Maghreb - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/maghreb/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Fri, 06 Mar 2026 22:44:08 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.1 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg Maghreb - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/maghreb/ 32 32 Les femmes cinéastes du Maghreb prennent l’écran https://mondafrique.com/loisirs-culture/les-femmes-cineastes-du-maghreb-prennent-lecran/ https://mondafrique.com/loisirs-culture/les-femmes-cineastes-du-maghreb-prennent-lecran/#respond Sat, 07 Mar 2026 06:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=148249   Du 4 au 9 mars 2026, le cinéma Chaplin Denfert à Paris consacre un cycle aux réalisatrices du Maghreb. Projections, débats et rencontres accompagnent cette programmation qui met en lumière les voix féminines du cinéma nord-africain. La Nouba des Femmes du Mont Chenoua Chaque mois de mars, conférences, rencontres et manifestations culturelles rappellent les […]

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Du 4 au 9 mars 2026, le cinéma Chaplin Denfert à Paris consacre un cycle aux réalisatrices du Maghreb. Projections, débats et rencontres accompagnent cette programmation qui met en lumière les voix féminines du cinéma nord-africain.

La Nouba des Femmes du Mont Chenoua

Chaque mois de mars, conférences, rencontres et manifestations culturelles rappellent les luttes et les avancées liées aux droits des femmes. En 2026, le cinéma s’invite à ces célébrations avec un cycle dédié aux réalisatrices du Maghreb. Intitulée « Femmes cinéastes des pays du Maghreb », cette programmation spéciale se déroule du 4 au 9 mars au cinéma Chaplin Denfert, dans le 14ᵉ arrondissement de Paris.

 

 

Organisé en marge de la Journée internationale des droits des femmes du 8 mars, l’événement propose plusieurs projections accompagnées de discussions avec le public. L’initiative entend mettre en lumière les réalisatrices d’Afrique du Nord et rappeler leur rôle dans l’évolution du cinéma maghrébin.

Au programme figurent plusieurs films récents signés par des réalisatrices reconnues. Le cycle s’ouvre notamment avec La Mère de tous les mensonges, documentaire de la cinéaste marocaine Asmae El Moudir, qui interroge les mémoires familiales et collectives. La réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania est également à l’honneur avec le court métrage Peau de colle et le long métrage La Belle et la Meute, film salué dans de nombreux festivals pour son regard sur les violences faites aux femmes.

 

La mère de tous les mensonges

La programmation se poursuit avec Aucune rue ne portera ton nom, court documentaire de Nadia Salem, ainsi que 10949 Femmes, documentaire de Nassima Guessoum consacré aux femmes engagées dans la guerre d’indépendance algérienne. Certaines projections seront suivies de débats animés avec la participation des réalisatrices, offrant au public l’occasion de prolonger la réflexion sur les thématiques abordées.

 

 

Créé en 2009 sous l’impulsion de l’association culturelle Coup de Soleil, le festival Le Maghreb des films s’est donné pour mission de promouvoir le cinéma maghrébin auprès du public francophone. Chaque année, ce rendez-vous parisien explore les dynamiques artistiques et politiques qui traversent les cinématographies d’Algérie, du Maroc et de Tunisie.

L’édition 2026 met particulièrement à l’honneur deux réalisatrices tunisiennes : Kaouther Ben Hania, figure majeure du cinéma contemporain, et Salma Baccar, pionnière du cinéma maghrébin. Ce choix reflète la volonté du festival de rappeler la contribution des femmes dans un secteur longtemps dominé par les hommes.

Des pionnières aux nouvelles générations

L’histoire du cinéma maghrébin s’est construite dans le contexte des indépendances nationales : 1956 pour le Maroc et la Tunisie, 1962 pour l’Algérie. Avant cette période, la production cinématographique dans la région relevait largement d’un cinéma colonial, réalisé principalement par des cinéastes européens et rarement par des créateurs locaux.

 

Aucune rue ne portera ton nom

Dans ce paysage dominé par les hommes, les premières femmes cinéastes du Maghreb apparaissent à la fin des années 1960. En Tunisie, Sophie Ferchiou devient la première Maghrébine à réaliser un documentaire avec Chéchia en 1966. Deux ans plus tard, Salma Baccar signe le court métrage L’Éveil et s’impose comme l’une des figures fondatrices du cinéma tunisien.

Salma Baccar poursuivra ce parcours en réalisant Fatma 75, considéré comme le premier long métrage signé par une cinéaste maghrébine. Son œuvre aborde déjà la condition féminine dans une société en transformation, marquée par les réformes progressistes mises en place en Tunisie après l’indépendance.

En Algérie, la romancière et cinéaste Assia Djebar marque un tournant en 1978 avec La Nouba des femmes du Mont Chenoua, film récompensé à la Mostra de Venise. Au Maroc, Farida Ben Lyazid devra attendre plusieurs années après son premier scénario pour réaliser en 1988 Une Porte sur le ciel, œuvre devenue une référence du cinéma marocain.

Aujourd’hui, une nouvelle génération de réalisatrices poursuit cet héritage en explorant des thèmes liés à la mémoire, aux identités et aux transformations sociales.

 

10949 Femmes

 

Malgré ces avancées, les femmes restent minoritaires dans l’industrie cinématographique africaine. Selon le rapport « Statistiques de l’industrie cinématographique africaine », publié en février 2026 par l’organisation Wifitalents, les réalisatrices représentent moins de 15 % des effectifs du secteur au Maroc. À l’échelle du continent, seulement 10 % des films produits sont réalisés par des femmes, tandis qu’elles ne constituent qu’environ 30 % des professionnels de l’industrie cinématographique.

 



Ces chiffres illustrent les inégalités persistantes dans un secteur encore largement masculin. Pourtant, les réalisatrices maghrébines se distinguent par des œuvres souvent marquées par des prises de position fortes et des regards singuliers sur les sociétés nord-africaines.

Le cycle proposé au cinéma Chaplin Denfert s’inscrit dans cette dynamique. En mettant à l’honneur les réalisatrices du Maghreb, il rappelle que le cinéma peut être un espace de réflexion sur les transformations sociales, les mémoires collectives et les aspirations à davantage d’égalité dans la région.

Informations pratiques
Lieu : Cinéma Chaplin Denfert
Adresse : 24 place Denfert-Rochereau, Paris 14ᵉ
Dates : du 4 au 9 mars 2026
Certaines projections seront suivies de débats avec les réalisatrices.




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« Maghreb noir » : le Maghreb au cœur des utopies panafricaines https://mondafrique.com/loisirs-culture/maghreb-noir-le-maghreb-au-coeur-des-utopies-panafricaines/ Mon, 24 Nov 2025 07:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=143203 Avec Maghreb noir, l’historienne Paraska Tolan-Szkilnik retrace l’effervescence panafricaine qui, des années 1950 aux années 1970, a fait du Maghreb un carrefour révolutionnaire où artistes et militants africains ont rêvé la libération du continent et la fin du colonialisme. Longtemps, le Maroc, l’Algérie et la Tunisie ont été perçus comme tournant le dos à l’Afrique […]

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Avec Maghreb noir, l’historienne Paraska Tolan-Szkilnik retrace l’effervescence panafricaine qui, des années 1950 aux années 1970, a fait du Maghreb un carrefour révolutionnaire où artistes et militants africains ont rêvé la libération du continent et la fin du colonialisme.


Longtemps, le Maroc, l’Algérie et la Tunisie ont été perçus comme tournant le dos à l’Afrique subsaharienne, privilégiant l’Europe ou cultivant une singularité méditerranéenne. Pourtant, comme le montre brillamment l’historienne franco-américaine Paraska Tolan-Szkilnik dans Maghreb noir (éditions Ròt-Bò-Krik), ces pays ont joué un rôle central dans l’histoire du panafricanisme et dans les luttes de libération du continent africain au XXe siècle. À travers une enquête fouillée, l’autrice replace le Maghreb au cœur des réseaux d’artistes, de militants et de penseurs qui ont fait de la région un laboratoire politique et culturel, à la croisée des routes de la décolonisation.

Dans les années 1950, alors que les empires coloniaux européens vacillent, le Maroc de Mohamed V accueille nombre de militants indépendantistes venus d’Afrique subsaharienne, leur offrant passeports, soutien logistique et même parfois des armes. Parmi eux, des figures majeures comme Amílcar Cabral, fondateur du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert, Mário Pinto de Andrade, pilier du mouvement de libération angolais, ou Marcelino Dos Santos, futur leader mozambicain. Rabat, Tunis, Alger deviennent des lieux de passage, d’exil et de fraternité pour des générations d’artistes et de révolutionnaires.

L’arrivée au pouvoir de Hassan II en 1961, puis les tensions diplomatiques avec la France, marquent un éloignement relatif du Maroc vis-à-vis des luttes panafricaines. Mais l’Algérie indépendante, « Mecque des révolutionnaires », prend le relais, offrant asile et inspiration à des centaines de militants africains et caribéens. Alger devient la scène d’une nouvelle internationale noire et révolutionnaire, particulièrement visible lors du Festival panafricain de 1969, réponse éclatante au Festival mondial des arts nègres de Dakar trois ans plus tôt.

Un carrefour de cultures, d’utopies et de conflits

L’originalité de Maghreb noir tient dans son attention aux réseaux qui, par-delà les frontières, ont su inventer une culture de résistance. Sembène Ousmane, Sarah Maldoror, Abdellatif Laâbi, René Depestre, Ted Joans, Med Hondo ou Amália Fonseca : autant de noms qui témoignent de l’intensité des échanges entre Afrique noire et Maghreb. Les revues, la radio, le cinéma, la poésie deviennent les vecteurs d’une critique radicale du colonialisme mais aussi des dérives autoritaires des régimes postcoloniaux. L’ouvrage rappelle ainsi que les rêves panafricains furent traversés de désaccords : le rejet par certains du concept de « négritude » porté par Léopold Sédar Senghor, l’accusation d’alignement sur Paris, les incompréhensions entre militants africains et Africains-Américains, notamment lors de la venue des Black Panthers à Alger. La question du racisme, latente, se cristallise notamment dans les relations de genre, où le corps des femmes devient un terrain d’affrontement symbolique.

Mais loin de jeter une ombre sur cette époque, Paraska Tolan-Szkilnik la restitue dans sa complexité, refusant le piège de la nostalgie comme celui de la désillusion. De cette période naîtront des initiatives majeures, telles que les Journées du cinéma de Carthage (JCC), premier grand festival panafricain du septième art, qui a permis à des figures comme Ousmane Sembène ou Sarah Maldoror d’obtenir une reconnaissance internationale.

Historienne formée entre la France et les États-Unis, spécialiste des questions de race, de sexe et de genre dans le Maghreb postcolonial, Paraska Tolan-Szkilnik enseigne aujourd’hui à l’université Cornell. Maghreb noir est son premier livre, fruit d’années de recherche dans les archives, les récits d’artistes, et les mémoires des anciens militants. L’ouvrage, servi par la traduction de Jean-Baptiste Naudy et Grégory Pierrot, propose une traversée du continent à hauteur d’hommes et de femmes engagés dans la fabrique d’un autre monde.

Informations pratiques

Titre: Maghreb noir, Paraska Tolan-Szkilnik
Éditions Ròt-Bò-Krik, octobre 2025
Traduction de Jean-Baptiste Naudy et Grégory Pierrot
ISBN : 978-2-9590055-4-1
336 pages, 17 €
En librairie et en ligne
À lire sur le site Afrique XXI et à écouter/voir sur la chaîne YouTube d’Au Poste, où l’autrice a été invitée le 19 novembre 2025.

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