Présidentielles Algérie, Azzedine Mihoubi, le favori de l’Armée

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Défenseur jusqu’au bout d’un cinquième mandat pour le président Abdelaziz Bouteflika, Azzedine Mihoubi apparait le mieux placé pour arriver en tète, le 12 décembre, au premier tour des élections présidentielles.

La situation politique algérienne, si elle n’était pas si incertaine, prêterait à sourire. L’ancien ministre de la culture du président Bouteflika, Azzedine Mihoubi, resté fidèle jusqu’au bout à son mentor, apparait aujourd’hui le mieux placé des cinq candidats qui, le 12 décembre, affrontent le premier tour de scrutin des élections présidentielles de « l’après Boutef ».

A voir se presser, devant les bureaux du candidat, les représentants de missions diplomatiques basées en Algérie, on sent bien que l’ancien ministre a le vent en poupe. L’appui du général Ouassini Bouazza, un proche de Gaïd Salah nommé à la tète du contre espionnage, lui a assuré de nombreux appuis au sein de l’institution militaire. Des medias aux ordres ou subventionnés chantent le louanges de cet « homme sans qualités », sans relief ni projet, devenu le candidat du système.

On a même vu les services algériens organiser, ces dernières semaines, des tentatives de déstabilisation de ses principaux rivaux, dont les proches sont convoqués par la justice militaire ou accusés, sans preuves; « d’intelligence avec l’ennemi ».

Azzedine Mihoubi, « jeune et obéissant »

En février encore, la volonté de l’ex Président Bouteflika, malade et épuisé, de briguer un cinquième mandat avait provoqué la colère populaire et une mobilisation inédite. Mais après huit mois de Hirak, c’est Azzedine Mihoubi, le ministre zélé de Bouteflika qui pourrait être élu à la tète de l’Etat. Plus surprenant encore, le même appelait publiquement à soutenir le principe d’un cinquième manda. Le 19 février dernier devant un parterre d’artistes, Mihoubi déclarait ainsi: « Il est nécessaire pour les artistes algériens de soutenir Bouteflika dans son programme pour la continuité ».

Comment l’institution militaire, après avoir tergiversé, a-t-elle porté son choix sur une telle figure de l’ancien système? Pourquoi avoir écarté les deux anciens Premiers ministres de Bouteflika, Ali Benflis et Abdelmajid Tebboune, eux aussi candidats et qui sont deux personnalités de poids qui s’étaient opposés, à leur façon, au clan Bouteflika? Le chef d’état major et homme fort de l’institution militaire, Gaid Salah, avait sans doute fourni un début de réponse. « Azzedine Mihoubi, avait-il confié, est jeune et obéissant ».

A soixante ans en effet, un homme politique est de la première jeunesse en Algérie.

Un régime quasi féodal

Le seul impératif qui vaille encore aujourd’hui, pour l’institution militaire algérienne est de trouver une couverture civile qui, comme dans le passé, puisse masquer la suprématie d’une armée, colonne vertébrale du pays, qui n’a nullement l’intention de rentrer dans ses casernes.

 » Ahmed Gaïd Salah, explique dans « le Monde » le chroniqueur au Quotidien d’Oran, Akram Belkaïd, est le représentant d’une génération qui estime que l’Algérie lui appartient.(…) Une sorte de féodalité s’est installée après 1962 entre ceux qui détenaient le pouvoir et ceux qui ne l’avaient pas. Certains dirigeants ont eu une évolution de carrière dont ils n’auraient sans doute jamais rêvé. En 2002, Ahmed Gaïd Salah aurait dû partir à la retraite, aujourd’hui il dirige de fait le pays. Ça renforce l’intéressé dans l’idée qu’il n’a de comptes à rendre à personne. » Et le journaliste d’ajouter: »Il y avait la même chose chez Bouteflika ».

Un parcours d’apparatchik

Né en 1959 à Msila, Azzedine Mihoubi se présente comme poète, journaliste, romancier et enfin homme politique. Il est issu de la tribu des Ouled Deradj dont son grand père, Mohamed Derradji, fut un illustre représentant.

Sorti de l’ENA en 1984 après une licence à l’université de Batna, Mihoubi a vite intégré un poste de directeur du bureau de Sétif du journal « le peuple ». De 1990 à 1992, il est promu directeur de rédaction à Alger avant de devenir directeur de l’information et des émissions au sein de la télévision algérienne.

En 1997, année de la création du RND, un parti clone du FLN créé par le président de l’époque, Lamine Zeroual, Azzedine Mihoubi rejoint le nouveau mouvement, dans le sillage d’une lignée de journalistes protégés par l’ex DRS, les services algériens du général Toufik qui avaient noyauté l’Etat. Avec l’appui de l’ancien Premier ministre, Ahmed Ouyahia, qui vient d’être condamné à quinze ans de prison, l’habile Mihoubi devient député puis directeur de la Radio, secrétaire d’Etat aux communications, directeur de la Bibliothèque nationale, président du haut conseil de la langue Arabe, et enfin ministre de Culture pendant les quatre dernières années du rêgne de Bouteflika.

On découvre alors qu’Azzedine Mihoubi dédie un de ses poèmes à l’ancien Président, « l’homme de la paix », sous la forme d’un hommage à la politique de réconciliation nationale que Bouteflika a mené avec succès, après 1999, face aux Islamistes de retour des maquis de la décennie noire.

Un héritage « novembriste »

Lorsqu’il réside l’union des écrivains algériens, Azzedine Mihoubi reçut un soutien culturel des monarchies pétrolières à travers l’organisation de festivals de la poésie arabe. C’est par cette porte culturelle que le candidat s’est rapproché du clan Bouteflika, dont l’attachement aux pays du Golfe, notamment aux Emiratis, fut constant…et intéressé.

Un certain nationalisme arabe a toujours percé chez Mihoubi qui participa à des rencontres organisées en Libye pour promouvoir la politique du Guide libyen. On le vit en 2005 assister à un festival sur « Khaddafi écrivain et inspirateur » et vanter « la dimension humaine dans les œuvres du chef de la Jamariya ». «  Le monde actuel, expliquait-il, nous impose des questions sur l’existence, des questions que le guide Libyen a bel et bien défini dans son œuvre ».

Le favori du scrutin du 12 décembre revendique une culture « novembriste », un terme né de la naissance du FLN le 1er novembre 1954. Cet alliage idéologique fondateur a toujours mis en avant le culte des martyres, le role central de l’armée et le respect de valeurs identitaires. La recomposition politique qui s’organise aujourd’hui sous l’impulsion de Gaïd Salah et des siens s’inspire fortement de ce courant arabo musulman, socialement conservateur et à forte coloration nationaliste, dont la popularité est réelle dans l’Algérie de l’intérieur, y compris chez une partie des manifestants du « Hirak ».

Inscrit dans ce courant de pensée, Azzedine Mihoubi est apparu sans doute comme le moins mauvais des candidats aux yeux des militaires, Il reste à en convaincre le peuple algérien.

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)