Ramadan, le Sénégal se déchire autour d’une série télé très politique

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La série télé « Baline Coumba » inspirée de l’affaire d’Adji Sarr, cette jeune femme qui accuse le principal opposant du Président Macky Sall, Ousmane Sonko, de l’avoir violé, provoque la colère du régime et l’indignation des féministes.
 
 
Les pays musulmans profitent de cette période du ramadan, où les familles sont réunies pour la rupture du jeûne, pour attirer un maximum de téléspectateurs- et d’annonceurs. Epopées historiques, thrillers, comédies ou saga familiales, tous les genres sont convoqués dans cette course effrénée pour l’audience. 
 
Aves la série « Baline Coumba » qui fait un tabac depuis le début du ramadan, le Sénégal découvre, cette année, le feuilleton politique contemporain! Arnaqueuse et manipulatrice, l’héroïne malmène les hommes en exerçant une forme de chantage. Ce qui renvoie à la mise en cause récente du principal opposant du régime sénégalais, Ousmane Sonko, accusé de viol par Adji Sarr, jeune employée d’un salon de beauté. L’anti-héroïne du feuilleton sénégalais le plus suivii du ramadan relance la guerre entre les partisans du président Macky Sall et ceux de son rival Ousmane Sonko
 
Le principal opposant du régime sénégalais, Ousmane Sonko, doit répondre à des accusations de viol devant la justice

Un vaudeville pathétique

On se souvient qu’en février dernier, une jeune femme, Adji Sarr, avait accusé l’opposant politique de viol et de menaces de mort. L’arrestation d’Ousmane Sonko a provoqué une vague de manifestations violentes à travers le pays. 
 
Avant même la diffusion du premier épisode de la série, le teaser du feuilleton a provoqué une vive polémique. Adji Sarr avait-elle été manipulée par le président sénégalais? Macky Sall avait-il cherché en utilisant la justice à se débarrasser de son principal rival? Remis en liberté après une semaine d’impresionnantes manifestations dans les grandes villes du pays, Ousmane Sonko devrait affronter prochainement la justice. Adji Sarr a déjà été entendue par le juge chargé de l’affaire, décédé depuis. Son successeur doit reprendre le dossier. Sauf que le feuilleton télévisé a bousculé le calendrier judiciaire.

Adji Sarr, femme fatale 

La série qui embrase le Sénégal présente Adji Sarr, comme une femme fatale prête à tout pour sortir de sa condition de jeune employée de salon de beauté. Pour El Hadji Diouf, l’avocat d’Adji Sarr, cette série porte atteinte à l’honneur de sa cliente: «  La série vise à décrédibiliser Adji Sarr pour qu’on ne tienne pas compte de ses déclarations. Avec le mois de ramadan, comme tous les soirs, les gens sont devant leur petit écran et on va essayer d’agir sur leur conscience pour qu’ils puissent douter de l’honneur d’une jeune fille, parce qu’on l’a présenté comme une femme utilisée dans un complot contre un homme politique. Qu’on laisse la justice faire son travail ! s’emporte Maître El Hadji Diouf. L’avcat a porté plainte auprès du Procureur de la République et a demandé au Conseil national de régulation de l’audiovisuel d’interdire la diffusion de la série.
 
Convoqué ce dimanche 18 avril par le CNRA, l’autorité de régulation de l’audiovisuel « pour une séance d’explication », le réalisateur aura du mal à convaincre ses membres, tous désignés par le régime en place, que le scénario n’avait pas quelque ressemblance avec l’actualité la plus récente.
 
Le réalisateur Badara Fall a beau dire que l’histoire n’a rien à voir avec Adji Sarr, personne ne fait semblant de le croire. Surtout pas les téléspectateurs de cette série diffusée sur une chaîne de télévision privée, reprise par les réseaux sociaux. Même certains partisans de l’opposant évoquent les « excès de la télé-réalité »

Des féministes en colère

L’affaire de ce feuilleton illustre le match perdant-perdant que se livrent le président Macky Sall et son principal opposant Ousmane Sonko. Les féministes sénégalaises en colère, regroupées dans le collectif Dafadoy, fustigent les réalisateurs de ce feuilleton. Mieux, Fatou Warkha Sambe, vice-présidente de ce mouvement, a révélé qu’après les réactions sur les réseaux sociaux, les producteurs  ont changé précipitamment  le nom du personnage principal. La série porte désormais le nom de « Baline Coumba », ce qui veut dire en wolof « fauteur de trouble ». « Les auteurs de la série ont enlevé beaucoup de passages mentionnant Adji Sarr. » 

Safietou Diop, la présidente du réseau Siggil Jigéen, tout aussi remontée, ne veut pas prendre le risque d’alimenter la confusion :  « Nous considérons que cela peut être une manipulation d’un côté comme de l’autre de nos propres droits, de nos acquis». 
 
Ces dernières années, le Sénégal est confronté à une recrudescence des cas de viols. En 2020, l’Association des juristes sénégalaises, l’AJS, a répertorié 290 cas de violences sexuelles. En décembre 2019, les sénégalaises avaient obtenu une loi criminalisant le viol. 
 
Malgré elle, l’employée de salon de beauté de Dakar incarne l’arrivée du mouvement planétaire #Me2 en Afrique. 
 
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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)