Souvenons nous du règne de la censure sous Bourguiba

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Alors qu’on fête, le 3 mai, la journée internationale de la presse, le journaliste tunisien Slim Bagga, fondateur du journal « l’Audace » durant les années Ben Ali, se souvient des premiers combats menés sous Bourguiba.

C’est l’histoire d’une résistance. Pour avoir été témoin du rôle de la presse indépendante dans les années 1980, j’ai le devoir de témoigner.

La décennie terrible
L’éclosion du journal « Errai » et du « Phare », dont les fondateurs sont décédés et la création du « Maghreb » et de « Réalités » constituèrent un tournant dans l’histoire de la résistance à l’autoritarisme. Dans les années 1980-90, on saisissait un journal et on l’empêchait de paraître pendant des mois, laissant des journalistes affamés et détruisant le « courage d’informer ».

Ainsi, lors du bombardement de Tripoli et Benghazi Libye,en avril 1986, et alors que toute la Tunisie était en pleine effervescence contre l’acte de ce que la presse internationale qualifiait d’abject et ordonné par « Rambo Reagan », c’est un journal tunisien « Réalités », qui dut négocier sa parution hebdomadaire. On dut effacer au marqueur noir le mot Reagan à 3 heures du matin

Des pages arrachées
Toujours en 1986, des révolutions ont lieu en Haiti et aux Philippines: la simple allusion dans un éditorial en langue arabe que les despotes finissent par tomber valut de faire arracher la page. Sous la menace d’une non parution!

Plus cocasse: en décembre 1982 « Réalités » réalise une enquête dans la prison la plus sévère de Borj Erroumi pour évoquer le cas des islamistes. Enquête inattaquable, mais profitant d’un article d’un professeur de stylistique (Bourguiba Ben Rejeb), article impertinent selon la Cour, autre saisie. Procès, suspension de quatorze mois… pour bénéficier d’un non lieu à la surprise générale. C’est que l’expression « République bananière », traduite en arabe, n’avait aucun sens et n’était passible d’aucune infraction.

En cette journée dédiée à la presse, il fait admettre que les fondateurs de cette presse indépendante, encore vivants et actifs, « excommuniés » par les ex-mercenaires au service de Ben Ali. Ce qui est regrettable sept ans après le départ du dictateur.

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