Madagascar - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/madagascar/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Mon, 02 Feb 2026 18:35:44 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg Madagascar - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/madagascar/ 32 32 Madagascar : la junte à la croisée des chemins https://mondafrique.com/international/madagascar-la-junte-a-la-croisee-des-chemins/ https://mondafrique.com/international/madagascar-la-junte-a-la-croisee-des-chemins/#respond Tue, 03 Feb 2026 05:20:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146306 Le moment du choix décisif approche pour la Transition malgache. Quatre mois après son arrivée au pouvoir à la faveur d’une crise sociale et politique majeure, l’armée semble tentée par une installation durable à la tête du pays. Mais dans quelles conditions et avec quels partenaires ?  Par Daniel Sainte-Roche Les masques commencent à tomber […]

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Le moment du choix décisif approche pour la Transition malgache. Quatre mois après son arrivée au pouvoir à la faveur d’une crise sociale et politique majeure, l’armée semble tentée par une installation durable à la tête du pays. Mais dans quelles conditions et avec quels partenaires ? 

Par Daniel Sainte-Roche

Les masques commencent à tomber : avec le soutien d’une partie des forces politiques, les autorités putschistes lorgnent sur le pouvoir à long terme. La machine est d’ores et déjà en branle pour parvenir à cet objectif. En l’absence d’une feuille de route définissant la gouvernance durant la Transition, les nouvelles autorités entendent procéder à la militarisation de l’appareil institutionnel et administratif de l’État, tout en cherchant à fixer les orientations économiques du pays dans une quête éperdue de financements alternatifs. 

« L’armée ne sera plus une grande muette »

On assiste aujourd’hui à un renforcement du rôle des militaires dans l’espace public et politique. Le général de corps d’armée Démosthène Pikulas, chef d’État-Major de l’Armée malgache, a annoncé lors de l’ouverture des assises militaires, le 26 janvier 2025, que « l’armée aura dorénavant son mot à dire sur ce qui va se passer dans le pays » et « qu’elle ne sera plus une grande muette». Une telle déclaration cautionne entièrement l’institutionnalisation d’un ordre militarisé. Tous les rouages de l’État sont, en effet, actuellement noyautés par les hommes en treillis.

Au sein de la Présidence de la Refondation de la République (PRRM), le colonel Michaël Randrianirina est flanqué de quatre hauts conseillers militaires qui ont tous un rang de chef d’État. Au gouvernement, les postes clés sont octroyés à des « chefs de guerre », à l’instar du General Lylison de René, acteur principal du coup d’État de 2009 ayant porté Andry Rajoelina au pouvoir, qui a finalement trahi ce dernier en se joignant aux auteurs du coup d’octobre 2025. Le général Lylison dirige aujourd’hui le ministère de l’Aménagement du territoire, un département qui fut, dans un passé récent, très critiqué pour avoir favorisé l’accaparement des terres des communautés rurales par de grandes sociétés. Un autre poids lourd militaire, Hanitra Velonjara Rakotonandrasana, est propulsé au ministère de l’Intérieur, dont le rôle était connu, sous le régime renversé, en matière de tripatouillages électoraux.

Des généraux aux commandes de l’économie

Les secteurs économiques stratégiques n’ont pas échappé à la convoitise des militaires. La direction générale de l’Office des mines nationales et des industries stratégiques (OMNIS) est confiée au général de brigade Tsilavonjato Honoré Andriantaolo. Cet organisme représente l’État dans les négociations et la conclusion de contrats avec les compagnies pétrolières et minières opérant sur le territoire malgache. Il est aussi habilité à détenir des permis miniers et à procéder à l’exploitation des ressources.

À la tête de la JIRAMA (la compagnie nationale malgache de l’énergie), les autorités ont placé le général de division Itibar Otman, qui assure en même temps les fonctions de secrétaire général de la PRRM. La direction générale de cette entreprise publique est confiée à un autre officier, le général de division Richard Hajatiana Rasolomanana. On attend beaucoup de ce duo car les manifestations qui ont conduit à la chute d’Andry Rajoelina en septembre 2025 sont nées du mécontentement général suscité par la fréquence des coupures d’eau et d’électricité dans le pays.

Une population divisée 

Enfin, le pilotage du Fonds Souverain Malagasy (FSM) est attribué au général de brigade aérienne en retraite Jean Alfred Rakotomaronirina. Le FSM est un outil essentiel pour la gestion des capitaux levés par l’État. Sous le précédent régime, l’affectation des ressources nationales, ainsi que l’utilisation du Fonds ont été remarquables par leur opacité. Le nouveau directeur du FSM aura donc fort à faire. Présenté comme un spécialiste du leadership, il est connu pour avoir officié en tant que directeur du cabinet militaire du Premier ministre Kolo Roger de février 2015 à mars 2016.

Bien qu’elle ait ses partisans dans la population, la militarisation des postes civils stratégiques ne manque pas de soulever des appréhensions. Certains se demandent si ces nominations ne constituent pas un simple exutoire utilisé par les « colonels-présidents » pour neutraliser la multitude de généraux qui, en raison d’un effectif pléthorique, sont venus grossir les pelotons d’officiers sans portefeuilles.

Vers les partenaires les plus offrants ? 

Madagascar occupe une place importante dans les stratégies géopolitiques et d’extraction des « minéraux critiques » développées par les grandes puissances. Les autorités militaires y voient une opportunité qu’elles entendent saisir par un réalignement stratégique, avec une diversification des partenaires extérieurs de la Grande Île. Sans état d’âme, ils engagent des relations « tous azimuts » dans l’espoir d’attirer les acteurs économiques les plus offrants, y compris peu recommandables.

Ainsi, l’opinion publique malgache s’est émue récemment de découvrir, à partir de plateformes de suivi aérien, de nombreux vols mystérieux opérés par des jets privés en partance de Madagascar et en direction de Dubaï.

Sous le régime d’Andry Rajoelina, cette ville des Émirats arabes unis était régulièrement citée comme l’une des principales destinations de l’or malgache. L’épisode Koufali Daya est fort révélateur à cet égard : le célèbre affairiste fut dénoncé en février 2022 par son complice pour avoir commandité, à plusieurs reprises, le transport illicite de devises et de lingots à destination de la « Cité de l’Or ». Emprisonné par le précédent régime, puis parti en exil au Mozambique et à l’Île Maurice, Koufali Daya fait aujourd’hui l’objet d’une campagne médiatique de réhabilitation émanant de proches du pouvoir. Curieusement, son retour en grâce coïncide avec la découverte des vols mystérieux vers Dubaï, ce qui a relancé les supputations sur la poursuite du trafic d’or entre les deux pays. La réputation de Dubaï n’est d’ailleurs pas surfaite car d’autres pays africains, notamment le Mali, le Soudan et le Niger, utilisent cette cité-État comme plaque tournante logistique et  point focal clé pour la contrebande d’or.

Institutions russes sous sanctions

Le pouvoir militaire ne rechigne pas non plus à faire appel aux services de certaines institutions financières russes visées par des sanctions occidentales. La Russie, principale bénéficiaire du ressentiment anti-français qui prévaut dans certains milieux à Madagascar, est regardée comme un partenaire de confiance par une opinion dopée à la démagogie anticolonialiste. La récente venue à Madagascar d’une délégation conduite par Mikhaïl Dorofeev, vice-président de la banque stratégique russe PSB (Promsvyazbank), a été donc plutôt bien accueillie.

Aucune information n’a filtré à l’issue de cette visite mais on sait que l’approche privilégiée par la Russie en matière de coopération militaire repose souvent sur des échanges d’armes contre des ressources. On sait aussi que la PSB est spécialisée dans des transactions financières opaques voire peu orthodoxes. Le champ de coopération potentielle entre la banque russe et la junte est donc très vaste mais ne manque pas d’inquiéter, car les citoyens malgaches ignorent les tenants et les aboutissants des accords signés.

Des émissaires de Donald Trump

Le manque de transparence n’est pas l’apanage des Russes. Dans la première semaine de janvier 2026, trois émissaires du président Donald Trump sont arrivés à Madagascar pour rencontrer le président de l’Assemblée nationale, Siteny Randrianasoloniaiko, et le Président de la Refondation, le colonel Randrianirina. Ces tractations avec les autorités malgaches ont été tenues secrètes. À peine a-t-on évoqué l’éventualité d’un accueil de réfugiés et de migrants illégaux aux États-Unis. Mais dans une lettre ouverte adressée au colonel Michael Randrianirina, des organisations de la société civile révèlent que le séjour de la délégation était surtout motivé par la convoitise des terres rares et des minerais stratégiques. 

Le pays de l’oncle Sam envisagerait de subordonner le renouvellement de l’accord commercial préférentiel AGOA (Africa Growth and Opportunity Act) à l’accès aux réserves en minerais critiques de Madagascar. Le pouvoir militaire est pris à la gorge car, selon le Groupement des entreprises franches et partenaires (GEFP), environ 7 000 employés en zone franche ont dû être mis en chômage technique en raison de l’incertitude sur le renouvellement de l’AGOA. La non-reconduction de cette facilité porterait un grave préjudice à l’économie malgache. Les Américains se trouvent donc en position de force, et ce d’autant plus qu’ils ont bien préparé le terrain en amont.

Minerais essentiels et convoitise occidentale

D’une part, sur invitation des États-Unis et de l’Union européenne, Madagascar a adhéré en mars 2025 au Mineral Security Partnership Forum (MSPF) visant à sécuriser les chaînes d’approvisionnement des minerais essentiels aux technologies de la transition énergétique dans les pays industrialisés. D’autre part, le groupe américain Energy Fuels s’est porté acquéreur du projet minier de Toliara (Base Toliara, rebaptisé Vara Mada), œuvrant dans l’exploitation des terres rares et de la monazite.

Les négociations d’un accord d’investissement avec les autorités militaires sont en cours, conjointement avec des actions visant à restaurer un dialogue de confiance avec les communautés locales. Il faut savoir que ces communautés s’opposent depuis plus de dix ans à la réalisation du projet, en raison de ses impacts négatifs potentiels en termes de toxicité et aussi sur leurs droits fondamentaux et leurs moyens d’existence. Elles ont clairement signifié leur ferme intention de ne pas laisser leurs terres ancestrales et leurs milieux de vie «devenir des zones de sacrifice pour satisfaire les besoins militaro-industriels des États Unis d’Amérique et ceux de la transition énergétique européenne en terres rares ». Mais le colonel Mickael Randrianirina, lui-même originaire de la province de Toliara, serait disposé à faire des concessions aux Américains, n’étant pas en mesure de s’opposer à Donald Trump dans un contexte où la junte putschiste n’est pas encore entièrement stabilisée.  

Le déraillement constitutionnel risque de perdurer

En un mot, les autorités militaires se trouvent à la croisée des chemins. Confrontées à un problème de sous-financement, à la faiblesse systémique de l’État et aux défaillances de la gouvernance, elles risquent d’aliéner leur indépendance pour se soumettre aux ordres d’entités étatiques et/ou privées susceptibles de soutenir leur maintien au pouvoir. Le déraillement de l’ordre constitutionnel pourrait perdurer car l’addiction au pouvoir qui commence à se profiler chez les militaires ébranle l’espoir d’une mise en œuvre rapide de la démocratie électorale à Madagascar.

Une petite note positive, cependant, pour les légalistes : la SADC (Communauté de développement de l’Afrique australe) exige de` Madagascar le respect des normes démocratiques. La Grande Île est ainsi tenue de soumettre une feuille de route claire pour sa transition politique avant mars 2026. Affaire à suivre de très près… 

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Le procureur Mahonjo redore le blason de la justice malgache https://mondafrique.com/decryptage/le-procureur-mahonjo-redore-le-blason-de-la-justice-malgache/ https://mondafrique.com/decryptage/le-procureur-mahonjo-redore-le-blason-de-la-justice-malgache/#respond Fri, 30 Jan 2026 05:31:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146071 Dans un contexte de corruption généralisée de la justice, le procureur Berthin Mahonjo redore le blason de la magistrature, malgré les attaques dont il fait l’objet de la part des complices de l’ancien régime, tombé en octobre dernier après des semaines de manifestations. Par Ulrich Rabary La députée Marie Michelle Sahondrarimalala, fervente militante du parti […]

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Dans un contexte de corruption généralisée de la justice, le procureur Berthin Mahonjo redore le blason de la magistrature, malgré les attaques dont il fait l’objet de la part des complices de l’ancien régime, tombé en octobre dernier après des semaines de manifestations.

Par Ulrich Rabary

La députée Marie Michelle Sahondrarimalala, fervente militante du parti TGV de l’ex-président déchu Andry Rajoelina, a été placée en détention provisoire à la prison d’Avaradrano, à l’issue de son audition devant les juges de la Cour suprême, le 18 janvier dernier. L’élue, par ailleurs magistrat de premier grade, est poursuivie pour des faits de distribution d’argent à des fins de corruption, dans le but de provoquer des troubles à l’ordre public.

Marie-Michelle-Sahondrarimalala, députée et magistrate.

Selon les indiscrétions au Tribunal Anosy d’Antananarivo, plusieurs magistrats, par esprit de corps et affinités politiques, auraient refusé de traiter le dossier.

Un magistrat réputé pour son intégrité 

Cette affaire politiquement délicate a donc atterri dans le bureau du procureur Berthin Mahonjo, un magistrat dont la réputation d’intégrité est établie. Après plus de 25 ans de carrière, ce juge fait partie des rares qui arrivent au Palais de Justice par les transports en commun. Certains de ses collègues, tout juste sortis de l’École de la magistrature, paradent déjà au volant de rutilants 4×4 ! Le sens de la justice, ce conseiller à la Cour de cassation en fait un principe de vie. C’est ainsi que le 31 décembre 2022, il a ordonné, en tant que substitut du procureur, la libération de Mahery Lanto Manandafy, un lanceur d’alerte emprisonné pour avoir dénoncé un trafic d’armes et de munitions impliquant un député, un policier et un homme d’affaires. À la suite de cette action, Mahonjo fut sanctionné d’une suspension de solde de deux ans par les tenants corrompus du pouvoir de l’époque, sous le prétexte fallacieux de « manquements à l’éthique et à la déontologie de la magistrature ».

Berthin Mahonjo.

En plaçant sous mandat de dépôt une cacique de l’ancien régime, Berthin Mahonjo est aujourd’hui accusé par les pro-Rajoelina de « prendre sa revanche », un leitmotiv éculé utilisé à tout bout de champ par ces derniers dès qu’un de leurs comparses est traduit devant la justice pour corruption, concussion, trafic d’influence ou autre délit. Mais sur les réseaux sociaux, les commentaires défavorables au procureur ont vite été submergés par des témoignages provenant tant de justiciables que de collaborateurs faisant l’éloge de ses prestations partout où il a exercé, que ce soit en province (tribunaux d’Ambanja et de Maevatanana) ou dans la capitale.

Ainsi une greffière du tribunal d’Anosy écrit : « Berthin Mahonjo est une personne avenante, un homme qui aime son travail et déteste la corruption. Il vit de son seul salaire, et la suspension de solde dont il fut victime a été difficile à vivre pour lui, car il n’avait aucune économie ». Un justiciable raconte aussi : « Lors d’une affaire, un juge nous a soutiré de l’argent. Mais Berthin Mahonjo a ordonné le remboursement de ce paiement indu ». De menus faits qui marquent les esprits dans le contexte malgache, où les justiciables sont écrasés par les juges véreux et leurs complices de toute la chaîne pénale. 

Un coup de balai s’impose contre la corruption des juges malgaches

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Madagascar : la France tente de relancer sa coopération militaire https://mondafrique.com/international/madagascar-la-cooperation-militaire-avec-la-france-en-berne/ https://mondafrique.com/international/madagascar-la-cooperation-militaire-avec-la-france-en-berne/#respond Tue, 27 Jan 2026 08:32:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145915 Avec l’arrivée, le 21 janvier, du commandant de l’armée française à La Réunion, le général Jean de Monicault, Paris tente de revenir dans le jeu malgache en dépit du lourd passif accumulé lors de la fuite du président Andry Rajoelina, en octobre. La visite du commandant des forces armées de la zone sud de l’océan […]

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Avec l’arrivée, le 21 janvier, du commandant de l’armée française à La Réunion, le général Jean de Monicault, Paris tente de revenir dans le jeu malgache en dépit du lourd passif accumulé lors de la fuite du président Andry Rajoelina, en octobre.

La visite du commandant des forces armées de la zone sud de l’océan Indien, les FAZSOI (qui « garantissent la protection du territoire national et animent la coopération régionale depuis La Réunion et Mayotte », dixit le ministère français des Armées et des anciens combattants) s’inscrit, affirme-t-on à Paris, dans le cadre de la relance de la coopération militaire bilatérale.

Le général Jean de Monicault en visite officielle aux Seychelles, décembre 2025. Les armées française et seychelloise entretiennent une coopération régulière. (Photo FAZSOI.)

Pour preuve, du 19 au 22 janvier, des instructeurs des FAZSOI ont assuré des formations pour leurs homologues malgaches, notamment dans le pilotage de drones. Et très bientôt, en février, la présence des forces armées malgaches, dirigées par le chef d’état-major Démosthène Pikulas, est espérée à des exercices conjoints régionaux à La Réunion, où stationnent les FAZSOI.

Rupture de la confiance

Pourtant, si la coopération militaire franco-malgache ronronnait depuis des années, elle est morte le jour où les FAZSOI, sur ordre du président français sollicité par Nicolas Sarkozy, ont exfiltré en pleine crise politique Andry Rajoelina, un président malgache honni et déchu.

Au-delà de la coopération militaire, la succession de gaffes et de fautes politiques a brisé la confiance entre le colonel Michaël Randrianirina, président de la Refondation de la République de Madagascar et l’exécutif français et son chef. Plus grave, il se méfie même à présent des officiers généraux malgaches ayant séjourné en France et étant liés avec les diplomates et les militaires français. Après le refus de Paris de l’aider à former sa sécurité personnelle, le 9 décembre, le chef de la Transition malgache a effectué un déplacement confidentiel à Dubaï, aux Émirats arabes unis, à l’occasion duquel il a rencontré sécurocrates émirati, américains et israéliens, ainsi que des compagnies de sécurité privée, parmi lesquelles la célèbre Blackwater d’Erik Prince.

Arrivée des Russes en fanfare

Depuis, les services de renseignement russes ont débarqué dans la capitale malgache avec une quarantaine d’instructeurs et des drones tueurs qui explosent avec leurs charges. C’est la Présidence de la Refondation elle-même qui l’a annoncé sur sa page Facebook, le 14 janvier, avec des photos de militaires devant une table garnie d’armes et d’équipements militaires.

Auparavant, le 21 décembre, le président de l’Assemblée nationale, Siteny Randrianasoloniaiko, avait lui-même annoncé qu’une délégation russe de « quarante personnes conduite par le général Andrey Vladimirovich Andreyev » était arrivée à Madagascar, pour y livrer des armes et des équipements. La reprise de la coopération militaire opérationnelle entre Madagascar et la Russie s’est illustrée également par une formation délivrée, au même moment que celle des Français des FAZSOI, au camp du 1er bataillon parachutiste, le 20 janvier à Ivato.

Rêve océanique

L’actuel chef des FAZSOI, même s’il ne commande que de modestes éléments militaires, a été placé à cette fonction dans un but bien déterminé. Le sud-ouest de l’océan Indien constitue un point de passage important pour le commerce maritime international, notamment depuis le début des attaques houthies en Mer Rouge. Et surtout, le général français a pour mission de veiller à ce que Paris puisse continuer à conserver les îles Éparses et leur zone économique exclusive, rêve océanique du président Macron.

Promu général de division en 2025, Jean de Monicault est un militaire de confiance du président français, ayant appartenu à son état-major particulier. Sa visite à Madagascar traduit l’acharnement d’Emmanuel Macron à revenir dans les affaires malgaches et plus particulièrement, à s’assurer de la poursuite de l’annexion des îles Éparses.

Une diplomatie indispensable

Négocier la visite de Jean de Monicault n’a pas été une mince affaire. Le Premier ministre de la transition a passé une semaine en visite privée à Paris sans être reçu par un gouvernement débordé et instable. Le colonel Michaël Randrianirina avait proposé à l’ancien candidat à la présidentielle Serge Jovial Imbeh de jouer un rôle d’intermédiaire auprès des partenaires occidentaux mais ce dernier a refusé une mission qui lui semblait mal partie.

C’est finalement la ministre des Affaires étrangères Christine Razanamahasoa qui a réussi in extremis, à travers un communiqué commun avec Jean-Noël Barrot, à donner une voie officielle renouvelée aux relations entre les deux pays, « alignée sur les priorités de la Refondation». Les années qu’elle a passé en exil à Paris après avoir été menacée de mort par Andry Rajoelina lui ont permis de connaître quelques responsables officiels français et d’acquérir la légitimité de la résistance au régime précédent.

 

 

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La gestion de la sûreté aéroportuaire de Madagascar aiguise les appétits https://mondafrique.com/economie/la-gestion-de-la-surete-aeroportuaire-de-madagascar-aiguise-les-appetits/ https://mondafrique.com/economie/la-gestion-de-la-surete-aeroportuaire-de-madagascar-aiguise-les-appetits/#respond Thu, 22 Jan 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145676 Après la fuite d’Andry Rajoelina et de Mamy Ravatomanga, en octobre dernier, le contrat de la sûreté aéroportuaire de Madagascar, sur lequel le puissant et richissime homme d’affaires, avait mis la main, redevient un objet de convoitise.  Par Ulrich Rabary Un peu d’histoire pour commencer. En 2014, sous la mandature du président Hery Rajaonarimampianina, la […]

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Après la fuite d’Andry Rajoelina et de Mamy Ravatomanga, en octobre dernier, le contrat de la sûreté aéroportuaire de Madagascar, sur lequel le puissant et richissime homme d’affaires, avait mis la main, redevient un objet de convoitise. 

Par Ulrich Rabary

Un peu d’histoire pour commencer. En 2014, sous la mandature du président Hery Rajaonarimampianina, la société Samada a été choisie pour exploiter un contrat BOT (Build, operate and transfer) concernant la sûreté de huit grands aéroports de Madagascar. Elle a tout mis en œuvre pour s’acquitter au mieux de sa mission, notamment l’utilisation d’un matériel performant et de chiens spécialisés dans la détection d’armes ou de bombes pour prévenir les risques de détournement d’avion ou d’attaques terroristes.

Divers trafics illicites de richesses nationales ont pu être détectés et communiqués à la douane et à la police des frontières qui sont les autorités habilitées en pareil cas. Lors de l’audit de Samada en 2018, il a été conclu qu’elle affichait de bonnes performances dans ses activités et dépassait même les objectifs. Un satisfecit de l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OACI) sur le niveau de sécurité lui a été alors accordé, comme le mentionne le journal Midi Madagasikara du 17 octobre 2018.

Avec le retour de Rajoelina, Mamy Ravatomanga s’empare du contrat

En 2019, Andry Rajoelina revient au pouvoir. Alors que la direction générale des impôts a publié un communiqué suspendant tous les contrôles fiscaux, une enquête du fisc est lancée sur Samada. La société est mise sous scellés le 3 juillet 2019. «Samada n’est pas en règle. Cette société ne suit pas les normes », affirme alors le ministre du Tourisme, des Transports et de la Météorologie, Joël
Randriamandranto. Dans la foulée, Mamy Ravatomanga reprend la main sur la Samada, révèle Africa Intelligence le 19 juillet 2019. Selon la lettre confidentielle, « l’homme d’affaires proche du Président (Rajoelina) a fait appel à un nouveau prestataire français pour la sécurité aéroportuaire ». Des mandats d’interdiction de sortie du territoire sont alors délivrés à l’encontre de Raphael Abaladejo (le directeur
général de Samada) et de Tovo Ratovoarisoa (son adjoint), alors que ces deux personnalités se trouvent en dehors de Madagascar.

Janvier 2026. Les grandes et petites affaires de la sureté aéroportuaire à Madagascar sont remises sur le tapis par un « influenceur » qui, curieusement, reprend dans son intégralité les anciennes accusations portées par Mamy Ravatomanga contre les dirigeants de Samada, notamment le non-paiement d’impôts et de cotisation sociales. Interrogé à ce sujet, Tovo Ratovoarisoa est catégorique : « le contrôle fiscal
opéré contre les adversaires politiques ou économiques est une pratique courante mafieuse chez Ravatomanga, et sous le régime de Andry Rajoelina. Nous ne sommes pas les seules victimes». Selon lui, des manœuvres odieuses ont été mises en œuvre pour les empêcher de se défendre. « Délivrer une IST alors que nous étions à l’étranger relève d’une intimidation pour nous empêcher de revenir au pays plaider notre cause, de sorte que les décisions de justice énoncées contre Samada deviennent définitives. » Concernant les cotisations sociales, l’ancien directeur général adjoint de Samada affirme qu’elles ont été acquittées en temps et heure. Mais quand Samada a été expulsée manu militari de l’aéroport d’Ivato, «tous les matériels et dossiers ont été confisqués ».

Des aéroports devenus des passoires 

Tovo Ratovoarisoa serait-il la cible d’une attaque personnelle ? Vice-président du rassemblement d’opposition malgache de la diaspora (RMDM, organisation dont l’actuelle ministre de la Justice Fanirisoa a été la dirigeante durant son exil en France), il affirme ne disposer d’aucun privilège particulier même s’il a été très actif dans la lutte contre la captation de l’État opérée par Andry Rajoelina et Mamy Ravatomanga. Il fait remarquer que la main levée de l’IST dont il faisait l’objet est datée du 21 octobre 2025, et qu’il a pu ainsi entrer et sortir légalement de Madagascar après la fuite à l’Ile Maurice de Mamy Ravatomanga, qui était l’instigateur de la mesure contre lui. 

‎Les détracteurs disent que le contrat de gestion de la sûreté aéroportuaire a été retirée sous l’ère Andry Rajoelina à Samada en raison de défaillances de la société. Tovo Ratovoarisoa rejette ces accusations en bloc. « Il ne faut pas oublier que l’audit de Samada en 2018 a reconnu la bonne performance de ses activités, et qu’elle a reçu un satisfecit de l’OACI pour le niveau de sécurité après cet audit ». C’est après le départ de Samada et la reprise en main des aéroports par Mamy Ravatomanga que ces derniers sont devenus une passoire, souligne-t-il. Et de citer différents trafics illégaux tels que des lingots d’or bloqués en Afrique du Sud, l’introduction de cocaïne et d’autres stupéfiants à Madagascar, etc. Les infractions les plus graves, estime-t-il, concernent les avions de Mamy Ravatomanga : accès illégal de passagers sur le tarmac, décollage sans plan de vol, et absence de déclaration des noms des passagers, pratiques que l’on ne trouve que dans les pays en guerre comme en Afghanistan !

D’où vient donc cet acharnement contre Tovo Ratovoarisoa ? Pour l’ancien DGA de Samada, « des personnes aux abois font circuler des fausses informations car la société qui a repris nos activités est en mauvaise posture après le départ précipité à l’Ile Maurice de leur protecteur ». Le parrain n’est plus là, mais le système qu’il a mis en place continue à fonctionner. Au profit de qui ? 

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Un coup de balai s’impose contre la corruption des juges malgaches https://mondafrique.com/decryptage/un-coup-de-balai-simpose-contre-la-corruption-des-juges-malgaches/ Sun, 18 Jan 2026 19:55:33 +0000 https://mondafrique.com/?p=145552 La corruption endémique de la chaîne judiciaire à Madagascar, à toutes les étapes de la procédure, doit être combattue. Réquisitoire du correspondant de Mondafrique sur la Grande Île.  Par Daniel Sainte-Roche Les récentes enquêtes conduites par différents organismes établissent que la justice, la police, et la gendarmerie figurent parmi les instances les plus corrompues à […]

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La corruption endémique de la chaîne judiciaire à Madagascar, à toutes les étapes de la procédure, doit être combattue. Réquisitoire du correspondant de Mondafrique sur la Grande Île. 

Par Daniel Sainte-Roche

Les récentes enquêtes conduites par différents organismes établissent que la justice, la police, et la gendarmerie figurent parmi les instances les plus corrompues à Madagascar. La corruption administrative est de notoriété publique et elle fait l’objet de multiples dénonciations dans la presse et sur les réseaux sociaux. En avril 2025, la Gazette de la Grande Île (LGDI) a, ainsi, accusé l’ancienne procureure générale près la Cour d’Appel de Madagascar « d’agir en tant que relais opérationnel des intérêts mafieux au sein de la justice », en utilisant sa position pour bloquer des procédures et protéger des figures puissantes du monde économique. Selon LGDI, elle s’est entourée d’un réseau d’acteurs au sein du parquet, des greffes et des pôles anti-corruption pour effacer des preuves, orienter des jugements et faire libérer des criminels notoires.

De telles pratiques sont observées dans la plupart des juridictions de l’île, car le pays est en proie à une corruption systémique. Habituellement plus élevé en milieu urbain qu’en milieu rural, le phénomène est désormais banalisé.

Corruption ou remerciement coutumier ? 

À Madagascar, la définition de la corruption doit affronter la ligne de démarcation entre corruption proprement dite et manifestations de la reconnaissance, perçues comme étant un trait culturel caractéristique des Malgaches. La définition de la corruption issue du droit français et transposée dans le droit local n’est pas compatible avec la conception malgache du « remerciement », anticipé ou non. Dans l’esprit local, le « falim-po » (gratitude et remerciement sous forme de cadeau) n’est pas assimilable à de la corruption. Ainsi, à Tuléar (sud-ouest), la visite d’un justiciable chez le magistrat est toujours accompagnée de la remise d’un présent. Pour les Bara (ethnie des plateaux du sud), refuser un cadeau constitue une offense grave. En pays sihanaka (centre-est), pendant la période des récoltes, le magistrat se voit offrir les prémices du riz (ou « santam-bary »), autrefois cadeau réservé au roi. Des coutumes similaires peuvent être observées dans les autres régions de Madagascar, à tel point que la plupart des fonctionnaires ne pensent pas se rendre coupables de corruption lorsqu’ils acceptent des cadeaux.

La politisation à outrance des affaires publiques peut être considérée comme l’une des premières causes du développement de la corruption. On observe, en effet, que la concentration du pouvoir a augmenté les possibilités de concussion. À cet égard, les réflexes hérités du système socialiste révolutionnaire des années 1970 perdurent. Il faut y ajouter la paupérisation des fonctionnaires et l’affaiblissement économique de l’État. Le manque de moyens matériels dévolus aux autorités administratives a conduit ces dernières à contracter une dette morale envers les opérateurs économiques, conduisant à la captation de l’État par des intérêts privés. Mais, parallèlement, la pénurie de moyens dans les administrations (lesquelles ne sont même pas capables de fournir les imprimés administratifs aux usagers !) est un prétexte permettant aux agents publics d’en tirer des avantages personnels, en faisant payer par l’administré 10 à 20 fois le tarif normal.

Manque d’instruction et de confiance dans l’administration

Le manque de confiance dans l’administration, et en particulier dans la justice, est également une source majeure de corruption. Le faible niveau d’éducation de la population engendre une ignorance de la loi et la peur des autorités. Ainsi, dans la région de Diana (nord), même si l’administré connaît très bien le fonctionnaire, il se fait toujours accompagner, au cas où il lui faudrait traiter d’un service avec l’administration. En conséquence, même pour des opérations de base, il est amené à donner de l’argent à l’agent public.

En matière d’affaires juridiques, la méconnaissance des mécanismes de la justice facilite les intimidations de tous bords, à commencer par les officiers de police judiciaire. Nombre d’administrés pensent qu’il vaut mieux payer la gendarmerie ou la police plutôt que le tribunal, qui risque de leur coûter plus cher. La méfiance à l’endroit de la justice est aggravée par le jargon juridique et l’incompréhension des décisions judiciaires car les jugements sont rédigés en français, langue que ne maitrise pas la majorité des Malgaches.  

La perpétuation de certaines coutumes favorise aussi la corruption. Ainsi, dans certaines zones rurales, le vol de bovidés est une pratique traditionnelle et une institution sociale, une sorte de rite imposé au jeune homme pour tester sa bravoure. Alors que dans le droit moderne, le vol est un crime ! Être traîné devant le tribunal et emprisonné, dans ce contexte, est considéré comme la pire des infamies par les membres de ces communautés, qui préfèrent, pour échapper aux poursuites, donner de l’argent aux gendarmes, à la police ou aux magistrats.

Tout se monnaye

À Madagascar, tout service, tout contrôle, tout acte administratif se monnaye. Et au tribunal, toutes les affaires sont susceptibles de          marchandage. Au civil, ce sont les conflits fonciers qui font l’objet du plus grand nombre de transactions douteuses. Techniquement, le juge n’intervient que très marginalement dans le règlement des différends fonciers mais lorsqu’il est saisi, il est autorisé à jouer le rôle d’arbitre et de conciliateur de fait. Cette pratique lui confère un ascendant sur les parties, ce qui offre aux juges véreux une grande marge de manœuvre pour soutirer de l’argent aux justiciables.

Dans les conflits commerciaux, on observe fréquemment une surévaluation des dommages et intérêts, le surplus ainsi dégagé étant partagé entre les plaignants et les magistrats. Les dossiers sont sélectionnés dès le secrétariat par certains juges en fonction du montant du litige. « Le ou la secrétaire joue alors le rôle d’intermédiaire entre le juge et le justiciable », confie une ancienne employée du tribunal de première instance de Tananarive.

Dans le domaine pénal, les enjeux sont très importants car la liberté et les biens des personnes sont en jeu. Les justiciables se sentent vulnérables et sont prêts à accepter toutes les conditions imposées par les autorités judiciaires qui disposent d’un pouvoir étendu : juges d’instruction, magistrats du parquet et de la chambre de détention. En matière de mandat de dépôt, par exemple, le juge dispose de vingt mois pour faire son enquête. Cette prérogative peut devenir un instrument de chantage entre les mains des magistrats malhonnêtes, de même que la pression indirecte exercée sur les justiciables, par exemple en matière de renvoi des jugements.    

Un réseau inextricable

La corruption atteint toutes les catégories de personnels de la justice. Une chaîne de complicité peut se constituer au cours du traitement d’un dossier. C’est ainsi que de nombreux agents publics du tribunal sont devenus des rabatteurs au service des magistrats, et un réseau interne tentaculaire s’est installé. La police et la gendarmerie peuvent être impliquées, ainsi que le service pénitentiaire et le greffe. Des tribunaux disposent d’un réseau de rabatteurs spécialisés dans la recherche de cas litigieux qui opèrent en relation avec les forces de l’ordre. 

Des officiers de police et de gendarmerie établissent et modifient les dossiers, de concert avec les magistrats, après l’enquête préliminaire. Des pièces essentielles peuvent être subtilisées et effacées. Dans d’autres cas, il peut arriver que le juge d’instruction ne voie pas d’objection à la mise en liberté provisoire, mais que le parquet, usant de son pouvoir d’opposition, soutire de l’argent à l’inculpé et le partage avec les 3 magistrats de la chambre de détention en échange d’une décision finale de liberté provisoire. 

À chaque étape de la procédure

La corruption affecte différentes étapes des procédures. Mais du fait de l’extrême surpopulation dans les prisons malgaches (près de 1000% de taux de remplissage en 2023 selon un envoyé du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme), on y est enclin plus qu’ailleurs à payer pour éviter l’enfer carcéral. C’est le cas, en particulier, lors de la demande de mise en liberté provisoire, de la délivrance d’ordres médicaux par le médecin-chef de la prison, pour les autorisations de sortie, la délivrance d’un ordre d’extraction ou d’élargissement, le confort de la situation carcérale du détenu, l’achat et/ou la location de lits en cellule. Pour bénéficier du système de main d’œuvre pénale (MOP), qui leur permet de travailler à l’extérieur de la prison, les détenus doivent s’acquitter du versement mensuel d’un «écolage ». Le système MOP affecte  généralement les prisonniers concernés auprès de magistrats ou de personnalités politiques.

De façon générale, les catégories sociales plus aisées établissent des contacts directs avec les magistrats, comme, par exemple, les hommes d’affaires karana, tandis que les catégories à revenus plus modestes s’adressent aux greffiers.

Impunité générale

Plusieurs mesures ont été prises par l’État pour endiguer la corruption dans les tribunaux : par exemple l’interdiction faite au magistrat, au greffier et aux autres personnels judiciaires de traiter les dossiers de leur famille ou  l’interdiction, pour les juges, de recevoir des tierces personnes dans leur bureau. Mais ces mesures ne sont pas toujours respectées. La mise en place de boîtes à doléances n’est quasiment pas opérationnelle, car les justiciables ne veulent pas décliner leur identité.

Quand des actions d’envergure contre la corruption sont menées, elles s’apparentent parfois à des chasses aux sorcières ou à des règlements de comptes politiques. Les hauts fonctionnaires pris en flagrant délit ne reçoivent pas toujours une sanction exemplaire. Le cas de l’ancien ministre de la Justice Imbiky Herilaza, en 2022, est révélateur. En effet, des enregistrements d’une conversation téléphonique ont établi son implication dans un pot de vin en échange de l’annulation d’une procédure d’arrestation, mais aucune procédure pénale n’a jamais été, par la suite, déclenchée à son encontre.

Par ailleurs, une différence de traitement est observée dans l’application des sanctions. Impliqués dans une même affaire, un simple agent public sera puni sévèrement, par une peine d’emprisonnement, alors que le magistrat subira une simple affectation disciplinaire. 

La révolte des jeunes en septembre 2025 – qui a abouti un mois plus tard à la chute du président Andry Rajoelina – a été motivée en partie par le ras-le-bol devant la corruption généralisée. L’opinion publique mise beaucoup sur le pouvoir de transition actuel pour mettre en œuvre une véritable refondation afin d’éradiquer ce fléau. En matière de corruption dans le secteur de la justice, les différents protagonistes sont identifiés, et le mécanisme de fonctionnement du système est connu… Il ne manque plus que le courage politique pour entamer le grand nettoyage. 

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Enquête sur la diaspora malgache en France https://mondafrique.com/societe/enquete-sur-la-diaspora-malgache-en-france/ Fri, 16 Jan 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145328 Forte de près de 170 000 personnes, cette communauté est pourtant peu connue en France. Une enquête permet de mieux comprendre la perception de l’appartenance à la diaspora malgache ainsi que la diversité des relations entre les membres.  Par Caroline Nourry et Sarah M’Roivili (The Conversation)   La diaspora malgache est l’une des principales diasporas d’Afrique subsaharienne […]

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Forte de près de 170 000 personnes, cette communauté est pourtant peu connue en France. Une enquête permet de mieux comprendre la perception de l’appartenance à la diaspora malgache ainsi que la diversité des relations entre les membres.

 Par Caroline Nourry et Sarah M’Roivili (The Conversation)

 

La diaspora malgache est l’une des principales diasporas d’Afrique subsaharienne en France. Les dernières estimations, datant de 2015, font état de 170 000 personnes, ce qui la place au même niveau que les diasporas malienne et sénégalaise. Malgré son importance numérique et son rôle important lors des récentes manifestations de la Gen Z à Madagascar, notamment à travers une mobilisation soutenue sur le réseau social Facebook, cette communauté est peu visible. Elle fait notamment l’objet de peu d’études si on la compare aux autres diasporas préalablement citées.

Une communauté peu connue

On peut faire remonter la première présence malgache en France hexagonale à la moitié du XIXᵉ siècle avec la venue de deux étudiants malgaches inscrits en faculté de médecine. Par la suite, d’autres étudiants, principalement issus des classes bourgeoises proches du pouvoir colonial, suivront le même chemin (études de médecine et de théologie). Cependant, comme le précise Chantal Crenn dans son livre Entre Tananarive et Bordeaux. Les migrations malgaches en France, il est difficile de parler de première vague tant le nombre est faible.

Il faut attendre la Première Guerre mondiale pour observer la première vague importante avec l’arrivée de 40 000 hommes, puis une deuxième vague avec la Seconde Guerre mondiale. Après 1947, la venue de Malgaches en métropole est principalement le fait d’étudiants issus de la bourgeoisie des Hautes Terres. Dans les années 1975-1980, les difficultés économiques et politiques de la Grande île vont pousser une partie des étudiants à venir étudier en France métropolitaine et certains à y rester.

Cet article se propose de combler en partie ces lacunes en analysant les résultats de l’enquête qualitative « Perception et réseaux de la diaspora malgache en France », réalisée dans le cadre du projet de recherche TADY entre janvier 2025 et décembre 2025, regroupant 25 entretiens réalisés avec des membres de la diaspora malgache en France (France hexagonale et La Réunion) et à Madagascar.

Dans le cadre de ces entretiens, deux thématiques principales ont été abordées : d’une part, la perception de l’appartenance à la diaspora malgache ; d’autre part, la diversité des relations entre les membres de la diaspora en France, ainsi que les relations entre cette communauté et Madagascar.

Les résultats développés dans cet article n’engagent pas l’ensemble de l’équipe de recherche du projet TADY mais les seuls auteurs de l’enquête « Perception et réseaux de la diaspora malgache en France ». Cependant, les travaux ont bénéficié d’interactions porteuses au sein du projet TADY et les auteurs remercient à ce titre l’ensemble des membres du projet. Nous renvoyons également les lecteurs au rapport « La diaspora malagasy en France et dans le monde : une communauté invisible ? ».

Définitions endogènes de la diaspora malgache

L’analyse des entretiens de notre enquête ne permet pas d’identifier une définition commune et uniforme à l’ensemble des membres de la diaspora.

Cela rejoint la littérature scientifique sur les diasporas et souligne la nécessité de ne pas adopter une définition trop restrictive des groupes diasporiques. Dans les faits, nous identifions plusieurs visions avancées par les personnes enquêtées, qui peuvent être cumulatives ou non.

Premièrement, une vision identitaire et culturelle met en lumière une série d’arguments en lien avec le fait d’être natif de Madagascar ; d’avoir un attachement identitaire et culturel ; ou encore d’avoir la nationalité malgache (sans forcément avoir un attachement particulier à la culture malgache ou au pays). Ainsi, plusieurs entretiens soulignent que l’appartenance à la diaspora malgache renvoie au fait d’être né à Madagascar puis d’avoir migré, ou encore d’avoir la nationalité et de vivre dans un autre pays que Madagascar.

« La diaspora pour moi, c’est être natif du pays tout en étant parti du pays. » Cette définition est pour certaines personnes une condition essentielle de l’appartenance au groupe diasporique. D’autres ont une vision plus large et considèrent que l’appartenance à la diaspora malgache est davantage liée aux pratiques culturelles, surtout au fait de parler le malgache.« Quelqu’un de deuxième génération peut être considéré comme de la diaspora, mais cela dépend de l’éducation. Si les deux parents sont nés à Madagascar, et si les parents entretiennent la langue avec leurs enfants. Dans ce cas, oui. Sinon, les enfants peuvent avoir un rejet. Cette adoption passe par la langue mais aussi la culture, l’adoption du pays. »

Deuxièmement, une vision réticulaire et communautaire, avec deux représentations.

La première (représentation plus individuelle) renvoie au fait d’être en relation avec les membres de la diaspora et/ou d’être en relation avec Madagascar. « Pour moi, la diaspora c’est toute personne qui a une relation avec Madagascar – que la personne soit malgache ou mariée à un Malgache ou née en France mais enfant de Malgache. Voilà, donc dès qu’il y a une relation avec quelqu’un qui vient de Madagascar ou qui est malgache, qu’il soit né ou pas à Madagascar, pour moi, ça constitue totalement la diaspora. »

La deuxième représentation organisationnelle et communautaire (moins fréquente) qualifie la diaspora comme étant toute forme d’action collective et d’organisation (formelle ou non) qui œuvre pour l’intérêt des Malgaches en France ou à Madagascar. « Selon moi, la diaspora malgache, c’est la communauté de Malgaches à l’étranger qui se retrouvent par leur origine […] et qui se réunissent selon leurs centres d’intérêt (sportif, religion commune, ou un aspect culturel, etc.). »

Comme nous le verrons dans la suite de l’article, cette dimension réticulaire prend une place importante.

La structuration de la diaspora malgache en France

L’analyse des récits nous permet également d’identifier une dimension centrale de la diaspora : celle de la complexité et de la diversité des relations entre diaspora et Madagascar, d’une part, et entre les membres de la diaspora, d’autre part.

Premièrement, l’ensemble des témoignages soulignent l’importance des relations d’entraide entre les membres de la diaspora et Madagascar.

D’abord, les soutiens sont pour la plupart intrafamiliaux et peuvent être plus ou moins réguliers. Ils peuvent intervenir pendant un événement ponctuel (mariage, enterrement, baptême, maladie) ou bien plus régulièrement (transfert mensuel, paiement de frais de scolarité, etc.). « Chaque fois que mes parents avaient besoin, ou avaient un pépin à Madagascar, il fallait dépanner. Ils n’avaient personne sur qui compter à part moi. Donc on part, on ne se rend pas forcément compte, mais il y a une responsabilité derrière. »

Ces logiques d’entraide s’apparentent souvent à de véritables mécanismes de protection sociale s’inscrivant dans une stratégie familiale construite autour de la migration.

D’autres témoignages relatent des processus d’entraide qui dépassent le simple cercle intrafamilial. À l’échelle de la famille élargie, de nombreuses initiatives sont développées dans le village d’origine des parents ou, plus largement, dans le lieu d’origine de la famille à Madagascar. Les mécanismes d’entraide sous-tendent de nombreux processus de négociation et des échanges complexes. Les écarts économiques et les perceptions de ces écarts renforcent la complexité de ces relations.

Nourrir tout un voisinage

De nombreux témoignages soulignent la complexité des réseaux d’entraide entre la diaspora et Madagascar :« Quand on envoie de l’argent là-bas, comme c’est un pays pauvre, ma famille a des voisins, les voisins savent que la famille de France envoie de l’argent, alors des fois quand on envoie de l’argent, on nourrit tout un voisinage. Donc des fois ma famille en demande un peu plus. C’est en allant là-bas que je l’ai vu et je l’ai vécu. »

Ainsi, les mécanismes d’entraide intrafamiliaux réguliers (entre enfants en France et parents à Madagascar par exemple) sont souvent le pilier de tout un système de redistribution impliquant de nombreuses personnes à Madagascar et en France.

Ensuite, au-delà de la logique de l’aide privée, plusieurs répondants soulignent la nécessité ressentie d’œuvrer directement pour Madagascar. Ils expriment leur sentiment de devoir moral impérieux, souvent cultivé au sein de la famille, à réinvestir leurs compétences acquises en France pour le développement de Madagascar.

Cette position, ancrée dans leur vision propre des enjeux du développement à l’île, se décline entre s’investir via l’aide au développement ou via le secteur privé, dans une perspective critique de l’aide. Dans les deux cas, toutefois, cette volonté de mobiliser ses compétences pour Madagascar entre en tension avec les opportunités limitées sur le marché du travail local, que ce soit en termes d’accès à l’emploi ou en termes de traitement salarial, en lien avec les écarts rapportés par plusieurs répondants entre conditions salariales des expatriés et conditions salariales des personnels nationaux. Les personnes malgaches venues étudier en France craignent de recevoir un salaire local alors que leur niveau de compétence est validé par un diplôme international.

Des réseaux de solidarité dans les deux sens 

Toutefois, malgré le manque d’opportunités de retour à Madagascar, la participation de la diaspora au développement du pays est bien réelle et prend notamment la forme de ressources immatérielles à travers le transfert d’opinions et d’idées qui peuvent influencer voire façonner celles des membres de la famille et plus largement l’opinion publique et dont le principal support et espace d’expression est Facebook, le réseau social le plus utilisé par les Malgaches.

Plusieurs enquêtés affirment s’informer régulièrement sur la situation du pays et certains prennent le temps de discuter les actualités avec leurs proches à Madagascar.

Par ailleurs, les influenceurs et lanceurs d’alerte sur Facebook basés en Europe, qui bénéficient d’une grande popularité en France comme à Madagascar, ont joué un rôle important dans le mouvement de la Gen Z.

Deuxièmement, l’analyse des récits permet également de caractériser la diversité des réseaux diasporiques en France selon les personnes.

Certaines se trouvent dans des réseaux exclusivement structurés autour de la famille proche et n’ont que peu de relations avec le reste de la diaspora malgache en France. « En tant que personne faisant partie de la diaspora, je n’ai pas beaucoup échangé avec d’autres personnes de la diaspora, à part la famille. J’ai une définition très personnelle et très restreinte, je ne connais pas d’associations ou autre, je n’en ai jamais fait partie. »

Ces personnes peuvent par ailleurs maintenir des relations avec les membres de la famille présents à Madagascar. Tandis que d’autres, et ce à des niveaux variables, sont insérées dans des associations sportives, culturelles ou religieuses. Les organisations cultuelles malgaches occupent une place centrale dans la structuration des réseaux diasporiques. Au-delà de la fonction cultuelle, les Églises chrétiennes malgaches, dont les deux plus importantes et présentes dans les grandes villes françaises sont l’Église protestante malgache en France et le réseau des communautés catholiques malgaches de France, assurent souvent un rôle déterminant d’accueil et d’intégration des nouveaux arrivants (recherche d’emploi et de logement, conseil administratif), et favorisent également le maintien d’un lien fréquent et fort avec la communauté malgache. « Sans la communauté malgache, je ne sais pas trop comment j’aurais pu m’en sortir à mon arrivée en France. C’est complètement grâce à la communauté malgache que j’ai pu m’en sortir, parce que ne serait-ce qu’avoir des amis, avoir des gens qui aident, par rapport à tout ce qui est administratif… parce qu’arriver en France sans rien connaître du tout, c’est très compliqué. […] Tout a été facilité par cette communauté malgache. La communauté de l’Église m’a permis de ne pas trop perdre mes repères et de ne pas être perdu totalement après mon arrivée en France. »

En conclusion, les principaux résultats de l’enquête soulignent la complexité des structures des réseaux diasporiques. Cette dernière s’explique non seulement par la diversité des représentations que la diaspora a d’elle-même mais aussi par la multitude des formes d’interaction qu’elle entretient avec Madagascar.


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Madagascar, « Mamy » Ravatomanga, milliardaire, vice Roi et cible des manifestants https://mondafrique.com/a-la-une/maminiaina-ravatomanga-dit-mamy-monsieur-deloyal-du-cirque-electoral/ https://mondafrique.com/a-la-une/maminiaina-ravatomanga-dit-mamy-monsieur-deloyal-du-cirque-electoral/#comments Sat, 11 Oct 2025 14:48:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=99916 Homme d’affaires et deuxième fortune de Madagascar, Maminiaina Ravatomanga, dit « Mamy », qui a caressé des ambitions présidentielles, a toujours été un conseiller officieux du président malgache, Andry Rajoelina, confronté à une mobilisation sans précédent des dizaines de milliers de jeunes dans les rues. Depuis qu’il a soutenu l’accession de l’actuel Président au pouvoir en mars […]

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Homme d’affaires et deuxième fortune de Madagascar, Maminiaina Ravatomanga, dit « Mamy », qui a caressé des ambitions présidentielles, a toujours été un conseiller officieux du président malgache, Andry Rajoelina, confronté à une mobilisation sans précédent des dizaines de milliers de jeunes dans les rues. Depuis qu’il a soutenu l’accession de l’actuel Président au pouvoir en mars 2009, l’homme d’affaires et consul de Serbie à Madagascar n’a cessé de le soutenir, y compris en mettant à son service des miliciens formés à la « Madagascar Security Academy », une société de formation professionnelle aux métiers de la sécurité. Lesquels, souvent d’origine serbe, seraient intervenus ces derniers jours contre les manifestants qui le caricaturent sur les réseaux sociaux (voir l’image ci dessus)

Un portrait signé par Olivier Vallée et Nicolas Beau

Maminiaina Ravatomanga, dit « Mamy », est un richissime homme d’affaires, en même temps conseiller officieux et soutien du président Andry Rajoelina. Les deux hommes se sont rapprochés courant 2008 parce que leurs sociétés respectives se trouvaient en butte au fisc, dont les enquêtes avaient été initiées par l’entourage de Marc Ravalomanana, le président de l’époque. Ravatomanga a soutenu l’accession de Rajoelina au pouvoir par le coup d’Etat de 2009. Il n’a cessé d’être à ses côtés depuis lors en le soutenant par ses relations ià l’international, ses aides financières généreuses, ses avions privés ou encore les titres de journaux qu’il possède dans tout le payscomme « La Vérité », « Madagascar Matin ».

Mamy Ravatomanga, que la « Génération Z « accuse de piller le pays et dont elle réclame le jugement, traverse une phase très délicate. Le 6 octobre, au cours d’une émission spéciale de près de deux heures, retransmise sur trois chaînes privées de télévision et enregistrée au sein même de sa société Madagascar Security Academy (MSA), devant un parterre d’employés, l’entrepreneur s’est livré à « un exercice de style périlleux », d’après RFI, pour tenter de répondre aux attaques de ses détracteurs et, dit-on, pour prendre ses distances avec son ami Rajoelina qu’il sent sans une très mauvaise passe.

Une ascension fulgurante

Le succès de notre milliarsaire n’est pas une mince prouesse. Mamy, né à Morondava, n’appartient pas à la caste des fils de notables de la capitale. Une élite qu’il lui a fallu convaincre soit de s’allier avec lui, soit de lui céder les commandes.

L’enrichissement sans limites commence vraiment à partir de 2009. Cet intime du président Rajoelina nomme ses hommes dans les gouvernements de la Transition. Ainsi Hery Rajaonarimampiainina désigné en tant que ministre des Finances et du Budget de la Transition de 2009. L’influence de cet homme d’affaire dans le cercle du pouvoir n’a cessé de croître depuis. Un de ses obligés n’est autre que Christian Ntsay, qui l’a aidé lors des privatisations et qui devient, à son instigation, Premier ministre en 2018.

Aujourd’hui le ministre de l’industrie et du commerce, Edgard Razafindravahy, est quotidiennement à la manœuvre pour faire perdurer la capture des filières à devises par Mamy. Ils se voient souvent, passent les fêtes de Noel dans un golfe-hôtel de luxe du groupe Azura appartenant à Mamy et s’envoient des SMS, heure par heure. La vanille est passée sous contrôle du milliardaire et de ses alliés indiens.

Une des plus belles prises de Mamy, c’est l’actuel ministre de la décentralisation et de l’Aménagement du territoire, Naina Andriantsitohaina, fils unique du riche homme d’affaires Jean-Charles Andriantsitohaina, dont il a pris la relève à la tête des sociétés familiales. 

Plusieurs fers au feu 

Cet homme d’affaires sans états d’ame entretient d’excellentes relations aussi bien avec la Russie de Vladimir Poutine qu’ avec le Président français, Emmanuel Macron.

Malgré l’accumulation des casseroles que traine Mamy Ravatomanga, le président Macron n’a jamais hésité à le prendre au téléphone.  « Mamy » Ravatomanga est sorti blanchi, le 5 juillet 2023, de toutes les accusations dont il fait l’objet en France jusifiant le classement sans suite de l’enquête préliminaire du Parquet national financier (PNF) ouverte à son encontre. Cette procédure portait sur des faits de blanchiment en bande organisée, de corruption d’agent public, de fraude fiscale et de trafic de bois de rose. Le PNF justifie cette décision, datée du 25 juillet, en raison d’une  « infraction insuffisamment caractérisée». 

Mamy Ravatomonga possède plusieurs fers au feu à l’international. Consul à Madagascarde Serbie, le pion avancé de Vladimir Poutine en Europe, le milliardaire cultive des liens avec Moscou. Une rencontre a même lieu entre le « parrain » de Madagascar et Evgueni Prigojine, le patron de Wagner, un peu avant la mort du malfrat russe. Ainsi, le 17 août 2023 en pleine préparation de la Présidentielle, les deux hommes se retrouvent pour discuter de l’organisation de la sécurité personnelle du président sortant, Andry Rajoelina, afin d’assurer sa sécurité et celle de ses biens. 

La rencontre a lieu lors de la tournée africaine du patron de Wagneren août 2023, la dernière.De retour d’Afrique en Russie, le 23 août, Prigojine meurt dans un étrange accident d’avion.

Est-ce en prévoyant le pire? « Mamy » vient d’acquérir la nationalité ivoirienne. On ‘est jamais trop prudent.

 

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D’une mission d’observation à l’autre, le ballet malgache de l’Union africaine   https://mondafrique.com/a-la-une/dune-mission-dobservation-electorale-a-lautre-le-ballet-malgache-de-lunion-africaine/ Fri, 15 Dec 2023 21:59:44 +0000 https://mondafrique.com/?p=101710 Les missions d’observation électorale sont, pour l’Union africaine (UA), un outil diplomatique. Après le déploiement d’une mission peu complaisante à Madagascar pour le scrutin tendu et contesté du 16 novembre, l’organisation continentale adresse un pied de nez au nouveau Président malgache par la composition de celle qui jugera, dans une semaine, du scrutin présidentiel en […]

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Les missions d’observation électorale sont, pour l’Union africaine (UA), un outil diplomatique. Après le déploiement d’une mission peu complaisante à Madagascar pour le scrutin tendu et contesté du 16 novembre, l’organisation continentale adresse un pied de nez au nouveau Président malgache par la composition de celle qui jugera, dans une semaine, du scrutin présidentiel en République démocratique du Congo.

Olivier Vallée

En composant sa mission d’observation pour les élections présidentielles à Madagascar, le 16 novembre, l’Union africaine n’a pas lésiné sur les moyens. Conduite par l’ancienne Présidente de la Transition de la République Centrafricaine, Catherine Samba-Panza et l’ambassadeur Patrice Eugene Curé, représentant le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA), venu de la République de l’Île Maurice, et rehaussée, enfin, par Bankole Adeoye, le commissaire aux Affaires Politiques, Paix et Sécurité de l’UA en personne, la mission était composée de 70 observateurs de court terme provenant de tout le continent.

Si elle s’est officiellement félicitée de la tenue du scrutin «dans une atmosphère calme et paisible en dépit du boycott d’une frange de l’opposition», elle a asséné plusieurs critiques dans sa déclaration préliminaire publiée au lendemain de l’élection. Elle a regretté «le manque de consensus autour du fichier électoral», déploré l’absence de compromis au sein de la classe politique malgache à l’origine «de la division de la classe politique, des manifestations et de la violence et le refus par dix des 13 candidats de prendre part à la campagne électorale, ce qui a privé l’électorat malgache d’une campagne plus inclusive.»  Enfin, elle a regretté «le manque d’engouement des électeurs» et «exhorté les autorités, les acteurs politiques et autres parties prenantes du processus électoral à créer un cadre propice au dialogue afin de décrisper le climat politique.»

Dans le ballet réglé des précautions diplomatiques de l’UA, chaque mot de Catherine Samba-Panza était pesé. Ces mots-là ne sont pas en faveur d’Andry Rajoelina. Le Président sortant réélu dès le premier tour n’a d’ailleurs pas réservé un accueil chaleureux aux diplomates.

Pied de nez diplomatique

C’est à cette lumière qu’il faut lire la nomination imminente, à la tête de la mission d’observation électorale en République démocratique du Congo, d’un rival d’Andry Rajoelina, l’ancien Président Hery Rajaonarimpiainina, battu le 16 novembre dernier dès le premier tour,  flanqué d’Alain Djacoba Tehindrazanarivelo, très actif ces derniers mois au sein de la plate-forme mêlant contestation de l’élection et plaidoyer en faveur d’un gouvernement d’union nationale animée par la présidente de l’Assemblée nationale Christine Razanamahasoa.

En marge de l’élection présidentielle malgache, la présidente de l’Assemblée nationale, personnalité de l’église luthérienne dans le pays, s’est entretenue en tête-à-tête avec Catherine Samba-Panza et elle a fait part à toutes les missions d’observation de son inquiétude sur l’impartialité du scrutin.

Le tandem malgache désigné par l’UA est équilibré du fait de leurs régions d’origine : l’ex-président vient des hauts-plateaux et Alain Djacoba Tehindrazanarivelo est depuis longtemps une figure « côtière ». Il a vécu en France lors de la grande crise traversée par Madagascar en  2002 lors de l’affrontement entre Didier Ratsiraka et Marc Ravalomanana.

Les deux hommes sont bien perçus par le Quai d’Orsay, débordé par la hargne antifrançaise qui monte à l’occasion de l’investiture, ce samedi, du Président malgache. Paris a décidé de ne pas envoyer de délégation, de même que la République Sud-Africaine, mais pas pour les mêmes raisons. La puissance régionale se heurte à Andry Rajoelina depuis son coup d’État de 2009. Ce dernier a battu froid au général de brigade Godfrey Miyanda, ancien vice-président de la République de Zambie et chef de la mission d’observation électorale de l’organisation régionale de l’Afrique australe, la Southern African Development Community (SADC), dont Madagascar est membre. L’organisation régionale s’inquiète de ce que la Grande Ile bafoue ouvertement ses principes d’indépendance à l’égard des ex-puissances coloniales et un formalisme démocratique emprunté à la Grande-Bretagne. La question malgache a été hissée au plus haut niveau de l’organisation sous la houlette du Président zambien qui préside actuellement la troïka de l’organe de coopération en matière de politique, défense et sécurité (Zambie, Namibie et Tanzanie). La troïka est mécontente de l’attitude d’Andry Rajoelina et les chefs d’État des trois pays ont boudé ses invitations à la cérémonie d’investiture.

Andry Rajoelina a hanté lui-même la COP 28 pour rencontrer les chefs d’État de la SADC présents. Comme le Président français, ils ont invoqué un emploi du temps trop chargé. Des amis francophones du Président Macron seront là cependant pour l’investiture. Il s’agit de Macky Sall, président du Sénégal et d’Alassane Ouattara, président de la Côte d’Ivoire.

L’UA enveloppe son astuce d’une pincée de piment, comme on dit à Abidjan, en choisissant, pour observer dans quelques jours l’honnêteté des élections de RDC, deux Malgaches opposants pondérés du  Président Rajoelina qui ne s’embarrasse pas de précautions pour mépriser la SADC.

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Madagascar, la mascarade de l’élection présidentielle https://mondafrique.com/a-la-une/madagascar-la-mascarade-de-lelection-presidentielle/ Sun, 26 Nov 2023 19:30:29 +0000 https://mondafrique.com/?p=100698 Le président sortant a obtenu 58,95 % des voix, selon la commission électorale le 25 novembre, au terme d’un scrutin tendu. L’opposition ne reconnaît pas les résultats et demande l’annulation de l’élection présidentielle. Un article de nos confrères du site « Le Sphinx » Voici un score que peu de dirigeants du continent africain osent s’attribuer dès […]

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Le président sortant a obtenu 58,95 % des voix, selon la commission électorale le 25 novembre, au terme d’un scrutin tendu. L’opposition ne reconnaît pas les résultats et demande l’annulation de l’élection présidentielle. Un article de nos confrères du site « Le Sphinx »

Voici un score que peu de dirigeants du continent africain osent s’attribuer dès la fin du premier round.  Le vainqueur, Andry Rajoelina, est un ancien DJ qui a réussi dans la publicité et se lance dans la politique pour remporter la mairie de la capitale malgache. De cette place, où il a été imposé par les milieux économiques hostiles au président élu, Marc Ravalomanana, il conquiert la présidence à travers le coup d’État de 2009. La France de Sarkozy va soutenir le putschiste, ami de Balkany, entre autres. En retrait apparent du pouvoir qu’il laisse à son ministre des finances en 2014, il est naturalisé français avec sa famille la même année. En étant élu en 2023, il a devant lui encore un nouveau mandat en dépit d’un bilan social ou économique désastreux que la presse internationale fait semblant de découvrir.

Au Niger, privé des nombreux atouts de l’île de l’Océan indien, 50% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté ; à Madagascar, 80% de la population stagne dans la misère et les 2/3 des ménages n’ont pas d’électricité.

Le challenger de Rajoelina se voulait le représentant de ces pauvres qui souffrent quotidiennement,  particulièrement dans le Sud dont il est originaire. Il s’agit de Siteny Randrianasoloniaiko, qui après ses études en Communication et Gestion à l’International Leadership School de Pretoria, retourne à Madagascar où il fonde des entreprises dans le secteur de la télécommunication et des médias, y compris la création de Radio Siteny en 2013. Il parle mieux l’anglais qu’Andry Rajoelina et s’inspire plus de l’économie de marché que du modèle russe. Cependant les communicants français du président sortant et lui-même français, Andry Rajoelina, vont axer leur campagne de dénigrement sur sa proximité avec Poutine, voire de Wagner. Siteny Randrianasoloniaiko a pu mener sa campagne impressionnante parce que des partenaires extérieurs comme Abu Dhabi ou des riches malgaches exilés à Dubai. Il a aidé de son argent les 10 autres candidats pour corriger les distorsions du cadre électoral. Mais en vain les manœuvres des caciques de la politique malgache servent leurs carrières plus qu’ils n’ont d’ambition pour leur pays.   

Les politiciens apprentis sorciers 

Dès que les élections 2023 approchent tous les candidats font front commun contre Andry Rajoelina avec des motifs variés, mais dont le principal reste sa nationalité française. La critique dénonce aussi qu’il tient sous sa coupe la cour constitutionnelle (HCC) et la Commission électorale nationale et « naturellement » indépendante (CENI). Tout cela n’est pas faux mais n’est pas nouveau. Rajoelina est le fils d’un colonel de l’armée française et on pouvait se douter qu’il se sentait, comme beaucoup de membres de la nomenklatura de ce pays, plus à l’aise à Levallois que dans les rizières de la côte malgache.

Quant à la captation des organes judiciaires, sécuritaires et électoraux par le pouvoir en place, les plus tonitruants des candidats qui refusent de faire campagne, par pingrerie, auraient pu la décrier plus tôt. Ainsi, Hery Rajaonarimampianina, ancien ministre des finances de Rajoelina, depuis 2009, puis président de la République de 2014 à 2018.  En 2023, il est le chef du HVM qui à travers le Fisandratana (Émergence) souhaite remettre le pays sur le chemin de la croissance.

L’autre poids lourd qui jette le gant avant le début du match, c’est Marc Ravalomanana. Il a été président avant d’être renversé par Andry Rajoelina en 2009, soutenu alors par les diplomates français qui nomment Ravalomanana le «loser». En 2023, à la tête du TIM, son parti qui s’est délabré, il mise sur la reprise du Madagascar Action Plan (MAP), le programme qu’il avait tenté de mettre en œuvre durant son mandat, mais il y a déjà 20 ans. Le MAP était axé, entre autres, sur la réhabilitation des infrastructures routières, l’accroissement de la productivité agricole, la lutte contre l’insécurité, etc. Les premiers fruits de ce programme apparaissaient quand Rajoelina, avec l’aide de colonels de l’armée malgache, le destituent. Mais au lieu de faire l’état de la situation dramatique du pays, Ravalomanana comme Roland Ratsiraka, neveu de l’ancien président, et de proposer une alternative commune, l’opposition multiplient les attaques personnelles contre le président sortant et son entourage. Pourtant Madagascar partage un point commun avec le Mali, nommé JIRAMA, en malgache l’acronyme de l’EDM du Mali. La JIRAMA est une source d’enrichissement pour ses fournisseurs français, indiens installés dans l’ile, et malgaches. Sans aucun résultat satisfaisant, sauf dans les beaux quartiers de la capitale où tous les candidats ont une villa et leurs entreprises. Et la liste est longue de la perpétuation de l’incurie dans des secteurs décisifs de la vie de la nation. Les leaders malgaches semblent avoir réduit l’échéance du 16 novembre à un règlement de comptes avec celui qui s’est installé au pouvoir par un second coup d’État, institutionnel cette fois. Siteny Randrianasoloniaiko semble un outsider qui dérangeait autant le président en place que les vieux routiers du système politique malgache.

La farce de la médiation

Le boycott des élections présidentielles par les candidats menaçaient l’apparence de légitimité du scrutin, car seul le semblant de compétition lui confère un peu de crédibilité. La communauté internationale et les instances habituelles de médiation à Madagascar ont donc plaidé pour un dialogue entre le pouvoir et les forces d’opposition. Les Églises, catholiques et protestantes, représentent un arbitre politique et institutionnel régulièrement sollicité dans la République malgache, pourtant laïque. Une fois de plus, séparément ou à travers des plateformes «démocratiques », elles ont remis en cause l’organisation des élections sans jamais dire clairement qu’elles étaient une farce. Les organisations pluri-étatiques comme la SADC, la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), regroupant 16 pays d’Afrique australe, réunie en sommet extraordinaire, le samedi 4 novembre, à Luanda (Angola) avait réitéré son soutien aux élections par le déploiement de la mission d’observation électorale pour Madagascar.

La CEDEAO a produit une jurisprudence sur la « succession démocratique » au pouvoir, que la SADC reprend avec le principe de la tenue des élections, malgré les innombrables problèmes entourant le déroulement du scrutin malgache. Cette subsidiarité qui confère à la CEDEAO et à la SADC un pouvoir considérable pour décréter le caractère autorisé des processus politiques permet à l’Union africaine comme aux Nations-Unies de se défausser de toute responsabilité. Le représentant résident des Nations Unies dans la capitale malgache et le PNUD ont été courageusement aux abonnés absents. 

Du coté malgache, la société civile essaye de mettre en place des observatoires des élections mais c’est Christine Razanamahasoa, présidente de l’Assemblée nationale (PAN), une luthérienne revendiquée et déjà associée au système politique lors de la transition suivant le putsch d’Andry Rajoelina qui mène la fronde dès le mois d’octobre contre le processus électoral. Elle réclame très vite plus d’implication des partenaires techniques et financiers de la Grande île et affirme son engagement pour une «médiation parlementaire». « J’exhorte la communauté internationale, face à l’urgence, à agir », lance Le président de la Chambre basse dans son discours d’ouverture de la session parlementaire, mardi à Tsimbazaza. «Je sais et je suis convaincue que vos constats respectifs rejoignent les nôtres, sur certains domaines et secteurs vous êtes dissuasifs, le temps n’est plus à la diplomatie», argue-t-elle. «Les germes des provocations pour une guerre fratricide sont visibles et ne cessent pas de s’amplifier, votre responsabilité respective est aussi engagée plus que la nôtre », prévient-elle.

Un front se crée associant Christine Razanamahasoa, la PAN, et le Conseil œcuménique des Églises chrétiennes (FFKM) au sein de la plateforme de l’opposition (PAN/FFKM) pour contester la poursuite du «simulacre d’élection organisée de force». La plateforme finira par appeler au boycott de l’élection après avoir en vain réclamé un report. A l’opposé, comme d’habitude, la communauté internationale va soutenir et pire valider le processus électoral et dans l’infamie, les organisations francophones comme l’OIF et la CEMAC (on se demande ce qu’elle vient faire à Madagascar quand on sait les turpitudes du Tchad ou du Congo)  vont se distinguer.

Le jour d’après

Après la proclamation des résultats, une abondance de constats sur la fausseté du fichier électoral et de dénonciations des achats de vote fleurit. Il est trop tard, mais la SADC et les observateurs internationaux et malgaches se donnent bonne conscience pour que la comédie électorale continue et qu’Andry Rajoelina poursuive son règne. L’anesthésie de la médiation fait son retour. Ainsi la «Plateforme de dialogue et de médiation» confirme qu’elle poursuit ses efforts pour explorer toutes les voies pouvant conduire à la stabilité, à l’apaisement et à la réconciliation du peuple malgache. 

Cependant l’accumulation de critiques de l’épisode électoral aboutit à une dévaluation du président réélu. Il se retrouve en position de faiblesse par rapport à ses alliés et ses concurrents. Les oligarques cosmopolites et nationaux qui l’entourent et les officiers généraux qui prospèrent dans son sillage pourront exiger encore plus de prébendes et de libertés pour s’approprier les richesses du pays. L’ambassadeur de France n’a plus à redouter la contestation de l’opinion publique qui s’insurgeait contre l’étrangeté du candidat Andry Rajoelina qui avait choisi d’être naturalisé français. Emmanuel Macron peut plus aisément maintenir la confiscation des îles éparses et un rôle de protecteur du sud-ouest de l’Océan indien. Le challenger Siteny Randrianasoloniaiko sait bien et le président réélu aussi que son score a été réduit. Les sponsors qui l’ont soutenu vont cependant obtenir des concessions pour réintégrer le club des milliardaires encastrés dans l’appareil du pouvoir. La faiblesse du président de 49 ans se verra rapidement lors des législatives et des sénatoriales. Les candidats défaillants de la présidentielle vont obtenir sur des bases régionalistes et clientélistes des sièges nombreux au détriment du parti présidentiel complètement discrédité.

Les église chrétiennes par leur ambiguïté ont su maintenir l’exécutif et les parlementaires engagés dans une fronde complètement déconnectée du peuple.

Emmanuel Macron gère, de loin, la crise malgache

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Emmanuel Macron gère, de loin, la crise malgache https://mondafrique.com/libre-opinion/emmanuel-macron-gere-mais-de-loin-la-crise-electorale-malgache/ Sun, 26 Nov 2023 18:59:36 +0000 https://mondafrique.com/?p=100682 Les résultats de la Présidentielle à Madagascar ont été proclamés. Le président sortant, Andry Raojelina,  n’a pas hésité à passer au premier tour avec près de 60 % des voix en provoquant de très nombreuses protestations de toute l’opposition et une situation sociale très tendue. L’Élysée qui prétend avoir pris la main, comme on dit, […]

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Les résultats de la Présidentielle à Madagascar ont été proclamés. Le président sortant, Andry Raojelina,  n’a pas hésité à passer au premier tour avec près de 60 % des voix en provoquant de très nombreuses protestations de toute l’opposition et une situation sociale très tendue. L’Élysée qui prétend avoir pris la main, comme on dit, sur l’Océan indien, affiche une approche de cette région du monde peu originale-ni indifférence, ni ingérence. Le tout pour masquer un grand vide de la diplomatie française.

Une chronique d’Olivier Vallée 

Le lundi 20 novembre 2023, l’ambassade de France accueille la cérémonie d’ouverture du Fonds pour les Projets Innovants de la Société Civile et Coalitions d’Acteurs « Femmes résilientes et actrices face à la lutte contre le changement climatique et ses effets ». Quelques jours après un premier tour pour le moins houleux. Le climat est devenu la ligne de front d’une diplomatie incapable d’avoir une ligne de conduite sur des élections peu fiables et sur les dérives de l’exécutif malgache depuis le coup d’État de 2009.

Arnaud Guillois, un ambassadeur transparent

Le président Macron pensait qu’en envoyant Arnaud Guillois, ambassadeur, passé par la voie de la sous-direction des affaires politiques (Nations Unies, organisations internationales, droits de l’homme et francophonie),  il avait trouvé, après son poste à Djibouti, le garant de la sauvegarde des intérêts français dans l’Océan indien.

Nommé en septembre 2022, l’ambassadeur de France a vite suscité la méfiance de toute la classe politique malgache par son manque de courtoisie vis-à-vis de la candidature du ministre des transports malgaches à la présidence de conseil d’administration de l’ASECNA. Le candidat malgache, soutenu par les États membres de l’ASECNA, en particulier ceux du Sahel, a été cependant élu. L’ambassadeur de France à Madagascar soutenait la candidature d’un de ses collègues qui visait cette sinécure tout en restant à Paris

Arnaud Guillois, une personnalité peu à l’aise à Madagascar n’a pas été aidée par les impairs de sa hiérarchie. La ministre française des affaires étrangères, Catherine Colonna, attendue en avril 2023, promet de se rendra à Madagascar le 28 et le 29 mai. Elle ne viendra jamais. c’est Emmanuel Macron lui-même qui reçoit Andry Rajoelina à Paris, alors que le processus électoral est enclenché, pour parler de la libération des Français Philippe François et Paul Rafanoharana, emprisonnés à Madagascar depuis deux ans, dans le cadre de l’affaire « Apollo 21 », une supposée tentative de coup d’État.

Emmanuel Macron, seul maitre à bord 

Le président Macron se veut le maitre du Sud Ouest de l’Océan indien en gardant la mainmise sur les iles éparses et sur Mayotte qui étendent les zones économiques exclusives de la France. Il confie la plupart des missio politiques pour Madagascar à Nicolas Sarkozy.  En effet, lors de sa prise de pouvoir en 2009, Rajoelina est soutenu par Paris -et plus particulièrement par l’Élysée, le dossier étant géré par le secrétaire général de la présidence, Claude Guéant- et par le conseiller Afrique de Nicolas Sarkozy, André Parant.

À Tana, plusieurs conseillers de Rajoelina jouent, à partir de 2009, les courroies de transmission, parmi lesquels l’homme d’affaires franco-malgache Patrick Leloup, proche de Robert Bourgi, conseiller de Nicolas Sarkozy. En 2023, Patrick Leloup et d’autres franco-malgaches sont toujours présents et plus influents encore que l’ambassadeur de France.

L’indifférence qu’affiche la diplomatie française n’est pas une notion malgache. Le partage, la solidarité et les visites, en périodes de crise, restent importantes pour maintenir au moins l’apparence du lien entre la France et Madagascar

 

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