Israël - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/israel/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Wed, 04 Mar 2026 12:29:55 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.1 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg Israël - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/israel/ 32 32 Frappes en Iran : le choix risqué de Donald Trump https://mondafrique.com/moyen-orient/frappes-en-iran-le-choix-risque-de-donald-trump/ https://mondafrique.com/moyen-orient/frappes-en-iran-le-choix-risque-de-donald-trump/#respond Wed, 04 Mar 2026 08:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=148018 Les frappes aériennes menées par les États-Unis en coordination avec Israël en Iran surviennent à un moment où Donald Trump, qui avait pourtant promis lors de sa dernière campagne électorale qu’il n’engagerait pas son armée sur des théâtres lointains, fait face à une pression politique croissante liée aux révélations qui s’enchaînent dans l’affaire Epstein. En […]

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Les frappes aériennes menées par les États-Unis en coordination avec Israël en Iran surviennent à un moment où Donald Trump, qui avait pourtant promis lors de sa dernière campagne électorale qu’il n’engagerait pas son armée sur des théâtres lointains, fait face à une pression politique croissante liée aux révélations qui s’enchaînent dans l’affaire Epstein. En cas d’enlisement et de pertes importantes dans les rangs de l’armée, le Parti républicain pourrait, lors des élections de mi-mandat, être sanctionné par ses sympathisants. Le décryptage de nos excellents confrères du site The Conversation.

L’embrasement militaire contre l’Iran a eu l’effet d’un électrochoc politique à Washington, offrant à Donald Trump une échappatoire spectaculaire au moment précis où la pression judiciaire et parlementaire menaçait de l’encercler.

Au lendemain des auditions successives de Bill Clinton et de Hillary Clinton devant une commission de la Chambre des représentants consacrée, à l’affaire Epstein les 26 et 27 février, l’exécutif états-unien apparaissait fragilisé par une séquence politique défavorable. Plusieurs responsables du Parti démocrate venaient de réclamer l’audition du président lui-même, estimant que les éléments révélés au cours de ces dépositions justifiaient l’extension de l’enquête. La réapparition dans l’espace public de la question des cinquante-trois pages manquantes d’un ancien dossier judiciaire, impliquant l’accusation formulée par une plaignante mineure de treize ans à l’époque des faits contre l’actuel occupant de la Maison-Blanche, accentuait encore la vulnérabilité politique de la présidence, malgré l’absence de conclusion judiciaire définitive.

C’est dans ce contexte de tension intérieure maximale que, quelques heures après la déposition de Bill Clinton, Trump s’est adressé à ses concitoyens pour les informer du début de l’opération « Epic Fury » contre des cibles iraniennes.

Trump se pose en libérateur du peuple iranien

La soudaineté de l’opération a immédiatement déplacé l’attention médiatique et politique vers le registre stratégique et militaire. La concomitance entre la séquence des auditions parlementaires et l’engagement armé a nourri les interrogations sur l’articulation entre politique intérieure et action extérieure.

Le discours prononcé par Donald Trump le 28 février au matin constitue le pivot de cette reconfiguration.

Le président y présente l’opération non comme une démonstration de force, mais comme une entreprise morale visant à « rendre la liberté » au peuple iranien. La rhétorique mobilisée insiste presque exclusivement sur des valeurs positives : liberté, dignité, sécurité des populations civiles, avenir démocratique. En décrivant la mission comme « noble », il ajoute à la logique géopolitique une justification éthique, se positionnant explicitement en protecteur d’un peuple décrit comme victime de l’oppression de ses dirigeants. Cette construction discursive transforme l’intervention militaire en geste de libération, inscrivant « Epic Fury » dans une tradition messianique de politique étrangère où les États-Unis se perçoivent comme porteurs de principes universels et d’une responsabilité particulière en matière de défense des droits fondamentaux de par le monde.

L’insistance sur la libération de l’oppression iranienne constitue le cœur de la nouvelle posture présidentielle. Donald Trump évoque à plusieurs reprises le « droit du peuple iranien à vivre libre », reprenant un vocabulaire rarement associé jusque-là à sa propre doctrine. Il affirme vouloir « ouvrir une ère nouvelle » pour la région, suggérant que l’action militaire pourrait provoquer une transformation politique interne en Iran.

Cette vision, qui fait de l’usage de la force un instrument de délivrance, vise à légitimer l’opération auprès de l’opinion internationale tout en redéfinissant l’image du président sur la scène intérieure. En se posant comme le défenseur d’une population étrangère contre le propre régime de celle-ci, il endosse un rôle de libérateur qui transcende les clivages partisans américains et mobilise un imaginaire politique puissant, fondé sur la promesse d’émancipation et de renouveau historique.

Une place dans l’Histoire ?

Un autre aspect central du discours réside dans la volonté affichée de « faire l’histoire ». Trump inscrit explicitement son action dans une perspective mémorielle, affirmant que cette intervention sera jugée par les générations futures comme un tournant décisif.

Cette projection dans le temps long répond à une logique de présidentialisation du récit national : en se plaçant dans la lignée des dirigeants qui auraient redéfini l’ordre international, il cherche à transformer une décision conjoncturelle en moment fondateur.

La référence implicite aux grandes interventions américaines passées suggère une ambition de marquer durablement la politique étrangère des États-Unis et d’inscrire son mandat dans une chronologie héroïsée. Dans cette optique, la libération supposée du peuple iranien devient non seulement un objectif stratégique, mais aussi un instrument de construction d’une mémoire présidentielle destinée à survivre aux controverses du présent.

Un calcul de politique intérieure

Enfin, cette séquence peut également être interprétée comme une stratégie de communication visant à restaurer une image affaiblie et à préparer les échéances électorales de mi-mandat prévues en novembre.

En déplaçant le débat national vers la sécurité internationale et en adoptant la posture du chef de guerre humanitaire, Donald Trump pourrait chercher à recomposer une coalition électorale autour du patriotisme et du leadership présidentiel. La mise en scène d’une intervention présentée comme libératrice permet de marginaliser les controverses intérieures et de substituer au récit de la fragilité politique celui de la détermination historique. Dans cette perspective, la guerre en Iran ne serait pas seulement un épisode géopolitique, mais aussi un levier destiné à redorer le blason du locataire de la Maison-Blanche et à influencer le rapport de forces électoral à l’approche des élections de mi-mandat.

En effet, l’offensive contre l’Iran intervient en effet à un moment particulièrement sensible du calendrier politique aux États-Unis. En novembre prochain, les élections de mi-mandat détermineront l’équilibre du pouvoir au Congrès pour la seconde moitié du mandat présidentiel. En déclenchant une opération militaire d’ampleur sans autorisation préalable du Congrès, Donald Trump s’expose à une double contestation, institutionnelle et électorale. Plusieurs élus démocrates dénoncent une violation du War Powers Act, estimant que le président n’a pas le droit d’engager le pays dans un conflit sans l’accord du Congrès.

La controverse est renforcée par l’absence perçue d’une menace immédiate justifiant une action préventive, ce qui alimente l’idée d’une guerre de choix plutôt que d’une guerre de nécessité.

Dans ce contexte, l’opération iranienne pourrait devenir un enjeu central de la campagne de mi-mandat, les démocrates cherchant à transformer la question de la légalité et du contrôle parlementaire en argument électoral majeur contre l’administration.

Ralliement autour du drapeau ou rejet d’une intervention qui n’était pas indispensable ?

Sur le plan de l’opinion publique, les premiers indicateurs apparaissent ambivalents et potentiellement dangereux pour la majorité présidentielle. En effet, les conflits extérieurs peuvent produire un effet de ralliement patriotique à court terme, mais ils deviennent rapidement coûteux électoralement lorsque les pertes humaines s’accumulent sans victoire décisive. Trois militaires américains ont déjà été tués depuis le début de l’opération, et la perspective d’un nombre élevé de pertes constitue un facteur susceptible d’éroder le soutien à l’intervention et de fragiliser les candidats républicains dans les circonscriptions les plus disputées.

Si le conflit devait s’enliser ou provoquer une escalade régionale entraînant des attaques meurtrières contre des forces américaines, dont des dizaines de milliers se trouvent actuellement au Proche-Orient, le calcul politique initial pourrait se retourner contre le président. Les pertes militaires renforceraient la position de ceux qui reprochent à l’exécutif d’avoir engagé la vie de soldats sans débat national préalable. Pour les démocrates, l’argument serait stratégique : faire de la crise iranienne le symbole d’une présidence imprudente et d’un contournement des procédures constitutionnelles, afin de mobiliser un électorat inquiet d’un retour à des guerres longues et coûteuses au Moyen-Orient.

Dès lors, les élections de mi-mandat apparaissent comme un test politique indirect de la guerre elle-même. Une défaite républicaine serait interprétée comme une sanction populaire de la décision d’entrer en conflit, tandis qu’un succès pourrait être présenté par la Maison-Blanche comme une validation de la posture de fermeté adoptée face à Téhéran. Le pari de Donald Trump consiste donc à obtenir des résultats stratégiques rapides – ou du moins une perception de succès – avant que la dynamique électorale ne cristallise les critiques. À défaut, l’intervention en Iran pourrait devenir non pas un instrument de consolidation du pouvoir présidentiel, mais le catalyseur d’un rééquilibrage institutionnel imposé par les urnes.

 

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La Tunisie impuissante face à l’embrasement du Proche Orient https://mondafrique.com/international/la-tunisie-impuissante-face-a-lembrasement-du-proche-orient/ https://mondafrique.com/international/la-tunisie-impuissante-face-a-lembrasement-du-proche-orient/#respond Wed, 04 Mar 2026 05:25:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=148010 La modération de la réaction tunisienne à la guerre déclenchée contre l’Iran par Israël et les États-Unis sonne comme l’amorce d’une soumission aux nouveaux équilibres régionaux. Par Selim Jaziri Le temps des postures anti-impérialistes est terminé. La concrétisation des menaces israélo-américaines contre le régime iranien contraint la diplomatie tunisienne à un brutal retour aux réalités. […]

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La modération de la réaction tunisienne à la guerre déclenchée contre l’Iran par Israël et les États-Unis sonne comme l’amorce d’une soumission aux nouveaux équilibres régionaux.

Par Selim Jaziri

Le temps des postures anti-impérialistes est terminé. La concrétisation des menaces israélo-américaines contre le régime iranien contraint la diplomatie tunisienne à un brutal retour aux réalités. Le communiqué du ministère des Affaires étrangères du 1er mars, au lendemain du lancement de la campagne de bombardements contre l’Iran et de la réplique iranienne, est particulièrement révélateur.

La diplomatie tunisienne y fait état de sa « profonde préoccupation et [de sa] vive inquiétude » face à la « dangereuse escalade militaire ». Elle condamne « toute agression contre le territoire de tout État », s’alarme des risques d’un « élargissement du conflit » pour « la sécurité et la paix régionales et internationales » et proclame « son rejet absolu de toute atteinte au territoire de pays arabes frères », faisant part de sa « pleine solidarité avec l’Arabie Saoudite, le Koweït, le Qatar, Bahreïn, les Émirats Arabes Unis, la Jordanie et l’Irak », au nom de la « fraternité arabe et islamique ».

Un alignement à demi-mots

Pour la forme, Tunis pose quelques principes : « droit international », « règlement pacifique des différends », cessation des « opérations militaires », « sagesse », « retour à la table des négociations ». Des vœux pieux dénués de toute capacité d’en imposer aux belligérants ou de mobiliser d’autres puissances. Qui a amorcé l’escalade ? Quelle était la cible initiale ? Quid des victimes ? Quelles étaient les cibles sur le territoire des pays arabes ? Une guerre sans responsables, ni victimes, une simple fatalité mécanique. Aucune indignation, aucune condamnation de l’agression israélienne. Le communiqué réussit le tour de force de s’exprimer sur cette nouvelle guerre sans prononcer les mots « Israël » (ou « entité sioniste »), « Iran », « États-Unis », « bases américaines », « victimes civiles », «condoléances », sans même parler de « Ali Khamenei »… Une telle position n’est ni plus ni moins qu’un alignement à demi-mots, une soumission aux nouveaux rapports de force.

Lors des bombardements israéliens de l’Iran en juin, Tunis avait été moins ambigüe dans sa dénonciation : « cette atteinte à sa souveraineté et à sa sécurité est une violation flagrante de la charte des Nations unies et de toutes les lois et coutumes internationales ». Cette fois, le ton est bien plus mesuré.

Nouvelle donne régionale

Sous la présidence de Kaïs Saïed, Tunis avait amorcé un rapprochement remarqué avec Téhéran dont le signe le plus tangible a été le déplacement du chef de l’État en Iran à l’occasion du décès du président iranien Ebrahim Raïssi dans un crash d’hélicoptère, en mai 2024. La presse d’État triomphait alors : « Kaïs Saïed enterre le sionisme mondial à Téhéran », « Saïed met fin à quarante ans de Tunisie atlantiste ». Le 10 septembre 2025, Abbas Araghchi, le chef de la diplomatie iranienne, a fait le déplacement à Tunis. Entre-temps, les deux pays avaient amorcé en mai 2025 une coopération technologique dans le domaine de l’intelligence artificielle. Ces élans et ces amabilités ne sont plus de saison.

La direction prise par l’état des rapports de force régionaux est désormais claire : Israël n’a payé aucun prix pour le génocide à Gaza, l’accélération de l’annexion et de la colonisation de Cisjordanie et les bombardements au Liban, en Syrie, au Qatar, au Yémen. L’appui américain sans faille lui garantit une impunité totale. Les monarchies du Golfe et le Maroc coopèrent avec Israël et les États-Unis. L’Union européenne suit le mouvement. Les Nations Unies sont hors jeu. Quant aux BRICS, leurs relations commerciales avec Israël tempèrent les ardeurs de la plupart des pays du « Sud global » dans la dénonciation du génocide à Gaza.

L’espoir caressé par Kaïs Saïed de diversifier les alliances et d’équilibrer la dépendance à l’égard des pays occidentaux par le renforcement de ses liens avec la Chine et avec l’Iran a fait long feu. Même si le régime iranien parvient à négocier sa survie, l’Iran sera infréquentable et une coopération irano-tunisienne ne pourra plus offrir la moindre ressource diplomatique à la Tunisie. Le régime de Kaïs Saïed, de plus en plus isolé, n’a plus l’espace géopolitique pour se frayer une voie singulière et il doit s’ajuster aux nouvelles réalités s’il veut être épargné par de futures pressions américaines une fois la nouvelle situation régionale stabilisée.

Tunis au diapason d’Alger

L’appui d’Alger ne lui sera d’aucun secours. La position tunisienne sur cette nouvelle escalade au Proche-Orient est en réalité la copie conforme de la position algérienne. Après s’être contenté de déplorer l’échec des négociations menées au Sultanat d’Oman et l’escalade, la diplomatie algérienne a finalement proclamé sa solidarité avec les pays arabes… Et oublié au passage ses griefs à l’encontre des Émirats arabes unis que le président Tebboune qualifiait pourtant, en juillet 2025, de « micro-État », d’« État artificiel », de « nain », d’« entité hybride, dépourvue d’origine et de souveraineté », de « fabrique du mal et de la discorde », d’« usine à sédition et à dissémination de toxines idéologiques »… La « fraternité arabe » avait ses limites.

L’Algérie n’a plus les moyens de maintenir une ligne dissidente. Cette faiblesse est apparue clairement lors de son adhésion au cadre de négociation défini par le Maroc sur le dossier sahraoui. La presse marocaine jubile avec une certaine férocité, à l’instar du site « le360 » proche du Palais qui se réjouit de voir l’Algérie « orpheline du régime des Mollahs ».

Alger parvient encore à maintenir un relatif équilibre dans ses relations avec les États-Unis grâce à ses capacités de renseignement et à ses gisements de gaz de schiste. La Tunisie, elle, n’a quasiment plus aucune carte en main, à part le contrôle migratoire pour le compte de l’Europe. Elle donne un peu de profondeur stratégique à l’Algérie. La solidarité arabe reste dès lors le seul cadre protecteur pour le tandem algéro-tunisien, d’autant que l’Arabie saoudite, échaudée par la priorité donnée à Israël par la protection américaine face aux missiles iraniens et soucieuse de paraître aux yeux des opinions arabes comme le défenseur de l’État palestinien, serait le seul atout de puissance face à une domination américaine et israélienne totale sur la région.

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L’Iran appelle, le Hezbollah répond, et le Liban paie le prix https://mondafrique.com/moyen-orient/liban-letat-face-au-defi-ultime-du-hezbollah/ https://mondafrique.com/moyen-orient/liban-letat-face-au-defi-ultime-du-hezbollah/#respond Tue, 03 Mar 2026 08:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147954 Cet article L’Iran appelle, le Hezbollah répond, et le Liban paie le prix est apparu en premier sur Mondafrique.

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En soutien à l’Iran, après la mort du Guide suprême Ali Khamenei dans des frappes américano-israéliennes, le Hezbollah a relancé les hostilités contre Israël. La riposte a été immédiate. Beyrouth tente désormais de reprendre la main, sans garantie de pouvoir imposer son autorité.

Dans la nuit de dimanche à lundi, le Hezbollah a lancé une série de projectiles en direction d’Israël, revendiquant une action présentée comme une « vengeance » après la mort d’Ali Khamenei, tué dans les premières heures d’une campagne de bombardements américano-israélienne contre la République islamique. Une roquette a été interceptée au sud de Haïfa, d’autres sont tombées dans des zones ouvertes sans faire de victimes. Sur le plan militaire, l’attaque est restée limitée. Sur le plan politique, elle marque une rupture majeure.

Il s’agit du premier tir revendiqué depuis le cessez-le-feu de novembre 2024. En agissant explicitement en soutien à l’Iran, le Hezbollah a réinscrit le Liban dans une confrontation régionale dont le centre de gravité se situe à Téhéran. Le message est clair : l’organisation demeure arrimée à l’axe iranien et prête à agir en fonction de ses développements stratégiques.

La riposte israélienne a été immédiate et massive. Des frappes ont visé la banlieue sud de Beyrouth, plusieurs localités du Sud-Liban ainsi que des zones de la Békaa. Selon le ministère de la Santé, le bilan provisoire fait état de 31 morts et 149 blessés. L’armée israélienne affirme avoir ciblé des infrastructures liées au Hezbollah et avoir éliminé Hussein Moukalled, présenté comme chef des services de renseignement du mouvement.

Dans les heures qui ont suivi, la panique a gagné le pays. Des habitants du Sud et de la Békaa ont pris la route vers le Nord et des zones perçues comme plus sûres. La banlieue sud de Beyrouth s’est vidée en partie. Les axes reliant le Sud à la Békaa ont été saturés. Le réflexe est désormais connu : à chaque séquence d’escalade, la population anticipe le pire.

C’est dans ce contexte que le gouvernement libanais s’est réuni en urgence. À l’issue du Conseil des ministres, le Premier ministre Nawaf Salam a annoncé l’interdiction immédiate de toutes les activités militaires et sécuritaires du Hezbollah sur le territoire libanais et exigé la remise de ses armes à l’État. « La décision de guerre et de paix relève uniquement de l’État », a-t-il déclaré, appelant également à la reprise de négociations sous parrainage international et à un engagement israélien à cesser les hostilités.

Du front iranien au territoire libanais

Sur le plan institutionnel, la déclaration est lourde de sens. Elle constitue une tentative explicite de réaffirmer le monopole étatique de la violence légitime, principe inscrit dans toute architecture étatique moderne. Elle vise aussi à envoyer un signal extérieur : l’État libanais ne se confond pas avec le Hezbollah.

Reste la question décisive : que peut réellement appliquer le gouvernement ?

Le Hezbollah demeure une organisation armée structurée et implantée. Selon les estimations du centre israélien Alma Research and Education Center, il disposerait encore d’environ 25 000 roquettes et missiles, principalement à courte et moyenne portée, avec une capacité de tir de plusieurs dizaines de projectiles par jour. S’y ajouteraient des armements plus sophistiqués en nombre plus restreint. Le groupe posséderait également environ 1 000 drones kamikazes, même si l’ampleur exacte de ses capacités dans ce domaine reste difficile à établir.

L’Institute for the Study of War estime que, malgré les destructions subies lors de la guerre de 2024, le Hezbollah a reconstitué au moins une partie significative de ses stocks d’avant-guerre. Sur le plan humain, les estimations évoquent entre 40 000 et 50 000 combattants actifs, auxquels s’ajoutent des réservistes.

Il est vrai que la guerre de 2024 et les éliminations ciblées ont fragilisé sa chaîne de commandement. Plusieurs cadres ont été tués, et des tensions internes sont évoquées. Mais affaibli ne signifie pas neutralisé. Le mouvement conserve des capacités de frappe réelles et une implantation territoriale et sociale profonde.

La géographie militaire a cependant évolué. Le déploiement d’environ 10 000 soldats de l’armée libanaise au sud du Litani a contraint le Hezbollah à réduire sa présence visible dans la zone frontalière. Une partie de ses capacités aurait été redéployée au nord du Litani et dans la Békaa. Cette configuration limite certains scénarios d’infiltration terrestre directe, mais elle n’empêche pas des frappes à distance.

L’Iran demeure, par ailleurs, un acteur central de cette équation. Malgré les sanctions et les pressions internationales, des flux financiers et logistiques continueraient d’alimenter le Hezbollah. Des membres des Gardiens de la Révolution islamique et de la Force Qods seraient impliqués dans l’assistance technique et la formation. La mort d’Ali Khamenei ouvre une période d’incertitude stratégique, mais elle ne signifie pas nécessairement un désengagement.

Souveraineté proclamée, rapport de force incertain

Dans ce contexte, exiger le désarmement du Hezbollah revient à poser un acte politique fort, mais dont l’application suppose un rapport de force. L’armée libanaise peut-elle engager un processus de désarmement effectif sans risquer une confrontation interne ? Peut-elle, seule, imposer une décision à une organisation qui dispose d’armements significatifs et d’un soutien externe ?

À l’inverse, ne rien tenter reviendrait à entériner une dualité durable des armes. La déclaration gouvernementale vise donc autant l’intérieur que l’extérieur. Elle cherche à redéfinir la responsabilité. En affirmant que la décision de guerre relève exclusivement de l’État, Beyrouth tente de dissocier le Liban institutionnel de l’initiative du Hezbollah.

Cette « distance » pourrait-elle influencer la conduite des frappes israéliennes ? La question est centrale. Israël distingue-t-il strictement les infrastructures du Hezbollah de celles de l’État libanais ? L’expérience des cycles précédents montre que les lignes peuvent rapidement se brouiller. Pourtant, si la communauté internationale perçoit une volonté claire de l’État libanais de contenir et d’encadrer la situation, la pression diplomatique pourrait s’accentuer pour préserver les infrastructures vitales du pays.

L’aéroport international de Beyrouth demeure le principal point d’entrée et de sortie du territoire. Le port constitue un maillon essentiel d’une économie déjà exsangue. Toute atteinte majeure à ces infrastructures aurait des conséquences systémiques. La tentative du gouvernement de se démarquer des choix militaires du Hezbollah vise aussi à protéger ces leviers stratégiques.

En choisissant d’ouvrir le front en soutien à l’Iran, le Hezbollah a pris une décision unilatérale dont les répercussions dépassent largement son propre appareil. Le Liban, État fragilisé par des crises successives, se retrouve de nouveau exposé à une escalade régionale.

L’enjeu dépasse la séquence actuelle. Il touche à la définition même de la souveraineté. Qui décide de la guerre au Liban ? Tant que cette question restera disputée, chaque crise régionale comportera le risque d’un embrasement local.

La déclaration du gouvernement marque peut-être un tournant symbolique. Elle affirme un principe clair et envoie un message politique sans ambiguïté. Mais sa portée dépendra de sa traduction concrète. Entre la volonté affichée et la capacité réelle, l’écart peut être considérable.

Dans l’immédiat, le pays retient son souffle. Les routes encombrées, les frappes nocturnes et les bilans humains rappellent une réalité que les Libanais connaissent trop bien. La guerre ne se décide pas seulement à Beyrouth. Elle se joue aussi dans les calculs régionaux. Et le Liban, une fois encore, se trouve à l’intersection de ces lignes de fracture.

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La CIA a localisé Khamenei avant l’opération « Epic Fury » https://mondafrique.com/moyen-orient/comment-la-cia-a-localise-khamenei-avant-loperation-epic-fury/ https://mondafrique.com/moyen-orient/comment-la-cia-a-localise-khamenei-avant-loperation-epic-fury/#respond Mon, 02 Mar 2026 08:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147933 Après des mois de surveillance, la CIA a exploité une réunion stratégique à Téhéran pour permettre aux forces américaines et israéliennes d’éliminer Ali Khamenei. Retour sur une opération fondée sur le renseignement et ses répercussions militaires régionales immédiates majeures actuelles.   La mort d’Ali Khamenei, chef de l’État et figure centrale du pouvoir iranien, dans […]

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Après des mois de surveillance, la CIA a exploité une réunion stratégique à Téhéran pour permettre aux forces américaines et israéliennes d’éliminer Ali Khamenei. Retour sur une opération fondée sur le renseignement et ses répercussions militaires régionales immédiates majeures actuelles.

 

La mort d’Ali Khamenei, chef de l’État et figure centrale du pouvoir iranien, dans une frappe combinée des forces américaines et israéliennes a précipité le Moyen-Orient dans une crise d’une intensité rarement vue depuis des décennies. Le déroulé de l’opération dite « Epic Fury » met en lumière non seulement des mois de travail de renseignement intenses, mais aussi une escalade immédiate et étendue de la riposte iranienne.

Selon des sources proches de l’opération rapportées par The New York Times, la Central Intelligence Agency (CIA) traquait les habitudes du guide suprême depuis plusieurs mois, accumulant des informations sur ses lieux de résidence, ses déplacements et ses cercles de décision. Cette persévérance a fini par porter ses fruits lorsqu’elle a intercepté une information cruciale : une réunion de haut niveau devait se tenir samedi matin dans un complexe officiel au cœur de Téhéran, et Khamenei y serait présent.  

Dans le contexte militaire classique, une attaque de ce type aurait été planifiée de nuit pour maximiser le facteur de surprise et minimiser l’exposition des forces frappantes. Toutefois, la confirmation de la présence du dirigeant iranien au rendez-vous stratégique a poussé les planificateurs américains et israéliens à réviser leur synchronisation initiale de façon décisive. La frappe a finalement eu lieu à 9 h 40, heure locale, au moment même où la réunion était censée se dérouler, utilisant des capacités de missiles air-sol à longue portée dont les caractéristiques exactes n’ont pas été rendues publiques.  

Ce choix, risqué sur le plan tactique, a été motivé par une certitude opérationnelle très élevée : le renseignement indiquait que non seulement Khamenei serait présent, mais que la réunion rassemblerait également plusieurs des hauts responsables politiques et militaires du régime. Un tel rassemblement constituait une « fenêtre d’opportunité » pour frapper simultanément plusieurs têtes de l’appareil décisionnel iranien.

Une attaque diurne sans précédent

L’attaque en plein jour est notable à plusieurs égards. Elle reflète la confiance inédite des États-Unis et d’Israël dans leurs sources de renseignement et leur coordination. Plus encore, elle envoie un signal politique fort : la capacité à frapper précisément au cœur du pouvoir à Téhéran en ignorant des semaines entières d’exercices de dispersion et de sécurité renforcée déployés par les Gardiens de la Révolution et les services iraniens.

Le plan fut exécuté sans défaillance apparente. Les forces américaines et israéliennes ont mené des frappes simultanées sur un ensemble de sites ciblés à travers l’Iran, avec pour objectif de neutraliser les centres de commandement et de communication et, surtout, la figure centrale de l’État. Les gouvernements de Washington et de Tel-Aviv ont affirmé que la mort de Khamenei avait été confirmée par des sources internes.  

la CIA traquait les habitudes du guide suprême depuis plusieurs mois.

Une escalade rapide et élargie

La réaction de Téhéran fut immédiate et multidimensionnelle, attestant que la mort du guide suprême n’a pas seulement déclenché un choc politique interne, mais aussi une riposte militaire globale. Dès les premières heures suivant les frappes américaines et israéliennes, l’Iran a lancé des salves de missiles et de drones contre des bases américaines et des intérêts alliés au Moyen-Orient. Cette phase initiale de représailles visait les positions américaines dans plusieurs pays du Golfe, ainsi que certaines installations israéliennes.  

Au deuxième jour de la riposte, les capacités de tir iraniennes ont étendu leur rayon d’action. Le ministre britannique de la Défense a indiqué que l’Iran avait tiré deux missiles “en direction de Chypre”, où plusieurs bases militaires britanniques sont stationnées ; ces missiles ont été interceptés par les défenses alliées et se sont finalement abîmés en mer sans faire de victimes. Les autorités britanniques ont précisé que ces tirs — bien qu’en provenance d’Iran — n’étaient pas dirigés intentionnellement vers l’île, mais s’inscrivaient dans un large spectre de frappes balistiques et de drones lancés contre diverses cibles régionales pour élargir la pression stratégique.  

Parallèlement, des informations officielles confirment qu’une base navale française à Abou Dhabi (Émirats arabes unis) a été touchée par des tirs iraniens dans le cadre de cette campagne de représailles, entraînant un renforcement de la posture défensive française et un conseil de sécurité national exceptionnel convoqué à Paris. Emmanuel Macron, lors de ce conseil, a souligné que la protection des ressortissants français et des installations alliées au Moyen-Orient devait être prioritaire, tout en appelant à des efforts diplomatiques pour contenir l’escalade.  

En outre, l’Iran a continué à viser des intérêts américains et de leurs alliés à travers la région du Golfe, dans certains cas provoquant des pertes civiles et militaires. Des sirènes d’alerte ont retenti dans plusieurs villes israéliennes, notamment Jérusalem et Tel-Aviv, où des attaques iraniennes ont causé des victimes et des dégâts matériels, et des explosions ont été entendues près d’infrastructures civiles sensibles.  

Les implications régionales et géopolitiques

Un affrontement ouvert.

L’élimination de Khamenei et la réaction iranienne ont transformé un conflit déjà explosif en un affrontement ouvert impliquant non seulement les États-Unis et Israël, mais aussi un réseau élargi de partenaires et d’alliés. La Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne ont répondu qu’ils étaient prêts à défendre leurs intérêts régionaux, notamment face aux menaces de missiles et de drones lancés par l’Iran.  

Cette crise a également souligné la fragilité des équilibres stratégiques actuels dans le Golfe et le Levant. Elle ravive des tensions latentes autour du nucléaire iranien, de la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz, et de la sécurité des voies commerciales essentielles transitant par cette région vitale. Les marchés énergétiques internationaux ont immédiatement réagi aux perturbations, avec une forte volatilité des cours du pétrole et des inquiétudes sur l’approvisionnement global.  

Un monde au bord du précipice

L’opération « Epic Fury » restera comme un tournant stratégique majeur : la mort d’un dirigeant d’État à la suite de frappes alliées, puis une riposte militaire élargie visant des bases alliées jusqu’à proximité de Chypre et une base française à Abou Dabi. Elle révèle l’intensification de la guerre moderne où le renseignement, la coordination internationale et la vitesse d’exécution peuvent transformer en quelques heures l’équilibre géopolitique global.

Alors que les gouvernements du monde appellent à la désescalade, de nombreux observateurs craignent que cette crise ne débouche sur des semaines, voire des mois de combats régionaux, avec des implications profondes pour la sécurité collective, le droit international et la stabilité économique mondiale.  

 

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Khamenei éliminé : le Moyen-Orient au bord du basculement ? https://mondafrique.com/moyen-orient/khamenei-elimine-le-moyen-orient-au-bord-du-basculement/ https://mondafrique.com/moyen-orient/khamenei-elimine-le-moyen-orient-au-bord-du-basculement/#respond Sun, 01 Mar 2026 08:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147900 Après des frappes américano-israéliennes d’une ampleur inédite contre Téhéran et l’élimination annoncée de hauts responsables iraniens, la République islamique riposte en visant les monarchies du Golfe. La disparition d’Ali Khamenei ouvre une séquence incertaine, dangereuse et lourde de conséquences régionales. Pendant plus de trois décennies, Ali Khamenei a incarné la continuité de la République islamique […]

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Après des frappes américano-israéliennes d’une ampleur inédite contre Téhéran et l’élimination annoncée de hauts responsables iraniens, la République islamique riposte en visant les monarchies du Golfe. La disparition d’Ali Khamenei ouvre une séquence incertaine, dangereuse et lourde de conséquences régionales.

Pendant plus de trois décennies, Ali Khamenei a incarné la continuité de la République islamique d’Iran. Successeur de Ruhollah Khomeini depuis 1989, il a façonné un système où le pouvoir religieux, militaire et sécuritaire s’imbrique étroitement. À 84 ans, affaibli physiquement mais toujours central politiquement, il semblait déjà acculé ces derniers mois.

Son sermon d’octobre 2024 à Téhéran, premier bain de foule en cinq ans, avait des accents d’ultime défi. Israël « ne durera pas », affirmait-il devant des dizaines de milliers de partisans. Dix-sept mois plus tard, ces paroles résonnent différemment. Selon des déclarations publiques du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, de « nombreux signes » indiqueraient que le guide suprême « n’est plus parmi nous », sans confirmation officielle de Téhéran.

Des images satellites montrent toutefois son complexe sécurisé gravement endommagé lors des frappes américano-israéliennes. L’hypothèse d’une élimination ciblée n’est plus théorique.

L’opération « Rugissement du Lion »

L’opération israélienne baptisée « Rugissement du Lion » a visé un rassemblement de hauts responsables sécuritaires. Parmi les figures annoncées comme éliminées :

Ali Khamenei, guide suprême de la République islamique ;
Mohammad Pakpour, chef des Gardiens de la Révolution ;
Ali Shamkhani, conseiller sécuritaire du guide suprême ;
Aziz Nasirzadeh, ancien ministre de la Défense ;
– plusieurs responsables liés à l’organisation Sepand, associée au programme militaire stratégique.

La frappe a atteint le noyau dur du pouvoir iranien.  Le Corps des Gardiens de la Révolution islamique, colonne vertébrale du régime depuis 1979, perd en une seule opération plusieurs figures stratégiques de son appareil sécuritaire, ce qui ouvre une séquence d’instabilité interne majeure.

Cette stratégie de décapitation vise moins à punir qu’à provoquer un effondrement interne. Washington et Tel-Aviv n’ont jamais caché leur objectif stratégique : affaiblir durablement la République islamique, voire précipiter sa transformation.

La riposte iranienne, anarchique et démesurée

La réponse iranienne a pris la forme de frappes balistiques visant plusieurs monarchies du Golfe : Émirats arabes unis, Qatar, Arabie saoudite, Koweït, Bahreïn.

Frappe iranienne à Bahrein

Certes, ces États abritent des installations américaines stratégiques. La base d’Al-Udeid au Qatar constitue le centre névralgique du Centcom. Al Dhafra, aux Émirats, accueille des unités américaines. Bahreïn abrite la Cinquième flotte.

Mais la nature des frappes soulève des questions lourdes. À Abou Dhabi, un civil aurait été tué par des débris de missiles. À Dubaï, des explosions ont été entendues près de zones résidentielles. Au Koweït, un drone a touché l’aéroport international. À Manama, des quartiers civils ont été évacués.

Viser indistinctement des espaces urbains, même à proximité d’infrastructures militaires, revient à élargir le théâtre des opérations à des populations qui n’étaient pas parties prenantes directes du conflit.

Ces monarchies, depuis des mois, tentaient au contraire d’amortir les tensions, facilitant des canaux indirects entre Washington et Téhéran. Oman jouait un rôle de médiateur. Le Qatar maintenait des passerelles diplomatiques. L’Arabie saoudite avait amorcé un rapprochement prudent avec l’Iran.

Frappe iranienne à Dubaï

Frapper ces capitales revient à rompre les derniers fils diplomatiques encore tendus.

Une stratégie du désespoir ?

Pourquoi prendre le risque d’un embrasement régional généralisé ?

La disparition d’Ali Khamenei ne crée pas un vide neutre mais un vide stratégique. La bataille de succession s’annonce rapide et verrouillée. Les projections des services occidentaux convergent : le centre de gravité du pouvoir basculerait vers les Gardiens de la Révolution Islamique, consolidant une ligne plus militarisée et idéologiquement intransigeante.

Dans ce contexte, une riposte massive peut répondre à plusieurs logiques :

  1. Affirmer la continuité révolutionnaire : montrer que la République islamique ne plie pas malgré la perte de dirigeants.
  2. Dissuader toute tentative interne de transition modérée.
  3. Internationaliser le conflit pour forcer une médiation rapide.

Mais frapper aveuglément des zones résidentielles suggère autre chose : un pouvoir aux abois qui cherche à démontrer sa capacité de nuisance plutôt qu’à atteindre des objectifs militaires précis.

La rhétorique officielle iranienne évoque une riposte « légitime ». Pourtant, l’extension des frappes à des États tiers non belligérants directs interroge la légalité et la rationalité stratégique.

Les monarchies du Golfe face à un dilemme

Les réactions ont été immédiates. Riyad a condamné « l’agression iranienne » et évoqué toutes les options de riposte. Doha parle de violation flagrante de sa souveraineté. Abou Dhabi se réserve le droit de répondre.

Ces pays se retrouvent dans une position inconfortable. Longtemps accusés par Téhéran d’être des relais américains, ils avaient tenté ces dernières années de réduire la confrontation directe.

Une riposte militaire conjointe du Conseil de coopération du Golfe serait un changement majeur. Elle transformerait une confrontation bilatérale Israël–Iran en conflit régional ouvert.

Mais l’inaction pourrait être perçue comme une faiblesse stratégique.

Le silence des proxies 

Le fameux « axe de la résistance » paraît étonnamment silencieux. Le Hezbollah a exprimé un soutien rhétorique mais n’a pas ouvert de front massif. Hamas est militairement affaibli. Les Houthis semblent limités à des déclarations.
Cette retenue traduit peut-être l’ampleur des pertes subies ces derniers mois. Elle peut aussi signaler une fragmentation du dispositif régional construit par Khamenei.

Si l’axe ne répond pas, le mythe de sa cohésion stratégique s’effrite.

Téhéran entre peur et liesse

Des témoignages évoquent des scènes de joie nocturne dans certains quartiers de Téhéran à l’annonce possible de la disparition du guide suprême. Si elles se confirment, elles seraient révélatrices d’un pays profondément divisé.

Depuis plusieurs années, vagues de protestations, crise économique et répression sévère ont fragilisé le contrat social implicite du régime.

La mort de Khamenei pourrait ouvrir une brèche. Mais elle pourrait aussi entraîner un durcissement brutal si les Gardiens de la Révolution prennent le contrôle direct de la transition.

Trois scénarios pour la suite

  1. Succession rapide et consolidation dure
    Un successeur issu du noyau sécuritaire prend le relais. Le régime se referme, intensifie la répression interne et limite les représailles extérieures pour éviter l’effondrement.
  2. Escalade régionale incontrôlée
    Les monarchies du Golfe ripostent. Les États-Unis renforcent leur engagement. Le conflit se transforme en guerre régionale ouverte.
  3. Ouverture imprévue
    La fragilisation interne conduit à des négociations indirectes sous pression internationale. Peu probable à court terme, mais pas impossible si la population iranienne exerce une pression significative.

Une question morale et stratégique

Au-delà de l’affrontement militaire, une interrogation centrale demeure.

En frappant des États qui avaient cherché des voies de conciliation, le régime iranien a-t-il commis une erreur stratégique majeure ? Ou considère-t-il que toute neutralité dans la région est une illusion tant que des bases américaines y subsistent ?

La ligne est ténue entre riposte ciblée et punition collective. Lorsque des quartiers résidentiels sont touchés, la perception internationale bascule.

La République islamique, qui se présente comme puissance de résistance, risque d’apparaître comme un acteur prêt à embraser indistinctement des capitales civiles pour survivre.

La fin d’un équilibre brutal

Ali Khamenei a passé plus de trente ans à pratiquer un équilibre brutal : soutenir des proxies pour éviter la guerre directe, avancer le programme stratégique sans franchir ouvertement certaines lignes rouges, réprimer sans provoquer d’effondrement total.

Cet équilibre semble désormais rompu.

Le Moyen-Orient entre dans une phase où chaque décision peut produire un effet domino. Les monarchies du Golfe doivent choisir entre retenue et riposte. Israël et les États-Unis entre dissuasion et escalade. L’Iran entre radicalisation et survie.

 

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Iran-Israël-USA: le jour où la guerre a commencé https://mondafrique.com/moyen-orient/iran-israel-usa-lion-rugissant-le-jour-ou-la-guerre-a-commence/ https://mondafrique.com/moyen-orient/iran-israel-usa-lion-rugissant-le-jour-ou-la-guerre-a-commence/#respond Sat, 28 Feb 2026 13:28:46 +0000 https://mondafrique.com/?p=147871 On a longtemps spéculé. Frappera, frappera pas. Menaces, déploiements navals, rhétorique martiale. Puis, à l’aube, les frappes ont commencé. Les États-Unis et Israël ont ouvert une offensive directe contre l’Iran. En quelques heures, le Moyen-Orient a basculé dans une séquence de guerre ouverte aux conséquences imprévisibles. Pendant des semaines, l’hypothèse d’une confrontation directe entre Washington […]

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On a longtemps spéculé. Frappera, frappera pas. Menaces, déploiements navals, rhétorique martiale. Puis, à l’aube, les frappes ont commencé. Les États-Unis et Israël ont ouvert une offensive directe contre l’Iran. En quelques heures, le Moyen-Orient a basculé dans une séquence de guerre ouverte aux conséquences imprévisibles.

Iran Israël USA

Pendant des semaines, l’hypothèse d’une confrontation directe entre Washington et Téhéran a circulé comme une menace suspendue. Les déclarations s’enchaînaient, les porte-avions se déployaient, les analystes débattaient d’une frappe possible, probable, imminente , mais toujours évitable. La mécanique de dissuasion semblait encore tenir.

Ce samedi matin, elle a cédé.

Les États-Unis ont lancé ce que Donald Trump qualifie d’« opérations de combat majeures » contre l’Iran. L’armée israélienne parle d’une coordination totale dans le cadre d’une double offensive conjointe baptisée « Roring Lion » et « Epic Fury» . L’objectif affiché dépasse la frappe symbolique : détruire les capacités balistiques iraniennes, réduire sa marine, affaiblir structurellement le régime.

Nous ne sommes plus dans la menace. Nous sommes entrés dans la guerre.

L’aube des frappes : de la menace à l’acte

Selon l’armée israélienne, « des centaines de cibles militaires » ont été visées, notamment des lanceurs de missiles dans l’ouest de l’Iran. Des sites à Téhéran et dans d’autres grandes villes ont été touchés.

La radio-télévision publique israélienne affirme que le guide suprême Ali Khamenei et le président iranien Massoud Pezeshkian figuraient parmi les cibles directes. Aucune confirmation indépendante ne permet à ce stade d’établir leur sort. L’agence officielle iranienne assure que le président est « sain et sauf ». Un responsable iranien évoque un transfert du guide suprême vers un lieu sécurisé.

Cette séquence marque un saut qualitatif. Viser des infrastructures militaires relève d’une logique stratégique. Viser la tête du régime relève d’une logique de décapitation.

24 à 40 morts dans une école en Iran

Reuters évoque 24 morts dans une école du comté de Minab. Un média d’État iranien parle de 40 victimes. Les chiffres sont encore incertains. La réalité, elle, est incontestable : des civils ont été tués.

Contrairement à Israël, l’Iran ne dispose pas d’un réseau généralisé d’abris anti-missiles. Les autorités n’ont pas diffusé de consignes de protection à grande échelle. La population se retrouve exposée, prise entre la puissance de feu extérieure et l’opacité intérieure.

Chaque frappe sur un site civil complique la narration stratégique occidentale et renforce potentiellement la cohésion nationale autour du régime.

L’Iran riposte : missiles vers Israël et au-delà

La riposte iranienne ne s’est pas fait attendre. Des missiles ont été tirés en direction d’Israël. L’armée israélienne confirme des chutes de projectiles « en plusieurs endroits ». Les systèmes de défense interceptent une partie des menaces, mais pas toutes.

Les autorités israéliennes demandent à la population de rejoindre les abris.

Des explosions sont également signalées à Ryad, Doha et Abou Dhabi. L’onde de choc dépasse immédiatement le face-à-face bilatéral. Elle touche les pays du Golfe où les États-Unis disposent de bases militaires.

Un missile iranien a provoqué des dégâts importants sur la piste d’une base aérienne au Koweït accueillant des militaires italiens. Aucun blessé parmi eux, selon Rome, mais le signal est clair : les infrastructures occidentales dans la région deviennent des cibles.

Internet coupé, Téhéran paralysée

NetBlocks évoque une connexion tombée à 4 %, soit une coupure « quasi totale ». L’Iran replonge dans le black-out numérique, comme lors des précédents soulèvements et de la guerre de juin dernier.

Dans les rues de Téhéran, les images montrent des axes saturés, des automobilistes fuyant la capitale. L’exode urbain est un indicateur de perception du risque. Quand une population quitte massivement sa ville, elle anticipe l’intensification des frappes.

Couper internet, c’est contrôler la narration interne. Mais c’est aussi alimenter l’angoisse.

La fuite à Téhéran

Le Hezbollah sous pression

Au Liban, le secrétaire général du Hezbollah, Naim Qassem, annule sa prise de parole. Le mouvement ne peut se positionner avant que la situation du guide suprême iranien ne soit clarifiée.

Le Premier ministre libanais Nawaf Salam affirme que le pays ne doit pas être entraîné dans une aventure qui menacerait sa sécurité. Mais le Hezbollah avait déjà déclaré qu’une frappe contre Téhéran serait également dirigée contre lui.

La frontière sud du Liban redevient une ligne de fracture potentielle. Les compagnies aériennes suspendent leurs vols vers Beyrouth. La région entre en état d’alerte maximale.

La question centrale : le régime peut-il tomber ?

Deux scénarios sont évoqués par des analystes. Soit l’attaque extérieure soude la population autour du régime. Soit elle déclenche une rupture massive et des manifestations d’ampleur nationale.

L’histoire récente montre qu’aucun régime ne chute durablement sans intervention terrestre ou implosion interne prolongée. À ce stade, aucune opération terrestre américaine n’est annoncée.

L’objectif affiché par Benjamin Netanyahu et Donald Trump est clair : affaiblir structurellement le régime des mollahs. Mais affaiblir n’est pas renverser.

Un Moyen-Orient verrouillé

Les liaisons aériennes sont interrompues. Air France suspend ses vols vers Tel-Aviv et Beyrouth. Qatar Airways stoppe ses opérations. Lufthansa, KLM, Norwegian, Turkish Airlines ajustent leurs routes.

Les espaces aériens se ferment partiellement. Les États du Golfe affichent leur solidarité, tout en redoutant d’être entraînés malgré eux dans le conflit.

Chaque base américaine devient une cible potentielle. Chaque site énergétique stratégique, une vulnérabilité.

 

L’espace aérien du Moyen-Orient

Une guerre de systèmes

Ce qui se joue dépasse la séquence militaire immédiate. Il s’agit d’un affrontement entre un système de projection de puissance occidentale et un régime qui a fait de l’asymétrie sa doctrine : missiles, milices alliées, cyberattaques, guerre informationnelle.

On a longtemps spéculé. Frappera, frappera pas. L’idée même d’une confrontation directe entre Washington et Téhéran semblait appartenir à la rhétorique.

Ce samedi, la fiction stratégique est devenue réalité.

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Iran–États-Unis : la tentation du coup d’avance? https://mondafrique.com/moyen-orient/iran-etats-unis-la-tentation-du-coup-davance/ https://mondafrique.com/moyen-orient/iran-etats-unis-la-tentation-du-coup-davance/#respond Thu, 26 Feb 2026 19:25:23 +0000 https://mondafrique.com/?p=147710 Entre rumeurs de frappes israéliennes, négociations nucléaires à Genève et signaux ironiques scrutés jusqu’aux livraisons de pizzas du Pentagone, Washington et Téhéran évoluent dans une zone grise où la diplomatie côtoie l’escalade. Chronique d’un moment suspendu, entre calcul stratégique et théâtre politique. Depuis plusieurs jours, la même question revient dans les chancelleries et sur les […]

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Entre rumeurs de frappes israéliennes, négociations nucléaires à Genève et signaux ironiques scrutés jusqu’aux livraisons de pizzas du Pentagone, Washington et Téhéran évoluent dans une zone grise où la diplomatie côtoie l’escalade. Chronique d’un moment suspendu, entre calcul stratégique et théâtre politique.

Depuis plusieurs jours, la même question revient dans les chancelleries et sur les plateaux de télévision : frappera, frappera pas ? Comme on effeuille une marguerite, les analystes scrutent la moindre déclaration, la moindre fuite, le moindre mouvement de troupes. À Washington, des conseillers du président américain Donald Trump auraient envisagé l’hypothèse d’une frappe israélienne contre l’Iran avant toute action directe des États-Unis. À Genève, les négociateurs américains et iraniens poursuivent des discussions nucléaires sous médiation omanaise. Entre les deux, un maelström stratégique où chaque acteur tente d’infléchir la perception de l’autre sans perdre la main.

L’idée prêtée à certains cercles proches de la Maison-Blanche est simple dans sa brutalité : si Israël attaquait en premier et que l’Iran ripostait, notamment contre des intérêts américains ou alliés, l’opinion publique américaine pourrait plus aisément accepter une intervention militaire de Washington. La séquence donnerait l’impression que les États-Unis sont entraînés dans un conflit par une agression indirecte, et non qu’ils en sont l’initiateur.

Nous ne sommes pas dans la décision formelle, encore moins dans l’annonce officielle. Nous sommes dans le domaine du scénario, du calcul politique, de la projection stratégique. Mais l’existence même de cette hypothèse en dit long sur la tension actuelle.

Le précédent et la mémoire de 2019

Pour comprendre la charge explosive de ces discussions, il faut revenir à 2019. Lorsque Donald Trump s’était retiré de l’accord nucléaire de 2015, le Joint Comprehensive Plan of Action, il avait parié sur une pression maximale pour contraindre Téhéran à négocier un accord plus contraignant et plus durable. L’Iran avait répliqué en relançant progressivement son enrichissement d’uranium, réduisant le temps théorique nécessaire à la fabrication d’une arme nucléaire.

Depuis, les deux pays évoluent dans une logique d’escalade maîtrisée. Frappes indirectes, attaques de milices alliées, cyberopérations, sanctions économiques. Une guerre de l’ombre, contenue mais permanente.

Aujourd’hui, la nouveauté tient au chevauchement de deux dynamiques contradictoires : la menace militaire et la reprise d’un canal diplomatique à Genève.

Genève, théâtre discret d’un bras de fer

Les discussions en cours à Genève réunissent des émissaires américains et iraniens sous médiation d’Oman. L’objectif affiché : parvenir à un accord qui limiterait durablement les capacités nucléaires iraniennes en échange d’un allègement substantiel des sanctions.

Washington réclame des garanties fortes. La Maison-Blanche veut éviter le piège des clauses dites de caducité qui figuraient dans l’accord de 2015, ces dispositions temporaires au terme desquelles certaines restrictions s’éteignaient. Cette fois, l’administration américaine aspire à un encadrement sans date d’expiration claire, ou du moins à des engagements suffisamment longs pour neutraliser la question nucléaire dans le paysage stratégique régional.

Téhéran, de son côté, affirme que son programme est strictement civil. Il accepte l’idée de contrôles renforcés, mais refuse de renoncer au principe même de l’enrichissement sur son sol. Surtout, il exige des garanties économiques tangibles. Les sanctions américaines ont asphyxié son économie, frappant ses exportations pétrolières et ses transactions financières.

C’est dans ce contexte que des informations font état d’offres iraniennes d’opportunités économiques substantielles aux entreprises américaines dans les secteurs du pétrole, du gaz et des mines. Une manière d’introduire un élément de séduction dans une relation dominée par la méfiance. Une tentative de faire peser sur Washington le coût d’un échec diplomatique.

Dans ce tableau, Israël occupe une place centrale. L’État hébreu considère l’accès de l’Iran à l’arme nucléaire comme une menace existentielle. Son armée a déjà mené des frappes contre des installations nucléaires dans la région, en Irak en 1981, en Syrie en 2007.

L’hypothèse d’une frappe israélienne préventive contre des sites iraniens n’est pas nouvelle. Ce qui l’est, c’est la possibilité qu’elle soit intégrée à une séquence stratégique américaine plus large.

Mais cette option comporte des risques considérables. Une attaque israélienne pourrait déclencher une riposte iranienne massive, directe ou via ses alliés régionaux. Les bases américaines dans le Golfe, les intérêts occidentaux au Moyen-Orient, les voies maritimes stratégiques pourraient devenir des cibles.

Une coordination étroite entre Washington et Jérusalem serait alors presque inévitable. Et l’idée d’une frappe isolée, destinée à provoquer une réaction iranienne pour justifier une intervention américaine, relève autant du calcul politique que d’une prise de risque extrême.

Le Pentagone et le baromètre des pizzas

Dans cette atmosphère électrique, l’actualité stratégique se mêle parfois à l’ironie. À Washington, un indicateur officieux amuse autant qu’il intrigue : le volume des commandes de pizzas autour du Pentagone. Depuis des années, certains observateurs affirment que des pics inhabituels de livraisons nocturnes coïncident avec des crises militaires majeures. Une sorte de baromètre informel de l’orage à venir.

On scrute donc, presque sérieusement, ces flux de cartons empilés comme des indices d’une frappe imminente. L’image prête à sourire. Mais elle traduit une réalité plus profonde : dans un monde saturé d’informations, la guerre se devine aussi dans les signaux faibles, les détails logistiques, les frémissements périphériques.

Ce mélange d’analyses géopolitiques sophistiquées et de folklore stratégique révèle le climat actuel. Personne ne sait si l’on se dirige vers une désescalade diplomatique ou vers une confrontation ouverte. Alors on guette les pizzas.

L’un des enjeux centraux reste la perception intérieure aux États-Unis. Les interventions militaires longues et coûteuses en Irak et en Afghanistan ont laissé une fatigue profonde dans l’opinion. Une guerre ouverte contre l’Iran, pays vaste et structuré, serait d’une toute autre ampleur.

Pour une administration américaine, l’adhésion de l’opinion est cruciale. Une riposte iranienne contre des intérêts américains modifierait radicalement le cadre narratif. Elle transformerait une opération préventive en réaction défensive. Ce glissement sémantique compte.

Mais le calcul n’est pas mécanique. L’opinion américaine est traversée par des courants contradictoires. Une partie soutient fermement Israël et considère l’Iran comme une menace stratégique. Une autre redoute l’enlisement dans un nouveau conflit au Moyen-Orient.

Téhéran entre dissuasion et pragmatisme

Du côté iranien, la stratégie oscille entre démonstration de fermeté et pragmatisme économique. Le régime sait que son économie souffre et que la levée partielle des sanctions offrirait un répit crucial. Mais il ne peut apparaître comme cédant sous la menace.

Téhéran a développé au fil des années une capacité de dissuasion indirecte. Réseaux alliés, milices, capacités balistiques. Il peut frapper sans toujours assumer frontalement. Cette ambiguïté fait partie de sa doctrine.

Dans les négociations de Genève, l’Iran cherche à obtenir un accord qui lui permette de sauver la face tout en desserrant l’étau économique. Mais il sait aussi que toute concession excessive serait perçue comme une faiblesse.

Ce qui rend la séquence actuelle particulièrement dangereuse, c’est la simultanéité de la diplomatie et de la menace. Chaque camp teste la détermination de l’autre. Chaque déclaration publique est calibrée. Chaque fuite peut être un message.

Dans ce contexte, le risque d’erreur de calcul augmente. Une frappe limitée peut entraîner une escalade incontrôlée. Une riposte symbolique peut être interprétée comme une provocation majeure.

L’histoire du Moyen-Orient est jalonnée de ces moments où la tension semblait maîtrisée jusqu’au point de rupture.

Pour les pays de la région, l’incertitude est lourde de conséquences. Les monarchies du Golfe redoutent d’être entraînées dans un conflit qui perturberait leurs exportations énergétiques. L’Europe craint un embrasement aux portes de la Méditerranée orientale. Les marchés pétroliers réagissent à la moindre rumeur.

Dans les capitales arabes, on observe avec inquiétude cette partie d’échecs entre Washington, Téhéran et Jérusalem. Chacun sait qu’une guerre ouverte redessinerait durablement l’équilibre régional.

Frappera, frappera pas…

Alors, frappera, frappera pas ? La réponse, à ce stade, est que tout reste ouvert. Les discussions de Genève peuvent déboucher sur un compromis fragile. Elles peuvent aussi échouer, ouvrant la voie à une phase plus coercitive.

La présence de scénarios militaires dans les cercles décisionnels américains ne signifie pas que la décision est prise. Mais elle montre que l’option est sérieusement envisagée.

Dans cette séquence, la diplomatie et la force ne s’excluent pas. Elles coexistent, s’alimentent, se répondent. La menace peut renforcer la négociation. Mais elle peut aussi la faire exploser.

Au cœur de ce moment, il y a une vérité simple : la guerre n’est jamais un automatisme, mais elle n’est jamais totalement exclue. Entre les cartons de pizzas livrés tard dans la nuit au Pentagone et les tables feutrées de Genève, le destin d’une région se joue peut-être.

Et la marguerite continue de perdre ses pétales.

 

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Série Epstein-Afrique (5). Le Nigeria comme terrain de jeu https://mondafrique.com/international/serie-epstein-afrique-5-le-nigeria-comme-terrain-de-jeu/ https://mondafrique.com/international/serie-epstein-afrique-5-le-nigeria-comme-terrain-de-jeu/#respond Mon, 23 Feb 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147468 Pendant plus d’une décennie, le délinquant planétaire, allié à l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak, a transformé l’instabilité provoquée par Boko Haram en opportunité commerciale. Avec Bill Gates, il s’est invité dans la stratégie vaccinale du pays. Dans les deux cas, les documents de la justice américaine révèlent un cynisme et un racisme décomplexés. Boko […]

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Pendant plus d’une décennie, le délinquant planétaire, allié à l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak, a transformé l’instabilité provoquée par Boko Haram en opportunité commerciale. Avec Bill Gates, il s’est invité dans la stratégie vaccinale du pays. Dans les deux cas, les documents de la justice américaine révèlent un cynisme et un racisme décomplexés.

Boko Haram, une aubaine !

Le partenariat entre Barak et Epstein remonte au début des années 2000. Plus de quinze ans de relation personnelle et professionnelle, des investissements communs, des voyages et une méthode rodée : utiliser l’instabilité comme porte d’entrée commerciale.

Au Nigeria, le prétexte est la sécurité. Dès 2012-2013, Barak organise des voyages en Afrique de l’Ouest sous couvert de projets médicaux, de construction d’hôpitaux et de centres de diagnostic. En coulisses, il s’agit plutôt de négociations sécuritaires. Une conférence de cybersécurité à Abuja servira de décor pour rencontrer le Président de l’époque, Goodluck Jonathan. Comme à Abidjan à la même époque, il s’agit d’introduire les technologies de surveillance israéliennes, présentées ici comme des solutions à l’insurrection djihadiste.

La Palestine, terrain d’expérimentation

Les entreprises israéliennes qu’Epstein et Barak font entrer au Nigeria ont un argument de vente particulier : leurs technologies sont éprouvées sur le terrain. Comprendre : testées contre les Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie. Le système biométrique utilisé au point de passage d’Erez pour la reconnaissance faciale et la mesure des mains des Palestiniens est ainsi proposé au gouvernement nigérian. Elbit Systems décroche un contrat de surveillance internet de 40 millions de dollars. Des systèmes biométriques sont installés dans des universités nigérianes, dont Babcock, sous couvert de monitoring sécuritaire. Le parlement nigérian s’oppose à certains de ces contrats, mais les autorités nigérianes passent outre.

En 2014, le nord du Nigeria brûle sous les attaques de Boko Haram. A Chibok, des centaines de lycéennes sont enlevées. Epstein écrit alors à Barak : « Avec les troubles civils qui explosent et le désespoir de ceux au pouvoir, n’est-ce pas parfait pour toi ? ». L’ancien Premier ministre israélien lui répond froidement : « Tu as raison dans un sens. Mais ce n’est pas simple de transformer ça en flux de trésorerie. »

En 2020, des associés de Barak contribuent à un projet financé par la Banque mondiale pour les infrastructures du Nigeria. La lutte contre Boko Haram a fait son office : elle a ouvert des portes commerciales dans le pétrole, les ports, la logistique. Le scénario est bien rodé : Barak apporte ses connexions, Epstein son carnet d’adresses. Depuis la publication des documents, Barak a exprimé des regrets bien dérisoires, les faits parlent d’eux-mêmes et resteront dans l’histoire.

« Des bougies et des miroirs »

Barak et Epstein ont fait du Nigeria un marché ; Gates et Epstein en ont fait un laboratoire. En mars 2013, Boris Nikolic, conseiller scientifique en chef de Bill Gates, échange une série d’e-mails avec Jeffrey Epstein. Leur sujet : la résistance des populations du nord du Nigeria aux vaccins antipolio de la Fondation Gates. La méfiance des populations n’est pas irrationnelle. Elle s’enracine au contraire dans un traumatisme bien réel. Dans les années 1990, dans la région de Kano, le laboratoire pharmaceutique Pfizer avait utilisé des enfants nigérians comme cobayes pour tester illégalement un médicament contre la méningite, le Trovan. Résultats : au moins onze morts et de nombreux autres enfants survivant avec de terribles séquelles, sourds, aveugles, paralysés ou encore avec des lésions cérébrales.

Epstein et NiKolic n’ont que faire de ce contexte. Pour outrepasser les craintes légitimes des populations nigérianes, le premier propose au second une solution : « Si Gates veut obtenir leur consentement, il a besoin de bougies et de petits miroirs, comme les Américains l’ont fait avec leurs Indiens. » Des propos qui laissent sans voix. La réponse de Nikolic est plus révélatrice encore. Le conseiller scientifique de la plus grande fondation de santé au monde écrit à un financier condamné pour crimes sexuels, sans aucune expertise en santé publique : « Je préfère solliciter votre opinion plutôt que celle de 1 000 experts mondiaux de la santé. » La Fondation Gates finance l’OMS. Epstein, lui, fourni la Fondation Gates en idées. La boucle est bouclée.

Le projet Molécule

La relation entre Epstein et l’écosystème Gates dépasse largement quelques échanges d’e-mails. En février 2011, la banque JPMorgan cherche à concevoir un fonds philanthropique de 150 millions de dollars pour Bill Gates. Pour ce faire, elle consulte Epstein, pas Gates. Epstein livre un plan clé en main incluant une branche offshore dédiée aux vaccins. Trois jours plus tard, un texte de 14 pages, le « Projet Molecule » est publié, avec le nom de Gates dans le titre.

Comme Barak, Gates se confond en regret, en précisant que leurs rencontres visaient à mobiliser des ressources pour la santé mondiale. La Fondation Gates a confirmé qu’aucune collaboration formelle n’avait abouti. Mais la question n’est pas celle-ci. Comment un homme déjà condamné en 2008 pour crimes sexuels pouvait-il peser sur la stratégie vaccinale en Afrique au point que le conseiller scientifique de Gates préférait son opinion à celle de mille experts ? 

Plus on se plonge dans ces dossiers, plus la sidération est totale. Chaque document révèle un peu plus l’étendue d’un système où la prédation, le cynisme et le racisme coexistaient paisiblement au sommet du monde.

Références :

L’email central (2014) Documents DOJ publiés par le US House Oversight Committee, repris et analysés par Drop Site News et Daily Trust. Email Epstein→Barak : « isn’t this perfect for you » / réponse Barak : « not simple to transform it into a cash flow. »
Le contrat Elbit Systems Documents DOJ, analysés par Daily Trust (dailytrust.com, investigation publiée début 2026) : contrat de surveillance internet de 40 millions de dollars accordé à Elbit Systems malgré l’opposition du parlement nigérian, consécutif à la conférence de cybersécurité d’Abuja en 2013.
Le volet DP World/ports Correspondances de 2018 publiées par le DOJ, analysées par Al Quds English (alquds.com) : échanges entre Epstein, Sultan Ahmed bin Sulayem (chairman DP World, depuis démis de ses fonctions) et des officiels du fonds souverain nigérian sur les ports de Lagos et Badagry.

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Trump et Netanyahou échouent à se mettre d’accord sur l’Iran https://mondafrique.com/moyen-orient/trump-et-netanyahou-echouent-a-se-mettre-daccord-sur-liran/ Mon, 16 Feb 2026 08:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147199 Le président américain entend poursuivre le dialogue avec Téhéran tandis que le Premier ministre israélien, reçu mercredi dernier à la Maison Blanche, pousse son allié à déclencher des frappes sur l’Iran. Le Moyen-Orient dans la presse anglophonePar Bruno Philip La rencontre à Washington entre Donald Trump et Benjamin Netanyahou, mercredi 11 février, a mis en […]

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Le président américain entend poursuivre le dialogue avec Téhéran tandis que le Premier ministre israélien, reçu mercredi dernier à la Maison Blanche, pousse son allié à déclencher des frappes sur l’Iran.

Le Moyen-Orient dans la presse anglophone
Par Bruno Philip

La rencontre à Washington entre Donald Trump et Benjamin Netanyahou, mercredi 11 février, a mis en lumière des divergences d’approche dans la façon dont les deux alliés s’efforcent d’adopter une stratégie commune vis-à-vis de l’Iran : le Premier ministre israélien pousse à la guerre contre Téhéran alors que le président américain n’a pas arrêté de position définitive à propos d’une possible attaque contre le régime des mollahs. Pas plus qu’il ne s’est tenu ces derniers temps à une liste d’exigences bien établie : un jour il demande à Téhéran de renoncer à son programme nucléaire, de limiter la portée et le nombre de ses missiles balistiques ainsi que de cesser tout soutien à ses « proxies » régionaux, au Liban, à Gaza, au Yémen ; un autre, il ne parle plus que de forcer l’Iran à arrêter son programme d’enrichissement de matières fissiles, comme s’il avait renoncé au reste de ses exigences antérieures, notamment au sujet des missiles. C’est là où le bât blesse pour Netanyahou : ce dernier ne cesse d’insister sur la dangerosité que le programme balistique iranien représente pour Israël.

Les observateurs avisés ont pointé les désaccords entre les deux leaders après les trois heures de discussions qu’ont eues le président américain et le Premier ministre israélien dans le Bureau ovale à la Maison Blanche, meeting qui s’est terminé par un « post » de Trump sur son réseau social reconnaissant qu’« aucun accord définitif » n’a été conclu entre les deux hommes. Haaretz a souligné que « leur réunion n’a abouti qu’à afficher une unité de façade, car derrière l’apparence subsistent des objectifs divergents concernant l’Iran ». Le quotidien de la gauche israélienne estime qu’au vu « du ton moins obséquieux qu’à l’ordinaire adopté par Netanyahou à l’égard de Trump » ou dans l’emploi du terme « a insisté » par Trump pour qualifier sa demande qu’Israël laisse les négociations avec l’Iran se poursuivre, il est clair que les deux hommes n’ont pas pu trouver une position commune. Comme l’écrit le New York Times, Trump a cette fois « surtout insisté sur le fait que l’Iran devait renoncer à l’arme nucléaire, Israël s’inquiétant de son côté des stocks de missiles balistiques iraniens, les forces [de Téhéran] ayant tiré de nombreux missiles sur Israël lors du conflit de l’année dernière ».

Trump et Netanyahou sont certes tombés d’accord sur l’imposition de nouvelles sanctions économiques à l’Iran, une stratégie reposant essentiellement sur la levée par les États-Unis de droits de douane de 25 % pour tous pays commerçant avec la République islamique. Un géant est tout particulièrement dans le collimateur de Washington : la Chine, qui achète actuellement plus de 80 % du brut iranien… Cependant, comme le remarque le site de la télévision qatarie Al Jazeera, « malgré une convergence tactique [entre les deux hommes], l’objectif stratégique final reste controversé : Trump s’est dit prêt à conclure un accord [avec l’Iran], déclarant à Netanyahou : “Tentons le coup”. À l’inverse, le Premier ministre israélien a soutenu en privé auprès de Trump que tout accord serait vain, une position que les analystes interprètent comme une tentative d’entraîner les États-Unis dans une guerre directe avec Téhéran. »

Diplomatie affichée, pression militaire en arrière-plan

Trump démontre pour sa part sa volonté de poursuivre un dialogue diplomatique avec l’Iran en dépit de sa rhétorique belliqueuse – et changeante – vis-à-vis de Téhéran. Et cette semaine, mardi 18 février, les envoyés américains Steve Wikoff et Jared Kushner doivent à nouveau rencontrer des responsables iraniens à Genève pour une deuxième série de négociations après celles qui s’étaient déroulées à Oman il y a une dizaine de jours. Tout porte ainsi à croire, pour l’instant, que les États-Unis, conscients des conséquences régionales d’une frappe sur l’Iran, et que ce dernier, conscient de son infériorité militaire, cherchent à éviter le conflit. Les atermoiements de Trump en sont la preuve et une information de la BBC, dimanche 15 février, vient d’en apporter une autre, concernant l’Iran celle-là : « L’Iran est prêt à envisager des compromis pour parvenir à un accord nucléaire avec les États-Unis si ces derniers acceptent de discuter de la levée des sanctions, a déclaré Majid Takht-Ravanchi, vice-ministre iranien des Affaires étrangères », peut-on lire sur le site en persan de la radio britannique. Le ministre a ajouté « qu’il appartenait désormais aux États-Unis de prouver leur volonté de conclure un “deal” et, s’ils sont sincères, je suis sûr que nous serons sur la voie d’un accord. » Même si rien n’indique à cette heure qu’Américains et Iraniens puissent trouver un terrain d’entente, le Premier ministre israélien a peut-être de quoi s’inquiéter, les réactions de son « ami » Trump restant toujours imprévisibles…

Pour l’heure, l’arsenal militaire américain se met en place au large de l’Iran et cette fois la préparation militaire est sans doute suffisante dans l’optique d’une frappe, ce qui n’était pas le cas lorsque Trump avait émis ses premières menaces, durant la vague de manifestations anti-régime de la fin décembre. Le New York Times écrit que « M. Trump étudie ses options militaires si la diplomatie échoue, tandis que le Pentagone profite de ce temps pour finaliser le déploiement de l’armada américaine ». Cette dernière, rappelle le « NYT », « comprend huit destroyers lance-missiles capables d’intercepter des missiles balistiques iraniens, des systèmes de défense antimissile balistique terrestres et des sous-marins pouvant lancer des missiles de croisière Tomahawk sur des cibles en Iran ». Le journal ajoute que, outre un premier porte-avions, l’USS Abraham Lincoln, déployé depuis janvier dans le golfe Persique, « l’équipage d’un deuxième porte-avions, l’USS Gerald R. Ford, a quitté les Caraïbes [jeudi 12 février], où le navire avait rejoint l’opération américaine le mois dernier pour capturer M. Maduro ».

La grande scène du théâtre d’opérations est donc en place, mais le rideau semble loin d’être levé sur une possible action de Trump. On sait que la proposition américaine faite aux Iraniens est notamment que ceux-ci acceptent de suspendre l’enrichissement de l’uranium pendant trois à cinq ans. Al Jazeera remarque à ce sujet que « Netanyahou s’efforce d’élargir le champ d’application de tout accord potentiel [entre Washington et Téhéran] afin d’y inclure des conditions impossibles à accepter pour Téhéran, telles que la limitation de son programme de missiles balistiques et la rupture des liens avec ses alliés régionaux ». Ce qui fait dire à Mohanad Mustafa, expert des affaires israéliennes, cité par la télévision qatarie, « que l’insistance d’Israël à élargir les termes de l’accord est, [de la part du Premier ministre israélien], une manœuvre calculée pour garantir l’échec de la diplomatie ». Israël sait bien que l’Iran ne peut accepter tous ces « diktats » et c’est peut-être pourquoi Trump se concentre sur la question du nucléaire, la plus importante à ses yeux (même s’il avait promis aux manifestants iraniens « que l’aide est en route », les poussant ainsi à tomber sous la mitraille de la soldatesque de Téhéran…). « En posant de telles conditions », conclut M. Mustapha sur Al Jazeera, « Israël affirme en tout cas que la guerre est sa seule option. »

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Série Epstein-Afrique (1) : la nausée mondialisée https://mondafrique.com/politique/dossiers-epstein-la-nausee-et-limpunite-mondialisee/ Sat, 07 Feb 2026 05:13:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146468 Si tu veux dîner avec le diable, dit le proverbe, mieux vaut se munir d’une grande cuillère. Dans le dossier Epstein, aucune n’a de tige assez longue. L’affaire ressemble au labyrinthe du Minotaure qui serait submergé par les égouts. Une toile d’araignée planétaire où se croisent figures politiques, fortunes privées et réseaux d’influence en quête […]

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Si tu veux dîner avec le diable, dit le proverbe, mieux vaut se munir d’une grande cuillère. Dans le dossier Epstein, aucune n’a de tige assez longue. L’affaire ressemble au labyrinthe du Minotaure qui serait submergé par les égouts. Une toile d’araignée planétaire où se croisent figures politiques, fortunes privées et réseaux d’influence en quête de sexe, d’argent et de pouvoir. Après bien des atermoiements, le rideau s’est finalement levé. Mondafrique propose une série d’articles consacrés aux apparitions de l’Afrique dans les « Epstein files », où il est surtout question de business, de diplomatie informelle et de réseaux d’influence.

À prendre avec des pincettes 

La divulgation des dossiers Epstein était une promesse de campagne de Donald Trump. Mais plus que le Président lui-même, ce sont surtout ses partisans du mouvement MAGA (Make America Great Again) qui ont exigé que toute la lumière soit faite. Sous pression de ses militants et après beaucoup d’hésitations, l’administration américaine a fini par se résoudre à ouvrir la boîte de Pandore, le 30 janvier dernier.

Si cette affaire suscite autant d’intérêt, c’est en raison de la nature et de la gravité des faits, du statut social des personnes impliquées et de l’impunité dont elles ont bénéficié. Cependant, les noms qui y figurent ne sont pas nécessairement tous liés à des crimes : être cité ne prouve rien en soi. Pour tenter de comprendre et d’y voir clair, il faut réaliser un travail de fourmi, analyser et recouper des centaines de milliers de pages et d’images. Ce travail aurait dû être effectué par les justices nationales, mais cela n’a pas été le cas, notamment en France. Ce vide judiciaire s’explique par les puissants réseaux d’influence où évoluait Jeffrey Epstein. On ne peut donc que se réjouir que cette affaire émerge enfin, à condition de faire le tri.

Qui était Jeffrey Epstein ? 

Né en 1953 à New York dans un milieu populaire, Jeffrey était un financier au parcours atypique, passé de l’enseignement à la gestion de fortune pour des clients très riches, dans des conditions pour le moins intrigantes. Il est condamné une première fois en 2008 en Floride pour proxénétisme de mineures. A la suite d’un accord de plaidoyer très clément qui lui évite des poursuites fédérales plus lourdes, il est libre. Dès cette époque, tout le monde sait.Malgré cela, il a continué à fréquenter des cercles très influents. Jeffrey Epstein meurt en 2019, dans des conditions troubles, alors qu’il était en détention provisoire en attente de son procès.

Sa complice et associée Ghislaine Maxwell, est, elle, toujours en détention. C’est une figure centrale du dossier, fille du magnat de la presse britannique Robert Maxwell, elle-même très introduite dans les milieux mondains et politiques internationaux. L’étendue de leurs carnets d’adresses, mêlant responsables politiques, grandes fortunes, universitaires et figures du show-biz, est époustouflante. Des personnalités comme Bill Clinton, le prince Andrew, Anne de Rothschild ou, en France, Caroline Lang – la fille de Jack Lang – s’y trouvent. Cette capacité à rester socialement fréquentable malgré une condamnation infamante explique en partie pourquoi l’histoire est hors-norme. Elle pose une question persistante : comment Jeffrey Epstein, déjà condamné pour de tels, faits a-t-il pu conserver si longtemps un tel accès aux élites ?

Les pays du Sud globalement épargnés

Le versant africain du dossier tranche avec son cœur judiciaire américain. En Afrique, il est surtout question de voyages d’affaires, de demandes de visas et de connexions politiques, la plupart en lien avec Israël. Plusieurs anciens responsables du renseignement, dont Ari Ben Menashe, ont évoqué les liens entre Jeffrey Epstein et Ghislaine Maxwell et le Mossad depuis les années 1980. Ceci expliquerait l’étendue de leurs contacts sur tous les continents et dans tous les milieux et leurs liens avec l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak.

Dans plusieurs pays africains, comme en Côte d’Ivoire et en Libye, il s’agit bien de contrats financiers en lien avec les intérêts de Tel Aviv.
Pour autant, et en l’état des connaissances à ce jour, il n’y a pas d’allégations crédibles ou documentées d’activités sexuelles criminelles sur le continent. Idem pour la Chine et l’Asie,  où comme en Afrique, il s’agit seulement de connexions diplomatiques ou d’influence. Seule l’Amérique du Sud, principalement le Brésil, a été touchée. Le complice du couple Epstein-Maxwell, le Français Jean-Luc Brunel mort en détention à Paris en février 2022 recrutait des adolescentes, parfois âgées de moins de 16 ans, attirées par les concours de beauté ou les contrats de mannequinat. Néanmoins, la majorité des exactions sexuelles est concentrée aux États-Unis, sur des îles privées des Caraïbes et au Nouveau-Mexique.  

Les pays du Sud apparaissent, pour l’essentiel, en marge du volet criminel de cette affaire. Se dessine, en revanche, le portrait d’une élite mondialisée qui a dominé les cercles du pouvoir, de la finance et de l’influence pendant plus de trente ans. Une élite souvent prompte à donner des leçons de gouvernance ou de morale publique, et que l’affaire rattrape aujourd’hui. À bien des égards, le scandale Epstein ressemble au crépuscule d’un entre-soi globalisé qui s’imaginait intouchable.

Le deuxième article de cette série, sur la Côte d’Ivoire, sera en ligne lundi 9 février. 

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