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Mamitiana Rajaonarison, un haut fonctionnaire issu du maintien de l’ordre et de la lutte contre la corruption, a été nommé à la primature dimanche en remplacement de Herintsalama Rajaonarivelo. Inconnu du grand public, l’heureux élu est un compagnon de longue date du président de la Refondation de la République (PRRM), le colonel Michael Randrianiriana, les deux officiers s’étant connus à la 23e promotion de l’Académie militaire d’Antsirabe. 

Par Daniel Sainte-Roche

Mamitiana Rajaonarison

Un professionnel de la lutte anti-corruption

Administrateur civil, Mamitiana Rajaonarison a servi comme officier supérieur dans la gendarmerie nationale après des formations à l’EOGN (École des Officiers de la Gendarmerie Nationale de Melun). Affecté dans un premier temps à Fianarantsoa, il a été muté à l’école de la gendarmerie nationale de Moramanga, avant de rejoindre en 2004 le Bureau indépendant contre la corruption (BIANCO), où il a débuté comme enquêteur principal avant de devenir responsable du département des enquêtes à Tananarive et à Tamatave. De 2018 à 2021, il a été placé à la tête de la branche du BIANCO à Tuléar.

En 2021, Andry Rajoelina le nomme directeur général du SAMIFIN (Service de renseignement financier), sur proposition de la société civile et des partenaires techniques et financiers. Il a occupé cette position jusqu’à sa nomination en tant que Premier ministre.

Qui suscite l’espoir de la société civile 

L’entrée de Mamitiana Rajaonarison dans l’arène politique n’a pas enthousiasmé l’opinion publique malgache mais la société civile s’est félicitée de sa nomination, souhaitant que le nouveau Premier ministre « apporte son expérience en matière de lutte contre la corruption et la criminalité financière, à un moment où le peuple attend une transparence accrue et une meilleure gouvernance dans les affaires nationales ».

Et de rappeler au passage que sous le mandat de Rajaonarison à la SAMIFIN, Madagascar a nettement amélioré sa notation auprès du GAFI (Groupe d’action financière, créé en 1989 lors du sommet du G7 à Paris), évitant ainsi une relégation de la Grande Île dans la « liste grise » des pays qui ne respectent pas les standards internationaux en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.

Lors des manifestations de septembre 2025 qui ont fait tomber le régime.

Mais doit encore convaincre 

Le citoyen lambda, quant à lui, reste dubitatif. Sous la présidence de Andry Rajoelina, de multiples allégations de blanchiment d’argent ont été étalées aussi bien dans la presse que sur les réseaux sociaux sans que le SAMIFIN ait daigné ouvrir la moindre enquête. Hery, membre de l’association estudiantine d’Ankatso, relève à ce propos : « Mamitiana Rajaonarison a occupé le poste de directeur général de SAMIFIN durant deux mandats successifs, mais apparemment il n’a pas pu détecter les nombreux mouvements de fonds frauduleux réalisés par Mamy Ravatomanga entre Madagascar et l’Île Maurice ».

Cet immobilisme jette le doute sur l’indépendance véritable de Mamitiana Rajaonarison et sa capacité à lutter contre la corruption des lors que des « gros poissons » proches du régime sont impliqués. « Fera-t-il le poids face aux très influents affairistes, comme Koufali Daya, et à la mafia indo-pakistanaise ? ». Ses actions seront certainement scrutées à la loupe par les participants au mouvement de septembre 2025, dont une grande partie commence à déchanter.

« On l’attend à l’œuvre », note avec intérêt un fonctionnaire au ministère de l’Économie. «Le nouveau Premier ministre a un profil atypique, qui peut être très intéressant dans le domaine bien précis de la lutte contre la corruption ». Mais, estime-t-il, la conduite des affaires de l’État nécessite une vision plurisectorielle.

 

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Madagascar : une transition sous influence ? https://mondafrique.com/a-la-une/madagascar-une-transition-sous-influence/ https://mondafrique.com/a-la-une/madagascar-une-transition-sous-influence/#respond Wed, 11 Mar 2026 05:16:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=148401 Les deux visites successives effectuées à Moscou et à Paris par le colonel Michael Randrianirina, le président de la refondation de la République de Madagascar (PRRM), ont suscité un doute dans l’esprit de ceux qui espéraient une rupture politique majeure et une redéfinition brutale des partenariats extérieurs de la Grande Île après la prise de […]

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Les deux visites successives effectuées à Moscou et à Paris par le colonel Michael Randrianirina, le président de la refondation de la République de Madagascar (PRRM), ont suscité un doute dans l’esprit de ceux qui espéraient une rupture politique majeure et une redéfinition brutale des partenariats extérieurs de la Grande Île après la prise de pouvoir de la junte militaire en octobre. 

Par Daniel Sainte-Roche

Après le séjour parisien du colonel, les chantres du néo-panafricanisme d’obédience russe n’ont pas hésité à le qualifier de « sous-fifre français » et « d’imposture », en faisant le parallèle avec ce qui s’est passé au Gabon où, après le putsch de 2023, le nouveau président Brice Oligui Nguema s’est empressé d’accepter l’offre du président Macron « d’accompagner (le pays) dans le renouveau et la transformation économique ».

À Madagascar, les plus fervents parmi les manifestants de la « révolution de septembre 2025 » ne cachent pas non plus leur déception. Pour eux, la visite en Russie n’était qu’une façade pour donner l’illusion d’une politique d’ouverture « tous azimuts », sans réelle volonté de couper le cordon ombilical avec l’ancienne puissance tutélaire. Ainsi, en marge d’une conférence de presse donnée le 3 mars dernier à Tananarive, un représentant de la Gen Z s’est montré catégorique : « le vrai leader que nous attendons ne s’agenouille pas devant la France pour quémander de l’aide. Nous voulons un dirigeant capable d’obtenir effectivement la réparation des injustices historiques, coloniales et néocoloniales que les Malgaches ont subies ». 

À l’inverse, pour les fidèles partisans du nouveau pouvoir, la démarche du colonel, qualifiée de « diplomatie d’équilibre », ne doit pas être perçue comme un signe de faiblesse mais plutôt une réaffirmation de la souveraineté nationale du pays. Elle témoigne de l’habileté de la nouvelle diplomatie à tirer profit de la concurrence entre les grandes nations. Optant pour une stratégie de non-alignement, la Grande Île veut désormais privilégier ses propres intérêts sans devoir choisir une grande puissance contre une autre. « Madagascar est totalement ouvert aux nations du monde entier dès lors que le peuple malgache peut en tirer profit », a d’ailleurs affirmé le colonel Michaël Randrianirina.

Une réalité alambiquée

Derrière ce narratif bien huilé, se profile néanmoins une réalité alambiquée. En effet, la politique étrangère de toute nation constitue un reflet de sa politique nationale. Or, force est de constater qu’il règne à Madagascar aujourd’hui un flou idéologique flagrant alors que le « panier à crabe » que constitue l’entourage du PRRM ne permet pas l’émergence d’un système de pensée cohérent. Il est vrai qu’à Madagascar, l’idéologie officielle n’a qu’une importance secondaire et ne constitue qu’une technique d’accès et de maintien au pouvoir.

La valse-hésitation du colonel Michael Randrianarina n’a donc rien d’extraordinaire quand on sait que, depuis l’indépendance en 1960, Madagascar a changé d’orientation tous les 10 ans et que la versatilité et la faiblesse des convictions idéologiques caractérisent la classe politique insulaire. Et avec le climat d’affairisme ambiant qui imprègne les couloirs du palais de la Refondation, il est aisé de perdre ses repères.

Carence idéologique et culte de l’argent

Après le soulèvement populaire de 1972, la participation des hommes en treillis aux activités politiques s’est banalisée, notamment par le biais de la nomination d’officiers à des postes politiques ou administratifs normalement dévolus aux civils. Il est vrai qu’à une certaine époque, certains de nos jeunes pouvaient accéder à des écoles de formation militaire prestigieuses en France, aux États-Unis ou dans les pays communistes. L’amiral Didier Ratsiraka, élu président de la République en 1975 et en 1996, était un cadre diplômé de Saint-Cyr et de l’école navale de Brest. Les chefs militaires de l’époque pouvaient s’appuyer sur un support idéologique et doctrinal solide dans la conduite des affaires de l’État.

Mais la mutation profonde de la société malgache apportée par l’avènement de la troisième République et la libéralisation effrénée qui s’ensuivit fut dévastatrice : à l’idéologie politique s’est substitué le culte de l’argent. On assista alors à la formation d’une bourgeoisie administrative et bureaucratique enrichie par la corruption qui a gangréné la pratique politique à tous les niveaux (municipal, parlementaire et gouvernemental). En même temps, les « militants en uniforme » (appellation donnée aux militaires sous la révolution socialiste) cédèrent le pas à l’émergence d’une caste militaire dont le degré de décadence n’avait rien à envier à celui des civils.  

Les coups d’État successifs vont permettre ensuite l’alliance de la caste militaire avec un nouveau type de politiciens : les « nouveaux riches » ayant fait fortune dans des conditions obscures, qui se font élire avec des distributions de tee-shirts et de produits de première nécessité. C’est ainsi qu’aujourd’hui, une poignée de conseillers officiels et/ou occultes tirent les ficelles et imposent les grandes décisions, aussi bien en matière de politique intérieure qu’à l’international. Dans ce cadre, le président de l’Assemblée nationale Siteny Andrianasoloniaiko tient un rôle prépondérant. Ce politicien très proche de Moscou est présent à chaque déplacement du colonel Michael Randrianirina, lequel semble entièrement sous son influence.

Naïveté diplomatique ou envie de tromper ?

L’emprise psychologique exercée sur le chef de la junte s’est manifestée d’une façon éclatante quand le colonel Randrianiriana a déclaré devant la diaspora malgache, à l’occasion de sa visite à Paris le 25 février 2025, que « la Russie ne demande pas de contrepartie pour les aides qu’elle octroie ». Manque de lucidité d’un novice en relations internationales ou crainte de subir les feux du nationalisme insulaire très ardent chez les Malgaches ?

Une telle déclaration n’a pas manqué de sidérer, interprétée comme une volonté de tromper le simple citoyen. Les faits, à Madagascar comme en Afrique en général, montrent que les Russes sont loin d’être désintéressés car leur coopération s’accompagne toujours de manœuvres visant à infiltrer les rouages étatiques et à influencer les décideurs politiques, avec à la clé l’échange d’armes contre des ressources minières.

Ainsi, sous la deuxième République, la fourniture par l’armée soviétique de 8 avions de guerre MIG 17, de 13 MIG 21 et 6 MIG 23 ainsi que d’un avion de transport YAK 40 s’est accompagnée d’un don de trois radars qui ont permis à Moscou de contrôler le canal du Mozambique et tout le sud-ouest de l’Océan Indien !

La Russie moins généreuse qu’avec Didier Ratsiraka

Avec l’actuelle junte, la Russie n’a pas été aussi généreuse que sous la présidence de l’Amiral Didier Ratsiraka. Elle s’est contentée d’offrir, dans le cadre des actions d’urgence post-cycloniques, 60 tonnes d’aide alimentaire, six camions et deux hélicoptères. Il est vrai qu’en janvier dernier, la patrie de Poutine avait déjà livré à l’armée malgache des fusils d’assaut, des fusils de précision pour les tireurs d’élite, des M4 ainsi que des drones kamikazes. Cette stratégie de pénétration à bas coût fut payante : sous la couverture d’instructeurs, la Russie a réussi à placer au sein de la Garde présidentielle malgache des éléments de l’Africa Corps, le groupe paramilitaire ayant pris le relais du groupe Wagner.

Parallèlement, la Russie continue à avancer ses pions : le président de l’association d’amitié Malgacho-Russe, Richard Rakotonirina, vient de fonder, le 15 février 2026, un nouveau parti appelé Réveil Patriotique de Madagascar Uni (RPMU). Sa déclaration ne souffre d’aucune ambiguïté : «la voie vers l’est est claire. Après des décennies d’alignement avec l’ouest, il est désormais préférable de se tourner vers la Russie ».

Avant Paris, Moscou : les visites du chef de la junte malgache

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Avant Paris, Moscou : les visites du chef de la junte malgache https://mondafrique.com/confidentiels/afrique/avant-paris-moscou-les-visites-du-chef-de-la-junte-malgache/ Fri, 20 Feb 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147289 Le chef de la junte malgache prépare un déplacement à Paris fin février où il doit s’entretenir avec le président français Emmanuel Macron. Le principe et les contours de la visite ont été arrêtés lors d’un échange entre les deux chefs d’État le 7 février. Mais pour son premier déplacement international, il a choisi Moscou, […]

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Le chef de la junte malgache prépare un déplacement à Paris fin février où il doit s’entretenir avec le président français Emmanuel Macron. Le principe et les contours de la visite ont été arrêtés lors d’un échange entre les deux chefs d’État le 7 février. Mais pour son premier déplacement international, il a choisi Moscou, où il est arrivé mercredi et doit rencontrer Vladimir Poutine ce jeudi. 

À travers ce voyage (à bord d’un avion russe), le colonel Michael Randrianirina confirme son intention de rééquilibrer sa relation avec Paris, à l’inverse de son prédécesseur Andry Rajoelina  dont la fuite du pays le 12 octobre 2025 a été facilitée par un avion français. Le président de la Refondation de la République, arrivé au pouvoir le 14 octobre, en a déjà donné plusieurs signes, en assumant une relance officielle de la coopération militaire avec la Russie. Les questions énergétiques, économiques et stratégiques sont sur la table, de part et d’autre des discussions. 

Madagascar : la France tente de relancer sa coopération militaire

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Madagascar, une figure de l’armée sonne l’alarme https://mondafrique.com/a-la-une/madagascar-une-figure-de-larmee-sonne-lalarme/ Wed, 18 Feb 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147291 Coup de tonnerre au sein du microcosme politico-militaire malgache : le colonel Patrick Rakotomamonjy, éphémère directeur du bureau des doléances auprès de la Présidence de la Refondation de la République de Madagascar, a déclaré dans une vidéo rendue publique le 8 février dernier qu’il vient de passer dans la clandestinité pour «assurer sa sécurité ». […]

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Coup de tonnerre au sein du microcosme politico-militaire malgache : le colonel Patrick Rakotomamonjy, éphémère directeur du bureau des doléances auprès de la Présidence de la Refondation de la République de Madagascar, a déclaré dans une vidéo rendue publique le 8 février dernier qu’il vient de passer dans la clandestinité pour «assurer sa sécurité ».

Par Daniel Sainte-Roche

Son message s’adresse au colonel Michael Randrianirina, président de la Refondation, au peuple malgache, aux trois chefs d’état-major des armées ainsi qu’aux membres du COSOFAM (Corps des sous-officiers de l’Armée Malagasy). Affirmant son « refus de collaborer avec les corrompus » et avec « les mafias » qui gangrènent l’État, le Colonel Patrick fustige les manœuvres et intimidations dont il fait l’objet. Comme cela se pratiquait sous le régime d’Andry Rajoelina lorsqu’on voulait se débarrasser d’une personnalité gênante, certains accusent le médecin militaire, réputé pour son caractère  très entier et inflexible, d’agissements illégaux: « tentative de coup d’État », « communication avec des personnalités politiques ».

Un officier frondeur et intransigeant

…Encombrant,  le colonel Patrick Rakotomamonjy l’est à plus d’un titre. De tempérament frondeur, il aime soutenir le bon combat et n’admet aucune demi-mesure. Il est connu pour sa probité et jaloux de sa réputation d’homme intègre. Sa disgrâce serait d’ailleurs survenue après qu’il a, dans le cadre de sa mission au bureau des doléances, convoqué des dirigeants de grandes entreprises soupçonnés de corruption et d’accaparement de biens immobiliers, au grand dam de la horde d’affairistes qui fourmille dans les couloirs du palais de la Refondation. 

Son limogeage, le 20 janvier 2026 –moins de deux mois après son entrée en fonction– a été accueilli par une incompréhension générale dans la mesure où le colonel Patrick dispose d’un grand prestige auprès du public. En effet, il s’est imposé dans le paysage politique pour avoir été le premier militaire en activité à dénoncer publiquement l’homme d’affaires Mamy Ravatomanga, qu’il a accusé dans plusieurs vidéos d’entretenir un réseau de corruption systémique. Cette audace lui a valu l’admiration de nombreux sous-officiers, engendrant par contrecoup la méfiance des officiers putschistes. Car nonobstant l’effectif pléthorique de hauts-gradés dans l’armée malgache, les sous-officiers ont une grande emprise sur les militaires du rang et ce fait n’est pas à négliger.  

Le risque des factions

« Le Colonel Patrick a pris l’initiative de s’attaquer à la corruption dans le pays », murmure-t-on, « alors pourquoi l’écarter d’une façon si brutale ?» À terme, le spectre de la division se profile, non seulement au sein des forces de sécurité mais aussi au niveau du mouvement initié par la Gen Z.

Dans les casernes, l’unité de façade affichée au lendemain du coup d’État est mise à l’épreuve. Il ne faut pas oublier qu’avant de devenir médecin militaire, le colonel Patrick est passé par l’école de la gendarmerie, ce qui lui a permis d’entretenir des relations de camaraderie au sein des deux corps. Un jeune officier, inquiet de la mainmise rampante du CAPSAT (Corps d’armée des personnels et des services administratifs et techniques, d’où est issu le président de la Refondation) sur les affaires de l’État, a ainsi fait remarquer lors des Assises de la gendarmerie : « Notre mission fondamentale est de garantir l’état de droit, le respect des lois et la protection de l’intérêt général. En manquant à ces engagements, les forces de sécurité risquent de devenir un instrument aux mains des factions et des affairistes ».

Fin de l’état de grâce

De surcroît, la cohésion communautariste des Malgaches originaires du sud pourrait ressusciter l’ancien antagonisme entretenu entre deux blocs : les « étoiles du sud » – qui regroupent les ressortissants des provinces de Tuléar et de Fianarantsoa – et le « triangle du nord », composé des natifs des provinces de Diego-Suarez, de Majunga et Tamatave.  

Au sein de la population générale, une défection du colonel Patrick est de nature à éroder encore plus la confiance envers les nouvelles autorités. Ceci a une importance capitale car les multiples maladresses et les signes d’impréparation constatés aujourd’hui dans la gouvernance ont eu pour effet d’écourter rapidement l’état de grâce dont ont bénéficié les tombeurs de Andry Rajoelina.

Un sondage cruel

Les résultats d’un sondage dans la capitale publié récemment par le Collectif des Citoyens et des Organisations Citoyennes (CCOC) permettent d’apprécier à sa juste valeur la situation. Ainsi, 61,5 % des personnes enquêtées affirment qu’elles n’ont pas sympathisé avec le mouvement populaire qui a commencé le 25 septembre 2025. La participation aux manifestations n’a concerné qu’une infirme minorité de la population. En outre, 58,7% des sondés ont affirmé ne pas avoir approuvé le changement de pouvoir qui s’est opéré le 14 octobre 2025 et 53,4 % remettent en question sa légalité, tandis que 53,7 % contestent sa légitimité. Par ailleurs, 57,2% des personnes enquêtées ont déclaré ne pas faire confiance aux dirigeants actuels. Enfin, il faut noter que les militaires sont loin de faire l’unanimité puisque les opinions à leur égard sont divisées : 45,5% disent avoir confiance aux Forces armées tandis que 44 % sont d’avis contraire.

Le pouvoir militaire ne dispose donc que d’une étroite marge de manœuvre. Malgré ces impressions négatives sur les gouvernants actuels, une majorité de citoyens se dit favorable à des changements structurels, à une révision constitutionnelle et à un dialogue national inclusif. Cela suppose la définition d’une feuille de route claire pour mettre en place les institutions appelées à organiser les futures élections. Mais pour l’heure, on assiste à une fuite en avant du président de la Refondation, le colonel Michael Randrianirina, qui semble davantage occupé à préparer le terrain pour sa propre candidature à la magistrature suprême qu’à accélérer l’organisation de la conférence nationale. Tout dernièrement, il a ainsi annoncé officiellement sa décision de quitter l’armée pour s’engager dans la vie civile. Les observateurs les plus avertis y voient le prélude à une candidature aux prochaines élections présidentielles.

Des membres de la Gen Z ayant fait partie des manifestants de septembre 2025 redoutent désormais le scénario du pire : Michael Randrianirina placerait ses pas dans ceux de son prédécesseur qui, après un coup d’État, s’est fait élire avec le concours des institutions qu’il n’avait pas délibérément dissoutes malgré les appels répétés des citoyens.

 

 

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Madagascar : la junte à la croisée des chemins https://mondafrique.com/international/madagascar-la-junte-a-la-croisee-des-chemins/ Tue, 03 Feb 2026 05:20:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146306 Le moment du choix décisif approche pour la Transition malgache. Quatre mois après son arrivée au pouvoir à la faveur d’une crise sociale et politique majeure, l’armée semble tentée par une installation durable à la tête du pays. Mais dans quelles conditions et avec quels partenaires ?  Par Daniel Sainte-Roche Les masques commencent à tomber […]

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Le moment du choix décisif approche pour la Transition malgache. Quatre mois après son arrivée au pouvoir à la faveur d’une crise sociale et politique majeure, l’armée semble tentée par une installation durable à la tête du pays. Mais dans quelles conditions et avec quels partenaires ? 

Par Daniel Sainte-Roche

Les masques commencent à tomber : avec le soutien d’une partie des forces politiques, les autorités putschistes lorgnent sur le pouvoir à long terme. La machine est d’ores et déjà en branle pour parvenir à cet objectif. En l’absence d’une feuille de route définissant la gouvernance durant la Transition, les nouvelles autorités entendent procéder à la militarisation de l’appareil institutionnel et administratif de l’État, tout en cherchant à fixer les orientations économiques du pays dans une quête éperdue de financements alternatifs. 

« L’armée ne sera plus une grande muette »

On assiste aujourd’hui à un renforcement du rôle des militaires dans l’espace public et politique. Le général de corps d’armée Démosthène Pikulas, chef d’État-Major de l’Armée malgache, a annoncé lors de l’ouverture des assises militaires, le 26 janvier 2026, que « l’armée aura dorénavant son mot à dire sur ce qui va se passer dans le pays » et « qu’elle ne sera plus une grande muette». Une telle déclaration cautionne entièrement l’institutionnalisation d’un ordre militarisé. Tous les rouages de l’État sont, en effet, actuellement noyautés par les hommes en treillis.

Au sein de la Présidence de la Refondation de la République (PRRM), le colonel Michaël Randrianirina est flanqué de quatre hauts conseillers militaires qui ont tous un rang de chef d’État. Au gouvernement, les postes clés sont octroyés à des « chefs de guerre », à l’instar du General Lylison de René, acteur principal du coup d’État de 2009 ayant porté Andry Rajoelina au pouvoir, qui a finalement trahi ce dernier en se joignant aux auteurs du coup d’octobre 2025. Le général Lylison dirige aujourd’hui le ministère de l’Aménagement du territoire, un département qui fut, dans un passé récent, très critiqué pour avoir favorisé l’accaparement des terres des communautés rurales par de grandes sociétés. Un autre poids lourd militaire, Hanitra Velonjara Rakotonandrasana, est propulsé au ministère de l’Intérieur, dont le rôle était connu, sous le régime renversé, en matière de tripatouillages électoraux.

Des généraux aux commandes de l’économie

Les secteurs économiques stratégiques n’ont pas échappé à la convoitise des militaires. La direction générale de l’Office des mines nationales et des industries stratégiques (OMNIS) est confiée au général de brigade Tsilavonjato Honoré Andriantaolo. Cet organisme représente l’État dans les négociations et la conclusion de contrats avec les compagnies pétrolières et minières opérant sur le territoire malgache. Il est aussi habilité à détenir des permis miniers et à procéder à l’exploitation des ressources.

À la tête de la JIRAMA (la compagnie nationale malgache de l’énergie), les autorités ont placé le général de division Itibar Otman, qui assure en même temps les fonctions de secrétaire général de la PRRM. La direction générale de cette entreprise publique est confiée à un autre officier, le général de division Richard Hajatiana Rasolomanana. On attend beaucoup de ce duo car les manifestations qui ont conduit à la chute d’Andry Rajoelina en octobre 2025 sont nées du mécontentement général suscité par la fréquence des coupures d’eau et d’électricité dans le pays.

Une population divisée 

Enfin, le pilotage du Fonds Souverain Malagasy (FSM) est attribué au général de brigade aérienne en retraite Jean Alfred Rakotomaronirina. Le FSM est un outil essentiel pour la gestion des capitaux levés par l’État. Sous le précédent régime, l’affectation des ressources nationales, ainsi que l’utilisation du Fonds ont été remarquables par leur opacité. Le nouveau directeur du FSM aura donc fort à faire. Présenté comme un spécialiste du leadership, il est connu pour avoir officié en tant que directeur du cabinet militaire du Premier ministre Kolo Roger de février 2015 à mars 2016.

Bien qu’elle ait ses partisans dans la population, la militarisation des postes civils stratégiques ne manque pas de soulever des appréhensions. Certains se demandent si ces nominations ne constituent pas un simple exutoire utilisé par les « colonels-présidents » pour neutraliser la multitude de généraux qui, en raison d’un effectif pléthorique, sont venus grossir les pelotons d’officiers sans portefeuilles.

Vers les partenaires les plus offrants ? 

Madagascar occupe une place importante dans les stratégies géopolitiques et d’extraction des « minéraux critiques » développées par les grandes puissances. Les autorités militaires y voient une opportunité qu’elles entendent saisir par un réalignement stratégique, avec une diversification des partenaires extérieurs de la Grande Île. Sans état d’âme, ils engagent des relations « tous azimuts » dans l’espoir d’attirer les acteurs économiques les plus offrants, y compris peu recommandables.

Ainsi, l’opinion publique malgache s’est émue récemment de découvrir, à partir de plateformes de suivi aérien, de nombreux vols mystérieux opérés par des jets privés en partance de Madagascar et en direction de Dubaï.

Sous le régime d’Andry Rajoelina, cette ville des Émirats arabes unis était régulièrement citée comme l’une des principales destinations de l’or malgache. L’épisode Koufali Daya est fort révélateur à cet égard : le célèbre affairiste fut dénoncé en février 2022 par son complice pour avoir commandité, à plusieurs reprises, le transport illicite de devises et de lingots à destination de la « Cité de l’Or ». Emprisonné par le précédent régime, puis parti en exil au Mozambique et à l’Île Maurice, Koufali Daya fait aujourd’hui l’objet d’une campagne médiatique de réhabilitation émanant de proches du pouvoir. Curieusement, son retour en grâce coïncide avec la découverte des vols mystérieux vers Dubaï, ce qui a relancé les supputations sur la poursuite du trafic d’or entre les deux pays. La réputation de Dubaï n’est d’ailleurs pas surfaite car d’autres pays africains, notamment le Mali, le Soudan et le Niger, utilisent cette cité-État comme plaque tournante logistique et  point focal clé pour la contrebande d’or.

Institutions russes sous sanctions

Le pouvoir militaire ne rechigne pas non plus à faire appel aux services de certaines institutions financières russes visées par des sanctions occidentales. La Russie, principale bénéficiaire du ressentiment anti-français qui prévaut dans certains milieux à Madagascar, est regardée comme un partenaire de confiance par une opinion dopée à la démagogie anticolonialiste. La récente venue à Madagascar d’une délégation conduite par Mikhaïl Dorofeev, vice-président de la banque stratégique russe PSB (Promsvyazbank), a été donc plutôt bien accueillie.

Aucune information n’a filtré à l’issue de cette visite mais on sait que l’approche privilégiée par la Russie en matière de coopération militaire repose souvent sur des échanges d’armes contre des ressources. On sait aussi que la PSB est spécialisée dans des transactions financières opaques voire peu orthodoxes. Le champ de coopération potentielle entre la banque russe et la junte est donc très vaste mais ne manque pas d’inquiéter, car les citoyens malgaches ignorent les tenants et les aboutissants des accords signés.

Des émissaires de Donald Trump

Le manque de transparence n’est pas l’apanage des Russes. Dans la première semaine de janvier 2026, trois émissaires du président Donald Trump sont arrivés à Madagascar pour rencontrer le président de l’Assemblée nationale, Siteny Randrianasoloniaiko, et le Président de la Refondation, le colonel Randrianirina. Ces tractations avec les autorités malgaches ont été tenues secrètes. À peine a-t-on évoqué l’éventualité d’un accueil de réfugiés et de migrants illégaux aux États-Unis. Mais dans une lettre ouverte adressée au colonel Michael Randrianirina, des organisations de la société civile révèlent que le séjour de la délégation était surtout motivé par la convoitise des terres rares et des minerais stratégiques. 

Le pays de l’oncle Sam envisagerait de subordonner le renouvellement de l’accord commercial préférentiel AGOA (Africa Growth and Opportunity Act) à l’accès aux réserves en minerais critiques de Madagascar. Le pouvoir militaire est pris à la gorge car, selon le Groupement des entreprises franches et partenaires (GEFP), environ 7 000 employés en zone franche ont dû être mis en chômage technique en raison de l’incertitude sur le renouvellement de l’AGOA. La non-reconduction de cette facilité porterait un grave préjudice à l’économie malgache. Les Américains se trouvent donc en position de force, et ce d’autant plus qu’ils ont bien préparé le terrain en amont.

Minerais essentiels et convoitise occidentale

D’une part, sur invitation des États-Unis et de l’Union européenne, Madagascar a adhéré en mars 2025 au Mineral Security Partnership Forum (MSPF) visant à sécuriser les chaînes d’approvisionnement des minerais essentiels aux technologies de la transition énergétique dans les pays industrialisés. D’autre part, le groupe américain Energy Fuels s’est porté acquéreur du projet minier de Toliara (Base Toliara, rebaptisé Vara Mada), œuvrant dans l’exploitation des terres rares et de la monazite.

Les négociations d’un accord d’investissement avec les autorités militaires sont en cours, conjointement avec des actions visant à restaurer un dialogue de confiance avec les communautés locales. Il faut savoir que ces communautés s’opposent depuis plus de dix ans à la réalisation du projet, en raison de ses impacts négatifs potentiels en termes de toxicité et aussi sur leurs droits fondamentaux et leurs moyens d’existence. Elles ont clairement signifié leur ferme intention de ne pas laisser leurs terres ancestrales et leurs milieux de vie «devenir des zones de sacrifice pour satisfaire les besoins militaro-industriels des États Unis d’Amérique et ceux de la transition énergétique européenne en terres rares ». Mais le colonel Mickael Randrianirina, lui-même originaire de la province de Toliara, serait disposé à faire des concessions aux Américains, n’étant pas en mesure de s’opposer à Donald Trump dans un contexte où la junte putschiste n’est pas encore entièrement stabilisée.  

Le déraillement constitutionnel risque de perdurer

En un mot, les autorités militaires se trouvent à la croisée des chemins. Confrontées à un problème de sous-financement, à la faiblesse systémique de l’État et aux défaillances de la gouvernance, elles risquent d’aliéner leur indépendance pour se soumettre aux ordres d’entités étatiques et/ou privées susceptibles de soutenir leur maintien au pouvoir. Le déraillement de l’ordre constitutionnel pourrait perdurer car l’addiction au pouvoir qui commence à se profiler chez les militaires ébranle l’espoir d’une mise en œuvre rapide de la démocratie électorale à Madagascar.

Une petite note positive, cependant, pour les légalistes : la SADC (Communauté de développement de l’Afrique australe) exige de` Madagascar le respect des normes démocratiques. La Grande Île est ainsi tenue de soumettre une feuille de route claire pour sa transition politique avant mars 2026. Affaire à suivre de très près… 

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Le procureur Mahonjo redore le blason de la justice malgache https://mondafrique.com/decryptage/le-procureur-mahonjo-redore-le-blason-de-la-justice-malgache/ Fri, 30 Jan 2026 05:31:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146071 Dans un contexte de corruption généralisée de la justice, le procureur Berthin Mahonjo redore le blason de la magistrature, malgré les attaques dont il fait l’objet de la part des complices de l’ancien régime, tombé en octobre dernier après des semaines de manifestations. Par Ulrich Rabary La députée Marie Michelle Sahondrarimalala, fervente militante du parti […]

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Dans un contexte de corruption généralisée de la justice, le procureur Berthin Mahonjo redore le blason de la magistrature, malgré les attaques dont il fait l’objet de la part des complices de l’ancien régime, tombé en octobre dernier après des semaines de manifestations.

Par Ulrich Rabary

La députée Marie Michelle Sahondrarimalala, fervente militante du parti TGV de l’ex-président déchu Andry Rajoelina, a été placée en détention provisoire à la prison d’Avaradrano, à l’issue de son audition devant les juges de la Cour suprême, le 18 janvier dernier. L’élue, par ailleurs magistrat de premier grade, est poursuivie pour des faits de distribution d’argent à des fins de corruption, dans le but de provoquer des troubles à l’ordre public.

Marie-Michelle-Sahondrarimalala, députée et magistrate.

Selon les indiscrétions au Tribunal Anosy d’Antananarivo, plusieurs magistrats, par esprit de corps et affinités politiques, auraient refusé de traiter le dossier.

Un magistrat réputé pour son intégrité 

Cette affaire politiquement délicate a donc atterri dans le bureau du procureur Berthin Mahonjo, un magistrat dont la réputation d’intégrité est établie. Après plus de 25 ans de carrière, ce juge fait partie des rares qui arrivent au Palais de Justice par les transports en commun. Certains de ses collègues, tout juste sortis de l’École de la magistrature, paradent déjà au volant de rutilants 4×4 ! Le sens de la justice, ce conseiller à la Cour de cassation en fait un principe de vie. C’est ainsi que le 31 décembre 2022, il a ordonné, en tant que substitut du procureur, la libération de Mahery Lanto Manandafy, un lanceur d’alerte emprisonné pour avoir dénoncé un trafic d’armes et de munitions impliquant un député, un policier et un homme d’affaires. À la suite de cette action, Mahonjo fut sanctionné d’une suspension de solde de deux ans par les tenants corrompus du pouvoir de l’époque, sous le prétexte fallacieux de « manquements à l’éthique et à la déontologie de la magistrature ».

Berthin Mahonjo.

En plaçant sous mandat de dépôt une cacique de l’ancien régime, Berthin Mahonjo est aujourd’hui accusé par les pro-Rajoelina de « prendre sa revanche », un leitmotiv éculé utilisé à tout bout de champ par ces derniers dès qu’un de leurs comparses est traduit devant la justice pour corruption, concussion, trafic d’influence ou autre délit. Mais sur les réseaux sociaux, les commentaires défavorables au procureur ont vite été submergés par des témoignages provenant tant de justiciables que de collaborateurs faisant l’éloge de ses prestations partout où il a exercé, que ce soit en province (tribunaux d’Ambanja et de Maevatanana) ou dans la capitale.

Ainsi une greffière du tribunal d’Anosy écrit : « Berthin Mahonjo est une personne avenante, un homme qui aime son travail et déteste la corruption. Il vit de son seul salaire, et la suspension de solde dont il fut victime a été difficile à vivre pour lui, car il n’avait aucune économie ». Un justiciable raconte aussi : « Lors d’une affaire, un juge nous a soutiré de l’argent. Mais Berthin Mahonjo a ordonné le remboursement de ce paiement indu ». De menus faits qui marquent les esprits dans le contexte malgache, où les justiciables sont écrasés par les juges véreux et leurs complices de toute la chaîne pénale. 

Un coup de balai s’impose contre la corruption des juges malgaches

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Madagascar : la France tente de relancer sa coopération militaire https://mondafrique.com/international/madagascar-la-cooperation-militaire-avec-la-france-en-berne/ Tue, 27 Jan 2026 08:32:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145915 Avec l’arrivée, le 21 janvier, du commandant de l’armée française à La Réunion, le général Jean de Monicault, Paris tente de revenir dans le jeu malgache en dépit du lourd passif accumulé lors de la fuite du président Andry Rajoelina, en octobre. La visite du commandant des forces armées de la zone sud de l’océan […]

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Avec l’arrivée, le 21 janvier, du commandant de l’armée française à La Réunion, le général Jean de Monicault, Paris tente de revenir dans le jeu malgache en dépit du lourd passif accumulé lors de la fuite du président Andry Rajoelina, en octobre.

La visite du commandant des forces armées de la zone sud de l’océan Indien, les FAZSOI (qui « garantissent la protection du territoire national et animent la coopération régionale depuis La Réunion et Mayotte », dixit le ministère français des Armées et des anciens combattants) s’inscrit, affirme-t-on à Paris, dans le cadre de la relance de la coopération militaire bilatérale.

Le général Jean de Monicault en visite officielle aux Seychelles, décembre 2025. Les armées française et seychelloise entretiennent une coopération régulière. (Photo FAZSOI.)

Pour preuve, du 19 au 22 janvier, des instructeurs des FAZSOI ont assuré des formations pour leurs homologues malgaches, notamment dans le pilotage de drones. Et très bientôt, en février, la présence des forces armées malgaches, dirigées par le chef d’état-major Démosthène Pikulas, est espérée à des exercices conjoints régionaux à La Réunion, où stationnent les FAZSOI.

Rupture de la confiance

Pourtant, si la coopération militaire franco-malgache ronronnait depuis des années, elle est morte le jour où les FAZSOI, sur ordre du président français sollicité par Nicolas Sarkozy, ont exfiltré en pleine crise politique Andry Rajoelina, un président malgache honni et déchu.

Au-delà de la coopération militaire, la succession de gaffes et de fautes politiques a brisé la confiance entre le colonel Michaël Randrianirina, président de la Refondation de la République de Madagascar et l’exécutif français et son chef. Plus grave, il se méfie même à présent des officiers généraux malgaches ayant séjourné en France et étant liés avec les diplomates et les militaires français. Après le refus de Paris de l’aider à former sa sécurité personnelle, le 9 décembre, le chef de la Transition malgache a effectué un déplacement confidentiel à Dubaï, aux Émirats arabes unis, à l’occasion duquel il a rencontré sécurocrates émirati, américains et israéliens, ainsi que des compagnies de sécurité privée, parmi lesquelles la célèbre Blackwater d’Erik Prince.

Arrivée des Russes en fanfare

Depuis, les services de renseignement russes ont débarqué dans la capitale malgache avec une quarantaine d’instructeurs et des drones tueurs qui explosent avec leurs charges. C’est la Présidence de la Refondation elle-même qui l’a annoncé sur sa page Facebook, le 14 janvier, avec des photos de militaires devant une table garnie d’armes et d’équipements militaires.

Auparavant, le 21 décembre, le président de l’Assemblée nationale, Siteny Randrianasoloniaiko, avait lui-même annoncé qu’une délégation russe de « quarante personnes conduite par le général Andrey Vladimirovich Andreyev » était arrivée à Madagascar, pour y livrer des armes et des équipements. La reprise de la coopération militaire opérationnelle entre Madagascar et la Russie s’est illustrée également par une formation délivrée, au même moment que celle des Français des FAZSOI, au camp du 1er bataillon parachutiste, le 20 janvier à Ivato.

Rêve océanique

L’actuel chef des FAZSOI, même s’il ne commande que de modestes éléments militaires, a été placé à cette fonction dans un but bien déterminé. Le sud-ouest de l’océan Indien constitue un point de passage important pour le commerce maritime international, notamment depuis le début des attaques houthies en Mer Rouge. Et surtout, le général français a pour mission de veiller à ce que Paris puisse continuer à conserver les îles Éparses et leur zone économique exclusive, rêve océanique du président Macron.

Promu général de division en 2025, Jean de Monicault est un militaire de confiance du président français, ayant appartenu à son état-major particulier. Sa visite à Madagascar traduit l’acharnement d’Emmanuel Macron à revenir dans les affaires malgaches et plus particulièrement, à s’assurer de la poursuite de l’annexion des îles Éparses.

Une diplomatie indispensable

Négocier la visite de Jean de Monicault n’a pas été une mince affaire. Le Premier ministre de la transition a passé une semaine en visite privée à Paris sans être reçu par un gouvernement débordé et instable. Le colonel Michaël Randrianirina avait proposé à l’ancien candidat à la présidentielle Serge Jovial Imbeh de jouer un rôle d’intermédiaire auprès des partenaires occidentaux mais ce dernier a refusé une mission qui lui semblait mal partie.

C’est finalement la ministre des Affaires étrangères Christine Razanamahasoa qui a réussi in extremis, à travers un communiqué commun avec Jean-Noël Barrot, à donner une voie officielle renouvelée aux relations entre les deux pays, « alignée sur les priorités de la Refondation». Les années qu’elle a passé en exil à Paris après avoir été menacée de mort par Andry Rajoelina lui ont permis de connaître quelques responsables officiels français et d’acquérir la légitimité de la résistance au régime précédent.

 

 

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La gestion de la sûreté aéroportuaire de Madagascar aiguise les appétits https://mondafrique.com/economie/la-gestion-de-la-surete-aeroportuaire-de-madagascar-aiguise-les-appetits/ Thu, 22 Jan 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145676 Après la fuite d’Andry Rajoelina et de Mamy Ravatomanga, en octobre dernier, le contrat de la sûreté aéroportuaire de Madagascar, sur lequel le puissant et richissime homme d’affaires, avait mis la main, redevient un objet de convoitise.  Par Ulrich Rabary Un peu d’histoire pour commencer. En 2014, sous la mandature du président Hery Rajaonarimampianina, la […]

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Après la fuite d’Andry Rajoelina et de Mamy Ravatomanga, en octobre dernier, le contrat de la sûreté aéroportuaire de Madagascar, sur lequel le puissant et richissime homme d’affaires, avait mis la main, redevient un objet de convoitise. 

Par Ulrich Rabary

Un peu d’histoire pour commencer. En 2014, sous la mandature du président Hery Rajaonarimampianina, la société Samada a été choisie pour exploiter un contrat BOT (Build, operate and transfer) concernant la sûreté de huit grands aéroports de Madagascar. Elle a tout mis en œuvre pour s’acquitter au mieux de sa mission, notamment l’utilisation d’un matériel performant et de chiens spécialisés dans la détection d’armes ou de bombes pour prévenir les risques de détournement d’avion ou d’attaques terroristes.

Divers trafics illicites de richesses nationales ont pu être détectés et communiqués à la douane et à la police des frontières qui sont les autorités habilitées en pareil cas. Lors de l’audit de Samada en 2018, il a été conclu qu’elle affichait de bonnes performances dans ses activités et dépassait même les objectifs. Un satisfecit de l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OACI) sur le niveau de sécurité lui a été alors accordé, comme le mentionne le journal Midi Madagasikara du 17 octobre 2018.

Avec le retour de Rajoelina, Mamy Ravatomanga s’empare du contrat

En 2019, Andry Rajoelina revient au pouvoir. Alors que la direction générale des impôts a publié un communiqué suspendant tous les contrôles fiscaux, une enquête du fisc est lancée sur Samada. La société est mise sous scellés le 3 juillet 2019. «Samada n’est pas en règle. Cette société ne suit pas les normes », affirme alors le ministre du Tourisme, des Transports et de la Météorologie, Joël
Randriamandranto. Dans la foulée, Mamy Ravatomanga reprend la main sur la Samada, révèle Africa Intelligence le 19 juillet 2019. Selon la lettre confidentielle, « l’homme d’affaires proche du Président (Rajoelina) a fait appel à un nouveau prestataire français pour la sécurité aéroportuaire ». Des mandats d’interdiction de sortie du territoire sont alors délivrés à l’encontre de Raphael Abaladejo (le directeur
général de Samada) et de Tovo Ratovoarisoa (son adjoint), alors que ces deux personnalités se trouvent en dehors de Madagascar.

Janvier 2026. Les grandes et petites affaires de la sureté aéroportuaire à Madagascar sont remises sur le tapis par un « influenceur » qui, curieusement, reprend dans son intégralité les anciennes accusations portées par Mamy Ravatomanga contre les dirigeants de Samada, notamment le non-paiement d’impôts et de cotisation sociales. Interrogé à ce sujet, Tovo Ratovoarisoa est catégorique : « le contrôle fiscal
opéré contre les adversaires politiques ou économiques est une pratique courante mafieuse chez Ravatomanga, et sous le régime de Andry Rajoelina. Nous ne sommes pas les seules victimes». Selon lui, des manœuvres odieuses ont été mises en œuvre pour les empêcher de se défendre. « Délivrer une IST alors que nous étions à l’étranger relève d’une intimidation pour nous empêcher de revenir au pays plaider notre cause, de sorte que les décisions de justice énoncées contre Samada deviennent définitives. » Concernant les cotisations sociales, l’ancien directeur général adjoint de Samada affirme qu’elles ont été acquittées en temps et heure. Mais quand Samada a été expulsée manu militari de l’aéroport d’Ivato, «tous les matériels et dossiers ont été confisqués ».

Des aéroports devenus des passoires 

Tovo Ratovoarisoa serait-il la cible d’une attaque personnelle ? Vice-président du rassemblement d’opposition malgache de la diaspora (RMDM, organisation dont l’actuelle ministre de la Justice Fanirisoa a été la dirigeante durant son exil en France), il affirme ne disposer d’aucun privilège particulier même s’il a été très actif dans la lutte contre la captation de l’État opérée par Andry Rajoelina et Mamy Ravatomanga. Il fait remarquer que la main levée de l’IST dont il faisait l’objet est datée du 21 octobre 2025, et qu’il a pu ainsi entrer et sortir légalement de Madagascar après la fuite à l’Ile Maurice de Mamy Ravatomanga, qui était l’instigateur de la mesure contre lui. 

‎Les détracteurs disent que le contrat de gestion de la sûreté aéroportuaire a été retirée sous l’ère Andry Rajoelina à Samada en raison de défaillances de la société. Tovo Ratovoarisoa rejette ces accusations en bloc. « Il ne faut pas oublier que l’audit de Samada en 2018 a reconnu la bonne performance de ses activités, et qu’elle a reçu un satisfecit de l’OACI pour le niveau de sécurité après cet audit ». C’est après le départ de Samada et la reprise en main des aéroports par Mamy Ravatomanga que ces derniers sont devenus une passoire, souligne-t-il. Et de citer différents trafics illégaux tels que des lingots d’or bloqués en Afrique du Sud, l’introduction de cocaïne et d’autres stupéfiants à Madagascar, etc. Les infractions les plus graves, estime-t-il, concernent les avions de Mamy Ravatomanga : accès illégal de passagers sur le tarmac, décollage sans plan de vol, et absence de déclaration des noms des passagers, pratiques que l’on ne trouve que dans les pays en guerre comme en Afghanistan !

D’où vient donc cet acharnement contre Tovo Ratovoarisoa ? Pour l’ancien DGA de Samada, « des personnes aux abois font circuler des fausses informations car la société qui a repris nos activités est en mauvaise posture après le départ précipité à l’Ile Maurice de leur protecteur ». Le parrain n’est plus là, mais le système qu’il a mis en place continue à fonctionner. Au profit de qui ? 

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Un coup de balai s’impose contre la corruption des juges malgaches https://mondafrique.com/decryptage/un-coup-de-balai-simpose-contre-la-corruption-des-juges-malgaches/ Sun, 18 Jan 2026 19:55:33 +0000 https://mondafrique.com/?p=145552 La corruption endémique de la chaîne judiciaire à Madagascar, à toutes les étapes de la procédure, doit être combattue. Réquisitoire du correspondant de Mondafrique sur la Grande Île.  Par Daniel Sainte-Roche Les récentes enquêtes conduites par différents organismes établissent que la justice, la police, et la gendarmerie figurent parmi les instances les plus corrompues à […]

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La corruption endémique de la chaîne judiciaire à Madagascar, à toutes les étapes de la procédure, doit être combattue. Réquisitoire du correspondant de Mondafrique sur la Grande Île. 

Par Daniel Sainte-Roche

Les récentes enquêtes conduites par différents organismes établissent que la justice, la police, et la gendarmerie figurent parmi les instances les plus corrompues à Madagascar. La corruption administrative est de notoriété publique et elle fait l’objet de multiples dénonciations dans la presse et sur les réseaux sociaux. En avril 2025, la Gazette de la Grande Île (LGDI) a, ainsi, accusé l’ancienne procureure générale près la Cour d’Appel de Madagascar « d’agir en tant que relais opérationnel des intérêts mafieux au sein de la justice », en utilisant sa position pour bloquer des procédures et protéger des figures puissantes du monde économique. Selon LGDI, elle s’est entourée d’un réseau d’acteurs au sein du parquet, des greffes et des pôles anti-corruption pour effacer des preuves, orienter des jugements et faire libérer des criminels notoires.

De telles pratiques sont observées dans la plupart des juridictions de l’île, car le pays est en proie à une corruption systémique. Habituellement plus élevé en milieu urbain qu’en milieu rural, le phénomène est désormais banalisé.

Corruption ou remerciement coutumier ? 

À Madagascar, la définition de la corruption doit affronter la ligne de démarcation entre corruption proprement dite et manifestations de la reconnaissance, perçues comme étant un trait culturel caractéristique des Malgaches. La définition de la corruption issue du droit français et transposée dans le droit local n’est pas compatible avec la conception malgache du « remerciement », anticipé ou non. Dans l’esprit local, le « falim-po » (gratitude et remerciement sous forme de cadeau) n’est pas assimilable à de la corruption. Ainsi, à Tuléar (sud-ouest), la visite d’un justiciable chez le magistrat est toujours accompagnée de la remise d’un présent. Pour les Bara (ethnie des plateaux du sud), refuser un cadeau constitue une offense grave. En pays sihanaka (centre-est), pendant la période des récoltes, le magistrat se voit offrir les prémices du riz (ou « santam-bary »), autrefois cadeau réservé au roi. Des coutumes similaires peuvent être observées dans les autres régions de Madagascar, à tel point que la plupart des fonctionnaires ne pensent pas se rendre coupables de corruption lorsqu’ils acceptent des cadeaux.

La politisation à outrance des affaires publiques peut être considérée comme l’une des premières causes du développement de la corruption. On observe, en effet, que la concentration du pouvoir a augmenté les possibilités de concussion. À cet égard, les réflexes hérités du système socialiste révolutionnaire des années 1970 perdurent. Il faut y ajouter la paupérisation des fonctionnaires et l’affaiblissement économique de l’État. Le manque de moyens matériels dévolus aux autorités administratives a conduit ces dernières à contracter une dette morale envers les opérateurs économiques, conduisant à la captation de l’État par des intérêts privés. Mais, parallèlement, la pénurie de moyens dans les administrations (lesquelles ne sont même pas capables de fournir les imprimés administratifs aux usagers !) est un prétexte permettant aux agents publics d’en tirer des avantages personnels, en faisant payer par l’administré 10 à 20 fois le tarif normal.

Manque d’instruction et de confiance dans l’administration

Le manque de confiance dans l’administration, et en particulier dans la justice, est également une source majeure de corruption. Le faible niveau d’éducation de la population engendre une ignorance de la loi et la peur des autorités. Ainsi, dans la région de Diana (nord), même si l’administré connaît très bien le fonctionnaire, il se fait toujours accompagner, au cas où il lui faudrait traiter d’un service avec l’administration. En conséquence, même pour des opérations de base, il est amené à donner de l’argent à l’agent public.

En matière d’affaires juridiques, la méconnaissance des mécanismes de la justice facilite les intimidations de tous bords, à commencer par les officiers de police judiciaire. Nombre d’administrés pensent qu’il vaut mieux payer la gendarmerie ou la police plutôt que le tribunal, qui risque de leur coûter plus cher. La méfiance à l’endroit de la justice est aggravée par le jargon juridique et l’incompréhension des décisions judiciaires car les jugements sont rédigés en français, langue que ne maitrise pas la majorité des Malgaches.  

La perpétuation de certaines coutumes favorise aussi la corruption. Ainsi, dans certaines zones rurales, le vol de bovidés est une pratique traditionnelle et une institution sociale, une sorte de rite imposé au jeune homme pour tester sa bravoure. Alors que dans le droit moderne, le vol est un crime ! Être traîné devant le tribunal et emprisonné, dans ce contexte, est considéré comme la pire des infamies par les membres de ces communautés, qui préfèrent, pour échapper aux poursuites, donner de l’argent aux gendarmes, à la police ou aux magistrats.

Tout se monnaye

À Madagascar, tout service, tout contrôle, tout acte administratif se monnaye. Et au tribunal, toutes les affaires sont susceptibles de          marchandage. Au civil, ce sont les conflits fonciers qui font l’objet du plus grand nombre de transactions douteuses. Techniquement, le juge n’intervient que très marginalement dans le règlement des différends fonciers mais lorsqu’il est saisi, il est autorisé à jouer le rôle d’arbitre et de conciliateur de fait. Cette pratique lui confère un ascendant sur les parties, ce qui offre aux juges véreux une grande marge de manœuvre pour soutirer de l’argent aux justiciables.

Dans les conflits commerciaux, on observe fréquemment une surévaluation des dommages et intérêts, le surplus ainsi dégagé étant partagé entre les plaignants et les magistrats. Les dossiers sont sélectionnés dès le secrétariat par certains juges en fonction du montant du litige. « Le ou la secrétaire joue alors le rôle d’intermédiaire entre le juge et le justiciable », confie une ancienne employée du tribunal de première instance de Tananarive.

Dans le domaine pénal, les enjeux sont très importants car la liberté et les biens des personnes sont en jeu. Les justiciables se sentent vulnérables et sont prêts à accepter toutes les conditions imposées par les autorités judiciaires qui disposent d’un pouvoir étendu : juges d’instruction, magistrats du parquet et de la chambre de détention. En matière de mandat de dépôt, par exemple, le juge dispose de vingt mois pour faire son enquête. Cette prérogative peut devenir un instrument de chantage entre les mains des magistrats malhonnêtes, de même que la pression indirecte exercée sur les justiciables, par exemple en matière de renvoi des jugements.    

Un réseau inextricable

La corruption atteint toutes les catégories de personnels de la justice. Une chaîne de complicité peut se constituer au cours du traitement d’un dossier. C’est ainsi que de nombreux agents publics du tribunal sont devenus des rabatteurs au service des magistrats, et un réseau interne tentaculaire s’est installé. La police et la gendarmerie peuvent être impliquées, ainsi que le service pénitentiaire et le greffe. Des tribunaux disposent d’un réseau de rabatteurs spécialisés dans la recherche de cas litigieux qui opèrent en relation avec les forces de l’ordre. 

Des officiers de police et de gendarmerie établissent et modifient les dossiers, de concert avec les magistrats, après l’enquête préliminaire. Des pièces essentielles peuvent être subtilisées et effacées. Dans d’autres cas, il peut arriver que le juge d’instruction ne voie pas d’objection à la mise en liberté provisoire, mais que le parquet, usant de son pouvoir d’opposition, soutire de l’argent à l’inculpé et le partage avec les 3 magistrats de la chambre de détention en échange d’une décision finale de liberté provisoire. 

À chaque étape de la procédure

La corruption affecte différentes étapes des procédures. Mais du fait de l’extrême surpopulation dans les prisons malgaches (près de 1000% de taux de remplissage en 2023 selon un envoyé du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme), on y est enclin plus qu’ailleurs à payer pour éviter l’enfer carcéral. C’est le cas, en particulier, lors de la demande de mise en liberté provisoire, de la délivrance d’ordres médicaux par le médecin-chef de la prison, pour les autorisations de sortie, la délivrance d’un ordre d’extraction ou d’élargissement, le confort de la situation carcérale du détenu, l’achat et/ou la location de lits en cellule. Pour bénéficier du système de main d’œuvre pénale (MOP), qui leur permet de travailler à l’extérieur de la prison, les détenus doivent s’acquitter du versement mensuel d’un «écolage ». Le système MOP affecte  généralement les prisonniers concernés auprès de magistrats ou de personnalités politiques.

De façon générale, les catégories sociales plus aisées établissent des contacts directs avec les magistrats, comme, par exemple, les hommes d’affaires karana, tandis que les catégories à revenus plus modestes s’adressent aux greffiers.

Impunité générale

Plusieurs mesures ont été prises par l’État pour endiguer la corruption dans les tribunaux : par exemple l’interdiction faite au magistrat, au greffier et aux autres personnels judiciaires de traiter les dossiers de leur famille ou  l’interdiction, pour les juges, de recevoir des tierces personnes dans leur bureau. Mais ces mesures ne sont pas toujours respectées. La mise en place de boîtes à doléances n’est quasiment pas opérationnelle, car les justiciables ne veulent pas décliner leur identité.

Quand des actions d’envergure contre la corruption sont menées, elles s’apparentent parfois à des chasses aux sorcières ou à des règlements de comptes politiques. Les hauts fonctionnaires pris en flagrant délit ne reçoivent pas toujours une sanction exemplaire. Le cas de l’ancien ministre de la Justice Imbiky Herilaza, en 2022, est révélateur. En effet, des enregistrements d’une conversation téléphonique ont établi son implication dans un pot de vin en échange de l’annulation d’une procédure d’arrestation, mais aucune procédure pénale n’a jamais été, par la suite, déclenchée à son encontre.

Par ailleurs, une différence de traitement est observée dans l’application des sanctions. Impliqués dans une même affaire, un simple agent public sera puni sévèrement, par une peine d’emprisonnement, alors que le magistrat subira une simple affectation disciplinaire. 

La révolte des jeunes en septembre 2025 – qui a abouti un mois plus tard à la chute du président Andry Rajoelina – a été motivée en partie par le ras-le-bol devant la corruption généralisée. L’opinion publique mise beaucoup sur le pouvoir de transition actuel pour mettre en œuvre une véritable refondation afin d’éradiquer ce fléau. En matière de corruption dans le secteur de la justice, les différents protagonistes sont identifiés, et le mécanisme de fonctionnement du système est connu… Il ne manque plus que le courage politique pour entamer le grand nettoyage. 

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Enquête sur la diaspora malgache en France https://mondafrique.com/societe/enquete-sur-la-diaspora-malgache-en-france/ Fri, 16 Jan 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145328 Forte de près de 170 000 personnes, cette communauté est pourtant peu connue en France. Une enquête permet de mieux comprendre la perception de l’appartenance à la diaspora malgache ainsi que la diversité des relations entre les membres.  Par Caroline Nourry et Sarah M’Roivili (The Conversation)   La diaspora malgache est l’une des principales diasporas d’Afrique subsaharienne […]

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Forte de près de 170 000 personnes, cette communauté est pourtant peu connue en France. Une enquête permet de mieux comprendre la perception de l’appartenance à la diaspora malgache ainsi que la diversité des relations entre les membres.

 Par Caroline Nourry et Sarah M’Roivili (The Conversation)

 

La diaspora malgache est l’une des principales diasporas d’Afrique subsaharienne en France. Les dernières estimations, datant de 2015, font état de 170 000 personnes, ce qui la place au même niveau que les diasporas malienne et sénégalaise. Malgré son importance numérique et son rôle important lors des récentes manifestations de la Gen Z à Madagascar, notamment à travers une mobilisation soutenue sur le réseau social Facebook, cette communauté est peu visible. Elle fait notamment l’objet de peu d’études si on la compare aux autres diasporas préalablement citées.

Une communauté peu connue

On peut faire remonter la première présence malgache en France hexagonale à la moitié du XIXᵉ siècle avec la venue de deux étudiants malgaches inscrits en faculté de médecine. Par la suite, d’autres étudiants, principalement issus des classes bourgeoises proches du pouvoir colonial, suivront le même chemin (études de médecine et de théologie). Cependant, comme le précise Chantal Crenn dans son livre Entre Tananarive et Bordeaux. Les migrations malgaches en France, il est difficile de parler de première vague tant le nombre est faible.

Il faut attendre la Première Guerre mondiale pour observer la première vague importante avec l’arrivée de 40 000 hommes, puis une deuxième vague avec la Seconde Guerre mondiale. Après 1947, la venue de Malgaches en métropole est principalement le fait d’étudiants issus de la bourgeoisie des Hautes Terres. Dans les années 1975-1980, les difficultés économiques et politiques de la Grande île vont pousser une partie des étudiants à venir étudier en France métropolitaine et certains à y rester.

Cet article se propose de combler en partie ces lacunes en analysant les résultats de l’enquête qualitative « Perception et réseaux de la diaspora malgache en France », réalisée dans le cadre du projet de recherche TADY entre janvier 2025 et décembre 2025, regroupant 25 entretiens réalisés avec des membres de la diaspora malgache en France (France hexagonale et La Réunion) et à Madagascar.

Dans le cadre de ces entretiens, deux thématiques principales ont été abordées : d’une part, la perception de l’appartenance à la diaspora malgache ; d’autre part, la diversité des relations entre les membres de la diaspora en France, ainsi que les relations entre cette communauté et Madagascar.

Les résultats développés dans cet article n’engagent pas l’ensemble de l’équipe de recherche du projet TADY mais les seuls auteurs de l’enquête « Perception et réseaux de la diaspora malgache en France ». Cependant, les travaux ont bénéficié d’interactions porteuses au sein du projet TADY et les auteurs remercient à ce titre l’ensemble des membres du projet. Nous renvoyons également les lecteurs au rapport « La diaspora malagasy en France et dans le monde : une communauté invisible ? ».

Définitions endogènes de la diaspora malgache

L’analyse des entretiens de notre enquête ne permet pas d’identifier une définition commune et uniforme à l’ensemble des membres de la diaspora.

Cela rejoint la littérature scientifique sur les diasporas et souligne la nécessité de ne pas adopter une définition trop restrictive des groupes diasporiques. Dans les faits, nous identifions plusieurs visions avancées par les personnes enquêtées, qui peuvent être cumulatives ou non.

Premièrement, une vision identitaire et culturelle met en lumière une série d’arguments en lien avec le fait d’être natif de Madagascar ; d’avoir un attachement identitaire et culturel ; ou encore d’avoir la nationalité malgache (sans forcément avoir un attachement particulier à la culture malgache ou au pays). Ainsi, plusieurs entretiens soulignent que l’appartenance à la diaspora malgache renvoie au fait d’être né à Madagascar puis d’avoir migré, ou encore d’avoir la nationalité et de vivre dans un autre pays que Madagascar.

« La diaspora pour moi, c’est être natif du pays tout en étant parti du pays. » Cette définition est pour certaines personnes une condition essentielle de l’appartenance au groupe diasporique. D’autres ont une vision plus large et considèrent que l’appartenance à la diaspora malgache est davantage liée aux pratiques culturelles, surtout au fait de parler le malgache.« Quelqu’un de deuxième génération peut être considéré comme de la diaspora, mais cela dépend de l’éducation. Si les deux parents sont nés à Madagascar, et si les parents entretiennent la langue avec leurs enfants. Dans ce cas, oui. Sinon, les enfants peuvent avoir un rejet. Cette adoption passe par la langue mais aussi la culture, l’adoption du pays. »

Deuxièmement, une vision réticulaire et communautaire, avec deux représentations.

La première (représentation plus individuelle) renvoie au fait d’être en relation avec les membres de la diaspora et/ou d’être en relation avec Madagascar. « Pour moi, la diaspora c’est toute personne qui a une relation avec Madagascar – que la personne soit malgache ou mariée à un Malgache ou née en France mais enfant de Malgache. Voilà, donc dès qu’il y a une relation avec quelqu’un qui vient de Madagascar ou qui est malgache, qu’il soit né ou pas à Madagascar, pour moi, ça constitue totalement la diaspora. »

La deuxième représentation organisationnelle et communautaire (moins fréquente) qualifie la diaspora comme étant toute forme d’action collective et d’organisation (formelle ou non) qui œuvre pour l’intérêt des Malgaches en France ou à Madagascar. « Selon moi, la diaspora malgache, c’est la communauté de Malgaches à l’étranger qui se retrouvent par leur origine […] et qui se réunissent selon leurs centres d’intérêt (sportif, religion commune, ou un aspect culturel, etc.). »

Comme nous le verrons dans la suite de l’article, cette dimension réticulaire prend une place importante.

La structuration de la diaspora malgache en France

L’analyse des récits nous permet également d’identifier une dimension centrale de la diaspora : celle de la complexité et de la diversité des relations entre diaspora et Madagascar, d’une part, et entre les membres de la diaspora, d’autre part.

Premièrement, l’ensemble des témoignages soulignent l’importance des relations d’entraide entre les membres de la diaspora et Madagascar.

D’abord, les soutiens sont pour la plupart intrafamiliaux et peuvent être plus ou moins réguliers. Ils peuvent intervenir pendant un événement ponctuel (mariage, enterrement, baptême, maladie) ou bien plus régulièrement (transfert mensuel, paiement de frais de scolarité, etc.). « Chaque fois que mes parents avaient besoin, ou avaient un pépin à Madagascar, il fallait dépanner. Ils n’avaient personne sur qui compter à part moi. Donc on part, on ne se rend pas forcément compte, mais il y a une responsabilité derrière. »

Ces logiques d’entraide s’apparentent souvent à de véritables mécanismes de protection sociale s’inscrivant dans une stratégie familiale construite autour de la migration.

D’autres témoignages relatent des processus d’entraide qui dépassent le simple cercle intrafamilial. À l’échelle de la famille élargie, de nombreuses initiatives sont développées dans le village d’origine des parents ou, plus largement, dans le lieu d’origine de la famille à Madagascar. Les mécanismes d’entraide sous-tendent de nombreux processus de négociation et des échanges complexes. Les écarts économiques et les perceptions de ces écarts renforcent la complexité de ces relations.

Nourrir tout un voisinage

De nombreux témoignages soulignent la complexité des réseaux d’entraide entre la diaspora et Madagascar :« Quand on envoie de l’argent là-bas, comme c’est un pays pauvre, ma famille a des voisins, les voisins savent que la famille de France envoie de l’argent, alors des fois quand on envoie de l’argent, on nourrit tout un voisinage. Donc des fois ma famille en demande un peu plus. C’est en allant là-bas que je l’ai vu et je l’ai vécu. »

Ainsi, les mécanismes d’entraide intrafamiliaux réguliers (entre enfants en France et parents à Madagascar par exemple) sont souvent le pilier de tout un système de redistribution impliquant de nombreuses personnes à Madagascar et en France.

Ensuite, au-delà de la logique de l’aide privée, plusieurs répondants soulignent la nécessité ressentie d’œuvrer directement pour Madagascar. Ils expriment leur sentiment de devoir moral impérieux, souvent cultivé au sein de la famille, à réinvestir leurs compétences acquises en France pour le développement de Madagascar.

Cette position, ancrée dans leur vision propre des enjeux du développement à l’île, se décline entre s’investir via l’aide au développement ou via le secteur privé, dans une perspective critique de l’aide. Dans les deux cas, toutefois, cette volonté de mobiliser ses compétences pour Madagascar entre en tension avec les opportunités limitées sur le marché du travail local, que ce soit en termes d’accès à l’emploi ou en termes de traitement salarial, en lien avec les écarts rapportés par plusieurs répondants entre conditions salariales des expatriés et conditions salariales des personnels nationaux. Les personnes malgaches venues étudier en France craignent de recevoir un salaire local alors que leur niveau de compétence est validé par un diplôme international.

Des réseaux de solidarité dans les deux sens 

Toutefois, malgré le manque d’opportunités de retour à Madagascar, la participation de la diaspora au développement du pays est bien réelle et prend notamment la forme de ressources immatérielles à travers le transfert d’opinions et d’idées qui peuvent influencer voire façonner celles des membres de la famille et plus largement l’opinion publique et dont le principal support et espace d’expression est Facebook, le réseau social le plus utilisé par les Malgaches.

Plusieurs enquêtés affirment s’informer régulièrement sur la situation du pays et certains prennent le temps de discuter les actualités avec leurs proches à Madagascar.

Par ailleurs, les influenceurs et lanceurs d’alerte sur Facebook basés en Europe, qui bénéficient d’une grande popularité en France comme à Madagascar, ont joué un rôle important dans le mouvement de la Gen Z.

Deuxièmement, l’analyse des récits permet également de caractériser la diversité des réseaux diasporiques en France selon les personnes.

Certaines se trouvent dans des réseaux exclusivement structurés autour de la famille proche et n’ont que peu de relations avec le reste de la diaspora malgache en France. « En tant que personne faisant partie de la diaspora, je n’ai pas beaucoup échangé avec d’autres personnes de la diaspora, à part la famille. J’ai une définition très personnelle et très restreinte, je ne connais pas d’associations ou autre, je n’en ai jamais fait partie. »

Ces personnes peuvent par ailleurs maintenir des relations avec les membres de la famille présents à Madagascar. Tandis que d’autres, et ce à des niveaux variables, sont insérées dans des associations sportives, culturelles ou religieuses. Les organisations cultuelles malgaches occupent une place centrale dans la structuration des réseaux diasporiques. Au-delà de la fonction cultuelle, les Églises chrétiennes malgaches, dont les deux plus importantes et présentes dans les grandes villes françaises sont l’Église protestante malgache en France et le réseau des communautés catholiques malgaches de France, assurent souvent un rôle déterminant d’accueil et d’intégration des nouveaux arrivants (recherche d’emploi et de logement, conseil administratif), et favorisent également le maintien d’un lien fréquent et fort avec la communauté malgache. « Sans la communauté malgache, je ne sais pas trop comment j’aurais pu m’en sortir à mon arrivée en France. C’est complètement grâce à la communauté malgache que j’ai pu m’en sortir, parce que ne serait-ce qu’avoir des amis, avoir des gens qui aident, par rapport à tout ce qui est administratif… parce qu’arriver en France sans rien connaître du tout, c’est très compliqué. […] Tout a été facilité par cette communauté malgache. La communauté de l’Église m’a permis de ne pas trop perdre mes repères et de ne pas être perdu totalement après mon arrivée en France. »

En conclusion, les principaux résultats de l’enquête soulignent la complexité des structures des réseaux diasporiques. Cette dernière s’explique non seulement par la diversité des représentations que la diaspora a d’elle-même mais aussi par la multitude des formes d’interaction qu’elle entretient avec Madagascar.


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