La Côte d’Ivoire, le pays le plus développé de l’Afrique de l’Ouest, n’est pas une démocratie irréprochable, tant s’en faut. mais ce n’est plus un régime ultra autoritaire aux mains d’un parti unique. Les élections locales du 2 septembre 2023 occupent tous les esprits et provoquent de savantes manoeuvres politiques. L’alliance annoncée entre les deux grands mouvements de l’opposition, le PPA-CI de Gbagbo et le PDCI de Bédié, pourrait remporter une victoire nette lors de ces scrutins qui annonceraient une Présidentielle tendue en 2025 pour les partisans du Président ivoirien et une fin de règne difficile pource dernier.
Alassane Ouattara va-t-il perdre le Nord du pays, son fief traditionnel ? A deux mois des élections municipales et régionales, le président ivoirien, qui est aussi le chef de son parti, le RHDP, mise gros sur son candidat à la municipale de Korhogo, Lassina Ouattara. « Lass PR », comme on le surnomme, doit affronter en effet lors de ce scrutin qui a valeur de test national un des plus proches let brillants lieutenants de Laurent Gbagbo, Issa Malick Coulibaly, qui a bien voulu accorder un entretien à Mondafrique

Actuel député de cette circonscription, Lassina Ouattara est un propagandiste, amateur de « punch-lines » (1), qui n’a pas hésité pas à déclarer publiquement qu’il allait « écraser ses adversaires ». Planton à la mairie, avant de s’expatrier durant 25 ans aux Etats-Unis, où il exercera notamment la profession de technicien de surface dans un restaurant, « Lass PR », comme on le surnomme, est un politique sans envergure ni épaisseur politique, bien à l’image « bling-bling » d’une partie de l’entourage du Président ivoirien.
Issa Malick Coulaby, un candidat de poids.
Pour Ouattara – le président, pas l’ancien balayeur – l’enjeu est de taille : la bataille dans son fief du Nord ne saurait être perdue, sous peine de voir ses éventuelles ambitions présidentielles en 2025 balayées. Problème pour lui : cette année, l’opposition participera au scrutin, derrière le candidat du PPA-CI, de Laurent Gbagbo. Un candidat de taille,
Pneumo-phtisiologue, médecin de santé publique, épidémiologiste, cet expert en questions électorales fut directeur de la campagne électorale de Laurent Gbagbo, en 2010. A 69 ans, c’est la figure de proue des Gbon Coulaby, de loin le clan le plus influent du Nord de la Côte d’Ivoire.
Cette famille comptait notamment dans ses rangs le patriarche Péléforo Gbon Coulibaly, décédé en 1962, qui fut chef coutumier des Sénoufos à Korogho et sa région ; l’ancien député local, Kassoum Coulibaly, décédé en 2009 ; ou encore l’ex-Premier ministre, Amadou Gon Coulibaly, ex-candidat RHDP à l’élection présidentielle de 2020, brusquement disparu moins de deux mois avant le scrutin, et qui, selon la tradition Sénoufo, était « le fils » d’Issa Malick Coulibaly.
Les pendules à l’heure
Connu en Côte d’Ivoire comme un personnage consensuel, ami de tous, non clivant, certes, se gardant de nourrir le sentiment d’hégémonie de sa noble famille dans le septentrion ivoirien, Issa Malick Coulibaly a manifestement décidé de remettre la mosquée au milieu du village.
(1) « Phrase choc » ou punchline désigne, dans plusieurs domaines artistiques, une phrase forte ou choc qui conclut de manière inattendue une situation, une histoire, une partie d’un discours ou d’un texte

L’entretien de Mondafrique avec Issa Malick Coulaby
Mondafrique. À l’occasion de la fête de l’Aïd, la Tabaski en Côte d’Ivoire, vous venez de rendre hommage à feu Cheick Koné Koudouss, ex-président du conseil islamique. Pourquoi cette déclaration maintenant ? :
Par respect pour ma religion et pour les Ivoiriens, je voulais laisser passer la Tabaski, qui est le moment sacré pour tout musulman, particulièrement pour moi qui suis allé plusieurs fois à La Mecque et qui connait bien le sens profond de cette fête. A partir de maintenant les choses vont être différentes. Comme dans la vie, il y a une période d’observation et une de réaction par rapport à ce qu’on a entendu, lu et vu.
Mondafrique/ Jusqu’à présent, vous avez mené une campagne de proximité, en ménageant votre adversaire du RHDP. Qui a-t-il à présent de changé ?
Je suis par nature quelqu’un de consensuel, de rassembleur, pacifiste, mais ça ne signifie pas que tout peut être dit sur mon compte sans que je ne réagisse. J’ai lu que mon adversaire a dit de moi que j’ai été éloigné pendant dix ans de ma terre natale et qu’à peine rentré d’exil, je voulais être élu. Les populations auront donc à choisir entre quelqu’un qui est parti involontairement en exil pendant 11 ans pour sa survie, en raison des événements de la crise post-électorale de 2010 2011, en ayant un mandat d’arrêt international émis contre lui, et qui malgré cette absence physique, est resté très proche des populations, et un autre qui a déclaré sur les antennes de la télévision nationale qu’il est parti à l’aventure, volontairement, alors qu’aucun risque sécuritaire ne se portait sur lui. Son aventure a duré 25 ans. Aujourd’hui député de la circonscription de Korogho-commune, il est candidat pour être maire de Korogho.
Dans un journal, mon concurrent a dit qu’il allait m’écraser lors du scrutin à venir. J’ai juste un conseil à lui donner car c’est mon neveu, celui de retenir que le résultat d’un scrutin n’est jamais connu d’avance, si c’est un vrai scrutin au sens démocratique du terme. Je lui conseille l’humilité, la modestie et le respect de ses adversaires. J’entends également qu’il fait des nombreux dons publics, contrairement à moi, qui agis plutôt dans discrétion. Or les populations bénéficiaires considèrent ces dons comme humiliants et même dangereux pour leur sécurité.
À ces populations, je dis que je préfère plutôt leur apprendre à pêcher que de leur donner à manger du poisson tous les jours. Dans le développement humain durable, le bien être de l’homme est au centre. En ce qui concerne les dons, c’est l’efficacité dans la discrétion que je préfère. En islam, Dieu dit que la main gauche doit ignorer ce que la main droite donne.
