Mali - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/mali/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Tue, 24 Mar 2026 14:21:12 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.4 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg Mali - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/mali/ 32 32 Ghana : pont régional ou pilier occidental ? https://mondafrique.com/international/ghana-pont-regional-ou-pilier-occidental/ https://mondafrique.com/international/ghana-pont-regional-ou-pilier-occidental/#respond Wed, 25 Mar 2026 05:05:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=148943 Avec la signature d’un accord de sécurité inédit avec l’Union européenne, le Ghana se rapproche un peu plus de ses partenaires occidentaux. En même temps, Accra maintient le dialogue avec les États de l’Alliance des États du Sahel (AES) et tente une diplomatie d’équilibre. Un jeu subtil… Bruxelles mise sur Accra L’annonce, le 11 mars […]

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Avec la signature d’un accord de sécurité inédit avec l’Union européenne, le Ghana se rapproche un peu plus de ses partenaires occidentaux. En même temps, Accra maintient le dialogue avec les États de l’Alliance des États du Sahel (AES) et tente une diplomatie d’équilibre. Un jeu subtil…

Bruxelles mise sur Accra

L’annonce, le 11 mars 2026 à Accra, d’un partenariat de sécurité et de défense entre le Ghana et l’Union européenne marque une nouvelle étape dans le rapprochement entre les deux parties. Présenté comme « le premier du genre entre l’UE et un pays africain », ce partenariat est avant tout sécuritaire : il vise notamment à renforcer les capacités d’alerte précoce, de prévention des conflits et de gestion des crises.

Mais en réalité, il s’agit d’un accord qui s’inscrit dans une stratégie européenne plus large. Lors du sommet Union européenne/Union africaine de Luanda, en novembre 2025, Bruxelles a réaffirmé la priorité du partenariat avec l’Afrique. Pour l’Europe il s’agit de garder une place sur un continent où « le dynamisme démographique, la croissance accélérée et les ressources stratégiques de l’Afrique sont essentiels» à sa résilience économique et à sa transition écologique.  Or, l’UE reconnait qu’elle « est confrontée à une concurrence accrue de la part de la Chine, des États-Unis et des puissances émergentes dans tous les secteurs, des matières premières critiques à l’espace et à l’innovation numérique. »

Pour avoir un point d’appui solide en Afrique de l’Ouest afin de ne pas laisser la place libre à ses concurrents, Bruxelles a misé sur le Ghana. Plusieurs raisons expliquent ce choix. D’une part en raison de sa position géographique, à la jonction du Sahel et du golfe de Guinée, au moment où les groupes armés djihadistes étendent leur influence vers les États côtiers. D’autres parts pour des considérations politiques qui sont sans doute les plus importantes. Dans un contexte régional de fragilité démocratique, ce pays apparait comme un partenaire stable et fréquentable. L’autre atout d’Accra est de ne pas appartenir à l’ancienne sphère d’influence française. Compte tenu de l’impopularité de la France en Afrique, Paris est toujours considéré par les capitales européennes comme un handicap plutôt qu’un atout. Ainsi, le Ghana offre un point d’appui stratégique, crédible, fiable et politiquement acceptable. De son côté, Accra en tire quelques avantages : l’accès aux financements européens (qui ne sont pas négligeables), à des programmes de formation et à un statut de partenaire privilégié dans les dispositifs sécuritaires européens, renforçant ainsi son poids régional.

Une présence américaine déjà bien implantée

Ce rapprochement avec l’Union européenne s’inscrit dans un environnement sécuritaire où les États-Unis jouent déjà un rôle significatif. Sous l’ancien président Nana Akufo-Addo, un accord de coopération militaire signé en 2018 a autorisé l’accès des forces américaines à de nombreuses infrastructures du pays. Cet accord accorde une latitude exceptionnelle aux militaires américains. Ils jouissent librement des bases ghanéennes, des aéroports, des réseaux de communication et des facilités logistiques étendues. Toutes ces dispositions permettent aux États-Unis d’opérer avec une grande marge de manœuvre et de surveiller une partie du Golfe de Guinée et du Nigeria. À l’époque, l’accord avait suscité une levée de boucliers de la part des opposants et de la société civile qui avaient dénoncé une atteinte à la souveraineté nationale.  

Depuis l’arrivée au pouvoir de John Dramani Mahama en janvier 2025, cet accord n’a pas été remis en cause, mais en mars 2026 la polémique a refait surface. En effet, des députés du parti d’opposition ont découvert que le territoire ghanéen avait été utilisé par les États-Unis pour lancer leurs frappes contre les djihadistes au Nigeria en décembre dernier. Ces parlementaires ont, par ailleurs, demandé : « Dans quel cadre le gouvernement ghanéen a-t-il collaboré avec les Etats-Unis ? » car tout aussi libéral qu’il soit, l’accord de 2018, ne le permet pas. Cet épisode montre combien les États-Unis ont trouvé au Ghana un partenaire coopératif.

Pour des intérêts bien compris

Pour autant, Accra ne ménage pas ses efforts pour jouer un rôle de médiateur avec les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) – Mali, Burkina Faso et Niger – qui s’inscrivent dans une dynamique pourtant très différente. Dès les premiers jours suivant son investiture en janvier 2025, John Dramani Mahama a multiplié les gestes en direction de ces pays, notamment en nommant un envoyé spécial chargé de maintenir un canal diplomatique. Puis, en mars 2025, le président ghanéen a effectué une tournée au Mali, au Niger et au Burkina Faso, avec pour objectif de renouer le dialogue entre l’AES et la CEDEAO et de positionner le Ghana comme un interlocuteur acceptable pour toutes les parties. « Je pense qu’il y a une rupture de confiance entre les dirigeants. Il faudra du temps pour la reconstruire, mais nous devons y travailler afin de rétablir la confiance entre nous et de pouvoir travailler ensemble », disait le chef de l’Etat ghanéen à l’époque.

Cette initiative n’a pas abouti : l’AES reste droite dans ses bottes. Néanmoins, John Dramani Mahama a réussi à rétablir les relations avec ces trois pays du Sahel, qui s’étaient fortement dégradées sous son prédécesseur.

Certes, la volonté d’apaiser et d’entretenir de bons rapports de voisinage est réelle. Mais John Dramani Mahama a aussi en tête d’autres considérations. Après avoir traversé de sérieuses difficultés financières, le Ghana a besoin de dynamiser son économie, notamment avec ses infrastructures portuaires. Dans cette perspective, les pays enclavés du Sahel représentent des partenaires essentiels. Accra cherche à les inciter à utiliser les ports de Tema et Takoradi plutôt que ceux d’Abidjan et de Lomé. À ces enjeux économiques s’ajoute une dimension sécuritaire : bien que relativement épargné, le président ghanéen reste attentif à la progression des groupes djihadistes à sa frontière avec le Burkina Faso et cherche à contenir toute extension de la menace, raison pour laquelle il entretient de très bonnes relations avec son homologue à Ouagadougou. Enfin, se rapprocher des pays de l’AES permet à John Dramani Mahama de rester au milieu du gué afin de soigner son opinion publique qui, comme sur le reste du continent, est soucieuse de sa souveraineté. Un grand écart, un pont et un pilier. Qu’importe, dès lors que cela sert les intérêts de son pays. Qui pourrait le lui reprocher ?

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Le Mali libère plus de 250 djihadistes https://mondafrique.com/decryptage/le-mali-libere-plus-de-250-djihadistes/ https://mondafrique.com/decryptage/le-mali-libere-plus-de-250-djihadistes/#respond Mon, 23 Mar 2026 09:21:23 +0000 https://mondafrique.com/?p=149239 Combattant du JNIM lors de la fête de l'Aïd

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Selon plusieurs sources de Mondafrique,254 djihadistes détenus dans les prisons du pays ont été remis en liberté la veille de l’Aïd-el-Fitr par les autorités maliennes dans le cadre de négociations destinées à lever le blocus sur le carburant.

Une libération record

Ce n’est pas la première fois que Bamako négocie avec le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (en arabe, Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin, JNIM) dirigé par Iyad Ag Ghali. Depuis plus d’une décennie, l’élargissement de combattants djihadistes constitue une monnaie d’échange, le plus souvent contre la libération d’otages.

Le dernier exemple en date remonte à octobre 2025, lorsque trois otages étrangers, deux Émiratis et un Iranien, ont retrouvé la liberté à la suite d’intenses négociations. À cette occasion, Iyad Ag Ghali avait obtenu un pactole estimé à 50 millions de dollars, accompagné de livraisons d’équipements militaires et du retour au bercail de plusieurs djihadistes, entre 25 et 65 selon les sources. Il faut dire que l’un des otages n’était pas n’importe qui : Cheikh Ahmed bin Maktoum bin Juma Al Maktoum, général à la retraite et membre de la famille régnante de Dubaï.

Celle libération record est un événement important. Pour l’heure, aucune information n’a filtré sur le profil des personnes relâchées ni sur la présence éventuelle de cadres importants parmi eux. La majorité d’entre elles seraient issues des communautés peule et bambara, avec seulement quatre ou cinq Touaregs, ces derniers ayant déjà été libérés lors d’accords précédents.

Le choix de la veille de l’Aïd pour cette libération est aussi hautement symbolique. Iyad Ag Ghali s’affiche ainsi en protecteur de ses hommes et envoie un message à leurs familles ; des images de ses combattants lors de la célébration religieuse vendredi ont d’ailleurs été diffusées.

Le carburant au cœur des négociations

Qui dit libération dit négociations et contreparties. Qu’a obtenu le Mali ? Cette fois, il n’était pas question d’otages. Selon plusieurs sources maliennes, les discussions ont abordé plusieurs points, mais le carburant a été au cœur du sujet. En effet, depuis septembre 2025, le GSIM impose un blocus sur les principaux axes d’approvisionnement du pays. Ce siège a parfois été partiellement atténué par des convois militaires escortés par les FAMA, permettant des arrivées sporadiques de carburant, notamment en octobre, novembre et décembre 2025. Mais l’approvisionnement est resté insuffisant et très vulnérable aux attaques. Cette situation a provoqué une crise majeure avec à la clé : des pénuries de gazole, une paralysie des transports, la flambée des prix, des coupures d’électricité et d’eau. Depuis sept long mois, l’économie malienne est asphyxiée. Les services publics sont gravement affectés et les hôpitaux fonctionnent au ralenti.

À cette paralysie économique s’ajoute un mécontentement populaire croissant. Jusqu’à présent, le pouvoir bénéficiait d’une certaine côte de popularité, au moins à Bamako. Mais ces difficultés et leurs conséquences sur le niveau de vie des ménages l’ont profondément entamée.

Le Burkina Faso dans l’œil du cyclone

En concluant cet accord, le président Assimi Goïta desserre l’étau, relâche la pression et gagne du temps. Mais combien ? Toujours selon des sources maliennes, l’accord devrait tenir jusqu’au 15 avril et serait reconductible. Néanmoins, si le Mali résout son problème à court terme ou moyen terme il le reporte sur son voisin burkinabé. Car au Sahel, les équilibres sont mouvants. Lorsqu’une accalmie apparaît d’un côté, les nuages s’amoncellent de l’autre. Pour maintenir le blocus au Mali, le GSIM avait mobilisé des combattants venus du Burkina Faso. Selon des contacts burkinabè, ces derniers sont déjà rentrés chez eux et s’apprêteraient à essayer de mettre en place un blocus du carburant tout en intensifiant leurs actions autour de Ouagadougou. Le Burkina Faso entre à son tour dans une zone de turbulences, après un relatif répit lors des grandes manœuvres au Mali…

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Nouvel album et nouveau clip pour Tinariwen https://mondafrique.com/loisirs-culture/nouvel-album-et-nouveau-clip-pour-tinariwen/ https://mondafrique.com/loisirs-culture/nouvel-album-et-nouveau-clip-pour-tinariwen/#respond Sun, 22 Mar 2026 18:24:20 +0000 https://mondafrique.com/?p=149262 En exil dans le sud de l’Algérie, le mythique groupe touareg malien signe un nouvel album, « Hoggar », le dixième de sa discographie, enregistré en Algérie. Ci-dessus, le clip réalisé par Alex Digoix pour l’un des 11 titres, la chanson Erghad Afewo. De nouvelles voix font leur apparition dans  la formation quadragénaire : la chanteuse soudanaise Sulafa […]

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En exil dans le sud de l’Algérie, le mythique groupe touareg malien signe un nouvel album, « Hoggar », le dixième de sa discographie, enregistré en Algérie.

Ci-dessus, le clip réalisé par Alex Digoix pour l’un des 11 titres, la chanson Erghad Afewo. De nouvelles voix font leur apparition dans  la formation quadragénaire : la chanteuse soudanaise Sulafa Elyas, le chanteur algérien Iyad Moussa Ben Abderahmane, dit “Sadam” et le Suédois José González. Tournée en France au printemps. 

« Le désert est en feu. Seul l’ennemi est là-bas maintenant. Avec les enfants orphelins et les carcasses des troupeaux qui pourrissent. Les hommes ont trahi le peuple. L’ont échangé contre de la nourriture et des provisions. Ils nous mentent puis viennent nous voir en compagnie de nos ennemis. » 

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« Évasion simulée » de deux otages maliens selon RFI https://mondafrique.com/decryptage/rfi-revele-la-fausse-evasion-de-deux-soldats-maliens-detenus-par-les-djihadistes/ https://mondafrique.com/decryptage/rfi-revele-la-fausse-evasion-de-deux-soldats-maliens-detenus-par-les-djihadistes/#respond Fri, 20 Mar 2026 11:29:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=149161 Selon RFI, les deux soldats maliens prétendument évadés d’un camp de réfugiés en Mauritanie ont, en réalité, été libérés contre rançon puis relâchés à la frontière entre les deux pays. Après une vive passe d’arme, Nouakchott et Bamako déclarent vouloir « renforcer » leur « coopération bilatérale ». Provoquant la colère de Nouakchott, les forces armées maliennes avaient […]

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Selon RFI, les deux soldats maliens prétendument évadés d’un camp de réfugiés en Mauritanie ont, en réalité, été libérés contre rançon puis relâchés à la frontière entre les deux pays. Après une vive passe d’arme, Nouakchott et Bamako déclarent vouloir « renforcer » leur « coopération bilatérale ».

Provoquant la colère de Nouakchott, les forces armées maliennes avaient annoncé, le 16 mars, que deux militaires retenus en otages depuis octobre 2025 par un groupe terroriste avaient réussi à s’échapper deux jours plus tôt d’un camp de réfugiés sur le sol mauritanien. Or, selon l’enquête de la radio internationale, ils étaient détenus au Mali par les jihadistes du Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (GSIM) dans la forêt du Wagadou, à une trentaine de kilomètres de la frontière, un fief bien connu du groupe djihadiste.

RFI s’appuie sur des sources sécuritaires anonymes et des « notabilités locales de part et d’autre de la frontière » pour affirmer qu’une rançon d’un montant de 5 à 15 millions de francs CFA (7600 à 22 800 euros) a été versée pour les deux soldats et le préfet de Dioila, libéré au même moment.

Les deux militaires auraient ensuite été « conduits à proximité de L’Mahale, non loin du poste-frontière de Fassala, côté mauritanien, une zone qui accueille de nombreux réfugiés maliens », avant d’être récupérés par un « facilitateur » à moto qui les a remis à l’armée malienne à Goundam, dans la région de Tombouctou.

Passe d’arme virulente entre le Mali et la Mauritanie

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Le Sahara Rouge d’Alissa Descotes-Toyosaki https://mondafrique.com/politique/le-sahara-rouge-dalissa-descotes-toyosaki/ https://mondafrique.com/politique/le-sahara-rouge-dalissa-descotes-toyosaki/#respond Thu, 19 Mar 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=148896 Dans Sahara Rouge, Alissa Descotes-Toyosaki raconte presque quinze ans de quête personnelle et politique. Autour de l’uranium d’abord, happée par la catastrophe de Fukushima alors qu’elle est de retour au Japon puis aux abords empoisonnés des mines du nord du Niger. De mine en mine, sa passion pour le Sahara et ses populations la conduit […]

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Dans Sahara Rouge, Alissa Descotes-Toyosaki raconte presque quinze ans de quête personnelle et politique. Autour de l’uranium d’abord, happée par la catastrophe de Fukushima alors qu’elle est de retour au Japon puis aux abords empoisonnés des mines du nord du Niger. De mine en mine, sa passion pour le Sahara et ses populations la conduit également en reportage auprès d’orpailleurs du Niger avant que la guerre, déclenchée en 2012 par l’effondrement des régions du septentrion malien sous les coups de groupes armés rebelles et djihadistes, ne jette un sombre voile sur la région. Interviewée par Mondafrique, elle raconte son Sahara. 

Par Nathalie Prévost

Alissa Descotes-Toyosaki

Mondafrique : Votre livre précédent, La Caravanière, était le récit d’une initiation au désert, puis d’un éblouissement, presque mystique, aux côtés des Touaregs. Cette fois, avec Sahara Rouge, vous ouvrez une page beaucoup plus noire. Plusieurs fils mortifères s’y entrelacent. L’uranium d’abord, de Fukushima aux mines du nord du Niger. La lutte anti-migratoire de l’Union européenne qui consacre un mouvement de fermeture. Puis la guerre, avec l’émergence du djihadisme et, finalement, la répression et l’exil. Sahara Rouge est-il le livre d’une initiation politique? 

Alissa Descotes-Toyosaki : Je suis arrivée par hasard au Japon trois jours avant le 11 mars 2011, le jour de la triple catastrophe de Fukushima. Cet événement a été un bouleversement aussi important pour moi que le jour où j’ai rencontré le Sahara. C’était l’expression d’une force du destin telle qu’elle m’aspirait sans que je me pose de question. C’est pour cela que je suis restée – pas par héroïsme – pendant ces jours où les réacteurs explosaient les uns après les autres. Je me disais : ‘si c’est mon destin, il va se passer quelque chose ; je n’ai qu’à attendre.’

J’appelle alors par hasard un ami journaliste au Figaro et je pars dans le Tohoku alors que tous les correspondants étrangers ont été rapatriés. Mon histoire avec le journalisme et ma conscience politique naissent à ce moment-là. J’ai 40 ans et me voilà forcée de me rendre sur ces terres dévastées. J’aurais préféré rester faire du chameau pendant dix ans … mais j’accepte. Il faut dire qu’au même moment, les choses sont en train de tourner au vinaigre dans mon oasis de refuge : en 2011, une touriste italienne est prise en otage au sud de Djanet, dans le Sahara algérien, et cela sonne l’arrêt du tourisme. Quand j’arrive au Japon, je sais déjà que je vais devoir me recycler dans quelque chose d’autre. Je suis disponible et je n’ai rien à perdre. Pour Libération, je vais dans les régions touchées par le tsunami au nord de Fukushima. Mais dans les zones ultra contaminées autour de la centrale de Fukushima Daiichi, il n’y a aucun journaliste étranger. Seuls quelques photojournalistes japonais y sont allés. Moi, j’y pénètre près d’un mois après. Et là commence mon travail sur Fukushima, où je suis emportée par quelque chose de magnétique. On a vécu au Japon et à Tokyo une sorte d’apocalypse. On a vu Tokyo dans le noir, une chose inimaginable. On est dans le monde du futur, avec des retombées radioactives et une marque pour la vie. Jusqu’à maintenant.

Devant le périmètre interdit de Futaba, 2019 (Photo Alissa Descotes-Toyosaki).

Mondafrique : Sur quoi a porté votre travail ? 

A.D-T. : J’ai documenté plein de choses qui feront peut-être l’objet d’un livre plus tard. Les yakuzas dans la filière nucléaire, dont la révélation, soudain, souillait l’image de cette énergie qu’on nous vend toujours comme bien propre. Les conditions de travail dans le nucléaire, avant et après l’accident. En 2013, on a élu Tokyo comme hôte des JO de 2020. Pour nous, dans les mouvements antinucléaires, qui dénoncions le redémarrage des réacteurs, c’était comme si le monde nous abandonnait. On comptait sur la communauté internationale parce qu’on savait que le gouvernement était très pro-nucléaire puisque, deux ans après l’accident, le Premier ministre disait que le problème était réglé. J’ai commencé à documenter cela : le déni de l’accident, les Jeux de la reconstruction et de la résilience, un monde dystopique. Rien n’avait plus de sens et tout était bâti sur la propagande d’État épaulée par le lobby nucléaire. Les JO ont eu lieu en plein Covid pour les 10 ans de Fukushima ; tout avait été bien préparé. Les principales victimes de l’accident, les 160 000 réfugiés nucléaires, on leur a coupé les indemnités au bout de quelques années. Tout l’argent est parti dans le BTP. Il y avait ce périmètre de 30 km autour de la zone interdite : on a tout décontaminé et reconstruit par-dessus. Tout était bien dans le meilleur des mondes. Cette propagande omniprésente m’a énormément intéressée, comme le mythe du nucléaire sûr.

Existe également en version audio chez Actes Sud.

Mondafrique : Vous devenez alors journaliste et militante.

A.D-T. : Je n’ai jamais fait partie de mouvements militants. Je suis engagée par ma conscience et ma mission. Je me sens investie par une cause mais c’est le hasard qui m’a mise en mouvement. J’avais l’obsession de documenter les événements mais je n’étais pas prête à entrer dans cette compétition du monde du journalisme et tout ça. L’occasion, je l’ai saisie au vol et je me suis envoyée spéciale moi-même. Le montant de la pige à 148 euros, ça te fait redescendre très vite ! Je vais plus tard bosser sur des longs formats avec des magazines comme Geo car ils ont du budget de production, mais après 2015 c’est devenu très difficile de placer un reportage sur le nucléaire.

Mondafrique : Comment, de Fukushima, vous retrouvez-vous sur la piste de l’uranium exploité dans le nord du Niger par Areva? Et là, que découvrez-vous ?

A.D-T.: Il y a cette conscience politique des dangers du nucléaire : c’est une énergie mortifère, une énergie de fachos, bâtie sur de l’injustice, sur la colonisation des terres et le mépris de l’humain. En 2013, c’est clair pour moi. Et brusquement, un ami touareg me contacte par message et il me dit qu’il faut que je vienne dans son campement pour voir ce qui s’y passe. Son campement est situé à quelques dizaines de km des mines d’Arlit (dans le nord du Niger). C’est ainsi que je vais revenir à Arlit, que je connais déjà. Et j’y reviens avec ce nouveau regard. Cette route de l’uranium, je la regarde avec un tout autre œil. Pendant les années où j’étais sur place, les années 2000 à 2006, on ne parlait pas du tout des radiations ni des dangers des mines. C’est plus tard, au moment où je me suis installée dans le sud de l’Algérie, qu’il est devenu impossible d’entrer dans ces zones là sans escorte. Greenpeace a fait une mission en 2009, la première, sur les conséquences de l’uranium à Arlit et à partir de ce moment-là, l’affaire a éclaté. C’est alors que les habitants ont commencé à prendre conscience des risques.

Je repars donc au Niger où je ne suis pas revenue depuis 2007. J’ai besoin de reprendre contact avec ce pays, avec les gens. Et je pars donc en repérage. Finalement, tous les reportages que je raconte dans ce livre se sont bien passés grâce à ce réseau d’amitiés que j’avais nouées  les années antérieures ; toutes mes équipes étaient des amis et dans ce contexte de prises d’otages, je prends le parti de faire une confiance absolue en mes équipes. J’ai suivi, une fois, un stage de sécurité pour les journalistes en zone rouge et on nous a dit tout le contraire : ‘surtout ne faites jamais confiance absolue à vos fixeurs, à vos guides.’ Mais moi, c’est aussi comme ça que je prends du plaisir à faire ces reportages.

Celui sur la route de l’uranium avec Patrick Chapuis, un photographe de Gamma, a été le meilleur de tous pour moi. Comme j’avais suivi Fukushima, j’avais le réflexe de documenter scientifiquement les radiations. J’étais déjà en contact avec la CRIIRAD, qui était venue au Japon, et je savais ce qu’il fallait faire. Tout cet aspect technique était difficile pour moi, parce que je déteste les chiffres, mais je me suis forcée à le faire parce que je savais bien que c’était le seul moyen de prouver une radioactivité dans un milieu où elle ne laisse aucune trace. J’avais donc mon compteur Geiger, des bouteilles d’eau vide dans lesquelles je comptais déposer de l’eau car les premiers témoignages me parlaient de puits empoisonnés et donc, je devais récolter des échantillons.

Un Touareg marche dans une tempête de sable à quelques kilomètres de la mine d’uranium d’Arlit, dans le nord du Niger (Photo Alissa Descotes-Toyosaki).

Mondafrique : Retour, donc, en pays touareg, après un long chapitre japonais. Lorsque vous arrivez au Niger pour ce grand reportage pour Geo, avec le photographe Patrick Chapuis, la situation est déjà compliquée puisque la zone est « rouge », comme le titre de votre livre. Avec Areva, qui tente de vous empêcher d’accéder au site, vous jouez au chat et à la souris.

A.D-T. : Ce qui m’a mis la puce à l’oreille, ce sont ces coups de fil du Quai d’Orsay où la personne qui m’appelle ne mentionne jamais nos incursions dans les mines d’Areva, alors que ces appels interviennent quelques minutes après…

Ils veulent nous faire revenir à Niamey et faire avorter l’enquête. Jamais Géo n’avait reçu de coup de fil en direct du Quai d’Orsay ! Le Quai d’Orsay n’appelle jamais pour des journalistes en zone rouge. Ces voyages sont déconseillés mais pas interdits, en vertu des recommandations officielles que je n’ai pas suivies.

Mondafrique : Ces Touaregs qui vous escortent sur le terrain et facilitent, finalement, votre accès aux sites et aux informations, ont-ils subi des représailles ?

A.D-T. : Non, parce que le Niger n’était pas content non plus de la manière dont ça se passait. Ils étaient obligés officiellement d’être loyaux mais assez contents que quelqu’un fasse ce que nous faisions. Surtout pour la mine d’Azelik (exploitée par la Chine). Arlit n’est pas moins contaminé qu’Azelik mais Areva a des moyens importants pour le cacher. Elle ne fait pas comme les Chinois qui déversent les tuyaux d’évacuation dans les oueds mais elle pompe des milliers de tonnes d’eau qui sont reversées dans les nappes d’eau potable. On a tous les chiffres de cette contamination sur cinquante ans, une durée énorme. C’est ce qu’on appelle une contamination par « faibles doses », une mort à petit feu. Et on en retrouve les traces aux alentours d’Arlit, avec la désertification par la radioactivité : l’herbe ne pousse plus, les problèmes d’eau sont énormes, beaucoup d’enfants sont malformés. Entre 1970 et 1990, tous les ouvriers d’Arlit, une ville construite de toutes pièces par Areva, sont morts ou tombés malades.

Mondafrique : la situation la plus critique que vous décrivez est celle de la mine chinoise d’Azelik. Racontez.

A.D-T. : Cette mine était complètement en dehors des radars, personne n’y était jamais allé. Elle est très excentrée dans l’Azawagh nigérien, vers la frontière malienne. En revanche, ce qui est très connu, c’est Ingall, en dessous, où est organisé chaque année le festival de la Cure salée. La vraie région de transhumance des cures salées se trouve autour des salines de Teguida n’Tessemt, à trois kilomètres de la mine… Azelik a été construite sur la plus grande aire de pâturage du Niger. C’est une vraie catastrophe environnementale et culturelle. Les nomades n’osent plus venir avec leurs troupeaux. La fête est organisée chaque année mais la vraie Cure salée n’existe plus, à cause de cette mine. Le comble est que ce sont les sociétés uranifères qui sponsorisent cette fête. Un ministre en off m’a dit qu’ils avaient essayé de la fermer. La zone était parsemée de cadavres, la contamination ayant été très rapide. Dès que ça se voit à l’œil nu, les habitants aussi le voient. Cette zone est entièrement touareg et qui dit touareg, dit révolte, donc les autorités redoutaient une rébellion. Et c’est ce qui va être passionnant pour moi : me retrouver avec ces habitants d’Azelik, des hommes qui travaillent dans la mine et qui veulent la faire fermer. Donc ils sont prêts à prendre de grands risques. Je n’ai jamais vu ça ailleurs. Azelik est une très vieille cité qui a brillé en tant que centre de l’Islam, ses salines sont une fierté, donc ils sont prêts à tout pour tenter de protéger le site. Cette situation va sauver notre reportage, alors qu’on ne pouvait presque plus bouger : chaque fois qu’on s’approchait des mines ou des déchets, notre escorte nous disait qu’elle avait reçu un appel et qu’on devait rentrer là où on logeait. 

Mine d’Azelik, janvier 2015 (Photo Alissa Descotes-Toyosaki).

Ce sont finalement les travailleurs de la mine d’Azelik qui vont nous aider. Et puis la collecte des échantillons, une nuit, en cachette. Et c’est ça qui va faire la différence. Nous avons ainsi obtenu des données très probantes sur la contamination des déchets et de l’eau bue par les animaux. La mine a fermé quelques mois après pour chômage technique. Ils ont annoncé l’année dernière qu’ils allaient rouvrir. Mais il faut le prendre avec des pincettes car ça fait partie de la stratégie du lobby nucléaire de toujours clamer haut et fort que les choses continuent. Ce ne serait pas étonnant, cependant, car le nucléaire repart partout.

Ce qui me choque, personnellement, c’est que personne ne mentionne jamais les mines d’uranium dans le débat sur le nucléaire. L’uranium n’est en aucun cas une énergie renouvelable, pourtant on ose affirmer que le nucléaire est une énergie verte ! La pollution de ces mines d’uranium est très concrète. Que l’uranium soit français, chinois ou russe, c’est la même chose. Il n’y aura jamais aucune mine d’uranium propre ni de centrale nucléaire sûre dans l’avenir.

Mondafrique : Par chance, de l’or est découvert à la même époque dans le nord du Niger et finalement dans une grande partie du Sahara. Vous prenez, à nouveau, des risques importants pour accéder sur un site d’orpaillage en 2017 à 450 km au nord d’Arlit, en pleine zone rouge. Avec le photographe Pascal Maitre, vous êtes les premiers journalistes à entrer dans cette mine, et vous, la seule femme. Vous décrivez une situation assez étonnante. Pas de prostitution, pas d’enfants exploités, une sorte d’organisation sociale qui fonctionne et dont les mineurs sont satisfaits. Comment expliquez-vous cela ? 

Mine d’or de Tagharaba, nord du Niger, 2017 (Photo Alissa Descotes-Toyosaki).

A.D-T. : Le mérite de la bonne gestion de cette mine d’or revient à Saley Boss. La ruée vers l’or a commencé vers 2014 dans le Djado. Il n’y avait personne et la situation a vite tourné au chaos. C’est une oasis habitée et l’orpaillage y a créé des tensions avec les habitants. Ce sont littéralement des pépites qu’on trouve alors, à 50 cm dans le sable. On n’a besoin d’aucun produit mais la recherche de l’or fait d’énormes trous. Les animaux tombent dans les trous et le gouvernement nigérien dit stop, surtout que des tensions ethniques commencent à surgir entre Toubous et Touaregs. On ne sait pas trop à qui est la terre.

Saley Boss, Tagharaba, décembre 2017 (Photo Alissa Descotes-Toyosaki).

Cette époque coïncide avec la lutte anti-migrants, Agadez apparaît comme un point orange dans une énorme zone rouge. Ces régions qui étaient très touristiques ne voient plus personne depuis le classement du Niger en zone rouge. Quand l’Union européenne reclasse Agadez en orange, la population croit que ça va s’étendre et permettre le retour du tourisme, mais rapidement, elle comprend que ça ne sera pas le cas. La frustration est énorme. S’y ajoute la politique anti-migrants qui est une catastrophe car elle ne s’appuie que sur la répression contre les chauffeurs et les guides. Les véhicules sont confisqués. Or les migrants, qui ne vont pas forcément jusqu’en Europe, font vivre la région depuis toujours. L’Union européenne essaye d’arrondir les angles en disant aux Nigériens qu’un budget de plusieurs millions d’euros est prévu pour la mise en œuvre d’ un projet de réinsertion pour tous ces gens là, mais les choses traînent et les gens pataugent deux ou trois ans sans ressources.

Quand l’or arrive, c’est presque un miracle pour les autorités qui décident de laisser les populations l’exploiter quand c’est possible. Le site du Djado, trop risqué, est fermé. Mais cette mine de Tagharaba, à la frontière algérienne, ouvre. Il n’y a pas de risque de contamination parce que la nappe phréatique, à cet endroit-là, est très profonde, à plusieurs centaines de mètres sous la terre. Il n’y a pas non plus d’habitants.

Le boss de l’or va développer une cité sur ces lieux. Il est intelligent, il a vu ce qui s’est passé au Djado, à Arlit, et il essaye de ne pas reproduire les erreurs. Il aurait pu se conduire en despote, mais non. Jusqu’ici, c’est lui qui gère la mine et les gens sont satisfaits. Maintenant, il y a sur place environ 20 à 30 000 orpailleurs qui font des allers-retours, pas de prostitution, pas de femme. Ces gens démontrent qu’ils sont capables de s’auto-gérer et je trouve bien qu’on leur laisse ce droit. Pour moi, cette mine est la preuve qu’un peuple autochtone peut gérer ses ressources sur son sol, droit qui n’est appliqué pratiquement nulle part dans le monde. Ce droit, Saley Boss le prend.

« L’or nous appartient ; il appartient au peuple », dit l’un des personnages de mon livre. Et tout le monde gagne. Il n’y a pas de patron, pas d’intermédiaire. C’est clair, sans comparaison avec l’opacité du monde du nucléaire. Tous les gens qui ont travaillé dans l’uranium et se retrouvent dans l’or n’ont pas envie de quitter l’or. Ce qui m’a marquée et ce que me décrivait mon ex-mari [l’ex mari d’Alissa est un orpailleur touareg], c’est la solidarité entre les gens. C’est aussi le secret de cette cité, une solidarité incroyable entre les travailleurs, tous très fiers de leur travail. Il y a un comité qui règle les litiges, une justice qui n’a jamais existé à Arlit. Je ne suis restée sur place que trois jours, seule femme, avec une petite boule dans la gorge quand même. Et pourtant, rien, il n’y a eu aucune animosité à mon égard. Au contraire. C’était très émouvant. A Tagharaba, tout le monde est logé à la même enseigne et cela contredit les idées reçues sur l’orpaillage.

Mondafrique : dans ces années-là, la guerre approche. Quels en ont été les signes, pour vous ? D’où est venu ce vent djihadiste qui, finalement, a tout balayé ?

A. D-T. : De 2006 à 2010, en plein essor djihadiste, moi je suis à Djanet, au sud de l’Algérie. Le vent djihadiste, il vient de l’Algérie au début, mais je ne m’en rends pas du tout compte parce qu’on n’en parle pas en Algérie. Je prends conscience de la gravité de la situation en 2012 avec la naissance d’Ansar Dine, un groupe djihadiste crée par un Touareg [ndlr, Iyad Ag Ghali]. À ce moment-là, je suis au Japon mais je commence à me documenter. Il y a des rumeurs selon lesquelles certains Touaregs seraient de mèche avec les barbus et j’ai beaucoup de mal à y croire. Quand j’apprends la déclaration de l’indépendance de l’Azawad, en avril 2012, je suis transportée de joie ! Je n’avais jamais pensé qu’ils réussiraient et pourtant, ils se sont emparés de toutes les régions du nord du Mali et ils ont proclamé leur indépendance. Je suis hyper heureuse et j’y crois. Tout de suite après, le drapeau d’Ansar Dine est hissé à Kidal et les problèmes commencent. Et là, je décide d’aller sur le terrain, dans le Sahara algérien, pour me rendre compte par moi-même.

Je découvre tout ça à travers des combattants du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad) qui font l’aller retour entre Kidal et Tamanrasset et j’ai la chance d’en rencontrer beaucoup pendant ce voyage de deux semaines. Le MNLA est un nouveau mouvement, très politique, né de la jonction avec les combattants revenus de Libye. Et ce qui va me marquer, c’est la présence des femmes. Elles me parlent de ce qu’elles font à leurs maris, à leurs frères. Elles leur jettent des seaux d’eau dans la figure quand ils commencent à imiter les barbus. Je retrouve la société matriarcale touareg que je connais depuis toujours. Elles me démontrent que les Touaregs ne peuvent pas abolir en quelques années une société bâtie sur le matriarcat depuis des siècles. Le fait qu’il y ait beaucoup de femmes au MNLA est décisif pour moi. Parce que j’ai besoin d’y croire. Ce qui va me stupéfier, c’est d’apprendre que les barbus sont là depuis 2006. Et personne ne comprend bien ce qu’ils font. Ils font des salamalecs, se rapprochent des campements nomades, proposent des petits boulots rémunérés, sur des territoires où tout un pan de la population a subi plusieurs exils pour fuir l’armée malienne et végète dans le chômage. C’est une machine très bien rodée, qui progresse sur plusieurs années. Sans que les gens s’en rendent compte, ils se retrouvent piégés à l’intérieur d’un énorme truc, les hommes sont à la mosquée ensemble, on a franchi les étapes d’initiation à l’islamisme, etc. Les femmes sont témoins de cela et pour elles, c’est un processus très douloureux, où elles voient les hommes, par manque de perspectives, rejoindre ces groupes.

Mondafrique : Vous insistez sur le rôle joué par Iyad Ag Ghali, le chef actuel de la galaxie djihadiste au Sahel, que vous qualifiez de traitre.

A.D-T. : Je ne vois pas comment le qualifier autrement. C’est une figure complexe mais qui me titille beaucoup parce que, s’il n’avait pas été là, cette république de l’Azawad aurait eu sa chance. Je vois bien comment il a discrédité toute cette lutte et créé des amalgames terribles où l’on mêle indépendantistes et djihadistes. À cause d’alliances de circonstance, dans l’esprit de l’opinion publique, ce sont les mêmes. C’est pour ça aussi que j’ai écrit ce livre. Pour que les gens puissent mieux comprendre.

« La perspective terrifiante d’un exil sans fin » 

Camp de M’Berra, juillet 2024 (Photo Alissa Descotes-Toyosaki).

Mondafrique : Après la chute de Kidal, reprise par l’armée malienne (les Famas) et ses supplétifs russes de Wagner, vous ne pouvez plus vous rendre dans le nord. C’est donc à partir de la Mauritanie que vous interrogez les victimes de la répression exercée dans l’Azawad par Wagner et les Famas. Vous êtes à la fois frappée par la violence des crimes, qui font écho à l’histoire, et par l’horizon d’un exil perpétuel. Racontez. 

A.D-T. : Je fais un grand bond dans le livre entre ce qui se passe en 2013-2014 et ce qui se passe à M’Beira en 2024. Les activités de mon ONG, Sahara Eliki, sont à l’arrêt. Personne ne veut m’envoyer sur le terrain. Les sujets sont refusés pour des raisons budgétaires et sécuritaires… Ça me fait halluciner. Pour moi, c’est une victoire des djihadistes et ça m’énerve, donc j’insiste. Mais impossible. Je tourne en rond. Pendant toutes ces années, je vais tourner en rond. Le dernier voyage que je fais au Mali, c’est à l’occasion d’un festival qui m’invite à Koulikoro, en mars 2023. J’essaye d’aller à Tombouctou mais je n’y arrive pas. Je le regrette parce que c’était ma seule chance. Je participe à ce festival et personne ne semble se rendre compte de ce qui couve. La Minusma même n’a pas l’air de réaliser de ce qui l’attend [ndlr, la force onusienne devra plier bagage dans les mois qui suivent.] Les seuls qui pressentent le risque, ce sont les groupes armés touaregs de l’Azawad (nom donné aux régions au nord du fleuve Niger par les mouvements touaregs). « Tu vas voir, ils vont virer la France et on va se taper les Russes. »

Après, le chaos commence et je suis indignée parce que je ne peux pas aller sur le terrain et je me sens hyper mal. En octobre 2023, j’hésite plusieurs fois à tout laisser et à partir sur place. J’essaye de mettre en place un voyage pour documenter cette guerre. Quand il y a plein de gens que tu connais dans un conflit, tu passes par l’émotion. Le fait aussi que tout cela ne soit pas médiatisé, malgré toutes ces images horribles de massacres de civils en Israël puis à Gaza, c’était très douloureux. J’étais très choquée du désintérêt général pour ces régions. Pour moi, le cas du Mali était flagrant parce que la France venait de partir et ça me paraissait très facile de rebondir sur Wagner, là, tout de suite. Il me semblait qu’il y avait plein de moyens de tirer le fil pour faire une actualité autour de ces massacres et on ne l’a pas fait. Alors je m’assigne comme mission prochaine de documenter ces massacres.

Finalement, je commence à contacter les gens du Haut Commissariat aux Réfugiés pour aller au camp de Mberra, car Kidal est sous le contrôle des forces russo-maliennes. La Mauritanie accueille tous ces réfugiés avec humanité mais il y a des  intérêts géopolitiques qui rendent les choses très compliquées. J’arrive à Nouakchott au mois de juillet, il fait une chaleur d’enfer, ce sont les élections et je suis complètement surprise par ce que je découvre ; toute une population touareg que je ne connaissais pas, les gens de la région de Tombouctou. Je tombe des nues. Je suis partie sur mes gonds, les exactions de Wagner, et je suis obligée de ralentir parce que je découvre une mine d’informations sur l’histoire de ce camp, des gens incroyables : des chefs religieux, des enseignants, des intellectuels. Mais toujours avec ces barbelés qui nous entourent. C’est un camp autogéré par les Touaregs qui ont réussi à ne pas être à 100% assistés et qui essayent de mettre en place du bénévolat, une éducation qui ne soit pas complètement dépendante des bailleurs de fonds et je suis sidérée par l’intelligence de ces personnes, qui vivent dans de petites cases collées les unes aux autres, après avoir connu les grands espaces ! Cet exil sans fin, ça me sidère, ça m’inquiète.

Je suis comme Ali Mohamed : je pense que la greffe avec le Mali ne prendra jamais. Pour moi, aucune négociation ne peut être engagée avec le Mali si ce n’est pour la création d’un vrai État autonome. On a bien vu que les Touaregs ne sont pas dans des cycles de vengeance. C’est bien plus profond que ça. En fait, c’est une cause, quelque chose de presque abstrait, d’idéaliste mais pas utopique, et je pense qu’un jour, ils l’auront, parce qu’ils ont tellement ça en eux. C’est leur plus profond espoir et je le ressens vraiment ainsi. Le Front de libération de l’Azawad (alliance touareg) est debout, malgré tout, heureusement. La résistance n’est pas écrasée. Pour moi, c’est le seul espoir pour le moment. On est très loin d’une possibilité de négociation, que ce soit avec Wagner ou Africa Corps. Mais je ne conçois pas un avenir du Sahara sans les Touaregs, en particulier ceux du nord du Mali. C’est une grande force de combat, un pilier sur lequel on peut s’appuyer pour se projeter dans l’avenir. C’est pour cela que je soutiens l’Azawad. Qu’on les écoute, qu’on essaye des choses nouvelles ! 

Alissa Descotes-Toyosaki, Sahara Rouge, Payot Voyageurs, 2026, 240 pages, 20 euros. 

Carnets de caravane au Sahara

 

 

 

 

 

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Passe d’arme virulente entre le Mali et la Mauritanie https://mondafrique.com/decryptage/passe-darme-virulente-entre-le-mali-et-la-mauritanie/ https://mondafrique.com/decryptage/passe-darme-virulente-entre-le-mali-et-la-mauritanie/#respond Wed, 18 Mar 2026 13:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=148981 Un échange de communiqués virulent a marqué, ces dernières heures, les relations entre Bamako et Nouakchott, dont les autorités s’inscrivent dans des camps diplomatiques rivaux, après l’évasion, annoncée par l’état-major malien, de deux militaires retenus en otages, selon Bamako, dans un camp de réfugiés de l’autre côté de la frontière. Les forces armées maliennes ont […]

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Un échange de communiqués virulent a marqué, ces dernières heures, les relations entre Bamako et Nouakchott, dont les autorités s’inscrivent dans des camps diplomatiques rivaux, après l’évasion, annoncée par l’état-major malien, de deux militaires retenus en otages, selon Bamako, dans un camp de réfugiés de l’autre côté de la frontière.

Les forces armées maliennes ont annoncé que les deux soldats de première classe avaient, dans la nuit du 13 au 14 mars, « réussi à s’exfiltrer d’un camp de réfugiés en Mauritanie avant de regagner le territoire national. » Le communiqué ajoute que « cette évasion a été rendue possible grâce aux opérations menées par les FAMa le long de la ligne frontalière Mali-Mauritanie et dans la forêt du Wagadou », un bastion occidental de la katiba Macina, le groupe armé affilié à Al Qaida qui contrôle le delta central. Les deux soldats avaient été enlevés le 9 octobre 2025 sur le fleuve Niger pendant une permission.

Le préfet de Diolla, Alidji Bagna, enlevé le 14 février dernier entre Fana et Diolla, a lui aussi « pu échapper à ses ravisseurs », dans la zone de Macina, le 13 mars dernier, et il est arrivé sains et sauf à Tenenkou, poursuit le communiqué.

Réponse ulcérée de Nouakchott

En affirmant, au détour d’une phrase, que les deux militaires otages étaient gardés prisonniers dans un camp de réfugiés en Mauritanie, l’état-major malien met en cause la neutralité de son voisin de l’ouest ainsi que sa capacité à maintenir l’ordre sur son sol et il sous-entend, finalement, que la République islamique serait complice des djihadistes.  

Les autorités de Nouakchott ne s’y sont pas trompées. Elles ont répliqué lundi par un communiqué furibond. « La Mauritanie rejette, avec la plus grande fermeté, ces accusations totalement infondées et profondément offensantes », « émises sans la moindre preuve ni consultation préalable par les anaux appropriés », et elle y voit « une démarche indécente qui ne saurait être tolérée. »

La Mauritanie, qui héberge plus de 160 000 réfugiés maliens sur son territoire avec l’appui du Haut Commissariat des Nations unies aux réfugiés, rappelle que « le camp de M’Bera accueille des dizaines de milliers de Maliens et d’autres nationalités depuis près d’une trentaine d’années. » Elle souligne que ce camp immense « a reçu la visite des ministres de l’actuel gouvernement malien, de manière transparente et en présence de la presse», ces représentants gouvernementaux ayant alors «loué tant le professionnalisme des services locaux que l’hospitalité des populations hôtes. »

« Préserver la cohésion » des deux peuples frères 

Et les Mauritaniens de rappeler qu’ils protègent « toute personne secourue tant qu’elle s’abstient de conduire une action hostile à la paix, de part et d’autre de la frontière. » Dès lors, « laisser entendre que des groupes terroristes pourraient y détenir des personnes relève d’une accusation grave. »

La Mauritanie est épargnée par l’action des groupes djihadistes sur son sol depuis 2011, malgré l’escalade de la guerre chez son voisin de l’est et des incursions répétées de militaires maliens et russes à la frontière. Nouakchott profite de l’occasion pour faire la leçon aux militaires au pouvoir à Bamako, affirmant avoir « toujours misé sur la retenue, l’esprit de responsabilité et le sens de l’apaisement », à travers sa préférence pour « le dialogue direct et les échanges diplomatiques avec les autorités du Mali frère », afin de préserver « la cohésion des deux peuples ».

La relation entre les deux pays fait régulièrement l’objet de frictions frontalières car des civils et des membres de groupes armés indépendantistes (touareg) et djihadistes trouvent refuge du côté mauritanien. De plus, Nouakchott fait office de nouvelle base arrière au Sahel des armées occidentales dont les relations avec les trois juntes du Sahel central sont notoirement exécrables.

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Opération reconquête des États-Unis dans l’AES https://mondafrique.com/limage-du-jour/operation-reconquete-des-etats-unis-dans-laes/ Wed, 11 Mar 2026 05:03:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=148371 Alors que la guerre en Iran mobilise l’attention de Washington, les États-Unis poursuivent leur entreprise de séduction auprès des pays de l’Alliance des États du Sahel. Après une première étape au Mali en février, Nick Checker est arrivé ce 10 mars à Ouagadougou avant de poursuivre sa tournée au Niger. Peu connu du grand public, […]

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Alors que la guerre en Iran mobilise l’attention de Washington, les États-Unis poursuivent leur entreprise de séduction auprès des pays de l’Alliance des États du Sahel. Après une première étape au Mali en février, Nick Checker est arrivé ce 10 mars à Ouagadougou avant de poursuivre sa tournée au Niger.

Peu connu du grand public, Nick Checker n’est pas un diplomate de carrière. Depuis janvier 2026, il dirige par intérim le Bureau des affaires africaines du département d’État. Mais son parcours est celui d’un homme du renseignement : il a passé plus d’une décennie à la CIA comme analyste militaire, spécialisé dans les conflits du Moyen-Orient et de la Corne de l’Afrique. Son profil reflète l’approche actuelle de Washington : transactionnelle et sécuritaire, plutôt que diplomatique.

La tournée qu’il mène dans les capitales de l’AES vise à proposer une coopération concrète dans la lutte contre les groupes jihadistes. Les États-Unis cherchent notamment à remettre sur la table un partage de renseignements de type ISR intelligence, surveillance et reconnaissance reposant sur leurs capacités satellitaires, leurs drones et leurs réseaux d’analyse.

Recueillir et partager des renseignements

Côté pile, Washington offrirait aux armées sahéliennes un accès à des informations précieuses sur les mouvements des groupes armés, en échange d’un retour progressif de la coopération sécuritaire américaine dans la région. Côté face, les Américains recueilleraient eux-mêmes des renseignements qui leur font défaut depuis qu’ils ont été contraints par le Niger de quitter leur grande base de drones d’Agadez. Pour parvenir à leurs fins, ils tentent de séduire les gouvernements de la région en insistant sur le respect de la souveraineté des États et sur une coopération fondée sur des intérêts communs.

Les signaux de ce retour progressif se multiplient. Après la visite de Nick Checker à Bamako début février, Washington a levé des sanctions visant plusieurs responsables maliens. Des discussions ont également été engagées sur une possible reprise des vols de drones américains au-dessus du territoire malien et sur le retour d’une base américaine dans ce pays. Selon, TV5 Monde, ils seraient sur le point de signer un accord.  

Reste une inconnue : comment militaires américains et russes pourraient-ils coexister sur le terrain sahélien, alors même que les négociations sur l’Ukraine patinent et que l’on assiste à une montée des tensions entre Washington et Moscou en raison de la guerre en Iran ?

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Guerre en Iran: réactions africaines contrastées https://mondafrique.com/limage-du-jour/guerre-en-iran-reactions-africaines-contrastees/ Thu, 05 Mar 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=148043 Quatre jours après les frappes israélo-américaines contre l’Iran, les réactions africaines se répartissent en quatre catégories : fermes, prudentes, très réservées et silencieuses. Des positions parfois inattendues. Contrairement aux réactions qui avaient surpris le monde après le déclenchement de la guerre en Ukraine, les prises de position des organisations et des capitales africaines n’ont, cette […]

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Quatre jours après les frappes israélo-américaines contre l’Iran, les réactions africaines se répartissent en quatre catégories : fermes, prudentes, très réservées et silencieuses. Des positions parfois inattendues.

Contrairement aux réactions qui avaient surpris le monde après le déclenchement de la guerre en Ukraine, les prises de position des organisations et des capitales africaines n’ont, cette fois, guère marqué les esprits.

Positions tranchées

Parmi les réactions les plus claires figure celle du Sénégal. Dakar a exprimé sa vive préoccupation face à l’escalade et condamné l’usage de la force, considéré comme une violation du droit international et une menace pour la souveraineté des États. Le gouvernement a appelé à un cessez-le-feu immédiat et au retour au dialogue. Le Premier ministre Ousmane Sonko a dénoncé une « liquidation du droit international», tout en alertant sur les conséquences économiques potentielles pour l’Afrique.

L’Afrique du Sud a également adopté une position ferme. Pretoria condamne explicitement une violation du droit international et rejette la notion de « légitime défense préventive », restant fidèle à sa diplomatie et à son positionnement au sein des BRICS.

Le Tchad a lui aussi réagi clairement en exprimant sa « profonde tristesse » après la confirmation de la mort du Guide suprême Ali Khamenei, en partageant la douleur du peuple iranien et réaffirmant l’attachement du pays aux principes de paix et de solidarité internationale. Puis, dans un second message, sûrement pour ne pas se mettre à dos les Émirats arabes unis, N’Djamena a condamné avec fermeté la riposte iranienne contre plusieurs pays du Golfe et a qualifié ces attaques d’« inacceptables ».

Le  Maroc, lui s’est rangé sans surprise du côté de Washington et de Tel Aviv. Rabat n’a formulé aucune critique des frappes américano-israéliennes et a exprimé sa solidarité avec les États arabes visés par les ripostes iraniennes. Une posture attendue et cohérente avec son alignement sur les États-Unis et sur Israël depuis la signature des accords d’Abraham.

Le camp des prudents

Dans le camp des prudents, l’Union africaine a exprimé sa « profonde préoccupation » face à l’escalade et appelé à la désescalade, évoquant les risques pour la stabilité mondiale, les marchés énergétiques et la sécurité alimentaire. La CEDEAO a adopté un ton similaire, mettant en garde contre les conséquences économiques pour l’Afrique de l’Ouest. D’autres pays ont réagi de la même manière, comme le Ghana, la Sierra Léone ou la Côte d’ivoire.

L’étrange retenue d’Alger

Plus surprenante est la prudence extrême de l’Algérie. Alger s’est contentée de regretter l’échec des négociations menées à Oman et d’appeler à la retenue, tout en exprimant sa solidarité avec les États arabes visés par les ripostes iraniennes, sans condamnation directe des frappes initiales. Une position qui tranche avec sa tradition diplomatique de non-alignement affirmé et ses bonnes relations avec Téhéran. La Tunisie s’est alignée sur son voisin.

Le silence bavard de l’AES

Enfin, le silence de l’Alliance des États du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger) reste l’un des faits les plus marquants. Un mutisme d’autant plus notable que ces trois pays ont développé une coopération militaire avec l’Iran, notamment dans le domaine des drones. Deux jours avant le déclenchement du conflit, le ministre burkinabè de la Défense se trouvait encore à Téhéran. Cette absence de réaction est parlante, elle signifie que les États de l’AES souhaitent ne pas remettre en cause leur récente reprise du partenariat entre Washington.

Au final, toutes les réactions, quelles soient prudentes ou silencieuses s’expliquent par la volonté de ne pas froisser Washington afin de ne pas subir les foudres de l’imprévisible Donald Trump.

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La force armée de la Cedeao toujours virtuelle https://mondafrique.com/limage-du-jour/force-en-attente-de-la-cedeao-mirage-ou-realite/ Tue, 03 Mar 2026 05:10:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147989 Annoncée, promise, oubliée, puis remise au goût du jour, revoilà le projet de la CEDEAO de déployer une force armée. Fin février 2026 à Freetown, l’organisation a décidé d’envoyer un signal fort. Sur le papier, l’annonce est ambitieuse. Dans la pratique, de nombreux obstacles restent à surmonter. Depuis plus de vingt ans, la Force armée […]

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Annoncée, promise, oubliée, puis remise au goût du jour, revoilà le projet de la CEDEAO de déployer une force armée. Fin février 2026 à Freetown, l’organisation a décidé d’envoyer un signal fort. Sur le papier, l’annonce est ambitieuse. Dans la pratique, de nombreux obstacles restent à surmonter.

Depuis plus de vingt ans, la Force armée de la CEDEAO (FAA), toujours en attente,ressemble à une arlésienne : toujours invoquée mais jamais visible sur le terrain. Son ancêtre, l’ECOMOG, avait marqué les années 1990 lors des guerres au Liberia et en Sierra Leone, laissant derrière elle une réputation entachée par de graves violations des droits humains. Depuis, et malgré les crises majeures qui ont secoué et secouent toujours l’Afrique de l’Ouest, la nouvelle version de cette force régionale n’a jamais été à l’œuvre.

Freetown : le retour des promesses

Selon les chefs d’état-major ouest-africains réunis en Sierra Leone, un premier contingent d’environ 2 000 soldats serait opérationnel d’ici fin 2026. L’objectif affiché : répondre à la montée en puissance des groupes armés affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique, dont les actions s’étendent du Sahel vers les États côtiers.

L’initiative vise également à restaurer l’image d’une organisation souvent critiquée pour son activisme politique mais jugée peu efficace sur le plan sécuritaire.

Cependant, au-delà de l’effet d’annonce, les interrogations demeurent.

Le défi des effectifs et des financements

Deux mille hommes : le chiffre apparaît modeste au regard de l’ampleur de la menace. Les groupes armés actifs dans la région comptent des milliers de combattants aguerris et mobiles. Dans un espace aussi vaste que l’Afrique de l’Ouest, marqué par des zones forestières, sahéliennes et côtières difficiles à contrôler, cet effectif ne pourra jouer qu’un rôle symbolique.

Autre obstacle majeur : l’argent. Déployer une force régionale crédible suppose des moyens lourds : transport aérien, renseignement, équipements adaptés, primes de risque, soutien logistique continu. Or, le financement de l’opération n’est pas encore bouclé. Sans ressources stables, la Force en attente pourrait demeurer fidèle à son appellation : en attente… de financements.

Les plus grandes difficultés sont politiques

Mais au-delà des problèmes pratiques, les obstacles majeurs sont bien entendu d’ordre politique. Les États les plus touchés par les groupes armés djihadistes le Mali, le Burkina Faso et le Niger, désormais regroupés au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES) ont claqué la porte de la CEDEAO. Sauf improbable retournement diplomatique, il n’est donc pas question que la Force en attente se déploie sur leur territoire. Autrement dit, l’organisation entend combattre une menace dont l’épicentre se situe précisément en dehors de son périmètre politique actuel.

Mais la difficulté ne s’arrête pas là. Deux membres de la CEDEAO, le Bénin et le Nigeria, se sont réunis à Cotonou le 27 février pour formaliser une stratégie sécuritaire transfrontalière : coordination des patrouilles, partage de renseignements, opérations conjointes, surveillance accrue des flux. La France a été sollicitée pour les accompagner, notamment en matière de renseignement.

Mauvaise manière

Alors même que la CEDEAO annonce solennellement l’activation de sa Force en attente, deux de ses États membres choisissent de coopérer avec l’appui d’un partenaire extérieur. C’est une très mauvaise manière faite à l’organisation sous-régionale. Cette initiative traduit aussi un manque de confiance dans l’efficacité de la communauté économique ouest-africaine. Ce choix risque, en prime, d’alimenter davantage la méfiance de l’AES vis-à-vis de ses voisins côtiers. Voir Abuja et Cotonou renforcer leur coopération sécuritaire avec Paris ne pourra qu’attiser les discours sur l’ingérence extérieure et le manque de solidarité strictement africaine.

Enfin, si le Nigeria, première puissance militaire de la région et contributeur essentiel aux opérations de la CEDEAO, investit prioritairement dans des cadres bilatéraux, cela fragilise la FAA, qui risque de manquer de l’impulsion politique et des moyens humains qui conditionnent sa crédibilité.

La Force en attente pourrait bien rester fidèle à sa réputation : une promesse récurrente dans les discours, mais toujours incertaine dans les faits.

 

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Chronique d’une drôle de guerre dans le nord du Mali https://mondafrique.com/a-la-une/chronique-dune-drole-de-guerre-dans-le-nord-du-mali/ Thu, 26 Feb 2026 09:13:26 +0000 https://mondafrique.com/?p=147677 Le théâtre du conflit du nord du Mali est peu actif ces dernières semaines. Les hostilités se limitent, du côté des groupes armés rebelles et djihadistes, à des attaques à distance contre les convois de ravitaillement militaires. Sur les itinéraires empruntés par ces derniers, les soldats maliens et leurs alliés russes continuent de commettre des […]

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Le théâtre du conflit du nord du Mali est peu actif ces dernières semaines. Les hostilités se limitent, du côté des groupes armés rebelles et djihadistes, à des attaques à distance contre les convois de ravitaillement militaires. Sur les itinéraires empruntés par ces derniers, les soldats maliens et leurs alliés russes continuent de commettre des exactions contre les civils.

C’est une guerre sourde. Comme si aucun des belligérants ne tenait à rouvrir les hostilités. Manquant de moyens décisifs pour inverser la situation sur le terrain, soucieux d’économiser leurs hommes ou en attente d’une situation meilleure, les djihadistes d’Iyad Ag Ghali, les forces armées maliennes (FAMA) et leurs supplétifs russes et locaux, de même que les indépendantistes du Front de Libération de l’Azawad (FLA), s’observent davantage qu’ils ne s’affrontent vraiment.

Quelques rares échauffourées sont rapportées – et toujours des exécutions sommaires de civils touareg. Mais ces agissements contre les civils semblent moins systématiques que du temps du ratissage opéré sur le terrain par les miliciens russes de Wagner, avant leur remplacement, au printemps 2025, par Africa Corps, une unité directement contrôlée par l’armée russe et moins agressive ou audacieuse que ses prédécesseurs. Il faut dire que la défaite de Tinzawaten, qui a vu une colonne de Wagner et des FAMA décimée par le feu rebelle entre le 25 et le 27 juillet 2024, à deux pas de la frontière algérienne, a laissé un mauvais souvenir aux Russes : des dizaines de morts abandonnés dans le désert et deux prisonniers. Tinzawaten est un fief incontesté des combattants indépendantistes touareg. 

Les djihadistes du GSIM affaiblis

Commençons par le Groupe de Soutien à l’Islam et aux musulmans (GSIM). Des observateurs le disent affaibli dans la région. Parce que la zone de repli d’Iyad Ag Ghali vers l’Algérie, vitale pour lui, a été reprise, depuis novembre 2023, par les FAMA, de même que son fief de Kidal. Le gouvernorat de la petite ville des Ifoghas a même été confié à son ennemi de trente ans (et ancien bras droit dans la rébellion), le général Elhadj Gamou. On dit que 2000 soldats russes y seraient basés. Ou tout simplement par épuisement des combattants, qui ont quitté la région ou sont harcelés par les armées nationales.

Le Haut Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés  a annoncé récemment l’enregistrement de 184 521 réfugiés et demandeurs d’asile en Mauritanie jusqu’en janvier 2026, originaires du nord et du centre du Mali. Des milliers d’autres sont en attente. Les frappes des armées de l’Alliance des États du Sahel dans le nord, à l’est et au sud compliquent aussi les mouvements et les ravitaillements et coupent les nordistes du grand vivier des combattants peuls du delta central. Dans les premiers jours de février, une frappe de drone militaire a d’ailleurs tué une femme et trois adolescents près de Talataye, dans la zone des trois frontières écumée par l’État islamique, selon les réseaux sociaux pro-FLA.

S’éloigner des itinéraires empruntés par les Russes  

De la même façon que les déplacements djihadistes sont pris pour cibles et, de ce fait, compliqués, les mouvements et relèves des FAMA et de leurs supplétifs russes sont périodiquement attaqués. Ils sont pris à partie pendant des missions régulières d’escorte sur les axes Kidal-Gao, Kidal-Aguelhoc-Tessalit et Gao-Menaka. Sur ces pistes, ils sont souvent guidés par les hommes de Gamou, qu’ils soient puisés dans la milice d’autodéfense GATIA ou dans les unités régulières composées de soldats issus de la même communauté Imghad.

En marge de ces convois, des civils sont parfois assassinés par les Russes d’Africa Corps, par suspicion, précaution ou cruauté envers les nomades touareg et arabes qu’ils surnomment « les bergers ».

Le 23 janvier, une patrouille de sept véhicules sillonnant la vallée d’Eghachar Sadidan a tué un octogénaire. Trois jours plus tard, deux jeunes Touaregs sont morts à Amrouche (Goundam, région de Tombouctou). Le général Gamou lui-même ne semble pas avoir les moyens d’empêcher ces exactions, y compris contre les campements de sa communauté. Le 27 janvier, il a convoqué une réunion restreinte à Kidal et demandé aux participants de relayer un message de mise en garde des civils pour leur demander de s’éloigner des itinéraires empruntés par les Russes, notamment vers Guencheche et Gounham, deux localités situées sur la route nationale qui relie Anefis à Kidal.

Un FLA à deux têtes 

Le Front de libération de l’Azawad, dernier acteur du théâtre, semble aussi davantage observer les forces en présence que prendre l’initiative du combat. Son hybridité est particulièrement visible depuis la chute de Kidal. La composante « HCUA » (Haut Conseil pour l’Unité de l’Azawad, ex Ansar Dine, très proche d’Iyad Ag Ghali) s’organise plutôt à partir de l’Algérie (où sont installés plusieurs leaders) et la composante MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad), indépendantiste, plutôt à partir de la Mauritanie. Ces deux géographies reflètent sans doute celles de leurs alliances respectives à l’extérieur.

Comme en 2012, les deux camps ont repris chacun son espace et sa marge de manœuvre. Même si la coalition touareg a acté, au printemps 2024, une sorte de trêve avec les djihadistes du GSIM, sous l’égide du HCUA et de son secrétaire général Alghabass Ag Intallah, le MNLA et son chef Bilal Ag Acherif connaissent mieux que personne les limites de la confiance qu’ils peuvent placer dans Iyad Ag Ghali. En 2012, l’expérience a été particulièrement cuisante. Après avoir rallié l’assaut conduit par le MNLA contre l’armée malienne dans les régions du nord, Iyad Ag Ghali et son groupe armé de l’époque (Ansar Dine) avaient doublé le mouvement puis l’avaient pris en étau avec les autres composantes de la galaxie djihadiste avant de le repousser à la frontière algérienne. Le MNLA y est resté confiné et impuissant jusqu’à l’entrée en guerre de la France, en janvier 2013, pendant que l’ensemble du nord du pays tombait comme un château de cartes sous le contrôle d’Al Qaida.

Double attaque le 18 février 

Revenons à notre chronique. Le 18 février, une attaque de drones kamikaze du FLA a visé deux véhicules des FAMA et des Russes d’Africa Corps entre Anefis et Kidal. Une autre a été menée, le même jour, par le GSIM avec un engin explosif improvisé, sur la route d’un autre convoi près d’Aguelhoc. Six passagers d’un des véhicules sont morts dans l’explosion. Il s’agit de Touaregs du GATIA qui assuraient l’escorte. Au cours de l’attaque menée par le FLA, deux jeunes hommes ont été tués en manipulant leur drone. Il s’agit du fils d’Alghabass Ag Intallah et du jeune frère de Fahad Ag Almahmoud. Les deux attaques ne sont pas officiellement coordonnées mais au moins synchronisées. 

Dans la région de Tombouctou, au sud-ouest de Kidal, un autre convoi russo-malien parti de Niakunké pour rejoindre le nord a tué trois éleveurs touareg dans le secteur de Tin-Djarane, dans la commune de Gargando, le 14 février. Dans leur sillage, les soldats ont laissé « des habitations incendiées, des forages endommagés et du bétail abattu», écrit le journaliste en exil Mohamed Ag Ahmedou, originaire de cette région. Il a recueilli le témoignage accablé d’un chef de fraction de Gargando: « On a l’impression que l’armée et les Russes n’épargnent que ceux dont Dieu n’a pas voulu qu’ils meurent. Ils tuent tous ceux qu’ils rencontrent dans le désert, même les animaux et nos moyens de subsistance. »

Un rapport circonstancié

Ces agissements, systématiques de la part de Wagner à l’époque de son déploiement, nourrissent un soupçon de projet de nettoyage ethnique. Dans son rapport annuel 2025, récemment publié, le Collectif pour la défense des droits du peuple de l’Azawad (CD-DPA) a d’ailleurs dénoncé « une intensification préoccupante des violences dirigées contre les populations civiles ». Il dénombre 374 incidents distincts de violations graves des droits humains imputables « principalement aux forces armées maliennes, opérant en collaboration, durant l’année considérée, avec les mercenaires du groupe Wagner (au cours de ses quatre derniers mois de présence) puis avec son successeur Africa Corps (durant ses sept premiers mois d’activité. »

Ces exécutions extrajudiciaires, disparitions forcées, actes de torture, arrestations arbitraires, destructions et pillages de biens civils, atteintes graves à l’environnement et violences sexuelles ont fait 553 morts, 366 blessés (parfois sous la torture), 414 victimes d’arrestation arbitraire, de disparition forcée ou d’enlèvement, 2622 cas de pillage ou de destruction de biens, 20 feux de forêt et 7 victimes de viol. Si l’on en croit le rapport, les incidents commis par les FAMA et Wagner seraient au nombre de 155 (ayant fait 222 morts) et ceux commis par les FAMA et Africa Corps au nombre de 147 (ayant fait 278 morts). Les femmes et les enfants tués (149) l’ont été en majorité lors de frappes de drones, à l’origine de plus du quart du total des victimes.

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