Grandes dames africaines (volet 1), Chantal Biya, la régente du Cameroun

En Afrique, les épouses des chefs d’Etat ont cessé d’être reléguées au second plan. Du Cameroun au Sénégal en passant par le Gabon, la Côte d’Ivoire et la RD Congo, Chantal Biya, Marième Faye Sall, Syliva Bongo, Dominique Ouattara et Denise Nyakeru Tschisekedi sont devenues des figures influentes de la vie politique nationale. Parfois, ces premières dames exercent la réalité du pouvoir auprès des époux diminués par l’âge ou la maladie. 

Le premier volet de notre série, signé Francis Sahel,  est consacré à « Chantal Biya, la Régente du Cameroun »

 Dans les sommets internationaux, qu’il dédaigne d’ailleurs, on attend le président camerounais Paul Biya agé de 89 ans, dont 40 au pouvoir, mais surtout son épouse Chantal Biya pour son maquillage ostensible, ses cheveux roux et sa coiffure extravagante. 

Revanche sociale 

La trajectoire de Chantal, cette métisse née d’un père français et d’une mère camerounaise, ressemble à un conte de fée, que le Cameroun sait fabriquer souvent. C’est celle d’une fille des nuits festives de Yaoundé, tour à tour mannequin pour des stylistes anonymes, serveuse dans un restaurant qui se hisse un jour au cœur du pouvoir. Première dame du Cameroun, chuchotant dans l’oreille de Paul Biya, second président du Cameroun, après Ahmadou Ahidjo.

Le destin de Chantal bascule en 1994. Cette année-là, le président Cameroun, veuf depuis deux après le décès de sa première épouse Jean Irène Atyama, décide de se marier. Les candidates se bousculent au portillon. Mais c’est Chantal que Biya choisira. Une des légendes la plus colportée de Yaoundé veut que Chantal, appelée affectueusement « Chantou » par ses admirateurs, ait été présentée à Biya par son fils aîné Franck.

Chantal met « KO » Paul Biya séduit par son côté spontané, drôle et fonceur

La piste la plus crédible semble être celle d’une rencontre fortuite lors d’un anniversaire. Emmenée par une amie à l’anniversaire du président dans son village natal à Mvomeka’a , Chantal met « KO » Paul Biya séduit par son côté spontané, drôle et fonceur. Des qualités qui lui manquaient, lui que le sort prédestinait une vie de prêtre au service de l’Eglise. Mère célibataire, avec à sa charge ses jumeaux nés d’une autre liaison, Chantal devient donc la troisième première dame du Cameroun, après Germaine Ahidjo et  Jean Irène Biya. Elle sera différente des deux autres. 

Garde rapprochée 

Devenue première dame, à mille lieues des nuits festives qu’elle écumait, Chantal apprend très vite les codes de son nouveau milieu. Elle forme une véritable garde rapprochée triée sur le volet parmi ses anciennes relations dans son milieu populaire et issue du village natal maternelle de Dimako, là l’est du Cameroun. Elle prend progressivement le pli, cède la timidité à l’assurance, en entendant le tout-Yaoundé lui donner de « Excellence, Mme la présidente » par ci, « Excellence Mme la première dame » par là.

L’ancienne « serveuse de restaurant » devient un rouage incontournable du pouvoir. Elle place ses hommes et ses femmes au cœur de l’appareil d’Etat, faisant nommer un tel ou telle dont elle apprécie la loyauté, mais surtout obtenant de son mari, sur lequel a pris l’ascendant progressivement, la tête d’un tel ou une telle que l’on pensait pourtant indéboulonnable.

Secrétaire général de la présidence depuis 2011, il est l’homme de confiance de Paul Biya. Insaisissable mais omniprésent, il bénéficie du soutien de la première dame, mais prend soin de n’afficher aucune ambition.

L’actuel Secrétaire général de la présidence, la tour de contrôle du pouvoir au Cameroun, Ferdinand Ngoh Ngoh, originaire comme elle de Dimako,  lui doit sa longévité à ce poste, sans doute le plus exposé du Cameroun.  Son prédécesseur Martin Belinga Eboutou a, quant à lui, été brutalement remercié après qu’il soit devenu « chantalo incompatible ». Pour beaucoup, le coup de colère de Chantal Biya, souvent manifesté avec ostentation, est devenu le signe annonciateur de la disgrâce. 

Guerre de succession 

28 années après ses noces avec Paul Biya, la première dame du Cameroun est aujourd’hui devenue co-gérante du pouvoir. Diminué par l’âge et l’usure du pouvoir, Paul Biya n’est plus qu’un figurant. La réalité du pouvoir est désormais exercée par différents groupes qui se disputent sa succession.

Franck Biya, fils aîné du président revenu dans le giron familial après un détour par les affaires

  

Entre le clan de Franck Biya, fils aîné du président revenu dans le giron familial après un détour par les affaires, celui du ministère des Finances Louis-Paul Motaze, neveu du président Biya et prétendant sérieux au trône, Chantal tient le rôle d’arbitraire suprême. C’est elle et elle seule qui autorise l’accès au président Biya que certains disent même devenu impotent et grabataire.  

Dans la guerre sans pitié que se livrent les clans rivaux pour la succession au Cameroun, la balance penchera inévitablement du côté qui recevra l’onction de Chantal Biya. A moins qu’elle ne décide de prendre le pouvoir.

Ironie de l’histoire : l’ancienne fille des nuits festives de Yaoundé tient, à 51 ans, les clés de la succession au Cameroun.  

 

1 COMMENT

  1. Correction : Chantal Biya et Ferdinand Ngoh Ngoh ont leurs racines dans la Haute-Sanaga.

    Cela dit, Chantal Biya est bien native de Dimako.

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