Pour l’ambassadeur de Turquie, le président Erdogan reste populaire

L’ambassadeur de Turquie en France, le docteur Ismail Hakki Musa, répond aux nombreux médias français pour qui la crise sanitaire et les difficultés économiques auraient sapé la popularité du président Erdogan.

Mondafrique. Comment la Turquie a-t-elle réagi à la crise du Covid?

L’ambassadeur de Turquie. A la date du 25 janvier 2021, 28.648.193 tests de dépistage ont été effectués, et 2.435.247 cas positifs enregistrés. La Turquie a déploré 25.210 décès mais plus de 2.314.403 personnes sont sortis guéris. Il restait 1.808 personnes en réanimation. Depuis le 1er décembre dernier, le pays est soumis au couvre-feu total pendant le week-end et un couvre-feu partiel est instauré en semaine avec des restrictions de déplacements pour les personnes âgées de moins de 20 ans et celles de plus de 65 ans.

Trois millions de doses du vaccin Coronavac sont arrivées en Turquie dès le 30 décembre, sur les 50 millions qu’elle a commandées et qui doivent être livrées avant la fin février. De plus, un accord comprenant 4.5 millions de doses de garantie et jusqu’à l’acquisition de 25.5 millions de doses a été conclu avec la société BioNTech-Pfizer. La campagne de vaccination a été lancée le 14 janvier 2021. En dix jours, plus de 1.2 millions de personnes ont reçu la première dose du vaccin.

Rappelons que la Turquie a envoyé des masques, blouses, ventilateurs, etc., à plus de 156 pays et 9 organisations internationales. Pour la France, et précisément le Grand Est plus le département de l’Orne, elle a fait don de matériel médical.

Mondafrique. On lit parfois que votre économie va très mal ces derniers mois. Qu »en est-il?

L’ambassadeur de Turquie. L’économie du pays fut frappée par l’explosion du Covid-19, comme le fut celle de tous les autres pays. Le virus fut confirmé à la mi-mars 2020, et ses effets négatifs devinrent évidents en avril. La situation exceptionnelle ainsi créée conduisit la Turquie à prendre des mesures qui ont significativement affecté l’activité, particulièrement dans le secteur des services, le tourisme, l’immobilier, les transports.

Mais la Turquie s’est trouvée dans une situation relativement privilégiée pour faire face à la crise sanitaire. Un Conseil scientifique mis en place dès janvier 2020, des ministères réactifs.      

Ces mesures ont permis au pays d’afficher une remarquable performance comme les chiffres de la pandémie le montrent. Certes, la croissance s’est contractée de 9,9% entre avril et juin 2020, mais la Turquie est relativement moins atteinte par la pandémie que la moyenne des pays de l’OCDE

Mondafrique Quelles sont les chiffres et les prévisions de croissance pour 2020 et 2021?

L’ambassadeur de Turquie. Grâce aux mesures mises en œuvre par le gouvernement d’Ankara dans le cadre du « New Economy Program », la Turquie avait considérablement réduit en 2019 sa vulnérabilité économique. La balance du compte courant  présentait un excédent sur 12 mois (mai 2019-mars 2020), tandis que l’inflation reculait à la fin de l’année de plus de 20% par rapport à l’année précédente, pour s’établir à 11,8%. Le fort élan de l’activité se poursuivit au premier trimestre de 2020, où l’économie turque progressa de 4,5%, ce qui plaça la Turquie au second rang des pays de l’OCDE.

A la différence de beaucoup de pays développés, la croissance au cours de l’année 2020 est restée positive, estimée à +0,3%. Elle devrait être de 5,8% en 2021, si, comme on le pense, les effets négatifs de la pandémie s’atténuent au milieu de l’année. Cependant, la Turquie prépare un autre scénario, pour être prête si les conditions sanitaires devaient changer.

Mondafrique Quels sont vos résultats en matière d’nmploi et d’inflation?

L’ambassadeur de Turquie. Sur le plan de l’emploi, qui a évidemment beaucoup souffert pendant cette période, le gouvernement turc s’attend à une diminution progressive du chômage, pour revenir à 10,9% en 2023. Quant à l’inflation, elle devrait terminer 2020 à 10,5%, pour ensuite descendre graduellement à 8% en 2021, et 6% en 2022, et se stabiliser à 4,9%, conformément aux prévisions du NEP (« New Economic Program ») couvrant les années 2021 à 2023, qui a été récemment présenté.e.

Pour adapter l’économie turque au nouveau monde, le gouvernement mettra en œuvre un modèle de développement innovant, à haute valeur ajoutée, et orienté vers l’export.

Mondafrique. Le président Erdogan fait l’objet notamment en France de campagnes de presse qui le présentent comme un autoocrate. La Turquie est-elle vraiment un pays démocratique?

L’ambassadeur de Turquie.Depuis l’arrivée au pouvoir de son parti, l’AKP (Parti de la Justice et du développement), le Président Erdogan a gagné toutes les élections législatives (2002, 2007, 2011, 2015, 2018) et municipales (2004, 2009, 2014, 2019) dans des conditions parfaitement démocratiques.

Le 10 août 2014, il a été élu au premier tour de scrutin présidentiel. Il était ainsi le premier Président de la Turquie élu au suffrage universel, avec 51,8% des voix. En juin 2018, l’élection présidentielle a eu lieu en même temps que les élections législatives. M. Erdogan a été réélu au premier tour, avec 52,6% des voix, contre son principal concurrent, M. Muharrem Ince, 30,6%.

Les élections municipales se sont tenues le 31 mars 2019, afin d’élire 20 500 conseillers municipaux et 1251 conseillers provinciaux. Lors de ces élections, l’opposition a gagné quatre villes importantes, dont la capitale Ankara, et Istanbul. Un nouveau signe de la liberté des choix par le peuple turc.

Cependant, le parti du Président Erdogan a conservé la majorité des voix à l’échelle du pays, en obtenant 51,67% des voix avec son allié du MHP (Parti d’Action Nationaliste).

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)

10 COMMENTS

  1. Erdogan s’est présenté comme en défenseur de l’islam face à Macron, une position qui lui a garanti une popularité sans précédant dans le monde arabo-musulman, cible prioritaire de l’occident ! Il est une fierté pour tous les musulmans du monde…

  2. L’efficacité de Recep Tayyip Erdogan à gouverner sa nation est à ne pas mettre en doute ! En quelques années, il a fait de son pays une puissance militaire mondiale capable de tenir tête à l’UE, la France, l’Allemagne ou encore la Russie… On peut tout dire de lui, mais ce président a réussi à repositionner son pays au devant de la scène internationale !

  3. L’efficacité de Recep Tayyip Erdogan à gouverner sa nation est à ne pas mettre en doute ! En quelques années, il a fait de son pays une puissance militaire mondiale capable de tenir tête à l’UE, la France, l’Allemagne ou encore la Russie… On peut tout dire de lui, mais ce président a réussi à repositionner son pays au devant de la scène internationale !

  4. La Turquie est devenue un vrai casse-tête géopolitique pour les grandes puissances et c’est grâce au président Erdogan qu’elle obtient son nouveau statut incontournable sur la scène internationale !!

  5. Avec Erdogan, la Turquie a développé sa technologie en misant sur une production nationale diversifiée et le monde entier l’admire !!! Le pays est une vraie puissance mondiale ce qui explique la popularité du président !!

  6. Le Sultan rêve de reconstituer un empire perdu et conjugue une fâcheuse tendance à réécrire l’histoire. Il compte sur ses ambitions de reconquête à l’extérieur pour masquer une économie en difficulté à l’intérieur en s’appuyant sur les mêmes armes : le pouvoir personnel, la force militaire et surtout la religion.

  7. Populaire pour sa stratégie de la tension !! un piège dans lequel Erdogan tente d’entraîner la France et plusieurs pays européens pour s’imposer comme le nouveau sultan aux yeux du monde musulman !!

  8. En Turquie, il n’existe plus vraiment de média mainstream d’opposition. La presse, depuis maintenant plusieurs années, est fortement intimidée par le pouvoir avec des poursuites judiciaires et pénales ! La popularité du Sultan reste donc à prouver !!

  9. Le régime d’Erdoğan est un régime franchement autoritaire où la liberté d’expression se réduit de jour en jour ! Il faut en comprendre la nature et les rouages…

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