Il y a cinq ans, le 2 avril 2021, Mohamed Bazoum était investi Président du Niger. Son mandat s’est achevé jeudi 2 avril 2026. La deuxième partie de ce mandat se sera déroulée à l’intérieur d’une aile de son ancienne résidence du Palais, où il est enfermé depuis le coup d’État du 26 juillet 2023 sans perspective de libération, même si aucune procédure contre lui ne semble pour l’heure activement engagée.
Pourtant, plusieurs pays se sont impliqués dans des médiations pour tenter d’obtenir la liberté de l’ancien Président, qui vit à l’isolement forcé avec sa femme Hadiza, cette dernière ayant catégoriquement refusé de le laisser seul.
Le Togo, qui a obtenu en janvier 2024 la libération de leur fils Salem, surpris par le coup d’État alors qu’il était en vacances avec ses parents, n’a pas réussi à convaincre le général Tiani et les autorités nigériennes de libérer le père. Le Maroc, malgré d’intenses efforts diplomatiques et de bonnes relations avec les nouvelles autorités, a également échoué. Il proposait d’accueillir Mohamed Bazoum sur son territoire. L’appui financier, les promesses de débouché des pays du Sahel central sur l’Océan atlantique et une centrale électrique dans la capitale nigérienne n’y ont rien fait.
Le Qatar et le général Haftar
D’autres médiations ont aussi été menées, plus discrètement, sans plus de succès. Le Qatar, en 2025, qui a reculé devant le niveau des exigences financières de la junte. La Libye, qui a soutenu une médiation communautaire des tribus arabes du sud (d’où est issu le président renversé, qui appartient à la tribu Ould Souleymane) parrainée par le camp Haftar. Cette dernière initiative, présentée comme prometteuse, a pâti du refroidissement des relations entre Niamey et Benghazi suite à des incidents sécuritaires répétés de part et d’autre de la frontière. Ces tensions ont culminé avec une frappe aérienne ordonnée le 31 janvier par Saddam Haftar en territoire nigérien, pour libérer 22 de ses hommes. Des groupes armés toubous, parfois antagonistes et parfois alliés, sont à l’origine de ces divers troubles en Libye, au Niger et au Tchad.
Les pressions pour la libération de Mohamed Bazoum ont, pour leur part, eu plus d’effets négatifs que positifs sur la situation de ce dernier. La dernière en date, le 12 mars, sous la forme d’une résolution du parlement européen, s’est immédiatement attirée les protestations du gouvernement de Niamey et de ses alliés de l’Alliance des États du Sahel qui y ont vu une énième conspiration française. Votée à l’initiative de l’eurodéputé Christophe Gomart, ancien général de l’armée française, elle a été interprétée, au Niger, comme la preuve définitive des liens étroits entre le Président renversé et la France d’Emmanuel Macron.
Une mobilisation modérée
Toutefois, le rassemblement de protestation organisé pour répondre à Strasbourg le samedi 28 mars n’a connu à Niamey qu’un succès limité, militaires en civil et étudiants faisant la claque.

En effet, bien que ralliés à l’idéologie souverainiste du régime, les supporters de première heure de la junte dans la capitale se sont en partie désengagés à cause des difficultés économiques mais surtout, de la consécration par le régime militaire, dans le cadre de la Charte de la Refondation adoptée en mars 2025, du haussa comme unique langue nationale du pays, au détriment des sept autres langues officielles. Niamey et l’ouest du pays ne digèrent pas cette mesure dans laquelle ils voient la traduction d’une supériorité linguistique du haussa sur leur langue, le zarma. Enfin, des soupçons de malversations de certains militaires au pouvoir et l’absence de poursuites contre Mahamadou Issoufou, prédécesseur de Bazoum et grand parrain de la prédation du système, mettent à mal la confiance.
Le général Abdourahamane Tiani, lui, ne désarme pas. Il vient, le 1er avril, de signer un décret de déchéance provisoire de nationalité à l’encontre de deux personnes proches du président déchu : Aminata Boureima Takoubakoye, ancienne ministre de la Communication sous la transition militaire de 2010-2011 mariée à un très proche collaborateur de Mohamed Bazoum et Djibo Yaya, un activiste en ligne. Il leur est notamment reproché de « mener des activités susceptibles de perturber la paix et la sécurité publiques », et de diffuser des contenus « de nature à troubler l’ordre public ». Des dizaines d’autres personnes en exil, anciens ministres, conseillers, officiers supérieurs, font l’objet de la même sanction.
Niger. Quand Strasbourg crucifie Bazoum en voulant le défendre


























