Dollars - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/dollars/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Tue, 17 Feb 2026 22:47:41 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.1 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg Dollars - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/dollars/ 32 32 Iran: les enjeux de la confrontation https://mondafrique.com/moyen-orient/iran-les-enjeux-de-la-confrontation/ https://mondafrique.com/moyen-orient/iran-les-enjeux-de-la-confrontation/#respond Wed, 18 Feb 2026 08:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147302 Alors qu’un second porte-avions américain, l’USS Gerald R. Ford, est annoncé face à l’Iran, les tensions semblent franchir un nouveau seuil entre Washington, Téhéran et Tel-Aviv. Dans cette interview menée par Joëlle Hazard, Xavier Houzel développe une lecture géopolitique centrée sur les enjeux énergétiques, monétaires et stratégiques mondiaux. Mondafrique, qui ne partage pas – et […]

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Alors qu’un second porte-avions américain, l’USS Gerald R. Ford, est annoncé face à l’Iran, les tensions semblent franchir un nouveau seuil entre Washington, Téhéran et Tel-Aviv. Dans cette interview menée par Joëlle Hazard, Xavier Houzel développe une lecture géopolitique centrée sur les enjeux énergétiques, monétaires et stratégiques mondiaux. Mondafrique, qui ne partage pas – et de loin – l’ensemble des analyses de son chroniqueur, publie néanmoins cet entretien par souci de pluralisme et dans la mesure où ces positions donnent matière à réflexion.

Un entretien avec Xavier Houzel, par Joëlle Hazard

Un deuxième porte-avions américain, l’USS Gerald R. Ford, est annoncé, avec une seconde armada, d’ici à une dizaine de jours face à l’Iran. Difficile d’avoir des doutes sur les raisons de cette mobilisation. La question est désormais : « À quand les frappes ? », en cas d’échec des négociations relancées à Genève.

« Vous posez deux questions : l’une sur la finalité de la démonstration de force et l’autre sur la date des frappes envisagées. La finalité de cette démonstration est d’impressionner l’Iran et, par la même occasion, l’ensemble du monde. Mais il n’y aura pas, selon moi, de nouvelles frappes sur l’Iran, ni de la part des Américains ni de la part d’Israël. La Guerre de Douze Jours leur aura servi d’avertissement mutuel et réciproque. Personne ne prendra plus de risque. »

Cette sonnette d’alarme n’empêche pas les Iraniens de camper sur leurs positions et de durcir le ton face aux menaces de Tel-Aviv et aux exigences de Washington. Ils refusent de céder sur la question des missiles balistiques ; et le régime — qui ne paraît pas ébranlé par les manifestations — semble se résoudre à une guerre longue.

« C’est parce que nous sommes au théâtre. Dans un jeu de rôle. Chacun y va de ses invectives et de ses réparties, mais c’est pour la galerie. L’Iran se défend — ce qui est une posture légitime — contre une Amérique toute-puissante, qui l’agresse sous un prétexte de façade. Ni l’un ni l’autre ne sont dupes. Ils vont enfin parler. Donald Trump a quitté le JCPOA (accord de Vienne sur le nucléaire iranien) lors de son premier mandat, mais il est assez intelligent pour s’être aperçu depuis qu’il avait fait une erreur.

L’Iran n’a toujours pas l’intention de fabriquer de bombe atomique, ce que l’AIEA a pu vérifier et qu’elle s’est obligée à reconnaître officiellement.

Le président Trump est beaucoup plus cohérent qu’on ne croit et les Iraniens sont particulièrement fins. Le malentendu est dissipé. Le nucléaire n’est plus un enjeu, mais c’est encore un alibi commode, un écran de fumée pour les pékins que nous sommes, et une monnaie d’échange. Pas plus.

Netanyahou a beau répéter que l’obsession de la République islamique d’Iran est la destruction d’Israël. C’est aberrant et même intellectuellement malhonnête — ce qui est un autre sujet — dont le gouvernement de l’État hébreu se sert pour justifier sa politique d’expansion… et sa survie.

Israël n’accepte pas que l’Iran ait épousé la cause palestinienne et qu’il ne soit pas le seul pays à le faire, comme en a récemment témoigné le vote écrasant de l’Assemblée générale des Nations unies à propos de Gaza !

Que l’Iran ait apporté son aide au Hamas et à une dizaine d’autres partis politiques palestiniens, de même qu’au Hezbollah au Liban et aux Houthis au Yémen, c’est finalement banal. Les États-Unis fomentent bien des coups d’État ici ou là, à tire-larigot ! Et le petit Israël — qui n’est pas en reste — entretient de puissants lobbies à travers la planète. À chacun sa vérité, ses penchants et son propre style!

Les ingénieurs iraniens ont produit des drones performants et des missiles balistiques. Oui, ce sont des gens compétents ; ils ont anticipé “la guerre du futur” ! Peut-on le leur reprocher ? Non ! Alors que l’on nous critique nous-mêmes — le vice-président Vance, suivi du secrétaire d’État Rubio — pour avoir négligé notre propre défense.

Ce qui enrage Washington, en revanche, est que l’Iran contourne à l’envi les sanctions qu’on lui impose et qu’il trouve iniques. Quitte à se faire payer ses cargaisons de pétrole en yuans.

C’est là qu’est le problème. D’autant plus que la République islamique a rejoint les BRICS — qui représentent une “horreur” pour un Américain. »

Pourquoi insister sur cet aspect des choses, qui semble n’être qu’une conséquence, un effet induit secondaire, et qui n’est pas une cause en soi ?

« Parce que c’est le contresens que font la plupart des analystes et les gouvernements occidentaux, et que c’est là que se situe le nœud gordien, le véritable point névralgique dans cette affaire.

L’Iran dispose des plus grandes réserves de gaz du monde et des troisièmes réserves de pétrole. Il est en quelque sorte le pendant du Venezuela et de la Russie, sachant que la production de brut plafonne en Arabie saoudite, que l’Amérique ne pourra pas compter éternellement sur sa production de gaz de schiste et que la Chine, justement, ne produit pas d’hydrocarbures, ou très peu.

L’ordre mondial et l’hégémonie américaine reposaient jusqu’alors sur deux piliers : les accords du Quincy d’une part et ceux de Bretton Woods d’autre part, grâce auxquels le dollar — en réalité le pétrodollar — était la seule monnaie de compte de référence de tous les flux économiques. Cette suprématie est en péril.

Le roi Abdallah d’Arabie saoudite avait prolongé la durée des accords du Quincy de 20 ans en 2005 ; ces accords sont caducs depuis quelques mois. Il en résulte que les exportateurs de pétrole ne sont plus tenus de libeller leurs prix en dollars et de se faire payer en monnaie américaine.

Le pétrodollar est chancelant. Le dollar perd de sa valeur à chaque instant. Le Danemark est le premier à se débarrasser de ses bons du Trésor américains. Vu de la Maison-Blanche, la situation est presque catastrophique. D’autant plus que les pays de l’OPEP ont incorporé la Russie dans leur cartel. L’OPEP+ n’est plus à la botte de Washington, et encore moins de Mar-a-Lago.

La Chine, qui a besoin de ce pétrole et de ce gaz, tient la dragée haute aux États-Unis, en ne cachant plus son intention d’imposer sa monnaie — et demain celle des BRICS — comme monnaie de compte majeure dans les échanges internationaux. Elle est rejointe par le Sud global et d’autres puissances économiques comme l’Inde — elle-même assise sur deux chaises. Ensemble, ils représentent plus de 40 % de l’économie mondiale.

L’Iran en fait partie, et c’est son péché capital. C’est même le seul aux yeux de l’Oncle Sam, qui n’a que faire des droits de l’homme et encore moins de ceux des femmes iraniennes. »

Trump et ses conseillers font de la communication de guerre. À part le nucléaire, l’objet de leurs négociations avec Téhéran est la réduction de programmes balistiques iraniens qui mettent en danger permanent Israël et les bases militaires américaines de la région. Le régime théocratique des “mollahs” est en cause. Est-ce de “bonne guerre” ?

« Vous abordez le fond du problème. Ou bien la démarche des BRICS, qui consiste principalement à concurrencer le dollar et à contester la prééminence des États-Unis, est condamnée à échouer : dans ce cas, l’ordre mondial actuel et la cohorte des institutions comme l’ONU, qui vont avec et datent de l’après-guerre, seront sauvés.

Ou bien nous assisterons à la confrontation de deux mondes : l’America First contre l’Empire du Milieu et ses suiveurs.

Tel est l’enjeu de la démonstration de force américaine au Venezuela d’abord, en Iran ensuite. L’Amérique tient à conserver coûte que coûte le contrôle exclusif du marché mondial du gaz et du pétrole pour préserver sa monnaie et maintenir le monde, y compris la Chine, sous sa domination. »

Vous rêvez d’une économie libérale et fluide ?

« C’est sans doute une gageure ! Washington vient d’autoriser cinq géants de l’énergie à opérer au Venezuela : Shell, BP, Eni, Repsol, en plus de Chevron.

Le même Chevron annonce un premier contrat d’exploration dans les eaux territoriales de la Syrie.

L’importance du facteur “oil & gas” prime sur toute autre considération. Cette donnée explique à elle seule la marchandisation des relations entre États, des pratiques pseudo-diplomatiques et les mélanges de genres auxquels on assiste sans comprendre. Elle justifie l’intervention de messieurs Steve Witkoff et Jared Kushner en lieu et place de diplomates accomplis, mais ignares en matière de business.

L’Amérique est endettée de presque 40 000 milliards de dollars — ce qui n’est pas grave tant qu’elle peut continuer de faire marcher la planche à billets verts pour le compte des négociants du monde entier. Même le Danemark vend ses bons du Trésor américains, ce qui est affolant. L’inverse pourrait conduire à une débandade, laquelle n’aurait rien à voir avec le nucléaire iranien et encore moins avec le régime des principaux États producteurs d’énergie fossile. »

Comment sortir de cette impasse ?

« Ce n’est pas une impasse, c’est un besoin commun. Lors de sa rencontre en Alaska avec le président Poutine, Donald Trump a dû aborder la question. L’Amérique et la Russie trouveront un moyen de s’entendre, à condition que la Russie ne s’arrime ni à la Chine ni à l’Europe. On parle déjà de 12 000 milliards de contrats entre les deux comparses.

Le président américain prévoit de rendre visite au président Xi Jinping dans les deux mois qui viennent. Entre-temps, les deux guerres d’Ukraine et de Gaza devront trouver un début de solution. Washington et Téhéran se seront entendus. Et l’affaire des BRICS sera réglée — du moins faut-il l’espérer. »

Quel sera le sort de l’Iran, de son peuple, de son régime politique ?

« Madame Soleil me dit que les pourparlers sont déjà en état futur d’achèvement. Une confrontation militaire serait vouée à l’échec, quoi qu’il en soit. Le territoire iranien a trop de profondeur. Il s’appuie sur les montagnes d’Afghanistan, dont les Marines américains ont un souvenir cuisant. Et ce n’est pas le sujet.

Imaginez 1 500 missiles balistiques, chacun sur un camion, dispersés dans un pays plus grand que quatre fois la France : il faudrait onze armadas. Les généraux américains ne conseilleront pas au président Trump d’affronter cet essaim de frelons.

Pour être plus précis, s’agissant du nucléaire, on peut imaginer que les ingénieurs iraniens ont sciemment mis la barre de l’enrichissement à 60 % pour pouvoir ensuite le réduire. La marge disponible est ce qu’on appelle un “trading item”. Il suffit d’échanger les 400 kilos du stock incriminé contre 15 à 20 fois plus de kilogrammes, dilués à 3,5 %. C’est d’une simplicité biblique. Qu’importe si l’échange est fait avec les Russes ou autrement, l’Iran sera gagnant.

S’agissant des missiles, on ira vers une négociation de type SALT, quitte à imposer à Israël de limiter ses propres missiles à une certaine quantité et à une portée donnée, dans le cadre d’une vaste démilitarisation du Moyen-Orient. Tel-Aviv conservera le privilège de l’arme atomique, ès qualités de proxy américain.

Le reste, à mon humble avis, sera tenu secret, parce qu’impliquant le cinquante et unième État américain. Ce sera dans l’intérêt de tout le monde à partir du moment où les discussions porteront sur l’avenir.

Demain représente d’énormes contrats entre l’Amérique et l’Iran, comme cela se fait déjà avec le Venezuela, et comme cela se prépare avec la Russie. Mais il faudra que l’Iran se désengage au préalable de toute aventure avec les BRICS.

Il y aura bien sûr une amnistie générale et une levée des sanctions. Les morts et les blessés des manifestations seront passés par pertes et profits. Les Européens compteront les coups sans avoir leur mot à dire. »

Pourquoi êtes-vous si optimiste sur l’issue des pourparlers en cours, et si critique à l’endroit des Européens ?

« Je n’exclus nullement une rencontre au sommet entre le président des États-Unis d’Amérique et le Guide suprême de la République islamique d’Iran.

Je verrais bien l’extension des accords d’Abraham à l’Iran, à la condition que l’Arabie saoudite s’y résolve la première et qu’un État palestinien soit finalement créé.

S’agissant de l’Europe, je verse une larme ? Mais nous aurons la paix ; c’est ce que souhaitent tous les Iraniens que je connais. »

 

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