
Six mois après ce vrai faux dialogue, la situation politique gabonaise est toujours totalement bloquée.
Circulez, il n’y a rien à voir
Le cadrage proposé par le pouvoir ne trompe personne : parler de tout, sauf de l’élection de 2016 -ce qui revenait à admettre la victoire d’Ali Bongo, malgré les scores mathématiquement impossibles obtenus notamment dans le Haut-Ogouée. Le tout en invitant des opposants « modérés » soucieux de « l’intérêt supérieur du Gabon » à la grande Kermesse du consensus national. Le « jus d’Okoumé » – le champagne – y a coulé à flot et les « perdiems » -le paiement des frais de déplacement- ont été comme toujours encaissés avec goumandise.
Le pouvoir et l’opposition « modérée » se mirent d’accord sur des réformettes : changement de la Commission nationale autonome et Permanente (CENAP) et Centre Gabonais des Elections (CGE), abaissement de l’âge pour devenir Président de la République de 40 à 18 ans, proclamation des résultats électoraux par le Centre Gabonais des élections et plus par les autorités politiques et administratives (Ministre de l’Intérieur, Gouverneurs, Ambassadeurs…)…. Les « dialogueurs » ont obtenu qu’un comité de suivi des maigres résolutions du dialogue national soit créé.
Entourloupe générale
L’entourloupe est venue du ministre chargé du dialogue national gabonais – qui fut également l’avocat d’Ali Bongo – Francis Nkea qui a annoncé sans trémolo dans la voix que les résolutions du dialogue ne s’appliqueraient pas avant 2018. Le « comité de suivi » est donc enterré avant même d’avoir existé.
Ce dialogue devait aussi comme lors des « Accords de Paris » en 1994, déboucher sur une distribution de strapontins pour former un gouvernement d’Union nationale. La « prise de guerre » la plus remarquable fut Réné Ndémezo’o Obiang, ancien directeur de campagne de Jean Ping, principal opposant d’Ali Bongo. L’ossature du gouvernement devra rester « Pédégiste », c’est-à-dire composée de membres du Parti Démocratique Gabonais (PDG) au pouvoir depuis sa création en 1968. Deux mois après « le dialogue national » le gouvernement post dialogue se fait toujours attendre et selon Ali Bongo dans son dernier discours à la nation, il verra le jour très prochainement avec à sa tête le même premier ministre Emmanuel Isozet Ngondet, membre du groupe « des amis du président » dont l’un d’entre eux a publiquement déclaré qu’il n’y a jamais eu de victimes pendant la crise post électorale. Or Ali Bongo lui-même a reconnu lors de l’émission complément d’enquête sur France 2 que « quatre pillards avaient été abattus ».

