De nombreuses photos et vidéos attestent de la présence, ce vendredi, de milliers de personnes pour accompagner Saïf Al-Islam Kadhafi, l’héritier politique du colonel Kadhafi, à sa dernière demeure, au cimetière de Bani Walid (ouest), berceau de la tribu Ouarfalla loyale à la famille, à 170 km de la capitale. Sur les images, on peut voir de nombreux drapeaux verts, la couleur du régime renversé en 2011, et des Libyens de tous âges et toutes allures.
Saïf Al-Islam, assassiné par un commando le 3 février dans sa maison de Zintan, au-nord-ouest du pays, a été inhumé à coté de son grand-père et de son frère Khamis, commandant d’une unité d’élite de l’armée, sans doute tué par une frappe de l’OTAN en août 2011 lors du soulèvement qui a conduit à la chute du régime.
De Syrte à Bani Walid, bataille Est-Ouest
Le premier souhait de la famille était d’inhumer Saïf al-Islam à Syrte, la ville natale de son père, mais Syrte se trouve dans la partie orientale du pays placée sous l’autorité du général Khalifa Haftar. Ce dernier ne s’y est pas opposé formellement mais il a fixé des exigences très strictes – interdiction de toute manifestation de deuil, prohibition de l’affichage de photos ou de slogans liés à Saïf al-Islam et limitation de la période de condoléances à trois jours. Ces conditions ont été rejetées par la famille, a indiqué Aqila Dalhoum, membre de l’équipe de Saïf Al-Islam citée par l’agence de presse APA. Après « une position jugée favorable des habitants de Bani Walid », la décision a donc été prise d’organiser les obsèques dans cette ville située côté ouest, où résident plusieurs membres de la famille Kadhafi. Le ministre de l’Administration locale du Gouvernement d’unité nationale (GUN) basé à Tripoli, Abdulshafi Al-Joufi, a officiellement écrit au maire de Bani Walid pour lui demander de faciliter les procédures logistiques nécessaires à l’enterrement, suite à une requête formelle de la famille et à des instructions émanant du chef du gouvernement, poursuit APA.

« La date et le lieu de l’inhumation ont été décidés d’un commun accord par la famille », avait indiqué jeudi sur Facebook Mohamed Kadhafi, demi-frère de Saïf al-Islam, annonçant les funérailles « après la prière du vendredi ». Ce choix, qui « témoigne de notre respect » pour Bani Walid et ses habitants, est un « signe de reconnaissance pour leurs convictions », avait ajouté l’aîné des fils Kadhafi.
Alors que des photos et des noms des suspects de l’assassinat commencent à circuler sur les réseaux sociaux libyens, semblant impliquer tour à tour les deux exécutifs rivaux, de très nombreuses personnes rendent hommage à celui qui fut, pour elles, un symbole de constance et de loyauté, incarnant un dernier espoir d’unité nationale. «La loyauté ne se répand pas par l’argent et ne vient pas avec la menace, les armes et le pouvoir», écrit ainsi un internaute. Un autre ironise, à l’approche du 15e anniversaire de «la glorieuse révolution de février» qui a chassé Kadhafi du pouvoir, sur le bilan de ses réalisations : fracture du pays, spoliation du pétrole, pauvreté et tutelles étrangères. Les conditions de sa mort, l’arme à la main, comme son père et deux de ses frères – Khamis et Moatassem – sont aussi louées comme une preuve de bravoure et d’honneur.



























