Le road movie de Chawki Amari à la vitesse d’un âne.

Partages

L’Association des écrivains de langue française a décerné son prix Afrique-Méditerranée-Maghreb à l’auteur algérien Chawki Amari pour son magnifique roman « L’âne mort »

Avec « L’âne mort » de l’algérien Chawki Amari, journaliste, écrivain et depuis peu comédien, nous voici au coeur d’une fiction ubuesque centrée autour des pérégrinations d’un âne recherché par toutes les polices d’Algérie. Cet animal là n’est ni mort ni vivant, tel le chat de Shrödinger. il s’agit d’un roman à plusieurs temps, à l’écriture très visuelle, du genre d’un road movie qui se déroulerait à la vitesse toute relative d’un âne, entre Alger la chômeuse et la Kabylie rebelle.

En quête de « L’âne d’or »

Le titre est un clin d’œil à Apulée, auteur né dans ce qui ne s’appelait pas encore l’Algérie, mais la Numidie, alors sous occupation romaine, dont la célèbre œuvre « L’âne d’or » est considérée comme le premier roman fantastique de l’histoire. Le parallèle s’arrête pourtant là, même si des considérations métaphysico-scientifiques bien agencées se retrouvent dans les deux œuvres.

Chawki Amari préfère s’attarder avec une légèreté pleine d’un humour dévastateur sur le sens de la lourdeur. Entre rebondissements, intrigues multiples, rencontres atypiques et tentatives d’ascension vers le bonheur, la question est posée tout au long du récit: Pourquoi un âne mort est-il plus lourd qu’un âne vivant ? Tels des fragments de thèse sur l’inanité, l’immobilisme, la difficulté d’avancer et les problèmes de développement personnel et collectif, le roman conclut sur une réponse, qui n’est pas humaine.

Bonnes vibrations

Contacté, l’auteur, qui vit à Alger et collabore à Mondafrique, se dit « évidemment content, surtout depuis que j’ai vu que le film « Fatima » dans lequel j’ai joué un second rôle, a été récompensé par le César du meilleur film de l’année. Donc je suis dans une bonne courbe ». A une réserve près, précise-t-il: « Depuis que j’ai installé la TNT, je capte la télévision française et j’ai très peu de venir à Paris. Etat d’urgence, chasse aux migrants, délit de faciès, l’armée dans les rues, pas très rassurant, d’autant qu’il parait même qu’on n’a plus le droit de dire du mal de Valls et Hollande sous peine de finir déporté dans un bagne en Guyane. Eux aussi méritent un prix, peut-être qu’on va se croiser. »

J

http://www.adelf.info/

L’âne mort. Chawki Amari. Editions Barzakh. Alger.

Le prix Afrique Noire a été décerné, toujours par l’Association des écrivains de langue française à l’auteure camerounaise Hemley Boum pour son roman « Les maquisards », paru aux éditions La Cheminante.

Partages
Previous articleLe métro d’Alger bloqué par le fils d’un général
Next articleLe mercenaire Patrick Klein au secours de Sassou
Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)