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Venance Konan : le footballeur et le chantre

Venance Konan.

Une dispute amoureuse entre deux personnalités publiques fait les choux gras de la presse et des réseaux sociaux de Côte d’Ivoire. Mais se retourne, curieusement, contre celle qui se présente en victime. 

Par Venance Konan

C’est le genre d’histoire que les Ivoiriens adorent. Une histoire qui devrait ressembler à une histoire d’amour entre deux personnalités connues, où il y a beaucoup d’argent, de sexe, et qui ne finit pas tout à fait comme il se devait. C’est une histoire de ce genre qui captive les Ivoiriens depuis quelques jours et inonde tous les réseaux sociaux. Comment la raconter cette histoire ? Eh bien comme toutes les histoires.

Il était une fois, donc, un ancien footballeur ivoirien du nom de Yaya Touré, qui eut une grande carrière internationale, est toujours une grande star dans son pays, et est réputé avoir gagné beaucoup d’argent. Beaucoup d’argent qui fait rêver dans maintes chaumières. Il rencontra un jour une jeune présentatrice de la télévision nationale ivoirienne du nom d’Anicette Konan, qui poussait de temps en temps la chansonnette pour louer Jésus-Christ son Seigneur. En Côte d’Ivoire, on appelle ces chanteurs qui louent Dieu avec leur musique des chantres. Donc la jeune présentatrice était chantre. Elle était de teint clair, un brin boulotte et ressemblait un peu à l’épouse légitime de la star. C’est peut-être ce qui l’attira chez le chantre. Elle-même dit qu’il le lui dit. Qu’elle ressemblait à son épouse.

« Ils eurent donc une aventure »

Il lui proposa donc de devenir sa seconde épouse. Mais la dame avait été élevée selon des valeurs par ses parents. C’est ce qu’elle dit. En principe, en Côte d’Ivoire, la polygamie est interdite par la loi. Mais les musulmans peuvent épouser jusqu’à quatre femmes. Pas légalement, disons religieusement, et tout le monde ferme les yeux. Mais comment peut-on être la seconde épouse d’un musulman lorsqu’on a été élevée dans des valeurs et que l’on chante Jésus-Christ tous les dimanches et même les autres jours ? Lorsque celui qui fait la demande est une star créditée d’avoir plusieurs milliards de francs CFA sur son compte en banque, les valeurs se mettent dans un coin et ne se font plus trop voir.

Ils eurent donc une aventure. Qui dura exactement une année, au cours de laquelle les deux amants se virent exactement sept fois, selon le décompte de la dame. Il faut dire qu’elle vivait en Côte d’Ivoire pendant que lui vivait à l’étranger avec sa famille. Pour combler les absences, ils s’échangèrent régulièrement des messages par écrit ou par vidéo, des messages très torrides, où il était question parfois d’utilisation de cristaux de menthe pour faire grimper l’amant au septième ciel, ou d’exploration de toutes les cavités de la gente dame.

« La belle histoire d’amour s’arrêta là »

Que se passa-t-il après ? L’amante, qui a étalé toute cette histoire sur la place publique, avec publication des messages et vidéos, dit qu’elle découvrit avec horreur qu’elle n’était pas la seconde épouse de la star, mais plutôt la troisième. Ensuite, l’amant lui demanda de lui faire un enfant. Pas dans le dos, mais bien dans le ventre. Elle accepta et ils ne se préservèrent plus. Mais lorsqu’elle tomba enceinte, l’amant vit rouge et lui tint des propos très discourtois, et lui demanda de façon véhémente d’aller pratiquer un avortement. Ce qu’elle fit. Et la belle histoire d’amour s’arrêta là.

Car l’amant bloqua l’amante au téléphone et passa désormais par certains de ses amis pour s’adresser à elle. Pour la menacer de mort, selon elle. En principe, les choses auraient dû s’en tenir là. Mais que non. La gente dame se sentit, selon ses termes, blessée, bafouée dans son honneur, dans sa dignité, etc. Elle porta donc plainte. Pour réclamer un dédommagement. Qu’elle évalua, selon des indiscrétions, à 700 millions de francs CFA, et aussi le remboursement des frais d’avortement – 50 millions de francs CFA. Mais hélas, la justice ivoirienne fut insensible à la douleur de la pauvre dame blessée et la débouta aussi sec. Alors, elle choisit les réseaux sociaux où elle étala toute l’histoire, avec la publication de tous leurs échanges écrits, audio et vidéo. Avec, en plus, un livre qu’elle annonce pour dans quelques jours, intitulé : Mon combat de femme face à un pervers narcissique

« Mauvaise chrétienne » vouée aux gémonies

Apparemment elle ne fut pas bien inspirée, parce qu’elle n’arrête pas de se faire étriller sur la toile. Aussi bien par les hommes que par les femmes qu’elle a invitées à la soutenir. On l’accuse, pêle-mêle, d’avoir cherché à extorquer de l’argent à la star, raison pour laquelle elle a enregistré leurs conversations, d’avoir inventé la grossesse, d’avoir cherché à la faire chanter, d’avoir bafoué l’épouse du footballeur, d’être une mauvaise chrétienne pour avoir accepté d’être la seconde épouse d’un musulman, d’être une idiote si elle s’est vraiment faite avorter alors que cet homme richissime aurait été obligé de prendre l’enfant en charge… Une juriste sortie d’on ne sait où a longuement expliqué sur la toile, en citant les articles du code pénal ivoirien, que la jeune dame était passible de prison pour l’avortement qu’elle dit avoir pratiqué, car il est interdit en Côte d’Ivoire, et qu’elle devra désigner le médecin qui l’a fait. Elle serait aussi passible de poursuites pour avoir divulgué le contenu de conversations privées. Quant à son livre dont elle a publié la quatrième de couverture sur les réseaux sociaux, il a été violemment attaqué pour les nombreuses fautes décelées dans le texte.

L’arroseur arrosé ? Cela en a tout l’air. De quoi refroidir l’ardeur des adeptes du « revenge porn » qui consiste à rendre publics, sans le consentement de la victime, des images ou propos à caractère érotique échangés dans un cadre privé.