RDC: La construction du nouveau port entachée par la corruption

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Alors que la République démocratique du Congo (RDC) traverse une grave crise politique et humanitaire, son gouvernement est sur le point de conclure un contrat de plusieurs centaines de millions de dollars entaché d’allégations de corruption avec Dubaï Port World (DPW), a déclaré la Plateforme de Protection des Lanceurs d’Alerte en Afrique (PPLAAF) le 2 mars 2018.

Approchée par plusieurs lanceurs d’alerte ayant suivi les négociations entre la RDC et DPW, PPLAAF met en ligne des documents échangés entre les négociateurs, notamment des avant contrats, ainsi qu’une description de la structure que les parties comptent créer.

Visant à construire un port en eau profonde à Banana, le seul accès à l’Océan Atlantique en eau profonde de la RDC, le contrat prévoit également la création d’un groupe de sociétés susceptible de faciliter l’enrichissement personnel de certains dignitaires du régime congolais. L’ensemble des négociations serait également entaché de faits de corruption autour d’un projet qui doit s’élever à plus d’un milliard de dollars.

Selon le compte-rendu du conseil des ministres du 24 février 2018, il a été décidé que le projet soit visualisé préalablement à toute décision finale, lors du prochain conseil des ministres. C’est en raison de l’imminence de la signature du contrat que PPLAAF a décidé de publier ces documents aujourd’hui.

« Une fois encore des lanceurs d’alerte indignés par la perspective d’enrichissements personnels ont décidé de révéler les dessous des négociations entre la RDC et une multinationale pour que cessent ces malversations », a déclaré William Bourdon, président de PPLAAF. « Il est évident qu’un port en eau profonde sur la façade Atlantique pourrait bénéficier à la RDC, mais pas s’il est pensé à des fins de détournements plutôt que pour l’intérêt général ».

Une joint-venture de droit congolais doit être constituée entre DPW et la RDC pour la construction et la gestion du port. La partie congolaise ne sera pas représentée par une des administrations publiques existantes et légitimes, mais par une société inconnue dont près de la moitié pourra appartenir à une personne privée.

De la même manière, la gestion du port sera assurée par une société créée pour l’occasion et qui appartiendra à 60% à DPW et à 40% à un « Privé RDC ». Selon les lanceurs d’alerte, ce « Privé RDC » n’est autre que le président Joseph Kabila ou une personne de son entourage proche. D’après les estimations de DPW, un tel montage permettrait au « Privé RDC » de gagner plus de 45,3 millions de dollars en sept ans. Comme le sous-entend une lettre envoyée par le PDG de DPW, le Sultan Ahmed Bin Sulayem, au président Joseph Kabila, il s’agissait-là d’une garantie à mettre en place par DPW avant que la RDC n’accepte d’entrer en négociation.

La RDC traverse actuellement une grave crise. L’accord politique conclu fin 2016 prévoyant la tenue d’élections présidentielle avant la fin 2017 et l’atténuation des tensions politiques n’a pas été respecté. Le président Joseph Kabila se maintient au pouvoir par la violence et la répression tout en ignorant ces engagements. Depuis le 31 décembre 2017, des manifestations pacifiques visant à faire respecter l’accord politique ont été durement réprimées par les forces de l’ordre. Selon Human Rights Watch, plusieurs personnes ont été tuées et des centaines blessées.

« Alors que la répression en RDC s’intensifie et que des violations des droits de l’Homme sont commises quotidiennement, des multinationales et des hommes d’affaires étrangers s’accommodent de la situation pour continuer à s’enrichir », a déclaré Henri Thulliez, membre du Conseil d’administration de PPLAAF. « La stratégie du chaos que serait en train de mettre en place un président qui s’accroche au pouvoir, ne semble pas refroidir les ardeurs lucratives de certaines sociétés », dont fait partie la société SVD du Groupe Bolloré, selon la « Synthèse de l’Additif au mémoire n° S/2001/1156 du gouvernement congolais sur le pillage systématique et l’exploitation illégale des ressources naturelles et autres formes de richesses dans les territoires de la RDC et déposé auprès du secrétaire général des Nations Unies.

Le régime congolais est régulièrement mis en cause par des médias et des organisations non gouvernementales pour de sérieux faits de corruption et pour la mainmise de l’entourage de Kabila sur l’économie congolaise. En juillet dernier, PPLAAF avait notamment montré comment 42 millions de dollars de la Banque centrale congolaise avaient été détournés par la société privée EGAL pour notamment permettre l’achat d’animaux sauvages au bénéfice de la Ferme Espoir, une société appartenant à Joseph Kabila.

Le 21 décembre 2017, les Etats-Unis ont ainsi adopté des sanctions contre plusieurs acteurs économiques accusés de corruption, dont Dan Gertler, un milliardaire israélien ayant amassé des centaines de millions de dollars grâce à des marchés opaques portant sur les mines et les hydrocarbures en RDC. D’autres personnes soupçonnées de corruption sont susceptibles d’être sanctionnées ces prochaines semaines.

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