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La lourde condamnation de Rached Ghannouchi, le leader islamiste tunisien

Des journalistes et plusieurs personnalités politiques tunisiennes, dont le plus célèbre des opposants au président Kaïs Saïed, Rached Ghannouchi, ont été condamnées mercredi 5 février à de lourdes peines de prison pour « atteinte à la sûreté de l’Etat ». Le verdict a aussitôt été critiqué par des proches d’accusés et par le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), qui l’ont qualifié de « politique » et d’« injuste ».

M. Ghannouchi, 83 ans et chef du parti islamo-conservateur Ennahda qui fut l’homme clé de ce qu’on a appelé le printemps arabe où il aura montré de vraies qualités de modération et de capacité de compromis;  a été condamné à vingt-deux ans de prison, ont annoncé à l’Agence France-Presse (AFP) deux avocats. Condamné dans plusieurs autres affaires, il se trouve déjà derrière les barreaux.

Nicolas Beau, le directeur de Mondafrique, en entrtien avec Rached Ghannouchi avant que le président Kaïs Saïed réprime violemment tous les partis politiques d’opposition

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La lourde condamnation contre le leader islamiste tunisien qui fut l’homme fort du pays après le départ du défunt président Ben Ali du pouvoir enterre définitivement le printemps arabe né en 2011, marqué par la participation au pouvoir du mouvement Ennahdha de Ghannouchi et l’espoir d’un alliage des valeurs démocratiques et des valeurs islamistes.

Miné apparemment par la maladie et enfermé dans la solitude du Palais de Carthage avec un soutien sans conviction de l’armée tunisienne, une crise économique gravissime, un appareil sécuritaire tout puissant qui est l’ultime survivance d’un État, le Président tunisien abandonné à lui même et à ses dérives, avec le soutien des Algériens, des Iraniens et des Syriens du moins jusqu’à la chute du tyran de Damas.

Kaïs Saîed se prive avec cette déclaration de guerre à la mouvance islamiste, de tout compromis avec une force qui tout comme le puissant syndicat de l’UGTT, est capable de canaliser la révolte populaire qui, un jour, pourrait l’emporter comme elle a balayé le général Ben Ali et les siens.

L’arrestation du leader islamiste provoque un séisme sans précédent au sein d’une société tunisienne désemparée et fracturée.  Sans passé politique ni projet pour des lendemains sombres, le président tunisien, en situation d’apesanteur, tente quelques dernières cartouches démagogiques comme la condamnation de tout opposant et la chasse aux migrants sub sahariens, comme l’explique un ancien ministre: « Des hordes d’immigrés clandestins provenant d’Afrique subsaharienne déferlent sur la Tunisie. Ils sont à l’origine de violences, de crimes et d’actes inacceptables. […] dans le but de métamorphoser la composition démographique de la Tunisie et de la transformer seulement en un Etat africain qui n’appartienne plus au monde arabo-islamique ».

Le Président tunisien, qui n’est clairement pas à niveau, est désormais sur un siège éjectable ! 

 

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