se retrouvent autour d’œuvres venues des quatre coins du monde. Depuis le 28 novembre et jusqu’au 6 décembre 2025, Marrakech vibre au rythme du 7e art avec […]

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Du 28 novembre au 6 décembre 2025, Marrakech accueille une nouvelle édition de son prestigieux Festival International du Film. Un événement culturel majeur pour le continent africain, où cinéastes confirmés et talents émergents se retrouvent autour d’œuvres venues des quatre coins du monde.

Depuis le 28 novembre et jusqu’au 6 décembre 2025, Marrakech vibre au rythme du 7e art avec la 22e édition de son Festival international du film. Année après année, ce rendez-vous s’impose comme une célébration des talents, des cultures et des regards venus du monde entier. Pour cette édition, le festival déploie une sélection exceptionnelle de 82 films issus de 31 pays, réunissant de jeunes cinéastes audacieux, des figures confirmées et des histoires qui dialoguent à travers les frontières.

Dès l’ouverture, la ville ocre battra au rythme d’une programmation exigeante et diversifiée, où le cinéma marocain tiendra une place toute particulière avec quinze films à l’honneur, répartis dans les différentes sections du festival. La Compétition officielle, présidée cette année par le réalisateur coréen Bong Joon-ho, incarne la vitalité d’un cinéma mondial en pleine mutation. Quatorze premiers ou seconds longs métrages y seront présentés, explorant à la fois la mémoire, la lutte contre l’injustice et la quête d’émancipation, comme le souligne le thriller psychologique « Derrière les palmiers » de Meryem Benm’Barek, projeté en première mondiale.

L’audace et la diversité à l’honneur

À travers les différentes sections – Compétition officielle, Horizons, 11e Continent, Panorama du cinéma marocain, Séances Jeune Public & Famille, et Séances de Gala – le FIFM 2025 multiplie les regards et s’ouvre aux nouveaux récits. En compétition, les films sélectionnés abordent des thèmes puissants : la corruption et la foi dans « First Light » du photographe australien James J. Robinson ; la jeunesse taïwanaise hantée par la guerre dans « Before the Bright Day » de Shih-Han Tsao ; la crise électorale nigériane vue à travers le prisme familial dans « My Father’s Shadow » d’Akinola Davies Jr. ou encore la quête de liberté sous l’apartheid sud-africain dans « Laundry » de Zamo Mkhwanazi.

Le festival fait la part belle aux figures féminines et à la transmission : « Promis le Ciel » d’Erige Sehiri célèbre la solidarité féminine en Tunisie, tandis que « Aisha Can’t Fly Away » de Morad Mostafa suit la lutte d’une Soudanaise au Caire. Les documentaires « Memory » de Vladlena Sandu et « My Father and Qaddafi » de Jihane K offrent deux plongées intimes dans l’enfance et la mémoire collective, entre la Tchétchénie et la Libye. Entre innovation formelle et émotion universelle, « Straight Circle » d’Oscar Hudson, satire sur l’absurdité des conflits, et « Forastera » de Lucía Aleñar Iglesias, lumineux conte d’été sur le deuil, illustrent la vitalité du jeune cinéma contemporain.

Côté Séances de Gala, le public découvrira, dès le 29 novembre, le très attendu « Rue Málaga » de Maryam Touzani, portrait d’une femme de la communauté espagnole de Tanger interprétée par Carmen Maura. Le festival accueillera également « Frankenstein » revisité par Guillermo del Toro, projeté en avant-première le 1er décembre, et « Vie Privée », comédie policière savoureuse portée par Jodie Foster et réalisée par Rebecca Zlotowski, le 30 novembre. Parmi les autres événements, le biopic « El Sett » sur Oum Kalthoum réalisé par Marwan Hamed sera présenté le 2 décembre, suivi de « Sophia », thriller de Dhafer L’Abidine le 3 décembre, puis de « Hamnet » de Chloé Zhao le 4 décembre, et du mélodrame « Homebound » de Neeraj Ghaywan le 5 décembre.

Un festival ancré dans son époque

Le 11e Continent réunira, du 30 novembre au 5 décembre, une sélection de fictions et documentaires libres et inventifs, avec des cinéastes tels que Massoud Bakhshi, Lucrecia Martel, Oliver Laxe ou Hlynur Pálmason, mais aussi des voix émergentes comme Kamal Aljafari ou Tamara Stepanyan. Le festival proposera également la projection, le 2 décembre, du chef-d’œuvre restauré « Mirage » d’Ahmed Bouanani, joyau du cinéma arabe.

Le Panorama du cinéma marocain, du 1er au 5 décembre, mettra à l’honneur sept films, dont « Cinq Regards » de Karim Debbagh en première mondiale le 2 décembre, et « Porte Bagage » d’Abdelkarim El-Fassi en première internationale le 3 décembre. Treize séances Jeune Public & Famille, organisées du 29 novembre au 6 décembre, éveilleront la curiosité des plus jeunes, de 4 à 18 ans, à la magie du cinéma.

À ces rendez-vous s’ajoutent des hommages exceptionnels : Jodie Foster, Guillermo del Toro, Raouya et Hussein Fahmi, dont les œuvres emblématiques seront projetées au Palais des Congrès, au Cinéma Le Colisée ou au Musée Yves Saint Laurent, pour célébrer l’héritage et la créativité du cinéma mondial. Professionnels et passionnés pourront également participer à des ateliers et débats, notamment autour de la coproduction africaine ou de l’innovation dans le cinéma du continent.

Le public pourra retrouver l’ensemble du programme et les horaires détaillés sur le site officiel du festival : www.festivalmarrakech.info. Certaines projections seront gratuites, d’autres accessibles sur réservation ou accréditation, selon les lieux et les catégories.

Moments forts de la semaine 

– Vendredi 28 novembre : ouverture officielle et projections en gala, dont « Dead Man’s Wire ».
– Samedi 29 novembre : premières séances pour jeune public et familles, présentation d’« Ish » en compétition, focus sur « Promised Sky ».
– Dimanche 30 novembre : Panorama du cinéma marocain avec « Cinq Regards », compétition avec « Derrière les palmiers », projection de « Un Poète ».
– Lundi 1er décembre : séances Horizons et compétition, hommage à la diversité des voix féminines, atelier sur la coproduction africaine.
– Mardi 2 décembre : projection de « La Maison des femmes », focus sur la création maghrébine.
– Mercredi 3 décembre : compétition avec « Aisha Can’t Fly Away », gala autour de « El Sett », focus sur la transmission culturelle.
– Jeudi 4 décembre : « Divine Comedy » (Horizons), projections jeunesse, hommage à l’innovation dans le cinéma africain.
– Vendredi 5 décembre : avant-première de « Frankenstein », compétition, clôture de la semaine avec une sélection d’œuvres coups de cœur.

Informations pratiques

Dates : du 28 novembre au 6 décembre 2025
Lieu : différents sites et salles de Marrakech, projections en plein air sur la place  Jemaa El-Fna
Billetterie : sur le site officiel marrakech-festival.com ou aux guichets sur place
Langues : la majorité des films sont sous-titrés en français et anglais
Public : ouvert à tous, programme spécifique pour enfants et familles
Programme complet : disponible sur le site du festival, actualisé quotidiennement
Réseaux sociaux : @MarrakechFilmFestival (FB/X/Instagram) pour suivre l’actualité en direct
Conseil : certaines séances très prisées nécessitent une réservation préalable

 

 

 

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Kehinde Wiley à Rabat des portraits monumentaux de chefs d’État  https://mondafrique.com/loisirs-culture/kehinde-wiley-a-rabat-des-portraits-monumentaux-de-chefs-detat/ Sun, 20 Apr 2025 07:35:37 +0000 https://mondafrique.com/?p=132110 Cet ’extraordinaire transgresseur des règles du monde de l’art, se saisit de la portraiture classique à l’ancienne et lui donnee une transformation ultra-moderne super cool.

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Jusqu’à fin avril, le Musée Mohammed VI à Rabat accueille « A Maze of Power », une exposition magistrale de Kehinde Wiley. Cet ’extraordinaire transgresseur des règles du monde de l’art, se saisit de la portraiture classique à l’ancienne et lui donnee une transformation ultra-moderne super cool. Nous parlons de portraits énormes, audacieux et percutants comme ceux de chefs d’État africains qui interrogent, détournent et réinventent les codes de la représentation politique.

Au cœur du Musée Mohammed VI d’Art Moderne et Contemporain, à Rabat, les murs semblent vibrer sous le poids d’une présence singulière : celle des chefs d’État africains, figés dans une majesté troublante, regard fixe, port altier, costumes taillés sur mesure, trônant au sein de compositions baroques éclatantes. L’exposition « A Maze of Power » de Kehinde Wiley, en cours jusqu’à la fin avril 2025, offre bien plus qu’un face-à-face avec le pouvoir. Elle met en scène une galerie d’images où se croisent histoire coloniale, iconographie royale européenne et identité africaine contemporaine, dans un ballet visuel aussi somptueux qu’inconfortable.

Kehinde Wiley, artiste américain de renom international, est surtout connu pour avoir réalisé le portrait officiel de Barack Obama en 2018. Mais son œuvre va bien au-delà. Depuis plus de vingt ans, il interroge les formes de représentation du pouvoir, en particulier celles qui ont longtemps exclu les corps noirs des récits dominants. Son geste artistique, profondément politique, consiste à réinvestir les codes visuels de la peinture occidentale — portraits d’apparat, décors floraux, poses théâtrales, drapés opulents — pour y inscrire des figures noires, anonymes ou célèbres, qui revendiquent une place dans l’histoire de l’art et dans l’imaginaire collectif.

Avec « A Maze of Power », Wiley pousse encore plus loin cette entreprise de renversement symbolique. Il y présente une série inédite de portraits de dirigeants africains contemporains, réalisés au terme d’un long travail de recherche, de rencontres et de mises en scène. Chaque chef d’État a été invité à choisir sa posture, son cadre, sa symbolique. Le résultat : des images à la fois grandioses et ambiguës, qui interrogent notre rapport au pouvoir, à la représentation, à la masculinité et à l’autorité. Car si les portraits impressionnent par leur facture et leur éclat, ils dérangent aussi par ce qu’ils révèlent – ou dissimulent.

La transfression du pouvoir

À Rabat, ces toiles monumentales prennent une résonance particulière. Dans une institution dédiée à l’art moderne et contemporain du Maroc, elles viennent perturber le regard, poser des questions sans réponses faciles. Qui décide de ce qu’est un « bon » portrait politique ? Que signifie représenter le pouvoir aujourd’hui, dans un monde saturé d’images mais avide de symboles ? Quelle est la place de l’Afrique dans l’imaginaire global du pouvoir ? Wiley ne propose pas de verdict, mais tend un miroir, déformant parfois, révélateur toujours.

L’exposition frappe également par son ambition esthétique. Chaque toile déborde de détails minutieux, de couleurs vives, de motifs ornementaux inspirés aussi bien de la peinture flamande que de l’art décoratif islamique. Les arrière-plans se détachent parfois du réalisme pour entrer dans une abstraction luxuriante, qui vient encadrer – ou engloutir – les figures représentées. Le contraste entre la solennité des poses et la profusion visuelle crée une tension permanente, un vertige presque baroque, fidèle à l’univers de Wiley.

L’exposition est traversée par une question plus vaste : celle de l’image et de son pouvoir. En redonnant aux chefs d’État africains ou autres, comme le portrait de Napoléon ci dessus,les outils de leur propre représentation, Wiley brouille les pistes. Sont-ils mis en scène ou maîtres de leur image ? Sont-ils sujets ou objets d’un regard critique ? L’artiste joue avec cette ambiguïté, s’en nourrit, l’exacerbe. Et le spectateur, lui, oscille entre fascination et méfiance.

Jusqu’à la fin du mois, « A Maze of Power » offre ainsi aux visiteurs une expérience à la fois esthétique, historique et politique. Une plongée dans un labyrinthe d’images, de symboles et de récits où rien n’est figé, où tout se joue dans l’ambivalence.

Ces présidents africains qui se font tirer le portrait

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