Algérie - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/algerie/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Wed, 04 Mar 2026 12:36:46 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.1 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg Algérie - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/algerie/ 32 32 Guerre en Iran: réactions africaines contrastées https://mondafrique.com/limage-du-jour/guerre-en-iran-reactions-africaines-contrastees/ https://mondafrique.com/limage-du-jour/guerre-en-iran-reactions-africaines-contrastees/#respond Thu, 05 Mar 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=148043 Quatre jours après les frappes israélo-américaines contre l’Iran, les réactions africaines se répartissent en quatre catégories : fermes, prudentes, très réservées et silencieuses. Des positions parfois inattendues. Contrairement aux réactions qui avaient surpris le monde après le déclenchement de la guerre en Ukraine, les prises de position des organisations et des capitales africaines n’ont, cette […]

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Quatre jours après les frappes israélo-américaines contre l’Iran, les réactions africaines se répartissent en quatre catégories : fermes, prudentes, très réservées et silencieuses. Des positions parfois inattendues.

Contrairement aux réactions qui avaient surpris le monde après le déclenchement de la guerre en Ukraine, les prises de position des organisations et des capitales africaines n’ont, cette fois, guère marqué les esprits.

Positions tranchées

Parmi les réactions les plus claires figure celle du Sénégal. Dakar a exprimé sa vive préoccupation face à l’escalade et condamné l’usage de la force, considéré comme une violation du droit international et une menace pour la souveraineté des États. Le gouvernement a appelé à un cessez-le-feu immédiat et au retour au dialogue. Le Premier ministre Ousmane Sonko a dénoncé une « liquidation du droit international», tout en alertant sur les conséquences économiques potentielles pour l’Afrique.

L’Afrique du Sud a également adopté une position ferme. Pretoria condamne explicitement une violation du droit international et rejette la notion de « légitime défense préventive », restant fidèle à sa diplomatie et à son positionnement au sein des BRICS.

Le Tchad a lui aussi réagi clairement en exprimant sa « profonde tristesse » après la confirmation de la mort du Guide suprême Ali Khamenei, en partageant la douleur du peuple iranien et réaffirmant l’attachement du pays aux principes de paix et de solidarité internationale. Puis, dans un second message, sûrement pour ne pas se mettre à dos les Émirats arabes unis, N’Djamena a condamné avec fermeté la riposte iranienne contre plusieurs pays du Golfe et a qualifié ces attaques d’« inacceptables ».

Le  Maroc, lui s’est rangé sans surprise du côté de Washington et de Tel Aviv. Rabat n’a formulé aucune critique des frappes américano-israéliennes et a exprimé sa solidarité avec les États arabes visés par les ripostes iraniennes. Une posture attendue et cohérente avec son alignement sur les États-Unis et sur Israël depuis la signature des accords d’Abraham.

Le camp des prudents

Dans le camp des prudents, l’Union africaine a exprimé sa « profonde préoccupation » face à l’escalade et appelé à la désescalade, évoquant les risques pour la stabilité mondiale, les marchés énergétiques et la sécurité alimentaire. La CEDEAO a adopté un ton similaire, mettant en garde contre les conséquences économiques pour l’Afrique de l’Ouest. D’autres pays ont réagi de la même manière, comme le Ghana, la Sierra Léone ou la Côte d’ivoire.

L’étrange retenue d’Alger

Plus surprenante est la prudence extrême de l’Algérie. Alger s’est contentée de regretter l’échec des négociations menées à Oman et d’appeler à la retenue, tout en exprimant sa solidarité avec les États arabes visés par les ripostes iraniennes, sans condamnation directe des frappes initiales. Une position qui tranche avec sa tradition diplomatique de non-alignement affirmé et ses bonnes relations avec Téhéran. La Tunisie s’est alignée sur son voisin.

Le silence bavard de l’AES

Enfin, le silence de l’Alliance des États du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger) reste l’un des faits les plus marquants. Un mutisme d’autant plus notable que ces trois pays ont développé une coopération militaire avec l’Iran, notamment dans le domaine des drones. Deux jours avant le déclenchement du conflit, le ministre burkinabè de la Défense se trouvait encore à Téhéran. Cette absence de réaction est parlante, elle signifie que les États de l’AES souhaitent ne pas remettre en cause leur récente reprise du partenariat entre Washington.

Au final, toutes les réactions, quelles soient prudentes ou silencieuses s’expliquent par la volonté de ne pas froisser Washington afin de ne pas subir les foudres de l’imprévisible Donald Trump.

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La Tunisie impuissante face à l’embrasement du Proche Orient https://mondafrique.com/international/la-tunisie-impuissante-face-a-lembrasement-du-proche-orient/ https://mondafrique.com/international/la-tunisie-impuissante-face-a-lembrasement-du-proche-orient/#respond Wed, 04 Mar 2026 05:25:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=148010 La modération de la réaction tunisienne à la guerre déclenchée contre l’Iran par Israël et les États-Unis sonne comme l’amorce d’une soumission aux nouveaux équilibres régionaux. Par Selim Jaziri Le temps des postures anti-impérialistes est terminé. La concrétisation des menaces israélo-américaines contre le régime iranien contraint la diplomatie tunisienne à un brutal retour aux réalités. […]

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La modération de la réaction tunisienne à la guerre déclenchée contre l’Iran par Israël et les États-Unis sonne comme l’amorce d’une soumission aux nouveaux équilibres régionaux.

Par Selim Jaziri

Le temps des postures anti-impérialistes est terminé. La concrétisation des menaces israélo-américaines contre le régime iranien contraint la diplomatie tunisienne à un brutal retour aux réalités. Le communiqué du ministère des Affaires étrangères du 1er mars, au lendemain du lancement de la campagne de bombardements contre l’Iran et de la réplique iranienne, est particulièrement révélateur.

La diplomatie tunisienne y fait état de sa « profonde préoccupation et [de sa] vive inquiétude » face à la « dangereuse escalade militaire ». Elle condamne « toute agression contre le territoire de tout État », s’alarme des risques d’un « élargissement du conflit » pour « la sécurité et la paix régionales et internationales » et proclame « son rejet absolu de toute atteinte au territoire de pays arabes frères », faisant part de sa « pleine solidarité avec l’Arabie Saoudite, le Koweït, le Qatar, Bahreïn, les Émirats Arabes Unis, la Jordanie et l’Irak », au nom de la « fraternité arabe et islamique ».

Un alignement à demi-mots

Pour la forme, Tunis pose quelques principes : « droit international », « règlement pacifique des différends », cessation des « opérations militaires », « sagesse », « retour à la table des négociations ». Des vœux pieux dénués de toute capacité d’en imposer aux belligérants ou de mobiliser d’autres puissances. Qui a amorcé l’escalade ? Quelle était la cible initiale ? Quid des victimes ? Quelles étaient les cibles sur le territoire des pays arabes ? Une guerre sans responsables, ni victimes, une simple fatalité mécanique. Aucune indignation, aucune condamnation de l’agression israélienne. Le communiqué réussit le tour de force de s’exprimer sur cette nouvelle guerre sans prononcer les mots « Israël » (ou « entité sioniste »), « Iran », « États-Unis », « bases américaines », « victimes civiles », «condoléances », sans même parler de « Ali Khamenei »… Une telle position n’est ni plus ni moins qu’un alignement à demi-mots, une soumission aux nouveaux rapports de force.

Lors des bombardements israéliens de l’Iran en juin, Tunis avait été moins ambigüe dans sa dénonciation : « cette atteinte à sa souveraineté et à sa sécurité est une violation flagrante de la charte des Nations unies et de toutes les lois et coutumes internationales ». Cette fois, le ton est bien plus mesuré.

Nouvelle donne régionale

Sous la présidence de Kaïs Saïed, Tunis avait amorcé un rapprochement remarqué avec Téhéran dont le signe le plus tangible a été le déplacement du chef de l’État en Iran à l’occasion du décès du président iranien Ebrahim Raïssi dans un crash d’hélicoptère, en mai 2024. La presse d’État triomphait alors : « Kaïs Saïed enterre le sionisme mondial à Téhéran », « Saïed met fin à quarante ans de Tunisie atlantiste ». Le 10 septembre 2025, Abbas Araghchi, le chef de la diplomatie iranienne, a fait le déplacement à Tunis. Entre-temps, les deux pays avaient amorcé en mai 2025 une coopération technologique dans le domaine de l’intelligence artificielle. Ces élans et ces amabilités ne sont plus de saison.

La direction prise par l’état des rapports de force régionaux est désormais claire : Israël n’a payé aucun prix pour le génocide à Gaza, l’accélération de l’annexion et de la colonisation de Cisjordanie et les bombardements au Liban, en Syrie, au Qatar, au Yémen. L’appui américain sans faille lui garantit une impunité totale. Les monarchies du Golfe et le Maroc coopèrent avec Israël et les États-Unis. L’Union européenne suit le mouvement. Les Nations Unies sont hors jeu. Quant aux BRICS, leurs relations commerciales avec Israël tempèrent les ardeurs de la plupart des pays du « Sud global » dans la dénonciation du génocide à Gaza.

L’espoir caressé par Kaïs Saïed de diversifier les alliances et d’équilibrer la dépendance à l’égard des pays occidentaux par le renforcement de ses liens avec la Chine et avec l’Iran a fait long feu. Même si le régime iranien parvient à négocier sa survie, l’Iran sera infréquentable et une coopération irano-tunisienne ne pourra plus offrir la moindre ressource diplomatique à la Tunisie. Le régime de Kaïs Saïed, de plus en plus isolé, n’a plus l’espace géopolitique pour se frayer une voie singulière et il doit s’ajuster aux nouvelles réalités s’il veut être épargné par de futures pressions américaines une fois la nouvelle situation régionale stabilisée.

Tunis au diapason d’Alger

L’appui d’Alger ne lui sera d’aucun secours. La position tunisienne sur cette nouvelle escalade au Proche-Orient est en réalité la copie conforme de la position algérienne. Après s’être contenté de déplorer l’échec des négociations menées au Sultanat d’Oman et l’escalade, la diplomatie algérienne a finalement proclamé sa solidarité avec les pays arabes… Et oublié au passage ses griefs à l’encontre des Émirats arabes unis que le président Tebboune qualifiait pourtant, en juillet 2025, de « micro-État », d’« État artificiel », de « nain », d’« entité hybride, dépourvue d’origine et de souveraineté », de « fabrique du mal et de la discorde », d’« usine à sédition et à dissémination de toxines idéologiques »… La « fraternité arabe » avait ses limites.

L’Algérie n’a plus les moyens de maintenir une ligne dissidente. Cette faiblesse est apparue clairement lors de son adhésion au cadre de négociation défini par le Maroc sur le dossier sahraoui. La presse marocaine jubile avec une certaine férocité, à l’instar du site « le360 » proche du Palais qui se réjouit de voir l’Algérie « orpheline du régime des Mollahs ».

Alger parvient encore à maintenir un relatif équilibre dans ses relations avec les États-Unis grâce à ses capacités de renseignement et à ses gisements de gaz de schiste. La Tunisie, elle, n’a quasiment plus aucune carte en main, à part le contrôle migratoire pour le compte de l’Europe. Elle donne un peu de profondeur stratégique à l’Algérie. La solidarité arabe reste dès lors le seul cadre protecteur pour le tandem algéro-tunisien, d’autant que l’Arabie saoudite, échaudée par la priorité donnée à Israël par la protection américaine face aux missiles iraniens et soucieuse de paraître aux yeux des opinions arabes comme le défenseur de l’État palestinien, serait le seul atout de puissance face à une domination américaine et israélienne totale sur la région.

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Sahel, la course aux satellites de surveillance https://mondafrique.com/a-la-une/sahel-la-course-aux-satellites-de-surveillance/ https://mondafrique.com/a-la-une/sahel-la-course-aux-satellites-de-surveillance/#respond Wed, 04 Mar 2026 05:01:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147998 Après la rupture de plusieurs pays du Sahel central avec les armées française et américaine, une grande course aux satellites de surveillance s’est engagée, avec de nouveaux acteurs. Mondafrique reprend ici, avec son autorisation, un article du Centre des Stratégies pour la sécurité du Sahel Sahara (Centre 4s).  Par Paul Amara Ces outils – précieux […]

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Après la rupture de plusieurs pays du Sahel central avec les armées française et américaine, une grande course aux satellites de surveillance s’est engagée, avec de nouveaux acteurs. Mondafrique reprend ici, avec son autorisation, un article du Centre des Stratégies pour la sécurité du Sahel Sahara (Centre 4s). 

Par Paul Amara

Ces outils précieux dans la lutte contre le terrorisme et les trafics de drogue, d’armes, d’or, de migrants, d’êtres humains, de cigarettes et de carburant foisonnent. Dès novembre 2023, le Mali signait un mémorandum d’entente avec l’entreprise russe Glavkomos, spécialisée dans les activités spatiales. Cet accord lui a permis d’améliorer la couverture Internet, des télécommunications, de la télévision et de la surveillance du territoire.  D‘autres pays lui ont emboité le pas, affichant des ambitions spatiales de plus en plus grandes. Ainsi envisagent-ils le lancement de satellites d’observation militaire, à plusieurs ou à titre individuel.

La surveillance militaire par satellite permet de détecter, en temps réel, des mouvements ennemis à plusieurs centaines de km à la ronde. Elle sert aussi dans l’observation continue des zones à risque, y compris dans les environnements hostiles et inaccessibles par voie terrestre. Elle facilite un suivi serré des équipements ennemis et réduit les risques humains, en permettant d’économiser les missions de reconnaissance dangereuses au sol. En survolant, plus ou moins discrètement et librement, l’espace, les satellites appuient les opérations militaires au travers d’activités d’observation, d’écoute et de communication. La visualisation par l’imagerie satellite militaire aide à localiser des camps terroristes, et d’agir en conséquence. Grâce à ces machines complexes, les armées du Sahel peuvent développer des réactions rapides face aux menaces djihadistes.

En 2026, les satellites fournissent des images de haute définition, quasiment en temps réel, assistées par l’intelligence artificielle (IA). L’interprétation de ces quantités de données est ainsi effectuée sans grand usage de l’intelligence humaine, facilitant de promptes réactions. Ce modèle de satellite de surveillance coûte, en moyenne, 300 millions d’euros. Maintenance et exploitation restent aussi onéreuses. Leur miniaturisation et leur lancement en grappes peuvent réduire ce montant jusqu’à 40%. Malgré tout, cela demeure un défi financier pour les pays du Sahel.

De nombreux pays africains se dotent de satellites espions

En cette année 2026, on estime à 410 le nombre de satellites espions en orbite, couvrant 93% de la planète. En 2020, les pays africains suivants avaient lancé des satellites : Afrique du Sud, Algérie, Angola, Égypte, Éthiopie, Ghana, Kenya, Maroc, Nigeria et Soudan. Pionniers, grâce à des décennies d’investissements stratégiques et de partenariats internationaux, l’Égypte et l’Afrique du Sud comptent, chacun, 13 satellites en orbite. Le Nigeria, avec 7 satellites, est un acteur clé en Afrique de l’Ouest. L’Algérie en possède six. Le Ghana a mis au point GhanaSat-1. Le Royaume du Maroc se montre leader, du fait de l’acquisition du satellite Mohamed VI A, d’une valeur de 500 millions de dollars. Officiellement, ce satellite évolue en vols stationnaires à des fins de télécommunications.

D’autres pays africains, surtout au Sahel, doivent coopérer avec ceux-là ou compter sur les partenaires internationaux, ou encore opérer avec des drones. Mais les capacités de surveillance et de traitement de données de ces derniers sont bien moindres que celles des satellites. En revanche, ces vecteurs aériens peuvent aussi attaquer. Les trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) ont signé avec leur nouveau partenaire stratégique, la Russie, un accord de coopération spatiale à Bamako le 23 septembre 2024. Ce protocole a été paraphé avec Glavkosmos, filiale de l’agence spatiale russe, Roscosmos.Deux satellites sont au cœur de cette ambition. L’un sera dédié aux télécommunications et promet une meilleure couverture Internet ainsi qu’une diffusion amplifiée de la radio et de la télévision. L’autre sera consacré à l’observation terrestre. Grâce à ses capacités d’imagerie à haute résolution, il devrait être d’un grand secours dans la surveillance des frontières et la prévention des risques d’insurrection.

Un satellite russo-burkinabè? 

En janvier 2026, la Russie et le Burkina Faso ont commencé à envisager la construction d’un satellite de communication destiné à accélérer la transformation numérique du Faso : ouvrir la voie à des services de connectivité, de cartographie et d’alerte précoce. Devant être conçu pour couvrir la région du Sahel, le satellite aura aussi pour vocation de sécuriser les communications gouvernementales et de renforcer la résilience des réseaux en période de crise. Parallèlement à la coopération sahélo-russe, le Niger, de son côté, a entamé une collaboration avec la Chine pour acquérir de l’imagerie satellitaire. Il coopère également avec l’Italie, qui déploie des unités de collecte d’information, de surveillance et de reconnaissance. Le cadre de cet appui est la Mission de soutien italienne à la République du Niger (MISIN), forte de 350 à 400 soldats. Le Parlement italien a autorisé cette opération, depuis 2018, pour accroitre les capacités du Niger dans sa lutte contre les différents trafics et les menaces à sa sécurité. L’attaque terroriste de l’aéroport international Hamani-Diori, à Niamey, la nuit du 28 au 29 janvier 2026, a révélé que ce site ultrasensible se trouve sous surveillance satellitaire de l’entreprise américaine Ventor Tech, spécialisée dans l’information spatiale. 

En Libye, des avions et des satellites russes surveillent les positions de Daech, à l’est et à la frontière avec l’Égypte. En Mauritanie, fin septembre 2024, le ministère de la Transformation numérique et de la Modernisation de l’Administration a annoncé le lancement d’un projet stratégique visant à créer un programme spatial national pour les nano-satellites. Le pays veut se doter d’un système spatial souverain au service de la sécurité, de la surveillance et du contrôle, ainsi que pour étendre la couverture numérique à l’ensemble du territoire national. Au Soudan, les images satellites jouent un rôle important dans la mise en évidence des atrocités commises à El Facher. Ces images sont le seul moyen permettant de suivre la situation dans une zone inaccessible et avec un réseau de communication défaillant.

Survols des pays sahéliens

Le sous-équipement de l’Afrique de l’Ouest, et particulièrement du Sahel, permet à des puissances étrangères de les survoler librement. Le jour de la Noël 2025, sur initiative du gouvernement américain, des bombardements ont visé des combattants de l’État islamique (EI) dans l’État de Sokoto, Nigeria. La raison avancée est que le Nigeria laisserait se perpétrer un génocide et une persécution des chrétiens. Après des discussions entre les deux pays, il a été décidé un mois plus tard que les avions nigérians opèreraient eux-mêmes les frappes aériennes, sur la base d’images et de données collectées par des appareils américains de surveillance. De plus, c’est le Nigeria qui choisira les cibles et son armée recevra des États-Unis des drones, des hélicoptères, des plateformes aériennes puis des pièces détachées et des systèmes de maintenance indispensables à leur exploitation, des équipements commandés par le Nigeria ces cinq dernières années mais non encore livrés. Faute d’en disposer, le Nigeria mène sa guerre contre les djihadistes à travers une surveillance aérienne américaine, qui consacre sa dépendance stratégique.

Donald Trump a menacé le Nigeria de nouvelles frappes si jamais des chrétiens étaient encore tués. Le général John Brennan, du Commandement des États-Unis pour l’Afrique (AFRICOM), a déclaré dans une interview en marge de discussions entre Washington et Abuja que le Pentagone poursuivait une coopération militaire avec les trois pays de l’AES. Il a ajouté que les États-Unis continuaient de partager des informations avec le Nigeria car le changement de partenariat, en matière sécuritaire, était parfois risqué.

À l’issue d’une embuscade attribuée à l’État islamique au grand Sahel (EIS), dans l’ouest du pays, à Tillabéri, qui a occasionné la disparition de 135 membres de la Garde nationale, le Niger pris une décision majeure. Début mai 2025, il a mis fin aux accords de coopération en matière de renseignement avec la Russie et la Turquie, dénonçant la faiblesse opérationnelle des équipements et des techniciens fournis par les deux partenaires dans le domaine du renseignement numérique. En remplacement, le Niger a engagé une société marocaine. Mais l’accord a été rompu dans l’urgence après la révélation d’un lien indirect avec un prestataire privé français. Le Niger a ordonné immédiatement le démantèlement du dispositif. Les États-Unis sont donc revenus proposer leurs services.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Algérie, noyaux d’abricot et enfance en guerre https://mondafrique.com/loisirs-culture/algerie-noyaux-dabricot-et-enfance-en-guerre/ https://mondafrique.com/loisirs-culture/algerie-noyaux-dabricot-et-enfance-en-guerre/#respond Thu, 26 Feb 2026 06:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147681 En racontant la fin de l’Algérie française à hauteur d’enfant, Patrice Guirao explore la manière dont la guerre infiltre l’ordinaire et fracture les liens. Un roman de mémoire où l’histoire collective se dépose dans les gestes les plus simples. Une chronique de Karim Saadi Avec Trois noyaux d’abricot, paru aux Au Vent des îles, Patrice […]

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En racontant la fin de l’Algérie française à hauteur d’enfant, Patrice Guirao explore la manière dont la guerre infiltre l’ordinaire et fracture les liens. Un roman de mémoire où l’histoire collective se dépose dans les gestes les plus simples.

Une chronique de Karim Saadi

Patrice Guirao

Avec Trois noyaux d’abricot, paru aux Au Vent des îles, Patrice Guirao choisit un angle délicat et risqué. Raconter la guerre d’Algérie sans la nommer frontalement, en la laissant filtrer à travers le regard d’un enfant. Sauveur ne possède ni les mots politiques ni les catégories historiques pour comprendre ce qui l’entoure. Il possède autre chose. Une sensibilité aiguë aux fissures du monde adulte.

Le roman s’ouvre sur un événement intime. Une mort dans la famille. Le deuil devient la première expérience de rupture. À travers cette scène inaugurale, le lecteur comprend que la disparition n’est pas seulement biologique. Elle annonce une série d’effacements plus vastes. Des êtres, des lieux, des certitudes.

Guirao ne cède jamais à la tentation du commentaire explicatif. La guerre se manifeste par ses effets. Une école qui ferme sans explication claire. Des conversations chuchotées. Des départs soudains. Des voisins qui ne sont plus là. Le mot partir circule comme une menace sourde. L’enfant en saisit la gravité sans en comprendre les causes.

Ce choix narratif donne au livre sa tonalité singulière. Le conflit historique se dissout dans le quotidien. Il prend la forme d’une inquiétude permanente. Un climat. Une tension dans l’air.

Le roman se distingue par son travail sensoriel. Les odeurs, les bruits, les textures composent la matière de la mémoire. Ce ne sont pas les dates ni les discours qui s’impriment d’abord. Ce sont les sensations. Une chaleur écrasante. Une odeur persistante. Un cri dans la nuit.

Les trois noyaux d’abricot du titre cristallisent cette approche. Ils sont au cœur de jeux d’enfants minutieusement codifiés. Dans ces parties, il y a des règles, des enjeux, des victoires et des pertes. Une micro-société se déploie. Elle obéit à une logique interne qui tranche avec l’arbitraire du monde extérieur.

À mesure que la situation se dégrade, ces objets prennent une valeur symbolique. Ils incarnent une tentative de maintenir un ordre face à l’instabilité croissante. Le jeu devient un espace de maîtrise. Une manière de fixer des frontières lorsque celles du pays vacillent.

Guirao restitue avec justesse la manière dont un enfant perçoit la violence. Elle n’est pas théorisée. Elle surgit. Une scène aperçue trop tôt. Un corps blessé. Une rumeur. Une peur qui circule entre les adultes. Sauveur observe sans juger. Son regard ne hiérarchise pas. Il additionne des fragments.

La relation aux figures familiales occupe une place centrale. Les adultes apparaissent à la fois protecteurs et impuissants. Ils cherchent à préserver l’enfance tout en étant eux-mêmes traversés par l’angoisse. Cette tension traverse le récit. Elle donne aux scènes domestiques une densité particulière.

L’exil comme apprentissage brutal

La question du départ s’impose progressivement. Rester ou partir. Le dilemme ne prend jamais la forme d’un débat idéologique. Il se joue dans les silences, dans les regards, dans la peur de l’inconnu. Pour l’enfant, le départ n’est pas un choix stratégique. Il est une rupture concrète. Quitter une maison. Laisser des amis. Traverser une mer.

L’exil est décrit comme une discontinuité. Le monde familier devient souvenir. Les repères se déplacent. L’école, la langue, les visages changent. Ce déplacement géographique s’accompagne d’un déplacement intérieur. Sauveur entre dans l’âge où les souvenirs cessent d’être immédiats pour devenir récit.

Le roman ne cherche pas à régler les comptes de l’histoire. Il ne distribue pas de verdicts. Il montre comment un conflit collectif traverse des existences ordinaires. Comment il fracture des voisinages. Comment il modifie les jeux d’enfants. Comment il s’inscrit dans les corps avant de s’inscrire dans les livres.

La sobriété de l’écriture renforce cette impression. Guirao évite l’emphase. Il ne dramatise pas au-delà des faits. La retenue donne aux scènes une intensité durable. Ce qui est suggéré pèse parfois plus que ce qui est montré.

Trois noyaux d’abricot s’inscrit dans la tradition des récits où l’enfance sert de révélateur. Non pas pour adoucir l’histoire, mais pour en montrer la brutalité nue. L’enfant ne dispose pas des filtres idéologiques des adultes. Il perçoit les fractures avant d’en comprendre les lignes de force.

Le livre touche par cette capacité à faire sentir l’épaisseur du quotidien en temps de crise. Il rappelle que la guerre ne se limite pas aux combats. Elle transforme les conversations, les gestes, les jeux, les rêves. Elle redessine les appartenances.

À travers Sauveur, Patrice Guirao interroge la formation d’une mémoire. Comment se construit un souvenir lorsque les événements dépassent la compréhension. Comment se fabrique une identité lorsque la terre natale devient inaccessible. Les trois noyaux d’abricot ne sont plus seulement des objets de jeu. Ils deviennent les vestiges d’un monde disparu. Une poignée de matière pour retenir ce qui s’efface.

Le roman trouve là sa portée universelle. Il parle d’Algérie, mais il parle surtout de l’enfance confrontée à la fracture historique. De ce moment où le jeu ne suffit plus à protéger du réel. De cet instant où grandir signifie aussi apprendre à porter une mémoire lourde.

Patrice Guirao, Trois noyaux d’abricot, Au Vent des îles, paru le 11 avril 2025, 240 p., 16 €.



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Les États-Unis veulent régler le conflit du Sahara occidental à tout prix https://mondafrique.com/international/les-etats-unis-veulent-regler-le-conflit-du-sahara-occidental/ Thu, 19 Feb 2026 05:30:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147295   Les 8 et 9 février, les États-Unis ont réuni à Madrid le Front Polisario, le Maroc, l’Algérie et la Mauritanie pour débloquer le règlement du conflit sur le Sahara Occidental, sur la base du plan d’autonomie proposé par le Maroc. Les Marocains sont en position de force, mais les conditions d’un accord opérationnel ne […]

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Les 8 et 9 février, les États-Unis ont réuni à Madrid le Front Polisario, le Maroc, l’Algérie et la Mauritanie pour débloquer le règlement du conflit sur le Sahara Occidental, sur la base du plan d’autonomie proposé par le Maroc. Les Marocains sont en position de force, mais les conditions d’un accord opérationnel ne sont pas, pour autant, forcément réunies. Riccardo Fabiani, directeur du programme Afrique du Nord-Moyen Orient d’International Crisis Group, décrypte pour Mondafrique les enjeux de cette réunion. 

Par Selim Jaziri

La réunion au niveau ministériel qui s’est tenue dans les locaux de l’ambassade américaine à Madrid aurait dû rester secrète. Elle était présidée par Massad Boulos, le conseiller spécial de Donald Trump pour les questions arabes et africaines, en présence de Staffan de Mistura, l’envoyé du secrétaire général des Nations unies pour le Sahara occidental.

Cette rencontre avait pour but de relancer le processus de règlement du conflit qui oppose le Maroc et le Front Polisario sur le statut du Sahara occidental depuis le retrait espagnol en 1976. Rabat revendique sa pleine souveraineté sur ce territoire au nom de liens historiques. Pour le Polisario, soutenu par l’Algérie – protagoniste pleinement engagé dans le contentieux, il s’agit d’un territoire colonisé ayant vocation à l’indépendance. Alors qu’Alger estime qu’il s’agit d’un conflit de décolonisation dont l’issue doit être négociée entre le Maroc et les représentants sahraouis, les Marocains entendent le traiter comme une question de sécurité régionale entre les quatre parties prenantes (la Mauritanie a renoncé à sa souveraineté sur la partie méridionale de l’ancien Sahara espagnol au profit du Polisario en août 1979, avant que celle-ci ne soit annexée par le Maroc). L’approche de Rabat a donc fini par s’imposer.

25 ans de statu quo

Le statu quo perdure depuis un cessez-le-feu négocié sous l’égide des Nations unies en 1991. Le Maroc contrôle de facto près de 80 % du territoire et le Polisario la partie orientale, tandis qu’un dispositif de sécurité, le « mur de sable », sépare les deux zones et qu’une force onusienne, la MINURSO, veille au respect du cessez-le-feu. L’Algérie abrite environ 175 000 réfugiés dans le camp de Tindouf.

Le plan de règlement onusien fondé sur le principe d’autodétermination prévoyait la tenue d’un référendum pour donner le choix à la population du territoire entre l’indépendance et l’intégration à l’État marocain. Mais le projet butte depuis plus de 30 ans sur la question de la définition du corps électoral. En 2002, le roi Mohamed VI a estimé que le référendum était impraticable et depuis 2007, le Maroc a mis sur la table un projet d’autonomie régionale sous souveraineté marocaine.

Pour sortir du statu quo, une première rencontre quadripartite a eu lieu en 2019 dans le cadre des Nations unies. Elle a tourné court après le retrait du Polisario qui estimait les discussions biaisées en faveur du Maroc. L’impasse diplomatique a poussé une partie du mouvement sahraoui à relancer la voie militaire. L’escalade a été contenue malgré une série d’incidents fin 2020, mais une crise ouverte a éclaté en juillet 2021 entre Rabat et Alger, aboutissant à la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays et à une course aux armements.

Un consensus diplomatique en faveur du Maroc

Ces dernières années, le Maroc a engrangé les soutiens diplomatiques, notamment celui des États-Unis qui a reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara Occidental en contrepartie du ralliement de Rabat aux accords d’Abraham et de la normalisation des relations avec Israël, le 22 décembre 2020. Par la voix d’Emmanuel Macron, la France a estimé en juillet 2024 que « l’autonomie sous souveraineté marocaine est le cadre dans lequel cette question doit être résolue ».

La résolution 2797 votée par le Conseil de sécurité des Nations unies le 31 octobre 2025 entérine le plan d’autonomie présenté par le Maroc comme la base de règlement la plus crédible. Depuis, la diplomatie américaine s’active pour ajouter la fin du conflit sahraoui au palmarès de « faiseur de paix » de Donald Trump. C’est dans cette perspective qu’a été organisée la rencontre de Madrid, dont le cadre a été limité par Massad Boulos à la mise en œuvre de la résolution 2797 et du plan d’autonomie marocain.

Forte pression exercée sur Alger et le Polisario 

Mondafrique : Comment expliquer que l’Algérie et le Polisario acceptent de prendre part à une rencontre dont le format quadripartite et la base de discussion vont à l’encontre de ce qu’ils ont toujours défendu ?

Riccardo Fabiani : Pour ce qui concerne le Front Polisario, dont il faut souligner la dépendance matérielle à l’égard de l’Algérie, il faut noter qu’il refuse de parler de « processus de négociation », mais préfère le mot « discussion ». Cette subtilité sémantique signifie qu’il entend maintenir une distance et ne pas s’engager dans une négociation sur des bases qu’il désapprouve. En réalité, il est surtout sous la menace d’un projet de loi déposé au Congrès américain en septembre 2025 qui vise à le classer comme organisation terroriste.

Quant à l’Algérie, elle a été soumise à une pression intense de la part des États-Unis. Massad Boulos s’est rendu deux fois à Alger durant les quatre derniers mois. L’Algérie doit tenir compte de son isolement croissant : elle est en crise diplomatique avec le Maroc, la France, le Mali. Son influence est en recul au Sahel, ses relations sont difficiles avec l’Europe en général. Elle se sent encerclée par ses ennemis : Israël est littéralement à sa frontière via le Maroc, les relations se sont dégradées avec la Russie depuis l’implantation des milices Wagner au Sahel et en Libye. Elle est en crise ouverte avec les Émirats arabes unis, etc.

Dans ces conditions, ce serait catastrophique pour l’Algérie d’entrer en crise avec les États-Unis, qui restent bien évidemment la puissance principale dans le monde et dans cette région. Le calcul algérien, depuis l’élection de Donald Trump, a été de rester engagé avec l’administration américaine pour la convaincre de ne pas s’aligner complètement sur le Maroc. Elle a conclu, en mai 2025, un mémorandum d’entente avec les États-Unis pour accroître la coopération en matière de défense et adopté, en juin 2025, une loi autorisant les sociétés étrangères à détenir jusqu’à 80 % des parts dans les projets miniers, pour attirer les investisseurs américains.

Mais l’Algérie est également sous la menace de sanctions américaines en vertu de la loi CAATSA (Countering America’s adversaries through sanctions Act), après avoir passé commande de 12 chasseurs et de 14 bombardiers russes. Dans ces conditions, ni l’Algérie ni le Polisario ne sont plus en mesure d’imposer leurs conditions.

Riccardo Fabiani.

Le cadre des Nations unies mis de côté

Mondafrique : L’autre élément significatif de cette rencontre n’est-il pas la mise à distance du cadre des Nations unies par les États-Unis ?

R.F. : L’engagement américain est effectivement la principale nouveauté de cette période. Depuis plus de vingt ans, ils s’étaient désengagés du conflit. Il est évident qu’ils ne croient plus du tout aux Nations unies et au multilatéralisme. On le voit avec le  «Conseil de paix» pour Gaza, qui semble avoir pour vocation d’élargir sa compétence à d’autres situations. On le voit aussi en Libye, où Massad Boulos s’efforce d’obtenir une réunification économique puis politique du pays, en contournant complètement l’ONU.

Dans le cas du Sahara, Staffan de Mistura a été invité. Américains et ONU sont censés mener conjointement les négociations. Mais la vérité, c’est que ce sont les États-Unis qui mènent réellement le jeu. De leur point de vue, et on ne peut pas leur donner tort, rien n’a avancé depuis plus de trente ans, ils sont convaincus qu’il faut tenter des approches diplomatiques complètement différentes par rapport au passé.

Mondafrique : Ce processus peut-il réussir là où l’ONU a échoué ?

R.F. : Les dirigeants du Polisario sont conscients des contraintes, mais les réfugiés, les jeunes Sahraouis, sont sur une ligne beaucoup plus radicale. Ils comprennent le besoin d’une diplomatie, les menaces de Washington, mais ils sont hostiles à une négociation sur la base proposée par le Maroc. Bachir Mostafa Saïd, le frère du fondateur du Polisario, qui est le représentant de l’opposition à la direction du Polisario, a publié un article à la veille de la réunion de Madrid pour critiquer complètement cette approche. Il estime que le Polisario est en train de céder aux pressions de l’administration Trump, mais qu’il n’a rien à y gagner. Comment imaginer que le Polisario puisse accepter l’autonomie alors que l’écrasante majorité des réfugiés y est opposée ?

Pour les Sahraouis, il y a une ligne rouge : ils sont disposés à participer à n’importe quel processus parrainé par les Américains, à discuter de l’autonomie, mais ils ne renonceront pas à un référendum qui inclut l’option de l’indépendance. Pour les Marocains, l’idée d’un référendum limité au peuple sahraoui qui mentionne l’option de l’indépendance est tout aussi inacceptable.

Dès lors, je vois deux scénarios. Le premier, c’est que les Sahraouis et les Algériens restent engagés dans ce processus à cause de la pression américaine, mais fassent durer les négociations en entrant dans des discussions extrêmement détaillées et extrêmement complexes pour retarder le moment d’un accord et de l’heure de vérité. Le second scénario, c’est que Donald Trump commence à faire pression directement sur les Algériens, le Polisario et les Marocains pour aboutir à un accord avant le mois de mai. Mais la question, ce serait alors l’opérationnalisation d’un accord obtenu dans telles conditions. On court le risque de déclencher une révolte dans les camps de réfugiés, potentiellement aussi de violence, donc de divisions au sein du Polisario, de l’apparition de nouveaux mouvements…

Vers un rapport de force frontal

Mondafrique : Que pourrait concéder le Maroc pour tenter d’amener le Polisario et l’Algérie à un accord acceptable ?

R.F. : De toutes mes conversations avec les responsables marocains, j’ai compris qu’ils ne sont pas intéressés du tout par un compromis avec l’Algérie et le Polisario, et que les conséquences de l’imposition du plan d’autonomie sur la stabilité de l’Algérie et les risques de violence dans les camps des réfugiés, ce n’est pas leur problème. Leur priorité, c’est de garder cette relation privilégiée avec les États-Unis.

Leur objectif n’est pas d’aboutir à un accord mais de bâtir une coalition de pays qui soutiennent le plan de l’autonomie et reconnaissent la souveraineté marocaine sur le Sahara pour ensuite faire voter par l’Assemblée générale des Nations unies le retrait du Sahara occidental de la liste des territoires non autonomes. À partir de là, légalement, il n’y a plus de conflit et ils auront les mains libres pour imposer leur plan.

Mondafrique : Au risque d’une nouvelle escalade militaire avec l’Algérie ?

R.F. : En réalité, ils n’ont pas peur d’une confrontation militaire parce qu’en cas de reprise des affrontements, les forces marocaines sont certaines d’avoir l’appui des États-Unis, d’Israël, de la France…

Et surtout, ils sont convaincus qu’à cause de ces rapports de force, l’Algérie ne s’engagera jamais dans une confrontation militaire et donc qu’ils ont assez de soutien diplomatique pour la forcer à accepter cette nouvelle situation.

Mondafrique : Avant d’en arriver là, que sait-on du résultat de la rencontre de Madrid ?

R.F. : C’est un peu un mystère parce que les négociateurs ont reçu la directive très claire de la part des Américains de garder le silence pour minimiser le risque d’interférences et de pressions à travers la presse de la part des bases respectives du Polisario, de l’Algérie et du Maroc. C’était une réunion préliminaire. Les détails de cette première réunion restent donc impossibles à connaître.

Ce qu’on sait, c’est qu’il n’y a pas eu d’accord, ni même de consensus. On a parlé de la formation d’un comité technique qui travaillerait sur un accord cadre qui serait ensuite approuvé à Washington au mois de mai… Mais apparemment, c’est plutôt une spéculation de la part de la presse marocaine.

 

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Le général Tiani a-t-il croisé Laurent Nunez à Alger ? https://mondafrique.com/limage-du-jour/le-general-tiani-a-t-il-croise-laurent-nunez-a-alger/ Tue, 17 Feb 2026 02:26:13 +0000 https://mondafrique.com/?p=147284 Le général Abdourahamane Tiani, chef de l’État du Niger, a-t-il croisé le ministre français de l’Intérieur à Alger ? Les visites officielles des deux hommes se sont chevauchées pendant une journée.  Dimanche et lundi, Abdourahamane Tiani avait exceptionnellement troqué son treillis contre un boubou blanc pour s’entretenir avec le président algérien, à l’occasion d’une visite […]

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Le général Abdourahamane Tiani, chef de l’État du Niger, a-t-il croisé le ministre français de l’Intérieur à Alger ? Les visites officielles des deux hommes se sont chevauchées pendant une journée. 

Dimanche et lundi, Abdourahamane Tiani avait exceptionnellement troqué son treillis contre un boubou blanc pour s’entretenir avec le président algérien, à l’occasion d’une visite de réconciliation très médiatisée après presque un an de brouille. Il a été reçu avec une importante délégation gouvernementale par un Abdelmadjid Tebboune chaleureux, désireux de ressusciter la confiance entre son pays et son voisin du sud. Le Niger avait pris ses distances avec Alger par solidarité avec le Mali, partenaire clé de Niamey au sein de l’Alliance des États du Sahel dans la lutte contre l’ennemi djihadiste commun. La relation entre Alger et Bamako est au plus mal depuis avril 2025, date à laquelle l’armée algérienne a abattu un drone malien qu’elle a accusé d’avoir survolé son territoire. 

De son côté, Laurent Nunez était à Alger lundi et mardi, pour un séjour également destiné à refermer une longue parenthèse de crise entre la France et l’Algérie. Il était reçu par son homologue Saïd Sayoud. Les deux parties espèrent, là aussi, relancer un dialogue rompu par la reconnaissance par Emmanuel Macron de la marocanité du Sahara occidental et par les assauts incessants contre l’Algérie du prédécesseur de Nunez, Bruno Retailleau.

Ces deux voyages auraient pu offrir une toute petite fenêtre d’opportunité pour une rencontre inopinée entre les officiels français et nigériens, dont les relations sont encore plus mauvaises qu’avec l’Algérie. Abourahamane Tiani accuse régulièrement le président français de déstabiliser son pays. Il a réitéré ces accusations à partir d’Alger.

 

 

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Chrétiens kabyles, droit de réponse du pasteur Nourredine Benzid https://mondafrique.com/politique/chretiens-kabyles-droit-de-reponse-du-pasteur-nourredine-benzid/ Tue, 17 Feb 2026 01:44:40 +0000 https://mondafrique.com/?p=147281 Suite à notre article du 31 janvier consacré à la persécution des chrétiens kabyles, de Charlotte Touati, le pasteur Nourredine Benzid nous a adressé le droit de réponse suivant, que nous publions ici. Voici ce que nous écrivions à son sujet :  Le 13 janvier 2026 le pasteur Nourredine Benzid était auditionné par la United […]

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Suite à notre article du 31 janvier consacré à la persécution des chrétiens kabyles, de Charlotte Touati, le pasteur Nourredine Benzid nous a adressé le droit de réponse suivant, que nous publions ici.

Voici ce que nous écrivions à son sujet : 

Le 13 janvier 2026 le pasteur Nourredine Benzid était auditionné par la United States Commission on International Religious Freedom à Washington sur la situation des chrétiens en Algérie. Pour la première fois, un pasteur kabyle exposait directement la situation devant une institution fédérale américaine : fermetures d’églises, arrestations, pressions au quotidien.

La trajectoire du pasteur Benzid est emblématique. Converti durant la décennie noire – « Ma vie a dramatiquement changé en 1993, lorsque j’ai rencontré Jésus », dit-il – il fonde en 2004 l’église évangélique de Makouda dans la wilaya de Tizi Ouzou, rassemblant entre 600 et 700 fidèles, soit l’une des plus grandes communautés chrétiennes du pays. En octobre 2019, l’église est fermée définitivement sur décision administrative confirmée par le tribunal administratif de Tizi Ouzou. Le pasteur Benzid affirme avoir déposé tous les dossiers réclamés par l’administration dès 2018. Mais l’église est bouclée sans préavis en 2019, les autorités disant n’avoir rien reçu. Le pasteur décrit aussi le chantage à l’article 87 bis du Code pénal algérien concernant les « actes terroristes et subversifs », qui sert à criminaliser les opposants, parmi lesquels les chrétiens et les Kabyles.

Le pasteur Nourredine Benzid souhaite faire la mise au point suivante :

« Ma position est claire :

  • Mon engagement concerne tous les chrétiens en Algérie, sans distinction régionale ou ethnique.
  • Je ne fais pas de politique et je ne soutiens aucun parti ; mon unique combat est de défendre la liberté de foi et le respect des croyants dans tout le pays.

Je condamne toute interprétation qui limiterait mon action à un seul groupe. Il est crucial que la vérité soit rétablie et que mes positions soient présentées avec exactitude. La Foi Et La Liberté Religieuse Ne Connaissent Ni Frontières Ni Ethnies, Et Mon Travail Reflète Cette Réalité. »

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Laurent Nunez à Alger pour réengager le dialogue https://mondafrique.com/politique/laurent-nunez-a-alger-pour-reengager-le-dialogue/ Sun, 15 Feb 2026 04:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147194 Prévue pour décembre 2025 et reportée une seconde fois en janvier, la visite tant attendue du ministre français de l’Intérieur est officiellement annoncée le 16 février. C’est Laurent Nunez lui-même qui avait fait part de son intention dans le sillage de la libération de l’écrivain franco algérien Boualem Sensal, en novembre 2024. Le voyage sanctionnera […]

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Prévue pour décembre 2025 et reportée une seconde fois en janvier, la visite tant attendue du ministre français de l’Intérieur est officiellement annoncée le 16 février. C’est Laurent Nunez lui-même qui avait fait part de son intention dans le sillage de la libération de l’écrivain franco algérien Boualem Sensal, en novembre 2024.

Le voyage sanctionnera une reprise des relations entre les deux pays, pour renouer autour des préoccupations communes d’Alger et de Paris : la coopération sécuritaire au Sahel, où la France a cédé la place à la Russie, la Turquie, les OQTF (Obligations de quitter le territoire français) si chères au précédent locataire de la place Beauvau, sujet trop souvent abordé sous un prisme électoraliste pour caresser dans le sens du poil les Français de droite et d’extrême-droite. Enfin, la France souhaite un dénouement du sort du journaliste sportif Christophe Gleize, emprisonné depuis juin 2025.

Timide reprise pour des dossiers brûlants

L’ancien préfet de police de Paris déclarait il y a deux semaines qu’il attendait une « amorce » de son homologue algérien pour une éventuelle visite à bref délai. La réponse a été confirmée lors d’un entretien entre les deux ministres de l’Intérieur le 12 février, dans le cadre des préparatifs de la visite. Le caractère crucial de ce voyage exige une compréhension mutuelle des problèmes non résolus.

Les OQTF

Ce dossier exploité à tout va par Bruno Retailleau dans sa croisade contre Alger sera abordé en dehors de son caractère politique. « Pour les OQTF, nous les avons refusées à un ministre parce qu’il se permettait de prendre des Algériens, que j’ai juré de protéger, de les mettre dans un avion et de les renvoyer en Algérie », expliquait le Président algérien lors d’une conférence avec la presse le 07 février.

Alger exige le respect du droit et l’application des accords signés entre les deux pays. L’envoi d’un ressortissant sous OQTF obéit à une procédure bien encadrée. « Si la justice ordonne leur expulsion, il y a un recours. Nous avons des accords qui régissent cela. L’Algérie doit être informée, le consul doit rendre visite à la personne frappée d’une OQTF… Si tout est en règle, il signe le laissez-passer », a poursuivi le Président algérien, rappelant la procédure en vigueur.

Côté français, l’appel lancé par Abdelmadjid Tebboune à ses ressortissants vivant de manière irrégulière en Europe de revenir au pays est perçu comme un signal et un geste facilitateur pour la reprise des flux de retour. « Nous avons posé des conditions minimalistes (…) Nous avons demandé qu’il y ait de nouveau des délivrances de laissez-passer et que les étrangers algériens en situation irrégulière puissent être de nouveau accueillis, qu’au moins le flux puisse se réamorcer », a déclaré pour sa part le  ministre de l’intérieur Français.

Coopération sécuritaire au Sahel et guerre contre le terrorisme

Depuis la reconnaissance de la souveraineté marocaine du Sahara occidental par le président Macron, la coopération sécuritaire entre Alger et Paris a subi une rupture brutale. Paris a perdu des positions stratégiques dans ses anciens fiefs du Sahel au détriment de la Russie et de la Turquie. L’Algérie partage des frontières avec au moins deux des trois pays réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel : le Mali et le Niger.

Le ministre de l’Intérieur Français part avec un optimisme affiché.« J’ai bon espoir, je sais que j’irai (…) On ne peut pas continuer à être dans cette absence de relations. D’ailleurs, les discussions techniques sécuritaires ont repris.». Alger renforce sa présence dans l’AES en se réconciliant avec Niamey sur fond d’intérêts pétroliers et gaziers. Bamako négocie un réapprovisionnement en carburant algérien et une gestion commune des frontières contre la contrebande et le terrorisme entre les deux pays. Ces développements récents en faveur d’Alger obligent la France à reconsidérer sa posture.

Le cas Christophe Gleize

Arrêté en mai 2024, le journaliste a été condamné le 30 juin 2025 à 7 ans de prison, une peine confirmée en appel le 3 décembre. Il est accusé d’avoir été en relation avec le MAK (Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie), une organisation classée comme terroriste par le pouvoir algérien. Ces accusations sont contestées par Reporters sans frontières. La malchance du journaliste français est d’avoir été victime du contexte de détérioration des tensions diplomatiques entre son pays et l’Algérie, où il se trouvait dans le cadre d’un reportage sur un club Kabyle, la JSK.

Ses parents présents au procès à Tizi Ouzou ont décidé, après la condamnation, de jouer la carte de la clémence en demandant la grâce de leur fils au président Tebboune. « Je vous demande respectueusement de bien vouloir envisager de gracier Christophe, afin qu’il puisse retrouver sa liberté et sa famille », écrit la mère du journaliste, Sylvie Godard dans une lettre rendue publique le 10 décembre, assurant faire appel à la « haute bienveillance » du président algérien.

C’est sur la base de cette lettre que les négociations vont débuter, comme signe de bonne volonté pour la reprise des relations entre les deux pays. Dans le contexte actuel au sein du système algérien, le président Tebboune peut exercer son pouvoir de grâce, comme il l’a fait, d’ailleurs, pour l’écrivain Boualem Sensal.

Dans les relations internationales, il est recommandé de solder les comptes en suspens pour repartir sur de nouvelles bases. Une grâce présidentielle est un levier rapide, plus efficace qu’une réouverture judiciaire du dossier.

Vers une normalisation progressive

Depuis le départ de Bruno Retailleau de la place Beauvau, les tensions entre la France et l’Algérie ont connu un apaisement visible. L’annonce de sa candidature à la présidentielle de 2027 a clarifié ses ambitions et éclaire ses agissements lorsqu’il était ministre de l’Intérieur. Son bras de fer avec l’Algérie, exploitant le dossier des OQTF, n’était en réalité qu’une stratégie pour s’emparer du parti Les Républicains, outil indispensable pour briguer un mandat à la magistrature suprême.

« Je serai le Président de l’ordre, de la justice et de la fierté française » assure Bruno Retailleau dans sa déclaration de candidature à la présidentielle de 2027. Alger ne compte pas rester à l’écart du jeu politique français. Disposant d’une communauté importante en France, elle aspire à marquer son influence dans le jeu politique hexagonal. Le président algérien a ainsi récemment reçu Ségolène Royal, fraîchement désignée présidente de l’association France Algérie. Elle a appelé, d’Alger, « à agir pour la réconciliation et le respect ».

De son côté Alger montre des signes de sa bonne volonté. Le pays vient de passer commande de 5 000 tonnes de blé tendre et 13 000 tonnes d’orge français, le 11 février. On est encore loin des 5,4 millions de tonnes de 2018, début de la chute progressive des importations qui sont descendues à 1 million en 2023.

On parle aussi de commandes dans les pneumatiques : le pays traverse une pénurie très remarquée. Nombres d’Algériens regrettent le départ de Michelin en janvier 2025, après soixante ans de domination sans partage. 

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Mali. Mahmoud Dicko, l’aventure ambiguë https://mondafrique.com/limage-du-jour/mali-mahmoud-dicko-laventure-ambigue/ Fri, 13 Feb 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147069 De Nouakchott, où il participait à la Conférence africaine pour la paix sponsorisée par les Émirats arabes unis, Mahmoud Dicko a lancé mercredi un appel au dialogue au Mali, qu’il a quitté en décembre 2023 pour trouver refuge en Algérie. L’une des figures les plus influentes et les plus controversées de son pays, à la […]

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De Nouakchott, où il participait à la Conférence africaine pour la paix sponsorisée par les Émirats arabes unis, Mahmoud Dicko a lancé mercredi un appel au dialogue au Mali, qu’il a quitté en décembre 2023 pour trouver refuge en Algérie. L’une des figures les plus influentes et les plus controversées de son pays, à la croisée du religieux et du politique, Dicko n’a jamais occupé de fonction élective. Ancien professeur d’arabe devenu imam, il s’est imposé comme une conscience morale autoproclamée, capable de faire sortir des dizaines de milliers de personnes dans les rues et de peser sur le destin des présidents. Nous reproduisons ici un portrait publié dans sa dernière livraison par le journal d’investigation Le Sphynx.

Par Adama Dramé

Né au milieu des années 1950 dans la région de Tombouctou, Mahmoud Dicko grandit dans un environnement marqué par l’Islam malékite et les traditions peules. Il part très tôt se former en Mauritanie puis en Arabie saoudite, où il se nourrit d’un islam salafiste dont il importera ensuite les codes et la rigueur doctrinale à Bamako.

Dans les années 1980, de retour au Mali, il devient l’imam de la mosquée de Badalabougou, à Bamako, un poste qui lui offre une première tribune religieuse et sociale auprès d’une population urbaine en quête de repères. Ses prêches, mêlant références coraniques et dénonciation des dérives politiques, installent progressivement son image d’homme de foi intransigeant et de médiateur sollicité dans les moments de crise.

Ascension d’un leader islamique

Dans les années 2000, Dicko prend la tête du Haut Conseil islamique du Mali, qu’il préside de 2008 à 2019, transformant cette institution en véritable force de pression sur les pouvoirs publics. À ce poste, il s’illustre par des positions conservatrices. D’abord en 2002, il annonce à la Radio Islamique sise à la Grande Mosquée de Bamako que « les musulmans ont décidé de voter » pour l’ex-Premier ministre Ibrahim Boubacar Keïta, alors candidat à la présidentielle. Puis en 2009, il mène la fronde contre un projet de code des personnes et de la famille jugé trop favorable aux droits des femmes, qu’il parvient à faire profondément réviser.

Son influence dépasse alors le strict champ religieux : il se pose en arbitre des grandes orientations sociales, mobilisant les mosquées, la rue et les radios pour relayer ses mots d’ordre. Cette capacité à transformer une bataille juridique en mouvement populaire fait de lui un interlocuteur incontournable pour les présidents successifs, mais aussi une source d’inquiétude pour les défenseurs de la laïcité.

De soutien du pouvoir à opposant central

Au début des années 2010, Mahmoud Dicko choisit d’abord d’accompagner le pouvoir, soutenant la candidature d’Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) à la présidentielle de 2013, au nom d’un « sursaut moral » promis au pays. Parallèlement, il accepte des missions de médiation sensibles, notamment avec des groupes armés du nord, convaincu que le dialogue avec certains islamistes est indispensable à la paix, ce qui lui vaut des accusations de complaisance.

À partir de 2017, le ton change : déçu par la gouvernance d’IBK, l’imam passe progressivement dans l’opposition et prend la tête de vastes mobilisations populaires contre la corruption, l’insécurité et la crise sociale. En 2019 puis en 2020, ses appels rassemblent des dizaines de milliers de manifestants à Bamako et culminent avec le mouvement M5-RFP, qui réclame la démission du Président, prélude au coup d’État d’août 2020.

Après la « rectification » de mai 2021, le quintet de colonels conduit par Assimi Goïta s’installe durablement au pouvoir. Mahmoud Dicko, qui avait auparavant pesé sur la vie politique, en faisant nommer, de son propre aveu, le Premier ministre Moctar Ouane, se mue alors en opposant et réclame le respect du calendrier initial de transition, avec la tenue d’élections dans les délais annoncés. Une attitude qui intrigue le quintet de colonels.

Exil algérien

Face au durcissement du pouvoir, il quitte le Mali pour l’Algérie en décembre 2023, invité initialement par le président Abdelmadjid Tebboune. Ses proches restent toutefois actifs : le 17 février 2024, ils participent à la création de la Synergie d’action pour le Mali, une coalition de partis et d’associations opposée aux militaires au pouvoir.

La riposte des autorités est rapide : le 6 mars 2024, le gouvernement dissout la Coordination des mouvements, associations et sympathisants (CMAS) de l’imam Dicko. Son coordinateur, Youssouf Daba Diawara, est arrêté en juin 2024 pour participation à une manifestation interdite de la Synergie, puis condamné en octobre à deux mois de prison avec sursis.

Un discours populiste et conservateur

La force de Dicko réside dans un discours qui marie références religieuses, critique virulente des élites et exaltation d’un peuple malien présenté comme trahi par ses dirigeants. Sur les places publiques, il convoque l’histoire des empires ouest-africains pour flatter la fierté nationale, tout en dénonçant les ingérences étrangères et la « décadence » des mœurs importées de l’Occident.

Cette rhétorique s’accompagne de prises de position très conservatrices : il fustige la promotion des droits LGBT, allant jusqu’à interpréter un attentat djihadiste à Bamako comme un « châtiment divin » lié à l’homosexualité, et voit dans le djihadisme une création de puissances occidentales visant à recoloniser le Mali. Des déclarations qui renforcent sa popularité auprès d’une base croyante hostile au libéralisme social, mais alimentent, au Mali comme en Europe, les mises en garde contre un glissement théocratique.

Une figure ambiguë et incontournable

Mahmoud Dicko revendique de ne pas être un homme politique, tout en lançant en 2019 son propre mouvement, la Coordination des mouvements, associations et sympathisants (CMAS), qui fait de son orientation islamiste le socle d’un projet de réforme du pays. Il refuse jusqu’ici de briguer la magistrature suprême, tout en pesant sur les équilibres institutionnels au point d’être perçu, par certains, comme un président potentiel de l’ombre.

Pour ses partisans, il incarne un rempart moral face à une classe dirigeante discréditée et une voix de justice sociale dans un Mali en crise profonde. Pour ses détracteurs, il est un chef religieux ambigu, oscillant entre médiation et radicalisation conservatrice, dont l’irruption au cœur du jeu politique fragilise la laïcité malienne et ouvre une ère d’incertitudes. Un personnage hybride dixit feu l’ex-Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga.

À la fin de l’année 2025, Mahmoud Dicko rejoint un nouveau cadre d’opposition en exil, la Coalition des forces pour la République (CFR), dont le porte-parole est l’universitaire et opposant malien Étienne Fakaba Sissoko. Cette démarche consacre son ancrage dans une opposition extérieure à la junte, structurée autour de figures exilées.

 

 

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Quand le Maghreb parlait d’une seule voix contre le colonialisme https://mondafrique.com/decryptage/quand-le-maghreb-parlait-dune-seule-voix-contre-le-colonialisme/ Wed, 04 Feb 2026 13:43:28 +0000 https://mondafrique.com/?p=146476 Alors que prévalent d’extrêmes tensions entre les États du Maghreb, il n’est pas inutile de rappeler que des indépendantistes d’Algérie, du Maroc et de Tunisie furent un temps alliés dans une lutte pour une libération du joug colonial d’un « Maghreb uni ». C’est ce que fait ici l’historien algérien Daho Djerbal, dans un article […]

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Alors que prévalent d’extrêmes tensions entre les États du Maghreb, il n’est pas inutile de rappeler que des indépendantistes d’Algérie, du Maroc et de Tunisie furent un temps alliés dans une lutte pour une libération du joug colonial d’un « Maghreb uni ». C’est ce que fait ici l’historien algérien Daho Djerbal, dans un article publié dans l’Encyclopédie de la colonisation française dirigée par Alain Ruscio (Les Indes Savantes).

Daho Djerbal est historien, directeur depuis 1993 de la revue Naqd, d’études et de critique sociale.


A la fin des années 1940, face à la solution politique négociée prévoyant une indépendance par étapes d’un Maghreb tourné vers l’Occident se dresse l’alternative d’une indépendance conquise par les armes avec pour objectif, l’édification d’un Maghreb arabe intimement lié au Machrek. Dès lors, se profilent les lignes de faille qui vont opposer les partis politiques nationalistes de diverses obédiences aux groupements armés qui se préparent à libérer le Maghreb par la voie des armes. L’Armée de libération du Maghreb se trouve entre 1953 et 1956 à la croisée des chemins et son destin sera scellé par le basculement des deux Etats voisins de l’Algérie vers une indépendance négociée avec la puissance coloniale.

Abdelkrim el Khattabi, sous l’égide duquel est créé en 1948 le Comité de libération du Maghreb arabe
Abdelkrim el Khattabi, sous l’égide duquel est créé en 1948 le Comité de libération du Maghreb arabe

Les prémices : le Comité de libération du Maghreb arabe

Après la deuxième guerre mondiale, et dans un contexte marqué par les menaces de partage de la Palestine, les nationalistes marocains, algériens et tunisiens se retrouvent au Caire où se tient le 1er congrès du Maghreb arabe (15 au 22 février 1947). Ils sont représentés par la Ligue de défense marocaine, le Parti du peuple algérien et le Néo-Destour tunisien. De cette rencontre naît le Bureau du Maghreb arabe dont la mission sera de coordonner l’action politique des différents partis nationalistes maghrébins. Les atermoiements des représentants des partis politiques nord-africains au Caire quant à la position à adopter vis à vis des puissances coloniales ainsi que celle des notabilités arabes face à la partition de la Palestine irritent au plus haut point les partisans d’une action plus résolue pour la libération du Maghreb et du monde arabe.

Ce sont de jeunes nationalistes maghrébins déçus par l’attitude de la Ligue arabe et du Bureau de Liaison et d’information du Maghreb et de la Palestine qui vont à la rencontre l’émir Abdelkrim[1] pour lui faire part de leur désarroi et de leur détermination à passer à l’action. La ligne radicale du recours à la lutte armée l’emporte dans la capitale égyptienne au point qu’une année plus tard, en janvier 1948, un Comité de libération du Maghreb arabe[2] est créé sous l’égide de l’émir Abdelkrim el Khattabi. Ce Comité est constitué par de jeunes nationalistes venus du Maghreb, la plupart comme volontaires pour la libération de la Palestine ou effectuant pour certains d’entre eux des études au Caire[3].

Sous l’impulsion de l’émir Abdelkrim et de ses partisans, des unités de commandos maghrébins sont constituées et regroupées dans des camps de formation militaire en Egypte, en Syrie puis en Irak. Ils sont près de 900 volontaires formés au maniement des armes et des explosifs par de jeunes officiers nationalistes arabes dont ceux qui renverseront les régimes corrompus et impotents du Moyen-Orient[4].

L’incapacité de la Ligue arabe à engager résolument les États de la coalition dans une lutte de libération des territoires occupés et la défaite militaire de 1948 jettent le discrédit sur les politiques. La question centrale devient alors celle de la coordination des différents partis et mouvements nationalistes du Maghreb pour un déclenchement concerté de la lutte armée de libération sur l’ensemble de l’Afrique du Nord. Dans une tentative désespérée de reprendre la main sur les activistes, un accord est conclu en 1951 entre les représentants de l’Istiqlal, du Né-Destour et du MTLD qui proclament leur intention de libérer l’Afrique du Nord de la présence française[5].

Nous nous devons de relever ici la coïncidence chronologique des faits entre la tenue du 1er congrès du Maghreb arabe et celle du congrès du MTLD[6] qui a lieu lui aussi en février 1947. À cette occasion, les débats laissent apparaître la même divergence de vues sur les voies et moyens pour l’accession à l’indépendance. Une sorte de compromis est conclu en Algérie débouchant sur la poursuite de la voie électorale sous le sigle du MTLD et la création d’une Organisation Spéciale (OS) chargée de préparer secrètement le parti et les militants au passage à la lutte armée. En 1951, suite à la découverte et au démantèlement de l’OS, les cadres dirigeants de cette organisation clandestine sont envoyés au Caire (Hocine Aït Ahmed, Ahmed Ben Bella et Mohammed Khider) et en France (Mohammed Boudiaf et Mourad Didouche).

En 1951 donc, s’établit une nouvelle conjonction au Caire où les représentants de la voie insurrectionnelle vont vivre des années cruciales dans la proximité immédiate du Comité de libération du Maghreb arabe. C’est là que, par l’intermédiaire d’Ahmed Ben Bella en particulier, s’établissent des alliances et se met en place un axe Maghreb-Machrek dont le pivot semble se trouver dans la capitale égyptienne.

Au mois de mars 1952 les tentatives de coordination s’intensifient au niveau des partisans nord-africains de la lutte armée. Abdelkrim El Khattabi envoie une mission en Tunisie, en Algérie et au Maroc à la recherche de contacts devant assurer l’unification des rangs et la détermination des étapes. L’idée d’un nouveau mouvement unifié pour la libération du Maghreb arabe[7] fait son chemin. Sont désignés pour cette mission Abdesslam El Hachemi Taud et Hammadi Er Rifi, des officiers volontaires des brigades d’Afrique du Nord formés par l’Académie militaire irakienne. En Tunisie, la mission mandatée par Abdelkrim contacte Tahar Guiga, un des leaders du parti Néo-Destour. En Algérie, les émissaires rencontrent Abdelhamid Mehri, membre du comité central du MTLD. Ils expliquent que le but de leur mission est de mettre en œuvre des mesures concrètes pour la coordination de la lutte engagée à l’échelle du Maghreb et créer un sentiment unitaire quant au destin commun d’un Maghreb arabe uni. Mais la mission consiste également en la mise en place des filières pour le passage des armes et des explosifs expédiés par voie terrestre depuis l’Egypte ou la Libye. Une partie de ces chargements à haut risque sont déposés dans un chapelet d’entrepôts passant par la Libye et la Tunisie avant d’atteindre l’Algérie et le Maroc. L’un de ces dépôts installé en est tenu à Batna[8] par Mustapha Ben Boulaïd (autre membre du comité central du MTLD et cadre clandestin de l’OS). Le projet est de lancer au même moment des actions armées sporadiques et de faire exploser des bombes dans l’ensemble des pays du Maghreb afin d’obliger les forces françaises à déployer et disperser leurs forces sur l’ensemble de la région[9].

En 1952 toujours, Ahmed Ben Bella et Mohammed Boudiaf, tous deux cadres dirigeants de l’OS dissoute, se rencontrent en Suisse. La jonction est faite. Dès lors, pour les partisans de la lutte armée de libération de l’Algérie et du Maghreb, se mettent en place deux lignes de force. L’une, partant du Caire et passant par la Libye et la Tunisie, est adossée à deux personnalités éminentes ayant toutefois des objectifs différents (l’émir Abdelkrim et le colonel Abdel Nasser) ; l’autre, partant des bases militantes de la Fédération de France du MTLD et passant par l’Espagne et le Maroc s’appuie principalement sur les réseaux rifo-marocains.

Lorsqu’à la veille du déclenchement de la lutte armée, les dirigeants du PPA-MTLD et surtout ceux de l’Organisation Spéciale cherchent des appuis logistiques, des bases de repli et des filières pour le passage des armes, c’est auprès des insurgés du Sud tunisien et en Libye qu’ils vont les trouver[10]. Ce n’est d’ailleurs pas par hasard que les premiers maquisards algériens seront eux aussi appelés par les Français fellaghas[11].

En août 1954, quelques mois avant le déclenchement de la lutte armée en Algérie,  Il a été décidé que Mustapha Ben Boulaid se rende en Libye, que Larbi Ben M’hidi et Mohamed Boudiaf aillent à Tétouan et Nador pour assurer le contact avec les bases insurrectionnelles installées dans les pays frères du Maghreb. Au Maroc, ils rencontrent Abdelkebir El Fassi et Ahmed Ziad. En Tunisie, Lakhdar Cheriet et les partisans de Salah Ben Youssef

Ahmed Ben Bella, se rend de son côté au bureau du Caire du Comité du Maghreb arabe où les dirigeants conviennent du principe d’une action unifiée prévue initialement pour le 15 octobre[12].

Cette proximité entre les militants nationalistes des Aurès, des Nementchas et de l’Oued Souf en Algérie et les partisans de Salah Benyoucef dans le Sud tunisien d’un côté, entre Mohammed Boudiaf, Larbi Ben M’hidi, Abdelhafid Boussouf et les insurgés du Rif de l’autre n’est pas seulement sémantique ou géographique. Elle ne sera pas non plus sans conséquence dans les relations qui viendront s’établir entre le FLN-ALN, les Youssefistes du Né-Destour et les éléments de l’Armée de libération du Maroc après le déclenchement de la lutte armée en 1954.

En Algérie, l’impasse dans laquelle se trouve engagée la voie électorale et pacifique de la majorité du comité central du MTLD précipite la crise. Des responsables de l’OS dont Mohammed Boudiaf et Mourad Didouche tentent par tous les moyens de rassembler leurs troupes et, faute de faire l’unité des rangs entre partisans de Messali et ceux du comité central du MTLD, ils passent à la phase active de l’insurrection le 1er novembre 1954.

La conjonction des maquis

La naissance du FLN représenté par le Comité des Six[13] à Alger et par la Délégation extérieure du MTLD au Caire[14], pose un problème majeur en tant que solution de continuité entre le nationalisme des partis indépendantistes traditionnels et une nouvelle génération de militants. En Algérie, le passage à la lutte armée se fait dans les premier temps en dehors du parti et même contre le parti. Il est vécu par Messali comme par le comité central du MTLD comme un coup de force, une sorte de rébellion des activistes contre les politiques. De ce fait, dès novembre 1954, le capital relationnel accumulé tout au long des dernières décennies entre les directions politiques des partis nationalistes algérien et tunisien, semble être subitement rendu caduc ou pour le moins laissé comme en suspens. 

Dès lors se cristallise sur le terrain militaire une alliance de fait qui matérialise très probablement une sorte d’union des commandos nord-africains dont le principe aurait été acquis le 29 mai 1954 au Caire.

Des faits et témoignages viennent à l’appui de cette hypothèse. En effet, quelques semaines avant le déclenchement de la lutte armée, Mokhtar Badji[15], informe Mohammed Boudiaf que des combattants tunisiens traversent les frontières pour demander de l’aide, collecter des armes, de l’argent et des médicaments. Comme les journaux locaux commençaient à parler de ces infiltrations de fellaghas, cela  a fini par susciter quelques inquiétudes chez les responsable du FLN naissant qui craignait que ne se reproduisent les incidents ayant entraîné la découverte de l’OS en 1950[16]

Dans le Sud tunisien, dès les premiers mois de l’insurrection, l’ALN algérienne apporte son aide à Lazhar Cheriet et à Saci Lassoued pour l’organisation des unités de l’ALT (armée de libération de la Tunisie)[17]. Ahmed Mahsas, chargé par Ben Bella en 1955 de la logistique et de la sécurité pour l’Est algérien, revient en Tunisie après un court passage par la Libye. C’est en qualité de représentant de la direction (extérieure) du FLN qu’il va tenter de mettre un terme au désordre qui prévaut dans les rangs des unités de l’ALN cantonnées au-delà des frontières. Sur le plan militaire, il est chargé de la mise en place d’un comité pour la répartition des armes venues du Caire[18]. Sur le plan politique, sa mission est de « jeter les bases d’une structure révolutionnaire nord-africaine pour contrecarrer les plans français »[19].

De leur côté, les partisans de Salah Ben Youssef apportent une aide directe aux djounouds algériens.

« Une lettre de Ben Bella datant du 28 novembre 1955, atteste en effet que le FLN considérait comme un avantage pour les acheminements d’armes de Libye en Algérie, l’implantation de 300 Youssefistes dans le Sud tunisien. »[20]

Dans ce contexte, il y a lieu de rappeler que le 17 août 1954 s’ouvrent les négociations franco-tunisiennes. Mendès France qui cherche à tout prix à les faire avancer accroît la pression pour obtenir le désarmement des maquis du Sud tunisien. Les principaux négociateurs du Néo-Destour, Tahar ben Amar, Mohammed Masmoudi et Mongi Slim sont convoqués à Paris pour agir dans ce sens. Le 22 novembre, alors que la lutte armée a commencé en Algérie, un accord approuvé par le bey et par Mendès-France stipule : 

« Le gouvernement tunisien invite solennellement les fellaghas à remettre leurs armes aux autorités françaises et tunisiennes. »[21]

Le 15 janvier 1955 c’est le président du Conseil lui-même qui prend part aux pourparlers alors que Salah Ben Youssef durcit sa position, craignant des concessions de la part de Bourguiba. Le renversement du gouvernement Mendès France par le parlement français, sur l’affaire tunisienne justement, n’empêche pas cette même affaire d’être réglée le 21 avril par le gouvernement Edgard Faure qui signe avec Habib Bourguiba une convention générale amendée.

Tout porte à croire que l’alliance des unités de l’ALN et de l’ALT sur le terrain est dirigée contre la ligne Habib Bourguiba et s’inscrit dans le cadre d’un projet de soulèvement général de l’Afrique du Nord.

Pour confirmer cette hypothèse, à l’Ouest, la 5ème zone (Oranie) dirigée par Larbi Ben M’hidi installe ses quartiers à Nador dans le Rif marocain où se trouvent les camps de l’armée de libération du Maroc (ALM). Un des chefs de cette armée, le colonel Ben Miloudi remet gracieusement aux combattants algériens le camp de Khemisset[22]. C’est là que sont repris par Aberkane et le Docteur Khatib les projets d’une armée de libération de l’Afrique du Nord.

À Alger, Abdelhamid Boudiaf, un élément de l’OS proche de Mostefa Ben Boulaïd arrive avec un certain Lieutenant Abdelaziz Al Iraqi[23] en provenance du Maroc. Celui-ci avait pour mission d’aider à la formation militaire des maquisards algériens. Pris en charge par Boudjeroudi puis par Mahieddine Berrezouane et Mohammed Moqaddem, il est envoyé en Kabylie. Il sera quelques temps plus tard arrêté en compagnie de Abdallah Fadhel[24].

À l’idéal d’une unité du Maghreb fondée sur une alliance politique des partis Istiqlal, MTLD et Néo-Destour se substitue, sur le terrain, une autre unité maghrébine reposant sur la conjonction des armées de libération des trois pays du Maghreb : ALM, ALN, ALT.

Face à la solution politique négociée prévoyant une indépendance par étapes d’un Maghreb tourné vers l’Occident, se dresse alors l’alternative d’une indépendance conquise par les armes avec pour objectif, l’édification d’un Maghreb arabe intimement lié au Machrek.


Bibliographie  : Daho Djerbal (dir.), L’armée de libération du Maghreb (1948-1955), Alger, Ed. Fondation Mohamed Boudiaf, Alger, 2004.


Notes

[1] Héros de la guerre du Rif et fondateur en 1922 de la République confédérée des tribus du Rif. Exilé à l’île de la Réunion, il s’échappe en 1947 du navire devant le ramener en France et s’installe au Caire.

[2] Sur ce point, la version diverge avec celle plus classique selon laquelle ce comité serait l’émanation du Bureau de liaison et d’information du Maghreb et de Palestine créé sous l’égide de la Ligue arabe.

[3] Témoignage de Abdesslam el Hachemi Taud, jeune volontaire qui a combattu dans les rangs des brigades nord-africaines pour la libération de la Palestine ; il participe à la création du premier comité de libération du Maghreb arabe sous la direction de l’émir Abdelkrim et présidera à la formation et à l’envoi des premières unités de commandos de l’ALM. Cf. Daho Djerbal, op. cit.

[4] El Hachemi Taud, in Daho Djerbal, op. cit.

[5] Slimane Chikh L’Algérie en armes ou le temps des certitudes, Alger, OPU, 1981, p. 486 et suiv.

[6] En 1946, le Parti du peuple algérien dissout décide de participer aux élections sous le sigle de Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques.

[7] Témoignage de Abdelatif Jabrou, in Daho Djerbal, op. cit.

[8] Capitale des Aurès dans l’est algérien.

[9] Abdelatif Jabrou, in op. cit.

[10] El Hachemi Taud, in op.cit.

[11] Voir cette entrée.

[12] Abdelatif Jabrou, in op.cit.

[13] Mohammed Boudiaf (comme coordonateur), Mostefa Ben Boulaïd, Larbi Ben M’hidi, Mourad Didouche, Belkacem Krim, Rabah Bitat.

[14] Hocine Aït Ahmed, Ahmed Ben Bella et Mohammed Khider.

[15] Un des responsables de l’OS pour l’est algérien, désigné par Boudiaf pour diriger le 1er novembre la région frontalière.

[16] Témoignage de Aïssa Kechida du groupe du 1er novembre de la capitale, compagnon de Boudiaf.

[17] Témoignage d’Ahmed Mahsas représentant politico-militaire du FLN auprès des autorités tunisiennes en 1955-1956.

[18] Comité constitué de représentants des wilayas 1, 2, 3 et de la base de l’Est.

[19] id.

[20] Jean Boisson. Ben Bella est arrêté, Paris,Études et recherches historiques, 1978, p. 422.

[21] Paul Marie de La Gorce. Apogée et mort de la IV ème  République, Paris, Grasset, 1979. p. 229.

[22] Ali Haroun. La 7ème wilaya. La guerre du FLN en France, Paris, Le Seuil. 1986,  p. 42.

[23] Le fameux Hammadi er Rifi  cité ci-dessus.

[24] Témoignage d’Aïssa Kechida. Archives personnelles.

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