Niger, l’Etat Islamique plus fort que jamais

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L’attaque terroriste d’Inatès au Niger démontre une puissance de feu accrue de l’Etat islamique au Grand Sahara.

 «Quand on perd, ce n’est pas forcément parce qu’on n’a pas été bon.  Mais parce que l’ennemi est plus nombreux et plus fort ». Cette remarque d’une source sécuritaire au Niger résume bien le rapport de force qui a coûté la vie mardi à 71 militaires (et le double d’après des sources officieuses), à l’issue d’une bataille qui a littéralement décimé le poste militaire de reconnaissance d’Inates, près de la frontière malienne.

Les 220 hommes menés par le commandant Hassan Anoutab étaient à la prière de magrib lorsque la colonne de l’Etat islamique a fait mouche à deux reprises sur la poudrière (le dépôt de munition) et le  poste de transmission, anéantissant les moyens de communication de la compagnie par des tirs de mortiers efficaces. Ensuite, après avoir semé le chaos, ils se sont rapprochés et ont pris d’assaut les trois sites du poste, qu’ils ont occupé, pillé et dévasté avant de reprendre la fuite vers le Mali.

500 assaillants jihadistes

L’armée nigérienne parle de 500 assaillants, ce qui serait énorme. La présence de blindés est également attestée. 

Faute de moyens de communication, l’état-major de l’armée n’a pas été alerté et n’a donc pas pu envoyer de renforts ni demander l’appui de Barkhane à temps. Les éventuels renforts aériens n’ont jamais décollé, faute d’avoie eu connaissance de la situation. C’est l’arrivée de rescapés à Ayorou, à 35 km de là, qui a sonné l’alarme. 

En plus du nombre des assaillants et de l’effet de surprise, qui a souvent été utilisé avec succès par les combattants djihadistes dans la région, à l’heure de la prière, du repas ou du sommeil, l’attaque d’Inates traduit une habileté et une précision au maniement du mortier qui est inédite. Elle signe une montée en puissance en termes d’armement et de technicité.

Des vétérans venus de Syrie

Certains y voient la main de vétérans syriens qui auraient rejoint les rangs d’Abou Walid Sahraoui en passant par le Sud libyen. D’autres parient sur des renforts arabes, peut-être algériens, au-delà du cercle habituel de l’armée du chef de l’Etat islamique au Grand Sahara formé d’éleveurs nomades, Touaregs daoussak et Peuls. Peut-être aussi, à force de s’emparer des armes et des véhicules des armées régulières de la région, les combattants islamistes ont-ils  fini par en acquérir la maîtrise.

Au moment de l’attaque d’Inatès, Barkhane était engagée dans une opération au Liptako malien, non loin de là tandis que l’armée burkinabè, de son côté, ferraillait contre les groupes djihadistes de la région de Pama, à l’Est. La multiplicité des fronts et des attaques djihadistes, qui frappent partout et à tout moment, met en difficulté des armées encore peu nombreuses, surtout sur les sites reculés.   

L’Etat islamique au Grand Sahara a revendiqué hier, sans surprise, l’opération contre Inates dans leur zone habituelle d’intervention.

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)