Bénin - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/benin/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Tue, 03 Mar 2026 13:03:52 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.3 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg Bénin - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/benin/ 32 32 La force armée de la Cedeao toujours virtuelle https://mondafrique.com/limage-du-jour/force-en-attente-de-la-cedeao-mirage-ou-realite/ https://mondafrique.com/limage-du-jour/force-en-attente-de-la-cedeao-mirage-ou-realite/#respond Tue, 03 Mar 2026 05:10:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147989 Annoncée, promise, oubliée, puis remise au goût du jour, revoilà le projet de la CEDEAO de déployer une force armée. Fin février 2026 à Freetown, l’organisation a décidé d’envoyer un signal fort. Sur le papier, l’annonce est ambitieuse. Dans la pratique, de nombreux obstacles restent à surmonter. Depuis plus de vingt ans, la Force armée […]

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Annoncée, promise, oubliée, puis remise au goût du jour, revoilà le projet de la CEDEAO de déployer une force armée. Fin février 2026 à Freetown, l’organisation a décidé d’envoyer un signal fort. Sur le papier, l’annonce est ambitieuse. Dans la pratique, de nombreux obstacles restent à surmonter.

Depuis plus de vingt ans, la Force armée de la CEDEAO (FAA), toujours en attente,ressemble à une arlésienne : toujours invoquée mais jamais visible sur le terrain. Son ancêtre, l’ECOMOG, avait marqué les années 1990 lors des guerres au Liberia et en Sierra Leone, laissant derrière elle une réputation entachée par de graves violations des droits humains. Depuis, et malgré les crises majeures qui ont secoué et secouent toujours l’Afrique de l’Ouest, la nouvelle version de cette force régionale n’a jamais été à l’œuvre.

Freetown : le retour des promesses

Selon les chefs d’état-major ouest-africains réunis en Sierra Leone, un premier contingent d’environ 2 000 soldats serait opérationnel d’ici fin 2026. L’objectif affiché : répondre à la montée en puissance des groupes armés affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique, dont les actions s’étendent du Sahel vers les États côtiers.

L’initiative vise également à restaurer l’image d’une organisation souvent critiquée pour son activisme politique mais jugée peu efficace sur le plan sécuritaire.

Cependant, au-delà de l’effet d’annonce, les interrogations demeurent.

Le défi des effectifs et des financements

Deux mille hommes : le chiffre apparaît modeste au regard de l’ampleur de la menace. Les groupes armés actifs dans la région comptent des milliers de combattants aguerris et mobiles. Dans un espace aussi vaste que l’Afrique de l’Ouest, marqué par des zones forestières, sahéliennes et côtières difficiles à contrôler, cet effectif ne pourra jouer qu’un rôle symbolique.

Autre obstacle majeur : l’argent. Déployer une force régionale crédible suppose des moyens lourds : transport aérien, renseignement, équipements adaptés, primes de risque, soutien logistique continu. Or, le financement de l’opération n’est pas encore bouclé. Sans ressources stables, la Force en attente pourrait demeurer fidèle à son appellation : en attente… de financements.

Les plus grandes difficultés sont politiques

Mais au-delà des problèmes pratiques, les obstacles majeurs sont bien entendu d’ordre politique. Les États les plus touchés par les groupes armés djihadistes le Mali, le Burkina Faso et le Niger, désormais regroupés au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES) ont claqué la porte de la CEDEAO. Sauf improbable retournement diplomatique, il n’est donc pas question que la Force en attente se déploie sur leur territoire. Autrement dit, l’organisation entend combattre une menace dont l’épicentre se situe précisément en dehors de son périmètre politique actuel.

Mais la difficulté ne s’arrête pas là. Deux membres de la CEDEAO, le Bénin et le Nigeria, se sont réunis à Cotonou le 27 février pour formaliser une stratégie sécuritaire transfrontalière : coordination des patrouilles, partage de renseignements, opérations conjointes, surveillance accrue des flux. La France a été sollicitée pour les accompagner, notamment en matière de renseignement.

Mauvaise manière

Alors même que la CEDEAO annonce solennellement l’activation de sa Force en attente, deux de ses États membres choisissent de coopérer avec l’appui d’un partenaire extérieur. C’est une très mauvaise manière faite à l’organisation sous-régionale. Cette initiative traduit aussi un manque de confiance dans l’efficacité de la communauté économique ouest-africaine. Ce choix risque, en prime, d’alimenter davantage la méfiance de l’AES vis-à-vis de ses voisins côtiers. Voir Abuja et Cotonou renforcer leur coopération sécuritaire avec Paris ne pourra qu’attiser les discours sur l’ingérence extérieure et le manque de solidarité strictement africaine.

Enfin, si le Nigeria, première puissance militaire de la région et contributeur essentiel aux opérations de la CEDEAO, investit prioritairement dans des cadres bilatéraux, cela fragilise la FAA, qui risque de manquer de l’impulsion politique et des moyens humains qui conditionnent sa crédibilité.

La Force en attente pourrait bien rester fidèle à sa réputation : une promesse récurrente dans les discours, mais toujours incertaine dans les faits.

 

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Le Bénin recherche toujours l’auteur du coup d’État manqué https://mondafrique.com/limage-du-jour/le-benin-recherche-toujours-lauteur-du-coup-detat-manque/ https://mondafrique.com/limage-du-jour/le-benin-recherche-toujours-lauteur-du-coup-detat-manque/#respond Fri, 27 Feb 2026 05:45:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147718 Une forte récompense est promise par l’avis de recherche de la police béninoise en échange d’informations permettant de retrouver neuf personnes, au premier rang desquelles le lieutenant-colonel Pascal Tigri, dans le cadre du coup d’État déjoué au Bénin le 7 décembre dernier. Avec Tigri, qui a servi dans la lutte antiterroriste dans le nord du […]

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Une forte récompense est promise par l’avis de recherche de la police béninoise en échange d’informations permettant de retrouver neuf personnes, au premier rang desquelles le lieutenant-colonel Pascal Tigri, dans le cadre du coup d’État déjoué au Bénin le 7 décembre dernier.

Avec Tigri, qui a servi dans la lutte antiterroriste dans le nord du Bénin et dans la force des Nations unies au Mali, avant de s’autoproclamer président d’un éphémère « Conseil de la Refondation », on note Sambieni Castro et Samary Ousmane, respectivement capitaine-major et capitaine de l’armée béninoise, considérés comme co-responsables du putsch avorté. On ignore ce qui est reproché aux six autres hommes.

Le coup d’État avait tenu le Bénin en haleine pendant plusieurs heures, et avait été marqué par des tirs à la Présidence de la République, aux abords de la télévision nationale et dans le camp militaire de Togbin, près de l’aéroport de Cotonou. Les affrontements entre les mutins et la garde nationale ont fait plusieurs morts de part et d’autre mais aucun bilan sérieux n’a été rendu public. Beaucoup de détails de l’opération et de la riposte restent encore secrets. 

Appui militaire français et nigérian

Le jour même, Emmanuel Macron a déployé très vite un appui à partir de la base militaire de la France à Abidjan, en Côte d’Ivoire, qui a fourni du renseignement par drones et satellites, une surveillance aérienne et des forces spéciales au sol (intervenues au camp de Togbin) attestant soit de l’importance du Bénin, ami, pour la France, dans le nouveau contexte géopolitique de la région, soit de sa volonté de démontrer, à l’inverse de la situation deux ans plus tôt au Niger, que Paris peut maintenir par la force ses meilleurs alliés. Le président du Nigeria Bola Tinubu a également ordonné des frappes aériennes à Togbin et dans les environs puis un déploiement de troupes d’élite au sol pour procéder à des ratissages. Les deux Présidents disent s’être coordonnés avec la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest bien qu’on ignore sous quelle forme et dans quel cadre précis.  

Très vite, le Bénin et ses alliés ont dit soupçonner le Niger d’être impliqué dans cette opération de subversion, sans fournir de preuves. De son côté, le Niger accuse régulièrement le Bénin et ses alliés français de le déstabiliser à partir de la frontière, via des groupes djihadistes. Toujours est-il que Tigri a été signalé en fuite au Togo d’abord, puis dans un pays de l’Alliance des États du Sahel. Un rôle du Burkina Faso a également été évoqué par les mêmes acteurs. 

 

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La route Bénin-Niger ouverte à 1600 camions via le Nigeria https://mondafrique.com/economie/la-route-benin-niger-liberee-via-le-nigeria-pour-1600-camions/ Wed, 11 Feb 2026 05:28:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146955 Un accord entre les douanes du Nigeria, du Niger et du Bénin a permis lundi de libérer la route pour 1600 camions bloqués depuis trois mois au Nigeria. Un soulagement pour toutes les parties.  La non-réouverture de la frontière directe entre le Bénin et le Niger, pays enclavé, suite aux sanctions imposées après le renversement […]

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Un accord entre les douanes du Nigeria, du Niger et du Bénin a permis lundi de libérer la route pour 1600 camions bloqués depuis trois mois au Nigeria. Un soulagement pour toutes les parties. 

La non-réouverture de la frontière directe entre le Bénin et le Niger, pays enclavé, suite aux sanctions imposées après le renversement de Mohamed Bazoum par la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest, en août 2023, complique singulièrement, depuis lors, le passage des marchandises par le corridor naturel entre le port de Cotonou, le plus proche de Niamey, et cette dernière. La frontière restant fermée sur décision du régime militaire de Niamey – qui craint des actions françaises hostiles à partir du nord du Bénin voisin – les importateurs ont dû emprunter de nouveaux itinéraires.

Les options, pour les commerçants s’approvisionnant à partir de Cotonou, sont de traverser le fleuve en pirogue à Gaya, la ville frontière entre le Niger et le Bénin, une manœuvre longue et coûteuse, soit de passer par le Nigeria au point de jonction des trois frontières, à Kamba, puisque la frontière entre le Niger et le Nigeria est ouverte. C’est ce que faisaient depuis un an, de façon informelle, les transporteurs. Cependant, il y a trois mois, le Nigeria avait fermé l’accès dans l’attente d’un règlement officiel. Depuis lors, 1600 camions étaient bloqués à Kamba, dans l’État de Kebbi. 

Protocoles de sécurité stricts

Lundi, les chefs traditionnels, les responsables politiques et douaniers, ainsi que les commerçants se sont réunis pour applaudir le passage du convoi vers le Niger, lors d’une cérémonie officielle organisée par le gouvernement fédéral nigérian, à quelques jours du début du Ramadan. La décision avait été rendue publique deux jours plus tôt lors d’une réunion à Birnin Kebbi par le contrôleur général des douanes nigérianes, Bashir Adewale Adeniyi, qui avait dit vouloir ainsi « fluidifier les échanges commerciaux transfrontaliers tout en maintenant des protocoles de sécurité stricts. » Une délégation conduite par le directeur général des douanes nigériennes, le colonel Mahamadou Yacouba Sido, était en visite à Abuja au même moment pour tenter de débloquer la situation. Le président Bola Tinubu a approuvé cet accord contribuant à résoudre les blocages persistants qui affectent le commerce régional.

La crise avec le Bénin a conduit les autorités du Niger à privilégier l’axe Niamey-Lomé, mais cet itinéraire, beaucoup plus long, est aussi beaucoup plus périlleux, car les camions doivent traverser une zone infestée par les groupes djihadistes du Burkina. Reste qu’avec la détérioration de la situation de sécurité à la frontière entre le Niger, le Bénin et le Nigeria, sous les assauts conjugués du Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM, affilié à Al Qaïda) et d’un groupe nigérian affilié à l’État islamique, Lakurawa, le nouveau trajet ne sera pas forcément durablement plus sûr. 

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Les kamikazes de l’aéroport de Niamey ciblaient les drones https://mondafrique.com/limage-du-jour/les-kamikazes-de-laeroport-de-niamey-ciblaient-les-drones/ Sat, 31 Jan 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146209 Après Bamako, il y a seize mois, Niamey. L’attaque djihadiste qui a visé la base de l’armée de l’Air du Niger, dans la nuit du 28 au 29 janvier, a été repoussée avec son lot de ruines et de cadavres. On connaît désormais l’identité des assaillants, leur mode opératoire et leur mobile. Les dirigeants nigériens, […]

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Après Bamako, il y a seize mois, Niamey. L’attaque djihadiste qui a visé la base de l’armée de l’Air du Niger, dans la nuit du 28 au 29 janvier, a été repoussée avec son lot de ruines et de cadavres. On connaît désormais l’identité des assaillants, leur mode opératoire et leur mobile. Les dirigeants nigériens, eux, continuent de soupçonner une main étrangère.

La spectaculaire attaque conduite contre l’aéroport de la capitale du Niger a commencé à livrer ses mystères. Un communiqué du ministère de la Défense, diffusé jeudi soir, a fourni des détails précis : l’heure (00h20), la durée (une trentaine de minutes), le déroulement (« des assaillants à bord de motos arrivés tous phares éteints ») et le bilan. Côté ami : 4 militaires blessés, du matériel endommagé dont « un stock de munitions » incendié, ainsi que des dommages mineurs occasionnés dans leur fuite par les terroristes « tirant à la sauvette » sur trois aéronefs civils stationnés, dont deux de la compagnie Asky. Côté ennemi, « la vigoureuse réponse aéroterrestre a permis la neutralisation de 20 mercenaires et l’arrestation de 11 autres, dont la majorité est grièvement blessée, ainsi que la récupération d’un important matériel de guerre et des motocyclettes. »

Remerciement appuyé aux « partenaires » russes

Le communiqué signé du ministre de la Défense, le général Salifou Modi, se félicite de « la parfaite coordination du dispositif de sécurité de la base aérienne appuyé par les forces de défense et de sécurité de la ville de Niamey », qui semble attestée par la brièveté de l’accrochage. Officiellement, aucune autre force, à l’exception des partenaires russes chaudement remerciés par le chef de l’État, n’a participé à ces événements. Ni les 350 Italiens déployés à l’aéroport de Niamey dans le cadre de la Mission bilatérale de soutien à la République du Niger ni la nouvelle force unifiée de l’Alliance des États du Sahel, également logée à la base 101, qui réunit des soldats du Niger, du Mali et du Burkina Faso. 

Prisonniers capturés après l’attaque. Capture d’écran.

Bien sûr, il y a ce que le communiqué ne précise pas. Il ne dit pas, par exemple, que le troisième aéronef touché par des balles est ivoirien. La mauvaise relation entre les autorités de Niamey et d’Abidjan explique cette omission. Il ne fournit pas non plus les détails matériels des destructions. Des appareils militaires ont-ils été endommagés ? Selon des sources de Mondafrique, c’est notamment le cas d’un Cessna détruit par un drone kamikaze. Le communiqué ne dit pas non plus comment les assaillants ont réussi à pénétrer dans une des zones les plus surveillées de la capitale, sans se faire repérer. Il ne dit pas que le passage des terroristes s’enfuyant de la base 101 vers l’aéroport civil, qui est contigu à l’aéroport militaire, a été facilité par le manque de résistance opposée par gendarmes et policiers sur place.

Il ne précise pas le rôle précis joué par les militaires russes. Mais le général Abdourahamane Tiani, qui s’est rendu dans la matinée à l’Escadrille, a, lui, publiquement remercié les « partenaires russes pour leur prompte réaction qui a permis, dans les 20 minutes suivantes, de mettre l’ennemi en déroute », ajoutant plus loin qu’ils avaient « défendu avec professionnalisme leur secteur de sécurité. » Il semble que ce sont les Russes qui ont fait fonctionner la défense anti-aérienne dans une gerbe de feu qui a illuminé, pour la première fois, le ciel nocturne de la capitale.

Un commando de l’État islamique visant les drones 

Selon une source de Mondafrique en contact avec l’État islamique au Sahel (EIS), c’est un commando de cette organisation qui serait l’auteur de l’attaque, composé de 15 motos (soit 30 hommes) et d’un véhicule 4×4 – transportant probablement les « chefs ». Selon cette source, 4 membres du groupe – peut-être les passagers de ce véhicule dont nul ne fait mention – ont réussi à s’enfuir. Les « cavaliers » à  moto étaient, eux, en mission kamikaze. Leur but : détruire les drones militaires qui gênent considérablement l’EIS dans ses déplacements au Niger, de la zone des trois frontières au nord-ouest du Nigeria (voir article plus bas.) Quatre hommes, deux Saharouis et deux Peuls, seraient entrés à Niamey début janvier pour organiser la logistique. Les motos et certains matériels auraient été achetés sur place. L’État islamique a revendiqué l’opération vendredi, dans un communiqué en arabe où le groupe dit avoir « infligé d’importants dégâts matériels à l’infrastructure militaire. » 

Selon nos informations, le responsable de l’opération est bien connu de l’armée nigérienne. Abdou Tcheyguel est l’un des principaux chefs militaires de l’EIS et bien que Nigérien, il est l’émir d’Indélimane, un village du cercle d’Ansango au Mali, fief de longue date de l’organisation. Quant au cadavre blanc de peau aux cheveux roux, dont la photo a beaucoup circulé en le faisant passer pour celui d’un Français, il s’agit de celui d’un combattant sahraoui.

Il semble bien que la capitale se préparait depuis le début de l’année à un événement de ce genre. Depuis la mi-janvier des alertes avaient été données et elles avaient d’ailleurs circulé sur les réseaux sociaux pro-Bazoum, qui ironisaient alors sur la paranoïa du général Tiani. Les mêmes acteurs en ligne ont abondamment commenté l’attaque jeudi, à travers de nombreux récits et détails invérifiables, voire inventés de toutes pièces. Le fait que ces personnes hors du pays – notamment en France – semblent se réjouir de chaque attaque contre le Niger contribue à nourrir la frustration des Nigériens vivant sur place et la théorie d’un soutien de Paris aux forces de déstabilisation locales, qu’elles soient rebelles – comme le groupe qui sabote régulièrement l’oléoduc – ou djihadistes. Abdourahamane Tiani martèle ces accusations. Il a jeudi, dans l’interview improvisée à l’Escadrille, accusé nommément Emmanuel Macron, Patrice Talon et Alassane Ouattara d’être les « sponsors » de ces « mercenaires téléguidés ». L’ambassadrice du Niger en Côte d’Ivoire a d’ailleurs été convoquée le lendemain par le ministre des Affaires étrangères à Abidjan pour s’en expliquer.

Le bras de fer politique et judiciaire engagé entre la France et le Niger sur le sort de 1000 tonnes d’uranate entreposées justement à l’aéroport, en vue d’une future vente, est une raison de plus pour que le général Tiani voie la main de Paris dans cette attaque. 

L’Etat islamique trace sa route du Mali vers le Nigeria via le Niger

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Au Bénin, des élections sous le vernis de la normalité https://mondafrique.com/confidentiels/au-benin-des-elections-sous-le-vernis-de-la-normalite/ Wed, 14 Jan 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145257   Le 11 janvier, les Béninois se sont rendus aux urnes pour élire leurs députés et leurs conseillers communaux, dans un pays qui veut afficher un visage apaisé après la tentative de coup d’État du mois dernier. Un épisode brutal, officiellement refermé, mais dont les plaies ne sont pas encore cicatrisées. Dimanche, pourtant, tout semblait […]

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Le 11 janvier, les Béninois se sont rendus aux urnes pour élire leurs députés et leurs conseillers communaux, dans un pays qui veut afficher un visage apaisé après la tentative de coup d’État du mois dernier. Un épisode brutal, officiellement refermé, mais dont les plaies ne sont pas encore cicatrisées.

Dimanche, pourtant, tout semblait « normal ». Les bureaux de vote ont ouvert et fermé sans incident notable, dans un climat présenté comme calme et maîtrisé. Près de neuf millions d’électeurs étaient appelés aux urnes, alors que le chef de l’État, au terme de son second mandat, s’apprête à quitter le pouvoir lors de la présidentielle d’avril. Une démonstration de continuité institutionnelle, après les violents événements du 8 décembre dernier.

De discrets observateurs russes

Lors de ce scrutin, aucune mission de l’Union européenne n’a été signalée, Bruxelles se faisant de plus en plus rare lors des élections en Afrique. En revanche, une présence a été remarquée : celle d’une petite délégation d’observateurs russes. Officiellement saluée par la Commission électorale nationale autonome lors d’un briefing le 9 janvier, cette mission, forte de seulement sept membres, est restée très discrète. Mentionnée aux côtés des délégations du Nigeria, de la Côte d’Ivoire, de l’Union africaine et de la Cedeao, cette présence symbolique s’inscrit dans la volonté du Bénin de diversifier ses partenariats, à l’image de nombreux pays du continent. Dans ce cadre, en juillet 2025, Moscou et Cotonou ont signé un accord de coopération militaire, permettant notamment l’accès des navires russes aux ports béninois. Pour autant, le Bénin demeure solidement ancré dans le camp occidental : les aides de la France et de la Cedeao reçues lors du putsch manqué en témoignent.

Une sécurité toujours sous tutelle régionale

Autre présence, peu mise en avant mais néanmoins très significative, celle des soldats nigérians et ivoiriens, déployés sous l’égide de la Cedeao et toujours présents sur le sol béninois. Envoyés en renfort après la tentative de renversement de Patrice Talon, ils incarnent une stabilité sous perfusion régionale bien réelle.

Entre affichage de normalité démocratique, présence militaire étrangère et nouveaux observateurs, le Bénin avance comme si tout allait très bien, madame la marquise.

 

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Emmanuel Macron ou l’art de transformer ses échecs en réussites https://mondafrique.com/politique/emmanuel-macron-ou-lart-de-transformer-ses-echecs-en-reussites/ Mon, 12 Jan 2026 05:29:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145160 Le 8 janvier, le président français a livré son discours annuel de politique étrangère. Cet exercice, censé éclairer la ligne diplomatique de la France dans un monde en proie à de multiples crises, s’est transformé en un long monologue d’autosatisfaction. Que retenir de ses propos bavards et décousus ? Par Leslie Varenne Avant-dernière conférence devant les ambassadeurs […]

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Le 8 janvier, le président français a livré son discours annuel de politique étrangère. Cet exercice, censé éclairer la ligne diplomatique de la France dans un monde en proie à de multiples crises, s’est transformé en un long monologue d’autosatisfaction. Que retenir de ses propos bavards et décousus ?

Par Leslie Varenne

Avant-dernière conférence devant les ambassadeurs avant la fin de son second quinquennat, ce discours ne restera pas dans les annales de la Ve République. Dès l’entame, Emmanuel Macron a prévenu : « ceci n’est pas un discours, et ceci a vocation à être très court, en tout cas beaucoup plus court que les années précédentes ». Le locataire de l’Élysée a pourtant parlé pendant quarante-sept minutes. Quarante-sept minutes au cours desquelles il a empilé les thèmes de manière brouillonne, fidèle à un style désormais bien connu, curieux mélange de jargon technocratique et de formules familières. Mais en guise de feuille de route pour les diplomates français, le chef de l’État s’est surtout livré à un service après-vente, vantant les mérites de sa politique étrangère quitte à prendre quelques libertés avec l’histoire.

S’agissant de l’Afrique, Emmanuel Macron a évoqué « la solidité de l’amitié avec l’Égypte » et la « remontada formidable de notre diplomatie avec le Maroc ». Le recours à un vocabulaire sportif, peu approprié à un auditoire de diplomates, prête à sourire. Il faut néanmoins reconnaître que la relation avec le Royaume avait atteint un point historiquement bas. L’Algérie, en revanche, n’a pas été citée, illustrant la volonté du locataire de l’Élysée d’évacuer les sujets qui fâchent.

« Amenons ceux qui ont faim »

Puis, le chef de l’État déclare avoir « complètement changé le logiciel » depuis Ouagadougou, tout en recyclant les mêmes thèmes qu’il égrène depuis le début de son premier quinquennat : partenariat « d’égal à égal », « jeunesse », « diasporas », « entrepreneuriat ». Vient alors le chapitre économique, au cours duquel Emmanuel Macron déplore que « trop de nos groupes se sont désinvestis du continent », alors même que, selon lui, « nous avons complètement réinventé la relation diplomatique pour la rendre plus intelligible ». Il en tire une conclusion pour le moins déroutante : « J’ai demandé là-dessus au ministre de vraiment revoir les choses en profondeur et, au fond, amenons des groupes français de plus en plus nombreux en Afrique, mais amenons ceux qui ont faim. Ceux qui ne se comportent pas bien et ceux qui n’ont pas faim, il ne faut plus les emmener. » La formule d’une brutalité assumée ou d’une maladresse sidérante, au choix, évacue d’un revers de main les contraintes économiques, juridiques et politiques qui ont conduit au désengagement des entreprises françaises ; pire encore, elle leur fait porter la responsabilité des échecs de la diplomatie française. L’État se poserait-il en juge, chargé de trier le bon grain de l’ivraie ?

Enfin vient le passage le plus intéressant pour les Africains comme pour les observateurs attentifs du continent : « On a revu, et on a eu raison de le faire, nos bases militaires. Ça a été vu comme un abandon. Détrompez-vous. On a fait avec constance les choses. On a rééquilibré le partenariat. On a enlevé la composante militaire qui n’était plus comprise par les pays et les jeunesses. On a rebâti un partenariat militaire qui est pertinent et qui a montré sa force et sa pertinence au Bénin et qu’on est en train de construire avec plusieurs autres pays. »

Fenêtre béninoise 

Ces quelques phrases elliptiques valent leur pesant d’or et pourraient se résumer ainsi : « nous sommes partis par la porte, nous revenons par la fenêtre ». Tout ce passage illustre, presque jusqu’à la caricature, la manière dont Emmanuel Macron réécrit l’histoire à son avantage, en transformant des échecs subis en choix éclairés.

Lorsqu’il affirme que « la composante militaire n’était plus comprise par les pays et les jeunesses », il évacue toute analyse des rejets, des expulsions et des ruptures diplomatiques. Quant à la référence au Bénin, présentée comme la preuve qu’« on a rebâti un partenariat militaire pertinent », elle interpelle. Car,  il ne parlait pas ici de coopération antiterroriste, mais de l’intervention discrète de forces spéciales pour faire échouer un coup d’État et garantir le maintien au pouvoir d’un président. Le « changement de logiciel » ne relève donc pas d’un renouveau, mais bien d’un retour en arrière, à une époque où la France se posait en gendarme du continent. En Afrique comme ailleurs, le Président ne change pas de logiciel : il transforme ses déboires en stratégies et ses naufrages en performances.

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Macron légitime un retour militaire discret de la France en Afrique https://mondafrique.com/limage-du-jour/macron-legitime-un-retour-militaire-discret-de-la-france-en-afrique/ Mon, 12 Jan 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145156 Dans son discours annuel devant les ambassadeurs, le 8 janvier, Emmanuel Macron a défendu sa politique africaine. Le passage consacré à l’armée française révèle surtout une réécriture habile des reculs militaires, présentés comme une brillante stratégie. C’est sans doute le passage le plus révélateur du discours présidentiel. Emmanuel Macron assume avoir « revu » les […]

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Dans son discours annuel devant les ambassadeurs, le 8 janvier, Emmanuel Macron a défendu sa politique africaine. Le passage consacré à l’armée française révèle surtout une réécriture habile des reculs militaires, présentés comme une brillante stratégie.

C’est sans doute le passage le plus révélateur du discours présidentiel. Emmanuel Macron assume avoir « revu » les bases militaires françaises en Afrique, concédant que cette évolution a été « vue comme un abandon », avant d’inviter à s’en « détromper ». Selon lui, la France aurait simplement « rééquilibré le partenariat », en supprimant une « composante militaire qui n’était plus comprise par les pays et les jeunesses ».

Cette lecture occulte pourtant l’essentiel : la réduction de la présence militaire française n’a pas été choisie, mais largement imposée, à la suite d’expulsions et de ruptures diplomatiques que le discours évacue soigneusement. Le retrait est ainsi requalifié en excellence stratégique.

La référence au Bénin, présentée comme la preuve qu’« on a rebâti un partenariat militaire pertinent » est édifiante. Le président français ne parle pas ici de coopération militaire, mais de l’intervention discrète de forces spéciales pour faire échouer une tentative de coup d’État afin de garantir le maintien au pouvoir de Patrice Talon. 

Derrière la fin des bases visibles se dessine donc une continuité. Poussée à la sortie par la grande porte, la France revient par la fenêtre des interventions, en présentant ce retour en arrière comme une réussite.

 

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Le Bénin assouplit sa frontière avec le Niger https://mondafrique.com/confidentiels/afrique/le-benin-assouplit-sa-frontiere-avec-le-niger/ Fri, 22 Nov 2024 09:41:28 +0000 https://mondafrique.com/?p=122115 Dans une note de service, la direction générale de la douane béninoise a assoupli jeudi l’entrée, le transit et la sortie des personnes et des biens en provenance et à destination du Niger, ce qui présage d’une prochaine réouverture de la frontière entre les deux pays, fermée depuis quinze mois.  Cotonou va pouvoir retrouver progressivement […]

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Dans une note de service, la direction générale de la douane béninoise a assoupli jeudi l’entrée, le transit et la sortie des personnes et des biens en provenance et à destination du Niger, ce qui présage d’une prochaine réouverture de la frontière entre les deux pays, fermée depuis quinze mois. 

Cotonou va pouvoir retrouver progressivement sa place de premier port d’approvisionnement de son grand voisin enclavé du nord, ce qui devrait faire baisser significativement le coût des marchandises importées, qui n’arrivent au Niger, actuellement, qu’après un long périple à travers le Burkina Faso en guerre à partir de Lomé. 

La note de service ordonne la libre sortie des produits importés à destination du Niger, « notamment le riz, les conserves et l’huile » et autorise la libre circulation des personnes dans les deux sens, ainsi que l’entrée des produits en provenance du Niger. A l’exception de « tous les produits vivriers cultivés au Bénin tels que le maïs, le mil et le sorgho », dont la sortie vers le Niger reste « strictement » interdite, tous les autres produits du Bénin sont autorisés à sortir. 

Reflétant les inquiétudes sécuritaires des deux pays sur la zone frontière de part et d’autre du fleuve Niger, où sont désormais déployés en force les combattants affiliés à Al Qaida, l’auteur de la note de service ordonne de « renforcer les contrôles sur les embarcations et les véhicules afin de détecter et intercepter éventuellement tout transport d’armes, de munitions ou de matériels pouvant être utilisés par les groupes armés terroristes. » 

Témoignant de l’importance de l’économie informelle et de la corruption qui prospèrent sur la frontière, la note demande « d’éviter tout rançonnement au risque de compromettre la réussite de la mission ». 

Suite au coup d’Etat du 26 juillet 2023, la relation entre les deux voisins s’est considérablement dégradée, le Bénin ayant décidé d’emboiter le pas au blocus du Niger ordonné par la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, puis aux menaces d’intervention militaire. La présence de soldats français sur le sol béninois, notamment dans le nord du pays proche de la frontière, a également nourri, à Niamey, des craintes d’infiltrations ou d’entreprises de déstabilisation hostiles. De ce fait, toutes les marchandises à destination du Niger et des Etats du nord du Nigéria, qui empruntaient jadis le corridor béninois, ont été déroutées à Lomé et doivent circuler en convois militarisés, souvent attaqués par les groupes armés terroristes, à travers le Burkina Faso. La tension, qui a été jusqu’à bloquer le chargement du pétrole brut nigérien à partir de Cotonou, est progressivement redescendue ces dernières semaines après des négociations intenses entre les deux pays. 

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Kemi Seba poursuivi pour des infractions au code militaire https://mondafrique.com/confidentiels/kemi-seba-poursuivi-pour-des-infractions-au-code-militaire/ Thu, 17 Oct 2024 17:11:48 +0000 https://mondafrique.com/?p=120273 Arrêté lundi à la sortie d’un restaurant parisien, le panafricaniste Kémi Seba est en garde-à-vue à la Direction Générale de la Sécurité Intérieure, à Levallois-Perret, pour des infractions au code militaire qui lui font encourir une peine de trente ans d’emprisonnement. Son avocat, le médiatique Juan Branco, accuse Paris de « vengeance mesquine. »  Ce ne sont […]

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Arrêté lundi à la sortie d’un restaurant parisien, le panafricaniste Kémi Seba est en garde-à-vue à la Direction Générale de la Sécurité Intérieure, à Levallois-Perret, pour des infractions au code militaire qui lui font encourir une peine de trente ans d’emprisonnement. Son avocat, le médiatique Juan Branco, accuse Paris de « vengeance mesquine. » 

Ce ne sont pas les conditions d’entrée sur le territoire français qui sont reprochées à l’activiste. Déchu de sa nationalité française le 9 juillet, pour sa « posture constante résolument anti-française, susceptible de porter gravement atteinte aux intérêts français », selon le courrier que lui avait envoyé le ministère de l’Intérieur en début d’année, Kemi Seba est arrivé légalement en France, quatre jours avant son arrestation, en possession d’un visa Schengen valide délivré par l’Espagne et d’un passeport diplomatique nigérien dument accompagné d’une note verbale et d’un ordre de mission. 

Ce qui lui est reproché désormais, à travers les infractions d’intelligence avec une puissance étrangère et d’atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation, c’est finalement la déclinaison pénale des accusations portées par l’administration française dans la procédure de déchéance. Autrement dit, un délit et un crime relevant du code militaire et appliqué d’ordinaire aux traitres et aux espions.

Son avocat y voit, lui, une atteinte grave aux libertés publiques puisqu’il s’agit, dit-il, d’un contournement des lois sur la presse qui excluent les contraintes de corps.

Venger l’humiliation 

Lors d’une conférence de presse mercredi à Levallois-Perret, Me Juan Branco a précisé que les infractions reprochées à son client « ne peuvent s’appliquer que quand vous nourrissez un conflit militaire avec la France ». Or, ce n’est pas le cas de Kemi Seba, activiste adepte de la non violence. « Il n’a jamais commis ni incité à un quelconque acte de violence. Ca ne lui est même pas reproché. Il n’a fait qu’utiliser des mots », a insisté l’avocat. De même, pas de manoeuvre dissimulée chez Kemi Seba qui, au contraire, a toujours agi publiquement. « Il n’a jamais masqué ses actions et partenariats avec de très nombreuses forces qui font contrepoids à la puissance états-unienne et à l’Occident, que ce soit le Vénézuela, Cuba, la Russie et autre. » Il a aussi publiquement déclaré, lors d’un voyage en Russie, qu’il ne fallait pas compter sur lui pour « asservir l’Afrique à de nouvelles puissances. »

Pour Me Branco, il s’agit plutôt de la construction d’un « prétexte pour détruire cet homme et, probablement, pour venger l’humiliation que ressentent une partie des dirigeants français suite à l’effondrement de ces dispositifs françafricains qui ont longtemps alimenté, y compris financièrement, les élites de ce pays. »

La garde-à-vue du suprémaciste noir peut être prolongée jusqu’à 96 heures. On ignore quelles suites lui seront données :libération pure et simple ou présentation au parquet et placement en détention. Il s’agit d’un « dossier strictement politique », puisqu’initié par le parquet avec, compte-tenu des implications géopolitiques et géostratégiques, une information très suivie des plus hautes autorités de l’Etat, a dit Me Branco. Kemi Seba pourrait aussi être expulsé au Bénin, où le Président Patrice Talon ne l’accueillera pas avec des fleurs, compte-tenu des relations de l’activiste avec l’opposition. Dans ce pays officiellement démocratique dont le Président règne sans partage, plusieurs opposants purgent actuellement de lourdes peines d’emprisonnement.

Kémi Séba, figure de l’anti colonialisme au Sahel, aurait été arrêté en France

 

 

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Kémi Séba, figure de l’anti colonialisme au Sahel, aurait été arrêté en France https://mondafrique.com/politique/kemi-seba-un-funambule-au-sahel/ Tue, 15 Oct 2024 06:59:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=112448 Si l’arrestation de Kemi Séba, le célèbre panafricaniste, n’est pas encore rendue publique ni par les autorités ni par les médias français, elle tourne en boucle depuis quelques heures sur tous les réseaux africains. L’activiste et président de l’organisation Urgences panafricanistes Kémi Séba aurait été arrêté le 14 octobre alors qu’il déjeunait dans un restaurant du […]

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Si l’arrestation de Kemi Séba, le célèbre panafricaniste, n’est pas encore rendue publique ni par les autorités ni par les médias français, elle tourne en boucle depuis quelques heures sur tous les réseaux africains. L’activiste et président de l’organisation Urgences panafricanistes Kémi Séba aurait été arrêté le 14 octobre alors qu’il déjeunait dans un restaurant du 15ème arrondissement. Les raisons de ces interpellations sont inconnues. En juillet 2024, Kemi Séba s’est vu retirer sa nationalité française, quelques semaines plus tard, les autorités nigériennes lui ont délivré un passeport diplomatique qui toutefois ne lui permettrait pas de séjourner en France sans visa.

L’activiste béninois Kémi Séba affiche résolument ses positions panafricanistes et anti françaises aux côtés des dirigeants militaires des trois pays de l’Alliance des Etats du Sahel et un terreau favorable à ses idées dans toute la région. Depuis les luttes anticoloniales et indépendantistes du XXeme siècle, le mouvement panafricaniste porté par des intellectuels, artistes et militants, promeut l’émancipation du « monde noir » centré sur le continent africain.

Un portrait signé par Olivier Vallée.

 

Le monde yoruba organise ses divinités, que l’on retrouve dans le vaudou béninois, autour d’une figure mythique entre héros et bouffon, reliant le sacré au trivial, pas loin d’un désordre nécessaire à la vérité. Les anthropologues adoptent le terme de trickster pour définir ce Janus ce qui, en français, peut paraître péjoratif. Par de nombreux aspects, Kémi Séba, de culture fon et yoruba, joue de ces répertoires.

La consolidation de la trilatérale de l’Alliance des États du Sahel a donné au leader de l’afrocentricité une position d’allié institutionnel, formant quasiment la quatrième figure du panthéon des dirigeants militaires du Sahel, dans une sorte de carré d’as où il symbolise la force toujours oubliée des nations africaines, la jeunesse. Ces jeunes citadins ont été la base de la mobilisation contre les menaces militaires françaises au Niger et une masse de manœuvre au Mali que les colonels se sont employés à détacher du populaire imam Mahmoud Dicko.

Au Burkina Faso, le ralliement des élites civiles au régime d’Ibrahim Traoré reste équivoque. Pour certains, la société burkinabé reste encore engluée dans les formes coloniales et bourgeoises de son passé récent. L’activiste Hassane Bationo, connu sous le nom de Bationo de Kyon sur les réseaux sociaux, se réclame du soutien à la transition. Il s’est institué chef du Bataillon d’Intervention Rapide (BIR) de la communication. Le BIR de l’agit-prop est, pour lui, le complément idéologique des Forces de Défenses et de Sécurité et des Volontaires de la Patrie, vivier de la popularité du capitaine Traoré.

Au Faso, l’apparition dans les médias de Kémi Séba viendra donner un brevet internationaliste et moderne à la dynamique engagée de bouleversement des messages et des acteurs de la communication. Après la prise à partie de l’ancien colon, place au revivalisme des croyances ancestrales et des traditions culturelles africaines, en rupture avec l’héritage colonial du christianisme en Afrique, particulièrement notable au Faso.

Le socle kémitique

En 2002, Kémi Séba trouve son pseudonyme : « Étoile Noire » en medu netjer (égyptien ancien). Le propagandiste fait directement référence au kémitisme, grand prêtre de l’infusion lente de cette spiritualité dans la diaspora noire française. Les accusations d’antisémitisme ont eu raison de la Tribu Ka, le groupe qu’il avait fondé pour défendre la singularité du kémitisme. Au nom de l’antisémitisme, Gérald Darmanin, le ministre français de l’Intérieur, a demandé le retrait de la nationalité française de l’activiste né à Strasbourg.

Pour Kémi Séba, l’Egypte est « la matrice civilisationnelle de (notre) peuple, comme l’enseignait le professeur Cheikh Anta Diop ». (Voyage en Egypte, 2023)

Qu’est que le kémitisme ? « C’est un mouvement spiritualiste qui promeut le retour aux ‘sources’, c’est-à-dire aux valeurs et croyances ancestrales comme seules conditions pour la renaissance de l’Afrique », explique le professeur Bony Guiblehon, enseignant-chercheur au département d’anthropologie et de sociologie de l’université de Bouaké et spécialiste des religions. Mais cette version académique du kémitisme semble molle et restreinte face à sa réinterprétation actuelle. Kémi Séba va en effet plus loin, puisant aux origines qui rejettent les religions révélées et ancrent l’Afrique dans une généalogie sacrée et pharaonique. Cela lui permet « de tirer paradoxalement (ses) références autant dans la Bible que dans le Coran mais également aux divinités de l’Égypte antique ou encore aux rastafaris », poursuit le professeur Guiblehon.

Le sociologue sénégalais Abdou Khadr Sanogo complète en soulignant que le kémitisme était, à la base, un mouvement culturel qui cherchait à prouver l’interdépendance entre les peuples noirs d’un point de vue idéologique, linguistique et culturel. On pouvait alors l’assimiler au panafricanisme et même à la négritude.

Kémi Séba introduit ainsi la Kabbale dans son bricolage idéologique.

Cet assemblage reste flou sur son contenu en matière de panafricanisme. Pourtant, l’ensemble thématique qui se dégage parait beaucoup plus riche que la caricature qui en est faite par les influenceurs stipendiés et les oukases sécuritaires. Il offre aujourd’hui une vaste palette identitaire à Kémi Séba. En Afrique, il se met à disposition de nationalismes officiels qui le récupèrent avec l’étiquette souverainiste. Par étapes, on assiste au changement de registre et de niveau pour l’activiste français, longtemps la cible des organes réactionnaires de son pays et de ceux qui en faisaient le parangon de l’antisémitisme noir.

Des Black Panthers à la lagune du Dahomey

En 2006, Jeune Afrique le présente comme le « Farrakhan français ». C’est donner beaucoup d’importance à Farrakhan, patron de « Nation of Islam », car Kémi Séba a parcouru un chemin plus complexe que l’inventeur d’un Islam africain-américain qui connaît peu d’adeptes. Au contact des Africains-Américains qu’il rencontre, bien que se situant dans un autre imaginaire, Kémi Séba assimile que le puissant mouvement hip hop d’outre-Atlantique est sensible au discours de l’afrocentricité triomphante. On cite Tupac Shakur, Sista Souljah, X-Clan, Public Ennemy, Scar-Face, Shaquille O’Neil, Erykah Badu, Lauren Hill, Dead Prez, Capone N’Noriega, Black Lyrical Terrorist : des personnalités et des groupes écoutés, admirés, adulés, du secteur A de Niamey à Dakar Fann. Avec le rap, l’Égypte ancienne se métisse de violence, d’argent et de masculinité comme modes d’affirmation.

En meeting avec son mouvement « Urgences panafricanistes ».

Kémi Séba a 21 ans seulement lorsqu’il fonde le Parti kémite, rassemblement de Noirs afrodescendants, pour la revalorisation de la dignité noire, sans victimisation. Il dénonce le jeu des puissances occidentales qui, depuis la nuit des temps, pillent l’Afrique. Suit la Tribu Ka, déjà évoquée, dissoute le 28 juillet 2006 par Nicolas Sarkozy, première organisation noire interdite sous la Ve République. A sa sortie de prison, il écrit le « Politik Street Show », qu’il joue à plusieurs reprises au Théâtre de la Main d’Or. En 2009, il est recruté par Malik Zulu Shabazz, ex-bras droit de feu Khalid Abdul Muhamad, comme porte-parole de la cellule française du New Black Panther Party. La police française le suit de près et lui interdit de quitter le territoire. Cependant, il rejoint l’Afrique et, à partir de Dakar, s’active dans l’édition, la radio et les media sociaux, sillonnant les universités à l’invitation de ses sympathisants. Il appartient à la famille béninoise Capochichi, un nom prestigieux que l’on pourrait traduire par «chef puissant»  et trouve un cadre d’expression à Cotonou, le groupe de presse de la Gazette du Golfe. Kémi Séba y tient une chronique et ajoute à son portefeuille de combat le franc CFA. La part fon et yoruba de son système de pensée prend de l’importance, et d’Afrique, il s’adresse à la diaspora noire, surtout francophone.

La rupture nigérienne

Les coups d’État, et en particulier le renversement de Mohamed Bazoum au Niger, incitent les autorités béninoises à le rappeler à l’ordre après sa participation à la grande marche de soutien au régime du général Abdourahamane Tiani à Niamey en septembre 2023. Cette démonstration de solidarité survient quelques jours après le coup d’État du 26 juillet. Les autorités béninoises le visent en mettant en garde la presse et les usagers des réseaux sociaux contre toute «apologie des coups d’État». Le groupe de presse la Gazette du Golfe, qui comprend une télévision, une radio, un hebdomadaire et des plates-formes sur internet, est suspendu le 8 août 2023 dans ce contexte. Le bras de fer avec Patrice Talon commence. Il rebondit quand Kémi Séba se range du côté nigérien dans le conflit récent de la frontière entre les deux pays, s’inscrivant délibérément comme un acteur paraétatique dans une lutte autorisant la dénonciation de l’impérialisme français et des oligarchies africaines.

La propagande française veut, dans ce cadre, en faire un agent russe, ce qui est assez drôle quand on sait le nombre de Français blancs dont les revenus proviennent de Poutine. En réalité, il semble plutôt s’agir d’un opportunisme politique encouragé par l’effondrement de la Françafrique.

Photo de famille du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) en novembre 2023. Kémi Séba est en blanc, au centre.

Le piège de la consécration ?

Dans la sphère culturelle et intellectuelle, Kémi Séba est associé aux influenceurs, au rap, à la jeunesse et il ne suscite pas de sympathie de la part des autorités religieuses musulmanes. Le kémitisme autochtone existe ainsi au Mali et s’affirme outrageusement hostile à toutes les religions, dont l’Islam, sans s’attirer les foudres du nouveau pouvoir militaire. Malgré la tentative pour amalgamer Kémi Séba à la décolonialité, maladroitement esquissée par le gouvernement français et ses relais, il s’en distingue. La plupart des militants décoloniaux actuellement en vue, de Norman Ajari à Maboula Soumahouro et Rokhaya Diallo, se réfèrent davantage aux courants de pensées anciens et récents venus des Etats-Unis qu’à l’Afrique profonde. Ces intellectuels se penchent davantage sur W.E.Dubois et le mythe du retour à Afrique que sur l’utopie d’une Égypte nègre.

Leurs conceptions contemporaines – intersectionnalité, blanchité, queer, privilège blanc – ne font pas partie de la grille d’interprétation des activistes africains comme Kémi Séba. Pour l’économiste et écrivain sénégalais Felwine Sarr, le discours simpliste du trublion pointe de vraies questions, auxquelles il faut apporter des réponses de fond.  « Le doigt de Kémi, aussi grossier puisse-t-il nous paraître, pointe une lune qui existe bel et bien et un problème qui est réel : les rapports de domination économiques, politiques et militaires, qui font que, malgré des indépendances obtenues dans les années 1960 pour la plupart des nations africaines, la décolonisation est un processus qui est loin d’être achevé », disait Felwine Sarr au journal Le Monde le 28 août 2017. Si Kémi Séba ne se préoccupe pas de reconnaissance outre-Atlantique, Harvard et d’autres universités le comptent comme une des facettes des changements de l’opinion continentale, caraïbe et africaine-américaine. Il a critiqué le troisième mandat d’Alassane Ouattara et également Alpha Condé, qui le bannit alors de Guinée pour trois ans. Plus épineux, en mai 2021, il proteste contre les actions des forces militaires du Rwanda en République démocratique du Congo, y compris les viols et le pillage des ressources naturelles. 

Le panafricaniste de 42 ans qui doit rejoindre le Faso dans quelques heures est fondamentalement un tenant de l’afrocentricité. Celle-ci se dilue pourtant, peu à peu, dans l’énonciation de questions diverses comme le franc CFA ou la souveraineté, domaines où les intellectuels professionnels et les bureaucrates reprennent aisément la main. La proximité récente avec les responsables suprêmes des pays du Sahel ressemble à une consécration pour celui qui s’est découvert une nouvelle identité à l’âge de 18 ans. Cependant, avec les années et les honneurs, il lui sera de plus en plus difficile de marcher sur la ligne de crête entre la jeunesse africaine et le pouvoir des armes.

Kemi Seba menacé de perdre la nationalité française

 

 

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