Mali - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/mali/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Sat, 10 Jan 2026 13:41:22 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.8.3 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg Mali - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/mali/ 32 32 Trump et l’interdiction de visas : business et rivalité avec la Chine https://mondafrique.com/decryptage/trump-et-linterdiction-de-visas-business-et-rivalite-avec-la-chine/ https://mondafrique.com/decryptage/trump-et-linterdiction-de-visas-business-et-rivalite-avec-la-chine/#respond Sat, 10 Jan 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145058 L’administration américaine a imposé de nouvelles restrictions de visas, entrées en vigueur le 1er janvier 2026, au détriment, notamment, de plusieurs pays d’Afrique. L’accès au territoire américain se transforme ainsi en levier diplomatique pour servir des intérêts économiques et stratégiques. Depuis juin 2025, l’administration de Donald Trump a instauré l’interdiction de la délivrance des visas […]

Cet article Trump et l’interdiction de visas : business et rivalité avec la Chine est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
L’administration américaine a imposé de nouvelles restrictions de visas, entrées en vigueur le 1er janvier 2026, au détriment, notamment, de plusieurs pays d’Afrique. L’accès au territoire américain se transforme ainsi en levier diplomatique pour servir des intérêts économiques et stratégiques.

Depuis juin 2025, l’administration de Donald Trump a instauré l’interdiction de la délivrance des visas à de nombreux pays, dont plusieurs en Afrique. Le dispositif a été étendu en janvier 2026 avec l’ajout de nouveaux États. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger se voient ainsi placés sous interdiction totale de visas, tandis que d’autres, comme la Côte d’Ivoire et le Sénégal, intègrent pour la première fois la liste des pays soumis à des restrictions partielles.

Officiellement, ces mesures sont justifiées par des impératifs de contrôle migratoire et de sécurité nationale. Officieusement, elles s’inscrivent dans une logique plus large de diplomatie transactionnelle. Plusieurs pays du continent, à l’instar du Congo Brazzaville, redoutant un bras de fer avec Washington, privilégient la négociation bilatérale pour tenter de sortir du dispositif. Ils font appel à des avocats et des lobbyistes installés à Washington, qui se font chèrement payer. S’engagent alors des tractations qui dépassent largement la question des visas : ouvertures aux entreprises américaines, coopération stratégique, accès aux matières premières et aux minerais critiques. Bien entendu, en toile de fond, l’objectif principal de la Maison Blanche consiste à contenir l’influence croissante de la Chine sur le continent.

D’autres pays, à l’inverse, ont opté pour une réponse plus ferme, fondée sur la réciprocité. C’est le cas du Tchad, soumis à une interdiction complète de visas depuis 2025, ainsi que des trois pays de l’Alliance des États du Sahel. Cette ligne de conduite n’est pas sans créer un certain embarras à Washington, qui cherche parallèlement à préserver son influence et ses coopérations sécuritaires afin de ne pas abandonner à d’autres puissances une région jugée stratégique.

Cet article Trump et l’interdiction de visas : business et rivalité avec la Chine est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
https://mondafrique.com/decryptage/trump-et-linterdiction-de-visas-business-et-rivalite-avec-la-chine/feed/ 0
Au Mali, des alliances contre nature mais porteuses https://mondafrique.com/politique/au-mali-des-alliances-contre-nature-mais-porteuses/ https://mondafrique.com/politique/au-mali-des-alliances-contre-nature-mais-porteuses/#respond Fri, 09 Jan 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=144951 Dans le cadre de ce qui apparaît comme une vaste tentative de recomposition destinée à renverser les militaires au pouvoir à Bamako, des acteurs politiques et militaires de divers horizons se rapprochent. Par Batomah Sissoko  et Adama Dramé Le Front de libération de l’Azawad (FLA) de l’indépendantiste Bilal Ag Chérif en passe de s’allier officiellement […]

Cet article Au Mali, des alliances contre nature mais porteuses est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Dans le cadre de ce qui apparaît comme une vaste tentative de recomposition destinée à renverser les militaires au pouvoir à Bamako, des acteurs politiques et militaires de divers horizons se rapprochent.

Par Batomah Sissoko  et Adama Dramé

Le Front de libération de l’Azawad (FLA) de l’indépendantiste Bilal Ag Chérif en passe de s’allier officiellement à la branche sahélienne d’Al Qaïda commandée par Iyad Ag Ghali, et déjà très avancé dans des discussions avec le gouvernement en exil de l’ancien magistrat Chérif Koné ; la Coalition des Forces pour la République (CFR) de l’imam Mahmoud Dicko ratissant largement au sein de la classe politique malienne et bénéficiant d’une sympathie certaine au niveau international, à travers un scénario à la syrienne… Cela fait beaucoup de fronts pour un régime militaire désormais acculé et fragilisé par d’interminables crises.

La Coalition des forces pour la République (CFR), rappelons-le, est un mouvement politique mis en place par plusieurs représentants de l’opposition malienne en exil et dont Mahmoud Dicko, exilé à Alger depuis deux ans, a été désigné comme le « référent républicain » selon l’universitaire Etienne Fagaba Sissoko, contraint, lui aussi, à l’exil après plusieurs séjours en prison, dont le dernier d’un an après la publication en 2024 d’un livre très critique contre le régime militaire au pouvoir.

Au regard des alliances qui se présentent désormais, une nouvelle configuration politico-militaire est en train de se dessiner au Mali.

Des rapprochements inédits

C’est ainsi que le gouvernement en exil dirigé par Cherif Koné n’a pas fait mystère de ses amitiés avec le Front de Libération de l’Azawad (FLA) avec lequel il compte désormais cheminer. Au même moment, sur le terrain militaire, le FLA et le Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM) mènent des opérations conjointes contre les forces armées maliennes. Il s’agit d’une alliance de facto dont l’origine remonte aussi loin que la création des mouvements insurrectionnels dans cette partie du pays.

En marge de l’association des deux groupes armés avec le gouvernement en exil, se dessine également le rapprochement avec la coalition dirigée par le très influent Mahmoud Dicko qui en serait « l’autorité morale », comme il l’avait été au sein du M5 RFP, l’opposition hétéroclite d’enfer qui balaya le régime corrompu d’Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) en août 2020, avant de voir sa « révolution » récupérée par une junte militaire et tous ses ténors condamnés soit à la prison, soit à l’exil, soit au musèlement forcé avec la dissolution des partis politiques proclamée en mai 2025.

La Coalition des Forces pour la République conduite par Dicko, qui se considère comme une force de résistance politique au régime de Bamako, n’a qu’un seul objectif : la conquête du pouvoir avec le concours de la coalition armée GSIM-FLA.

Une bonne et  une mauvaise nouvelle pour Bamako

D’abord, la bonne.

Aucune des quatre organisations citées plus haut (FLA, gouvernement en exil, GSIM et CFR) n’évoque désormais une sécession. Même le FLA semble avoir abandonné cette exigence.

La mauvaise : toutes exigent le changement à travers le retour à l’ordre constitutionnel. Ce qui leur vaut le soutien des pays occidentaux ainsi que des voisins de la Communauté économique d’Afrique de l’Ouest et surtout, d’une partie non négligeable de la population malienne excédée. 

Il faut dire que les trois gouvernements militaires de l’Alliance des États du Sahel, au regard de leurs intransigeance et de leurs penchants autoritaires, de l’instabilité qu’ils ont provoquée et de leur gouvernance chaotique, sont loin de faire l’unanimité. On ne peut dès lors écarter une évolution vers un ensemble politique dont le GSIM et le FLA deviendraient la branche armée, ayant pour but de s’imposer en cas de vacance du pouvoir, ce que n’ont justement pas fait, en 2020, « les tombeurs » d’IBK.

Contre nature

Mais les entités évoquées ont-elles les moyens de leur politique ? Difficile de le dire, les acteurs se gardant pour l’instant de rendre publics leurs programmes…

Pour autant, la gestion chaotique et la gouvernance approximative des autorités de la transition, les interminables pénuries (carburant, électricité…), l’insécurité, les règlements de comptes et les arrestations massives au sein même de l’armée, des décisions de justice contestées, la corruption, le pillage du Trésor public, le musèlement de la presse, l’interdiction des partis politiques et l’incarcération de toutes les voix discordantes ouvrent un boulevard au regroupement hétéroclite qui aspire désormais à prendre le pouvoir à Bamako.

La nouvelle coalition contre-nature jouira-t-elle de l’adhésion populaire ? Rien n’est moins sûr ! Les Maliens sont rétifs à toute partition ou installation d’une république islamique dans  leur pays. Or, ce sont là les objectifs très clairs des irrédentistes du FLA et des djihadistes du GSIM, du moins à long terme.

« La chèvre et la sauce »

L’échec de l’équipe dirigeante actuelle à juguler l’insécurité, l’injustice et la corruption est malheureusement un bon prétexte pour ses ennemis tapis dans l’ombre.

Nos oncles bambanas ne disent-ils pas qu’il faut bien que périsse la chèvre de l’un pour que la sauce de l’autre soit succulente ?

 

Cet article Au Mali, des alliances contre nature mais porteuses est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
https://mondafrique.com/politique/au-mali-des-alliances-contre-nature-mais-porteuses/feed/ 0
Jusqu’où l’incendie embrasera le Sahel? https://mondafrique.com/a-la-une/lincendie-embrase-le-sahel/ Thu, 04 Dec 2025 08:23:16 +0000 https://mondafrique.com/?p=143773 Le Mali traverse une énième turbulence de son histoire récente. Tandis que s’estompent la pénurie de carburant et le blocus initial, s’accumulent, en revanche, les drames documentés par des organisations de défense des droits humains. Celles-ci, à l’instar de Kal Akal, rapportent des témoignages précis sur la vague de tueries à l’intérieur de plusieurs villages […]

Cet article Jusqu’où l’incendie embrasera le Sahel? est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Le Mali traverse une énième turbulence de son histoire récente. Tandis que s’estompent la pénurie de carburant et le blocus initial, s’accumulent, en revanche, les drames documentés par des organisations de défense des droits humains. Celles-ci, à l’instar de Kal Akal, rapportent des témoignages précis sur la vague de tueries à l’intérieur de plusieurs villages de la région de Tombouctou, du 25 au 27 novembre 2025.

Le site « Veille sahélienne »

En moins d’une semaine, des localités près de Goundam, Gargando et Bintagoungou se sont transformées en charniers. Les massacres de civils vont de l’exécution sommaire, à l’égorgement, aux immolations des cadavres, devant les survivants. Des bergers ont été enlevés, leurs troupeaux confisqués, tandis que des femmes et des enfants disparaissent. Les marchés ruraux de Zouera et Razelma furent entièrement incendiés. Le sort des communautés laissées sans nourriture ni protection pousse des milliers de familles à prendre le chemin périlleux de l’exil. La totalité des sources, y compris celles répertoriées au sein des camps de réfugiés en Mauritanie, pointent la responsabilité solidaire des Forces armées maliennes (Fama), de la milice de chasseurs traditionnels Donzos et des supplétifs russes d’Africa corps. A rebours des Ongs et des journalistes, les organisation internationale – en premier l’Onu, l’Union africaine et l’Union européenne – se gardent d’évoquer la récurrence les crimes de guerre et éludent le risque de génocide. Leurs éléments de langage privilégient, toujours, la priorité de la « lutte contre le terrorisme ».

Simultanément, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Gsim-Alqaïda) publie le bilan de ses opérations du mois musulman de Jumada al-Awwal sous la forme d’une infographie de l’extension croissante des affrontements : + de 139 morts, 62 attaques, 27 engins explosifs improvisés (Eei), 32 véhicules détruits, 102 motos et 181 armes saisies. Malgré leur visée de propagande, les chiffres révèlent le délitement de l’État en dehors des villes et l’ampleur de ce qui s’apparente maintenant à une véritable « anarchie de la périphérie », où les jihadistes imposent un agenda et une l’autorité de fait sur de vastes portions du Centre et de l’Est du pays.

Des revenants, jamais partis loin

Symptôme supplémentaire de l’impasse, l’apparition, le 30 novembre, de Aliou Mahamane Touré, à l’occasion d’une nouvelle vidéo du Gsim, marque la réémergence d’une figure redoutée de l’insurrection du Nord-Mali, entre 2011 et 2013. Ancien commissaire islamiste de Gao durant l’occupation de 2012, il avait imposé l’extrême rigueur de la Charia alors qu’il appartenait à la direction du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), l’une des composantes de l’actuel Gsim. Son retour intervient, à la suite d’années de silence, depuis sa libération, en 2019, grâce à un échange de prisonniers entre le pouvoir et les insurgés.

L’évènement, savamment filmé, met en scène le personnage, entouré d’hommes harnachés de fusils d’assaut et d’enfants badauds. Face à des volontaires venus de divers horizons du Sahel, il s’exprimait en Arabe et Songhaï, dans un décor de désert. Son discours, axé sur la légitimité religieuse, le lyrisme de l’Arabie à l’époque du Prophète et la mobilisation de la jeunesse, comporte la volonté, clairement dite, de conquérir le pouvoir. A l’adresse de l’auditoire conquis, il lançait, « bientôt, inchallah, à Koulouba », colline de la présidence de la République, qui surplombe Bamako.

Le nouveau désordre de la désinformation

Au Burkina Faso, la situation s’assombrit, sans discontinuer, sous l’effet des attaques revendiquées par le Gsim, lequel diffuse, presque chaque jour, des bilans de ses raids contre les positions de la milice d’autodéfense Volontaires pour la défense de la patrie (VDP). À Fada N’Gourma, Bondokuy ou Sebba, les mêmes spectacles de brutalité et d’exactions se répètent : Les pertes humaines, vecteurs balistiques, munitions et motos exhibés en guise de butin deviennent l’emblème d’une inimitié des pauvres, certes à coût modique mais d’une efficacité éprouvée en termes d’extermination de masse. Le gouvernement retranché à Ouagadougou poursuit entretient l’illusion de la normalité et y fait participer la population. L’on retient, à titre d’exemple, l’inauguration d’une saison de performance culinaire ou l’introduction de la carte d’identité biométrique de l’Alliance des États du Sahel (Aes). Les trois juntes animent un univers parallèle, loin du quotidien tragique d’une ruralité qui n’en finit d’agoniser.

Sur un registre plus insolite, d’ailleurs révélateur de l’essor de la mésinformation, la diplomatie du Burkina Faso s’est vue contrainte de commettre, le 2 décembre, un communiqué de démenti au sujet de l’arrivée d’une délégation officielle des Talibans à Ouagadougou. Connaissant le lien originel entre le jihad sahélien et Alqaïda maison-mère dont l’Afghanistan fut, à la fois, le siège et l’ultime tombeau, la nouvelle avait de quoi susciter l’étonnement. Aujourd’hui, le Gsim est devenu un acteur autonome, détaché de ses inspirateurs de l’Orient et capable de construire sa propre épopée, sur les traces de la dynastie almoravide, comme le rappelle la dénomination Zellagha, de sa principale agence de presse.

La diplomatie toxique de l’uranium

Au Niger, le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (Cnsp), organe exécutif de la transition, réitère, sur les média d’Etat, sa résolution de vendre, à l’étranger, un stock d’environ 1000 tonnes d’uranium brut, pourtant propriété d’une filiale locale du groupe français Orano, désormais en délicatesse avec Niamey. L’acheteur présumé, une entreprise russe, aurait dépêché un navire, à cet effet, qui mouillerait au port de Lomé, selon le collectif d’enquêtes en sources ouvertes Inpact. La frontière du Bénin étant fermée par la junte qui craint une invasion des troupes françaises, le convoi devrait traverser la région de Tillabéri et une partie du Burkina Faso. Le long du trajet, pullulent les embuscades du Gsim et de l’Etat islamique, province du Sahel (Eis). Parti d’Arlit, après une escale à Agadès, la procession de camions sous haute escorte atteignait, en soirée du 3 décembre 2025, les faubourgs de la capitale. L’achat de la cargaison, par des Russes, au prix d’une telle somme de périls, soulève la perplexité. La Fédération de Russie ne manque d’uranium. In fine, la vente profiterait-elle à un destinataire secret ? Certaines supputations désignent l’Iran, autre allié de Moscou.

Dans le même temps, le ministère nigérien de l’Intérieur annonce la suspension de centaines d’ONG aux griefs de non-conformité aux règles de l’administration et de défaut de publication de leurs rapports financiers. Des observateurs avisés soulignent, qu’en sus de la détermination d’étouffer les voix discordantes, la junte, confrontée à la fuite des investisseurs et aux baisses conséquentes des recettes, cherche, plutôt, à ponctionner les subsides des associations bénéficiaires de financements extérieurs.

 

Un couple tranquille, décomplexé

 

En Mauritanie, les apprêts militaires ne connaissent de trêve. Le général Mohamed Ould Fall Ould Errais, Chef d’état-major général des armées, recevait, le 2 décembre, le nouvel attaché militaire de l’ambassade d’Arabie saoudite à Nouakchott, le colonel pilote Abdul-Ilah Ben Saleh Al-Otaibi. Les deux officiers se sont entretenus du renforcement de la coopération et des perspectives de son développement. D’autre part, les forces embarquées du porte-hélicoptères français Tonnerre, composées notamment de la 13ème demi-brigade de la Légion étrangère, achevaient une escale de 48 heures d’activités conjointes avec leurs homologues de la Mauritanie. Ensemble, ils ont opéré des exercices de tirs, de maniement des drones et de mobilité dans le sable. La séquence confirme la variété et l’assurance d’un partenariat assumé.

Références

Carte Afrique de l’Ouest : https://t.me/veillesah/669

Mali

1 lien X, déclaration de Kal Akal : https://t.me/veillesah/670

1 infographie mensuelle Gsim : https://t.me/veillesah/671

 

Burkina Faso

2 images Gsim : https://t.me/veillesah/672

1 capture d’écran Gsim : https://t.me/veillesah/674

1 lien tentative de record Guiness en cuisine : https://fr.apanews.net/not-to-be-missed/une-cheffe-burkinabe-en-route-pour-un-guinness-world-record/#:~:text=La%20cheffe%20Djenebou%20Banao%20lance,dans%20le%20Guinness%20World%20Record.

1 lien carte biométrique Aes : https://fr.apanews.net/news/le-capitaine-traore-recoit-sa-carte-didentite-biometrique-de-laes/

 

Niger

1 lien communiqué de Civicus, suspension des Ong : https://www.civicus.org/index.php/fr/medias-ressources/112-news/8002-niger-reverse-the-suspension-of-civil-society-organisations

1 lien Impact par Géo, convoi d’uranium : https://www.geo.fr/geopolitique/un-convoi-nigerien-charge-d-uranium-va-traverser-une-zone-controlee-par-des-djihadistes-229801

1 lien accusation Orano matière radioactives : https://anp.ne/400-tonneaux-de-carotte-radioactive-decouverts-a-madaouela-letat-nigerien-entend-porter-plainte-contre-orano/

 

Mauritanie

1 captures d’écran, page officielle de l’armée : https://t.me/veillesah/674

1 lien page Meta de l’Ambassade de France à Nouakchott : https://www.facebook.com/AmbassadedeFranceenMauritanie/posts/-escale-du-pha-tonnerre-%C3%A0-nouakchott-dans-le-cadre-de-la-mission-corymbedans-le-/1159923446321854/

 

Cet article Jusqu’où l’incendie embrasera le Sahel? est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Mali, le chemin vers le pouvoir d’Iyad Ag Ghali https://mondafrique.com/decryptage/mali-le-chemin-vers-le-pouvoir-diyad-ag-ghali/ Wed, 05 Nov 2025 04:48:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=90520 Rebelle touareg du nord Mali devenu le chef dy GSIM, le principal mouvement djihadiste au Mali, Iyad Ag Ghali, qui est devenuune figure centrale de l’avenir du Mali, est passé par l’armée de Kadhafi et proche des services de renseignements algériens (DRS), celui que l’on surnomme « le lion du désert » a construit une […]

Cet article Mali, le chemin vers le pouvoir d’Iyad Ag Ghali est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Rebelle touareg du nord Mali devenu le chef dy GSIM, le principal mouvement djihadiste au Mali, Iyad Ag Ghali, qui est devenuune figure centrale de l’avenir du Mali, est passé par l’armée de Kadhafi et proche des services de renseignements algériens (DRS), celui que l’on surnomme « le lion du désert » a construit une organisation populaire en privilégiant le contact avec les populations locales sur toute stratégie terroriste à l’étranger.

À la façon des Talibans en Afghanistan et sur un mode opposé à la brutalité des organisations sahéliennes fidèles à Daech, comme le raconte l’excellent livre de Seidik Abba (« Mali-Sahel, notre Afghanistan à nous »),  qui nous a permis de publier des extraits de cette enquête particulièrement fouillée.

Les réseaux tentaculaires placent Iyad ag Ghali  hors de toute atteinte et le rendent incontournable dans la crise malienne. Replié dans le sud algérien depuis l’offensive des militaires français, cet expert des jeux à mille bandes est devenu le chef du GSIM, le principal groupe djihadiste malien, rallié  Al-Qaïda au Maghreb islamique. Bien qu’Emmanuel Macron ait désigné ce notable de l’islamisme comme « l’ennemi publuc numéro un » de la France, tout dans son parcours et sa personnalité le désigne comme un chef politique pragmatique qui cherche, y compris en s’appuyant sur des forces salafistes, à s’imposer sur le théâtre politique malien.

L’Odyssée d’Iyad Ag Ghali

Né vers 1955 dans une famille noble d’éleveurs de la tribu des Ifoghas au nord-est du Mali, Iyad Ag Ghali a un parcours digne de l’Odyssée. Agé d’à peine vingt ans dans les années 1980, il prend la route de la Libye comme de nombreux touaregs qui fuient le chômage et les terribles sécheresses qui dévastent la région. Là-bas, le futur chef rebelle enchaîne les jobs à la sauvette, jardinier, gardien de voitures, avant d’intégrer, comme des milliers d’autres touaregs, la légion islamique de Kadhafi. « A l’époque, s’enrôler dans l’armée libyenne représentait une possibilité de se former au combat dans l’optique d’une future rébellion »  explique Pierre Boilley, directeur du Centre d’étude des mondes africains qui a connu Iyad Ag Ghali. Au Liban, où on l’envoie combattre les milices chrétiennes, puis sur le terrain tchadien, Iyad s’initie donc à l’art de la guerre.

C’est en combattant aguerri qu’il revient au pays lorsque Kadhafi démantèle la légion en 1987. Il troque alors son uniforme militaire pour celui de la rébellion touareg dont il va devenir une icône. A la tête du Mouvement populaire pour la libération de l’Azawad (MPLA), il lance sa première action d’envergure le 28 juin 1990 : un assaut contre la gendarmerie de la ville de Ménaka. Plusieurs policiers maliens meurent pendant l’attaque. Un fait d’arme qui lui vaut d’être reconnu comme un combattant redoutable. Au point de s’attirer l’oeil de l’Algérie, puissance régionale incontournable qui considère le nord Mali comme sa zone d’influence et craint de voir s’exporter les velléités autonomistes sur son territoire. Après avoir longtemps réprimé les touaregs aux côtés de l’armée malienne, Alger s’engage en effet, dans une stratégie d’infiltration de ces mouvements. Stratégie dont Iyad sera la pierre angulaire.

 

Iyad Ag Ghali, l’allié d’Alger

Lorsque la diplomatie algérienne impose sa médiation dans le conflit malien et organise des négociations à Tamanrasset en 1991, les hommes du DRS choisissent de miser sur le jeune et ambitieux leader. Interlocuteur du gouvernement malien lors de ces pourparlers, Iyad accepte de signer l’accord de paix de Tamanrasset alors qu’aucun des objectifs de la rébellion n’est atteint. Un acte qui lui vaudra d’être considéré par beaucoup de maliens comme l’homme qui a ramené la paix au nord Mali, et par beaucoup de rebelles comme un traître passé sous la coupe de l’Etat. Le camp  touareg se divise. Iyad, qui a fait d’une pierre deux coups a acquis le soutien d’Alger et la confiance des autorités maliennes.,

Progressivement, il plonge dans le fondamentalisme religieux. Déjà acquis au discours antioccidental cultivé dans les camps d’entrainement libyens, il se radicalise. Difficile d’expliquer ce virage. Si certains doutent de la sincérité de sa foi, beaucoup évoquent un épisode décisif. Entre 1997 et 1998, des missionnaires salafistes pakistanais affiliés au courant Jamaat al-Tabligh qui prône un islam rigoriste débarquent à Kidal. Pendant de longues heures, Iyad discute avec eux et devient leur disciple. A leur contact, il change. « Il ne s’habillait plus qu’en blanc, ne buvait plus d’alcool » explique le chercheur Pierre Boiley. « Il dormait même dans les mosquées » affirme un homme politique malien. Son épouse, Anna Walet Bicha, valeureuse combattante aux côtés de la rébellion des années 1990, se voile de noir. Selon un ancien officier des services de renseignement à Bamako, Iyad effectue même une courte retraite au Peshawar. Tout en adhérant aux thèses fondamentalistes dont il se réclame officiellement à partir de 2003, le fin stratège peaufine son image d’islamiste « light » en prenant soin d’affirmer son rejet des attaques suicides et du terrorisme.« C’est un véritable entrepreneur politique. Il peut changer d’alliance du jour au lendemain selon les rapports de force » explique un diplomate français (1).

Admiré et redouté à la fois, Iyad fascine et se rend indispensable. Même le président ATT sait, à l’époque, à quel point il peut lui être utile. « ATT avait une ligne directe avec Iyad qui était un relai extrêmement précieux pour lui au nord Mali » affirme le même diplomate. Pourtant, son influence croissante est source d’inquiétudes et Iyad se voit nommé consul à Djeddah en novembre 2007. « Grave erreur » confie un ancien officier du renseignement malien. « Nous avions sous-estimé son degré de radicalisation à l’époque ». Les contacts qu’il noue sur place avec des groupes salafistes lui valent de se faire expulser du territoire en 2010.

De retour au Mali avec son nouveau carnet d’adresse, il gravite autour de personnalités liées à Aqmi et fait son retour sur le marché des otages qui lui rapporte gros. Son nom apparaît notamment à plusieurs reprises en 2013 lors de la libération des otages d’Areva capturés à Arlit au Niger. 

L’agrégation de groupes disparates

Comme en Afghanistan où la victoire des talibans a été acquise par l’alliance entre la connaissance du terrain et le maillage territorial, le GSIM agrège un ensemble de groupes disparates : Ansare Dine, créée en 2012 par Iyad Ag Ghali, pour rallier une partie de la communauté touarègue la Katiba Macina d’Amadou Koufa, dont le fief se situe au centre du pays, la Katiba Serma, près de la forêt éponyme, dans le Centre, et la Katiba Gourma, dans la zone des trois frontières communes au Burkina Faso, au Mali et au Niger.

Par le nombre des structures qu’il fédère mais surtout par son implantation ethnique ouverte aux populations arabe, touareg, peul ou bambara, le GSIM revendique une identité nationale malienne comparable à la dynamique créée par les talibans dans ses alliances avec les structures tribales afghanes.

Tout comme « les frères » de Kaboul, le GSIM a adopté la même architecture organisationnelle que les talibans : Un conseil de chefs, Majilis-Al-Ayan au sommet assisté par une assemblée générale populaire Majilis-Al-Choura.  Comme chez les talibans, et à la différence de l’EIGS, n’il n’y a pas dans le GSIM un « gourou », mais une sorte de « responsable » délégué. Iyad Ag Ghali n’est que « le Mollah » du GSIM, une sorte de « Mollah Omar », de son vrai nom Mohammad Omar, chef des talibans de 1994 jusqu’à son décès en 2013.

Autre élément qui fait écho au Sahel à la victoire des talibans, c’est l’adoption de la même stratégie d’agenda. Le GSIM n’a jamais eu l’ambition d’aller frapper Paris, New York, Londres ou Bruxelles. Son agenda est malien, nigérien, burkinabé et sahélien. Autant les talibans cherchaient seulement à chasser les « forces d’invasion » du territoire national, autant les groupes fédérés au sein du GSIM cherchent à bouter hors du Sahel Barkhane, la MINUSMA, les armées européennes ainsi que toutes les autres forces étrangères.

L’armée française ciblée

Comme les talibans qui s’en prenaient, non pas aux populations, mais aux forces étrangères et à l’armée régulière afghane, les combattants du GSIM ciblent les forces étrangères et les armées sahéliennes. En 2018, ils ont ciblé simultanément, à Ouagadougou, au Burkina Faso, la France (l’ambassade de France) et le Burkina Faso (l’état-major des armées burkinabé).

Ils frappent en mars 2017 une patrouille des forces armées maliennes à Boulkessi, dans le nord, faisant 11 morts et des blessés graves. Les djihadistes du GSIM ont tué lors d’une attaque perpétrée en mai de la même année à Nampala, dans le centre du Mali, neuf autre soldats maliens.  A Sevaré, dans le Centre, le GSIM avait attaqué en juin 2018 le quartier général de la Force conjointe du G5 Sahel à Sevaré, tuant six personnes et imposant son transfert à Bamako.

La proximité avec le terrain

Comme en Afghanistan où l’intervention internationale n’a pas empêché le discrédit de l’Etat caractérisé par la corruption, les « talibans » sahéliens exploitent à fond le terreau local favorable à leurs activités.

Ils apportent des solutions aux problèmes matériels de certaines populations en assurant des prestations de services de base en matière d’accès à l’eau, de pâturages, de transhumances des animaux. Ils disposent pour cela d’un trésor de guerre acquis à travers le paiement des rançons par les Etats occidentaux en échange de la libération de leurs ressortissants. Rien que pour la libération en octobre 2020 de la Française Sophie Pétronin et du chef d file de l’opposition Soumaïla Cissé le GSIM, qui les détenait, le GSIM aurait perçu entre 10 et 18 millions d’euros.

 Il est même arrivé que des mouvements djihadistes assurent la sécurité d’événements communautaires, notamment au Mali dans des zones où l’Etat est totalement absent.  Des exactions régulièrement attribuées aux forces de défense et de sécurité ont brisé la confiance entre les Etats sahéliens et leurs populations. Une grande brèche dans laquelle se sont aisément engouffrés les mouvements fédérés dans le GSIM.  

« Nous sommes aujourd’hui arrivés dans le delta central à un stade où les populations ont autant peur de l’armée malienne, de la gendarmerie malienne, de la police malienne que des hommes d’Amadou Koufa », nous avait confié en 2017, Alioune Nouhoum Diallo, ancien président de l’Assemblée nationale du Mali (1992-2002) et  ancien président de parlement de la communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO, 2002-2006).

Des passerelles vers l’État malien

Après les assises de la paix dans le delta central malien, organisées du 2 au 3 mai 2017, à Mopti, dans le centre du Mali, Amadou Koufa s’était déclaré ouvert à des négociations avec l’Etat malien, à la condition que son interlocuteur soit le professeur Alioune Nouhoum Diallo, grande figure de la communauté peule.

De Kidal, sur la frontière algérienne à Ménaka et Gao, sur la frontière avec le Niger, en passant par Ségou et Mopti dans le Centre, les groupes djihadistes affiliés au GSIM ont investi depuis plus de dix ans les zones rurales, comme les talibans en Afghanistan.

Avec la même démarche, la même architecture de gouvernance, le même agenda d’expulsion des armées étrangères, le même terreau favorable, ils rêvent de faire autant que les talibans. 

« Ils sont galvanisés par la victoire des talibans. Ils se disent que les frères ont vaincu là-bas la plus puissante armée du monde, pourquoi pas nous au Sahel », a décrypté pour nous, en octobre 2021 à Paris, Tiébilé Dramé négociateur de l’accord de paix inter-malien signé en 2013 à Ouagadougou, au Burkina Faso, et ancien chef de la diplomatie malienne.

Le même argumentaire est repris par Moussa Ag Assarid, figure emblématique du MNLA : « La victoire des talibans en Afghanistan a eu une vraie résonance chez les groupes djihadistes sahéliens sur le mode : nous aussi, nous y arriverons tôt ou tard ».

La fin de Barkhane annoncée en juin 2021 par le président Macron et les départs, même très ordonnés et scénarisés, des soldats français de leurs bases de Tessalit, Kidal et Tombouctou, dans le nord du Mali, ont été accueillis par Iyad Ag Ghali et ses camarades comme une demi-victoire qui présage de la victoire totale comme en Afghanistan.

(1) Cette citation figure dans un article du site Mondafrique, « l’intouchable Iyad Ag Ghali »

Cet article Mali, le chemin vers le pouvoir d’Iyad Ag Ghali est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Les confidences du « Sphinx » malien https://mondafrique.com/politique/les-confidences-du-spinx-malien/ Sun, 21 Sep 2025 04:55:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=139034 Le Sphinx, un journal malien indépendant et courageux , est fondé en 2001] par Adama Dramé, dont nous publierons désormais régulièrement le carnet de bord que son directeur rédige chaque mois depuis la France où il a du se réfugier après l’enlèvement et la mort d’un de ses journalistes, Birama Touré Deux diplomates maliens expulsés […]

Cet article Les confidences du « Sphinx » malien est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Le Sphinx, un journal malien indépendant et courageux , est fondé en 2001] par Adama Dramé, dont nous publierons désormais régulièrement le carnet de bord que son directeur rédige chaque mois depuis la France où il a du se réfugier après l’enlèvement et la mort d’un de ses journalistes, Birama Touré

Deux diplomates maliens expulsés

Ousmane Houmani Camara et Batné COULIBALY sont deux diplomates maliens en poste à Paris qui viennent d’être déclarés, le 17 septembre 2025, non désirables en France dans un contexte de tensions diplomatiques entre les deux pays.

Lieutenant-colonel de gendarmerie, Ousmane Houmani CAMARA est conseiller consulaire au Consulat général du Mali à Paris depuis 2017. Paris le considère comme un membre des services de renseignement maliens opérant sous couverture diplomatique. Rappelons qu’Ousmane Camara, dit « Houmani », est cité dans l’affaire du journaliste du Sphinx, Birama Touré, enlevé puis assassiné alors qu’IBK était encore  au pouvoir. Les autorités actuelles continuent à étouffer ce dossier en refusant aux différents juges d’écouter les présumés protagonistes qui sont intervenus dans l’arrestation, la séquestration, la torture et la mort de notre confrère dans la cellule N° 4 de la Sécurité d’État.

Batné Ould Bouh Coulibaly (Contrôleur général de police) est depuis fin 2021 attaché de défense à l’ambassade du Mali à Paris. Il est aussi soupçonné par les autorités françaises d’appartenir aux services de renseignement maliens sous couverture diplomatique, ce qui justifie la mesure d’expulsion prise par la France.

Cette décision de la France intervient après l’arrestation à Bamako d’un diplomate français accusé d’activités de déstabilisation du Mali, ce que Paris dénonce comme un abus et violation de l’immunité diplomatique. Le diplomate français arrêté à Bamako le 14 août 2025 est Yann Vezilier, deuxième secrétaire de l’ambassade de France au Mali. Il est également officier de renseignement de la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure) officiellement accrédité auprès des autorités maliennes. L’expulsion des deux diplomates maliens est présentée comme une mesure de réciprocité dans ce bras de fer diplomatique croissant.

Vers un axe Washington/Bamako?

Après la France et la Russie, Bamako se tourne en ce moment vers les États-Unis de Donald Trump avec lesquels le Mali a scellé un pacte dans le domaine du renseignement militaire. Toute chose qui risque de contrarier le Kremlin et susciter ses courroux.

C’est le Washington-Post, journal américain qui a levé le lièvre dans sa livraison du lundi 15 Septembre 2025. Selon le confrère américain, « les États-Unis ont récemment intensifié leur coopération en matière de renseignement avec les autorités militaires maliennes […]. L’administration Trump avait partagé des informations sur les groupes armés et ces renseignements ont été utilisés dans des opérations militaires contre des groupes extrémistes dans le nord du pays ».

Une information qui risque fort de contrarier Moscou dont les troupes sont présentes au Sahel et au Mali en particulier.

Il ne peut en être autrement si l’on se réfère aux déclarations plutôt impérialistes de Poutine selon lesquelles « là où un soldat russe pose le pied, cela nous appartient [à la Russie] ». Le soldat russe a bien posé le pied au Sahel.

Une première tentative (Mars 2021) 

Alors que le Kremlin ne pensait pas encore au Sahel, Maliens et Américains lançaient les bases d’une coopération militaire. Le 9 mars 2021 en effet, le Vice-président de la Transition malienne, Assimi Goïta, recevait le Commandant des opérations spéciales américaines pour l’Afrique.

Le Général Dagvin Anderson, Commandant des Forces spéciales américaines pour l’Afrique, basées à Stuttgart en Allemagne, et son hôte du jour jetaient ainsi les bases d’une coopération militaire entre leurs deux pays. Moscou n’arriva qu’une année plus tard sur incitation d’une partie de la société sous influence du groupe Wagner, du moins, dit-on dans certains milieux.

Le retour vers Washington aujourd’hui surtout après les nombreux échecs et des résultats très mitigés des groupes russes Wagner et Africa corps, ne peuvent que réconforter les autorités de la transition dans leur nouvelle orientation.  Mais sera-t-elle sans conséquences ?

 

 

Cet article Les confidences du « Sphinx » malien est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Cette video djhihadiste qui menace de blocus le centre du Mali https://mondafrique.com/confidentiels/cette-video-djhihadiste-qui-menace-de-blocus-le-centre-du-mali/ Sun, 07 Sep 2025 08:08:42 +0000 https://mondafrique.com/?p=138362 Le 6 septembre 2025, la Katiba Macina du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Gsim-Alqaïda) publie une nouvelle vidéo de propagande, à l’adresse des populations de Kayes et de Nioro, les deux villes présumées sous blocus de l’entité jihadiste. Un article du site « Veille sahélienne »  L’orateur est Abou Houzeifa Al-Bambari, figure montante de […]

Cet article Cette video djhihadiste qui menace de blocus le centre du Mali est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Le 6 septembre 2025, la Katiba Macina du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Gsim-Alqaïda) publie une nouvelle vidéo de propagande, à l’adresse des populations de Kayes et de Nioro, les deux villes présumées sous blocus de l’entité jihadiste.

Un article du site « Veille sahélienne » 

L’orateur est Abou Houzeifa Al-Bambari, figure montante de l’insurrection. Il s’exprime dans la langue éponyme, qui est aussi celle d’une majorité de Maliens. Debout, sur la chaussée d’une brousse de saison de pluies, il déroule son message, au milieu de 3 acolytes, comme lui en tenue militaire, le visage occulté sous le turban. Tous exhibent, en bandoulière, des armes d’assaut, sans doute des AK47. Plus en retrait, près d’un bus, un 5ᵉ assure le guet, à bord d’une moto. Le phrasé, concis, rompt d’avec les envolées d’usage. Les références à la religion inclinent à la sobriété.

« Par la volonté d’Allah » 


La brièveté et la clarté du propos dénotent la volonté de sanctionner les récalcitrants à l’embargo. Rappelant son oraison du 03 septembre où il annonçait le début des restrictions et agitait le risque de représailles aux dépens des transporteurs contrevenants, il insiste et confirme : “Nous sommes déjà sur place, et il ne reste plus que le travail, si Dieu le veut. Nous n’avons plus grand-chose à dire désormais. Celui qui comprend le message, qu’il reste à sa place. Et celui qui ne veut pas le recevoir, qu’il sache que nous sommes là, nous ne bougerons pas, et nous exécuterons les ordres donnés, par la volonté d’Allah”.
 

Cet article Cette video djhihadiste qui menace de blocus le centre du Mali est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
La guerre froide en Afrique(5/5), le Mali hésite entre Moscou et Washington https://mondafrique.com/international/guerre-froide-en-afrique-5-6-quand-le-mali-jouait-moscou-et-washinton/ Mon, 28 Jul 2025 01:01:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=54051 Pendant les huit années où il a exercé tout le pouvoir au Mali, Modibo Keita n’a cessé de louvoyer entre les intérêts des grandes puissances pour maximiser l’aide internationale accordée à Bamako. Un numéro d’équilibriste de grande volée Olivier Toscer Septembre 1959, le SDECE, le service de renseignement extérieur de la France rédige, à la […]

Cet article La guerre froide en Afrique(5/5), le Mali hésite entre Moscou et Washington est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Pendant les huit années où il a exercé tout le pouvoir au Mali, Modibo Keita n’a cessé de louvoyer entre les intérêts des grandes puissances pour maximiser l’aide internationale accordée à Bamako. Un numéro d’équilibriste de grande volée

Olivier Toscer

Le président malien Mobido keeita a tenté de jouer successivement le jeu de plusieurs grandes puissances: RUSSIE, CHINE, ETATS UNIS

Septembre 1959, le SDECE, le service de renseignement extérieur de la France rédige, à la demande Jacques Foccart, le M. Afrique du Général de Gaulle, un état des lieux du péril rouge en Afrique. Le dossier intitulé  L’action du communisme en Afrique liste toute une série de points chauds visés par la propagande de Moscou et susceptibles de basculer du côté rouge de la force : l’Algérie, le Maroc, le Cameroun, la Guinée et l’Egypte principalement y figurent. Mais nulle mention du Mali.

Et pourtant dès la proclamation d’indépendance du pays, un an presque jour pour jour après ce rapport des services secrets, Bamako annonce se tourner vers l’Est. Quelques semaines plus tard, le président Modibo Keita expulse même l’armée française du Mali, contrairement aux accords signés avec la métropole quelques mois plus tôt. Dans la foulée, l’homme fort de Bamako se proclame socialiste révolutionnaire et partisan des thèses des non-alignés.

Les hommes de Foccart seraient-ils lourdement trompés en omettant de classer le Mali dans la liste des pays à surveiller ? Peut-être pas tant que cela, en réalité. Car les dirigeants de Bamako obsédés par l’urgence de se libérer du joug néo-colonial de la France vont se montrer plus opportunistes que proprement communistes. Dans la Guerre Froide qui glace le monde et le continent africain, Le Mali va devenir un savant manipulateur de la tension entre les deux Grands, afin de profiter au maximum des deux systèmes. Quitte à jouer également la carte chinoise

Dans un premier temps, l’URSS, déjà bien implanté en Guinée voisine, va essayer de pousser son avantage. Le bloc de l’Est devient l’un des principaux partenaires commerciaux du Mali avec 42 % des échanges, loin devant les Etats-Unis, avec seulement 2,3 %. Aux côtés des Soviétiques interviennent également plusieurs centaines de conseillers tchécoslovaques, chargés notamment de développer l’aviation civile et de cornaquer Air Mali. Le franc malien est également frappé à Prague.Les Allemands de l’Est, eux, même plus discrets, sont bien présent également à Bamako dans les premiers temps de l’indépendance.

L’engagement de l’Union soviétique ne répond à la seule volonté d’abaisser le rideau de fer sur le Mali. Les Soviétiques pensent pouvoir faire de bonnes affaires dans le pays, notamment en mettant la main sur la recherche minière. Ils espérent mettre à jour des gisements semblables à ceux du désert algérien. En échange de leur participation à la construction de grandes infrastructures dans le pays (stade omnisport de Bamako, flotte d’Illiouchine pour Air Mali, école nationale d’administration, ect) le rusé Modibo Keita cède en effet aux Soviétiques, l’ancien bureau minier de l’AOF, issu de la colonisation française. Mais, malgré quantités de forages dans l’Adrar des Ifogas et à Tin Raidane, les Soviétiques doivent déchanter. La Mali reste très pauvre en ressources naturelles.

« Nous vendons le communisme à l’Afrique. Mais dans les faits, nous devons payer les Africains pour qu’ils nous l’achètent » Krouchtchev

Ancien haut responsable du KGB aujourd’hui directeur d’un institut sur la sécurité à Moscou, Andreï Salnikov l’a récemment rappelé : « Khrouchtchev disait toujours : « Nous vendons le communisme à l’Afrique. Mais dans les faits, nous devons payer les Africains pour qu’ils nous l’achètent ». Moscou crache donc au bassinet, équipant l’armée malienne en équipements lourds et en instructeurs militaires et prenant une part prépondérante dans l’éducation et la formation.

Dès la proclamation d’indépendance, le Mali avait rompu tous les liens de coopération éducative avec le Sénégal, seul pays voisin à posséder une université. Et le Mali n’avait aucun établissement d’enseignement supérieur sur son sol. La France demeurait le seul lieu de formation possible pour son élite, au grand déplaisir des dirigeants farouchement anticolonialiste du pays.

L’URSS offre donc ses services. Une partie de la future élite malienne va aller se former sous les rudes latitudes moscovites, comme une partie des étudiants africains de cette époque. La particularité malienne est que cette formation des cadres va concerner également en grand nombre les femmes. Une curiosité issue des relations poussées existant entre Aoua Keita, la seule femme à siéger au bureau politique de l’US-RDA, le parti au pouvoir à Bamako et la très puissante organisation féministe du parti communiste d’Union soviétique, la CFS, le Comité des Femmes Soviétiques.

Sage-femme de profession, Aoua Keita pousse pour augmenter les quotas d’étudiantes à être acceptée en Union Soviétique pour des études de médecine. Le Mali sera ainsi le premier pays africain à se doter de médecins femmes.

Le malien Modibo Keita et le chinois Chou en Lai en 1964

Modibo Keita, désireux de maximiser l’aide internationale, n’accorde aucune exclusivité aux Soviétiques

Mais ses investissements à fonds perdus commencent à lasser le Kremlin. D’autant que, Modibo Keita, désireux de maximiser l’aide internationale, n’accorde aucune exclusivité aux Soviétiques et se rapproche de plus en plus de la Chine.

Dès 1962, Pékin envoie cinq experts en agriculture auprès de l’Office du Niger, crée sous la colonisation française pour cultiver le coton mais réorientée par le nouveau pouvoir vers la culture du riz. Des dizaines d’autres techniciens chinois vont suivre.

Les Maliens sont aux anges. Une série d’archives chinoises confidentielles récemment exhumées par la fondation MacArthur aux Etats-Unis montrent qu’ils se sentent autorisés à toujours en demander plus. « Le gouvernement du Mali a encore demandé que nous envoyons des experts en sculpture sur bois et ivoire pour enseigner à l’Institut de l’art du Mali, écrivent par exemple les responsables des artisans chinois au hiérarques du Parti. Précisant que les Maliens n’ont encore rien précisé concernant la rémunération des experts ». Et de proposer un partage des dépenses : les indemnités d’habillement, de matériel, les salaires et les dépenses de voyage à la charge de Pékin ; l’argent de poche, les dépenses de logement, de santé et de transport sur place à celle de Bamako. « Merci de préciser si cet arrangement est acceptable ou non »[1].

Forcément, la place grandissante des Chinois auprès du pouvoir malien ne laisse pas l’Ouest indifférent. « Les Maliens sont été impressionnés par les techniciens chinois, particulièrement par leur énergie, leur gentillesse et leur mode de vie simple, relève la CIA dans un rapport spécial classé « secret »[2]. Mais Pékin est en train d’encourager les sentiments anticolonialistes déjà fort et essaye de les diriger contre les Etats-Unis et l’URSS », s’alarme l’agence américaine, s’inquiétant par exemple « des louanges extravagantes du Mali envers la bombe nucléaire chinoise. Elle est célébrée par la presse et la radio malienne comme une « une bombe de la paix », s’étranglent les analystes de Langley.

Les Soviétiques, qui ont déjà rompu avec la Chine, voient eux aussi d’un mauvais œil se rapprochement sino-malien. « Nous préférons nous allier avec nos ennemis, les Américains, si cela était nécessaire pour empêcher le socialisme chinois de s’imposer dans le monde », aurait dit Leonid Brejnev à un ministre malien en visite à Moscou, selon un rapport du renseignement français[3].

Bamako, qui estime avoir tiré de Moscou tout ce qu’il y avait à prendre, ne fait pas grand cas des états d’âmes soviétiques. Les dirigeants maliens pensent pouvoir compter sans réserve sur la Chine. C’est un peu présomptueux. Car les Chinois eux mêmes, commencent à trouver ce partenaire africain un peu trop exigeants.

Malgré les communiqués de la propagande qui louent l’amitié sino-malienne, les conseillers techniques se font en réalité tirer l’oreille pour venir à Bamako.

Pourtant l’ambassadeur chinois est très vite inquiet de la tournure prise par la coopération entre son pays et le Mali : « Nos experts en agriculture et les camarades traducteurs ne sont en général pas bien préparé pour un séjour de longue durée au Mali et ne souhaitent pas rester plus longtemps, écrit-il à Pékin, relevant la difficulté du contexte malien comme le climat et les rudes conditions de vie (…) Dans le futur, nous devrons expliquer clairement combien de temps ils devront rester à l’étranger. Si nous ne sommes pas surs, nous ne devons pas donner de date aléatoire pour leur retour pour éviter d’avoir à une pas respecter notre parole, ce qui pèse sur leur moral »[4].

Après le refroidissement avec Moscou, l’idylle avec Pékin risque, elle aussi de tourner court. C’est l’avis des analystes de la CIA qui, connaissant l’appétit insatiable du Mali pour l’aide étrangère, regardent la situation d’un œil amusé : « Pékin a offert un prêt à long terme et sans intérêt de 19,6 million de dollars, bien inférieur à celui de 55 million déjà obtenu de l’URSS », notent-ils 1965. Et de conclure : « Bamako pourrait peut-être subir une désillusion face au peu d’efficacité de l’aide chinoise comme cela s’est déjà passé avec le pourtant plus ambitieux programme d’aide soviétique ».

Mais plus nationalistes que communistes dans l’âme, les Maliens ne sont pas à un changement d’alliance près. Quatre ans seulement après leur indépendance et des lunes de miel consécutives avec les Soviétiques et les Chinois, ils se préparent déjà à se retourner vers l’Hexagone. « Les relations avec la France ont beaucoup variées depuis la mi-1964, observe par exemple la CIA. A la différence d’avant, quand la pression chinoise était forte et que, Paris était la cible favorite de la propagande, aujourd’hui, les porte-paroles maliens se gardent d’incriminer la France dans leurs récentes dénonciations des activités impérialistes. Et en plusieurs occasion, Keita et ses ministres ont approuvé la politique étrangère de De Gaulle ».

Effectivement, peu à peu, la France revient sur la scène politique malienne, notamment en volant au secours du franc malien en 1967.

Le coup d’Etat militaire qui balaiera Modibo Keita en 1968 portera un coup fatal à l’influence communiste à Bamako. Et progressivement, après avoir profité des espèces sonnantes et trébuchantes de la Guerre Froide, le pays retournera dans le giron de l’Occident.

[1] Câble confidentiel du Bureau de coordination de toutes les coopératives artisanales de Chine au Comité de liaison culturelle à l’étranger de la République populaire de Chine daté du 8 décembre 1964

[2] Le Mali, principal atout de Pékin en Afrique, rapport spécial de la CIA daté du 12 février 1965.

[3] Note du SDECE à Jacques Foccart, le M. Afrique du Général de Gaulle, datée du 26 septembre 1969,

[4] Durée de travail des experts agronomes aidant le Mali, câble de l’Ambassade de Chine au Mali au bureau général pour les relations économiques avec les pays étrangers, le 10 janvier 1963

 

Cet article La guerre froide en Afrique(5/5), le Mali hésite entre Moscou et Washington est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Algérie–Mali : une recomposition explosive du Sahel https://mondafrique.com/a-la-une/algerie-mali-une-recomposition-explosive-du-sahel/ Wed, 23 Apr 2025 20:01:29 +0000 https://mondafrique.com/?p=132287 Dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2025, l’armée algérienne a abattu un drone de reconnaissance armé de type Akıncı, appartenant aux forces maliennes, près de la localité frontalière de Tinzaouaten. Alger affirme que l’appareil avait pénétré de 2 km dans son espace aérien, tandis que Bamako soutient que le drone opérait toujours […]

Cet article Algérie–Mali : une recomposition explosive du Sahel est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2025, l’armée algérienne a abattu un drone de reconnaissance armé de type Akıncı, appartenant aux forces maliennes, près de la localité frontalière de Tinzaouaten. Alger affirme que l’appareil avait pénétré de 2 km dans son espace aérien, tandis que Bamako soutient que le drone opérait toujours en territoire malien. 

Pour mieux comprendre les dynamiques à l’œuvre, Akram KHARIEF, journaliste spécialisé en sécurité et défense et fondateur du site Mendéfense, ainsi que Raouf FARRAH, chercheur en géopolitique, livrent ici leur analyse.

L’affaire aurait pu se régler dans un cadre diplomatique discret. Elle a, au contraire, provoqué un séisme régional. Enjeu de souveraineté, guerre de récits, surenchères médiatiques, fermeture d’espaces aériens, rappels d’ambassadeurs, saisie du Conseil de sécurité de l’ONU. La solidarité immédiate des membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) avec Bamako.

Mais ce drone ne tombe pas dans un ciel dégagé. Il s’écrase dans un paysage diplomatique déjà miné par la méfiance, les réalignements géopolitiques, les frustrations historiques et les jeux d’influence. Loin d’être un simple incident aérien, cette crise révèle une recomposition violente du Sahel, où l’Algérie voit son rôle de puissance médiatrice contesté.

De la médiation à l’hostilité

Historiquement, l’Algérie a joué un rôle central dans les tentatives de résolution du conflit malien. Sa médiation a conduit à la signature des Accords pour la Paix et la Réconciliation au Mali en 2015, texte fondateur censé stabiliser le rapport entre le pouvoir central de Bamako et les groupes indépendantistes du nord du pays. Mais depuis l’arrivée au pouvoir de la junte militaire malienne en 2020, et plus encore après le deuxième coup d’État de 2021, cette relation s’est inexorablement détériorée.

Selon Raouf Farrah cette crise n’est pas un accident isolé, mais le point culminant d’une détérioration lente et structurelle. Trois facteurs majeurs l’expliquent : la dénonciation unilatérale par Bamako des Accords de paix de 2015, le bouleversement des alliances régionales après le départ de l’opération Barkhane, et la montée d’un discours souverainiste agressif de la junte malienne, qui instrumentalise la confrontation pour renforcer sa légitimité.

Akram Kharief ajoute que cette rupture s’est traduite sur le terrain par une stratégie de confusion délibérée. En assimilant les groupes indépendantistes à des entités terroristes, Bamako a justifié une offensive militaire brutale dans le Nord. Résultat : exodes massifs vers la Mauritanie et l’Algérie conduisant à une pression humanitaire et sécuritaire sur les zones frontalières.

« L’arrivée des drones turcs fin 2022 a marqué un tournant, offrant à l’armée une capacité de frappe accrue. Il faut bien comprendre une chose : les autorités maliennes utilisent les drones essentiellement pour des frappes d’opportunité. Elles font décoller des appareils qui patrouillent et tirent des missiles sur ce qu’elles considèrent comme des groupes d’individus ou des véhicules suspects. La vérification intervient après coup, et très souvent, il s’agit de familles, de commerçants ou d’orpailleurs. Par ailleurs, la propagande médiatique malienne donne l’impression que la lutte contre le terrorisme est exclusivement localisé dans le nord du pays alors qu’en réalité, la majorité des groupes jihadistes se trouvent dans la région du Macina, dans le centre du pays et vers le sud. », précise le journaliste.

La guerre des récits

Dans ce climat déjà délétère, le drone Akıncı devient le prétexte d’une escalade verbale inédite.

Par un communiqué de son Ministère de la Défense, Alger déclare avoir abattu un drone qui a fait une incursion de 2 km sur son espace aérien. Il s’agit d’un appareil sophistiqué d’une valeur de 30 millions de dollars vendu par la Turquie.

De son côté, le Mali, par un contre-communiqué, dément cette version et affirme que le drone n’a jamais quitté son ciel, précisant même qu’il se trouvait à 10 km de la frontière algérienne.

Le ton monte entre Alger et Bamako : surenchère médiatique, accusations mutuelles. Bamako accuse Alger d’être sponsor du terrorisme ; Alger dénonce une junte militaire incompétente en quête de légitimité.

Pour Akram Kharief, il est peu pertinent de juger de la position finale du drone : « Un drone abattu en vol ne s’écrase pas forcément à l’endroit exact de l’impact. Il garde une inertie, une trajectoire. Le fait qu’il ait été retrouvé côté malien ne prouve rien. Simple question d’aérodynamisme ». D’autant plus que l’enregistreur de vol aurait été récupéré par des éléments du Front de Libération de l’Azawad (FLA), non par les forces maliennes. Les données disponibles à Bamako sont donc très partielles.

Raouf Farrah souligne le manque de crédibilité technique d’une enquête malienne dans une région qu’elle ne contrôle plus réellement : « Même à l’époque de l’opération Barkhane, ce sont les Français qui faisaient les vérifications. Aujourd’hui, sans emprise réelle sur le nord, il est peu plausible qu’ils aient une version fiable. »

Derrière les faits, une véritable guerre de récits s’installe. Certains analystes vont même jusqu’à avancer que l’Algérie protégerait tacitement Iyad Ag Ghali, fondateur d’Ansar Dine et leader actuel du JNIM, que le drone aurait eu pour mission de traquer.

Ces accusations, selon Kharief, relèvent de la posture politique plus que de faits établis. L’Algérie maintient des canaux de dialogue avec certains groupes armés, y compris le FLA, dans une logique de sortie de crise. Mais cette nuance est inacceptable pour un pouvoir malien qui assimile désormais toute opposition armée au terrorisme.

Selon Raouf Farrah, la question du terrorisme dans les relations entre l’Algérie et le Mali a toujours été ambivalente. D’un côté, elle a servi de cadre à la coopération sécuritaire et à la mutualisation des efforts dans la lutte contre les groupes extrémistes violents. De l’autre, elle a alimenté des tensions profondes et persistantes.

Le premier facteur de discorde, et c’est une réalité historique difficilement contestable, réside dans le fait que de nombreux islamistes radicaux ayant combattu en Algérie durant la décennie noire (années 1990) ont trouvé refuge dans le nord du Mali à la fin de cette période. Plusieurs des groupes armés aujourd’hui actifs au Mali ont été fondés ou renforcés par d’anciens combattants algériens, contribuant à brouiller les perceptions et à alimenter une méfiance durable entre Alger et Bamako.

Le second facteur tient à la proximité humaine et anthropologique entre le sud algérien et le nord malien. Ces deux régions partagent des liens culturels et historiques profonds. Plusieurs figures rebelles, à l’image d’Iyad Ag Ghali, ont évolué dans les deux sphères. Ancien membre du MNLA à visée indépendantiste, il s’est ensuite radicalisé pour fonder le groupe jihadiste Ansar Dine. Cette trajectoire illustre la porosité des affiliations dans la région et complique davantage les représentations réciproques.

Personne dans le rôle du médiateur

Pendant plus d’une décennie, l’Algérie a été perçue comme une puissance stabilisatrice au Sahel. Mais la dénonciation des Accords d’Alger, les attaques rhétoriques de la junte et l’émergence du bloc AES (Mali, Burkina, Niger) semblent avoir marginalisé ce rôle. La Russie, en soutenant les régimes putschistes via Wagner, a profité du vide laissé par la France tout en entrant en collision avec les intérêts algériens.

Wagner, selon Kharief, « n’est plus un simple instrument d’influence, mais un acteur économique et militaire autonome, qui contribue à la brutalisation du conflit malien. »

Une recomposition serait néanmoins en cours. L’Africa Corps, entité dépendante du ministère russe de la Défense, pourrait remplacer Wagner à terme. Cela ouvrirait une brèche diplomatique, et peut-être une opportunité pour Alger de réactiver un rôle d’arbitre. Mais cela suppose une clarification stratégique en amont.

La réaction de l’AES à l’incident du drone fut sans ambiguïté : soutien total au Mali. Le Niger, avant cette crise, était en phase de rapprochement avec Alger. La Sonatrach y mène des prospections prometteuses. Il était question de raccorder le pétrole nigérien aux infrastructures algériennes pour mutualiser les exportations. Sans oublier le projet de gazoduc transsaharien en provenance du Nigéria, qui devait passer par le Niger et aboutir en Algérie.

Tous ces projets semblent aujourd’hui mis entre parenthèses au profit d’un front commun contre Alger.

Cette unité idéologique du bloc AES masque toutefois des fragilités profondes. Comme le rappelle Kharief, « le nord du Mali est économiquement dépendant de l’Algérie. Carburant, électricité, vivres… tout vient du sud algérien. » Et aucun autre acteur, ni la Russie, ni la Turquie, ni les Émirats, ne peut combler ce vide logistique.

Farrah nuance : « L’économie est une béquille, mais c’est la politique qui décidera. L’Algérie doit penser en termes de coalitions. Miser sur la Mauritanie et le Niger, renforcer sa collaboration avec la CEDEAO, proposer une alternative aux États enclavés. »

 

Une doctrine à refonder : de l’idéologie à la stratégie

Au-delà de l’incident, la crise met en lumière une faiblesse structurelle de la diplomatie algérienne : son absence de vision renouvelée. Longtemps fidèle à une diplomatie de principe, héritée des années 60-70, Alger peine à s’adapter aux nouvelles règles d’un Sahel fragmenté, fluide, multipolaire.

« Cela fait vingt ans que l’Algérie improvise sa politique étrangère, déplore Kharief. Il n’y a pas de stratégie claire sur son rôle régional. Faut-il se tourner vers la Méditerranée, recréer un Maghreb, ou s’assumer comme puissance sahélo-africaine ? Cette question n’a jamais été tranchée. »

Farrah appelle à dépasser les réflexes sécuritaires et à sortir d’une posture défensive : « La politique extérieure est le prolongement de la politique intérieure. Sans réforme démocratique, il n’y aura pas de stratégie cohérente. Il faut favoriser la participation citoyenne dans une optique d’intelligence collective. »

Dans cette perspective, Akram Kharief propose une vision audacieuse : faire de Tamanrasset un pôle d’influence régional. « L’Algérie est un pays sahélien. Tamanrasset pourrait devenir la capitale du Sahel. Mais cela suppose un investissement massif dans le développement du sud, une équité territoriale réelle, et une politique d’influence par les infrastructures. »

Les menaces sécuritaires, conclut-il, sont des symptômes plus que des causes. « Elles s’atténueront natur

Cet article Algérie–Mali : une recomposition explosive du Sahel est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Musiques d’Afrique, « Las maravillas del Mali », de Bamako à la Havane https://mondafrique.com/loisirs-culture/musique-las-maravillas-del-mali-de-la-havane-a-bamako/ Sun, 26 Jan 2025 13:13:00 +0000 http://www.mondafrique.info/?p=3366 « Indépendance cha-cha ! Dans les années 60, cet hymne panafricain aux indépendances traverse alors le continent. Une rumba déhanchée, inspirée par la musique des Noirs de Cuba, nourrit l’un des courants majeurs de la musique populaire en Afrique, surtout francophone. A l’heure de la décolonisation, au Congo, au Nigeria, en Guinée mais aussi au Mali, […]

Cet article Musiques d’Afrique, « Las maravillas del Mali », de Bamako à la Havane est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
« Indépendance cha-cha ! Dans les années 60, cet hymne panafricain aux indépendances traverse alors le continent. Une rumba déhanchée, inspirée par la musique des Noirs de Cuba, nourrit l’un des courants majeurs de la musique populaire en Afrique, surtout francophone. A l’heure de la décolonisation, au Congo, au Nigeria, en Guinée mais aussi au Mali, on voit éclore dans les années 60 de nombreux orchestres inspirés par la musique latino. L’un d’eux va vivre un destin extraordinaire : « Maravillas del Mali »

                                             Cuba, les femmes et l’alcool

Dix jeunes Maliens sélectionnés en 1963 sur une simple lettre de motivation, vont partir étudier la musique à La Havane. Originaires de régions différentes du Mali, ils se retrouvent pour la première fois ensemble à Bamako fin décembre. L’un étudie la médecine, l’autre est employé des Postes, un autre encore joueur de foot… Il y a Dramane, originaire de Ségou, pour qui la musique est une passion. «Mais l’idée reçue voulait que la musique ne se transmettait que par les griots. On ne pouvait s’imaginer que ce soit un métier !»

C’est dans ce contexte euphorique que les étudiants s’envolent pour Cuba. Accueillis par un parterre d’officiels, ils sont emmenés à bord de belles Cadillac au Riviera Hôtel. Après six mois de leçons d’espagnol, les heureux élus intègrent le Conservatoire municipal de La Havane. «On n’a pas perdu notre temps, les études étaient là, les distractions aussi. A 21 ans, le cœur chante beaucoup. Car à Cuba il y a trois choses : la musique, la femme et la boisson», se rappelle des années plus tard Dramane, connu sous le sobriquet de Tino (pour son chant de rossignol à la Rossi). Ce voyage d’étude va donc leur ouvrir le cœur, les yeux et les oreilles… Boncana Maïga (flûte, guiro, saxophone), Dramane Traoré (flûte), Moustapha Sako (violon), Aliou Traoré (violon), Abdoulaye Diarra (violon), Mamadou Tolo (violon) et Salif Traoré (contrebasse), les voilà tous séduits par les rythmes latinos :  «Deux ans après notre arrivée, on commençait à maîtriser le solfège et à manipuler les instruments. On s’est dit : pourquoi ne pas monter un orchestre ? D’autant que les grands musiciens cubains qui défilaient chez nous étaient prêts à nous aider. Ils étaient très curieux de voir ce qu’il était possible de faire en commun entre Noirs d’Afrique et Noirs de Cuba», ajoute Boncana Maïga.

Mélange des genres

Ils créent un orchestre de musique afro-cubaine (guaguanco, charanga, pachanga, cha cha cha, montuno, sones, danzon…) aux accents mandingues… Ainsi naît, en 1965,  Las Maravillas de Mali («  Les Merveilles du Mali ») qui connaît immédiatement succès public et la reconnaissance de leur pairs : les musiciens cubains sont emballés par cet orchestre qui mélange les rythmes cubains à leurs propres traditions. « Le sang africain est très proche à nous tous, » déclarait Eliades Ochoa, le leader de Grupo Patria. « Nous, cubains, sommes un mélange d’africain et d’espagnol. Tous nos rythmes sont issus de l’Afrique. »

L’heure est à l’internationale révolutionnaire, un violoniste cuubain se souvient du plaisir de cette collaboration : «Nous avons réussi à en faire un orchestre de très haute qualité, qui symbolisait l’union entre frères mais aussi entre musiciens. Cela m’a rendu fier et orgueilleux.» Il y eut les Maravillas del Mali (les Merveilles du Mali), mais aussi les Estrelas do Congo. Le Congolais Pascal N’Baly, étudiant puis ambassadeur à Cuba, garde un souvenir ému de cette inédite coopération Sud-Sud : «Cuba nous a offert les moyens de nous former gratuitement. C’était solidarité, fraternité, amitié. Beaucoup de ces enfants d’Afrique ont désormais de hautes responsabilités : ils sont ministres, directeurs généraux, médecins et… musiciens.»

Mais le succès est aussi « politique » et c’est le début de la fin.

Le parti… sur un air de salsa

Les jeunes musiciens vont vite devenir des symboles d’espoir pour le «socialiste» Modibo Keita. Le Président, qui a obtenu pour le Mali l’indépendance à l’automne 1960, s’inscrit dans la voie tracée par le Guinéen Sékou Touré : affirmer l’identité du pays à travers sa culture. «Jusqu’alors, les Maliens ne faisaient qu’imiter la musique d’ailleurs, entre autres les productions françaises. Mais avec le président Keita, il fallait former des grands ensembles nationaux. La musique était censée appuyer les mots d’ordre du parti. », résume Massambou Diallo, ancien responsable de l’Institut national des arts (INA) de Bamako.

C’est la « reconnaissance » politique : l’Ambassade de Guinée à la Havane convoque le groupe pour la célébration du cinquième anniversaire de la proclamation de l’indépendance du Mali. Le batteur Bah Tapo évoque  l’engouement général : «Tout le monde dansait, personne ne voulait que ça s’arrête. On s’est dit qu’on pouvait faire mieux.» Et puis c’est la conquête des médias… Durant la Semaine de « Solidarité avec les Peuples d’Afrique », les jeunes novices cartonnent à la Télévision Cubaine  et les émissions radios s’enchaînent, qui les révèlent au public national…

Dès lors, l’orchestre tourne dans l’île, alternant les représentations dans les universités et dans les centrales sucrières : «On a même invité à danser le Che. Il se défendait bien !» témoigne un des vétérans du groupe.

Le tube, « chez Fatimata »

Le groupe enregistre en 1967, avec quelques élèves de Cubanacan (La Cité des Arts de La Havane), son premier album éponyme, Las Maravillas de Mali (Les Merveilles du Mali) dont le fameux tube “Chez Fatimata”, l’histoire (véridique) d’une hôtesse de l’air de la compagnie aérienne belge Sabena, cousine du batteur Bah Tapo : un cha cha cha montuno joué dans toutes les discothèques africaines (opus réédité en 2000). L’Afrique leur fait un triomphe…

Fin 1967, premier retour au Mali. Deux mois de vacances où ils ne vont pas chômer. «Nous avons joué pour l’anniversaire de l’indépendance, dit Dramane. Puis au palais présidentiel : Modibo Keita a même dansé sur un thème qu’on avait écrit en son honneur.» Au texte éloquent : «Le Mali est devenu indépendant, le président Modibo Keita a donné sa voix, le président Ahmed Sékou Touré, le président Kwame n’Kruma… Il faut que toute l’Afrique devienne indépendante !» «Le Président était très fier de nous : c’était la preuve du développement possible du pays.»

Les années Traoré

Au Mali comme dans tant d’autres pays fraîchement indépendants, le souffle du changement provoque des réactions en chaîne… Le 19 novembre 1968, le lieutenant Moussa Traoré participe au coup d’Etat contre le président Keita, avant de le remplacer. C’est le début d’une longue période d’un régime autoritaire et violemment anticommuniste. Outre-Atlantique, les Maravillas se mettent à « faire tâche »  avec leurs boléros, leurs cha-cha-cha, guarachas, son montuno (1) et un Africa Mia aux allures d’hymne panafricain, et même un Lumumba, à la gloire du défunt Congolais, renversé quelques années plus tôt par un autre sans-grade dénommé… Mobutu. Hum Hum. Il va falloir choisir entre la vie d’artiste et le statut d’ »orchestre national » !

En 1970, les Maravillas enregistrent leur premier disque dans les studios Egrem de la Havane, où ils délivrent entre deux originaux une version afro-latine du Pata Pata, le chant des partisans de la diva Miriam Makeba, qui restera étrangement dans les cartons. Financés par le gouvernement cubain, les douze titres principalement arrangés et composés par Boncana Maïga seront diffusés dans les pays du bloc de l’Est. Mais c’est la fin de l’Etat de grâce. Rappelées au pays en 1971, les «nouvelles stars» sont confrontées à la rude réalité du Mali. L’Etat paranoïaque les soupçonne d’être les chantres de la révolution communiste alors même que leur disque fait danser dans les chaumières et les bals poussière. «On nous a laissés sept mois sans rien ! Ni travail ni paie ! Ensuite, nous avons été rétrogradés agents de la septième catégorie, révocables et précaires. Il a fallu que les camarades s’entraident pour que le groupe reste soudé. Il y a eu un grand concert au palais omnisports, où tout le public scandait notre nom.»

Presque quarante ans plus tard, Dramane, installé au café Relax de Bamako, a évoqué cette rude époque du désanchentement :«Quand je parle de cette époque, ça me fait mal au cœur, nous avons mis le Mali devant tous les pays du monde, et nous nous sommes retrouvés traités comme des moins-que-rien. Un véritable sabotage !»

Sous le joug de l’appareil d’Etat

Les musiciens du groupe, acculés, réagissent différemment : certains composent, d’autres prennent le large. Boncana,  fait ses valises pour la Côte-d’Ivoire. «Il n’était pas question que je sois soumis au bon vouloir des autorités. Je voulais composer, créer et enseigner. J’ai réuni tous mes amis pour leur dire que j’allais tenter l’aventure en Côte-d’Ivoire. L’histoire a pris deux chemins, ils sont restés, je suis parti. A Abidjan, après une audition où j’ai joué du Bach à la flûte, j’ai vite eu tous les honneurs.» Boncana enseignera pendant vingt ans au conservatoire, et dirigera l’orchestre de la radio-télévision nationale.

Neuf mois après le départ de leur leader, les Maravillas commencent à répéter à l’Institut national des arts. La censure s’accentue, certaines de leurs chansons sont interdites. Le groupe continue vaille que vaille, invité à Dakar ou à Conakry. Jusqu’au jour où la direction nationale des arts leur impose un nouveau chef d’orchestre : le groupe explose. Bah Tapo, tambour majuscule, refuse d’être le jouet «des opportunistes sans aucune vision de la culture» qui forment la nouvelle caste au pouvoir. «Nous n’en pouvions plus de jouer comme des machines ! Soir et nuit ! Toujours sous-payés. Quand ils ont décidé de remplacer notre chef d’orchestre Khalilou, j’ai dit au ministre de la Culture et des Arts que ce n’était pas possible d’être dirigé par un type qui n’avait ni le bagage intellectuel ni les compétences techniques.» Dans la foulée, les Maravillas sont rebaptisés Badema National, un nom plus conforme aux « aspirations nationalistes ».

Plus d’un demi siècle après, que reste-t-il de cette odyssée ?

Des souvenirs émus et du respect. Les Maravillas restent une référence pour les générations suivantes. En 2010, Toumani Diabaté -virtuose de la kora qui fait danser tout Bamako le vendredi soir au Diplomate et vient de terminer un disque intitulé Afrocubismo – se les rappelle alors qu’il était encore tout gamin. «A l’époque, il n’y avait qu’une radio d’Etat. Chaque dimanche, les auditeurs pouvaient écouter les chansons qu’ils avaient demandées par courrier. Et crois-moi : on entendait souvent Las Maravillas . Et d’ajouter avec regret : » Leur dissolution, c’était très triste. Quel gâchis ! Cet orchestre avait un avenir radieux. Ils auraient pu donner un grand élan à la musique malienne».

Les fantômes de « Las Maravillas »

Pour le français Richard Minier, musicien et documentariste qui tombe amoureux du groupe, les ondes de l’orchestre vibrent toujours… Tout commence à l’été 1999, il vient d’achever un périple au Mali, et boit un dernier verre à l’hôtel de l’Amitié avant de filer vers l’aéroport. Dans ce qui fut longtemps l’unique building de Bamako, construit en 1970 et en pleine décrépitude trente ans plus tard, un orchestre assure l’animation du bar, dans le plus pur style cubain. «Un flûtiste enchaînait de superbes solos et des pas de danse terribles. Je vais voir ce type qui a tout d’un personnage de film : et c’est la découverte de son glorieux  passé à « Las Maravillas del Mali ». A force d’acharnement, il parvient à orchestrer les retrouvailles entre les rescapés. Une première fois en 2004, il improvise même une session dans une salle de l’INA. Puis en 2010, sans Bah Tapo et Moustapha Sako, décédés entre-temps, il réunit les trois survivants. Boncana, toujours fringuant au volant de sa Mercedes, conduit Dramane, le dos courbé par les années et l’emphysème, chez Aliou, devenu un paisible grand-père entouré d’une marmaille. A peine une demi-heure qui durera une éternité. «C’est un énorme pari de nous avoir réunis ! Avec Aliou, on se voit juste lors de funérailles. Et Dramane, sur scène quand il joue le soir», s’émeut Boncana. Un mois plus tard, le 1er juillet, Dramane Coulibaly s’est éteint à son tour. Fin de partie.

Johanna White Palacio-Production AV/Teaser Las Maravillas de Mali from Johanna White Palacio on Vimeo.

– Soro Solo et Vladimir Cagnolari – L’Afrique enchantée «Ticket d’entrée», les perles de «L’Afrique enchantée» en CD et sur France Inter (podcast)

Un parti pris : refléter la diversité des styles, des langues, des époques… Des chansons qui, des années 60 à nos jours, racontent le continent et ses habitants et commentent la vie quotidienne, l’actualité politique, les changements sociaux… A travers leur sélection de chansons, c’est l’extraordinaire patrimoine musical de ce continent qu’ils nous invitent à découvrir.

https://youtu.be/DXy-GiCe_a4

Cet article Musiques d’Afrique, « Las maravillas del Mali », de Bamako à la Havane est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Fahad Ag Almahmoud tué au Mali: le chef touareg devenu une légende https://mondafrique.com/a-la-une/la-disparition-de-fahad-ag-almahmoud-le-chef-touareg-devenu-une-legende/ Fri, 13 Dec 2024 09:22:55 +0000 https://mondafrique.com/?p=123171 Connu pour sa radicalité et sa causticité, Fahad Ag Almahmoud, tué le 1er décembre par l’armée malienne, a consacré les douze dernières années de sa vie à la guerre. L’ancien fondateur du Groupe d’autodéfense des Touareg Imghad et alliés (GATIA), allié du pouvoir central, avait rejoint les groupes rebelles. Ce qui rend les hommages hasardeux. […]

Cet article Fahad Ag Almahmoud tué au Mali: le chef touareg devenu une légende est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Connu pour sa radicalité et sa causticité, Fahad Ag Almahmoud, tué le 1er décembre par l’armée malienne, a consacré les douze dernières années de sa vie à la guerre. L’ancien fondateur du Groupe d’autodéfense des Touareg Imghad et alliés (GATIA), allié du pouvoir central, avait rejoint les groupes rebelles. Ce qui rend les hommages hasardeux. Pourtant, son parcours singulier illustre avec une douloureuse acuité le conflit inextricable entre les groupes armés du Nord du Mali et l’armée régulière. 

De 2014 à 2018, Fahad Ag Almahmoud s’est battu aux côtés des forces armées maliennes (FAMA) sur deux fronts également sanglants – celui de la lutte contre les groupes armés et celui du combat contre l’Etat islamique . Depuis, le leader touareg avait tourné casaque. Le 1er décembre, à Tinzawaten, il est abattu par un drone de l’armée malienne en plein bivouac aux cotés de ses anciens adversaires des groupes rebelles devenu ses alliés.

Le dimanche 1er décembre, le Front de Libération de l’Azawad (FLA), créé la veille au terme d’un pacte d’honneur signé par les chefs des principaux mouvements touareg et maures du nord du Mali, a rendu hommage « au martyr tombé sur le champ d’honneur» en même temps que sept autres leaders communautaires et politiques. L’émotion n’est pas feinte : Fahad a joué un rôle central dans la fusion annoncée la veille, souvent rêvée mais jamais réalisée jusque là. Il semble qu’il ait été, le 1er décembre, la cible principale de la frappe qui a visé sa tente puis sa personne, alors qu’il cherchait à s’abriter.  

Le 2 décembre, les forces armées maliennes se sont réjouies de la «neutralisation de cadres de haut rang des groupes terroristes lors d’une opération spéciale d’envergure.» Fahad Ag Almahmoud figurait sur la liste nationale des sanctions financières ciblées pour «appartenance à un groupe terroriste» et «atteinte à l’unité nationale», les deux causes se confondant pour Bamako.  

Témoigner devant l’histoire 

En miroir de ces positions polarisées, des commentateurs de sensibilités diverses ont rendu hommage au disparu sur les réseaux sociaux, tristes de voir la guerre emporter, une fois encore, son tribut d’hommes de valeur.  Sa franchise et son verbe acide avaient fait de lui une personnalité très connue dans le paysage politique au fil des rebonds, reniements et drames incessants de la dernière décennie.  

Car Fahad Ag Almahmoud, que nous avions rencontré chez lui, à Bamako, lors du tournage du film «Mali, la guerre perdue contre le terrorisme», n’était pas du genre à ne pas assumer ses choix jusqu’au bout.

Au moment de cette longue interview, enregistrée le 8 février 2022, il estimait que le temps était venu de témoigner devant l’histoire. Alors secrétaire général du GATIA, président de la Plateforme des mouvement du 14 juin 2014 et vice-président du Cadre stratégique permanent (CSP), il était sur la crête de ses contradictions intimes. Un an plus tard, il basculerait dans le camp rebelle, tandis que les militaires au pouvoir décideraient la reprise des hostilités armées contre les groupes du nord, après une longue période d’hésitation sur la mise en oeuvre des accords de paix d’Alger.

L’objet du film tourné en 2022 et diffusé par France télévisions en mai 2023 était de donner la parole aux acteurs du conflit sur leur vie et sur l’histoire récente du Mali.

 

La veille de sa mort, signant le pacte d’honneur créant le Front de Libération de l’Azawad (boubou bleu ciel et chèche indigo), à côté de Bilal Ag Acherif (au centre, veste beige)

Une vie scandée par les rébellions

Né en 1976 dans la commune de Tessit, zone située à la frontière du Mali, du Niger et du Burkina Faso, Fahad avait fait son école primaire au village puis poursuivi le lycée à Gao, avant d’être interrompu dans sa scolarité par la rébellion «lorsque les populations ont commencé à cibler les gens de teint clair sous la bénédiction des forces de sécurité.»

«A partir de 1991, les gens de teint clair, les Touaregs, les Maures ont commencé à être ciblés pour la couleur de leur épiderme. C’est à partir de ce moment que les choses ont commencé à tourner mal. C’est à partir de ce moment que les gens ont su qu’ils n’étaient pas protégés par leur pays», nous avait-il dit sans citer les auteurs de ces violences : la milice communautaire songhoï Gandakoye.

Chassé de Gao, il s’était réfugié en Libye les six années suivantes avant de revenir passer son baccalauréat dans la capitale du nord puis de s’inscrire à l’université de Bamako en sciences juridiques et économiques. Diplômé, il fit ses premiers pas dans le privé, au Grand Distributeur Céréalier au Mali, puis à l’Agence de développement des régions du nord.

Interrogé sur le sentiment identitaire qui était le sien enfant et jeune homme, il nous avait répondu par un rare évitement : «dans la commune de Tessit, nous avions une situation acceptable. Et bien que les nôtres n’aient pas été à l’école, nos chefs étaient très bien respectés par l’administration qui, de tous temps, venait de la partie sud du pays. Mais on entendait qu’il y avait une sorte de stigmatisation des Touaregs au niveau du pouvoir central à Bamako. Après la rébellion du 29 juin 1990, il y a eu les deux étapes de l’intégration (ndlr : des combattants rebelles au sein des forces armées et de l’administration), celle de 1992 et celle de 1996. Et pour moi, les problèmes de la stigmatisation et de la marginalisation avaient été résolus par ces deux intégrations.»

La vie militante, puis combattante, de Fahad Ag Almahmoud commence en 2012. Le jeune homme est alors le secrétaire particulier de son aîné le général Elhadji Gamou, un ancien leader rebelle intégré dans l’armée, qu’il a rencontré en 2006. Officier de l’Armée révolutionnaire de libération de l’Azawad, Gamou a été intégré en 1996, au titre des accords de paix, comme commandant de l’armée malienne. Et il a déroulé depuis une belle carrière militaire.

Avec Ibrahim Boubacar Keita

Guerre de 2012-2013 : aux côtés du colonel Gamou

Le retour en 2011 de centaines de Touareg servant dans l’armée libyenne déclenche une nouvelle rébellion, qui, rejointe l’année suivante par des djihadistes affiliés à Al Qaida, aboutira à l’effondrement militaire du nord du Mali. Mais Fahad et Gamou ne s’y rallient pas. «A l’époque, nous n’avons pas épousé l’idée de nous rebeller contre l’Etat parce qu’on estimait que notre situation ne le permettait pas. Nos enfants sont dans l’armée ; nos frères sont dans l’armée. Gamou était le commandant de zone à Gao avant de revenir ici à Bamako et l’État malien s’était engagé à intégrer nos frères venus de la Libye avec leurs grades. On trouvait que c’était plus intéressant que de se rebeller.»

Gamou reste donc commandant de la garnison de Kidal et lors de la débâcle de 2012, il se réfugie au Niger avec Fahad et ses hommes puis accompagne, à partir de janvier 2013, les armées française, tchadienne et malienne dans leur reconquête.  

Fahad et Gamou, qui ont cheminé côte à côte jusqu’en août 2023, appartiennent à la communauté imghad, la tribu touareg la plus nombreuse, qui fut en première ligne contre la conquête coloniale. «Nos parents ont pratiquement été exterminés par les colons dans la résistance de la Boucle du Niger.  De 1916 à 1918, il fut une période où chaque jour, des notables et des chefs mouraient. On a nommé quatre chefs en quatre jours. Je regrette que ces centaines de parents morts ne figurent pas dans l’histoire qu’on nous enseigne à l’école. On nous enseigne toujours l’histoire des autres.»

Création du groupe d’autodéfense loyaliste GATIA

En 2014, les deux hommes fondent le GATIA, un groupe d’auto-défense communautaire. Leur objectif est alors de créer leur propre organisation politico-militaire pour se situer sur l’échiquier malien sans se confondre ni avec l’Etat, ni avec la tribu traditionnellement rivale des Ifoghas. «Il fallait créer quelque chose jusqu’au retour de l’Etat, c’était le moteur principal. Et nos parents, pour garder leur fierté, il fallait qu’ils fassent quelque chose. Nous étions différents de l’Etat, même si on reconnaissait cet État comme étant notre unique représentant, et nous ne voulions pas tomber sous le contrôle des gens qui avaient pris les armes et chassé l’Etat».

Très vite, le GATIA et les indépendantistes du Mouvement national de Libération de l’Azawad (MNLA) s’affrontent militairement. Ces combats entre Touareg feront de très nombreuses victimes, y compris après la signature de l’accord pour la paix et la réconciliation en 2015. Le conflit est tribal et politique et il oppose indépendantistes et loyalistes membres respectivement de la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA) et de la Plateforme.

Mais un deuxième front accapare rapidement le GATIA. Né en 2015, l’Etat islamique au Grand Sahara devient très actif à partir de 2017 dans les régions de Gao et Menaka, où les Imghad sont majoritaires. L’Etat islamique recrute, notamment, parmi les éleveurs peuls, rivaux historiques des éleveurs touareg dans la zone.

«Les terroristes, c’est très simple. À chaque fois que vous vous apprêtez pour les affronter, vous ne les aurez pas. Mais une fois qu’ils savent que vous êtes loin, ils se vengent sur vos parents. On appelle ça la lâcheté. On ne peut pas tous prendre les armes, même si nous sommes l’une des communautés les plus présentes sur cet espace !»  

Cette guerre invisible et sanglante durera jusqu’en 2018. «Contrairement à ce qui se dit le plus souvent, on a nettoyé tout l’est du Mali de l’Etat islamique. Ils sont partis s’installer sur le territoire du Niger. Mais il faut le repréciser, ce n’est pas des opérations que nous avons menées seuls. On était peut-être les plus visibles, mais à l’intérieur de ces opérations, on était avec les forces spéciales françaises qui étaient dans nos véhicules. Il y avait les FAMA à côté ; il y avait les forces nigériennes.»

Lors du tournage du film « Mali, la guerre perdue contre le terrorisme », réunion du Cadre stratégique permanent à Talataye (Olivier Jobard, 2022). Fahad en boubou turquoise à côté de Bilal Ag Acherif, de face, lunettes noires.

Se rassembler pour affronter le chaos  

L’Etat islamique paraissant vaincu et une escalade de violences intercommunautaires se profilant, les armées nationales se retirent. «Tout le monde est parti. On n’a vu ni le Mali, ni le Niger, ni la France. Les gens étaient tués, nos parents étaient tués et on n’avait même pas droit à des condoléances. On a compris que ce n’était pas la bonne décision : tant qu’on on est mouvement d’essence communautaire, ce n’est pas bon pour nous de combattre le terrorisme. Ces groupes, on à rien à gagner en les affrontant. Ce sont les Etats qui doivent les affronter. Car ce sont les Etats qui les manipulent.»

Des milliers de civils perdent la vie dans les années suivantes, malgré la présence des groupes armés des deux tribus locales : le GATIA des Imghad et le Mouvement pour le Salut de l’Azawad de ses alliés daussak. Cet abandon de l’Etat malien jouera un rôle clé dans le basculement à venir de Fahad dans le camp rebelle.

Lors de notre interview, Fahad constate, amer, que les Imghad sont, de toutes les communautés touareg, celle qui a perdu «le plus d’hommes, de matériel et d’efforts, que ce soit dans les affrontements avec la CMA ou avec les groupes terroristes.»

En 2022, à notre rencontre, il est encore membre du Cadre Stratégique Permanent, la Coalition formée avec l’appui de Rome pour faciliter la mise en oeuvre des accords de paix de 2015, alors en panne. L’Italie craint la reprise des combats et le chaos dans la région, propices à la relance de l’immigration vers l’Europe. Fahad croit encore dans l’application des accords dont son organisation est signataire. Le texte rassemble tous les groupes armés du nord, loyalistes comme séparatistes – sauf les djihadistes – autour d’un projet de réconciliation nationale et d’intégration des combattants dans les forces armées maliennes. Pour les chefs de ces groupes, c’est la seule perspective de sortie de crise et de délivrance du fardeau croissant que représentent les organisations politico-militaires. L’intégration de leurs combattants est aussi perçue comme une solution pour être plus forts sur le terrain face aux djihadistes.

Fahad Ag Almahmoud et le général Elhadji Gamou en 2022, lors de la même réunion du Cadre stratégique permanent à Talataye (Olivier Jobard)

«Après la chute d’Ibrahim Boubacar Keïta, le coup d’État du 18 août 2020 et les massacres des Touaregs dans la zone de Tillia, au Niger, on a voulu faire un pas vers l’unité entre nous, voir comment venir en aide à notre communauté qui est ciblée partout par des gens moins armés que nous. Et les autorités de la Transition avaient même encouragé cela dans un premier temps. ‘Il faut vous entendre ; on va tous s’entendre ; c’est la France qui nous divise.’ C’est ce qui a donné naissance au Cadre Stratégique Permanent. Notre dynamique, c’est d’enlever tout ce qu’il y a comme difficultés entre les mouvements et les populations qui les composent, entreprendre tout ce qui est possible en matière de sécurisation des personnes et des biens et faciliter la mise à niveau de l’accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger.» Mais en ce mois de février 2022, l’inquiétude pointe déjà sérieusement, alors que le gouvernement militaire laisse planer le doute sur ses intentions. Pour les groupes membres du CSP, l’objectif est donc de faire baisser la tension entre Touareg pour ne pas donner prise aux instrumentalisations du passé.

La fin des accords de paix

«L’Etat lui-même nous inquiète. On s’attend toujours à ce que les problèmes se transportent du nord au sud. Donc il faut tout faire pour diminuer l’animosité entre nous. Il faut tout faire pour nous défendre contre le chaos en perspective. Nous ne le souhaitons pas, mais c’est une éventualité. Vous savez, ces dix dernières années, beaucoup de gens qui ont fui l’insécurité sont venus s’installer à Bamako. S’il y a des problèmes à Bamako, c’est une catastrophe. Donc il faut tout faire pour préserver ce qui reste de l’État. Il faut tout faire pour s’assurer que ton voisin, ton frère ne va pas être utilisé par quelqu’un d’autre contre toi.»

Comme tous les acteurs de la crise, Fahad pense que les accords ont été imposés par la communauté internationale, alors que l’Etat n’était pas en bonne posture. «Le gouvernement avait ses réserves ; la CMA avait ses réserves et ce sont les deux principaux acteurs.» Mais il y trouve son compte tout de même. «On a trouvé que son contenu, en tous cas la plus grande partie, n’était pas mauvais pour la paix. Et même quand on s’affrontait avec la CMA, on s’accordait sur ça : le contenu de l’accord.»

Les craintes du leader s’avéreront fondées. En août 2023, les hostilités reprennent dans le nord du pays entre les rebelles et les forces armées maliennes accompagnées de leurs supplétifs russes. L’heure est de nouveau à la guerre. Fahad et le général Gamou se séparent. Pour le premier, la junte au pouvoir a fait la preuve de ce qu’elle ne veut plus des Touareg, qu’elle a d’ailleurs abandonnés aux assauts de l’Etat islamique et le salut des Imghad passe désormais par l’union avec les autres tribus ; quand le second continue de voir dans sa communauté une milice supplétive de l’armée qui sert aussi ses propres intérêts.

Dans les rangs rebelles, 2024

Un cadre du mouvement indépendantiste estime que Fahad avait «attaché sa parole». «C’était une fierté pour lui et pour nous tous. Il ne faisait pas de demi mesure. Ni quand il était contre nous ni quand il était avec nous. Il a perdu plus d’hommes que Bilal dans les derniers combats.»

Sur son compte Twitter, le chef de groupe se présentait comme «un éleveur de vaches devenu combattant pour sa survie et pour la dignité chère à son peuple», invoquant Dieu «à faire régner la justice dans ce monde.» En 2022, lorsque je lui avait demandé s’il s’était imaginé un jour en chef de guerre, il m’avait répondu : «Absolument pas. Je ne le souhaitais même pas. On a toujours misé sur le retour de la paix. Vous savez, la chose la plus précieuse pour moi dans cette vie, c’est de pouvoir dormir là où le coucher de soleil me trouve. Malheureusement, de plus en plus, ça s’éloigne. Il y a des endroits où l’on ne peut pas dormir même si le soleil se couche, où il faut tout faire pour que le soleil ne se couche pas.»

C’est l’aube qui a cueilli la vie du leader. La veille, dans son dernier discours, prononcé debout, en tamachek, sous le hangar de fortune où étaient réunis les chefs du nord, il avait appelé au respect de la parole donnée et exhorté les hommes à se battre pour leur liberté « à jamais ».

Cet article Fahad Ag Almahmoud tué au Mali: le chef touareg devenu une légende est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>