Centrafrique - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/centrafrique/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Fri, 06 Mar 2026 15:53:35 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.1 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg Centrafrique - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/centrafrique/ 32 32 Centrafrique: un Président sous tutelle https://mondafrique.com/international/centrafrique-un-president-sous-tutelle/ https://mondafrique.com/international/centrafrique-un-president-sous-tutelle/#respond Fri, 06 Mar 2026 15:53:34 +0000 https://mondafrique.com/?p=148236   La récente visite à Bangui du président portugais Marcelo Rebelo de Sousa a mis au grand jour une réalité dérangeante que la présidence centrafricaine peine désormais à masquer : Faustin-Archange Touadéra n’est plus maître de ses décisions. Pire encore, il apparaît comme l’otage docile de ses “protecteurs” de la milice russe Wagner, devenue la véritable […]

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La récente visite à Bangui du président portugais Marcelo Rebelo de Sousa a mis au grand jour une réalité dérangeante que la présidence centrafricaine peine désormais à masquer : Faustin-Archange Touadéra n’est plus maître de ses décisions. Pire encore, il apparaît comme l’otage docile de ses “protecteurs” de la milice russe Wagner, devenue la véritable autorité de fait dans la capitale centrafricaine.

Officiellement, la visite du chef d’État portugais, les 24 et 25 février, devait être une étape de courtoisie diplomatique centrée sur la coopération bilatérale et la présence du contingent portugais au sein de la Minusca. Mais derrière les sourires contraints et les poignées de main convenues, la tension fut palpable. En cause : le sort de Joseph Figueira Martin, chercheur belgo-portugais arrêté en 2024 à Zémio par les mercenaires de Wagner alors qu’il travaillait pour l’ONG américaine FHI360. Depuis, il croupit dans les geôles du camp de Roux, victime d’un procès expéditif soldé par dix ans de travaux forcés pour des accusations improbables d’atteinte à la sécurité de l’État.

Lisbonne, convaincue d’avoir obtenu l’accord personnel de Touadéra pour sa libération, avait même dépêché un avion pour rapatrier son ressortissant. Mais à la dernière minute, les Russes ont opposé une fin de non-recevoir. L’ordre venait d’ailleurs , et non du palais de la Renaissance. Un camouflet humiliant pour le président centrafricain réduit au rôle de figurant dans son propre pays.

Menaces de mesures de rétorsion

Furieux, Marcelo Rebelo de Sousa aurait menacé son homologue centrafricain de mesures de rétorsion : retrait du contingent portugais de la Minusca, gel de la coopération bilatérale et pression sur Bruxelles pour enclencher des sanctions ciblées contre le régime. Il a quitté Bangui précipitamment, boudant le dîner officiel prévu en son honneur.

Cette séquence révèle une vérité que nul ne peut plus ignorer à Bangui comme à l’étranger : la souveraineté centrafricaine n’est plus qu’un slogan creux. Faustin-Archange Touadéra, jadis présenté comme un président habile et consensuel, n’est plus qu’un pantin suspendu aux fils de Moscou. Tandis que les mercenaires russes dictent la politique sécuritaire du pays, contrôlent ses ressources minières et verrouillent jusqu’aux cellules de ses prisons, le chef de l’État n’assume plus que la mise en scène.

La visite manquée du président portugais aura eu au moins un mérite : celui de rappeler, preuves à l’appui, que le pouvoir à Bangui ne se trouve plus au palais présidentiel mais bien dans les casernes de Wagner.

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La CEMAC ou la comédie du développement https://mondafrique.com/decryptage/la-cemac-ou-la-comedie-du-developpement/ https://mondafrique.com/decryptage/la-cemac-ou-la-comedie-du-developpement/#respond Wed, 25 Feb 2026 05:18:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147595 Alors que la Communauté économique de l’Afrique centrale est à l’arrêt depuis le début de l’année, faute d’argent, Venance Konan s’interroge sur la sincérité du projet de développement de ses membres.  Par Venance Konan La CEMAC, c’est la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale. Elle a été créée le 16 mars 1994 et regroupe […]

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Alors que la Communauté économique de l’Afrique centrale est à l’arrêt depuis le début de l’année, faute d’argent, Venance Konan s’interroge sur la sincérité du projet de développement de ses membres. 

Par Venance Konan

La CEMAC, c’est la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale. Elle a été créée le 16 mars 1994 et regroupe le Gabon, le Congo Brazzaville, la Guinée Équatoriale, la Centrafrique, le Cameroun et le Tchad. Elle a pour objectif de favoriser l’intégration économique, d’assurer la stabilité monétaire et de promouvoir la libre circulation des personnes et des biens. Depuis quelque temps, la CEMAC est à l’arrêt, faute de ressources financières. Et la situation est tellement grave qu’elle menace la survie même de l’organisation qui a dû suspendre toutes ses activités prévues au budget 2026, ne maintenant que celles jugées « hautement stratégiques». En cause, le non versement par les États membres de la taxe communautaire d’intégration qui alimente le budget de l’organisation. Cette taxe, pourtant perçue par les États membres sur les importations, n’est cependant pas reversée à la CEMAC. À l’exception du Gabon.

Des ressources naturelles abondantes

Donnons rapidement quelques informations sur les pays membres de la CEMAC.

Le Gabon : avec une population de 2,63 millions de personnes, il est un important producteur de pétrole – 230 000 barils/jour – et dispose de réserves évaluées à deux milliards de barils. Il est également le 2ème ou 3ème producteur mondial de manganèse, a une réserve en fer estimée à deux milliards de tonnes, et possède de l’or, de la potasse, de l’uranium, du cuivre et des terres rares.

Le Congo Brazzaville : avec une population de 6,6 millions de personnes, il est le 4ème producteur de pétrole de la région – 270 000 barils/jour – et a des réserves estimées à 1,8 milliard de barils. Il possède aussi de la potasse, du fer, du cuivre, du zinc, de l’or, du diamant et du phosphate. La forêt couvre 70% de son territoire.

La Guinée équatoriale : sa population est de 1,98 millions d’habitants. Elle produit 70 000 barils/jour de pétrole et dispose de réserves estimées à 1,1 milliard de barils.

La Centrafrique : le pays compte 5,6 millions d’habitants et dispose d’or, de diamants, d’uranium, de fer, de cuivre et de pétrole. Mais seuls l’or et le diamant sont exploités de manière industrielle pour le moment.

Le Cameroun : sa population est de 30 millions d’habitants et il possède de l’or, des diamants, du nickel, et une réserve de pétrole de 200 millions de barils, pour une production de 58 000 barils par jour.

Le Tchad : avec une population de 20 millions de personnes, le pays dispose d’or, d’uranium et de pétrole – avec une réserve prouvée de 1,5 milliard de barils – de la bauxite et des métaux polymétalliques.

Pauvres, dites-vous ? 

On peut difficilement dire que ces pays sont fauchés. À l’exception, peut-être, du Tchad et de la Centrafrique, qui n’ont pas accès à la mer –ce qui n’a pas empêché le Président du premier de s’acheter des vêtements pour plus d’un milliard de francs CFA et l’empereur du second, en son temps, d’offrir des diamants à un président de la France. Au Gabon, des collaborateurs de l’ancien Président récemment déchu, qui ont été arrêtés, possédaient des dizaines de milliards de francs CFA sur leurs comptes en banque. Le fils du président de la Guinée Équatoriale lui, défraie régulièrement la chronique avec ses dépenses somptuaires en France et ailleurs en Europe ainsi qu’aux États-Unis. Concernant le Congo, on a appris en janvier dernier que la justice norvégienne avait inculpé deux hommes et une filiale d’un groupe pétrolier norvégien pour avoir versé environ 25 millions de dollars de pot-de-vin au président Denis Sassou N’guesso et à ses proches. Au Cameroun, il est vrai qu’avec un Président cacochyme de plus de 92 ans qui passe le plus clair de son temps à l’hôtel Intercontinental de Genève, le pays est en pilotage automatique depuis de longues années. Reste qu’il est l’une des économies les plus dynamiques de la région.

Alors pourquoi ces pays ne peuvent-ils pas financer la CEMAC ? Parce qu’à l’évidence, l’intégration des économies de cette région et, au-delà, le développement de leurs pays est le cadet des soucis de leurs dirigeants. Ce qui nous amène à nous poser à nouveau cette question de l’essayiste camerounaise Axelle Kabou dans son essai au titre éponyme « et si l’Afrique refusait le développement ? » paru en 1991. Ou, pour citer l’ouvrage d’un autre essayiste africain, l’Ivoirien Alain Tailly, ne sommes-nous pas en train de jouer « la comédie du développement » ?

Puisqu’on nous a dit que pour nous développer, il fallait passer par l’intégration de nos économies, comme le fait l’Union européenne, nous avons donc créé des organisations censées réaliser cette intégration ; nous avons été jusqu’à copier les institutions de l’Union européenne avec des commissions et des commissaires à n’en plus finir (à l’exemple de l’Union africaine). Et puis, nous refusons de donner à ces organisations les moyens de vivre et de jouer leur rôle.

Qu’il est long, très long, le chemin vers ce fameux développement que l’on promet depuis tant d’années aux populations africaines !

La CEMAC en panne sèche

 

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La Centrafrique s’achemine vers le despotisme https://mondafrique.com/politique/en-centrafrique-le-chemin-du-despotisme/ https://mondafrique.com/politique/en-centrafrique-le-chemin-du-despotisme/#respond Sat, 21 Feb 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147343 Dans la Centrafrique de Faustin‑Archange Touadéra, l’autoritarisme n’avance plus masqué. Il parade au grand jour, fort de l’impunité qu’offre la 7ᵉ République naissante. Sous couvert d’un discours de stabilité et de patriotisme, le pouvoir a franchi une nouvelle étape : il s’arroge le droit de redéfinir qui appartient à la nation. Dans cette mécanique implacable, la […]

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Dans la Centrafrique de Faustin‑Archange Touadéra, l’autoritarisme n’avance plus masqué. Il parade au grand jour, fort de l’impunité qu’offre la 7ᵉ République naissante. Sous couvert d’un discours de stabilité et de patriotisme, le pouvoir a franchi une nouvelle étape : il s’arroge le droit de redéfinir qui appartient à la nation. Dans cette mécanique implacable, la nationalité devient une arme politique, et Anicet Georges Dologuélé, figure majeure de la vie politique du pays, une cible emblématique.

Par la rédaction de Mondafrique

Le passeport comme instrument de chantage politique

Depuis quelques temps, la rumeur enfle dans les chancelleries : Touadéra aurait conditionné la restitution du passeport centrafricain de Dologuélé à une reconnaissance publique de sa victoire électorale. Ce qui, ailleurs, relèverait de la pure fantaisie autoritaire se banalise à Bangui.

Les documents d’état-civil, jadis symboles d’appartenance commune, deviennent outils de contrôle personnel. Le passeport, censé incarner la citoyenneté, se transforme en laisse politique. Dans cette République qui contourne toutes les règles de droit, la question n’est plus juridique mais existentielle : qui décide désormais de qui est centrafricain ? La Constitution ou le président ?

L’apatridie comme punition

Pourtant, le Conseil constitutionnel a parlé. Le 14 novembre 2025, il le rappelle avec clarté : Dologuélé n’a jamais perdu sa nationalité centrafricaine. La plus haute juridiction du pays a tranché. Mais la loi, en Centrafrique, ne suffit plus. Le pouvoir exécutif la piétine avec méthode.

Les correspondances de l’opposant et ancien Premier ministreadressées au ministère de l’Intérieur, à l’Assemblée nationale restent lettre morte. Et lorsqu’il dépose un dossier complet pour un nouveau passeport, c’est un mur silencieux qu’il rencontre : “instructions de la hiérarchie”.

Ainsi, un homme que le droit reconnaît comme citoyen est, par la volonté du chef de l’État, transformé en apatride dans son propre pays. L’État ne dit plus le droit ; il exerce la vengeance.

La diplomatie de la fidélité

Le même caprice s’étend au domaine symbolique. Le passeport diplomatique, jadis attribué, par tradition républicaine, aux anciens Premiers ministres ou présidents de l’Assemblée nationale, devient lui aussi objet de chantage. Touadéra aurait tranché : Dologuélé n’y aura plus droit, même s’il est réélu député. Ce privilège sera désormais réservé aux fidèles du régime.

En rompant avec deux décennies de continuité institutionnelle, le pouvoir envoie un message clair : la dignité républicaine n’est plus une fonction, elle se mérite par soumission.

Quand l’exécutif méprise la loi

Ignorer une décision du Conseil constitutionnel, ce n’est pas la manifestation d’un désordre administratif : c’est une fracture institutionnelle majeure. C’est accepter qu’un homme, fût‑il Président, s’élève au‑dessus de la loi. Or, dans la République centrafricaine de 2026, ce glissement n’est plus accidentel mais systémique. Les contre‑pouvoirs sont neutralisés, les institutions réduites au silence, et la légalité ne vaut que dans la mesure où elle sert le clan présidentiel.

Une nation confisquée

Derrière le cas Dologuélé, c’est la citoyenneté tout entière qui chancelle. Si un le chef de file de l’opposition peut être dépouillé de ses droits fondamentaux, qui peut encore se dire protégé ? La nationalité, censée unir, devient un privilège accordé sous condition. Le pouvoir a transformé le lien civique en pacte de soumission. Et ainsi se referme le piège : dans un État où la loi ne s’applique qu’à ceux qui obéissent, la République devient fiction.

Qu’elle semble loin, la Centrafrique de Boganda, terre d’union et de travail, égarée aujourd’hui dans la dérive d’un pouvoir d’un seul, aux dépens de la dignité des hommes.

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La CEMAC en panne sèche https://mondafrique.com/limage-du-jour/la-cemac-en-panne-seche/ Mon, 09 Feb 2026 05:03:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146830 La communauté d’Afrique centrale se débat dans des difficultés financières d’une ampleur inédite. L’organe dirigeant de la Communauté économique et monétaire des États d’Afrique centrale (CEMAC) est à l’arrêt, faute de ressources financières, a révélé dimanche RFI. Si le site internet de la CEMAC est muet sur le sujet, l’information figure dans une note interne […]

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La communauté d’Afrique centrale se débat dans des difficultés financières d’une ampleur inédite.

L’organe dirigeant de la Communauté économique et monétaire des États d’Afrique centrale (CEMAC) est à l’arrêt, faute de ressources financières, a révélé dimanche RFI. Si le site internet de la CEMAC est muet sur le sujet, l’information figure dans une note interne de la Commission de la CEMAC à laquelle RFI a eu accès. La note évoque une « dégradation continue» de la situation financière de l’organisation, d’une telle gravité qu’elle en menace même la survie, a rapporté le correspondant à Yaoundé de la radio. Toutes les activités prévues au budget 2026 sont suspendues. Seules les activités jugées « hautement stratégiques » seront maintenues. 

En cause, le non versement par les États membres de la taxe communautaire d’intégration supposée alimenter le budget de l’organisation d’Afrique centrale. Cette taxe est perçue par les États sur les importations mais pas reversée systématiquement à la CEMAC, comme cela devrait être le cas. Le Gabon est le seul des pays membres à avoir payé sa quote-part, à hauteur de 10,5 milliards de francs CFA en 2025. Le Cameroun, la Centrafrique, le Congo, le Gabon, la Guinée Équatoriale et le Tchad sont presque tous confrontés à des crises sécuritaires, politiques et économiques sévères. 

Le dernier message officiel du président de la Commission, l’Équato-Guinéen Baltasar Engonga Edjo’o, est un message de vœux du 31 décembre, dans lequel il a dressé, dans sa plus belle langue de bois, «un bilan positif de l’intégration régionale, marqué par une croissance de 2,7 % et le succès des projets intégrateurs.»

Le 22 janvier dernier, une session extraordinaire de la conférence des chefs d’État, accueillie par Denis Sassou N’guesso, avait reflété à mi-mots la situation financière difficile de la zone en mentionnant le rapport du gouverneur de la Banque des États de l’Afrique centrale selon lequel, compte-tenu du «contexte macroéconomique et des perspectives, des mesures urgentes et vigoureuses étaient [nécessaires] pour le redressement de la situation»

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Centrafrique : chronique d’un scrutin volé https://mondafrique.com/a-la-une/centrafrique-chronique-dun-scrutin-vole/ Sat, 10 Jan 2026 05:29:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145045 Le candidat de l’opposition Anicet-Georges Dologuélé, largement battu à la présidentielle centrafricaine du 28 décembre, dénonce des résultats provisoires frauduleux.  Par la rédaction de Mondafrique Peu après la proclamation controversée des résultats provisoires de la présidentielle du 28 décembre 2025, le candidat de l’opposition Anicet-Georges Dologuélé est sorti de son silence. Mercredi 7 janvier, lors […]

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Le candidat de l’opposition Anicet-Georges Dologuélé, largement battu à la présidentielle centrafricaine du 28 décembre, dénonce des résultats provisoires frauduleux. 

Par la rédaction de Mondafrique

Peu après la proclamation controversée des résultats provisoires de la présidentielle du 28 décembre 2025, le candidat de l’opposition Anicet-Georges Dologuélé est sorti de son silence. Mercredi 7 janvier, lors d’une conférence de presse à Bangui, le leader de l’Union pour le Renouveau Centrafricain (URCA) a livré une déclaration d’une gravité rare : il rejette catégoriquement les résultats annoncés par l’Autorité nationale des élections (ANE) et dénonce une “confiscation du suffrage populaire orchestrée par le pouvoir en place”.

Anicet-Georges Dologuélé lors d’une conférence de presse à Bangui le 7 janvier 2026.

“Ce que l’ANE appelle des résultats provisoires n’est pas le reflet du vote du peuple, mais le produit d’une fraude massive, organisée, méthodique et couverte par l’ANE elle-même”, a-t-il déclaré devant une presse attentive et visiblement troublée. Dologuélé conteste la victoire du président sortant, proclamé réélu dès le premier tour avec 76,15%, contre seulement 14,66% en sa faveur.

Une proclamation nocturne, symbole d’un régime verrouillé

Le 5 janvier, l’ANE a choisi l’heure du secret, à minuit, pour proclamer ces résultats, sans concertation, ni représentant de l’opposition ni observateur neutre. “Je n’ai pas été invité à cette cérémonie de l’entre-soi”, a révélé l’ancien Premier ministre. Le décor d’une fraude organisée semblait déjà planté : résultats publiés à des heures improbables, portions entières du territoire — dont la région de Yadé — ignorées, et déclarations chiffrées déconnectées de la réalité observée dans les bureaux de vote.

La liesse du président sortant (au premier plan, en blanc, de face) lors de la proclamation des résultats provisoires (Photo page Facebook de Renaissance).

Pendant les 24 heures de silence qu’il s’est imposé après la proclamation, Dologuélé dit avoir pris le pouls du pays : “Aucune joie, aucune célébration, seulement de la colère, de la tristesse et un profond sentiment de trahison.” Pour ajouter à la confusion, trois de ses agents de sécurité ont été interpellés après une altercation avec des membres du Groupement de la sécurité présidentielle la nuit de la proclamation des résultats. 

Une fraude institutionnalisée

Dans un réquisitoire détaillé, Dologuélé a dressé un tableau accablant des irrégularités qui, selon lui, ont entaché tout le scrutin du 28 décembre. Il évoque d’abord les listes électorales gonflées d’inscrits fictifs et de doublons massifs dès la phase d’enrôlement, puis dénonce les bourrages d’urnes, les falsifications de procès-verbaux et les manipulations flagrantes sur le terrain. À cela s’ajoute, selon lui, le refus systématique opposé aux représentants des candidats réclamant les copies des résultats, en violation ouverte de l’article 87 du Code électoral, ainsi que les “redressements arbitraires” opérés lors de la centralisation des votes, qui auraient définitivement faussé la sincérité du scrutin.

“Nous sommes face à la nullité du scrutin”, a tranché Dologuélé, rappelant que le président de l’ANE lui-même avait reconnu la violation de plusieurs procédures dans un communiqué du 29 décembre. Ce processus “vicié de bout en bout” révèle la soumission ouverte de l’ANE aux ordres du pouvoir exécutif, a martelé l’opposant: “L’ANE a failli. L’ANE a trahi. Elle a choisi son camp.”

Un appel à la résistance civique

Accusant l’ANE d’avoir “planifié et couvert la fraude au profit exclusif du candidat du pouvoir”, Dologuélé annonce la saisine du Conseil constitutionnel pour demander soit l’annulation intégrale du scrutin, soit la vérité des urnes par un recomptage national. “Notre combat est clair : nous exigerons ou la vérité des urnes, ou son annulation pure et simple.” L’opposant se veut à la fois déterminé et lucide. “On m’avait dit de ne pas participer, car tout était joué. Mais je ne pouvais pas abandonner six millions de Centrafricains dans la misère et sous une dictature qui se durcit.

Au-delà du contentieux électoral, c’est la survie même du pluralisme politique qui semble en jeu. Dologuélé fait appel à l’honneur des institutions : “J’ai confiance dans certains cadres du Conseil constitutionnel. Ils m’ont jadis prouvé leur indépendance. J’ose espérer qu’ils n’ont pas changé.” Et de conclure, dans un ton solennel qui tranche avec la peur ambiante : “Nous ne céderons pas. Nous ne nous tairons pas. Parce que la démocratie ne se proclame pas. Elle se respecte.”

Les résultats définitifs officiels de la présidentielle doivent être proclamés le 20 janvier. 

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Centrafrique, l’incroyable constellation des groupes armés https://mondafrique.com/a-la-une/lincroyable-constellation-des-groupes-armes-en-centrafrique/ Fri, 19 Dec 2025 04:40:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=93561 Les groupes rebelles armés qui se multiplient ont intensifié leurs attaques sur le territoire Centrafricain et menacent encore et toujours le rétablissement d'une vie politique normale dans ce pays.

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Les groupes rebelles armés qui se multiplient ont intensifié leurs attaques sur le territoire Centrafricain et menacent encore et toujours le rétablissement d’une vie politique normale dans ce pays.
 
 
 
Les accrochages avec les forces gouvernementales ou des milices affiliées pourraient augmenter ce mois-ci. Un tour d’horizon de ces groupes rebelles permet de mieux évaluer les forces en présence.
 
Des membres du mouvement Coalition des patriotes pour le changement (CPC), en janvier 2021. AFP – ALEXIS HUGUET
 
La Coalition des patriotes pour le changement (CPC) :
 
Créée en décembre 2020 à la veille de l’élection présidentielle centrafricaine, avec l’objectif de renverser le président Touadéra et de chasser les russes de Wagner, la CPC réunit les groupes armés les plus puissants du pays, à savoir  le Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC), le mouvement Retour, réclamation et réhabilitation (3R), l’Unité pour la paix en Centrafrique (UPC), le Mouvement patriotique pour la Centrafrique (MPC) et les deux principales factions anti-balaka (Mokom et Ngaissona). D’autres mouvements tels que le PNRC ou la coalition Siriri n’ont pas officiellement rallié cette coalition mais gravitent autour via des alliances et une mobilité des miliciens d’un groupe à l’autre.
 
L’initiateur et principal coordonnateur de la CPC est l’ancien président centrafricain François Bozizé, bien que ce leadership soit parfois contesté. La coalition comprend aussi deux importants chefs de guerre sous sanction onusienne, Nourredine Adam, du Front Populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC) et Ali Darassa de l’Unité pour la paix en Centrafrique (UPC). 
 
La CPC a été très active dans les mois qui ont suivi sa création. La coalition a tenté de perturber le scrutin présidentiel du 27 décembre 2020 et a même lancé, en janvier 2021, une attaque sur Bangui, qui a été repoussée. L’échec de cette attaque est en partie dû au manque de coordination entre les différents groupes armés de la coalition. S’en est suivi une contre-offensive menée par les forces centrafricaines et leurs alliés russes et rwandais, qui a chassé les rebelles de plusieurs grandes villes, les repoussant vers les zones frontalières avec le Tchad, le Soudan, le Sud-Soudan et la RDC, et vers le triangle Ouadda, Sam-Ouandja, Ouanda-Djallé.
 
Malgré ce repli, la CPC s’est restructurée à partir de fin 2022, augmentant les attaques contre les forces gouvernementales, notamment avec des nouvelles méthodes encore jamais observées en Centrafrique. Les attaques non revendiquées de bases des FACA et de Wagner, notamment à Ndele et Bossangoa, avec des drones artisanaux, sont sans doute à mettre au crédit de la CPC. Malgré sa structure unifiée, la CPC peine encore à se coordonner, offrant une certaine marge de manœuvre aux groupes la constituant.
 
 

Les groupes constituant la CPC « 

À la demande de la France, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté des sanctions à l’encontre du chef de l’UPC, l’un des groupes armés les plus puissants de Centrafrique, le général Ali Darassa
 
 L’Unité pour la Paix en Centrafrique (UPC)
 
Principalement active dans le centre et sud-est de la RCA (préfectures de la Ouaka, Basse-Kotto, Haute-Kotto, Mbomou, Haut-Mbomou), l’UPC est dirigé par Ali Darassa, également chef militaire de la CPC. L’UPC, majoritairement composé de peuls, prétend défendre cette communauté d’éleveurs. La force militaire du groupe est en partie due à ses effectifs de plusieurs milliers d’hommes, à son armement et à l’efficacité de son commandement militaire, ainsi qu’à son accès aux frontières avec le Sud Soudan, à partir d’où il peut s’approvisionner en armement et matériel. Le groupe a en effet pris l’habitude d’acheter des armes et des munitions dans la province Sud-Soudanaise de Tamboura.
 
L’UPC a subi un revers début 2021 avec la trahison de Hassan Bouba, numéro 2 du groupe, retourné par Wagner et le gouvernement. Actuellement ministre de l’élevage, Hassan Bouba a alimenté les autorités centrafricaines en renseignements concernant la CPC et est même parvenu à enrôler des officiers de l’UPC et leurs hommes pour se battre aux côtés de Wagner et du gouvernement.
 
La contre-offensive menée par les forces pro-gouvernementale depuis début 2021 a poussé le groupe à déplacer ses forces du centre du pays vers l’est, notamment vers les zones diamantifères au nord de Bria, ainsi que dans les sous-préfectures d’Ouadda et de Sam- Ouandja, début mai 2022.
 
L’UPC doit depuis 2023 affronter un nouvel ennemi dans le Mbomou et le Haut-Mbomou : la milice d’autodéfense Azande, qui prétend défendre la communauté locale Zandé contre les exactions de l’UPC. Pour affronter cette menace, l’UPC a noué des alliances éphémères avec des factions de la Lord Resistance Army.
 
 
Le général du FPRC Noureddine Adan et son garde du corps
 
Le Front Populaire pour la Renaissance de la Centrafrique (FPRC)
 
Présent dans le nord-est du pays (Vakaga, Bamingui, Haute-Kotto), le FPRC a aujourd’hui pour chef principal Nourredine Adam. Ses effectifs sont estimés à moins de 3000 hommes. Le FPRC connaît une sorte de renaissance depuis fin 2022, après avoir été profondément affaibli en 2019, lorsque les forces gouvernementales sont parvenus à briser l’alliance entre les deux principales communautés composant le groupe : les Roungas et les Goulas. Des représentants de la communauté Goula avaient alors fait sécession du FPRC pour s’associer à la communauté Kara et affronter les Roungas. Cette guerre avait abouti à la reddition de Abdoulaye Hissene, deuxième chef emblématique du FPRC après Nourredine Adam.
 
 
Resté discret sur le plan militaire depuis quelques années, Nourredine Adam, qui appartient à la communauté Rounga, est redevenu actif en 2022, en recrutant un millier d’hommes au Soudan et en y acquérant des véhicules et du matériel militaire, acheminé ensuite au nord de Birao. Il est notamment parvenu à recruter d’anciens éléments mécontents des Rapid Support Forces (RSF), milice paraétatique soudanaise, des membres de la tribu des Rizeigat fidèle à l’ancien commandant Janjawid Moussa Hilal, ainsi que des éléments arabes Misseriya. Nourredine Adam est aussi parvenu à se réconcilier avec des chefs de guerre de la communauté Goula, notamment ceux appartenant au groupe armé RPRC. C’est le cas de Mohamed Ali alias B13 ou Abdelrahman Tourkach. Tom Adam, alias Ben Laden, s’était aussi rapproché de lui, avant d’être tué par des éléments du contingent rwandais de la Minusca en juillet 2023. Ces renforts matériels et humains ont permis à Nourredine Adam de lancer plusieurs attaques en 2023 dans la Vakaga, notamment à Gordil, Sikikedé et Ndah, des localités entourées de mines d’or. En janvier et février notamment, son groupe y a infligé de lourdes pertes aux FACA et aux mercenaires de Wagner. Il est aussi parvenu à prendre en otage une vingtaine de FACA, libérés par la suite.
 
Retour, réclamation et réhabilitation, un des plus puissants et mieux armés de la RCA
 
 
Retour, Réclamation et Réhabilitation (3R)
 
Le groupe Retour, Réclamation et Réhabilitation (3R), présent au nord-ouest du pays (Nana-Mambere, Ouham-Pende, Ouham-Fafa, Lim-Pende) et dirigé par Sembé Bobbo est l’un des plus puissants et mieux armés de la RCA. Ses effectifs dépassent les 3000 éléments. Le groupe est l’un des plus actifs du pays, avec des attaques lancées très régulièrement.
 
Son leader d’origine, Sidiki Abass est décédé en 2021 à la suite d’une attaque contre l’un de ses convois. Son remplaçant Sembé Bobo est un tchadien affilié au chef de guerre Baba Laddé, qui a passé une partie de sa vie à Maroua, au Cameroun. Les 3R se revendiquent comme défenseurs des éleveurs Peuls. Ils ont régulièrement infligé des pertes aux FACA (Forces armées centrafricaines) et à Wagner, notamment via des engins explosifs improvisés et mines qui ont fait leur apparition dans le conflit centrafricain fin 2020. Le groupe multiplie les actions de guérilla, mais a également lancé des attaques d’une ampleur plus importante, comme celle sur le poste de douane de Béloko, principal point de passage de la frontière avec le Cameroun, en janvier 2023.
                                
 
Antibalaka pro-CPC
 
La mouvance antibalaka pro-CPC, majoritairement composée de Gbaya, de Sara et de Mandja, a été affaiblie par l’arrestation des chefs de ses deux principales branches, Maxime Mokom et Patrice Edouard Ngaïssona. C’est désormais l’ancien président François Bozizé qui coordonne ces miliciens, avec l’assistance de ses fils, notamment Jean-Francis, et de quelques figures historiques comme Igor Lamaka.
 
Le 3 mars, François Bozizé, par ailleurs coordonnateur de la CPC a quitté le Tchad pour partir en exil en Guinée Bissau. Les autorités tchadiennes ont également arrêté Maxime Mokom, représentant d’une des deux ailes principales du mouvement antibalaka, en février 2022, et l’ont déféré un mois plus tard devant la Cour pénale internationale à La Haye pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Mokom y a rejoint Ngaïssona, chef de l’autre aile principale du mouvement, déféré à la CPI début 2019.
 
 
 
Le Parti du Rassemblement de la Nation Centrafricaine (PRNC)
 
Officiellement représenté par Nourd Gregaza, le PRNC a été créé en 2019 par des éléments Goulas du RPRC (pro-gouvernemental) mécontents de l’application de l’accord de paix signé à Karthoum. Le groupe, militairement dirigé par Mohamed Ali alias « B13 » s’est rapproché de la CPC en 2022 et a participé à plusieurs prises d’otages, comme l’enlèvement de deux personnels de l’ONU ainsi qu’un agent de l’État en novembre 2022. Des généraux du mouvement comme Tom Adam alias Ben Laden (tué en juillet 2023) ont aussi participé à la prise d’otage d’une vingtaine de FACA en mars 2023. Auparavant, le PNRC avait participé à la guerre contre le FPRC au côté des groupes pro-gouvernementaux MLCJ et RPRC en 2020.
 
Le Mouvement Patriotique pour la Centrafrique (MPC)
 
Créé en 2015, le MPC est présent dans le centre et le nord du pays (Ouham Fafa, Nana Grebizi). Son principal leader est Mahamat al-Khatim, actuellement stationné au Tchad. Le potentiel de nuisance du groupe est aujourd’hui entravé par les rivalités internes et l’incapacité de son chef à exercer un contrôle sur ses combattants, dont certains se battent néanmoins dans les rangs de la CPC. Le groupe compterait moins de 1000 hommes, après la reddition au gouvernement d’un de ses chefs principaux, Hassan Abdramane
 
 
La coalition Siriri
 
La branche armée de la coalition Siriri a été créée en 2022 par Moustapha et Abakar Sabone qui cherchaient ainsi  à s’octroyer une place aux côtés des instances dirigeantes de la CPC. Le groupe est composé d’anciens combattants du FDPC, sans chef depuis l’arrestation d’Abdoulaye Miskine, ainsi que de mercenaires tchadiens et soudanais, dont d’anciens membres des forces de défense et de sécurité soudanaise. Ses effectifs qui ont atteint un millier d’hommes, ont néanmoins fortement diminué, à cause de problèmes de financement, le groupe ne parvenant pas à contrôler des sources de revenus régulières.
 
Le mouvement a compté à son acmé, début 2023, près d’un millier de combattants répartis au nord du pays entre la Vakaga et le Bamingui-Bangoran. Il a reçu fin 2022 un soutien logistique de la part de Shukort Allah, un officier de l’armée soudanaise proche de Musa Hilal, grand rival du général Hemetty. Il a été impliqué dans des combats contre les FACA et Wagner dans la Vakaga, notamment en janvier et février 2023.  

Groupes armés pro-gouvernementaux

 
 
Russes noirs 
 
Les Russes noirs sont d’anciens miliciens, majoritairement anti-balaka et UPC, qui ont fait défection pour devenir auxiliaires des mercenaires de Wagner sur le terrain. Leurs effectifs sont très mouvants mais pourraient atteindre 3000, dirigés par une multitude de chefs. Ils ont pris part à plusieurs massacres dans le Ouaka, notamment à Boyo et Bokolobo. Plusieurs témoignages les accusent d’être impliqués dans l’exécution de neuf ressortissants chinois travaillant dans une mine d’or à Chimbolo.
 
Chez les Russes noirs anciens anti-Balaka, on retrouve le Général Royal, qui officie entre Bakala et Lougba, le Général Akra autour de Tongo Bakary, le Général Dix-Roues autour de Boyo, le général Sossengue autour de Tagbara, et les généraux Marcelin Orogo et « Jojo » à Bambari et alentours, Des combattants de Bambari ont fait défection après l’arrestation de leur chef, le général Edmond. Les anciens UPC ayant rejoint les Russes noirs sont dirigés par trois chefs, le colonel Kiri, “Sanda”, et “Salambaye”. 
 
Anti-Balaka pro-Touadera
 
Certaines factions anti-balaka n’ont pas été recrutées en tant que « Russe noir » mais travaillent néanmoins pour le camp gouvernemental. C’est le cas des Anti-balaka de l’Ombella M’Poko- région d’origine du président Touadera- qui reçoivent leurs ordres d’un député du MCU. Actifs dans la zone entre Kemo et Damara, ils sont dirigés par Dimitri Ayoloma et Benjamin Ingdandji. Dimitri Ayoloma s’était illustré lors de la marche de la CPC sur Bangui, en janvier 2021, en affrontant les rebelles à Grimari en coordination avec les FACA.
 
 
Rassemblement Patriotique pour le Renouveau de la Centrafrique (RPRC)
 
Le RPRC est un groupe armé actuellement pro-gouvernemental, présent dans la Vakaga, créé en 2015, et principalement composé de membres de la communauté Goulas. Les principaux représentants de cette milice sont l’actuel ministre des transport Gontran Djono Ahaba et le Ministre de la justice Arnaud Djoubaye Abazene. 
 
Le RPRC a vu sa capacité fortement diminuée en 2022 après une scission du mouvement provoquée par l’assassinat de Zakaria Damane, emblématique chef militaire du groupe. Après avoir mené ses troupes dans les affrontements contre le FPRC, Damane avait décidé de se concentrer sur ses activités minières et de trafics d’armes, refusant de participer davantage à la stratégie des autorités centrafricaines d’alimenter le conflit entre Goula et Rounga. Ce refus a provoqué des dissensions avec son chef à Bangui, le ministre Djono Ahaba et a finalement abouti à l’assassinat de Damane par des mercenaires de Wagner. Ce meurtre a poussé de nombreux combattants du RPRC à rejoindre la CPC à partir de juillet 2022, après des réunions de coordinations entre représentant du RPRC, du FPRC et de l’UPC. Le mouvement fait partie des quatre groupes armés ayant annoncé leur dissolution en décembre 2022, bien que cette déclaration n’ait pas eu d’effet sur le terrain.
 
Pour rappel, RPRC a été utilisé par le gouvernement à partir de 2019 pour attaquer les positions du FPRC et affaiblir ce groupe dans la Vakaga. Le groupe est parvenu à profiter du conflit communautaire entre Rounga et Goula qui a éclaté cette même année pour recruter de nombreux combattants du FPRC issus de la communauté Goula. Le FPRC est sorti très affaibli des combats, et l’un de ses chefs principaux, Abdoulaye Hissene, s’est rendu au camp gouvernemental.
 
 
Mouvement des Libérateurs Centrafricains pour la Justice (MLCJ)
 
Le MLCJ est un autre groupe armé pro-gouvernemental mené par Gilbert Toumou Deya, actuel ministre en charge du désarmement. Le groupe, dominé par l’ethnie Kara, est présent autour de Birao, et a participé, aux côtés du RPRC, aux affrontements contre le FPRC en 2019-2020. Il a connu une défection importante en 2022, celle de son chef militaire Mahamat Deya, qui a rejoint la CPC.  A l’instar du RPRC, le MLCJ a signé son acte de dissolution en 2022, sans que cela soit suivi d’effet sur le terrain.
 
Milice Azandé Ani Kpi Gbe,
 
Ce groupe dont le nom signifie « la communauté Zandé a trop souffert/ a connu trop de morts » a été officiellement créé en 2023, et prétend protéger la communauté Zandé, majoritaire dans les préfecture du Mbomou et Haut-Mbomou, qui subit depuis des années les exactions de l’UPC et de la LRA. Cette milice qui compterait plus d’un millier d’hommes armés de fusils automatiques, issus des communautés Zandé de Centrafrique, de RDC et du Sud-Soudan, est selon plusieurs sources soutenue et financée par des députés de la majorité présidentielle, afin d’affaiblir l’UPC dans sa zone. La milice a ouvert les hostilités contre l’UPC en mars, avec l’attaque de la ville de Bambouti, frontalière avec le Sud-Soudan. Elle a récemment lancé une attaque contre les positions de l’UPC à Mboki.
 
Autres groupes pro-gouvernementaux
 
D’autres groupes, retournés par le gouvernement et largement inactifs depuis plusieurs années, ont annoncé leur dissolutions en mars 2023 : le FPRC/branche Abdoulaye Hissene, le FDPC/branche Jean Rock Sobi, le MPC/branche Hassan Adramane, la Seleka rénové, et Révolution et Justice.
 

Autres groupes armés

 
L’armée de résistance du Seigneur (LRA)
 
La LRA est considérée comme un des milices les plus meurtrières au monde. Selon l’ONU, elle a tué plus de 100.000 personnes et enlevé plus de 60 000 enfants en Centrafrique, Congo, Ouganda et Soudan du Sud pour en faire des combattants. Elle a été créée aux alentours de 1986, dans le but de renverser le régime présidentiel de Yoweri Museveni d’Ouganda. Son leader Joseph Kony a été inculpé par la CPI en 2005. Divisée en plusieurs sous-entités depuis 2011, le groupe armé a été considérablement réduit et ne représente aujourd’hui plus que 200 membres. Ces derniers mois, des alliances locales ont été signalées entre soldats de la LRA et de l’UPC. Cette coopération visait à repousser la milice Azandé, notamment à Mboki.
 
 
Les groupes armés tchadiens
 
Au moins deux groupes armés tchadiens se sont installés en RCA avec la passivité complice des autorités centrafricaines. Jusqu’ici, ces groupes n’ont pas mené d’actions armées sur le territoire centrafricain, mais sont accusés de vouloir déstabiliser le Tchad.
 
Le premier groupe, le MRST, compterait plus de 1000 hommes, en majorité des membres de la communauté Sara du sud du Tchad, stationnés près de Paoua. En avril dernier, ce groupe est accusé d’avoir mené plusieurs attaques en territoire tchadien, dans la région du Logone Oriental, poussant les autorités tchadiennes à installer une base militaire “robuste” à Goré, non loin de la frontière centrafricaine. En mai dernier, les militaires tchadiens ont annoncé avoir mené une opération conjointe avec l’armée centrafricaine pour neutraliser ce groupe. Plusieurs combattants présumés, ainsi que des civils, ont été tués lors de cette opération. Si les autorités centrafricaines arborent une collaboration de façade avec le Tchad sur le sujet, plusieurs sources évoquent à minima une passivité, voire un soutien de Bangui et de Wagner à cette rébellion.
 
Un autre groupe qui ne compterait qu’une centaine d’hommes, le RPJET, s’est installé dans la Vakaga, dans des grottes autour de Hadjar Fatnah, non loin de Birao. Il est notamment composé de membres de communautés du nord du Tchad et serait en contact avec des groupes rebelles tchadiens stationnés dans le Tibesti. Le chef de ce groupe se trouverait actuellement en France.
 
Le RPJET a publié cette année une demande officielle d’installation sur le territoire centrafricain, que la ministre centrafricaine des affaires étrangères a publiquement refusé. Néanmoins le groupe est toujours stationné non loin de Birao et a reçu quelques armes de Wagner, qui occupait jusqu’en juin dernier une base militaire avancée dans la zone. Malgré la proximité de Birao avec la frontière tchadienne, N’djamena n’a pas été autorisée à y envoyer ses militaires, comme à Paoua.

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La Russie « partenaire stratégique » des élections en Centrafrique ! https://mondafrique.com/limage-du-jour/la-russie-partenaire-strategique-des-elections-en-centrafrique/ Thu, 18 Sep 2025 05:55:40 +0000 https://mondafrique.com/?p=137874 À l’approche des élections générales du 28 décembre 2025, la République centrafricaine se retrouve dans une situation critique. Avec un déficit budgétaire de près de 4 milliards de francs CFA (environ 6 millions d’euros), le pays peine à mobiliser les ressources nécessaires pour organiser les scrutins prévus (présidentiel, législatif et municipal). Face à cette impasse, […]

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À l’approche des élections générales du 28 décembre 2025, la République centrafricaine se retrouve dans une situation critique. Avec un déficit budgétaire de près de 4 milliards de francs CFA (environ 6 millions d’euros), le pays peine à mobiliser les ressources nécessaires pour organiser les scrutins prévus (présidentiel, législatif et municipal). Face à cette impasse, la Russie s’est proposée comme partenaire stratégique. Quels sont les enjeux de cette offre qui pourrait compromettre la crédibilité du processus électoral ?

Par Barthélémy Kolapo

Le budget total requis pour les élections est estimé à 9 milliards de francs CFA (≈ 13,7 millions d’euros). À ce jour, seuls 5 milliards ont été mobilisés, entraînant déjà le report des élections locales. Ce manque de financement met en péril l’ensemble du calendrier électoral, dans un pays où les institutions démocratiques restent fragiles. Le 19 août, l’ambassadeur russe à Bangui Alexandre Bikantov a confirmé la volonté de Moscou d’apporter un soutien logistique et matériel. Ce soutien pourrait inclure l’acheminement d’équipements électoraux, la formation d’agents, et un appui technique à l’Autorité nationale des élections (ANE). Mais aucun détail n’a été fourni sur les montants ou les modalités de financement, ce qui suscite des interrogations sur la transparence de cette coopération.

Les risques sont multiples et pourraient entacher la légitimité du scrutin. L’implication russe pourrait refroidir les bailleurs traditionnels qui vont certainement exiger des garanties de neutralité. Par ailleurs, les sanctions occidentales contre la Russie compliquent les transferts financiers. Si Moscou a recours à des circuits non officiels, la RCA pourrait être exposée à des sanctions secondaires ou à une suspension de l’aide multilatérale. Malgré sa présence sécuritaire via Wagner ou ses successeurs, la Russie ne dispose pas d’une infrastructure électorale éprouvée en RCA. Le soutien proposé reste flou et ne répondra probablement pas aux standards internationaux. Les observateurs internationaux pourraient remettre en question la légitimité du scrutin, affectant la reconnaissance des résultats et la stabilité post-électorale.

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Notre portrait de Sani Yalo, le grand argentier du président Touadera https://mondafrique.com/a-la-une/notre-portrait-de-sani-yalo-le-grand-argentier-du-president-touadera/ Wed, 09 Apr 2025 21:42:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=131418 Alors que Faustin-Archange Touadéra prépare sa réélection, une séquence jouée d’avance dans un pays devenu une dictature médiocre, les militants de son parti, en majorité des commis de l’État, ont récolté 300 000 euros pour célébrer ses neuf ans au pouvoir, c’après « Africa Intelligence ». Le ministre d’État à la présidence, Sani Yalo, qui a beaucoup […]

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Alors que Faustin-Archange Touadéra prépare sa réélection, une séquence jouée d’avance dans un pays devenu une dictature médiocre, les militants de son parti, en majorité des commis de l’État, ont récolté 300 000 euros pour célébrer ses neuf ans au pouvoir, c’après « Africa Intelligence ». Le ministre d’État à la présidence, Sani Yalo, qui a beaucoup contribué au rapprochement du Tchad et de la Centrafrique l’année dernière, aurait donné à lui seul près d’un quart de cette somme

Sani Yalo aux cotés du Président Touadera

Sani Yalo est né en 1963. Il est le frère ainé de Danzoumi Amadou Yalo qui lui est mécanicien automobile de profession comme le papa Mahamat Yalo, qui fut notamment mécanicien de Bokassa dans le temps. Sani Yalo a fait son école primaire à Bangui, puis poursuit le collège et le secondaire à Bangassou avant de retourner à Bangui en 1978, pour fréquenter le lycée des Martyrs.  

Sous Kolingba, il se signale en épousant la petite sœur de Jonathan Koué (neveu du Président Kolingba). Il a profité de cette juteuse relation (beau-fils de la grande sœur président Kolingba, beau-frère à la direction de PETROCA) pour contracter plusieurs crédits à Bangui (UBAC). Ces crédits ne seront jamais remboursés. Au final, Sani Yalo s’appropriera le patrimoine de son épouse jusqu’à la rendre folle et malade. La pauvre arpente aujourd’hui les églises en France en quête de guérison et de salut divin, complètement brisée par son éphémère « époux »… 

Paris, Le Cap, Bangui à nouveau

Par la suite, l’ami Sani part en France puis en Afrique du Sud. Il rentre à Bangui fin 1995. Bozizé connaissait très bien les familles du Km5 et le frère Danzoumi Yalo « Daz’ » réparait parfois ses véhicules de Bozizé bien avant que celui-ci ne soit nommé chef d’Etat-major sous Patassé.  Il fut ensuite Directeur Général de la société de transport Sicotrans et un temps du club Tempête MOCAF. Il fut impliqué dans l’affaire Zongo Oil qui a coûté plusieurs milliards de FCFA au Trésor Public Centrafricain. En septembre 2000, une procédure judiciaire et lancée contre cette société et un mandat d’arrêt international est lancé contre Sani Yalo et ses biens sont saisis par la justice avant qu’il ne réussisse à prendre la fuite au après une tentative d’arrestation.

Il sera ensuite arrêté au Cameroun en 2002 suite au mandat d’arrêt international émis contre lui puis relâché quelques temps après.  Sani Yalo est revenu à Bangui en mars 2003 avec son éphémère mouvement. Son frère Danzoumi Yalo surnommé colonel « Daz », fut un bras droit de Bozizé dans la rébellion, devenu ensuite « chargé de missions » au Ministère de la Défense et responsable de la sécurité rapprochée de Bozizé.

Les deux frères seront emprisonnés de décembre 2003 à mars 2004, accusés de préparer un coup d’Etat. Ces arrestations interviennent suite à la rétrogradation de Karim Meckassoua, passé des Affaires étrangères à l’Education nationale à l’issue du remaniement ministériel du 14 décembre 2003 et que des « libérateurs » sont regroupés dans le nord de Bangui réclamant des compensations financières suite à leur participation au coup d’Etat de mars 2003.  Emprisonné à la Section d’enquête et de documentation (SERD),

Sani Yalo fut relâché en mars 2004 et quitta alors le pays. Il est retourné en RCA le 24 Juin 2006 où il a été condamné à huit ans de prison le 4 Août 2006 par le tribunal correctionnel de Bangui pour escroquerie, faux et corruption de fonctionnaires dans l’affaire « Zongo Oil ». Sani est également privé de tous ses droits civiques et condamné à verser 4 millions de FCFA de dommages et intérêts à l’Etat centrafricain.  Sani Yalo fera les yeux doux à la Seleka et Dazoumi rejoindra lui la Seleka.

Le retournement de Sani Yalo

Mais en avril 2013, les chefs Seleka soupçonneux arrêtent les frères Yalo. Le parquet du Tribunal de grande instance de Bangui lance début août 2013, un mandat d’arrêt contre Danzoumi pour des faits de pillages sur les sites des entreprises Orange Centrafrique, CFAO Motors et du domicile de M. Marboua « à hauteur de plusieurs milliards de francs CFA » le 24 mars, date de la prise du pouvoir par la Séléka.

Suite à ce rejet, Sani Yalo combattra la Séléka médiatiquement à travers un éphémère parti politique le Front pour la Restauration de l’unité et de la démocratie en Centrafrique.  Après son accession au pouvoir, le Président Touadéra nomme Sani Yalo Président du Conseil d’Administration du Bureau d’affrètement Routier Centrafricain (BARC) en Août 2016. Le BARC est une société d’économie mixte dont l’Etat est actionnaire minoritaire (33%), qui détient le monopole du trafic routier sous-régional et gère notamment la gare terminale routière de Bangui. Les fonds du BARC, véritable manne financière issue des flux routiers intérieurs et sous régionaux sont évidemment extrêmement importants pour le régime en place. 

Lors d’un papier précédent sur les réseaux troubles des frères Diallo en Guinée Équatoriale, nous avions pubié le droit de réponse de Sani Yalo. Le voici

Centrafrique, le droit de réponse de Sani Yalo à Mondafrique

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Camera embarquée avec une patrouille de Wagner en Centrafrique https://mondafrique.com/video/camera-embarquee-avec-une-patrouille-de-wagner-en-centrafrique/ Fri, 12 Apr 2024 09:32:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=107186   Depuis 2018, la présence du groupe Wagner en République Centrafricaine suscite la controverse. Il est critiqué pour ses activités discutables, les allégations de violations des droits de l’homme, son expansion militaire en l’absence des forces françaises, et ses relations floues avec la Russie. La présence de Wagner soulève des préoccupations quant à son impact […]

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Depuis 2018, la présence du groupe Wagner en République Centrafricaine suscite la controverse. Il est critiqué pour ses activités discutables, les allégations de violations des droits de l’homme, son expansion militaire en l’absence des forces françaises, et ses relations floues avec la Russie. La présence de Wagner soulève des préoccupations quant à son impact sur la sécurité, la stabilité et les droits de l’homme en Centrafrique.

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La Centrafrique va accueillir la première base militaire russe en  Afrique https://mondafrique.com/confidentiels/afrique/la-centrafrique-va-accueillir-la-premiere-base-militaire-russe-en-afrique/ Thu, 08 Feb 2024 21:17:17 +0000 https://mondafrique.com/?p=104830 Bien que jusqu’à présent la Russie se soit distinguée en tant que grande puissance militaire sans présence officielle sur le continent africain, cette situation est sur le point d’évoluer radicalement. En effet, Moscou s’apprête à rompre avec cette tradition en rejoignant le cortège des nations extra-africaines qui ont déjà implanté leurs bases sur le sol […]

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Bien que jusqu’à présent la Russie se soit distinguée en tant que grande puissance militaire sans présence officielle sur le continent africain, cette situation est sur le point d’évoluer radicalement. En effet, Moscou s’apprête à rompre avec cette tradition en rejoignant le cortège des nations extra-africaines qui ont déjà implanté leurs bases sur le sol africain, souvent sans définir clairement leurs objectifs ultimes.

Un article de notre partenaire  The North Africa Journal

Depuis que la Russie a commencé sa guerre contre l’Ukraine, on nous a dit que Moscou se dirigeait vers le désastre. En écho aux points de vue des gouvernements occidentaux, des groupes de réflexion et de leurs analystes, de nombreux médias nous ont dit que la Russie n’aurait pas l’endurance nécessaire pour soutenir une campagne prolongée alors que l’Occident finançait et armait l’Ukraine. Mais si les actions de la Russie en Afrique sont des indicateurs de son niveau actuel d’endurance, Moscou semble plus revigorée que jamais. Ses actions se font sentir partout sur le continent, laissant entendre que sa campagne en Ukraine ne perd pas de son élan, comme certains voudraient nous le faire croire.

La Russie rejoint le club des pays ayant des bases en Afrique

Fait intéressant, la Russie est peut-être la seule grande puissance militaire à ne pas avoir de base militaire en Afrique. Mais cela est sur le point de changer. La Russie va rejoindre une longue liste de pays non africains qui ont déjà établi des bases sur le continent, la plupart sans objectif final clair.

Rien qu’à Djibouti, nous constatons la présence de bases militaires accueillant des troupes des États-Unis, de la France, de la Chine, de l’Allemagne, de l’Espagne, de l’Italie, de la Grande-Bretagne et de la Turquie. Même le Japon a une présence à Djibouti, la seule empreinte étrangère japonaise en dehors du Japon. Ironiquement, ces troupes étrangères à Djibouti, situées exactement là où les Houthis créent toutes sortes de problèmes et perturbent le commerce maritime mondial, semblent être totalement impuissantes à empêcher les attaques des Houthis contre les navires dans le détroit de Bab el-Mandeb. Toute cette puissance de feu et pour quoi ?

Base Saoudienne à Djibouti

Voici une autre découverte amusante : l’Arabie saoudite, qui est située presque en face de Djibouti, a également une base militaire là-bas. Pourtant, la distance entre la région saoudienne d’Abha et Djibouti n’est que d’environ 450 miles. Et pourtant, les Saoudiens ont jugé important de dépenser des sommes énormes pour avoir une base de l’autre côté du détroit. Pour quoi exactement ? Plus stratégique, cependant, les Émirats arabes unis ont également une base opérationnelle avancée à l’aéroport d’Al-Khadim près de Marj en Libye. De là, nous savons que les Émirats arabes unis fournissent un soutien réel au seigneur de guerre libyen de l’est, Khalifa Haftar, dans sa guerre contre son propre peuple.

Le continent avec le plus grand nombre de troupes étrangères

De toute évidence, l’Afrique est le continent avec le plus grand nombre de troupes étrangères, et pourtant il abrite les nations les plus instables du monde. Pourquoi autant de bases ? De toute évidence, leurs missions ne semblent pas se concentrer sur la protection des routes commerciales, comme on nous l’a dit, étant donné ce que nous voyons dans le détroit de Bab el-Mandeb. Est-ce de la fierté nationale ? Une façon de montrer que les nations riches peuvent « projeter » leur influence ? Les mots clés ici sont « projeter l’influence » car comme on dit en marketing, l’image est souvent ce qui importe le plus pour construire une perception. La France avait de nombreuses bases dans le Sahel et nous avons vu comment les choses se sont terminées.

Devrions-nous donc être surpris qu’une autre puissance aussi importante que la Russie, qui travaille sans relâche pour influencer les nations non occidentales alors qu’elle mène des guerres militaires, économiques et diplomatiques avec l’Occident, veuille se joindre à la fête ? Au cours des derniers mois, il y a eu des rumeurs folles selon lesquelles la Russie s’intéressait à la construction d’une base militaire en Afrique, la première du genre. Mais alors que nous entrons dans l’année 2024, ce qui n’était que spéculation devient rapidement une réalité.

La Centrafrique, un pays instable  

Une base militaire russe en République centrafricaine (RCA) est désormais plus susceptible de se concrétiser que jamais. Les autorités de Bangui ont même désigné des terrains à Berengo, à environ 80 kilomètres de la capitale Bangui, pour que les Russes y stationnent jusqu’à 10 000 soldats. La nouvelle est très importante, car comme on insiste souvent dans l’immobilier, tout dépend de « l’emplacement, l’emplacement et l’emplacement », et l’emplacement de l’Afrique centrale ne peut pas être plus central. Les troupes russes auront la capacité de surveiller ce qui se passe en Afrique de l’Ouest, à l’est, au nord et au sud à peu près à égale distance entre le nord et le sud et plus rapidement d’est en ouest.

Mais pour la Russie, la République centrafricaine (RCA) ne sera pas une promenade de santé. Le pays est parmi les nations les plus instables du monde. C’est mortel, avec des groupes politiques, régionaux et ethniques utilisant la force et la violence pour régler des comptes et des différends. Alors que la Russie voudrait utiliser la base de Bangui pour soutenir ses opérations à travers l’Afrique et même au-delà, elle devra d’abord faire face à la situation explosive et à l’instabilité totale en RCA.

Bangui le meilleur choix pour Moscou

Premièrement, pourquoi la RCA ? Le président de la RCA, Faustin-Archange Touadera, est un fervent partisan de la Russie. Sa sécurité personnelle est assurée par des officiers du groupe Wagner. Les Russes ont été critiqués dans la protection de Touadera. Il a même déclaré en juillet 2023 que « la Russie avait aidé à sauver la démocratie de la RCA et à éviter une guerre civile ». Outre le fait que la Russie ait pu facilement convaincre Touadera de stationner ses troupes là-bas, la situation géographique de la RCA en fait un emplacement idéal pour une base avec une ambition continentale. La distance entre Bangui et Johannesburg est de moins de 2 200 miles. La distance géographique (route aérienne) entre Bangui et Tripoli en Libye est d’environ 2 000 miles. La distance entre Bangui et Djibouti à l’est est de 1 757 miles. Partout, c’est encore plus proche. Ainsi, l’armée russe aura un accès rapide aux points chauds de l’Afrique et de la péninsule arabique, étant donné que les avions de chasse supersoniques peuvent voler à plus de 1 000 miles par heure. Faites le calcul !

Une base chez Bokassa

Cela fait des mois que la création d’une base militaire russe en RCA a été annoncée par diverses sources médiatiques. Le média russe Sputnik a récemment révélé que les autorités centrafricaines ont réservé un site dédié à la Russie près de Bangui. Barengo, le futur site de la base russe, est là où se trouve un aéroport international, mais le site dispose déjà d’un ensemble de casernes qui pourraient être transformées en partie de la base. C’est aussi à Berengo que se trouvait la cour de l’éphémère Empire Centrafricain crée par Jean Bedel Bokassa dit Bokassa 1er.  En plus du groupe Wagner, la Russie compte environ 1 900 instructeurs en RCA, aidant l’armée et d’autres services de sécurité et protégeant le président.

Plaidant en faveur de l’accord, les autorités centrafricaines affirment que cette base bénéficiera à l’armée centrafricaine, qui devrait recevoir une formation supplémentaire de la part des instructeurs russes. En plus de la formation militaire, les autorités de Bangui comptent sur les soldats russes pour des tâches de sécurité étendues telles que « renforcer la sécurité territoriale », une expression qui signifie probablement que les soldats russes sont impliqués dans les conflits internes. Pour un pays confronté à des rébellions armées partout, les Russes devraient aider le gouvernement centrafricain à survivre et à reprendre une partie du territoire perdu aux divers groupes insurgés.

Accords militaro-sécuritaires avec l’Afrique

Outre la RCA, la forte présence de forces étrangères d’Amérique du Nord et d’Europe et de plus en plus d’Asie et même de nations du Golfe en Afrique, a incité la Russie à conclure des accords militaires et des accords de coopération sécuritaire avec de nombreux pays africains, tout en soulignant la nécessité d’établir des bases militaires sur le continent. Selon un rapport du ministère allemand des Affaires étrangères, Moscou souhaite avoir six bases militaires sur le continent, ciblant l’Égypte, l’Érythrée, Madagascar, la République centrafricaine, le Soudan et la Libye. Jusqu’à présent, la présence russe sur le continent s’est faite par le biais du groupe de mercenaires Wagner opérant en République centrafricaine, au Mali, au Soudan et en Libye.

Difficultés en perspectives

Mais à quoi la Russie est-elle confrontée en RCA ? Le nombre croissant de groupes rebelles armés en RCA a intensifié leurs attaques sur le territoire centrafricain et continue de menacer le rétablissement d’une vie politique normale dans ce pays. Des affrontements avec les forces gouvernementales ou des milices affiliées sont susceptibles d’augmenter dans les mois à venir.

Un aperçu de ces groupes rebelles nous permet de mieux évaluer les forces actives dans l’insurrection.

 

 

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