“Orchestra Baobab”, le géant de Dakar (Série Musique, volet 2)

Notre série d'été sur les orchestres africains mythiques se poursuit avec le groupe sénégalais"Orchestra Baobab", inspiré de rythmes afro-cubains, soul américaine, rumba congolaise... Un Buena Vista Social Club à la sénégalaise

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L’Orchestra Baobab, groupe emblématique, ambassadeur de l’âme africaine, a su traverser le temps (près de quatre décennies de drames et de bouleversements) et se maintenir au sommet avec une formation quasiment inchangée et un style unique qui associe toujours subtilement ses influences multiples et un son en constant renouvellement.

Mélange des genres

Il reste « LE » groupe référence, celui par qui tout a commencé, celui qui fait le lien entre l’Afrique d’hier et d’aujourd’hui.  Ses nombreuses sources d’inspiration : des rythmes afro-cubains, au Créole Portugais, en passant par la rumba congolaise, le high-life, le calypso, la soul américaine et une kyrielle de folklores traditionnels sénégalais, combinées à un son pop africain joyeux, donnent naissance à un nouveau style qui pose les bases de la nouvelle musique sénégalaise. La particularité d’Orchestra Baobab est d’injecter dans le mélange de jazz et de musique africaine qui se pratique alors, des rythmes cubains. Il synthétise différentes influences musicales sénégalaises et africaines, il y ajoute des influences soul et jazz, surtout il incorpore des rythmes latino principalement cubains. C’est cette originalité qui, malgré la concurrence, fait redécouvrir et reformer le groupe en 2001, et permet l’enregistrement de nouveaux albums comme Specialist in All Styles en 2002.

Le fils de Senghor, producteur

À l’origine la plupart des musiciens sont des transfuges du Star Band, l’orchestre d’une boîte de nuit populaire de la Médina de Dakar, le Miami.

En 1970, Oumar Barro N’diaye, le premier Chef d’orchestre est chargé de sélectionner les musiciens et le nouveau groupe se produit au Club Baobab, un établissement huppé de la capitale auquel il emprunte son nom, Orchestra Baobab. Le succès est immédiat…

En 1978, alors jeune producteur de 24 ans Ibrahima Sylla produit un des premiers enregistrement du groupe au studio Golden Baobab sous le label Syllart, studio d’enregistrement du fils du président sénégalais : Francis Senghor. Mariant avec bonheur les influences variées qu’apportent ses membres issus des multiples ethnies qui forment la société sénégalaise, le groupe connaît une célébrité croissante dans toute l’Afrique de l’Ouest enregistrant une quinzaine d’albums jusqu’en 1985. Avec la fermeture du club en 1979 et la montée en puissance d’autres musiques – notamment Youssou N’dour et le Mbalax (musique populaire très dansante à base de percussions : le tama et le sabar ) –, le groupe se retrouve débordé par une révolution musicale qu’il a pourtant initiée et les membres s’éloignent jusqu’à la dissolution complète en 1987.

« Un baobab ne meurt jamais » 

Mais, selon les propres dires des musiciens, « On nous croyait morts, mais un baobab ça ne meurt jamais. Même desséché, il refait de jeunes pousses et renaît ».

Le projet « Buena Vista Social Club » a remis en selle avec le succès que l’on sait (près de 7 millions d’albums vendus dans le monde) des gloires oubliées de la musique cubaine. Le producteur anglais Nick Gold  (directeur du label World Circuit Records) à l’origine de cette renaissance s’est lancé dans des opération similaires, avec l’Orchestra Baobab par exemple . Il avait à son catalogue certains albums de l’Orchestra Baobab, et en  2001 il entreprend de reformer le groupe. Retrouvant les uns et les autres dans divers emplois, il réédite leur album le plus fameux, Pirates Choice, initialement paru en 1982, qu’il accompagne de quelques enregistrements. Ce disque connaîtra une large diffusion sur les radios internationales et relancera le groupe nouvellement reformé dans une tournée internationale. Et c’est reparti pour un tour !

Sur scène, avec une élégance bon enfant, il relance à nouveau ses invitations à danser, tricotant comme hier un  mélange d’africain et de cubain, des rumbas et boleros chantés en wolof. Barthélemy Attisso, avocat au barreau de Lomé reprend la guitare après vingt ans d’interruption et captive avec ses solos. Les saxophonistes Issa Cissokho et Thierno Koite ont le son rond et généreux qui entraîne les danseurs et les chanteurs (dont Assane Mboup, étonnante voix de tête) sont tous présents.

En 2002, après 16 ans de silence, c’est le triomphe ! « Specialist in All Styles » leur premier nouvel album depuis leur séparation est même coproduit par la star sénégalaise Youssou N’dour qui y participe aux côtés du chanteur cubain Ibrahim Ferrer, membre du Buena Vista Social Club. la formation sénégalaise fait donc son grand retour en studio et sur scène devenant du même coup l’un des groupes les plus anciens de la planète encore en activité. L’Orchestra Baobab récolte 2 Radio Awards de la BBC et une nomination aux Grammy.

Sorti en octobre 2007, leur album, Made in Dakar, réunit de nouveaux titres et d’anciens succès réenregistrés. Dans la foulée le groupe entame une tournée européenne, commencée à Paris

Concerts à venir :

– Vienne (38) en juillet :  festival jazz

– 4 février 2016  à l’Olympia, Paris

 Discographie

•    Saf Mounadem (1972) JK 3026 sous le nom de “Star Band de Dakar”

•    M’Beugene (1972) Music Afrique / Baobab

•    Orchestre Baobab ’75’ (1975)

•    Guy Gu Rey Gi (1975)

•    Senegaal Sunugaal (1975)

•    Visage Du Senegal (1975)

•    Baobab à Paris Vol. 1 & Vol. 2 (1978)

•    Mohamadou Bamba (1980) 

•    Ken Dou Werente (1982)

•    Bamba (1993)

•    Pirates Choice (1989 & 2001) Specialist in all styles (2002) World Circuit WCDO64

•    Specialist in All Styles (2002)

•    A night at Club Baobab (2006)

•    Made in Dakar (2007

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