- Mondafrique https://mondafrique.com/societe/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Fri, 06 Feb 2026 07:45:09 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.1 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg - Mondafrique https://mondafrique.com/societe/ 32 32 Une triste histoire entre le footballeur, Yaya Touré, et son amoureuse https://mondafrique.com/societe/venance-konan-le-footballeur-et-le-chantre/ https://mondafrique.com/societe/venance-konan-le-footballeur-et-le-chantre/#respond Fri, 06 Feb 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146542 Une dispute amoureuse entre deux personnalités publiques fait les choux gras de la presse et des réseaux sociaux de Côte d’Ivoire. Mais se retourne, curieusement, contre celle qui se présente en victime.  Par Venance Konan C’est le genre d’histoire que les Ivoiriens adorent. Une histoire qui devrait ressembler à une histoire d’amour entre deux personnalités […]

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Une dispute amoureuse entre deux personnalités publiques fait les choux gras de la presse et des réseaux sociaux de Côte d’Ivoire. Mais se retourne, curieusement, contre celle qui se présente en victime. 

Par Venance Konan

C’est le genre d’histoire que les Ivoiriens adorent. Une histoire qui devrait ressembler à une histoire d’amour entre deux personnalités connues, où il y a beaucoup d’argent, de sexe, et qui ne finit pas tout à fait comme il se devait. C’est une histoire de ce genre qui captive les Ivoiriens depuis quelques jours et inonde tous les réseaux sociaux. Comment la raconter cette histoire ? Eh bien comme toutes les histoires.

Il était une fois, donc, un ancien footballeur ivoirien du nom de Yaya Touré, qui eut une grande carrière internationale, est toujours une grande star dans son pays, et est réputé avoir gagné beaucoup d’argent. Beaucoup d’argent qui fait rêver dans maintes chaumières. Il rencontra un jour une jeune présentatrice de la télévision nationale ivoirienne du nom d’Anicette Konan, qui poussait de temps en temps la chansonnette pour louer Jésus-Christ son Seigneur. En Côte d’Ivoire, on appelle ces chanteurs qui louent Dieu avec leur musique des chantres. Donc la jeune présentatrice était chantre. Elle était de teint clair, un brin boulotte et ressemblait un peu à l’épouse légitime de la star. C’est peut-être ce qui l’attira chez le chantre. Elle-même dit qu’il le lui dit. Qu’elle ressemblait à son épouse.

« Ils eurent donc une aventure »

Il lui proposa donc de devenir sa seconde épouse. Mais la dame avait été élevée selon des valeurs par ses parents. C’est ce qu’elle dit. En principe, en Côte d’Ivoire, la polygamie est interdite par la loi. Mais les musulmans peuvent épouser jusqu’à quatre femmes. Pas légalement, disons religieusement, et tout le monde ferme les yeux. Mais comment peut-on être la seconde épouse d’un musulman lorsqu’on a été élevée dans des valeurs et que l’on chante Jésus-Christ tous les dimanches et même les autres jours ? Lorsque celui qui fait la demande est une star créditée d’avoir plusieurs milliards de francs CFA sur son compte en banque, les valeurs se mettent dans un coin et ne se font plus trop voir.

Ils eurent donc une aventure. Qui dura exactement une année, au cours de laquelle les deux amants se virent exactement sept fois, selon le décompte de la dame. Il faut dire qu’elle vivait en Côte d’Ivoire pendant que lui vivait à l’étranger avec sa famille. Pour combler les absences, ils s’échangèrent régulièrement des messages par écrit ou par vidéo, des messages très torrides, où il était question parfois d’utilisation de cristaux de menthe pour faire grimper l’amant au septième ciel, ou d’exploration de toutes les cavités de la gente dame.

« La belle histoire d’amour s’arrêta là »

Que se passa-t-il après ? L’amante, qui a étalé toute cette histoire sur la place publique, avec publication des messages et vidéos, dit qu’elle découvrit avec horreur qu’elle n’était pas la seconde épouse de la star, mais plutôt la troisième. Ensuite, l’amant lui demanda de lui faire un enfant. Pas dans le dos, mais bien dans le ventre. Elle accepta et ils ne se préservèrent plus. Mais lorsqu’elle tomba enceinte, l’amant vit rouge et lui tint des propos très discourtois, et lui demanda de façon véhémente d’aller pratiquer un avortement. Ce qu’elle fit. Et la belle histoire d’amour s’arrêta là.

Car l’amant bloqua l’amante au téléphone et passa désormais par certains de ses amis pour s’adresser à elle. Pour la menacer de mort, selon elle. En principe, les choses auraient dû s’en tenir là. Mais que non. La gente dame se sentit, selon ses termes, blessée, bafouée dans son honneur, dans sa dignité, etc. Elle porta donc plainte. Pour réclamer un dédommagement. Qu’elle évalua, selon des indiscrétions, à 700 millions de francs CFA, et aussi le remboursement des frais d’avortement – 50 millions de francs CFA. Mais hélas, la justice ivoirienne fut insensible à la douleur de la pauvre dame blessée et la débouta aussi sec. Alors, elle choisit les réseaux sociaux où elle étala toute l’histoire, avec la publication de tous leurs échanges écrits, audio et vidéo. Avec, en plus, un livre qu’elle annonce pour dans quelques jours, intitulé : Mon combat de femme face à un pervers narcissique

« Mauvaise chrétienne » vouée aux gémonies

Apparemment elle ne fut pas bien inspirée, parce qu’elle n’arrête pas de se faire étriller sur la toile. Aussi bien par les hommes que par les femmes qu’elle a invitées à la soutenir. On l’accuse, pêle-mêle, d’avoir cherché à extorquer de l’argent à la star, raison pour laquelle elle a enregistré leurs conversations, d’avoir inventé la grossesse, d’avoir cherché à la faire chanter, d’avoir bafoué l’épouse du footballeur, d’être une mauvaise chrétienne pour avoir accepté d’être la seconde épouse d’un musulman, d’être une idiote si elle s’est vraiment faite avorter alors que cet homme richissime aurait été obligé de prendre l’enfant en charge… Une juriste sortie d’on ne sait où a longuement expliqué sur la toile, en citant les articles du code pénal ivoirien, que la jeune dame était passible de prison pour l’avortement qu’elle dit avoir pratiqué, car il est interdit en Côte d’Ivoire, et qu’elle devra désigner le médecin qui l’a fait. Elle serait aussi passible de poursuites pour avoir divulgué le contenu de conversations privées. Quant à son livre dont elle a publié la quatrième de couverture sur les réseaux sociaux, il a été violemment attaqué pour les nombreuses fautes décelées dans le texte.

L’arroseur arrosé ? Cela en a tout l’air. De quoi refroidir l’ardeur des adeptes du « revenge porn » qui consiste à rendre publics, sans le consentement de la victime, des images ou propos à caractère érotique échangés dans un cadre privé.

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Cette réputation mitigée qui colle à Jack Lang au Maghreb et au Japon https://mondafrique.com/a-la-une/cette-reputation-daffairiste-qui-colle-a-jack-lang/ https://mondafrique.com/a-la-une/cette-reputation-daffairiste-qui-colle-a-jack-lang/#respond Wed, 04 Feb 2026 18:44:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146378 L'ancien ministre de la Culture de François Mitterrand, Jack Lang qui a laissé sa marque dans ces fonctions emblématiques, est mis en cause ainsi que sa fille pour ses relations avec le milliardaire prédateur Jeffrey Epstein.

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L’ancien ministre de la Culture de François Mitterrand, Jack Lang, qui a laissé sa marque dans ces fonctions emblématiques, est mis en cause ainsi que sa fille pour ses relations avec le milliardaire prédateur Jeffrey Epstein. Le patron de l’Institut du Monde Arabe (IMA), qui a été reconduit malgré un âge canonique grâce aux pressions de ses nombreux amis arabes, a souvent été mis en cause pour les largesses dont il aurait bénéficié durant son parcours flamboyant, sans jamais pour autant avoir été mis en cause par la justice française 

Les finances de l’IMA confortées par les monarchies pétrolières

La nouvelle masse de documents diffusés le 30 janvier par le ministère de la Justice américain – pas moins de 3 millions de pages – sur les agissements et la correspondance de Jeffrey Epstein éclabousse toute une partie de l’élite américaine, mais pas seulement. Selon les informations de Mediapart, Caroline Lang, la fille de Jack Lang, l’ancien ministre de la Culture de François Mitterrand et de l’Éducation nationale de Lionel Jospin, a fondé en 2016 une société offshore dans les îles Vierges avec le pédocriminel, soit huit ans après la première condamnation de l’homme d’affaires pour prostitution de mineures.

Petits profits

Les suspicions qui existent sur de possibles frasques financières de Jack Lang tiennent en partie à la désinvolture avec laquelle il a assumé les petits cadeaux dont il a souvent bénéficié. Ainsi ses costumes étaient devenus presque aussi célèbres que son action politique lorsqu’il était ministre de la Culture (années 1980–1990). Seul souci, on découvrira ensuite que les grands couturiers lui offraient ou lui prêtaient, c’est selon, de superbes vêtements. Ce qu’il n’a pas démenti, bien au contraire, puisqu’il s’agissait selon lui de faire connaitre le talent des grands couturiers français et de servir le pays

Entre 2013 et 2018, Jack Lang aurait reçu environ 195 000 € de costumes et pantalons de la maison de couture italienne Francesco Smalto, spécialisée dans les vêtements pour hommes sur mesure ou grande mesure. Smalto était une maison réputée pour habiller des personnalités politiques et chefs d’État. Un pur hasard, le fondateur Francesco Smalto a notamment habillé François Mitterrand.

D’autres créateurs de mode lui auraient offert des vêtements au fil des années: Thierry Mugler – notamment une veste à col Mao dans les années 1980 (quand Lang était ministre de la Culture), qui a marqué les esprits politiques par son style atypique et qui a ensuite été donnée au Musée de la mode. Issey Miyake – styliste japonais connu pour ses plis et constructions innovantes.Yohji Yamamoto, designer japonais avant-gardiste.

De même en 2015, un conflit éclata entre Jack Lang  et le somptueux estaurant libanais privé qui avait obtenu une concession de l’Institut du Monde Arabe. Du coup, « Noura » accordait un tarif réduit de 25 euros par repas à Jack Lang et ses invités depuis l’arrivée à la tête de l’IMA de l’ancien ministre socialiste de la Culture en 2013. Plus grave, les restaurateurs réclamèrent plus tard quelque 41 000 euros de factures impayées, ce qui leur valut une plainte de pure forme de l’IMA puis une mise à l’écart arbitraire.

Des droits humains à géométrie variable

Plus sérieusement, Jack Lang n’a pas le mêmes critères d’évaluation des libertés publiques selon les pays en cause. Ainsi ce fidèle de Mitterrand a combattu la dictature du Président tunisien Ben Ali avec une énergie qu’il faut reconnaitre. Le même a toujours montré une réelle solidarité avec le peuple palestinien en n’hésitant pas à organiser, ces dernières années, plusieurs excellentes expositions à l’IMA sur l’archéologie ou la poésie de la Palestine. Pour autant, Jack Lang aura toujours été d’une discrétion remarquable sur les atteintes aux droits humains en Algérie comme au Maroc.  

Diplômé de Sciences Po, Jack Lang commence sa carrière comme professeur, avant d’être directeur de théâtre. Docteur en droit, agrégé de droit public, il est professeur de droit international (1976), puis doyen de l’U.E.R. de sciences juridiques et économiques de l’université de Nancy (1977). À l’époque, ce brillant universitaire qui milite aux cotés de François Mitterrand donne quelques consultations pour arrondir ses fins de mois. La puissante Sonatrach qui possède un monopole sur le gaz et le pétrole algériens aura été un de ses fidèles clients.

Devenu ministre de la Culture, le patron de l’IMA conservera d’excellentes relations avec les régimes algériens successifs. Durant la décennie noire (1992-1998) où 100 000 algériens trouvent la mort, Jack Lang sera d’une discrétion exemplaire. Pour quelle raison? On se perd en conjectures. Une certitude, des intellectuels comme Pierre Vidal Naquet ou Gilles Perrault ainsi que des militants des droits de l’homme lui ont reproché d’être trop proche du pouvoir algérien. Les accusations reposent principalement sur ses prises de position publiques contre une rupture diplomatique, sa critique des soutiens français au Front islamique du salut, qui organise des maquis armés contre le pouvoir algérien. Jack Lang n’a pas fait de déclaration officielle au nom de l’État français sur les libertés publiques en Algérie durant ces années-là.

Ces dernières années, il s’est exprimé publiquement sur quelques cas où les libertés publiques en Algérie ont pu  être mises en cause, notamment contre la détention de l’écrivain Bouallem Sansal. Notre bon apotre en a rajouté trois couches, en hirlant avec le petit milieu parisine qui a pris fait et cause pour l’écrivain en piétinant l’Algérie. Avec une réelle constance, le patron de l’IMA, lui, s’est bien gardé de mettre nommément en cause ses amis algériens.

La proximité avec le Maroc

Interrogé par l’auteur de ces lignes sur les cadeaux dont aurait bénéficié Jack Lang de la part du Maroc, Driss Basri, l’ancien et redouté ministre de l’Intérieur d’Hassan II réfugié à l’époque en France, avait botté en touche. « Ce n’est pas de mon niveau, cette question, répondit-il, c’est un simple commissaire qui s’occupait de Lang. » Et d’ajouter: « Tu devrais me demander quel politique français n’a pas reçu de cadeaux de notre part ». 

Le Maroc est hospitalier, l’hospitalité y est une tradition. Jack Lang y fit de fréquents séjours à titre privé. On comprend qu’il ne voulait pas faire de peine à ses hôtes. Il n’existe pas de déclaration publique de Jack Lang où il qualifie explicitement le gouvernement marocain de « régime » et où il émette la moindre critique. Jamais il n’attaque ouvertement les institutions marocaines dans les médias grand public. Au contraire, ses propos sont toujours très louangeurs du leadership marocain dans les domaines culturel, social et diplomatique avec une emphase excessive quels que soient les succès qui ont pu être obtenus par le Royaume.

Un détour par le Japon

Lorsqu’en 1983, Yasuhiro Nakasone, futur Premier ministre japonais, envoie une lettre à Jacques Chirac, alors maire de Paris, pour lui recommander son ami Shoichi Osada, un sulfureux banquier proche des sociétés secrètes mafieuses, le premier magistrat de la capitale, à court pour ses fins de mois et amoureux des combats de sumos, accueille volontiers ce représentant de la droite conservatrice qui, d’après sa biographie serait « un combattant pour la paix et un philanthrope global ».  Les deux hommes ne vont plus se quitter, comme le montre un livre très documenté publié en 2008(1).

Dans la foulée de cette lune de miel avec la Mairie de Paris, le banquier Osada obtient, sur l’intervention de Jack Lang, un rendez-vous à l’Élysée avec François Mitterrand, mais sans grands lendemains. Fondateur et Président de la très argentée Fondation Sasakawa, qui jouit d’une réputation mitigée au Japon en raison de ses relations avec d’anciens criminels de guerre, Shoichi Osada tente de faire reconnaitre sa noble institution à Paris. Après la défaite présidentielle de Chirac en 1988, le gang japonais va frapper à d’autres portes. Jack Lang est à nouveau sollicité. Et ce n’est pas un hasard si ce dernier, alors maire de Blois, bénéficiera quelque temps plus tard de l’aide de la Fondation pour la réfection de la cathédrale de sa ville tout comme le chateau de Chantilly devait bénéficier lui aussi des mêmes fonds douteux.

Sur la pression de Lang et de Jean Paul Huchon, directeur de cabinet de Michel Rocard, ce dernier, mais de mauvaise grâce, accordera à la Fondation  Sasakawa une reconnaissance d’utilité publique qui n’a pas grandi la République française.

Fidèle en amitié, Jack Lang devrait tout de même apprendre à mieux choisir ses relations dans le vaste monde.

(1) Voir le livre d’Olivier Toscer et Nicolas Beau, « l’incroyable histoire du compte jamonais de Jacques Chirac », Édition « Les Arènes »

 

 

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L’immense succès des écoles religieuses coraniques au Sénégal https://mondafrique.com/societe/limmense-succes-des-ecoles-religieuses-coraniques-au-senegal/ https://mondafrique.com/societe/limmense-succes-des-ecoles-religieuses-coraniques-au-senegal/#respond Sat, 31 Jan 2026 05:59:44 +0000 https://mondafrique.com/?p=146072 Les daaras concernent des centaines de milliers d’enfants en Afrique de l’Ouest. Sur les vingt-cinq dernières années, plusieurs centaines de milliers, probablement près d’un million d’enfants, sont passés par ce système au seul Sénégal. On ne parle pas d’initiatives pédagogiques marginales. On parle d’un système éducatif de masse. Une chronique de Jehan Khaled Pour des […]

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Les daaras concernent des centaines de milliers d’enfants en Afrique de l’Ouest. Sur les vingt-cinq dernières années, plusieurs centaines de milliers, probablement près d’un million d’enfants, sont passés par ce système au seul Sénégal. On ne parle pas d’initiatives pédagogiques marginales. On parle d’un système éducatif de masse.

Une chronique de Jehan Khaled

Pour des millions de parents, notamment dans les milieux africains les plus précaires, cette alternative n’est pas théorique. Elle est quotidienne. Dans un système éducatif — religieux, militaire ou communautaire — l’enfant est considéré comme un être à former. Il est parfois rudement encadré, soumis à la contrainte, mais il reste une finalité. Dans la rue sans système, l’intention disparaît. L’enfant n’est plus un sujet éducatif. Il devient un outil, une ressource, parfois une marchandise.

L’absence d’alternative

Le système des talibés en Afrique de l’Ouest repose sur les daaras, écoles religieuses coraniques traditionnelles, particulièrement présentes en Afrique de l’Ouest. C’est un système ancien, massif, structuré, qui prend en charge des enfants très jeunes, majoritairement issus de familles sans capital financier. On n’y entre pas pour “réussir”. On y entre pour être formé.

L’entrée est précoce, parfois dès cinq ans. Il n’y a pas de sélection académique. Le critère est simple : l’absence d’alternative familiale ou éducative. Le daara ne promet rien. Il impose un cadre. Le quotidien est collectif, austère, répétitif. La hiérarchie est claire. L’autorité est incarnée par le maître. Les journées sont rythmées par l’apprentissage, la récitation, les tâches communes. Aucun confort.Aucune individualisation.

Mais un principe central: l’enfant n’est jamais livré à lui-même. L’exigence est élevée, la mémorisation intensive, la répétition quotidienne.

D’où l’endurance mentale, l’acceptation de la frustration et la soumission à une règle extérieure. Ce n’est pas une pédagogie moderne.C’est une pédagogie de tenue. Le système des talibés ne cherche pas à produire : -des diplômés, des cadres, des trajectoires linéaires. Il cherche à produire : – des enfants capables de tenir, d’obéir à une règle extérieure, d’endurer la frustration, d’exister dans un collectif sans en être le centre. C’est une pédagogie de désindividualisation.

Trajectoires comparées

Un enfant passé par un système éducatif imparfait peut échouer.Mais il a appris :

  • à obéir à une règle extérieure,
  • à tenir dans la durée,
  • à se situer dans un collectif.

Un enfant livré seul à la rue apprend autre chose :

  • l’opportunisme immédiat,
  • la loyauté forcée,
  • la violence comme langage.

Le système des talibés n’est pas pensé contre la rue. Il l’intègre. La rue n’est pas l’échec du système. Elle en est une composante éducative. Dans le daara, la rue est encadrée, ritualisée, limitée dans le temps, inscrite dans une hiérarchie. L’enfant ne traîne pas. Il circule. Il sait où il dort. À qui il rend des comptes. Quand la journée commence et s’arrête. La rue devient un apprentissage du réel. La différence essentielle n’est donc pas la rue elle-même. Dans un cas  la rue est intégrée à un système éducatif, dans le second cas, il n’y a : aucune règle, aucune limite, aucune autorité, identifiable. Ce n’est plus la rue comme apprentissage. C’est la rue comme captation.

Le système des talibés ne promet ni confort, ni modernité, ni réussite garantie. Il promet autre chose : un cadre, une structure, une intention éducative. C’est rude. C’est ancien. C’est discutable. Mais ce n’est ni un accident, ni une improvisation. C’est un choix éducatif.

Structure contre captation

Une seule option est exclue pour l’enfant : la rue. Votre gamin, guetteur ? Jamais. Restent donc les systèmes sobres, austères, exigeants. Ceux qui fonctionnent sans argent, mais avec des règles qui structurent. De la discipline religieuse à la discipline militaire, du Sénégal à la campagne française, en passant par les ashrams indiens, il y en aura pour toutes les bourses vides.Un seul objectif : éviter que votre enfant ne bascule. 

Un système éducatif, même rudimentaire, produit :

  • des règles explicites,
  • une hiérarchie identifiable,
  • une temporalité (début, fin, retour),
  • une responsabilité adulte, même minimale.

L’enfant sait où il dort, à qui il rend des comptes et quand la journée commence et se termine. Il est inscrit dans une structure.

Dans la rue sans système, les règles sont implicites et changeantes, la hiérarchie est violente, le temps est continu, la prédation est permanente.

L’enfant est disponible à tout moment. C’est cette disponibilité totale qui permet la captation criminelle.

 

 

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Radio Soleil, de la Goutte d’Or à Abou Dabi https://mondafrique.com/a-la-une/crepuscule-de-radio-soleil-un-media-historique-de-limmigration-passe-sous-controle-emirati/ https://mondafrique.com/a-la-une/crepuscule-de-radio-soleil-un-media-historique-de-limmigration-passe-sous-controle-emirati/#respond Thu, 29 Jan 2026 05:14:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146047 Née en mai 1981 dans une petite pièce du 35 rue Stephenson, sur l’élan de l’élection de François Mitterrand, Radio Soleil avait incarné bien plus qu’une fréquence : un espace de parole, de culture et de lutte pour les droits des travailleurs immigrés, bâti par l’énergie militante de ses fondateurs – Madjid Daboussi, Saïd Bouziri, Jean-Jacques […]

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Née en mai 1981 dans une petite pièce du 35 rue Stephenson, sur l’élan de l’élection de François Mitterrand, Radio Soleil avait incarné bien plus qu’une fréquence : un espace de parole, de culture et de lutte pour les droits des travailleurs immigrés, bâti par l’énergie militante de ses fondateurs – Madjid Daboussi, Saïd Bouziri, Jean-Jacques Miloudi, Mohamed Bachari dit Mokhtar. Quarante-cinq ans plus tard, elle n’est plus que l’ombre d’elle-même, finalement bradée à des entrepreneurs tournés vers les Émirats. Enquête. 

Par Nidam Abdi

Nous sommes fin mai 1981. La France découvre les radios libres. Dans le 18e arrondissement de Paris, une poignée de militants, journalistes issus du journal Sans Frontière et syndicalistes, lancent Radio Soleil. Objectif : donner la parole à ceux que la société française ignore. Les immigrés, ouvriers des usines Citroën, Renault ou de Saint-Denis, trouvent enfin un média qui parle d’eux et pour eux.

Le premier logo de Radio Soleil.

Madjid Daboussi, journaliste tunisien, ancien de la librairie Le Gai Savoir et du quotidien Le Temps à Tunis, est un homme de conviction. Il veut une radio professionnelle, où la pensée et l’éditorial ont toute leur place. Il programme des débats, des magazines culturels, des émissions pour les communautés turques, yougoslaves, maghrébines. Radio Soleil devient un lieu de mixité, de dialogue et de résistance.

Des débuts sous le signe de l’ouverture

Au fil des années, le média accueille des invités prestigieux: Yasser Arafat sur la lutte palestinienne, l’historien algérien Mohamed Harbi à propos des massacres du 17 octobre 1961 à Paris. Lors des élections dans les pays d’origine des auditeurs, elle consacre l’antenne à des débats et assure le suivi des résultats. En France, Radio Soleil reçoit des responsables politiques. Par exemple, Lionel Jospin et Philippe Séguin.

À gauche, Saïd Bouziri et à droite, Madjid Daboussi. (DR)

L’autre fondateur historique, Jean-Jacques Miloudi, est un pionnier des radios libres. Dès 1978, il anime Radio Onze’débrouille, une radio pirate. En 1981, il cofonde Radio Soleil et y consacre quarante ans de sa vie, tout en menant une discrète activité d’artiste-peintre.

Dépourvu d’esprit communautariste, Madjid Daboussi insuffle sur les ondes le même esprit qu’au journal Sans Frontière : toutes les origines sont les bienvenues. À la fin des années 1990, lors d’un dîner à Heidelberg, ville universitaire allemande, le poète et philosophe Édouard Glissant, chantre de la créolisation, avait témoigné d’un geste de Daboussi : « Il avait, avec le supplément de Sans Frontière consacré à Frantz Fanon en 1982, fait honneur à la décolonisation. Bien en avance sur les scientifiques qui allaient faire de Fanon un sujet universitaire mondialisé. »

Le tournant : 2017-2023

Après la disparition de Madjid Daboussi en 2017 et de Jean-Jacques Miloudi en 2022, Radio Soleil entre dans une zone grise. Mohamed Gharbi, un Franco-Tunisien aux méthodes controversées, en prend progressivement le contrôle. Sans baccalauréat, il a fréquenté dans les années 1970 l’université de Vincennes avant de rejoindre les milieux radiophoniques des années 1980, passant de RMF à Radio Méditerranée, puis s’introduisant à Radio Soleil pour finir à Radio Orient. 

En 2023, un coup de force est consommé. Le conseil d’administration est renversé, les anciens militants évincés. Gharbi s’entoure de consultants et de juristes, transformant la radio en machine commerciale. Les émissions politiques, culturelles et sociales disparaissent au profit de musique de variété orientale, de prêches islamiques et d’émissions juridiques destinées à attirer des clients pour des cabinets d’avocats.

La vente à Thallium Consulting : 2026

En 2026, le scandale éclate. Radio Soleil est reprise par des entrepreneurs liés à Thallium Consulting, un cabinet installé avenue des Champs-Élysées et spécialisé dans le business set-up entre la France et les Émirats arabes unis. Le PDG de Thallium, Phanuel Abbou, est un habitué des cercles d’affaires du Golfe. Sa société, créée en 2017, accompagne les entreprises françaises dans leur implantation à Dubaï, Riyad ou Abu Dhabi et travaille avec le Paris-Saint-Germain. La radio des immigrés, des ouvriers, des luttes sociales devient un outil marketing pour des consultants.

Les témoignages des anciens de Radio Soleil sont accablants. Boubaker, technicien historique cité, lors du décès de Jean-Jacques Miloudi en 2022, comme une figure légitime par la Fédération des Radios Associatives d’Île-de-France et la Confédération Nationale des Radios Associatives, raconte : « Avant, on parlait des grèves, des droits, de la culture. Maintenant, c’est de la musique, des émissions sur le bien être et des prêches. On a trahi l’esprit de Madjid. » Lui aussi a été évincé par Mohamed Gharbi.

Uğur Hüküm, journaliste turc pionnier des émissions en turc, mort en 2013, avait cru en une radio qui aidait à l’intégration, qui expliquait la France aux Turcs et la Turquie aux Français. Aujourd’hui, son héritage est piétiné. Pourtant, l’ex-chef du service en turc de RFI témoignera dans un article dédié à la radio : « Quand, au début du mois d’octobre 1991, un journaliste ainsi qu’un sociologue et ancien comédien, tous deux Turcs, reçoivent la proposition de lancer une émission hebdomadaire en turc, ils n’hésitent pas une seconde… »

Les auditeurs ne reconnaissent plus leur radio

Les auditeurs ne reconnaissent plus leur radio. « Avant, on écoutait pour s’informer, pour se sentir moins seul. Maintenant, c’est comme les autres radios commerciales, mais en moins bien », estime un auditeur de longue date. Un autre s’étonne d’être réveillé en ce début d’année par des émissions de Christophe Médici, qui se présente comme psychosociologue, formateur diplômé d’État en communication, conférencier et fondateur de la méthode « Haute Qualité Relationnelle ». Une sorte de Patrick Sébastien du coaching, présent dans de multiples médias, de Radio Sud chez Brigitte Lahaie à Radio Beur.

On est bien loin du témoignage de Yassir Guelmiz, qui écrivait après le décès de Madjid Daboussi dans le magazine Le Courrier de l’Atlas :    « Je garde en mémoire, dans les locaux exigus de la rue d’Avron, les arrivées de Philippe Séguin ou d’Aurélie Filippetti, les chroniques de Mathieu Vervisch ou de Nicolas Mazières et les collègues passés par ses ondes (Karim Bourtel, Maguy Day, etc.). Il (Madjid Daboussi) avait accepté aussi que quelques jeunes journalistes talentueux (Nabil Wakim, Karim Rissouli, Marc de Chalvron…) animent une émission. Il aimait lancer les jeunes sans jamais les censurer. Durant les trois ans où nous avons travaillé ensemble, il n’a jamais demandé à voir les conducteurs. Homme libre, il a fait de sa radio libre un espace d’expression libre. »

Les autorités ont-elles fermé les yeux ?

Comment une radio historique, subventionnée, soutenue par des générations de militants, a-t-elle pu être ainsi dépecée ? L’État, l’Arcom, les fédérations de radios associatives ont-ils fermé les yeux ?

La FRADIF (Fédération des radios associatives d’Île-de-France) et la CNRA (Confédération nationale des radios associatives) ont rendu hommage à Madjid Daboussi et Jean-Jacques Miloudi. Mais où étaient-elles quand Gharbi a pris le contrôle de Radio Soleil ? Quand la radio a été cédée à des entrepreneurs sans aucun lien avec l’immigration ou le social ?

Madjid Daboussi n’aurait jamais imaginé que la radio qu’il portait depuis le 10 mai 1981 finirait dans l’escarcelle d’un cabinet de conseils qui se présente en ces termes : « Thallium Consulting ne se contente pas de conseiller : il connecte. Porte d’entrée vers les marchés du Golfe mais aussi catalyseur d’opportunités en Asie et en Afrique, le cabinet agit comme un véritable accélérateur de croissance. »

En ce début d’année 2026, Thallium Consulting a mis en ligne un nouveau site Internet dédié à Radio Soleil. L’ancien site web, où figuraient sur la page de l’histoire du média les images du journaliste Farid Aïchoune et des fondateurs Madjid Daboussi, Saïd Bouziri et Jean-Jacques Miloudi, a été remanié. La présentation historique de la radio, qui remontait aux combats des travailleurs immigrés, a connu des modifications pour en atténuer l’esprit militant. Il subsiste une vidéo de l’INA de décembre 1981, issue de l’émission « Les gens d’ici » de Philippe Alfonsi, Alexandre Tarta, Antoine Gallien et Patrick Pesnot, consacrée à Radio Soleil. On y voit Mohamed Bachari dit « Mokhtar », ancien grand militant des années 1960-1970 et co-fondateur de Radio Soleil. À ses côtés, Philippe Alfonsi et sa pipe, réalisant un reportage de la grande école de l’ORTF. Bien loin de l’esprit de Thallium Consulting et de ses bases de l’ouest parisien. 

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L’église orthodoxe russe à la conquête de l’Afrique https://mondafrique.com/societe/leglise-orthodoxe-russe-a-la-conquete-de-lafrique/ https://mondafrique.com/societe/leglise-orthodoxe-russe-a-la-conquete-de-lafrique/#respond Wed, 28 Jan 2026 05:10:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145944 Le site russe African initiative relate à intervalles réguliers des événements en lien avec le développement de la religion orthodoxe sur le continent. En Ouganda, des élèves du séminaire célèbrent leurs mariages respectifs dans la grande tradition orthodoxe ; six habitants de l’île Maurice sont baptisés par un dignitaire de cette Église ; au Mali, […]

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Le site russe African initiative relate à intervalles réguliers des événements en lien avec le développement de la religion orthodoxe sur le continent. En Ouganda, des élèves du séminaire célèbrent leurs mariages respectifs dans la grande tradition orthodoxe ; six habitants de l’île Maurice sont baptisés par un dignitaire de cette Église ; au Mali, des écoliers découvrent la tradition de la Théophanie en regardant des vidéos où les fidèles se plongent dans l’eau glacée par -40 °C. Loin d’être anecdotiques, ces exemples témoignent à la fois de l’importance que Moscou accorde à l’Afrique et de la mise en œuvre d’une véritable stratégie d’influence qui s’inscrit dans le temps long. Avec d’autres instruments, la Chine poursuit une démarche similaire, tandis que les États-Unis se désengagent.

Par Leslie Varenne

La paroisse Sainte-Catherine-la-Grande-Martyre de Nairobi, au Kenya, a rejoint l’Église orthodoxe russe en 2022.

Du conflit ukrainien à l’Afrique

La présence de l’Église orthodoxe sur le continent africain est longtemps restée marginale. Elle reposait sur deux foyers anciens : l’Égypte d’une part, et l’Éthiopie, christianisée dès le IVᵉ siècle et inscrite dans une tradition orthodoxe orientale ancienne. En dehors de ces espaces, les diasporas grecques installées en Afrique avaient développé ici et là quelques églises. L’ensemble du continent était placé sous l’autorité du Patriarcat d’Alexandrie.

Mais en janvier 2019, dans le contexte du conflit ukrainien, entamé bien avant l’invasion russe de 2022, le monde orthodoxe se divise. Le Patriarcat de Constantinople reconnaît l’Église d’Ukraine comme indépendante de Moscou. Dans la foulée en novembre 2019, celui d’Alexandrie lui emboîte le pas. Pour la Russie, cette situation est inacceptable. Le schisme est consommé. C’est dans ce contexte qu’en décembre 2021, l’Église orthodoxe russe annonce la création de l’Exarchat patriarcal d’Afrique, une structure continentale placée directement sous son autorité. Cette décision marque un tournant. Selon les chiffres avancés par le Patriarcat de Moscou en février 2025, cette institution religieuse comptait déjà 350 paroisses réparties dans 32 pays africains, avec une très forte présence au Kenya. En créant l’Exarchat d’Afrique, le Kremlin – qui utilise l’Église comme outil de l’État, même si ce point ne fait pas consensus au sein du clergé – a joué sur deux tableaux : marginaliser le Patriarcat d’Alexandrie et se doter d’un instrument supplémentaire d’influence. Le continent devient alors un nouveau terrain de recomposition du monde orthodoxe, où enjeux religieux et géopolitiques s’entremêlent.

Un continent de tolérance religieuse

La capacité de la Russie à mobiliser le registre religieux s’inscrit dans un contexte particulier : celui d’une Afrique subsaharienne marquée par une forte tolérance envers toutes les confessions. Dans la plupart des sociétés, les appartenances ne sont ni rigides ni exclusives. Les mariages mixtes entre musulmans et chrétiens sont courants et socialement acceptés ; les conversions sont fréquentes et admises. L’ancien Président Laurent Gbagbo en est un exemple. Baptisé, élève du petit séminaire, il deviendra évangélique, puis après son retour de la prison de la Haye, il réintègrera son ancienne maison lors d’une grande cérémonie à la cathédrale Saint-Paul d’Abidjan. Les enterrements comme certaines commémorations donnent lieu à des cérémonies œcuméniques. Dans cet univers, seul être athée fait figure de blasphème. Ni Dieu, ni maître est toléré mais parfaitement incompris. Le christianisme orthodoxe russe s’insère dans cet environnement comme une offre religieuse supplémentaire, non comme une rupture.

La guerre des valeurs

L’Afrique a déjà connu plusieurs vagues d’immigrations religieuses. Aux XIXᵉ et XXᵉ siècles, les missions catholiques et protestantes arrivent dans les bagages des colonisateurs. À partir de la fin des années 1980, les Églises évangéliques américaines connaissent une croissance spectaculaire ; elles s’inscrivent dans la diffusion du libéralisme économique, avec un fort tropisme messianique. S’il ne faut pas occulter la véritable dimension théologique, aujourd’hui Moscou mobilise la religion dans un cadre d’une confrontation idéologique plus large.

Dans ses discours, Vladimir Poutine fustige souvent l’Occident « amoral », qu’il oppose à la « spiritualité et à la moralité russes ». Il hausse la Russie au rang de « phare des valeurs traditionnelles ». Des propos qui trouvent un écho particulier en Afrique et, plus largement dans de nombreux pays du Sud, hermétiques aux théories du genre et au wokisme vantés inlassablement par les dirigeants américains et européens depuis une vingtaine d’années. Cette déconnexion a largement contribué à la désaffection des Occidentaux sur le continent.

Mais derrière le discours spirituel se joue une autre guerre : celle des valeurs marchandes, sonnantes et trébuchantes. Une bataille d’influence pour l’accès aux opportunités. Irina Abramova, directrice de l’Institut de l’Afrique de l’Académie des sciences, ne s’en cache pas. Dans un long entretien, elle détaille les atouts du continent et les raisons pour lesquelles la Russie s’y implante : « l’Afrique est appelée à devenir l’un des espaces centraux du monde de demain ». Outre des rythmes de croissance économique impressionnants, elle souligne l’importance de la démographie sur le continent : « près de 800 millions d’Africains ont moins de 25 ans, une jeunesse qui représente à la fois énergie, capacité de production et potentiel de consommation ». Il faut, dit-elle, « planter des jalons ». Lucide, elle ajoute : « Faute de s’y inscrire durablement, la Russie, pays de 150 millions d’habitants confronté à une dynamique démographique défavorable, risquerait de se retrouver isolée, tandis que le continent offrant les opportunités économiques et humaines de demain serait investi par d’autres acteurs.» Dans cette interview, Irina Abramova fait également l’éloge de la culture africaine.  « Il y a cette combinaison de valeurs : bonté, courte mémoire de la haine. Ils sont bienveillants, comme les Russes, d’ailleurs. Nous sommes pareils. » L’implantation des églises orthodoxes  s’inscrit dans ce temps long, dans les liens tissés entre les sociétés. Depuis son retour sur le continent, il y a dix ans, où elle est arrivée sans stratégie géographique, ni sectorielle, la Russie s’est depuis dotée de plusieurs leviers : économiques, sécuritaires, culturels et maintenant religieux.

Pékin, Washington et les autres…

La Russie n’est pas la seule à investir tous azimuts en Afrique. La Chine l’a précédée : depuis le début des années 2000, Pékin a implanté plus de soixante Instituts Confucius sur le continent. Ici, il ne s’agit pas de religion, mais d’apprentissage du mandarin, de diffusion culturelle et de formation des élites, avec une forte implantation au sein des universités africaines. Un champ d’influence qui ne cesse de s’élargir.

Dans le même temps, Washington se désengage progressivement de l’ensemble des instruments traditionnels de son soft power en Afrique : réduction des programmes d’aide et de développement, affaiblissement de l’USAID, recentrage des actions diplomatiques et culturelles, moindre présence dans des secteurs clés comme la santé, l’éducation ou les médias. Ce retrait se reflète également dans les documents stratégiques récents des États-Unis. Dans la nouvelle National Security Strategy (NSS), l’Afrique n’est mentionnée qu’incidemment à la fin du texte. Le National Defense Authorization Act (NDA), publié le 23 janvier dernier, pourtant central pour les priorités budgétaires et capacitaires américaines, ne comporte aucune référence au continent.

Ce silence stratégique entérine le recentrage de Washington sur l’Asie, jugée prioritaire. En outre, l’administration américaine ne cherche même plus à contenir ses adversaires en Afrique ; elle sait que cette bataille est perdue d’avance. La Russie domine le récit. Dans une enquête d’opinion réalisée entre 2023 et 2024, Vladimir Poutine prend la tête des dirigeants inspirant le plus confiance. La guerre économique avec Pékin est, elle aussi tranchée depuis longtemps. Les échanges commerciaux entre les États-Unis et l’Afrique représentent aujourd’hui moins d’un quart de ceux entre le continent et la Chine. Washington est également conscient que, malgré leurs positions géographiques et historiques, ses alliés européens sont trop affaiblis pour être en capacité de jouer le rôle d’endiguement de ses concurrents, comme ils l’avaient fait avec le communisme pendant la guerre froide. Une autre époque, quand les élites africaines choyées par l’URSS bénéficiaient de formations dispensées entre autres à l’Université Patrice Lumumba de Moscou : celle d’un matérialisme pur et dur qui combattait l’opium du peuple. Du marxisme au grand retour de la spiritualité…

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CAN 2025 : le Maroc face à son destin https://mondafrique.com/societe/can-2025-le-maroc-face-a-son-destin/ Sun, 18 Jan 2026 10:44:05 +0000 https://mondafrique.com/?p=145548 Tout un peuple n’attend que cela : en quête d’un titre continental depuis 1976, le Maroc affronte le Sénégal ce dimanche (20h00) à Rabat en finale de la CAN 2025. Ambiance fébrile à quelques heures de ce rendez-vous historique entre les deux meilleures équipes africaines du moment.     Par Patrick Juillard    Vendeur de drapeaux, […]

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Tout un peuple n’attend que cela : en quête d’un titre continental depuis 1976, le Maroc affronte le Sénégal ce dimanche (20h00) à Rabat en finale de la CAN 2025. Ambiance fébrile à quelques heures de ce rendez-vous historique entre les deux meilleures équipes africaines du moment.  
 
Par Patrick Juillard 
 
Vendeur de drapeaux, d’écharpes, de casquettes et d’objets destinés aux supporters du Maroc et des autres équipes de la CAN 2025, Mehdi ne chôme pas en cette veille de finale entre les Lions de l’Atlas et le Sénégal. Dans son magasin « Au beau fanion », à quelques encablures de la mosquée Al-Badr, dans le vivant quartier d’Agdal, le jeune homme arbore un sourire discret. « Au début, c’était surtout les gens des pays francophones qui venaient acheter, des drapeaux aux couleurs de leur pays ou des maillots du Maroc, dit-il. Aujourd’hui, ce sont surtout des Marocains, de toutes tranches d’âge, hommes et femmes. Tout le monde veut montrer qu’il supporte son équipe. »

La folie des billets

Les affaires se portent donc bien, mais en ville, pourtant, la fièvre monte tout doucement. Que l’on ne s’y trompe pas, toutefois : le jour J, à l’heure H, le stade Prince Moulay-Abdellah grondera et poussera son équipe comme un seul homme, et les quelques supporters du Sénégal n’existeront que visuellement dans ce vacarme patriotique. Tout le monde veut en être, tous ceux qui n’ont pas (encore) de place en cherchent désespérément.
 
Quoiqu’en disent les organisateurs et les autorités locales, le marché noir carbure non-stop pour tous ceux qui ne veulent pas se contenter pas de suivre le match dans les fanzones et les cafés, où l’IPTV tourne à plein régime depuis un mois. Les heureux détenteurs brandissent parfois leur ticket comme un trophée. « C’est un billet à 300 dirhams (environ 30 euros) et le gars me le faisait à 4000 (400 euros), mais je l’ai acheté à 2000 dirhams », racontait jeudi un jeune et débrouillard habitant de la capitale à L’Équipe. Depuis, les prix ont continué de grimper sur ce marché informel, alimenté par le système D et les messageries cryptées. 

Des petits fours aux 100 décibels 

Peut-être le revers d’une médaille, celle de la fidélité ? Après avoir tancé le public en début de CAN – « Si le public vient juste pour manger les petits fours, on n’a rien à faire de lui », avait-il déclaré – le sélectionneur Walid Regragui n’a cessé, depuis, de saluer sa montée en puissance. Celle-ci a été synchrone avec celle de l’équipe qu’il dirige, en quête d’un second sacre continental, cinquante ans après le trophée ramené d’Éthiopie.
 
« Contre le Nigeria [en demi-finale], nos supporters sont montés à 100 décibels, a rappelé l’ancien joueur de Grenoble et d’Ajaccio. Je veux que le Sénégal sente que ce n’est pas le stade des Martyrs [à Kinshasa, où le Sénégal a affronté et battu la RDC cet automne en éliminatoires du Mondial 2026, ndlr]. Pour venir nous battre au Maroc, c’est très compliqué, très dur. Le Cameroun s’en est rendu compte et le Nigeria aussi. Ce n’est pas Dortmund, le Parc [des Princes] ou Marseille. Il faudra une équipe du Sénégal très forte pour venir nous battre chez nous. » 

 Aux portes du Top 10 mondial

Battu en 1988 par le futur vainqueur camerounais, le Maroc entend, cette fois, être roi en son Royaume. Doté d’un effectif de qualité à tous les postes, le pays hôte de cette 35e édition recueillerait ainsi les fruits de sa régularité dans cette finale du triomphe de la logique, entre le pays africain leader au classement mondial de la FIFA (le Maroc, 11e) et son premier challenger continental (le Sénégal, 19e).
 
Il lui faudra d’abord vaincre une équipe remontée contre les organisateurs : vendredi, l’arrivée de la délégation du Sénégal à la gare TGV de Rabat, pourtant annoncée publiquement, s’est faite sans cordon de sécurité et le lendemain, un nouveau lieu d’entraînement a été alloué au dernier moment aux Lions de la Teranga, désireux de ne pas effectuer leur dernière séance sur les installations du complexe Mohammed V, habituellement dédié au Maroc.
 
Il s’agira ensuite de chasser les soupçons de favoritisme, prompts à se déchaîner à la moindre erreur d’arbitrage. Enfin, Walid Regragui et ses joueurs devront surmonter la (relative) malédiction du pays organisateur au 21e siècle : depuis 2000, seules la Tunisie (2004), l’Égypte (2006) et la Côte d’Ivoire (2024) ont triomphé à domicile.

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CAN, Sénégal : « le roman d’une passion nationale » https://mondafrique.com/a-la-une/can-senegal-le-roman-dune-passion-nationale/ Sat, 17 Jan 2026 08:04:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145502 Un peuple, un but, un seul parti : l’équipe nationale de football – qui dispute ce dimanche la finale de la CAN contre le Maroc, pays d’accueil de la compétition – représente le plus grand dénominateur commun pour les Sénégalais. Facteur d’unité et de fierté nationale, elle transcende les clivages ethniques, confrériques, religieux et géographique, […]

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Un peuple, un but, un seul parti : l’équipe nationale de football – qui dispute ce dimanche la finale de la CAN contre le Maroc, pays d’accueil de la compétition – représente le plus grand dénominateur commun pour les Sénégalais. Facteur d’unité et de fierté nationale, elle transcende les clivages ethniques, confrériques, religieux et géographique, renforçant ainsi le sentiment d’appartenance à une seule et même nation.

Par Mor Amar 

Une ambiance électrique au rond-point Krépin Diatta, en plein cœur de la ville de Rufisque, à une trentaine de kilomètres de Dakar. Jusque-là dénommé rond-point Ndar Gou Ndaw, du nom du quartier éponyme, le lieu a été rebaptisé de fait après la qualification du Sénégal en demi-finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2025, en hommage à l’arrière droit de l’équipe nationale de football, qui réalise à Tanger, au Maroc, un tournoi jugé exceptionnel.

L’équipe nationale du Sénégal (Fédération sénégalaise de football).

Ce rond-point a été rendu célèbre par l’artiste-peintre Assane Mbaye qui a décidé, avec l’autorisation de la commune, d’y immortaliser par une fresque le latéral droit des Lions de la Teranga. « Comme tout le monde l’a vu, Krépin est en train de réaliser une CAN exceptionnelle. Il fait preuve de beaucoup de courage, de hargne et de détermination », expliquait-il dans une vidéo diffusée par l’Agence de presse sénégalaise (APS). « Voilà pourquoi nous avons décidé de lui dédier cette œuvre, après avoir reçu de nombreuses sollicitations dans ce sens», poursuivait l’artiste, fier de sa réalisation qui fait l’unanimité.

« Le foot, premier parti du pays »

Enfant de Boukitingho dans les fins fonds de la Casamance naturelle, Krépin est devenu un symbole de l’unité et de la concorde nationales. Sur ces terres lebou de Rufisque (ethnie majoritairement basée dans la région de Dakar, au nord-ouest du Sénégal), le Diola (ethnie de la Casamance au sud du pays) a définitivement conquis les cœurs. À la fin de la victoire héroïque des Lions devant les Pharaons d’Égypte, le mercredi 14 janvier 2026, de nombreux Rufisquois se sont donné rendez-vous spontanément au rond-point qui porte son nom, pour communier, célébrer à l’unisson leur qualification en finale, pour la quatrième fois de leur histoire et la troisième sur les quatre dernières éditions.

De Senghor à Diomaye, en passant par Diouf, Wade et Macky Sall, l’équipe nationale a toujours su démontrer qu’elle est le seul « parti » qui parvient à faire l’unanimité chez les Sénégalais et qui transcende tous les clivages : ethnique, confrérique, religieux, géographique…. Ancien président de l’Association nationale de la presse sportive (ANPS) du Sénégal, auteur de deux ouvrages de référence sur l’équipe nationale, le journaliste Mamadou Koumé résume bien cette réalité : « Le foot est le premier parti dans ce pays ; c’est le parti qui unit tout le monde, qui agrège tout le monde et qui fédère tout le monde.»

Cette réalité, les politiciens en sont parfaitement conscients, et personne ne veut rester en marge des exploits du onze national. Beaucoup sont d’ailleurs partis au Maroc pour soutenir la bande de Sadio Mané. « Je vois des hommes politiques de tous bords. J’ai vu Aly Ngouille Ndiaye (candidat malheureux à la dernière présidentielle et plusieurs fois ministre de Macky Sall), Abdou Mbow (député proche de l’ancien Président), je ne parle pas des responsables de l’actuel régime, avec notamment le président de l’Assemblée nationale qui était là aussi », témoigne, depuis Tanger, l’auteur de La saga de l’équipe nationale de football, qui vient de publier son deuxième ouvrage intitulé Les lions et la CAN de football : le roman d’une passion sénégalaise (L’Harmattan Sénégal, décembre 2025).

Témoin vivant du foot national, l’ancien directeur de l’Agence de presse sénégalaise se rappelle de l’humiliation de 1969, à Kinshasa, au cours d’un match remporté par le Congo devant le président de la République Léopold Sedar Senghor et tous ses pairs africains, à l’occasion d’un tournoi organisé en marge d’un sommet des chefs d’État. Le onze national avait alors été battu sur un score sans appel de 4 buts à 0. À son retour à Dakar, le président-poète a convoqué immédiatement un Conseil interministériel sur le football et l’équipe nationale. « Le Président était courroucé. Il a dit qu’il s’était senti humilié devant ses pairs», raconte le journaliste.

Entre fierté nationale et récupération politique

Si les déroutes sont souvent sources de colère, d’indignation et d’invectives, les victoires sont souvent instrumentalisées par les pouvoirs respectifs, une occasion pour rappeler leurs efforts persévérants pour contribuer aux performances sportives, mais aussi pour inviter la classe politique à l’unité. En 2002, Abdoulaye Wade n’avait pas hésité à se soustraire de toute exigence protocolaire pour parader devant le palais de la République, au milieu de la foule, en compagnie de sa Première ministre, de son fils Karim Wade et de Macky Sall, qui était alors ministre dans son gouvernement. Le Sénégal venait de s’imposer devant la France en ouverture de la Coupe du monde.

Vingt ans plus tard, à la suite du sacre à Yaoundé, au Cameroun, Macky Sall, devenu chef de l’État, avait convié tous les partis et coalitions politiques à l’accueil des héros nationaux. Tous les leaders avaient répondu présents sauf Ousmane Sonko. D’habitude très vindicatif, ce dernier, tout juste élu maire de Ziguinchor, avait tout de même publié un post aimable sur sa page Facebook pour remercier le Président de son initiative et s’expliquer sur les raisons de son absence. «Je remercie vivement le président de la République pour cette invitation, à laquelle répondront les leaders de la coalition présents à Dakar, et le félicite pour cette victoire qu’il a tant souhaitée et à laquelle il a beaucoup œuvré », avait-il écrit. Quelques mois plus tôt, il déniait à son adversaire toute légitimité et promettait qu’il ne l’appellerait jamais Président Macky Sall. Macky Sall suffirait. C’était en pleine crise politique, après la mort de plusieurs jeunes lors de manifestations.

Un moment de grâce pour Akon

Le même élan d’unité nationale est encore noté depuis le début de la CAN 2025. Politiques, artistes, hommes d’affaires chantent à l’unisson l’équipe et la fierté nationale. À commencer par le président de la République Bassirou Diomaye Faye qui n’a pas attendu pour célébrer la brillante victoire face à l’Égypte: « Je félicite nos Lions qui, par un match sérieux et maîtrisé, ont écarté l’Égypte et décroché leur place en finale de la Coupe d’Afrique. » À une marche de la consécration, exhorte-t-il: « poursuivez avec la même lucidité, la même discipline et le même esprit collectif, pour offrir au Sénégal une nouvelle étoile et une fierté partagée par toute la Nation ».

Opposant au régime actuel, l’ancien maire de Dakar Khalifa Sall embouche la même trompette, appelant les Lions à aller prendre la couronne. « Encore un combat, un dernier sommet à gravir, et le Sénégal sera couronné. Le destin est à portée de crampons », s’est-il exclamé.

Au Sénégal, le foot reste ainsi le domaine de tous les possibles. C’est ainsi, par exemple, que très critiquée ces dernières années à cause d’un projet immobilier perçu comme une volonté d’accaparement foncier, la star américano-sénégalaise Akon est aussi très présente au royaume chérifien, pour exprimer sa fierté sénégalaise. Une présence bien appréciée par les Sénégalais qui semblent « oublier » le contentieux foncier.

À quelques heures de la finale contre le Maroc, c’est tout un peuple qui prie pour la victoire, mais aussi pour la paix et la concorde, dans un contexte de forte polarisation de l’espace public. C’est le rêve de Hamidou Dia, journaliste féru de football. « J’espère qu’on aura à la tribune, dimanche, au stade Moulay Abdallah, une équipe inédite de supporters sénégalais : BDDF (Bassirou Diomaye Diakhar Faye), Macky Sall monté depuis Marrakech, aux côtés du président de la Fédération (belle affiche d’exception sénégalaise) », ose t-il rêver.

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Enquête sur la diaspora malgache en France https://mondafrique.com/societe/enquete-sur-la-diaspora-malgache-en-france/ Fri, 16 Jan 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145328 Forte de près de 170 000 personnes, cette communauté est pourtant peu connue en France. Une enquête permet de mieux comprendre la perception de l’appartenance à la diaspora malgache ainsi que la diversité des relations entre les membres.  Par Caroline Nourry et Sarah M’Roivili (The Conversation)   La diaspora malgache est l’une des principales diasporas d’Afrique subsaharienne […]

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Forte de près de 170 000 personnes, cette communauté est pourtant peu connue en France. Une enquête permet de mieux comprendre la perception de l’appartenance à la diaspora malgache ainsi que la diversité des relations entre les membres.

 Par Caroline Nourry et Sarah M’Roivili (The Conversation)

 

La diaspora malgache est l’une des principales diasporas d’Afrique subsaharienne en France. Les dernières estimations, datant de 2015, font état de 170 000 personnes, ce qui la place au même niveau que les diasporas malienne et sénégalaise. Malgré son importance numérique et son rôle important lors des récentes manifestations de la Gen Z à Madagascar, notamment à travers une mobilisation soutenue sur le réseau social Facebook, cette communauté est peu visible. Elle fait notamment l’objet de peu d’études si on la compare aux autres diasporas préalablement citées.

Une communauté peu connue

On peut faire remonter la première présence malgache en France hexagonale à la moitié du XIXᵉ siècle avec la venue de deux étudiants malgaches inscrits en faculté de médecine. Par la suite, d’autres étudiants, principalement issus des classes bourgeoises proches du pouvoir colonial, suivront le même chemin (études de médecine et de théologie). Cependant, comme le précise Chantal Crenn dans son livre Entre Tananarive et Bordeaux. Les migrations malgaches en France, il est difficile de parler de première vague tant le nombre est faible.

Il faut attendre la Première Guerre mondiale pour observer la première vague importante avec l’arrivée de 40 000 hommes, puis une deuxième vague avec la Seconde Guerre mondiale. Après 1947, la venue de Malgaches en métropole est principalement le fait d’étudiants issus de la bourgeoisie des Hautes Terres. Dans les années 1975-1980, les difficultés économiques et politiques de la Grande île vont pousser une partie des étudiants à venir étudier en France métropolitaine et certains à y rester.

Cet article se propose de combler en partie ces lacunes en analysant les résultats de l’enquête qualitative « Perception et réseaux de la diaspora malgache en France », réalisée dans le cadre du projet de recherche TADY entre janvier 2025 et décembre 2025, regroupant 25 entretiens réalisés avec des membres de la diaspora malgache en France (France hexagonale et La Réunion) et à Madagascar.

Dans le cadre de ces entretiens, deux thématiques principales ont été abordées : d’une part, la perception de l’appartenance à la diaspora malgache ; d’autre part, la diversité des relations entre les membres de la diaspora en France, ainsi que les relations entre cette communauté et Madagascar.

Les résultats développés dans cet article n’engagent pas l’ensemble de l’équipe de recherche du projet TADY mais les seuls auteurs de l’enquête « Perception et réseaux de la diaspora malgache en France ». Cependant, les travaux ont bénéficié d’interactions porteuses au sein du projet TADY et les auteurs remercient à ce titre l’ensemble des membres du projet. Nous renvoyons également les lecteurs au rapport « La diaspora malagasy en France et dans le monde : une communauté invisible ? ».

Définitions endogènes de la diaspora malgache

L’analyse des entretiens de notre enquête ne permet pas d’identifier une définition commune et uniforme à l’ensemble des membres de la diaspora.

Cela rejoint la littérature scientifique sur les diasporas et souligne la nécessité de ne pas adopter une définition trop restrictive des groupes diasporiques. Dans les faits, nous identifions plusieurs visions avancées par les personnes enquêtées, qui peuvent être cumulatives ou non.

Premièrement, une vision identitaire et culturelle met en lumière une série d’arguments en lien avec le fait d’être natif de Madagascar ; d’avoir un attachement identitaire et culturel ; ou encore d’avoir la nationalité malgache (sans forcément avoir un attachement particulier à la culture malgache ou au pays). Ainsi, plusieurs entretiens soulignent que l’appartenance à la diaspora malgache renvoie au fait d’être né à Madagascar puis d’avoir migré, ou encore d’avoir la nationalité et de vivre dans un autre pays que Madagascar.

« La diaspora pour moi, c’est être natif du pays tout en étant parti du pays. » Cette définition est pour certaines personnes une condition essentielle de l’appartenance au groupe diasporique. D’autres ont une vision plus large et considèrent que l’appartenance à la diaspora malgache est davantage liée aux pratiques culturelles, surtout au fait de parler le malgache.« Quelqu’un de deuxième génération peut être considéré comme de la diaspora, mais cela dépend de l’éducation. Si les deux parents sont nés à Madagascar, et si les parents entretiennent la langue avec leurs enfants. Dans ce cas, oui. Sinon, les enfants peuvent avoir un rejet. Cette adoption passe par la langue mais aussi la culture, l’adoption du pays. »

Deuxièmement, une vision réticulaire et communautaire, avec deux représentations.

La première (représentation plus individuelle) renvoie au fait d’être en relation avec les membres de la diaspora et/ou d’être en relation avec Madagascar. « Pour moi, la diaspora c’est toute personne qui a une relation avec Madagascar – que la personne soit malgache ou mariée à un Malgache ou née en France mais enfant de Malgache. Voilà, donc dès qu’il y a une relation avec quelqu’un qui vient de Madagascar ou qui est malgache, qu’il soit né ou pas à Madagascar, pour moi, ça constitue totalement la diaspora. »

La deuxième représentation organisationnelle et communautaire (moins fréquente) qualifie la diaspora comme étant toute forme d’action collective et d’organisation (formelle ou non) qui œuvre pour l’intérêt des Malgaches en France ou à Madagascar. « Selon moi, la diaspora malgache, c’est la communauté de Malgaches à l’étranger qui se retrouvent par leur origine […] et qui se réunissent selon leurs centres d’intérêt (sportif, religion commune, ou un aspect culturel, etc.). »

Comme nous le verrons dans la suite de l’article, cette dimension réticulaire prend une place importante.

La structuration de la diaspora malgache en France

L’analyse des récits nous permet également d’identifier une dimension centrale de la diaspora : celle de la complexité et de la diversité des relations entre diaspora et Madagascar, d’une part, et entre les membres de la diaspora, d’autre part.

Premièrement, l’ensemble des témoignages soulignent l’importance des relations d’entraide entre les membres de la diaspora et Madagascar.

D’abord, les soutiens sont pour la plupart intrafamiliaux et peuvent être plus ou moins réguliers. Ils peuvent intervenir pendant un événement ponctuel (mariage, enterrement, baptême, maladie) ou bien plus régulièrement (transfert mensuel, paiement de frais de scolarité, etc.). « Chaque fois que mes parents avaient besoin, ou avaient un pépin à Madagascar, il fallait dépanner. Ils n’avaient personne sur qui compter à part moi. Donc on part, on ne se rend pas forcément compte, mais il y a une responsabilité derrière. »

Ces logiques d’entraide s’apparentent souvent à de véritables mécanismes de protection sociale s’inscrivant dans une stratégie familiale construite autour de la migration.

D’autres témoignages relatent des processus d’entraide qui dépassent le simple cercle intrafamilial. À l’échelle de la famille élargie, de nombreuses initiatives sont développées dans le village d’origine des parents ou, plus largement, dans le lieu d’origine de la famille à Madagascar. Les mécanismes d’entraide sous-tendent de nombreux processus de négociation et des échanges complexes. Les écarts économiques et les perceptions de ces écarts renforcent la complexité de ces relations.

Nourrir tout un voisinage

De nombreux témoignages soulignent la complexité des réseaux d’entraide entre la diaspora et Madagascar :« Quand on envoie de l’argent là-bas, comme c’est un pays pauvre, ma famille a des voisins, les voisins savent que la famille de France envoie de l’argent, alors des fois quand on envoie de l’argent, on nourrit tout un voisinage. Donc des fois ma famille en demande un peu plus. C’est en allant là-bas que je l’ai vu et je l’ai vécu. »

Ainsi, les mécanismes d’entraide intrafamiliaux réguliers (entre enfants en France et parents à Madagascar par exemple) sont souvent le pilier de tout un système de redistribution impliquant de nombreuses personnes à Madagascar et en France.

Ensuite, au-delà de la logique de l’aide privée, plusieurs répondants soulignent la nécessité ressentie d’œuvrer directement pour Madagascar. Ils expriment leur sentiment de devoir moral impérieux, souvent cultivé au sein de la famille, à réinvestir leurs compétences acquises en France pour le développement de Madagascar.

Cette position, ancrée dans leur vision propre des enjeux du développement à l’île, se décline entre s’investir via l’aide au développement ou via le secteur privé, dans une perspective critique de l’aide. Dans les deux cas, toutefois, cette volonté de mobiliser ses compétences pour Madagascar entre en tension avec les opportunités limitées sur le marché du travail local, que ce soit en termes d’accès à l’emploi ou en termes de traitement salarial, en lien avec les écarts rapportés par plusieurs répondants entre conditions salariales des expatriés et conditions salariales des personnels nationaux. Les personnes malgaches venues étudier en France craignent de recevoir un salaire local alors que leur niveau de compétence est validé par un diplôme international.

Des réseaux de solidarité dans les deux sens 

Toutefois, malgré le manque d’opportunités de retour à Madagascar, la participation de la diaspora au développement du pays est bien réelle et prend notamment la forme de ressources immatérielles à travers le transfert d’opinions et d’idées qui peuvent influencer voire façonner celles des membres de la famille et plus largement l’opinion publique et dont le principal support et espace d’expression est Facebook, le réseau social le plus utilisé par les Malgaches.

Plusieurs enquêtés affirment s’informer régulièrement sur la situation du pays et certains prennent le temps de discuter les actualités avec leurs proches à Madagascar.

Par ailleurs, les influenceurs et lanceurs d’alerte sur Facebook basés en Europe, qui bénéficient d’une grande popularité en France comme à Madagascar, ont joué un rôle important dans le mouvement de la Gen Z.

Deuxièmement, l’analyse des récits permet également de caractériser la diversité des réseaux diasporiques en France selon les personnes.

Certaines se trouvent dans des réseaux exclusivement structurés autour de la famille proche et n’ont que peu de relations avec le reste de la diaspora malgache en France. « En tant que personne faisant partie de la diaspora, je n’ai pas beaucoup échangé avec d’autres personnes de la diaspora, à part la famille. J’ai une définition très personnelle et très restreinte, je ne connais pas d’associations ou autre, je n’en ai jamais fait partie. »

Ces personnes peuvent par ailleurs maintenir des relations avec les membres de la famille présents à Madagascar. Tandis que d’autres, et ce à des niveaux variables, sont insérées dans des associations sportives, culturelles ou religieuses. Les organisations cultuelles malgaches occupent une place centrale dans la structuration des réseaux diasporiques. Au-delà de la fonction cultuelle, les Églises chrétiennes malgaches, dont les deux plus importantes et présentes dans les grandes villes françaises sont l’Église protestante malgache en France et le réseau des communautés catholiques malgaches de France, assurent souvent un rôle déterminant d’accueil et d’intégration des nouveaux arrivants (recherche d’emploi et de logement, conseil administratif), et favorisent également le maintien d’un lien fréquent et fort avec la communauté malgache. « Sans la communauté malgache, je ne sais pas trop comment j’aurais pu m’en sortir à mon arrivée en France. C’est complètement grâce à la communauté malgache que j’ai pu m’en sortir, parce que ne serait-ce qu’avoir des amis, avoir des gens qui aident, par rapport à tout ce qui est administratif… parce qu’arriver en France sans rien connaître du tout, c’est très compliqué. […] Tout a été facilité par cette communauté malgache. La communauté de l’Église m’a permis de ne pas trop perdre mes repères et de ne pas être perdu totalement après mon arrivée en France. »

En conclusion, les principaux résultats de l’enquête soulignent la complexité des structures des réseaux diasporiques. Cette dernière s’explique non seulement par la diversité des représentations que la diaspora a d’elle-même mais aussi par la multitude des formes d’interaction qu’elle entretient avec Madagascar.


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Le défi des bijoux kabyles classés au patrimoine mondial de l’UNESCO  https://mondafrique.com/societe/le-defi-des-robes-et-bijoux-kabyles-classes-au-patrimoine-mondial-de-lunesco/ Sun, 28 Dec 2025 03:20:52 +0000 https://mondafrique.com/?p=140773 Séduisante et d’apparence inoffensive, la parure féminine kabyle est au cœur d’un bras de fer entre Alger et la communauté kabyle, bien plus politique qu’il n’y paraît. En effet, l’enjeu dépasse les simples atours et l’on assiste à une véritable guerre culturelle et médiatique, comme l’a révélé l’apparition de Rima Hassan en robe kabyle. Charlotte […]

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Séduisante et d’apparence inoffensive, la parure féminine kabyle est au cœur d’un bras de fer entre Alger et la communauté kabyle, bien plus politique qu’il n’y paraît. En effet, l’enjeu dépasse les simples atours et l’on assiste à une véritable guerre culturelle et médiatique, comme l’a révélé l’apparition de Rima Hassan en robe kabyle.

Charlotte Touati

Le 31 mars 2024, l’Algérie a soumis un dossier à l’UNESCO pour faire inscrire « l’art de l’ornementation avec des bijoux en argent émaillé de l’habit féminin de la région de Kabylie : fabrication, conception et port » sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Une cérémonie a été organisée à cette occasion en présence du ministre de la Culture et des Arts, Zouhir Ballalou, au Centre national des recherches en préhistoire, anthropologie et histoire (CNRPAH), à Alger, en coordination avec le ministère des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, selon l’agence officielle APS.  La démarche a suscité l’ire de la communauté kabyle.

Le bijou kabyle se distingue par sa technique d’argent cloisonné, émaillé de couleurs vives et incrusté de corail. Ce style tout à fait particulier est aussi témoin de l’histoire.

Au tournant des 15e et 16e siècle, l’Afrique du Nord fait l’objet de bouleversements en cascade. La Kabylie est une fédération lâche d’assemblées villageoises (tajmâat) qui se mobilisent sous l’égide de rois lors des périodes de crise. Le royaume zianide de Tlemcen situé dans l’ouest de l’actuelle Algérie, en perte de vitesse face à la Reconquista de l’Espagne par les catholiques et leurs incursions de l’autre côté de la Méditerranée, tombe dans le fanatisme religieux. En 1492, alors que les Espagnols prennent Grenade et expulsent les Juifs séfarades, le prédicateur Abdelkrim al-Maghili déclenche le massacre des Judéo-Berbères indépendants du Touat parce qu’ils ne sont pas soumis au statut de dhimmis. Une partie des survivants rejoint la Kabylie qui ne pratique pas la dhimmitude et s’implantent dans le Djurdjura.

Ahmed Belkadi, futur roi de Koukou

Sur place, de nouvelles dynasties kabyles émergent pour assurer l’indépendance avec les royaumes de Koukou et des Aït Abbas, correspondant respectivement à la Haute et à la Basse Kabylie. Après la prise de Béjaïa en 1510 par les Espagnols, Ahmed Belkadi, futur roi de Koukou, se replie temporairement sur le flanc nord du Djurdjura emmenant avec lui ses orfèvres et quelques artisans séfarades qui se distinguent par leur habilité dans la technique du cloisonné andalou. C’est ainsi qu’Aït Yenni devient le foyer de création du bijou kabyle. Ce dernier est donc la matérialisation du particularisme culturel et artistique de la Kabylie, autant que de son indépendance politique. Alors que le royaume zianide s’effondre et laisse place aux Ottomans, les royaumes de Koukou et des Aït Abbas demeurent indépendants jusqu’à la mort de Mohammed El Mokrani, le dernier roi des Aït Abbas, face aux Français en 1871.

La robe kabyle est de même une variante originale du costume berbère. Elle aussi très colorée, immédiatement reconnaissable, elle se distingue par des broderies à l’encolure jusqu’aux épaules, sur les manches et à la ceinture.

Après 1962, l’Algérie indépendante se construit autour de l’idée d’unité nationale fondée sur la langue arabe et l’islam. Dans ce cadre idéologique, la culture kabyle est reléguée à la marge voire réprimée. La robe kabyle devient un enjeu qui dépasse largement la garde-robe. Dans les discours officiels, elle devient le vestige d’un monde rural que la modernité doit dépasser et disparaît des villes. Mais dans les villages de montagne, la robe kabyle demeure et devient même le support d’une résistance silencieuse. Porter la robe kabyle, c’est affirmer l’appartenance à une culture que l’on veut faire taire. La broder, la transmettre à sa fille, c’est continuer à exister dans le tissu d’une nation qui cherche à uniformiser ses voix.

La robe kabyle interdite

Deux épisodes ont été particulièrement marquants. Le 23 avril 2013, une lycéenne d’El Kseur est interdite d’accès à son établissement par le surveillant général en raison de sa tenue traditionnelle kabyle. En réaction, le professeur de mathématiques de l’élève organise une journée de mobilisation le 24 avril 2013, durant laquelle toutes les filles du lycée portent la robe kabyle pour soutenir leur camarade et protester contre cette interdiction.

Durant le Hirak, mouvement populaire de contestation pacifique né en février 2019 en Algérie, revendiquant un changement politique profond, la fin du système autoritaire et la construction d’un État de droit démocratique, les femmes qui manifestent en robe kabyles sont harcelées par les forces de l’ordre. Nombres d’entre elles sont conduites au commissariat où il leur est signifié que leur parure est un symbole séditieux.

Un collectif d’associations en Kabylie et dans la diaspora se mobilise en 2021 pour instituer le 5 juin comme Journée internationale de la robe kabyle afin de mettre en valeur ce patrimoine ancestral et contemporain, « rendre visible la culture kabyle qui véhicule des valeurs laïques fortes » et des femmes libres de parer leur corps. L’Association Internationale de la Robe Kabyle a été fondée en 2022.

Et pourtant l’histoire se répète le 20 septembre 2023, au lendemain de la rentrée scolaire, à El Kseur encore une fois, une lycéenne est empêchée d’entrer dans son établissement parce qu’elle porte une robe kabyle sous sa blouse blanche réglementaire. Grâce à la détermination de sa mère, elle a pu réintégrer son lycée.

Le dépôt en 2024 du dossier à l’UNESCO par l’Algérie ne doit donc pas être interprété comme une reconnaissance, mais comme le moyen de faire taire les revendications kabyles en annexant leur parure à un patrimoine national qui se cherche. Ce costume ne serait pas aux Kabyles, mais à tous les Algériens, malgré la lutte et la résistance qu’elle matérialise.

La reconnaissance du tamazight

C’est la même démarche qui avait prévalu lors de la reconnaissance du tamazight comme langue nationale. Le tamazight serait la « langue des Amazighs ». Les Amazighs ou Berbères forment un groupe linguistique autochtone de l’Afrique du Nord incluant par exemple le kabyle, le rifain, le tamasheq, le nafusi, etc. mais avec de grandes variantes, à tel point qu’il n’y a parfois pas d’intercompréhension entre les locuteurs des différents peuples. Le tamazight est donc une construction. Elle est artificielle et n’a aucun locuteur natif. Ce fut une utopie, très belle au niveau culturel, qui a assurément fait bouger les lignes dans la reconnaissance des peuples amazighs, mais une utopie inoffensive sur le plan politique, qui s’est même avérée fort utile au gouvernement algérien pour invisibiliser les Kabyles, qui eux, sont organisé politiquement depuis des siècles.

Reconnaître une berbérité mal définie et folklorisante permet d’effacer jusqu’au mot même de Kabylie dans les documents officiels. En effet, la Kabylie n’existe pas dans la division administrative algérienne, elle a été morcelée et ventilée. On peut dès lors s’interroger sur l’intitulé du dossier soumis à l’UNESCO : « l’art de l’ornementation avec des bijoux en argent émaillé de l’habit féminin de la région de Kabylie ». De quelle « région de Kabylie » parle le gouvernement puisqu’il l’a lui-même abolie ?

Les dangers d’une récupération

Face à l’échec patent de supprimer la culture kabyle, on observe depuis quelques mois une appropriation de la culture kabyle par le gouvernement algérien pour faire taire les velléités indépendantistes. Soudain, après des années de répression, le patrimoine kabyle est celui de l’Algérie, et ce au détriment des véritables porteurs de cette culture au quotidien. Peut-on faire abstraction de la dimension de résistance à l’arabisation et à la centralisation imposée par Alger que revêt la parure féminine kabyle, de son histoire ancrée dans la culture berbère pré-islamique, syncrétique et laïque ? Car si le gouvernement algérien de même que les personnalités politiques qui lui sont ouvertement proches veulent récupérer le patrimoine kabyle, il faut tout prendre. Robe et bijoux kabyle ne sont pas de simples objets de folklore et ne sauraient être récupérés à des fins coloniales.

En 2024 également, un dossier déposé par l’Algérie auprès de l’UNESCO pour l’inscription du « costume féminin de cérémonie dans le Grand Est de l’Algérie » contenait des images d’un caftan Ntaâ de Fès, emblématique du patrimoine vestimentaire marocain. Cette inclusion a été jugée inappropriée par le Maroc, qui a alors saisi officiellement l’UNESCO pour « usurpation culturelle ». À la suite de cette protestation, l’organisation internationale a demandé le retrait de l’image litigieuse, reconnaissant implicitement la validité de la plainte marocaine. Cette affaire souligne la dimension diplomatique et symbolique du patrimoine immatériel.

 

L’auteure de ces lignes qui travaille sur l’instrumentalisation du patrimoine en Afrique en contexte de colonisation intérieure a interpelé l’UNESCO sur le dossier de la parure féminine kabyle, mais l’organisation n’a pas souhaité communiquer le dossier transmis par l’Algérie, ni répondre à la communauté kabyle ou dialoguer l’Association Internationale de la Robe Kabyle.

 

 

 

 

 

 

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