Sahara, le Maroc passe à l’offensive

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De grandes avancées diplomatiques, à l’initiative du Maroc, annoncent un début de règlement du dossier du Sahara occidental.

Un nouveau contexte politique au Maghreb marqué par les élections de trois nouveaux chefs d’État en Mauritanie, Algérie et Tunisie, une perte d’audience du Polisario au sein de la communauté internationale, un manque de réactivité de la diplomatie algérienne en raison d’une instabilité politique grandissante: autant de raisons pour le Maroc de consolider sa souveraineté sur le Sahara Occidental que Royaume chérifien a intégré dans son territoire national depuis 45 ans.

Va-t-on enfin voir la fin de ce plus vieux conflit du continent africain? L’hypothèse n’est plus absurde.

L’extension du domaine maritime

Le mercredi 22 janvier 2020  le Parlement marocain a voté, à l’unanimité, deux lois fixant les limites des eaux territoriales du Royaume et instituant une zone économique exclusive de 200 miles marins. La surprise est venue de l’élargissement aux eaux territoriales jouxtant le Sahara occidental, jusqu’à la petite bourgade ensablée de Laguera, située face à la ville mauritanienne de Nouadhibou.

La nouvelle zone maritime marocaine s’étend donc au large des 1000 kilomètres des côtes de l’ancienne colonie espagnole. Elle comprend la zone économique exclusive de 200 miles mais également le Plateau continental qui se prolonge vers celui qui relève de la souveraineté espagnole avec l’archipel des Canaries.

Cette nouvelle zone économique exclusive a pour effet d’accroître les arguments du Maroc dans les négociations menées dans les différents accords de pêche avec ses partenaires. On se rappelle que l’Union européenne avait finalement inclus cette zone maritime dans l’Accord de pêche signé le 18 juillet 2019, après les réserves de la Cour de justice européenne afin de prendre en compte la nature juridique du territoire.  Il va de soi que cet accord de partenariat avec l’Union européenne avait suscité de vives réactions du Polisario et des Etats qui reconnaissent encore la RASD.

Les deux nouvelles lois marocaines sont évidemment considérées par le Polisario comme un non-événement et sans impact sur les revendications de la RASD qui restent fondées sur un référendum en vue de l’indépendance du territoire.

L’ offensive diplomatique


L’ extension su domaine maritime du Maroc ne concerne pas uniquement les importantes ressources halieutiques de cette zone. Le Plateau continental serait aussi prometteur pour l’exploitation de nodules polymétalliques. L’Espagne est particulièrement intéressée par cette décision marocaine car les fonds marins volcaniques au large des Canaries seraient riches en métaux rares comme le cobalt ou le gallium. La délimitation de la nouvelle zone maritime marocaine est désormais sur la table des diplomates espagnols.

La diplomatie marocaine, sous la férule de Nasser Bourita, ministre des affaires étrangères et de la Coopération africaine, se déploie tous azimuts.
 Elle s’emploie d’abord, avec succès, à réduire le nombre des Etats qui reconnaissent encore la RASD. De quatre-vingt Etats dans les années 1980, ils ne sont plus guère qu’une vingtaine en 2020.  Outre quelques Etats d’Amérique latine, ce sont surtout en Afrique que la RASD a encore des soutiens. On y retrouve des Etats importants comme l’Algérie, l’Ethiopie, le Nigeria et surtout l’Afrique du sud qui ne manque aucune occasion pour manifester son opposition à l’intégration du Sahara occidental au Royaume chérifien. Ce sont ces Etats qui confortent la position de l’Union africaine qui a intégré la RASD en son sein.

Dans quelques jours, l’Afrique du sud assurera la présidence effective de l’Union africaine, ce qui ne risque pas de modifier sa position vis-à-vis du dossier du Sahara occidental, d’autant que le commissaire à la paix et à la sécurité de l’Union africaine, l’Algérien Smaïl Chergui est toujours à la manoeuvre, depuis 2013.

Depuis le début de l’année 2020, l’offensive diplomatique marocaine est remarquable. Tour à tour, les Comores, la Gambie, le Gabon, la Guinée, la Centrafrique et SaoTome-et-Principe ont ouvert un consulat général soit à Dakhla soit à Laâyoune, alors même que ces Etats n’ont quasiment pas de ressortissants dans ce territoire.

« Un territoire non autonome »

La Confédération africaine de football (CAF) a également participé à consolider la souveraineté du Maroc sur ce territoire, en organisant du 28 janvier 2020 au 8 février 2020, la Coupe d’Afrique de football en salle (futsal) à Laâyoune. La réunion de son conseil exécutif, le 6 février 2020, pour fêter son 63 ème anniversaire aura lieu également au Sahara. Bien évidemment, l’Algérie et l’Afrique du sud boycotteront ces manifestations de la CAF.

Le dossier du Sahara occidental attend toujours une solution. La démission de l’émissaire onusien l’Allemand Horst Kohler, en 2019, vient après celles de l’Américain Christopher Ross, en 2017, du Néerlandais Peter Van Walsun, en 2008, et de l’Américain James Baker, en 2004. Quant à l’Union africaine, elle est hors jeu, surtout après son 31 ème Sommet de Nouakchott, en 2018. 

Manifestement, le statu quo devrait se poursuivre avec une consolidation de la souveraineté du Maroc sur ce « territoire non autonome » , selon la qualification de l’ ONU.

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