Présidentielle Niger, l’opposition dénonce le bourrage des urnes

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Mahamane Ousmane qui affrontera le 21 février Mohamed Bazoum au deuxième tour de la présidentielle du Niger, demande l’annulation des résultats du premier tour dans les bureaux de vote de trois régions.

Mahamane Ousmane,a déposé une requête demandant l’annulation des résultats du scrutin dans des centaines de bureaux de vote situés dans plusieurs localités pour de nombreuses violations du code électoral. 

La Cour Constitutionnelle dispose de vingt-cinq jours après réception des résultats provisoires envoyés par la Commission électorale nationale indépendante pour examiner ces recours et proclamer les résultats définitifs du premier tour. Le contentieux sur les élections législatives, qui se sont elles-aussi tenues le même jour que la présidentielle, le 27 décembre, sera examiné plus tard.

Si le candidat de l’opposition embrasse large, reprenant les anciennes critiques de son camp contre le processus biométrique, dénonçant le non respect des heures légales du vote, la fraude, la violence, le manque de sincérité et de transparence, les abus de pouvoirs commis par certains chefs traditionnels, l’achat de consciences, la rétention ou la non distribution des cartes d’électeurs, il décrit toutefois des bourrages d’urnes et violations du code électoral bien circonscrits et étayés, d’ailleurs rapportés, pour la plupart, dès le jour de l’élection.

Toutes les circonscriptions concernées se trouvent dans les régions de Tahoua, Maradi et Zinder, très peuplées et très disputées. Tahoua est le fief du Président socialiste sortant Mahamadou Issoufou et le parti rose y jouit d’une influence presque sans partage.

Des violations du code électoral filmées et enregistrées par des électeurs en colère

Les irrégularités dénoncées ont été commises essentiellement en zone nomade, lors du transport du matériel électoral vers les bureaux de vote, pendant les opérations électorales, au moment des dépouillements puis de la transmission des résultats aux commissions électorales locales, affirme Mahamane Ousmane.

Il verse un certain nombre de preuves – attestant d’ailleurs de la frustration des électeurs qui ont filmé, photographié ou enregistré à leur insu les fraudeurs – relatives au braquage d’urnes sous la menace d’armes à feu dans des bureaux de vote n’ayant presque pas fonctionné puisqu’ayant ouvert avec un grand retard, parfois presque au crépuscule.

Dans les circonscriptions de Tchintabaraden, Azaye, Abalak, Tassara, Tillia, Telemces, Tamaya, Bermo, Gadabeji et Azagar, « des urnes sont été détournées de leur destination par des hommes portant des armes à feu. » A Tchintabaraden, les résultats de seulement 269 des 296 bureaux de vote de la commune sont parvenus à la CENI, « certaines urnes ayant été saisies sur plainte ».

Des chefs de tribus ont voté « pour leurs sujets »

Cette requête révèle aussi les comportements féodaux et abusifs de certains chefs traditionnels, qui ont accompagné les électeurs dans l’isoloir, avec la bénédiction des présidents et membres des bureaux de vote sur place, notamment à Tamaya. « A Tassara, Telemces, Tillia et Tamaya, des chefs de tribus ont séquestré tous les  bulletins de certains bureaux de vote, ayant décidé de voter pour leurs sujets », écrit le plaignant dans sa requête. A Telemces, un électeur mécontent aurait d’ailleurs déchiré le procès-verbal que lui présentait le chef, M. Gali Gali. Selon Mahamane Ousmane, M. Gali Gali aurait « disposé de ses sujets et de leurs votes » dans 15 bureaux de vote. A Abouhaya,  le chef du village administratif, M. Alhassane Mahamane, se serait « retiré sous un arbre le jour du scrutin muni de tous les bulletins des deux élections et a fait apposer lui-même l’index de chaque électeur sur les bulletins pour les faire voter. »

La grande majorité des irrégularités invoquées « ont été relevées au niveau des bureaux de vote des zones pastorales » n’ayant fonctionné que partiellement et qui ont pourtant fait parvenir leurs résultats parmi les premiers aux CENI locales, sur des procès-verbaux  généralement dépourvus des signatures des membres des bureaux, avec un taux de participation de plus de 90% voire 100% dans des zones à mobilité pourtant très forte.

Des plaintes au pénal sont en cours d’instruction devant les tribunaux

Mahamane Ousmane fait également état d’achats de conscience par des individus surpris en train de distribuer de l’argent aux électeurs en échange de leur vote.

Des plaintes ont d’ailleurs été déposées parallèlement devant les tribunaux de grande instance, comme à Konni, où le tribunal a prononcé une condamnation à un an de prison avec sursis.

D’autres contrevenants ont été surpris alors qu’ils « transportaient des lots de cartes d’électeurs à découvert aux fins de fraude pour des votes multiples. » Dans la ville de Maradi, enregistrés à leur insu, ils ont répondu avoir été transportés sur place par un commerçant de Tassara, l’extrême nord de la région de Tahoua, à des centaines de km de là.

A Bouza, toujours dans la région de Tahoua, « des votes multiples, des bourrages et des détournements d’urnes » documentés par des photos « expliquent le score à la soviétique de 32 930 voix sur 40 515 dans une zone à fort exode rural », à l’instigation des candidats et députés de la zone. 

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