Liban - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/liban/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Wed, 11 Mar 2026 23:31:04 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.4 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg Liban - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/liban/ 32 32 Chaque soir à 19h : le JT d’Ici Beyrouth sur Mondafrique https://mondafrique.com/video/chaque-soir-a-19-h-le-jt-dici-beyrouth-sur-mondafrique/ https://mondafrique.com/video/chaque-soir-a-19-h-le-jt-dici-beyrouth-sur-mondafrique/#respond Wed, 11 Mar 2026 18:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=148410 Pour suivre l’évolution rapide de la situation au Liban et au Moyen-Orient, Mondafrique reprend désormais chaque soir à 19h00 le journal télévisé du média francophone Ici Beyrouth, média partenaire. Dans un contexte marqué par la guerre, les tensions régionales et une instabilité croissante, ce rendez-vous quotidien permet de faire le point sur les développements militaires, […]

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Pour suivre l’évolution rapide de la situation au Liban et au Moyen-Orient, Mondafrique reprend désormais chaque soir à 19h00 le journal télévisé du média francophone Ici Beyrouth, média partenaire.

Dans un contexte marqué par la guerre, les tensions régionales et une instabilité croissante, ce rendez-vous quotidien permet de faire le point sur les développements militaires, les dynamiques politiques et les répercussions sur les populations. Analyses, décryptages et informations de terrain éclairent une région où les équilibres évoluent jour après jour.

 



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Liban : l’évacuation sans précédent de la banlieue sud de Beyrouth https://mondafrique.com/moyen-orient/liban-levacuation-sans-precedent-de-la-banlieue-sud-de-beyrouth/ https://mondafrique.com/moyen-orient/liban-levacuation-sans-precedent-de-la-banlieue-sud-de-beyrouth/#respond Fri, 06 Mar 2026 13:54:23 +0000 https://mondafrique.com/?p=148211 Après un ordre d’évacuation inédit visant toute la banlieue sud de Beyrouth, des dizaines de milliers d’habitants ont fui dans la panique. Au lendemain des bombardements israéliens, le Liban fait face à un déplacement massif de population et à une crise humanitaire incertaine. Jeudi, en fin d’après-midi, l’armée israélienne a lancé un avertissement d’une ampleur […]

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Après un ordre d’évacuation inédit visant toute la banlieue sud de Beyrouth, des dizaines de milliers d’habitants ont fui dans la panique. Au lendemain des bombardements israéliens, le Liban fait face à un déplacement massif de population et à une crise humanitaire incertaine.

Jeudi, en fin d’après-midi, l’armée israélienne a lancé un avertissement d’une ampleur inédite aux habitants de la banlieue sud de Beyrouth. Dans un message diffusé sur le réseau X, le porte-parole arabophone de l’armée israélienne, Avichay Adraee, a appelé les habitants de plusieurs quartiers, notamment Haret Hreik, Bourj el-Barajneh, Hadath et Chiyah, à évacuer immédiatement leurs domiciles afin de préserver leur vie.

Les instructions étaient précises. Les habitants de Bourj el-Barajneh et Hadath étaient invités à se diriger vers l’est en direction du Mont-Liban par l’axe Beyrouth-Damas. Ceux de Haret Hreik et Chiyah devaient rejoindre soit le nord du pays vers Tripoli, soit l’est par l’autoroute rapide du Metn. L’armée israélienne insistait également sur un point essentiel. Toute tentative de se diriger vers le sud exposerait les civils à un danger immédiat.

Dans les conflits récents, les avertissements israéliens concernaient le plus souvent un immeuble précis ou un périmètre limité. Cette fois, ce sont des quartiers entiers, où vivent des centaines de milliers de personnes, qui ont été appelés à se vider en quelques heures.

La réaction de la population a été immédiate. Dans plusieurs rues, des tirs en l’air ont été entendus pour alerter les habitants de l’imminence des frappes. Très rapidement, d’immenses embouteillages se sont formés aux abords de la banlieue sud. Des colonnes de voitures ont quitté Haret Hreik, Bourj el-Barajneh, Hadath ou encore Chiyah.

Au-dessus de la capitale, le bruit des drones et des avions de chasse israéliens était clairement audible. Quelques heures plus tard, les bombardements commençaient.

Frappes, affrontements et escalade militaire

Dans la soirée de jeudi, l’armée israélienne a mis ses menaces à exécution en menant une série de raids aériens violents sur différents quartiers de la banlieue sud. Les explosions ont été entendues dans toute la capitale.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, de nouvelles frappes ont provoqué des incendies et d’importants dégâts matériels. Aucun bilan précis des victimes n’était encore disponible dans l’immédiat.

D’autres frappes ont visé la Békaa et le sud du Liban. Jeudi matin déjà, plusieurs attaques avaient touché différentes régions du pays. Dans le sud, six membres de deux familles ont été tués dans des bombardements sur leurs villages, selon l’Agence nationale d’information. Dans l’est, une frappe contre une voiture sur la route menant à Zahlé a fait deux morts. La veille, trois personnes avaient été tuées dans deux frappes visant des voitures près de la route de l’aéroport de Beyrouth.

Depuis le début de l’escalade, le ministère libanais de la Santé recense au moins 123 morts et 683 blessés. Les autorités évoquent également près de 90 000 déplacés.

Cette nouvelle phase du conflit intervient après une attaque du Hezbollah contre Israël lundi. Le mouvement chiite affirmait vouloir venger la mort du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei. Israël a immédiatement répliqué par une campagne de frappes massives.

Sur le terrain, les combats semblent s’intensifier. Le Hezbollah affirme avoir mené plusieurs attaques contre le nord d’Israël et a appelé les habitants des zones proches de la frontière à évacuer. Le mouvement a également signalé pour la première fois des affrontements directs avec des soldats israéliens entrés dans le village de Khiam.

Parallèlement, l’armée israélienne poursuit sa progression dans le sud du Liban. Israël affirme avoir pris le contrôle de nouvelles positions afin de créer une zone tampon. Selon une source diplomatique citée à Beyrouth, les autorités libanaises ont été informées qu’Israël pourrait chercher à contrôler une bande de territoire de dix à quinze kilomètres de profondeur au nord de la frontière.

Les appels à l’évacuation visant une vaste partie du sud du Liban, représentant environ huit pour cent du territoire national, suscitent de vives critiques. L’organisation Human Rights Watch estime qu’ils pourraient être fortement susceptibles de violer les lois de la guerre.

Un déplacement massif et un pays sous pression

Au lendemain de ces événements, vendredi, les conséquences humanitaires deviennent visibles.

Selon des estimations relayées par des sources humanitaires, plus de 83 847 personnes avaient déjà quitté le Liban-Sud avant même le dernier ordre d’évacuation visant la banlieue sud de Beyrouth. Ce chiffre représente plus de 18 000 familles. À cela s’ajoutent environ 65 000 déplacés internes enregistrés depuis 2024.

L’évacuation de la banlieue sud a amplifié ce mouvement. En quelques heures, des quartiers entiers se sont vidés. Des rues habituellement saturées de circulation sont devenues presque silencieuses.

La majorité des habitants a cherché refuge dans les régions les plus accessibles, notamment dans le Mont-Liban. Baabda, Aley, le Chouf ou certaines zones du Metn ont accueilli une grande partie des déplacés. Beaucoup de familles de la banlieue sud possèdent en effet des résidences secondaires dans ces régions ou disposent de proches capables de les héberger temporairement.

Mais ces réseaux de solidarité, traditionnellement la première ligne de secours dans les crises libanaises, commencent à atteindre leurs limites.

Face à l’afflux de déplacés, la ministre des Affaires sociales libanaise, Hanine Sayed, a annoncé que l’ensemble des écoles et universités publiques du pays seraient ouvertes afin d’être transformées en centres d’hébergement d’urgence.

Le gouvernement libanais appelle également les familles déplacées à se diriger vers le nord du pays, notamment vers l’Akkar et le Liban-Nord, ainsi que vers la Békaa où des capacités d’accueil sont en cours de mobilisation.

Plusieurs infrastructures pourraient également être utilisées pour accueillir les déplacés. La Cité sportive de Beyrouth, la gare routière Charles Hélou et la piscine olympique de Dbayeh figurent parmi les sites envisagés.

Dans les faits, le réseau scolaire public constitue la principale infrastructure mobilisable rapidement. Mais de nombreuses écoles ne sont pas adaptées pour accueillir des familles sur une longue durée. Les problèmes d’accès à l’eau, aux sanitaires ou encore la gestion des espaces de vie compliquent la situation.

Par ailleurs, 399 établissements avaient déjà été mobilisés lors des précédentes vagues de déplacements liées aux bombardements dans le sud du Liban. Leur disponibilité est donc aujourd’hui partiellement réduite. Les autorités évoquent encore quarante-deux centres susceptibles d’être activés si la situation continue de se détériorer.

« Le Liban n’a pas choisi cette guerre »

Vendredi, le Premier ministre libanais Nawaf Salam a alerté la communauté internationale sur la gravité de la situation.

Lors d’une rencontre avec les ambassadeurs arabes et étrangers accrédités au Liban, il a mis en garde contre le risque d’un désastre humanitaire provoqué par les déplacements massifs de population.

Le chef du gouvernement libanais a également tenu à rappeler la position officielle de l’État. Le Liban, a-t-il affirmé, n’a pas choisi cette guerre.

Il a insisté sur un principe qu’il juge essentiel dans le contexte actuel. La décision de faire la guerre ou la paix doit rester entre les mains de l’État libanais.

Cette déclaration intervient alors que le pays a été entraîné dans le conflit à la suite d’une attaque du Hezbollah contre Israël. Une décision qui illustre une nouvelle fois le décalage profond entre la stratégie du mouvement armé et celle des institutions libanaises.

En agissant de manière autonome, le Hezbollah a de facto engagé le Liban dans une confrontation régionale sans que l’État n’ait eu son mot à dire. Pour de nombreux responsables politiques, cette logique de décision unilatérale place aujourd’hui le pays dans une situation extrêmement dangereuse.

Plusieurs initiatives diplomatiques avaient pourtant été évoquées ces dernières semaines. Des propositions françaises avaient notamment été discutées. Elles prévoyaient la remise progressive des armes du Hezbollah à l’État libanais en échange d’un arrêt des frappes israéliennes et d’un mécanisme international de sécurité le long de la frontière.

Ces propositions n’ont jamais été concrétisées. Le Hezbollah a continué d’agir selon sa propre logique stratégique, au risque d’entraîner le pays dans une spirale de confrontation qu’il ne contrôle plus.

Dans ce contexte, certains responsables libanais estiment que le mouvement chiite agit désormais comme un acteur militaire autonome qui engage le pays dans la guerre sans assumer les conséquences politiques, économiques et humaines de ses décisions.

Une banlieue sud vidée et un avenir incertain

Vendredi matin, au lendemain de l’évacuation, la banlieue sud de Beyrouth offre un visage inhabituel. Des quartiers entiers se sont vidés de leurs habitants.

Mais les bombardements ne se sont pas arrêtés pour autant.

Depuis l’aube, les frappes israéliennes continuent de viser la Banlieue sud de Beyrouth par vagues successives. Les explosions résonnent dans une zone largement désertée, où de nombreuses familles ont quitté leurs maisons dans la précipitation.

Pour les dizaines de milliers de déplacés, l’attente commence. Beaucoup ignorent combien de temps durera leur exil temporaire. D’autres redoutent déjà l’état dans lequel ils retrouveront leurs logements.

Le Liban a connu de nombreux déplacements de population au cours de son histoire récente. Mais l’ampleur et la rapidité de l’évacuation de la banlieue sud marquent une étape supplémentaire dans la guerre en cours.

Alors que les bombardements se poursuivent et que les routes restent encombrées de familles en fuite, une question demeure. Combien de temps le pays pourra-t-il absorber ces vagues de déplacements successives si les frappes et les ordres d’évacuation continuent de se multiplier.

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L’Iran appelle, le Hezbollah répond, et le Liban paie le prix https://mondafrique.com/moyen-orient/liban-letat-face-au-defi-ultime-du-hezbollah/ https://mondafrique.com/moyen-orient/liban-letat-face-au-defi-ultime-du-hezbollah/#respond Tue, 03 Mar 2026 08:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147954 Cet article L’Iran appelle, le Hezbollah répond, et le Liban paie le prix est apparu en premier sur Mondafrique.

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En soutien à l’Iran, après la mort du Guide suprême Ali Khamenei dans des frappes américano-israéliennes, le Hezbollah a relancé les hostilités contre Israël. La riposte a été immédiate. Beyrouth tente désormais de reprendre la main, sans garantie de pouvoir imposer son autorité.

Dans la nuit de dimanche à lundi, le Hezbollah a lancé une série de projectiles en direction d’Israël, revendiquant une action présentée comme une « vengeance » après la mort d’Ali Khamenei, tué dans les premières heures d’une campagne de bombardements américano-israélienne contre la République islamique. Une roquette a été interceptée au sud de Haïfa, d’autres sont tombées dans des zones ouvertes sans faire de victimes. Sur le plan militaire, l’attaque est restée limitée. Sur le plan politique, elle marque une rupture majeure.

Il s’agit du premier tir revendiqué depuis le cessez-le-feu de novembre 2024. En agissant explicitement en soutien à l’Iran, le Hezbollah a réinscrit le Liban dans une confrontation régionale dont le centre de gravité se situe à Téhéran. Le message est clair : l’organisation demeure arrimée à l’axe iranien et prête à agir en fonction de ses développements stratégiques.

La riposte israélienne a été immédiate et massive. Des frappes ont visé la banlieue sud de Beyrouth, plusieurs localités du Sud-Liban ainsi que des zones de la Békaa. Selon le ministère de la Santé, le bilan provisoire fait état de 31 morts et 149 blessés. L’armée israélienne affirme avoir ciblé des infrastructures liées au Hezbollah et avoir éliminé Hussein Moukalled, présenté comme chef des services de renseignement du mouvement.

Dans les heures qui ont suivi, la panique a gagné le pays. Des habitants du Sud et de la Békaa ont pris la route vers le Nord et des zones perçues comme plus sûres. La banlieue sud de Beyrouth s’est vidée en partie. Les axes reliant le Sud à la Békaa ont été saturés. Le réflexe est désormais connu : à chaque séquence d’escalade, la population anticipe le pire.

C’est dans ce contexte que le gouvernement libanais s’est réuni en urgence. À l’issue du Conseil des ministres, le Premier ministre Nawaf Salam a annoncé l’interdiction immédiate de toutes les activités militaires et sécuritaires du Hezbollah sur le territoire libanais et exigé la remise de ses armes à l’État. « La décision de guerre et de paix relève uniquement de l’État », a-t-il déclaré, appelant également à la reprise de négociations sous parrainage international et à un engagement israélien à cesser les hostilités.

Du front iranien au territoire libanais

Sur le plan institutionnel, la déclaration est lourde de sens. Elle constitue une tentative explicite de réaffirmer le monopole étatique de la violence légitime, principe inscrit dans toute architecture étatique moderne. Elle vise aussi à envoyer un signal extérieur : l’État libanais ne se confond pas avec le Hezbollah.

Reste la question décisive : que peut réellement appliquer le gouvernement ?

Le Hezbollah demeure une organisation armée structurée et implantée. Selon les estimations du centre israélien Alma Research and Education Center, il disposerait encore d’environ 25 000 roquettes et missiles, principalement à courte et moyenne portée, avec une capacité de tir de plusieurs dizaines de projectiles par jour. S’y ajouteraient des armements plus sophistiqués en nombre plus restreint. Le groupe posséderait également environ 1 000 drones kamikazes, même si l’ampleur exacte de ses capacités dans ce domaine reste difficile à établir.

L’Institute for the Study of War estime que, malgré les destructions subies lors de la guerre de 2024, le Hezbollah a reconstitué au moins une partie significative de ses stocks d’avant-guerre. Sur le plan humain, les estimations évoquent entre 40 000 et 50 000 combattants actifs, auxquels s’ajoutent des réservistes.

Il est vrai que la guerre de 2024 et les éliminations ciblées ont fragilisé sa chaîne de commandement. Plusieurs cadres ont été tués, et des tensions internes sont évoquées. Mais affaibli ne signifie pas neutralisé. Le mouvement conserve des capacités de frappe réelles et une implantation territoriale et sociale profonde.

La géographie militaire a cependant évolué. Le déploiement d’environ 10 000 soldats de l’armée libanaise au sud du Litani a contraint le Hezbollah à réduire sa présence visible dans la zone frontalière. Une partie de ses capacités aurait été redéployée au nord du Litani et dans la Békaa. Cette configuration limite certains scénarios d’infiltration terrestre directe, mais elle n’empêche pas des frappes à distance.

L’Iran demeure, par ailleurs, un acteur central de cette équation. Malgré les sanctions et les pressions internationales, des flux financiers et logistiques continueraient d’alimenter le Hezbollah. Des membres des Gardiens de la Révolution islamique et de la Force Qods seraient impliqués dans l’assistance technique et la formation. La mort d’Ali Khamenei ouvre une période d’incertitude stratégique, mais elle ne signifie pas nécessairement un désengagement.

Souveraineté proclamée, rapport de force incertain

Dans ce contexte, exiger le désarmement du Hezbollah revient à poser un acte politique fort, mais dont l’application suppose un rapport de force. L’armée libanaise peut-elle engager un processus de désarmement effectif sans risquer une confrontation interne ? Peut-elle, seule, imposer une décision à une organisation qui dispose d’armements significatifs et d’un soutien externe ?

À l’inverse, ne rien tenter reviendrait à entériner une dualité durable des armes. La déclaration gouvernementale vise donc autant l’intérieur que l’extérieur. Elle cherche à redéfinir la responsabilité. En affirmant que la décision de guerre relève exclusivement de l’État, Beyrouth tente de dissocier le Liban institutionnel de l’initiative du Hezbollah.

Cette « distance » pourrait-elle influencer la conduite des frappes israéliennes ? La question est centrale. Israël distingue-t-il strictement les infrastructures du Hezbollah de celles de l’État libanais ? L’expérience des cycles précédents montre que les lignes peuvent rapidement se brouiller. Pourtant, si la communauté internationale perçoit une volonté claire de l’État libanais de contenir et d’encadrer la situation, la pression diplomatique pourrait s’accentuer pour préserver les infrastructures vitales du pays.

L’aéroport international de Beyrouth demeure le principal point d’entrée et de sortie du territoire. Le port constitue un maillon essentiel d’une économie déjà exsangue. Toute atteinte majeure à ces infrastructures aurait des conséquences systémiques. La tentative du gouvernement de se démarquer des choix militaires du Hezbollah vise aussi à protéger ces leviers stratégiques.

En choisissant d’ouvrir le front en soutien à l’Iran, le Hezbollah a pris une décision unilatérale dont les répercussions dépassent largement son propre appareil. Le Liban, État fragilisé par des crises successives, se retrouve de nouveau exposé à une escalade régionale.

L’enjeu dépasse la séquence actuelle. Il touche à la définition même de la souveraineté. Qui décide de la guerre au Liban ? Tant que cette question restera disputée, chaque crise régionale comportera le risque d’un embrasement local.

La déclaration du gouvernement marque peut-être un tournant symbolique. Elle affirme un principe clair et envoie un message politique sans ambiguïté. Mais sa portée dépendra de sa traduction concrète. Entre la volonté affichée et la capacité réelle, l’écart peut être considérable.

Dans l’immédiat, le pays retient son souffle. Les routes encombrées, les frappes nocturnes et les bilans humains rappellent une réalité que les Libanais connaissent trop bien. La guerre ne se décide pas seulement à Beyrouth. Elle se joue aussi dans les calculs régionaux. Et le Liban, une fois encore, se trouve à l’intersection de ces lignes de fracture.

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Washington évacue son ambassade, Beyrouth retient son souffle  https://mondafrique.com/moyen-orient/washington-evacue-son-ambassade-beyrouth-retient-son-souffle/ Mon, 23 Feb 2026 19:45:44 +0000 https://mondafrique.com/?p=147639 Dans un contexte d’escalade régionale, les États-Unis ont ordonné l’évacuation du personnel non essentiel de leur ambassade à Beyrouth. Mesure présentée comme temporaire, elle intervient sur fond de frappes israéliennes, de tensions avec l’Iran et de fragilité persistante au Liban. Les États-Unis ont décidé, lundi 23 février 2026, d’évacuer le personnel non essentiel ainsi que […]

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Dans un contexte d’escalade régionale, les États-Unis ont ordonné l’évacuation du personnel non essentiel de leur ambassade à Beyrouth. Mesure présentée comme temporaire, elle intervient sur fond de frappes israéliennes, de tensions avec l’Iran et de fragilité persistante au Liban.

Ambassade des États-Unis au Liban.

Les États-Unis ont décidé, lundi 23 février 2026, d’évacuer le personnel non essentiel ainsi que les membres éligibles de leurs familles de leur ambassade à Beyrouth. Officiellement, la décision est dictée par la prudence. « Le Département d’État a ordonné le départ du personnel gouvernemental américain non essentiel », a indiqué un responsable américain. L’ambassade demeure opérationnelle avec un noyau de personnel essentiel, chargé d’assurer la continuité des services diplomatiques et consulaires. « L’ambassade reste opérationnelle (…) Il s’agit d’une mesure temporaire visant à assurer la sécurité de notre personnel », a précisé la même source.

Environ quarante personnes auraient quitté le territoire via l’aéroport international de Beyrouth, selon une source sécuritaire libanaise. Washington souligne procéder à une réévaluation permanente de l’environnement sécuritaire régional. Cette décision n’est pas isolée : elle s’inscrit dans un mouvement plus large de renforcement militaire américain au Moyen-Orient, alors que le président Donald Trump évoque ouvertement la possibilité de frappes contre l’Iran en l’absence d’accord sur son programme nucléaire.

Un climat régional inflammable

La mesure américaine intervient quelques jours après des frappes israéliennes dans la vallée de la Bekaa, à l’est du Liban, ayant coûté la vie à plusieurs membres du Hezbollah, dont un commandant, selon le mouvement. Ces bombardements se poursuivent en dépit du cessez-le-feu conclu en novembre 2024 entre Israël et le Hezbollah, au terme d’un an d’affrontements transfrontaliers.

Un responsable du Hezbollah, Mahmoud Qamati, a appelé à la poursuite de la confrontation. « Quelle autre option avons-nous à part la résistance ? Nous n’en avons pas d’autre », a-t-il déclaré. De son côté, un député du mouvement a demandé la suspension des réunions du comité de surveillance du cessez-le-feu « jusqu’à ce que l’ennemi arrête ses attaques ».

Dans ce contexte, Beyrouth apparaît comme un point de vulnérabilité stratégique. Frontalière d’Israël, ancrée dans un équilibre politique fragile et abritant un acteur armé puissant soutenu par Téhéran, la capitale libanaise se situe au croisement des lignes de fracture régionales.

Le Hezbollah, acteur externe et facteur interne d’instabilité

Au-delà du risque de confrontation entre Israël et l’Iran, la présence du Hezbollah constitue également une menace interne pour le Liban lui-même. Milice pro-iranienne disposant d’un arsenal militaire autonome, le mouvement agit de facto en parallèle du pouvoir légitime libanais. Cette logique de « cavalier seul » affaiblit l’autorité de l’État et expose le pays à des représailles ou à des escalades décidées hors du cadre institutionnel.

Le gouvernement libanais a récemment annoncé que l’armée disposerait d’un délai de quatre mois, renouvelable, pour mettre en œuvre la deuxième phase d’un plan visant à désarmer le Hezbollah. Mais les progrès sont jugés insuffisants par Israël, et la réalité du rapport de force interne rend l’objectif incertain.

Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, plus de 370 personnes auraient été tuées dans des raids israéliens au Liban, selon un décompte fondé sur des données officielles libanaises. L’armée israélienne affirme cibler le Hezbollah et ses infrastructures, l’accusant de se réarmer avec le soutien de l’Iran.

Pression maximale sur Téhéran

En toile de fond, la tension entre Washington et Téhéran s’est intensifiée. Le président Trump a ordonné le déploiement de forces navales et aériennes supplémentaires dans la région. « Toutes les options sont sur la table », a-t-il récemment déclaré. L’administration américaine affirme vouloir empêcher l’Iran d’accéder à l’arme nucléaire et maintient une pression diplomatique et militaire accrue.

Dans ce schéma, le Liban pourrait devenir un théâtre direct et indirect d’affrontement. Les États-Unis redoutent d’éventuelles représailles iraniennes via des acteurs alliés, au premier rang desquels le Hezbollah. L’évacuation partielle de l’ambassade s’analyse ainsi comme une mesure préventive face au risque d’une escalade aussi rapide qu’asymétrique.

Pour le Liban, déjà fragilisé par une crise économique persistante et une paralysie institutionnelle chronique, cette décision américaine est un signal supplémentaire d’isolement et d’incertitude. Le pays reste classé au niveau d’alerte maximal par Washington « ne pas voyager », ce qui pèse sur les investissements et le tourisme.

Le pays du Cèdre, une fois encore, se retrouve en ligne de mire,  non comme initiateur du conflit, mais comme terrain d’impact possible d’une confrontation qui le dépasse largement.

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Liban : un garagiste grimé en prince saoudien manipule le pouvoir https://mondafrique.com/moyen-orient/liban-un-garagiste-grime-en-prince-saoudien-manipule-le-pouvoir/ Tue, 17 Feb 2026 08:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147263 Au Liban, un garagiste d’Akkar (province marginalisée du nord du pays) s’est fait passer pour un prince saoudien et a réussi à influencer des députés jusqu’à la désignation du Premier ministre fin 2025. Chronique d’une farce politique qui révèle un mal bien plus profond. Il s’appelait « Abu Omar ». Il parlait avec l’accent saoudien, […]

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Au Liban, un garagiste d’Akkar (province marginalisée du nord du pays) s’est fait passer pour un prince saoudien et a réussi à influencer des députés jusqu’à la désignation du Premier ministre fin 2025. Chronique d’une farce politique qui révèle un mal bien plus profond.

Il s’appelait « Abu Omar ». Il parlait avec l’accent saoudien, citait Riyad avec l’assurance d’un diplomate, évoquait des « instructions de la cour royale » comme on lit un bulletin météo. Il ne rencontrait personne, ne signait rien, n’apparaissait nulle part. Il téléphonait. Et cela suffisait.

En réalité, derrière la voix se cachait Moustafa al-Hasian, quadragénaire, garagiste dans la province d’Akkar. Une région marginalisée du nord du Liban, plus connue pour ses routes cabossées que pour ses intrigues d’État. Pourtant, pendant plusieurs années, cet homme aurait réussi à monnayer de prétendues connexions saoudiennes contre des faveurs économiques et politiques auprès de parlementaires libanais. Jusqu’à peser, selon plusieurs témoignages, sur l’élection du Premier ministre fin 2025.

Le scénario paraît invraisemblable. Il ne l’est pas. Il est, au contraire, d’une cohérence implacable.

Car « Abu Omar » n’a pas seulement exploité la crédulité de quelques élus. Il a exploité une structure. Un système politique fondé sur l’équilibre confessionnel, la recherche permanente de parrainages extérieurs et l’obsession des signaux venus d’ailleurs.

Selon les révélations du Financial Times, c’est une parfaite maîtrise de l’accent saoudien et une connaissance fine des positions diplomatiques de Riyad qui auraient permis au faux prince de convaincre. Dans un pays où l’appui de l’Arabie saoudite peut redessiner des alliances internes, la voix compte parfois davantage que la preuve.

Un cheikh sunnite influent d’Akkar, Khaldoun Oraymet, aurait servi d’intermédiaire. Son réseau, s’étendant des hommes d’affaires du Golfe aux membres du gouvernement, aurait ouvert des portes. Le garagiste devenait alors une passerelle supposée vers Riyad. Et chacun voulait traverser.

Les politiciens rivalisaient d’attention. On offrait une voiture au fils du cheikh. On sollicitait l’aide d’« Abu Omar » pour obtenir des médailles équestres en Arabie saoudite. On demandait des appuis, des bénédictions, des signes.

Le détail le plus révélateur ? Personne ne rencontrait jamais le fameux prince. Tous les échanges se faisaient par téléphone. Un indicatif britannique, une voix assurée, et le tour était joué.

L’affaire aurait atteint son apogée lors de la course à la présidence du Conseil en 2025. Prétextant des « instructions de la cour royale saoudienne », Abu Omar aurait demandé à un groupe de députés de ne pas voter pour le Premier ministre sortant, Najib Mikati.

Selon le député Ahmed Kheir, plusieurs participants auraient alors changé leur vote en faveur de Nawaf Salam, finalement désigné le 13 janvier 2025.

Influence réelle ou exagération a posteriori ? La justice devra trancher. Mais le simple fait que des parlementaires admettent avoir été sensibles à des consignes téléphoniques d’un émissaire jamais vu dit déjà beaucoup.

Le 20 janvier, la juge d’instruction de Beyrouth, Roula Osman, a émis un mandat d’arrêt contre Moustafa al-Hasian et Khaldoun Oraymet. Les deux hommes sont poursuivis pour fraude, chantage, usurpation d’identité, influence sur des décisions de vote et atteinte aux relations entre le Liban et l’Arabie saoudite.

La farce s’est transformée en dossier pénal.

Une comédie révélatrice

On pourrait rire. Un garagiste devenu prince. Des députés fascinés par un accent. Des décisions politiques influencées par un numéro britannique.

Mais l’ironie masque mal une réalité plus inquiétante.

Comme l’a souligné au Financial Times Sami Atallah, directeur du think tank The Policy Initiative à Beyrouth, l’affaire illustre « à quel point l’élite politique s’est soumise aux décisions des puissances étrangères ». La phrase est sévère. Elle n’est pas nouvelle.

Le système libanais repose depuis des décennies sur des équilibres externes : Arabie saoudite pour une partie du camp sunnite, Iran pour le camp chiite, appuis occidentaux pour d’autres forces. Les leaders se targuent de soutiens internationaux pour asseoir leur légitimité interne.

Dans ce contexte, l’idée qu’un émissaire de Riyad puisse appeler et donner une « consigne » n’a rien d’absurde. Elle s’inscrit dans une pratique politique familière : attendre le signal.

Abu Omar n’a donc pas inventé le mécanisme. Il s’y est glissé.

Ce scandale révèle aussi une autre faille : la confusion entre symbolique et réel. Dans un système saturé de rumeurs, d’émissaires officieux, de médiations discrètes, la frontière entre le vrai et le vraisemblable s’estompe.

Il suffit d’une voix crédible. D’un discours cohérent. D’une promesse de soutien.

La politique devient alors un théâtre où l’apparence de l’appui vaut presque autant que l’appui lui-même.

Que des responsables publics aient pu se laisser convaincre par un interlocuteur jamais rencontré en personne interroge la solidité des procédures, mais aussi la culture politique. La vérification semble avoir cédé la place à la projection : on voulait croire à l’existence d’un prince influent. On a donc cru.

Depuis la révélation de l’affaire en décembre, la question circule : combien d’« Abu Omar » y a-t-il au pays du Cèdre ?

La formule, reprise par plusieurs médias, dont notre confrère Ici Beyrouth – lien menant à l’article en fin de page -, dépasse le cas d’espèce. Elle renvoie à une inquiétude plus large : si un garagiste peut influencer des choix politiques majeurs, qu’en est-il des véritables réseaux d’influence ? Des intermédiaires discrets, des conseillers officieux, des bailleurs invisibles ?dépasse le cas d’espèce. Elle renvoie à une inquiétude plus large : si un garagiste peut influencer des choix politiques majeurs, qu’en est-il des véritables réseaux d’influence ? Des intermédiaires discrets, des conseillers officieux, des bailleurs invisibles ?

Abu Omar n’est peut-être que la version caricaturale d’une pratique plus diffuse.

L’ironie de l’histoire tient à ceci : il n’a pas eu besoin d’argent colossal, ni d’appareil sophistiqué, ni de protection diplomatique. Il a eu besoin d’un accent et d’un système prêt à l’écouter.

Dans une démocratie fragilisée, où la souveraineté est souvent négociée, symboliquement ou réellement, l’autorité se mesure parfois à la proximité supposée avec l’étranger.

Le faux prince a prospéré sur cette obsession.

Son arrestation clôt un chapitre judiciaire. Elle n’efface pas la question politique.

Car le scandale ne révèle pas seulement l’audace d’un individu. Il met en lumière une vulnérabilité structurelle : celle d’élites qui cherchent à l’extérieur la validation qu’elles peinent à trouver à l’intérieur.

Abu Omar n’était peut-être qu’un mirage. Mais s’il a pu exister si longtemps, c’est que le désert était déjà là.

L’article d’Ici Beyrouth

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Liban–Syrie : mémoire, proxies et nouvel ordre incertain au Levant https://mondafrique.com/moyen-orient/liban-syrie-memoire-proxies-et-nouvel-ordre-incertain-au-levant/ Sat, 14 Feb 2026 08:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147154 Entre l’onde de choc du 7 octobre 2023 et la chute de Bachar el-Assad en 2024, le Levant bascule. Au cœur des recompositions : l’Iran, la Syrie et un Liban toujours prisonnier d’héritages sécuritaires, démographiques et confessionnels explosifs. Une chronique de Roula Merhej, née à Hama et exilée en France sous le régime d’Hafez el-Assad, spécialiste des […]

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Entre l’onde de choc du 7 octobre 2023 et la chute de Bachar el-Assad en 2024, le Levant bascule. Au cœur des recompositions : l’Iran, la Syrie et un Liban toujours prisonnier d’héritages sécuritaires, démographiques et confessionnels explosifs.

Une chronique de Roula Merhej, née à Hama et exilée en France sous le régime d’Hafez el-Assad, spécialiste des dynamiques géopolitiques du Moyen-Orient.

Roula Merhej

 

Deux événements marquants ont redistribué les cartes au Levant : le massacre du 7 octobre 2023, quand le Hamas a mené une attaque terroriste sans précédent sur Israël, et la chute de Bachar el-Assad en décembre 2024, balayé par une offensive rebelle menée par Hayat Tahrir al-Sham qui a porté Ahmed al-Sharaa au pouvoir à Damas. Un dénominateur commun : l’Iran. Cette puissance révolutionnaire qui, depuis 1979, a tissé sa toile politico-militaire au Levant, en faisant de la Syrie et du Liban les piliers de sa profondeur stratégique. Aujourd’hui, malgré les frappes israéliennes et américaines, l’Iran joue sa survie et se tient prêt à tirer les ficelles de ses proxys, en l’occurrence le Hezbollah au Liban.

Mais pour comprendre ce qui se joue aujourd’hui entre Beyrouth et Damas, impossible de faire l’impasse sur l’héritage de domination qui structure encore tous les enjeux. Avant de traiter de la relation libano-syrienne, il est primordial d’évoquer la mémoire de domination de la Syrie sur le Liban. Cette présence syrienne, amorcée en 1976 par Hafez el-Assad pendant la guerre civile libanaise, ne s’est pas contentée d’être militaire : elle s’est muée en tutelle totale, structurant la vie politique et sécuritaire libanaise jusqu’au retrait militaire de 2005. Une occupation de fait, pour reprendre les mots d’une partie des Libanais. Pas seulement des troupes : des appareils sécuritaires omniprésents, l’arbitrage de tous les équilibres institutionnels, la mainmise sur chaque décision dans un État déjà fragmenté. Le départ des soldats en 2005 n’a rien effacé jusqu’à la chute du régime d’Assad en décembre 2024 : il a laissé des réseaux, des réflexes et surtout des dossiers humains béants qui empoisonnent encore tout « nouveau départ ».

Mais par-delà les jeux d’influence régionaux, de cette histoire héritée émergent aujourd’hui trois dossiers explosifs qui conditionnent toute tentative de normalisation : les disparus libanais jamais retrouvés, les prisonniers syriens à échanger et l’onde de choc démographique des réfugiés qui menace l’équilibre même du Liban. Le plus toxique reste celui des disparus libanais en Syrie. Pas de chiffre officiel, mais les estimations convergent : environ 700 Libanais enlevés ou disparus pendant la période de la présence syrienne. Pendant ce temps, les détenus syriens au Liban, eux, font l’objet d’accords bien concrets : en ce début de février 2026, Beyrouth et Damas ont signé un transfert de plus de 300 prisonniers syriens condamnés, alors que quelque 2.500 Syriens restent dans les prisons libanaises.

Mémoire et recomposition régionale

L’asymétrie est criante : les transferts se négocient et se signent, tandis que la vérité sur les disparus reste suspendue dans le vide. Une hiérarchie politique des dossiers révélatrice. Mais sous cette asymétrie visible se joue une partie plus complexe : qui instrumentalise qui dans cette reconfiguration régionale ? Damas, désormais adossé au soutien des pays du Golfe et des puissances sunnites régionales, pourrait instrumentaliser les fractures confessionnelles libanaises pour affaiblir le Hezbollah et régler ses comptes avec l’axe iranien. En retour, Beyrouth détient le levier démographique : plus d’un million de réfugiés syriens dont le sort peut fragiliser ou conforter le régime d’Al-Sharaa.

À cette mémoire vive s’ajoute une réalité démographique massive. Fin 2025, l’UNHCR compte 532.357 réfugiés syriens enregistrés au Liban, alors que le gouvernement libanais en estime 1.120.000. Les chiffres divergent mais ne changent en rien la conclusion : l’équilibre social, économique et politique libanais a explosé sous la pression, et la question du retour est devenue existentielle. Depuis décembre 2024, plus de 360.000 Syriens seraient retournés au pays. Des chiffres administratifs qui témoignent d’un mouvement réel, sans garantir qu’il soit définitif.

Et pourtant, la diplomatie feint de reprendre. En octobre 2025, le ministre syrien des Affaires étrangères Assaad al-Shibani se rend à Beyrouth, première visite de ce niveau depuis la chute d’Assad. À l’ordre du jour : frontières, prisonniers, réfugiés. Damas, de retour sur la scène internationale, veut se montrer en État responsable, parlant le langage du partenariat. Mais au Liban, toute normalisation passe par les mémoires, les disparus et les fractures confessionnelles.

Et ces fractures, justement, convergent toutes vers un acteur : le Hezbollah. C’est là que le Hezbollah redevient central. Son engagement militaire aux côtés d’Assad durant la guerre syrienne a durablement marqué la perception du Liban dans une partie de la société syrienne, notamment sunnite. Il a renforcé l’image d’une guerre menée au nom d’un alignement régional, celui de Téhéran. Le dernier levier stratégique iranien au Levant, le « parti de Dieu », se joue ainsi au Liban, parce que le Liban reste cet espace unique où se croisent puissance de feu, légitimité politique et profondeur logistique.

Car le ressentiment syrien envers le Hezbollah est réel et dangereux : pour une large partie de la population syrienne, notamment sunnite, il n’est pas un parti de la résistance mais la milice iranienne qui avait sauvé Assad et massacré des Syriens. Plus préoccupant encore : ce ressentiment est porté par les combattants de HTS eux-mêmes, désormais intégrés dans l’armée syrienne, dont nombre sont d’anciens membres d’al-Qaïda. Une Syrie sous al-Sharaa qui renforcerait les sunnites libanais (Tripoli en tête) comme contrepoids au Hezbollah ? Le scénario est malheureusement plausible, même explosif, en vue des rebondissements quotidiens qui se produisent dans la région, notamment depuis ces deux dernières années.

Dans ce contexte explosif, l’asymétrie entre les deux pays se creuse. La Syrie sous Ahmed al-Sharaa sort progressivement de son isolement et revient sur la scène internationale où se négocient investissements, levée de sanctions et sécurité régionale. Le Liban, lui, relégué au second plan et portant le poids de toutes ces années, reste prisonnier d’une souveraineté inachevée : frontière floue, État décrédibilisé et fragilisé, présence d’acteurs armés non étatiques, bombardements israéliens dans le sud, pression démographique sans précédent… Quant aux Accords d’Abraham, ils dessinent, qu’on les approuve ou qu’on les rejette, l’une des nouvelles architectures régionales. Mais rien n’indique, à ce stade, un basculement libanais vers cette normalisation.

Dès lors, une question s’impose : le Liban et la Syrie s’installent-ils dans les contours d’un nouvel ordre régional, ou ne font-ils que recycler, sous des acteurs renouvelés, les mêmes logiques de tutelle, de proxy et de souveraineté empêchée ?

 

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Naïm Qassem défie l’État libanais et resserre l’axe avec Téhéran https://mondafrique.com/moyen-orient/naim-qassem-assume-lalignement-total-du-hezbollah-sur-teheran/ Thu, 12 Feb 2026 08:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147028 Secrétaire général du Hezbollah et successeur d’Hassan Nasrallah, Naïm Qassem adopte une ligne dure face aux menaces américaines contre l’Iran et rejette toute idée de désarmement. Entre fidélité doctrinale à Téhéran et tensions avec l’État libanais, son leadership s’inscrit dans une transition contrainte.   Selon une analyse publiée par France 24 le 7 février 2026 […]

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Secrétaire général du Hezbollah et successeur d’Hassan Nasrallah, Naïm Qassem adopte une ligne dure face aux menaces américaines contre l’Iran et rejette toute idée de désarmement. Entre fidélité doctrinale à Téhéran et tensions avec l’État libanais, son leadership s’inscrit dans une transition contrainte.

 

Selon une analyse publiée par France 24 le 7 février 2026 et signée Marc Daou, Naïm Qassem, successeur de Hassan Nasrallah à la tête du Hezbollah, « ne manque jamais une occasion de jurer fidélité à la République islamique d’Iran ».

Alors que Donald Trump multiplie les menaces d’intervention militaire contre Téhéran, le chef du mouvement chiite libanais a durci le ton. Estimant que les déclarations américaines visent également son organisation, il a affirmé : « Nous ne pouvons rester silencieux face aux menaces de Trump ou de quiconque contre l’imam Khamenei, et nous sommes concernés par toutes les mesures nécessaires pour y faire face. »

Dans une allocution diffusée sur la chaîne du parti, Al-Manar, il a ajouté : « Nous considérons que la menace est également dirigée contre nous et nous nous réservons toute latitude pour agir comme nous le jugerons approprié. » Et de préciser : « Quant à la manière dont nous agirons, ce sont des détails que la bataille déterminera (…) mais nous ne sommes pas neutres. »

Une ligne dure à rebours des signaux iraniens

Le paradoxe, souligne France 24, est que cette posture intervient alors même que la République islamique d’Iran accepte de négocier avec Washington afin de réduire les tensions régionales. À Beyrouth, cette rhétorique martiale est perçue comme un facteur supplémentaire d’instabilité.

Le président libanais Joseph Aoun a ainsi déclaré œuvrer pour « éviter que le pays soit entraîné dans une nouvelle guerre, car le peuple libanais n’est plus en mesure de supporter d’autres conflits ». Il a appelé à « une approche réaliste et rationnelle pour protéger le Liban et ses citoyens », dans ce qui apparaît comme une réponse directe aux propos du chef du Hezbollah.

Le dossier du désarmement cristallise ces tensions. Conformément au cessez-le-feu entré en vigueur en novembre 2024 entre Israël et le Hezbollah, l’armée libanaise a achevé début janvier la première phase du plan de désarmement au sud du fleuve Litani. Mais le parti refuse de remettre son arsenal au nord de cette zone tant que l’armée israélienne poursuit ses frappes et maintient une présence dans le Sud.

En n’excluant pas une implication aux côtés de Téhéran en cas de frappes américaines contre l’Iran, Naïm Qassem « tient tête à la volonté de l’exécutif libanais de se réapproprier le monopole de la violence légitime », note la chaîne française.

Un « leader malgré lui »

Âgé de 71 ans, l’ancien numéro deux du Hezbollah n’était pas destiné à diriger le mouvement. Hassan Nasrallah, figure charismatique et chef historique, a été tué en septembre 2024 lors d’une opération israélienne. Son cousin et successeur désigné, Hachem Safieddine, a également été éliminé.

« Naïm Qassem est un leader malgré lui, étant le successeur du successeur de Hassan Nasrallah », analyse Karim Émile Bitar, enseignant à Sciences Po Paris et ancien doyen de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, cité par France 24. Il s’est retrouvé « à la tête de ce mouvement dans un contexte extrêmement difficile, dans le cadre d’une transition forcée ».

Originaire du Sud-Liban, membre du clergé chiite et ancien professeur de chimie, Naïm Qassem est l’un des fondateurs du Hezbollah, créé en 1982 après l’invasion israélienne du Liban. Devenu secrétaire général adjoint en 1991, il occupait un rôle essentiellement doctrinal.

« Quand il était numéro deux, son rôle était celui d’un cadre religieux et doctrinal plutôt que d’un chef charismatique », précise Karim Émile Bitar. Il se présentait « comme un porte-parole théologico-politique », abordant l’identité chiite, les positions du Hezbollah et ses relations avec l’Iran.

À la différence de Hassan Nasrallah, qui tirait « son autorité d’un capital charismatique et d’une légitimité militaire issue de la lutte contre Israël », Naïm Qassem « n’a jamais joué un rôle majeur dans l’appareil militaro-sécuritaire du Hezbollah ». Il incarne davantage « une continuité idéologique » qu’un leadership mobilisateur.

Une loyauté doctrinale à l’Iran

Cette continuité passe par une fidélité assumée à la doctrine du « wilayat al-faqih », qui consacre la primauté du guide suprême iranien. « Naïm Qassem se caractérise par sa loyauté absolue envers l’Iran », souligne Karim Émile Bitar. Il a veillé à la « cohérence entre le discours politique du parti et la doctrine » qui fonde son allégeance à Téhéran.

Dans l’un de ses ouvrages, rappelle l’analyste, il a théorisé « l’alliance organique entre le Hezbollah et le guide de la révolution iranienne ». Pour lui, « abandonner l’arsenal militaire (…) serait équivalent à une perte de dignité pour l’ensemble de la communauté chiite ».

Au Liban, cette position est loin de faire l’unanimité. Après une rencontre avec le président Joseph Aoun, le chef du bloc parlementaire du Hezbollah a tenu un discours plus conciliant, évoquant « les positions les plus justes [qui] sont celles qui rassemblent » et appelant à des réactions « empreintes de réalisme et de positivité », selon le quotidien L’Orient-Le Jour.

Ces nuances internes contrastent avec la fermeté affichée par le secrétaire général. Mais pour les observateurs cités par France 24, il paraît « difficile d’imaginer Naïm Qassem renoncer à l’arsenal accumulé depuis des décennies » ou prendre ses distances avec Téhéran, d’autant que « le rôle de l’Iran est aujourd’hui beaucoup plus important qu’il ne l’était » sous la direction de Hassan Nasrallah.

Dans un Liban épuisé par les crises économiques, politiques et sécuritaires, le positionnement du nouveau chef du Hezbollah engage ainsi bien plus que l’avenir d’un parti : il pose la question du rapport de force entre l’État et un acteur armé dont la loyauté première demeure, sans ambiguïté, tournée vers Téhéran.

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Le Hezbollah à l’épreuve de l’asphyxie financière https://mondafrique.com/moyen-orient/le-hezbollah-a-lepreuve-de-lasphyxie-financiere/ Thu, 22 Jan 2026 17:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145781 Plus d’un an après la guerre avec Israël, le Hezbollah se heurte à une crise moins visible mais tout aussi corrosive : l’effondrement de son mécanisme d’indemnisation. Retards, gaspillages et gel des paiements révèlent une fragilité financière et politique aux répercussions géopolitiques durables. Un an après le cessez-le-feu de novembre 2024, la reconstruction du Liban-Sud, […]

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Plus d’un an après la guerre avec Israël, le Hezbollah se heurte à une crise moins visible mais tout aussi corrosive : l’effondrement de son mécanisme d’indemnisation. Retards, gaspillages et gel des paiements révèlent une fragilité financière et politique aux répercussions géopolitiques durables.

Un an après le cessez-le-feu de novembre 2024, la reconstruction du Liban-Sud, de la Békaa et de la banlieue sud de Beyrouth demeure à l’arrêt. Les villages rasés, les immeubles éventrés et les familles déplacées composent un paysage figé, comme suspendu dans le temps. Mais derrière l’immobilité des chantiers se joue une crise plus profonde : celle du Hezbollah, pris en étau entre ses engagements sociaux, ses contraintes financières et un environnement régional devenu hostile.

Le conflit de l’automne 2024 a laissé derrière lui des destructions massives. Des milliers de bâtiments ont été endommagés ou détruits, des localités entières rendues inhabitables, et des populations incapables de rentrer chez elles. Le coût global de la reconstruction est estimé à plusieurs milliards de dollars, bien au-delà des capacités d’un État libanais exsangue. Dans ce vide, le Hezbollah avait tenté de se poser en garant social, annonçant une enveloppe d’environ un milliard de dollars pour indemniser les sinistrés. L’objectif était double : répondre à l’urgence humanitaire et contenir une colère populaire susceptible d’éroder sa base.

Dans un premier temps, le dispositif semblait tenir. Les indemnisations étaient annoncées comme quasi générales, les versements échelonnés, et la gestion présentée comme rigoureuse. Mais très vite, les premiers dysfonctionnements sont apparus. Le gel temporaire des paiements, justifié par des difficultés techniques liées aux bombardements d’institutions financières affiliées au parti, s’est prolongé. De reports en prolongations, le mécanisme s’est grippé jusqu’à l’annonce d’un gel total, à l’été 2025, sans échéance claire de reprise.

Ce blocage n’est pas le fruit d’un simple retard administratif. Il révèle un déséquilibre structurel entre les engagements pris et les liquidités réellement disponibles. Les fonds annoncés, bien que conséquents, se sont avérés insuffisants face à l’ampleur des dégâts et à une gestion déficiente. Des sources concordantes font état d’un manque de contrôle effectif, ouvrant la voie à des erreurs massives, à des abus et à un gaspillage estimé à plusieurs millions de dollars.

Les dérives observées relèvent de plusieurs mécanismes. D’abord, un gonflement artificiel de certaines indemnisations, avec des montants doublés sans justification proportionnelle aux dégâts. Ensuite, des évaluations de terrain incohérentes, où des dommages mineurs ont parfois été surévalués, tandis que des pertes lourdes étaient sous-compensées. Enfin, des cas plus graves encore, où des logements inexistants auraient été enregistrés comme détruits, permettant l’attribution indue de fonds. À cela s’ajoute la réaffectation d’une partie des ressources vers d’autres priorités internes, liées aux impératifs militaires et organisationnels du mouvement.

Absence de perspectives

Les conséquences sociales sont immédiates. Près d’un sinistré sur dix se retrouve exclu de fait du système d’indemnisation. Certains n’ont pas pu encaisser leurs chèques avant les gels successifs et ont perdu tout accès aux paiements. D’autres, étranglés par les loyers, les dettes et l’absence de perspectives, ont eu recours à un marché parallèle : leurs chèques ont été revendus avec des décotes importantes, sacrifiant une partie de l’aide promise pour obtenir des liquidités immédiates. Cette économie informelle de la détresse illustre l’effritement du pacte implicite entre le parti et sa base.

Face à la montée des critiques, le Hezbollah a lancé une enquête interne. Officiellement, il s’agit d’identifier des « erreurs » inévitables dans un projet mené dans l’urgence et sous pression. En interne, toutefois, l’ampleur des écarts constatés dépasse le cadre de simples ajustements techniques. Les montants récupérés restent marginaux, et la crédibilité du dispositif est durablement entamée. La communication officielle dénonce des campagnes médiatiques hostiles, tout en promettant une reprise future des paiements, sans calendrier précis.

Cette crise financière intervient dans un contexte géopolitique défavorable. Le Hezbollah ne peut plus compter sur la profondeur stratégique qu’offrait la Syrie, bouleversée par la chute de son régime fin 2024. Son parrain iranien traverse, lui aussi, une phase d’instabilité aiguë, marquée par des contestations internes et une pression internationale accrue. Les frappes israéliennes, quasi quotidiennes dans certaines zones, compliquent toute tentative de reconstruction et maintiennent un climat d’insécurité chronique.

Dans ce paysage, la relation avec l’État libanais devient centrale. Le parti attend de connaître précisément la part que les institutions publiques, soutenues par des financements internationaux, prendront en charge dans la reconstruction des infrastructures. Cette clarification conditionne sa propre implication financière future. Mais elle révèle aussi une réalité plus large : même un acteur aussi structuré que le Hezbollah ne peut durablement se substituer à un État absent, surtout lorsque ses propres ressources se contractent.

À moyen terme, le mouvement envisage de revoir son mécanisme d’indemnisation : versements trimestriels, contrôles renforcés, nouvelles évaluations et commissions de recours. Ces ajustements techniques, nécessaires, ne suffiront toutefois pas à restaurer la confiance érodée. Car la crise actuelle n’est pas seulement budgétaire. Elle touche au cœur du récit politique du Hezbollah : celui d’un acteur capable de protéger, soutenir et reconstruire sa communauté face aux chocs régionaux.

Aujourd’hui, ce récit vacille. Pour de nombreux sinistrés, l’indemnisation n’apparaît plus comme un droit garanti, mais comme une promesse incertaine, suspendue aux aléas financiers et géopolitiques. Dans un Liban fragmenté, où l’autorité de l’État reste faible, cette perte de confiance pourrait avoir des effets durables, bien au-delà des zones détruites. Elle interroge la capacité du Hezbollah à maintenir son rôle social dans un environnement régional de plus en plus contraint, et pose une question centrale : jusqu’où un acteur non étatique peut-il porter seul le poids de la reconstruction, sans en payer le prix politique.

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L’adieu à Albert Bourgi https://mondafrique.com/confidentiels/afrique/ladieu-a-albert-bourgi/ Sat, 17 Jan 2026 15:43:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145536 Il y avait foule, ce vendredi 16 septembre, au cimetière du Père-Lachaise, à Paris, pour rendre hommage au juriste Albert Bourgi. Un lieu de mémoire pour cet homme qui en portait tant, franco-sénégalais d’origine libanaise, authentique « boy Dakar » ayant grandi dans le quartier du Plateau, perclus d’architecture coloniale, centre névralgique et cœur historique […]

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Il y avait foule, ce vendredi 16 septembre, au cimetière du Père-Lachaise, à Paris, pour rendre hommage au juriste Albert Bourgi. Un lieu de mémoire pour cet homme qui en portait tant, franco-sénégalais d’origine libanaise, authentique « boy Dakar » ayant grandi dans le quartier du Plateau, perclus d’architecture coloniale, centre névralgique et cœur historique du poumon culturel de l’Afrique de l’Ouest.

Frère aîné de Robert Bourgi – l’avocat de la Françafrique, héritier des réseaux Foccart – il avait épousé une trajectoire inverse de celle de son cadet : à Robert, la fidélité au gaullisme, aux réseaux affairistes du RPR puis de l’UMP, de Chirac à Sarkozy ; à Albert, les indéfectibles amitiés issues d’un camp progressiste, parfois sculptées au sein de la Fédération des étudiants d’Afrique noire de France (FEANF), où militait un certain Alpha Condé.

L’ex-président guinéen, aîné putatif de cœur de la fratrie Bourgi, renversé par un coup d’État adoubé par la France et les États-Unis, n’avait pas pu faire le voyage. Pas davantage que ses autres frères d’armes, Laurent Gbagbo, représenté au Père-Lachaise par une délégation menée par son avocate Habiba Touré, ou Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), décédé en janvier 2022 après avoir été, lui aussi, lâché deux ans plus tôt par Paris au profit d’une junte militaire.

Car le combat d’Albert Bourgi, c’était aussi celui-là : se battre au profit d’un partenariat renouvelé, équitable et apaisé entre Paris et ses anciennes colonies, à l’heure où des Don Quichotte d’opérette pointaient du doigt une Françafrique en soins palliatifs, sous curatelle et pavillon américain depuis la chute du mur de Berlin.

Il y avait au Père-Lachaise d’autres vieux compagnons et fidèles d’Albert, entourant de leurs hommages chaleureux son fils Renaud et sa fille Cécile, filleule d’Alpha Condé : parmi eux, le juriste sénégalais Doudou Diène, la journaliste franco-rwandaise Madeleine Mukamabano, sans oublier la famille d’Amath Dansokho, son autre « frère » progressiste, décédé en 2019.

Son fils Alcaly Dansokho avait ramené une bouteille de sable prélevé sur la plage jouxtant l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, afin que ses proches en déposent une poignée symbolique sur son cercueil.

Qu’ainsi la terre lui soit plus légère.

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Liban, les banques sur le banc des accusés ! https://mondafrique.com/moyen-orient/liban-les-banques-sur-le-banc-des-accuses/ Wed, 24 Dec 2025 08:04:37 +0000 https://mondafrique.com/?p=144397 Présentée comme une loi de restructuration, la Gap Law organise en réalité une liquidation méthodique du secteur bancaire libanais. Derrière des mécanismes techniques complexes — hiérarchie des pertes, assainissement des bilans, recapitalisation — se cache un choix politique clair : sacrifier les banques pour solder une crise publique que l’État refuse d’assumer. Ce texte ne […]

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Présentée comme une loi de restructuration, la Gap Law organise en réalité une liquidation méthodique du secteur bancaire libanais. Derrière des mécanismes techniques complexes — hiérarchie des pertes, assainissement des bilans, recapitalisation — se cache un choix politique clair : sacrifier les banques pour solder une crise publique que l’État refuse d’assumer.

Ce texte ne réforme pas le système bancaire. Il en programme l’effondrement.

Les banques, un bouc émissaire

Dans toute économie moderne, le secteur bancaire remplit une fonction essentielle :

collecter l’épargne, financer l’investissement, assurer la circulation du crédit. Sans banques solides, il n’y a ni croissance, ni création d’emplois, ni relance durable.

Au Liban, les banques ont joué — parfois à l’excès — le rôle de financeur de l’État, dans un cadre réglementaire et prudentiel défini par la Banque du Liban et validé par les autorités publiques. Elles n’ont pas fixé la politique budgétaire, ni décidé du défaut souverain, ni imposé les choix monétaires destructeurs.

Pourtant, la Gap Law les désigne comme premier absorbant des pertes, avant même toute contribution réelle de l’État.

Une hiérarchie des pertes 

Techniquement, la Gap Law applique une hiérarchie classique : actionnaires, puis banques, puis déposants.

Politiquement, elle en détourne l’esprit.

Le texte prévoit l’anéantissement quasi total des fonds propres bancaires, sans distinction sérieuse entre établissements viables et non viables. Cette approche globale ignore volontairement la diversité des situations bilancielles et empêche toute restructuration sélective.

En pratique, cela signifie :

                  • une destruction généralisée des capitaux,

                  • un effacement des actionnaires,

                  • un affaiblissement irréversible des bilans.

Une telle approche peut se concevoir dans un cadre ordonné, avec un État qui recapitalise ensuite le système. Or, ici, aucun mécanisme crédible de recapitalisation n’est prévu.

La recapitalisation : une fiction juridique

La Gap Law exige des banques qu’elles se recapitalisent… après qu’elles ont anéanti leurs fonds propres. Cette exigence est, économiquement, absurde.

Quel investisseur rationnel accepterait d’injecter des capitaux dans un système où :

                  • les règles peuvent être modifiées rétroactivement ?

                  • les dépôts peuvent être convertis par la loi ?

                  • l’État refuse d’assumer ses engagements ?

                  • la Banque centrale n’est pas tenue de couvrir ses pertes ?

La réponse est simple : aucun.

Politiquement, cette contradiction révèle la véritable finalité du texte : il ne vise pas à sauver les banques, mais à légitimer leur disparition, tout en transférant le coût final aux déposants.

Une liquidation en chaîne

La Gap Law prévoit explicitement la liquidation d’un nombre important de banques. Cette liquidation est présentée comme un processus technique, encadré, presque neutre. En réalité, elle constitue une faillite systémique organisée.

Dans un contexte où :

                  • les actifs sont dévalorisés,

                  • les capitaux sont effacés,

                  • la confiance est détruite,

                  • les liquidations ne permettront pas de restituer les dépôts.

 

Elles serviront essentiellement à constater juridiquement des pertes déjà subies.

Techniquement, la liquidation bancaire dans un environnement de crise systémique ne protège jamais les déposants.

Politiquement, elle permet à l’État et à la Banque centrale de se dégager de toute responsabilité directe.j

 

La Banque du Liban : arbitre et partie

La Gap Law confère à la Banque du Liban un rôle central : supervision, validation, liquidation, émission de titres, gestion des actifs.

Or, la Banque du Liban est au cœur même du déséquilibre financier. Elle n’est ni un acteur neutre, ni un arbitre extérieur. Lui confier la gestion de la liquidation du secteur bancaire revient à lui permettre de gérer les conséquences de ses propres choix, sans mécanisme réel de reddition des comptes.

D’un point de vue politique, cela pose un problème majeur de gouvernance.

D’un point de vue technique, cela fragilise toute crédibilité du processus.

 

Destruction du crédit, explosion du cash

Les conséquences macroéconomiques de la Gap Law sont lourdes et prévisibles.

Sans banques solides :

                  • le crédit disparaît,

                  • l’investissement s’effondre,

                  • l’économie se replie sur le cash.

Le Liban connaît déjà une expansion massive de l’économie informelle. La Gap Law l’institutionnalise. En détruisant l’intermédiation bancaire, elle condamne le pays à une économie de survie, sans financement structuré, sans visibilité et sans croissance.

Aucune économie libérale ne s’est reconstruite sans système bancaire fonctionnel. Aucune.

Un choix politique déguisé en réforme technique

Il serait erroné de lire la Gap Law comme un texte purement technique. C’est un choix politique assumé, maquillé en ingénierie financière.

Ce choix est le suivant :

                  • préserver l’État de toute restructuration profonde,

                  • préserver ses dépenses et ses privilèges,

                  • sacrifier un secteur privé déjà fragilisé,

                  • faire porter l’échec public sur l’épargne.

 

Les banques deviennent ainsi le bouc émissaire idéal : visibles, impopulaires, incapables de se défendre politiquement.

Défendre les banques, c’est défendre les déposants

Dans le débat public, défendre les banques est souvent présenté comme une position indéfendable. C’est une erreur grave.

Sans banques :

                  • il n’y a pas de dépôts,

                  • il n’y a pas de crédit,

                  • il n’y a pas de relance.

La protection des déposants passe nécessairement par la préservation d’un secteur bancaire viable, restructuré intelligemment, recapitalisé de manière crédible et inscrit dans un cadre juridique stable.

La Gap Law fait exactement l’inverse.

Une loi de liquidation

Techniquement incohérente et politiquement biaisée, la Gap Law ne prépare pas la reconstruction du système bancaire libanais. Elle en organise la disparition.

En détruisant les banques, elle détruit l’épargne.

En détruisant l’épargne, elle détruit la confiance.

Et sans confiance, aucune économie ne se relève.

La Gap Law n’est pas une réforme bancaire. C’est une loi de liquidation politique du marché financier.

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