- Mondafrique https://mondafrique.com/politique/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Fri, 02 Jan 2026 18:48:38 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.8.3 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg - Mondafrique https://mondafrique.com/politique/ 32 32 Centrafrique : Dologuélé dénonce un “hold‑up électoral” https://mondafrique.com/a-la-une/centrafrique-dologuele-denonce-un-hold%e2%80%91up-electoral/ https://mondafrique.com/a-la-une/centrafrique-dologuele-denonce-un-hold%e2%80%91up-electoral/#respond Fri, 02 Jan 2026 16:44:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=144673 Au surlendemain du scrutin du 28 décembre 2025, la scène politique centrafricaine s’embrase. Lors d’une conférence de presse organisée le 2 janvier 2026 à Bangui, Anicet‑Georges Dologuélé, candidat à la présidentielle et leader de l’Union pour le renouveau centrafricain (URCA), a affirmé avoir remporté l’élection avant de dénoncer de graves irrégularités dans le processus de […]

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Au surlendemain du scrutin du 28 décembre 2025, la scène politique centrafricaine s’embrase. Lors d’une conférence de presse organisée le 2 janvier 2026 à Bangui, Anicet‑Georges Dologuélé, candidat à la présidentielle et leader de l’Union pour le renouveau centrafricain (URCA), a affirmé avoir remporté l’élection avant de dénoncer de graves irrégularités dans le processus de compilation des résultats.
 
La rédaction de Mondafrique 
 
Entouré de ses alliés politiques, Dologuélé a accusé les autorités en place d’orchestrer une “manipulation systématique” des chiffres en faveur du candidat du Mouvement Cœurs Unis (MCU). Selon les relevés de son équipe, le MCU aurait subi une défaite dans 17 des 20 préfectures et un net recul à Bangui — une configuration électorale que le candidat estime refléter “la véritable volonté du peuple centrafricain”.
 
Selon lui, cette tendance défavorable aurait provoqué “une série de manœuvres de fraude coordonnées”, impliquant l’Autorité nationale des élections (ANE) et certaines autorités locales. Il évoque notamment le refus de remise des procès‑verbaux aux représentants de candidats, la falsification présumée de documents dans plusieurs préfectures — de l’Ouham à la Lim Pendé — et même des manipulations supposément menées dans la résidence d’un “personnage influent”.

« La vérité des urnes »

 
Face à la presse, Dologuélé a mis en garde contre toute tentative de transformer “une défaite politique en victoire administrative”. Il souligne que “la légitimité ne se décrète pas dans les bureaux”, mais s’enracine dans “la vérité des urnes”. L’URCA affirme disposer d’un faisceau de preuves, dont des procès‑verbaux contradictoires, des témoignages et des rapports de terrain attestant d’entraves au dépouillement.
 
Le candidat appelle l’ANE à rendre publics des résultats “bureau par bureau”, en toute transparence, et exhorte le Conseil constitutionnel à jouer pleinement son rôle de garant de l’intégrité du scrutin. Il invite également la communauté internationale à ne pas se contenter d’observations générales, mais à “examiner la réalité factuelle du vote”.
Pour Dologuélé, le message sorti des urnes est sans ambiguïté : “le 28 décembre, les Centrafricains ont voté pour le changement”. Ce choix, dit‑il, “ne saurait être marchandé ni confisqué”. L’URCA se déclare prête à documenter chaque irrégularité et à saisir l’ensemble des instances compétentes, nationales comme internationales.
 
Dans un contexte historique marqué par la méfiance et l’instabilité politique, le candidat affirme défendre non pas une cause partisane, mais “le fondement même de la souveraineté populaire”. Car, conclut‑il, “protéger le vote du peuple centrafricain, c’est protéger la République elle‑même”.

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Les législatives en Côte d’Ivoire, une opposition décapitée https://mondafrique.com/a-la-une/les-legislatives-en-cote-divoire-une-opposition-decapitee/ https://mondafrique.com/a-la-une/les-legislatives-en-cote-divoire-une-opposition-decapitee/#respond Sat, 27 Dec 2025 08:16:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=144385 Pour le président Alassane Ouattara qui a été confortablement élu en octobre dernier, il s’agit de s’assurer une majorité tout aussi confortable à l’Assemblée nationale pour pouvoir gouverner tranquillement pendant les cinq années à venir.

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Ils sont 2740, dont 181 femmes, qui solliciteront les suffrages des électeurs ivoiriens le 27 décembre prochain, lors des élections législatives. Seuls 255 d’entre eux auront le privilège de siéger à l’Assemblée nationale de la Côte d’Ivoire.

Venance Konan

Pour le président Alassane Ouattara qui a été confortablement élu en octobre dernier, il s’agit de s’assurer une majorité tout aussi confortable à l’Assemblée nationale pour pouvoir gouverner tranquillement pendant les cinq années à venir. A priori son parti, le Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), part avec toutes les chances de gagner le pari. D’abord parce que son candidat avait été élu avec une très large majorité lors de la dernière présidentielle, mais aussi parce qu’il avait déjà la majorité à l’Assemblée nationale sortante, et il est le seul parti à présenter des candidats dans toutes les circonscriptions électorales.

Le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) de Tidjane Thiam e présente que 229 candidats pour les 255 sièges, n’ayant pas trouvé de candidats suffisamment forts pour affronter ceux du RHDP dans certaines régions du nord du pays, le fief d’Alassane Ouattara. Tidjane Thiam lui-même, qui n’a pu se présenter à l’élection présidentielle d’octobre dernier, vit hors de la Côte d’ivoire depuis plusieurs mois et s’exprime peu, ce qui donne à son parti l’air d’un navire abandonné par son capitaine.

Depuis quelques années, le PDCI, le parti historique fondé par Félix Houphouët-Boigny qui régenta la vie politique de la Côte d’ivoire pendant plusieurs décennies, n’existe pratiquement plus que dans la région Baoulé, l’ethnie de son fondateur et de son successeur, Henri Konan Bédié. Thiam lui-même n’a été propulsé à la tête de ce parti que parce qu’il a des liens de sang avec son fondateur, ce qu’a fait remarquer récemment Maurice Kakou Djikahué, un cacique du parti qui en avait brigué la présidence mais en avait été écarté, parce que, dit-il, il n’était pas baoulé.

Le FPI, « une enveloppe vide »

Le Front populaire ivoirien (FPI), l’ancien parti de Laurent Gbagbo qu’il a lui-même qualifié d’enveloppe vide qu’il a laissée à Affi N’guessan, son ancien compagnon de lutte et ancien Premier ministre, lui, ne présente que 21 candidats.

Le plus gros des aspirants députés est constitué de candidats indépendants qui tentent leur chance en dehors des appareils des partis. Soit parce qu’ils n’ont pas été choisis par leurs partis alors qu’ils estiment avoir plus d’aura et de popularité que les candidats officiels, soit parce qu’ils refusent tout simplement d’adhérer à un parti, comme c’est le cas de quelques journalistes qui participent à la joute.

Laurent Gbagbo, l’ancien président de la république et président du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI), lui, a choisi la politique de la chaise vide en décidant de ne présenter aucun candidat à ces législatives. Au motif étrange qu’on ne lui a pas laissé le temps consoler ses prisonniers et de pleurer ses morts. Lors de l’élection présidentielle, Laurent Gbagbo avait appelé à la désobéissance civile, et certains de ses militants les plus extrémistes avaient été arrêtés et certains avaient perdu la vie lors de plusieurs incidents violents. Gbagbo avait alors demandé que les législatives soient repoussées à une date ultérieure. Ce qu’il n’a pu obtenir.

Mais plus prosaïquement, il a probablement voulu éviter l’humiliation, vu les piètres résultats que son parti avait obtenu lors des précédentes législatives, vu les divisions qui déchirent ce parti en ce moment, et vu surtout qu’il a été dans l’incapacité d’empêcher Alassane Ouattara de faire un nouveau mandat, alors qu’il avait annoncé urbi et orbi, et appuyé en cela par des pasteurs évangéliques illuminés, que de son vivant, il n’y aurait pas de quatrième mandat pour le président en exercice.  

Certains cadres du PPA-CI ont néanmoins décidé de se porter candidats aux législatives, mais ils font l’objet de sanctions, tout comme ceux de ses proches qui avaient décidé de se porter candidats lors de la présidentielle, et les militants ont été priés de les ignorer complètement. Peu avant l’élection présidentielle, Laurent Gbagbo avait annoncé sa volonté de se retirer de la présidence de son parti à l’issue de son prochain congrès. Il chercherait à saborder son parti afin qu’il ne lui survive pas qu’il ne s’y prendrait pas autrement.

Si l’intention de Laurent Gbagbo est vraiment de tuer son parti, il n’a cependant pas du tout l’intention de laisser Alassane Ouattara régner tranquillement.

Le 8 décembre dernier, le jour-même où le président nouvellement réélu prêtait serment devant un parterre de chefs d’Etats en exercice et d’anciens chefs d’Etat venus de toute l’Afrique, Laurent Gbagbo avait publié un texte dans lequel il demandait à son avocat de saisir la Cour pénale internationale (CPI) afin que toute la lumière soit faite sur le vrai leader de la rébellion qui avait divisé le pays pendant huit ans et sur les vrais auteurs des crimes de la crise post-électorale, puisqu’il a été jugé et acquitté. Le texte était signé : Laurent Gbagbo, ancien président de la Côte d’Ivoire, ancien prisonnier de la Cour pénale internationale.

Histoire de dire à ses anciens homologues qu’il est toujours là, et qu’ils ne doivent pas l’oublier. La CPI lui a répondu que seuls les Etats ou le Conseil de sécurité de l’ONU sont habilités à la saisir. Ce que Laurent Gbagbo aurait du savoir, lui qui a passé une dizaine d’années entre les mains de cette Cour.

 

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Présidentielle Centrafrique, Touadéra bâcle un simulacre électoral https://mondafrique.com/a-la-une/presidentielle-centrafrique-touadera-bacle-un-simulacre-electoral/ https://mondafrique.com/a-la-une/presidentielle-centrafrique-touadera-bacle-un-simulacre-electoral/#respond Sat, 27 Dec 2025 07:01:28 +0000 https://mondafrique.com/?p=144445 Le pouvoir en place orchestre le chaos pour s’accrocher au pouvoir

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À deux semaines de la Présidentielle du 28 décembre 2025, la République centrafricaine court vers un simulacre électoral où le pouvoir en place orchestre le chaos pour s’accrocher au pouvoir, tandis que la communauté internationale ferme les yeux sur ces irrégularités flagrantes.

La rédaction de Mondafrique

L’Autorité Nationale des Élections (ANE), aux ordres du régime, a chamboulé cinq fois le calendrier depuis l’enrôlement raté de décembre 2024, publiant en juillet des listes provisoires bidons recensant 2 millions d’électeurs malgré 717 centres fantômes manquants dans les données officielles. Ces lacunes touchent précisément les zones rurales et périphériques, où les routes défoncées – parmi les pires d’Afrique – et la dépendance totale aux hélicoptères de la MINUSCA pour acheminer urnes, kits biométriques et bulletins masquent un sabotage délibéré, excluant systématiquement déplacés internes et populations sous contrôle armé pour gonfler les chances de Touadéra. Le personnel électoral, formé à la va-vite et en nombre insuffisant, distribue les cartes d’électeurs au compte-gouttes, confirmant un chaos qui n’a rien d’accidentel.

Des financements détournés


La pénurie chronique d’argent n’est qu’un prétexte : les fonds alloués ont été pillés ou mal gérés, forçant l’Assemblée nationale – désormais largement dominée par le clan au pouvoir – à voter en mai une dérogation anticonstitutionnelle au code électoral pour “rattraper” des mois de retard, une mesure qui viole ouvertement les délais légaux.

Les pannes d’électricité récurrentes, paralysant les centres d’enregistrement et gonflant les coûts logistiques de 30-50% selon des estimations internes, ont aggravé l’incapacité de l’ANE à intégrer les données biométriques de tous les centres, laissant des listes peu fiables truffées d’erreurs et de doublons. Pendant ce temps, l’ONU et les partenaires financiers regardent ailleurs, validant ce hold-up budgétaire par leur silence.

Une insécurité instrumentalisée 

Hors de Bangui, qui concentre 40% des bureaux de vote, la tenue des élections relève d’un pari suicidaire : la recrudescence des violences par des coalitions pro-Touadéra et groupes armés instrumentalisés par le régime en place menace directement 60% des sites, avec des attaques récentes sur des convois logistiques rapportées par la MINUSCA. Cette force onusienne alerte en vain sur un “risque de dérapage majeur” sans renforcement immédiat des troupes, tandis que le régime refuse de déployer l’armée nationale dans les zones contestées. Le BRDC, coalition d’opposition, dénonce à juste titre un chronogramme illégal et biaisé, mais Paris, Washington et l’Union africaine ferment les yeux, protégeant un président au troisième mandat contesté par une confiance institutionnelle au plus bas.

Ces listes incomplètes signeront une abstention forcée de 20-30% des électeurs potentiels – soit 400 000 à 600 000 voix –, les 717 centres absents concernent majoritairement des zones rurales ou coalisées, où survivent des populations marginalisées. Human Rights Watch documente précisément comment des centaines de milliers de jeunes, déplacés internes (plus de 700 000 au total) et ruraux risquent d’être rayés des urnes, privant l’opposition de ses bastions naturels et légitimant une victoire taillée sur mesure. Ce hold-up démocratique, ignoré par la communauté internationale malgré les alertes répétées, enterre tout espoir d’alternance démocratique et nourrit le terreau de la contestation pour les années à venir.

 

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Rejoignez la nouvelle chaine Whatsapp de Mondafrique https://mondafrique.com/confidentiels/rejoignez-la-nouvelle-chaine-whattsapp-de-mondafrique/ Fri, 26 Dec 2025 03:18:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=107637 Avec quelques 500000 visiteurs par mois pour le site fondé en 2014, 35000 abonnés sur Instagram et 5000 fidèles de nos pages WhatsApp , « Mondafrique » a imposé une vision pluraliste et originale en matière d’information sur le monde arabe et africain

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La crise au sommet de l’État sénégalais https://mondafrique.com/politique/la-crise-au-sommet-de-letat-senegalais/ https://mondafrique.com/politique/la-crise-au-sommet-de-letat-senegalais/#respond Wed, 24 Dec 2025 17:34:26 +0000 https://mondafrique.com/?p=144404 Au Sénégal, le conflit politique sur lequel avait misé les partisans de l’ancien régime défiat, est désormais ouvert entre le président de la République Bassirou Diomaye Faye et son premier ministre. Ainsi, de vielles relations amicales et idéologiques sont remises en cause. Les hostilités sont lancées alors que les populations confrontées à une crise économique, […]

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Au Sénégal, le conflit politique sur lequel avait misé les partisans de l’ancien régime défiat, est désormais ouvert entre le président de la République Bassirou Diomaye Faye et son premier ministre. Ainsi, de vielles relations amicales et idéologiques sont remises en cause. Les hostilités sont lancées alors que les populations confrontées à une crise économique, redoutent une répétition de l’histoire de la crise de 1962 entre Léopold Sedar Senghor et son numéro 2 de l’époque, Mamadou Dia.

Ibrahima Dieng (correspondance Dakar)

Le président de la République Bassirou Diomaye Faye

 

premier ministre, Ousmane Sonko
Le premier ministre, Ousmane Sonko

Au Sénégal, au plus haut sommet de l’État, l’on est en train de passer d’un duo qui a brillé par sa complicité, sa résilience au milieu de l’épreuve, à un duel, au choc des ambitions avouées ou inavouées. Ces dernières semaines, les relations politiques entre le président de la République Bassirou Diomaye Faye et son premier ministre, Ousmane Sonko ne sont pas au beau fixe. L’une des principales raisons est que les membres du parti au pouvoir Pastef estiment que le président de la République Bassirou Diomaye Faye est en train de s’écarter de la ligne politique du parti. 

C’est l’avis de Moussa Diao, l’un des responsables du parti dans la banlieue dakaroise. « La réalité est que le président de la République Bassirou Diomaye Faye est en train de prendre un chemin autre que celui qui est tracé par notre formation qui l’a porté au pouvoir. Et c’est amer de constater ce revirement après tant d’années de sacrifices des militants et du président du parti Ousmane Sonko », regrette le jeune acteur, visage renfrogné, assis sur la place publique de Pikine Nord. 

La mésentente entre le président de la République Bassirou Diomaye Faye et les membres de son parti dont le leader Ousmane Sonko, ont deux origines. L’une est « la lenteur de la justice » concernant l’emprisonnement ou la poursuite  des responsables de l’ancien régime de Macky Sall. Ce point a été dénoncé publiquement par Ousmane Sonko dans plusieurs de ses sorties. « Notre parti est victime d’attaque. Et si le président voulait que ça cesse, ça allait cesser », avait il regretté amèrement.

Aminata Touré récusée par Ousmane Sonko

L’autre point de divergence est la nomination de celle qui a occupé les fonctions de premier ministre sous Macky Sall, Aminata Touré, comme superviseur de la coalition « Diomaye président » ( coalition dont Pastef est membre) et qui a porté la candidature de l’actuel président de la République, lors de l’élection présidentielle de 2024. Cette dame a été publiquement récusée par Ousmane Sonko, lors de son rassemblement politique du 8 novembre 2025. 

Chronologie d’un compagnonnage 

Pour le ministre Ousmane Sonko, il ne faut point se voiler la face. « Il y a problème et nous le savons tous », avait il récemment déclaré ouvertement. De son côté, le président de la République Bassirou Diomaye Faye ne s’est jamais prononcé sur le conflit publiquement. En tournée économique dans la Casamance, fief de son premier ministre, ( du 20 au 25 décembre), il a été boycotté par des Camarades de parti, favorables à Ousmane Sonko. 

Même si aujourd’hui tout semble les séparer, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ont été longtemps comme les deux doigts d’une mai. D’abord au plan professionnel, ils sont tous deux inspecteurs des impôts et domaines, formés à l’École nationale de l’Administation (ENA). Par la suite, ils ont été collègues pendant plus de 15 années dans l’administration fiscale. Ils ont été ensemble à la tête du Syndicat des impôts et domaines.  Lorsqu’Ousmane Sonko a voulu se lancer en politique après sa radiation de la fonction publique en 2015, Bassirou Diomaye Faye a été l’un des premiers à l’accompagner. C’est ainsi qu’il a par la suite occupé le poste de secrétaire général du parti Pastef. Tout comme Ousmane Sonko, Bassirou Diomaye Faye a aussi été emprisonné sous le régime de Macky Sall, pour outrage à magistrat pendant 10 mois. 

Ainsi, ne pouvant pas se présenter à l’élection présidentielle de 2024, à cause de ces démêlés avec la Justice, Ousmane Sonko a jeté son dévolu sur lui, pour briguer le suffrage des Sénégalais. Sorti de prison, il se présenter à l’élection présidentielle, dix jours seulement après l’élargissement, et fut élu avec 54% des suffrages devant le candidat de Macky Sall, l’ex premier ministre Amadou Bâ. 

Pour l’ami des deux et camarade de parti, Elhadji Malick Ndiaye, ces deux hommes ont toujours entretenus des relations politiques et humaines saines. Et sont mus par l’ambition de développer le Sénégal. 

Profondes divisions 

Depuis quelques semaines, la division est profonde entre Bassirou Diomaye Faye et le Pastef. D’ailleurs, il a été récemment organisé une campagne de désabonnement et de retrait des pages officielles de la Présidence de la République. « Nous ne voulons pas d’un président qui se démarque des orientations politiques données par Ousmane Sonko. Et nous ne l’accepterons pas. Le leader de notre parti c’est lui », explique Ousmane Sarr, militant et responsable du parti. 

Dans ce conflit, des responsables ont ouvertement pris position. Le directeur du Port autonome de Dakar, Waly Diouf Bodian souligne par exemple que sa seule boussole politique est Ousmane Sonko. « Je ne me sens nullement concerné politiquement par tout ce qui se fait en dehors de Pastef. Mon périmètre et mon horizon politiques se limitent uniquement à Ousmane Sonko ». 

Le maire de Dakar, Abass Fall a également abondé dans le même sens. Il est même allé un peu plus loin, disant qu’aucune « usurpation ne sera faite de notre victoire, acquise de haute lutte ». Pendant ce temps, Aminata Touré, présidente de la coalition Diomaye Président poursuit sa campagne de massification. D’ailleurs, un siège a été ouvert à Dakar le mardi 23 décembre 2025. 

2029, la mère des batailles 

Désormais au Sénégal, tous les regards sont braqués vers 2029, année de la prochaine élection présidentielle. Pour Pastef, même si Bassirou Diomaye Faye, n’a pas en encore dévoilé ses ambitions, il est hors de question de rater l’occasion de placer Ousmane Sonko, à la tête du pays. Mais pour le moment, son éventuelle candidature bute sur une décision de justice datant de 2023, et qui le rend inéligible.

C’est pour cette raison, que ses avocats ont tenu le lundi 22 décembre, une conférence de presse pour demander la révision de son procès pour diffamation l’opposant à l’ancien ministre sous Macky Sall, Mame Mbaye Niang. Il s’agit d’un droit inaliénable selon l’un des avocats Me Ciré Clédor Ly. 

« Cette procédure exceptionnelle est le seul moyen offert à une victime d’une erreur judiciaire pour remettre en cause l’autorité de la chose jugée, pour l’annulation de la condamnation devenue définitive. Celle-ci vise tout simplement au rétablissement de la vérité sur des accusations et une condamnation injustes. Cette voie de recours, qu’on dit extraordinaire, est aussi une voie de recours exceptionnelle qui efface la condamnation. Elle est ouverte, figurez-vous, même pour des personnes décédées. Que tout le monde le sache. C’est un droit », a-t-il martelé. 

Récemment le concerné, lui-même, Ousmane Sonko a déclaré que « rien ne peut l’empêcher d’être candidat en 2029 ». Et cette semaine, les choses ont bougé, puisque ces partisans ont lancé, une campagne « ma carte appartient à Ousmane Sonko ». En première ligne de cette initiative, Yarga Sy confie que l’ambition est de le porter à la tête du pays en 2029. « Nous sommes des Sénégalais d’ici et de la Diaspora et notre vision est de changer les choses. Nous allons mobiliser et massifier pour réussir cette mission », renseigne-t-il. 

Le scénario Senghor Dia 

À Dakar, d’une matinée du jeudi, la place de l’Indépendance grouille de monde. Si certains apprécient les décorations préparer la fête des fins d’année, Ousmane Faye, huissier de formation, lui, est plongé dans la lecture d’un journal. Très au fait de l’évolution de l’actuelle politique, il dit redouter les conséquences sociales et économiques d’une crise au sommet de l’État. Cette situation dit il, lui rappelle la crise entre Mamadou Dia, alors président du Conseil et Léopold Sédar Senghor alors président de la République. On était en 1962. 

« Ce conflit entre les deux hommes forts de l’État du Sénégal a retardé le pays. Il a freiné l’économie et provoque des dissensions sociales. Aujourd’hui, la situation est comparable. Et nous n’avons pas besoin d’une crise politique. Déjà l’économie du pays est à terre. Les gens souffrent. Les jeunes sont à la quête d’emplois. Certains n’hésitent pas à rallier l’Europe, en pirogue, risquant leurs vies. Donc les priorités sont ailleurs », diagnostique Ousmane. 

Amsata Gaye est du même avis. Pour lui, l’économie est assez fragile pour supporter une crise profonde au sommet de l’État. « La dette est excessive. On parle même de plus de 120%. Donc nous ne pouvons pas nous permettre des crises successives. La priorité du Gouvernement doit être de régler les problèmes économiques et sociaux du pays. Ces conflits politiques nous retardent. Il est temps qu’on se mette au travail. Les spéculations ne peuvent pas developper un pays », indique Amsata, comme pour dire qu’il en a ras-le-bol des combats politiques dans un contexte où l’économie flanche. 

 

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Centrafrique, la grande arnaque numérique du Président Touadera https://mondafrique.com/politique/centrafrique-la-grande-arnaque-numerique-du-president-touadera/ Sat, 20 Dec 2025 08:16:33 +0000 https://mondafrique.com/?p=144298 Le récent rapport Behind the Blockchain de la Global Initiative Against Transnational Organized Crime démasque cette opération de communication

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 Depuis des années, le régime de Faustin-Archange Touadéra vend à la population et à la communauté internationale le mirage d’une « révolution numérique » censée sortir la République centrafricaine du sous-développement. En fait, le régime, une fois de plus,  s’est lancé dans une vaste entreprise de dissimulaiton des ressources du pays.
 
La rédaction de Mondafrique
 
 
Le récent rapport Behind the Blockchain de la Global Initiative Against Transnational Organized Crime démasque cette opération de communication : loin d’incarner la modernité, les projets de cryptomonnaie du pouvoir ne sont que des instruments de corruption et de spoliation orchestrés par un régime aux abois.
 
Plongé dans la guerre, miné par la pauvreté et l’effondrement de l’État, le pays s’est vu embarqué, depuis 2022, dans une aventure numérique sans fondement ni transparence. Légalisation du bitcoin, Sango Coin, puis $CAR en 2025 : derrière les grands mots de « souveraineté » et d’« innovation », Touadéra et son cercle rapproché ont en réalité ouvert la porte à une capture mafieuse de l’économie nationale. Le rapport est sans ambiguïté : ces cryptomonnaies « favorisent les élites et exposent le pays aux réseaux criminels transnationaux ».
 
 
Le Sango Coin, vitrine clinquante lancée en 2022, promettait une ère nouvelle : passeports vendus en ligne, terres offertes contre jetons, résidences virtuelles pour investisseurs étrangers. Un bric-à-brac numérique que la Cour constitutionnelle a déclaré illégal — sans effet, puisque le pouvoir a persisté avec arrogance, jusqu’à tokeniser les ressources du pays. Résultat : fiasco complet. À peine 10% des jetons vendus, site fantôme pendant des mois, puis réapparition suspecte en 2025 annonçant une obscure « transformation complète ».
Mais Touadéra ne recule devant rien. En février 2025, il relance le cirque avec le $CAR, une nouvelle cryptomonnaie inspirée de la culture des meme coins, symbole du populisme numérique mondial. Le rapport décrit un lancement truffé de manipulations : une bulle spéculative de 900 millions de dollars explosant en quelques jours, puis un effondrement de 75%. Les ventes de terres tokenisées dans la Lobaye, offertes à des acheteurs anonymes payant en crypto depuis n’importe quel coin du monde, représentent selon les auteurs une véritable invitation au blanchiment d’argent et à la prédation des ressources nationales.
Comment un pays où 85% de la population vit sans électricité, où le PIB par habitant plafonne à 467 dollars, pourrait-il bénéficier de la cryptomonnaie ? Le rapport le souligne avec force : cette technologie, dans le contexte centrafricain, n’est pas un levier d’inclusion, mais un outil de pillage. Le peuple, privé d’accès à l’internet et à la sécurité, ne participe pas à cette économie virtuelle — il la subit.
Derrière le vernis de modernité, Touadéra orchestre une véritable capture numérique de l’État. Sango Coin et $CAR n’ont rien apporté aux déplacés, aux affamés, ni aux victimes des violences. Ils ont simplement offert aux élites complices et à leurs partenaires occultes un nouveau moyen d’enrichissement rapide, en bradant les ressources du pays au plus offrant.
Le rapport conclut sèchement : en Centrafrique, les cryptomonnaies ne sont pas un symbole de progrès — mais un outil au service de la corruption et de l’enracinement du pouvoir autoritaire.

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Centrafrique, l’incroyable constellation des groupes armés https://mondafrique.com/a-la-une/lincroyable-constellation-des-groupes-armes-en-centrafrique/ Fri, 19 Dec 2025 04:40:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=93561 Les groupes rebelles armés qui se multiplient ont intensifié leurs attaques sur le territoire Centrafricain et menacent encore et toujours le rétablissement d'une vie politique normale dans ce pays.

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Les groupes rebelles armés qui se multiplient ont intensifié leurs attaques sur le territoire Centrafricain et menacent encore et toujours le rétablissement d’une vie politique normale dans ce pays.
 
 
 
Les accrochages avec les forces gouvernementales ou des milices affiliées pourraient augmenter ce mois-ci. Un tour d’horizon de ces groupes rebelles permet de mieux évaluer les forces en présence.
 
Des membres du mouvement Coalition des patriotes pour le changement (CPC), en janvier 2021. AFP – ALEXIS HUGUET
 
La Coalition des patriotes pour le changement (CPC) :
 
Créée en décembre 2020 à la veille de l’élection présidentielle centrafricaine, avec l’objectif de renverser le président Touadéra et de chasser les russes de Wagner, la CPC réunit les groupes armés les plus puissants du pays, à savoir  le Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC), le mouvement Retour, réclamation et réhabilitation (3R), l’Unité pour la paix en Centrafrique (UPC), le Mouvement patriotique pour la Centrafrique (MPC) et les deux principales factions anti-balaka (Mokom et Ngaissona). D’autres mouvements tels que le PNRC ou la coalition Siriri n’ont pas officiellement rallié cette coalition mais gravitent autour via des alliances et une mobilité des miliciens d’un groupe à l’autre.
 
L’initiateur et principal coordonnateur de la CPC est l’ancien président centrafricain François Bozizé, bien que ce leadership soit parfois contesté. La coalition comprend aussi deux importants chefs de guerre sous sanction onusienne, Nourredine Adam, du Front Populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC) et Ali Darassa de l’Unité pour la paix en Centrafrique (UPC). 
 
La CPC a été très active dans les mois qui ont suivi sa création. La coalition a tenté de perturber le scrutin présidentiel du 27 décembre 2020 et a même lancé, en janvier 2021, une attaque sur Bangui, qui a été repoussée. L’échec de cette attaque est en partie dû au manque de coordination entre les différents groupes armés de la coalition. S’en est suivi une contre-offensive menée par les forces centrafricaines et leurs alliés russes et rwandais, qui a chassé les rebelles de plusieurs grandes villes, les repoussant vers les zones frontalières avec le Tchad, le Soudan, le Sud-Soudan et la RDC, et vers le triangle Ouadda, Sam-Ouandja, Ouanda-Djallé.
 
Malgré ce repli, la CPC s’est restructurée à partir de fin 2022, augmentant les attaques contre les forces gouvernementales, notamment avec des nouvelles méthodes encore jamais observées en Centrafrique. Les attaques non revendiquées de bases des FACA et de Wagner, notamment à Ndele et Bossangoa, avec des drones artisanaux, sont sans doute à mettre au crédit de la CPC. Malgré sa structure unifiée, la CPC peine encore à se coordonner, offrant une certaine marge de manœuvre aux groupes la constituant.
 
 

Les groupes constituant la CPC « 

À la demande de la France, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté des sanctions à l’encontre du chef de l’UPC, l’un des groupes armés les plus puissants de Centrafrique, le général Ali Darassa
 
 L’Unité pour la Paix en Centrafrique (UPC)
 
Principalement active dans le centre et sud-est de la RCA (préfectures de la Ouaka, Basse-Kotto, Haute-Kotto, Mbomou, Haut-Mbomou), l’UPC est dirigé par Ali Darassa, également chef militaire de la CPC. L’UPC, majoritairement composé de peuls, prétend défendre cette communauté d’éleveurs. La force militaire du groupe est en partie due à ses effectifs de plusieurs milliers d’hommes, à son armement et à l’efficacité de son commandement militaire, ainsi qu’à son accès aux frontières avec le Sud Soudan, à partir d’où il peut s’approvisionner en armement et matériel. Le groupe a en effet pris l’habitude d’acheter des armes et des munitions dans la province Sud-Soudanaise de Tamboura.
 
L’UPC a subi un revers début 2021 avec la trahison de Hassan Bouba, numéro 2 du groupe, retourné par Wagner et le gouvernement. Actuellement ministre de l’élevage, Hassan Bouba a alimenté les autorités centrafricaines en renseignements concernant la CPC et est même parvenu à enrôler des officiers de l’UPC et leurs hommes pour se battre aux côtés de Wagner et du gouvernement.
 
La contre-offensive menée par les forces pro-gouvernementale depuis début 2021 a poussé le groupe à déplacer ses forces du centre du pays vers l’est, notamment vers les zones diamantifères au nord de Bria, ainsi que dans les sous-préfectures d’Ouadda et de Sam- Ouandja, début mai 2022.
 
L’UPC doit depuis 2023 affronter un nouvel ennemi dans le Mbomou et le Haut-Mbomou : la milice d’autodéfense Azande, qui prétend défendre la communauté locale Zandé contre les exactions de l’UPC. Pour affronter cette menace, l’UPC a noué des alliances éphémères avec des factions de la Lord Resistance Army.
 
 
Le général du FPRC Noureddine Adan et son garde du corps
 
Le Front Populaire pour la Renaissance de la Centrafrique (FPRC)
 
Présent dans le nord-est du pays (Vakaga, Bamingui, Haute-Kotto), le FPRC a aujourd’hui pour chef principal Nourredine Adam. Ses effectifs sont estimés à moins de 3000 hommes. Le FPRC connaît une sorte de renaissance depuis fin 2022, après avoir été profondément affaibli en 2019, lorsque les forces gouvernementales sont parvenus à briser l’alliance entre les deux principales communautés composant le groupe : les Roungas et les Goulas. Des représentants de la communauté Goula avaient alors fait sécession du FPRC pour s’associer à la communauté Kara et affronter les Roungas. Cette guerre avait abouti à la reddition de Abdoulaye Hissene, deuxième chef emblématique du FPRC après Nourredine Adam.
 
 
Resté discret sur le plan militaire depuis quelques années, Nourredine Adam, qui appartient à la communauté Rounga, est redevenu actif en 2022, en recrutant un millier d’hommes au Soudan et en y acquérant des véhicules et du matériel militaire, acheminé ensuite au nord de Birao. Il est notamment parvenu à recruter d’anciens éléments mécontents des Rapid Support Forces (RSF), milice paraétatique soudanaise, des membres de la tribu des Rizeigat fidèle à l’ancien commandant Janjawid Moussa Hilal, ainsi que des éléments arabes Misseriya. Nourredine Adam est aussi parvenu à se réconcilier avec des chefs de guerre de la communauté Goula, notamment ceux appartenant au groupe armé RPRC. C’est le cas de Mohamed Ali alias B13 ou Abdelrahman Tourkach. Tom Adam, alias Ben Laden, s’était aussi rapproché de lui, avant d’être tué par des éléments du contingent rwandais de la Minusca en juillet 2023. Ces renforts matériels et humains ont permis à Nourredine Adam de lancer plusieurs attaques en 2023 dans la Vakaga, notamment à Gordil, Sikikedé et Ndah, des localités entourées de mines d’or. En janvier et février notamment, son groupe y a infligé de lourdes pertes aux FACA et aux mercenaires de Wagner. Il est aussi parvenu à prendre en otage une vingtaine de FACA, libérés par la suite.
 
Retour, réclamation et réhabilitation, un des plus puissants et mieux armés de la RCA
 
 
Retour, Réclamation et Réhabilitation (3R)
 
Le groupe Retour, Réclamation et Réhabilitation (3R), présent au nord-ouest du pays (Nana-Mambere, Ouham-Pende, Ouham-Fafa, Lim-Pende) et dirigé par Sembé Bobbo est l’un des plus puissants et mieux armés de la RCA. Ses effectifs dépassent les 3000 éléments. Le groupe est l’un des plus actifs du pays, avec des attaques lancées très régulièrement.
 
Son leader d’origine, Sidiki Abass est décédé en 2021 à la suite d’une attaque contre l’un de ses convois. Son remplaçant Sembé Bobo est un tchadien affilié au chef de guerre Baba Laddé, qui a passé une partie de sa vie à Maroua, au Cameroun. Les 3R se revendiquent comme défenseurs des éleveurs Peuls. Ils ont régulièrement infligé des pertes aux FACA (Forces armées centrafricaines) et à Wagner, notamment via des engins explosifs improvisés et mines qui ont fait leur apparition dans le conflit centrafricain fin 2020. Le groupe multiplie les actions de guérilla, mais a également lancé des attaques d’une ampleur plus importante, comme celle sur le poste de douane de Béloko, principal point de passage de la frontière avec le Cameroun, en janvier 2023.
                                
 
Antibalaka pro-CPC
 
La mouvance antibalaka pro-CPC, majoritairement composée de Gbaya, de Sara et de Mandja, a été affaiblie par l’arrestation des chefs de ses deux principales branches, Maxime Mokom et Patrice Edouard Ngaïssona. C’est désormais l’ancien président François Bozizé qui coordonne ces miliciens, avec l’assistance de ses fils, notamment Jean-Francis, et de quelques figures historiques comme Igor Lamaka.
 
Le 3 mars, François Bozizé, par ailleurs coordonnateur de la CPC a quitté le Tchad pour partir en exil en Guinée Bissau. Les autorités tchadiennes ont également arrêté Maxime Mokom, représentant d’une des deux ailes principales du mouvement antibalaka, en février 2022, et l’ont déféré un mois plus tard devant la Cour pénale internationale à La Haye pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Mokom y a rejoint Ngaïssona, chef de l’autre aile principale du mouvement, déféré à la CPI début 2019.
 
 
 
Le Parti du Rassemblement de la Nation Centrafricaine (PRNC)
 
Officiellement représenté par Nourd Gregaza, le PRNC a été créé en 2019 par des éléments Goulas du RPRC (pro-gouvernemental) mécontents de l’application de l’accord de paix signé à Karthoum. Le groupe, militairement dirigé par Mohamed Ali alias « B13 » s’est rapproché de la CPC en 2022 et a participé à plusieurs prises d’otages, comme l’enlèvement de deux personnels de l’ONU ainsi qu’un agent de l’État en novembre 2022. Des généraux du mouvement comme Tom Adam alias Ben Laden (tué en juillet 2023) ont aussi participé à la prise d’otage d’une vingtaine de FACA en mars 2023. Auparavant, le PNRC avait participé à la guerre contre le FPRC au côté des groupes pro-gouvernementaux MLCJ et RPRC en 2020.
 
Le Mouvement Patriotique pour la Centrafrique (MPC)
 
Créé en 2015, le MPC est présent dans le centre et le nord du pays (Ouham Fafa, Nana Grebizi). Son principal leader est Mahamat al-Khatim, actuellement stationné au Tchad. Le potentiel de nuisance du groupe est aujourd’hui entravé par les rivalités internes et l’incapacité de son chef à exercer un contrôle sur ses combattants, dont certains se battent néanmoins dans les rangs de la CPC. Le groupe compterait moins de 1000 hommes, après la reddition au gouvernement d’un de ses chefs principaux, Hassan Abdramane
 
 
La coalition Siriri
 
La branche armée de la coalition Siriri a été créée en 2022 par Moustapha et Abakar Sabone qui cherchaient ainsi  à s’octroyer une place aux côtés des instances dirigeantes de la CPC. Le groupe est composé d’anciens combattants du FDPC, sans chef depuis l’arrestation d’Abdoulaye Miskine, ainsi que de mercenaires tchadiens et soudanais, dont d’anciens membres des forces de défense et de sécurité soudanaise. Ses effectifs qui ont atteint un millier d’hommes, ont néanmoins fortement diminué, à cause de problèmes de financement, le groupe ne parvenant pas à contrôler des sources de revenus régulières.
 
Le mouvement a compté à son acmé, début 2023, près d’un millier de combattants répartis au nord du pays entre la Vakaga et le Bamingui-Bangoran. Il a reçu fin 2022 un soutien logistique de la part de Shukort Allah, un officier de l’armée soudanaise proche de Musa Hilal, grand rival du général Hemetty. Il a été impliqué dans des combats contre les FACA et Wagner dans la Vakaga, notamment en janvier et février 2023.  

Groupes armés pro-gouvernementaux

 
 
Russes noirs 
 
Les Russes noirs sont d’anciens miliciens, majoritairement anti-balaka et UPC, qui ont fait défection pour devenir auxiliaires des mercenaires de Wagner sur le terrain. Leurs effectifs sont très mouvants mais pourraient atteindre 3000, dirigés par une multitude de chefs. Ils ont pris part à plusieurs massacres dans le Ouaka, notamment à Boyo et Bokolobo. Plusieurs témoignages les accusent d’être impliqués dans l’exécution de neuf ressortissants chinois travaillant dans une mine d’or à Chimbolo.
 
Chez les Russes noirs anciens anti-Balaka, on retrouve le Général Royal, qui officie entre Bakala et Lougba, le Général Akra autour de Tongo Bakary, le Général Dix-Roues autour de Boyo, le général Sossengue autour de Tagbara, et les généraux Marcelin Orogo et « Jojo » à Bambari et alentours, Des combattants de Bambari ont fait défection après l’arrestation de leur chef, le général Edmond. Les anciens UPC ayant rejoint les Russes noirs sont dirigés par trois chefs, le colonel Kiri, “Sanda”, et “Salambaye”. 
 
Anti-Balaka pro-Touadera
 
Certaines factions anti-balaka n’ont pas été recrutées en tant que « Russe noir » mais travaillent néanmoins pour le camp gouvernemental. C’est le cas des Anti-balaka de l’Ombella M’Poko- région d’origine du président Touadera- qui reçoivent leurs ordres d’un député du MCU. Actifs dans la zone entre Kemo et Damara, ils sont dirigés par Dimitri Ayoloma et Benjamin Ingdandji. Dimitri Ayoloma s’était illustré lors de la marche de la CPC sur Bangui, en janvier 2021, en affrontant les rebelles à Grimari en coordination avec les FACA.
 
 
Rassemblement Patriotique pour le Renouveau de la Centrafrique (RPRC)
 
Le RPRC est un groupe armé actuellement pro-gouvernemental, présent dans la Vakaga, créé en 2015, et principalement composé de membres de la communauté Goulas. Les principaux représentants de cette milice sont l’actuel ministre des transport Gontran Djono Ahaba et le Ministre de la justice Arnaud Djoubaye Abazene. 
 
Le RPRC a vu sa capacité fortement diminuée en 2022 après une scission du mouvement provoquée par l’assassinat de Zakaria Damane, emblématique chef militaire du groupe. Après avoir mené ses troupes dans les affrontements contre le FPRC, Damane avait décidé de se concentrer sur ses activités minières et de trafics d’armes, refusant de participer davantage à la stratégie des autorités centrafricaines d’alimenter le conflit entre Goula et Rounga. Ce refus a provoqué des dissensions avec son chef à Bangui, le ministre Djono Ahaba et a finalement abouti à l’assassinat de Damane par des mercenaires de Wagner. Ce meurtre a poussé de nombreux combattants du RPRC à rejoindre la CPC à partir de juillet 2022, après des réunions de coordinations entre représentant du RPRC, du FPRC et de l’UPC. Le mouvement fait partie des quatre groupes armés ayant annoncé leur dissolution en décembre 2022, bien que cette déclaration n’ait pas eu d’effet sur le terrain.
 
Pour rappel, RPRC a été utilisé par le gouvernement à partir de 2019 pour attaquer les positions du FPRC et affaiblir ce groupe dans la Vakaga. Le groupe est parvenu à profiter du conflit communautaire entre Rounga et Goula qui a éclaté cette même année pour recruter de nombreux combattants du FPRC issus de la communauté Goula. Le FPRC est sorti très affaibli des combats, et l’un de ses chefs principaux, Abdoulaye Hissene, s’est rendu au camp gouvernemental.
 
 
Mouvement des Libérateurs Centrafricains pour la Justice (MLCJ)
 
Le MLCJ est un autre groupe armé pro-gouvernemental mené par Gilbert Toumou Deya, actuel ministre en charge du désarmement. Le groupe, dominé par l’ethnie Kara, est présent autour de Birao, et a participé, aux côtés du RPRC, aux affrontements contre le FPRC en 2019-2020. Il a connu une défection importante en 2022, celle de son chef militaire Mahamat Deya, qui a rejoint la CPC.  A l’instar du RPRC, le MLCJ a signé son acte de dissolution en 2022, sans que cela soit suivi d’effet sur le terrain.
 
Milice Azandé Ani Kpi Gbe,
 
Ce groupe dont le nom signifie « la communauté Zandé a trop souffert/ a connu trop de morts » a été officiellement créé en 2023, et prétend protéger la communauté Zandé, majoritaire dans les préfecture du Mbomou et Haut-Mbomou, qui subit depuis des années les exactions de l’UPC et de la LRA. Cette milice qui compterait plus d’un millier d’hommes armés de fusils automatiques, issus des communautés Zandé de Centrafrique, de RDC et du Sud-Soudan, est selon plusieurs sources soutenue et financée par des députés de la majorité présidentielle, afin d’affaiblir l’UPC dans sa zone. La milice a ouvert les hostilités contre l’UPC en mars, avec l’attaque de la ville de Bambouti, frontalière avec le Sud-Soudan. Elle a récemment lancé une attaque contre les positions de l’UPC à Mboki.
 
Autres groupes pro-gouvernementaux
 
D’autres groupes, retournés par le gouvernement et largement inactifs depuis plusieurs années, ont annoncé leur dissolutions en mars 2023 : le FPRC/branche Abdoulaye Hissene, le FDPC/branche Jean Rock Sobi, le MPC/branche Hassan Adramane, la Seleka rénové, et Révolution et Justice.
 

Autres groupes armés

 
L’armée de résistance du Seigneur (LRA)
 
La LRA est considérée comme un des milices les plus meurtrières au monde. Selon l’ONU, elle a tué plus de 100.000 personnes et enlevé plus de 60 000 enfants en Centrafrique, Congo, Ouganda et Soudan du Sud pour en faire des combattants. Elle a été créée aux alentours de 1986, dans le but de renverser le régime présidentiel de Yoweri Museveni d’Ouganda. Son leader Joseph Kony a été inculpé par la CPI en 2005. Divisée en plusieurs sous-entités depuis 2011, le groupe armé a été considérablement réduit et ne représente aujourd’hui plus que 200 membres. Ces derniers mois, des alliances locales ont été signalées entre soldats de la LRA et de l’UPC. Cette coopération visait à repousser la milice Azandé, notamment à Mboki.
 
 
Les groupes armés tchadiens
 
Au moins deux groupes armés tchadiens se sont installés en RCA avec la passivité complice des autorités centrafricaines. Jusqu’ici, ces groupes n’ont pas mené d’actions armées sur le territoire centrafricain, mais sont accusés de vouloir déstabiliser le Tchad.
 
Le premier groupe, le MRST, compterait plus de 1000 hommes, en majorité des membres de la communauté Sara du sud du Tchad, stationnés près de Paoua. En avril dernier, ce groupe est accusé d’avoir mené plusieurs attaques en territoire tchadien, dans la région du Logone Oriental, poussant les autorités tchadiennes à installer une base militaire “robuste” à Goré, non loin de la frontière centrafricaine. En mai dernier, les militaires tchadiens ont annoncé avoir mené une opération conjointe avec l’armée centrafricaine pour neutraliser ce groupe. Plusieurs combattants présumés, ainsi que des civils, ont été tués lors de cette opération. Si les autorités centrafricaines arborent une collaboration de façade avec le Tchad sur le sujet, plusieurs sources évoquent à minima une passivité, voire un soutien de Bangui et de Wagner à cette rébellion.
 
Un autre groupe qui ne compterait qu’une centaine d’hommes, le RPJET, s’est installé dans la Vakaga, dans des grottes autour de Hadjar Fatnah, non loin de Birao. Il est notamment composé de membres de communautés du nord du Tchad et serait en contact avec des groupes rebelles tchadiens stationnés dans le Tibesti. Le chef de ce groupe se trouverait actuellement en France.
 
Le RPJET a publié cette année une demande officielle d’installation sur le territoire centrafricain, que la ministre centrafricaine des affaires étrangères a publiquement refusé. Néanmoins le groupe est toujours stationné non loin de Birao et a reçu quelques armes de Wagner, qui occupait jusqu’en juin dernier une base militaire avancée dans la zone. Malgré la proximité de Birao avec la frontière tchadienne, N’djamena n’a pas été autorisée à y envoyer ses militaires, comme à Paoua.

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Le Haut‑Mbomou, grenade dégoupillée au cœur des élections centrafricaines https://mondafrique.com/a-la-une/le-haut%e2%80%91mbomou-grenade-degoupillee-au-coeur-des-elections-centrafricaines/ Thu, 18 Dec 2025 17:48:11 +0000 https://mondafrique.com/?p=144268 Au cœur de la nouvelle séquence de violences qui a vu un convoi logistique de la MINUSCA tomber dans une embuscade, la milice Azandé Ani Kpi Gbé (AAKG), instrumentalisée par le pouvoir centrafricain et ses alliés russes, s’emploie à repousser les rebelles peuls de l’UPC dans le sud‑est du pays. Dans cette région du Haut-Mbonou […]

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Au cœur de la nouvelle séquence de violences qui a vu un convoi logistique de la MINUSCA tomber dans une embuscade, la milice Azandé Ani Kpi Gbé (AAKG), instrumentalisée par le pouvoir centrafricain et ses alliés russes, s’emploie à repousser les rebelles peuls de l’UPC dans le sud‑est du pays. Dans cette région du Haut-Mbonou où les mercenaires de l’AAKG sèment la terreur,  le ressentiment de la population abandonnée par l’État est profond. L’élection présidentielle risque d’être le détonateur d’un embrasement populaire que le régime s’acharne à minimiser.
 
La rédaction de Mondafrique
 
En l’espace de quarante‑huit heures, six Casques bleus ont été tués et onze autres blessés au Soudan et en République centrafricaine, rappelant la précarité dans laquelle opèrent les soldats de la paix dans les zones les plus inflammables du continent. Le samedi 13 décembre, des frappes de drones ont ciblé la base logistique des forces onusiennes à Kadougli, au Kordofan du Sud, fauchant six militaires bangladais et en blessant neuf autres alors qu’ils servaient au sein de la Force intérimaire de sécurité des Nations unies pour Abyei, région pétrolifère disputée par le Soudan et le Soudan du Sud depuis 2011.
 
Le lundi suivant, une cérémonie d’hommage s’est tenue à Abyei avant le rapatriement de leurs corps vers le Bangladesh, pendant qu’en Centrafrique un convoi logistique de la MINUSCA tombait dans une embuscade à une vingtaine de kilomètres de Zémio, dans le Haut‑Mbomou, attribuée à des combattants du groupe armé zande Azandé Ani Kpi Gbé.
 
Très vite, Bangui et ses alliés russes du groupe Wagner voient dans la milice Azandé Ani Kpi Gbé (AAKG) un instrument commode : en mai 2024, environ deux cents de ses hommes sont intégrés dans l’armée nationale et placés sous commandement russe, officiellement pour renforcer la lutte contre l’UPC. Ce qui devait être un atout sécuritaire s’est transformé en engrenage incontrôlable : indiscipline, refus d’obéissance, exactions contre des civils peuls et affrontements ouverts avec les forces régulières comme avec les paramilitaires russes, laissant derrière eux près de deux cents morts et des milliers de déplacés en deux ans.
 
L’épisode Azandé Ani Kpi Gbé met crûment en lumière les failles du partenariat sécuritaire scellé depuis 2018 entre le président Faustin‑Archange Touadéra et Moscou. Loin de pacifier le sud‑est, les unités liées à Wagner ont nourri les tensions par des exécutions sommaires, des bombardements indiscriminés et des campagnes de représailles contre des communautés entières accusées de complicité avec les groupes armés. Déjà fragilisée par le manque de moyens et les clivages identitaires, l’armée centrafricaine se retrouve prise dans une spirale où ses alliés supposés – miliciens zandé comme mercenaires russes – deviennent tout à tour partenaires, rivaux ou adversaires, brouillant la frontière entre force publique, supplétifs et bandes armées.
 
Douze ans après le coup d’État de 2013, la composition des forces armées reste profondément traversée par les lignes de fracture communautaires. L’intégration de milices d’autodéfense telles que l’AAKG n’a en rien consolidé la cohésion nationale ; elle a au contraire fragmenté davantage la chaîne de commandement et vidé de sa substance la politique nationale de défense adoptée fin 2024, censée jeter les bases d’une armée neutre, professionnelle et représentative de la diversité centrafricaine. Plutôt que d’édifier une institution républicaine, le pouvoir a assumé une militarisation identitaire à géométrie variable, enrôlant des groupes armés selon les besoins du moment avant de les marginaliser ou de les combattre dès qu’ils ne répondent plus à l’agenda du régime.

Le Haut‑Mbomou, l’angle mort

 
Dans ce contexte, le Haut‑Mbomou apparaît, à l’approche des élections de décembre 2025, comme l’angle mort qui fait vaciller le récit triomphal d’un pays apaisé que répètent à l’envi les hérauts du pouvoir. Certes, certaines régions ont bénéficié d’un regain de sécurité grâce au redéploiement de l’État et à l’affaiblissement de plusieurs rébellions, mais le sud‑est demeure traversé par les retombées des crises régionales, notamment au Soudan du Sud, et par la circulation continue d’armes et de combattants.
 
Au final, cette configuration explosive engage directement la responsabilité des autorités de Bangui dans l’escalade des violences. Au lieu de bâtir patiemment une armée nationale, le pouvoir a exploité les fractures ethniques comme instruments de contrôle, manipulant les ressentiments locaux et intégrant des milices selon des calculs de court terme. En s’adossant tour à tour à des combattants zandé, à des paramilitaires russes ou à certains groupes armés, le régime cautionne de fait les exactions, les massacres et les violations massives des droits humains commis contre les civils, détournant la fonction première de l’armée, qui cesse d’être une force protectrice pour devenir l’un des vecteurs d’une domination identitaire. À la veille du scrutin, cette poudrière du Haut‑Mbomou menace de faire voler en éclats l’illusion de stabilité que le pouvoir tente d’imposer dans son narratif électoral au reste du pays.
 
 
 

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Tunisie, le triste anniversaire de l’immolation d’un jeune vendeur de Sidi Bouzid https://mondafrique.com/a-la-une/le-17-decembre-2010-un-jeune-vendeur-de-sidi-bouzid-se-suicidait/ Wed, 17 Dec 2025 08:37:38 +0000 https://mondafrique.com/?p=144256 Le moment déclencheur de la "Révolution arabe" de 2011 que fut l'immolation de Mohamed Bouazizi a joué un rôle central dans le discours de légitimité de Kaïs Saïed

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Qui penserait encore à commémorer le 17 décembre 2010 et le geste désespéré d’un jeune vendeur de fruits de Sidi Bouzid à l’origine de ce qui allait devenir la révolution tunisienne, à l’origine du plus grand ébranlement politique du monde arabe depuis les années 1960 ? Quinze ans plus tard, la réalité est bien trop amère pour penser honorer encore ce symbole défraîchi.

Selim Jaziri (correspondance Tunis)

L’énergie populaire des premiers jours de la Présidence de Kaïs Saïed
L’énergie populaire des premiers jours de la Présidence de Kaïs Saïed

Le moment déclencheur de la « Révolution arabe » de 2011 que fut l’immolation de Mohamed Bouazizi a joué un rôle central dans le discours de légitimité de Kaïs Saïed, qui l’oppose au début de son rêgne  au 14 janvier 2011, le jour de la fuite de l’ex Président Ben Ali vers l’Arabie Séoudite où il terminera sa vie. À ses yeux, le dénouement plus institutionnel que populaire représente le début de la captation de l’élan révolutionnaire et de la rente démocratique au profit des partis politiques, de l’UGTT, de la société civile nourrie de financements étrangers, et de toute l’armada d’experts en « transitologie » accourus d’Europe et des États-Unis pour « guider » les Tunisiens dans leur « transition démocratique ».

Une révolution dans la révolution

L’élection de Kaïs Saïed, le 13 octobre 2019, devait beaucoup à l’agrégation de frustrations disparates accumulées pendant la décennie. Dégradation des conditions de vie, tractations partisanes indignes, blocage institutionnel, résistance administrative aux réformes, la classe politique dans son ensemble ne s’est certes guère montrée à la hauteur de la tâche historique.

Issu de la périphérie du système politique, Kaïs Saïed promettait de revenir à l’élan populaire originel de la révolution, sorti lui aussi des marges des régions qui concentrent historiquement les bénéfices de la prospérité économique. Une fraîcheur qui s’exprimait encore dans le premier sit-in de la Kasbah, fin janvier 2011, où les jeunes étaient venus des régions intérieures pour pousser vers la sortie les derniers représentants du régime. C’est un moment fondateur dans la trajectoire de Kaïs Saïed, durant lequel il a noué les contacts d’où allaient naître les réseaux de « jeunes » qui ont porté sa candidature quelques années plus tard, et les théoriciens d’extrême gauche qui ont inspiré sa proposition politique. Un projet de « démocratie par la base » censée transformer un modèle économique structurellement injuste par une construction institutionnelle dans laquelle les élus les plus proches de la population joueraient un rôle central. Une sorte de révolution dans la révolution en quelque sorte, dont Kaïs Saïed se proposait de n’être que l’accoucheur.

Le 25 juillet 2021, quand il a gelé le Parlement, destitué le gouvernement et accaparé tous les pouvoirs, il n’y avait plus grand monde pour défendre une démocratie démonétisée et Kaïs Saïed avait carte blanche pour mettre en œuvre son projet.

Quatre ans après, en guise de révolution, les Tunisiens ont été embarqués dans une autre « transition » qui diffère à une échéance incertaine les bénéfices d’une transformation politique dont on peine à comprendre les contours, pendant que la situation du pays et les conditions de vie ne cessent de se dégrader. Tout ce qui assure les conditions de pérennité d’un régime est en crise. Le hiatus entre le discours de l’entrée dans une nouvelle ère et l’impression de fin de règne est de plus en plus flagrant.

Une vie politique verrouillée

Depuis bientôt trois ans, la vie politique se résume à une interminable chronique judiciaire dont le summum est le simulacre de procès d’un invraisemblable « complot » sorti de l’imagination policière, jugé en appel le 28 novembre. Les arrestations, dans les jours suivant le prononcé du verdict, de la poétesse et opposante Chaïma Aïssa, enlevée en pleine rue au cours d’une manifestation, de l’avocat Ayachi Hammami, figure historique unanimement respectée de la lutte pour la démocratie, et d’Ahmed Nejib Chebbi, engagé depuis les années 1960 dans le combat politique contre la dictature, sonnent le glas de toute vie politique hors des limites définies par le projet du Président.

Très combatif, Ayachi Hammami a entamé une grève de la faim dès le premier jour de son incarcération. « Réjouissons-nous, le temps de la lutte a commencé », avait-il lancé dans un message vidéo enregistré par anticipation. Il appelle à présent l’ensemble des détenus politiques à observer trois jours de grève de la faim, les 22, 23 et 24 décembre pour protester « contre les procès injustes, les peines arbitraires et les décisions de détention abusives ». L’indignation soulevée par son arrestation galvanise la mobilisation.

La condamnation à 12 ans de prison, le 12 décembre, d’Abir Moussi, dirigeante du Parti destourien libre, héritier du RCD (le parti du pouvoir sous Ben Ali), a achevé d’unifier par-delà les divergences idéologiques, l’ensemble des acteurs politiques de la transition démocratique dans un même front contre le régime. Cependant, même unie, cette opposition née ne bénéficie pas d’un surcroît de popularité dans une population majoritairement désabusée à l’égard de la politique.

Une justice aux ordres

L’appareil judiciaire, sous la direction d’une ministre, Leïla Jaffel, particulièrement zélée, a démontré sa soumission aux injonctions de l’exécutif et aux objectifs politiques du régime. Dans des affaires politiques, certains juges d’instruction n’hésitent pas à avouer aux prévenus qu’ils n’ont aucune marge de manœuvre sur l’orientation de leur dossier. Les magistrats qui ont émis des critiques sur la sévérité des peines ou les manquements à la procédure sont convoqués devant les services d’inspection du Ministère pour répondre de leurs propos, a révélé lundi dernier, l’Association des magistrats tunisiens.

La Ligue tunisienne des droits de l’homme s’est vue à plusieurs reprises refuser le droit de visite en prison par l’administration pénitentiaire suite à ses déclarations sur l’état de santé des détenus en grève de la faim. Le Ministère de la Justice a néanmoins démenti l’annulation de ce droit garanti par une convention de 2015, mais exigé de la Ligue qu’elle respecte son devoir de neutralité. Autrement dit, qu’elle ne communique plus sur la situation des détenus.

Des mobilisations sans horizon

Dans la société, les foyers de mécontentement et les troubles sociaux se multiplient. Des émeutes ont éclaté à Kairouan le week-end dernier, suite à la mort d’un jeune homme après avoir été violemment passé à tabac par la police. À Gabès, la mobilisation pour l’arrêt de l’activité et la délocalisation du Groupe chimique tunisien se poursuit. La présidence a formé une commission d’experts pour proposer des solutions à court et à moyen terme. Mais aucune de ses mobilisations, sporadiques ou organisées, ne montefaute d’une alternative désirable. Les organisateurs de la mobilisation de Gabès, très lucides sur l’état de l’offre politique, tiennent à distance toute tentative d’instrumentalisation qui nuirait à leurs objectifs.

La révolution qui n’a pas eu lieu

Les difficultés du pouvoir à régler la crise de Gabès sont à l’image de l’absence de stratégie économique à long terme, pour le phosphate et en général. Selon une source proche de la délégation européenne à Tunis, les autorités tunisiennes ont été approchées par les Européens qui souhaitent remplacer les importations russes et sont prêts à donner la priorité à la Tunisie. Ils ont proposé de financer la remise à niveau de l’ensemble de la filière phosphate tunisienne, de l’extraction à la transformation, mais n’ont trouvé aucun interlocuteur apte à donner suite à la proposition. Cette errance stratégique n’est pas nouvelle. Depuis la révolution, les gouvernements ne sont pas parvenus à formuler une vision stratégique claire.

On touche là au cœur du problème auquel la révolution Kaïs Saïed entendait s’attaquer : répartir le pouvoir de décision économique à l’échelle locale, à travers une pyramide partant de conseils locaux, pour que les régions intérieures, qui détiennent les ressources (les terres agricoles, l’eau, le phosphate, et la main-d’œuvre bon marché) ne soient plus seulement mises au service de la compétitivité internationale des régions du littoral qui détiennent le pouvoir politique et où s’accumule le capital, mais puissent concevoir un modèle au service de l’ensemble de la nation.

Projet séduisant sur le papier, mais qui dévoile vite une difficulté majeure : comment articuler une addition de projets locaux et une stratégie nationale ? En théorie, le lieu de cette synthèse est le Conseil des régions et des districts, créé par la Constitution de 2022. Mais sur un plan pratique, on retrouve la contradiction essentielle du saïedisme : un projet de répartition horizontal et ascendant du pouvoir, mis en œuvre de manière verticale et descendante. En l’occurrence, le plan de développement 2026-2030, censé définir les orientations stratégiques qui guident les choix budgétaires, est élaboré par le Ministère de l’économie, donc, par l’exécutif.

 

Colmatage budgétaire

Il est prématuré de juger de ses résultats. Pour le moment, la Loi de finances 2026 additionne les mesures destinées à colmater les brèches : prise en charge par l’État des cotisations patronales pour l’emploi de diplômés chômeurs pendant cinq ans, prêts à taux préférentiel pour l’investissement dans les régions les moins développées, abandon des dettes douanières de l’Office du commerce et des pénalités fiscales de la Société tunisienne de sucre, allègement de la fiscalité pour la Compagnie des phosphates de Gafsa, aides à l’investissement agricole…

Rien qui dessine de réformes en profondeur en mesure de relancer réellement un investissement au plus bas depuis plusieurs années et d’enrayer le déficit commercial record cette année (plus de 20 milliards de dinars) malgré la baisse des prix du pétrole et de l’alimentation.

Les sociétés communautaires, outil clé du modèle de Kaïs Saïed, conçues pour absorber le chômage et valoriser les ressources locales bénéficient de mesure s de faveur : exonération fiscale, accès prioritaire à la commande publique et aux terres domaniales.

Le débat parlementaire a donné l’occasion, pour la première fois depuis leur élection, de faire entendre leur mécontentement à l’égard du travail du gouvernement, d’auditionner chaque ministre venu défendre son budget, au lieu, comme les années précédentes, d’accepter de remettre à plus tard la concrétisation de « l’État social » promis par Kaïs Saïed. Mais cette impatience, si elle ouvre un espace de contestation, reste dans le cadre du projet présidentiel.

Les députés ont obtenu une série d’allègements de dettes, d’exonérations de taxes, de titularisation de contractuels de la fonction publique… dont la Ministre des Finances a annoncé que l’État serait dans l’incapacité de les financer.

Pendant ce temps, les lois récemment votées touchant directement à la vie économique produisent les effets pervers attendus. La loi sur les chèques qui interdit leur utilisation comme instrument de crédit déguisé a fragilisé les petits commerçants, multiplié les paiements en liquide et favorisé l’utilisation des traités, l’explosion des impayés, puisque leur recouvrement est soumis à de longues procédures judiciaires à la différence des chèques. L’interdiction des CDD et de la sous-traitance pénalise ceux qu’elle entendait protéger : les employeurs ont tendance à préférer demander à leurs employés de créer un statut de travailleur indépendant plutôt que de les salarier. Résultat, ceux-ci basculent dans l’informel.

 

Ligne de fracture géopolitique

Il se dégage de ce tableau une impression paradoxale de dislocation et d’impasse. Combien de temps le régime peut-il tenir dans ces conditions ? Kaïs Saïed ne suscite plus depuis longtemps l’enthousiasme qui est la condition de reproduction du charisme, très particulier dans son cas, qui autorise à s’affranchir impunément des règles.

Son arrivée au pouvoir est contemporaine de la vague des coups d’État post-démocratique au Sahel, nourrie par le rejet souverainiste de l’ingérence occidentale et un discours de reconquête de la démocratie par le peuple. Ce moment s’épuise faute de réaliser les objectifs d’indépendance stratégique, les bénéfices économiques se font attendre, et en fait d’approfondissement de la démocratie, on assiste surtout à une confiscation du pouvoir.

Mais surtout le vent géopolitique tourne et la Tunisie se retrouve de plus en plus isolée à tenter une expérience politique, à l’armature théorique incertaine, dans un Maghreb embarqué dans les dynamiques de recomposition régionale.

D’un côté, l’axe Rabat – Tel Aviv, en passant par Benghazi, Le Caire et Abu Dhabi se consolide, connecté au projet de Washington d’intégration régionale. L’Algérie tente de maintenir l’Égypte, la Libye du Maréchal Haftar et les Émirats Arabes Unis à distance. Dans cette logique, une Tunisie indépendante de cet axe pro-occidental est essentiellement une zone tampon. Mais l’Algérie elle-même a mis la Russie à distance et mise sur les investissements américains pour exploiter son gaz de schiste et conserver son rang de géant africain de l’énergie.

Dans le même temps, dans le cadre de son implantation africaine orientée vers la recherche d’une profondeur stratégique face à l’hégémonie américaine, et accessoirement d’uranium, l’Iran déploie à la fois les partenariats économiques et un soft power, notamment religieux. C’est dans le cadre de cette stratégie que s’inscrit le rapprochement entre Téhéran et Tunis, mais dont la portée reste essentiellement symbolique.

La Tunisie se retrouve sur une ligne de fracture instable, à la marge des grands enjeux. Elle a perdu ce qui un temps a constitué son capital symbolique : la possibilité de démocratisation au sein du monde arabe. Son principal atout stratégique énergétique et sécuritaire, c’est son emplacement sur les routes migratoires qu’elle est chargée de contrôler pour le compte de l’Union européenne.

 

Le rôle de l’armée

L’avenir politique de la Tunisie semble dépendre de l’évolution des équilibres au sein de cette reconfiguration. Pour le moment, le nouvel ambassadeur américain à Tunis semble avoir laissé de côté ses exigences sur la démocratie et le ralliement de la Tunisie aux Accords d’Abraham.

Les acteurs internes sont connectés avec ces dynamiques extérieures. Les organisations démocratiques cherchent le soutien européen. Les Émirats arabes unis continuent de soutenir les héritiers de l’ancien régime. Des liens et des réseaux qui nourrissent la paranoïa de Kaïs Saïed et la traque judiciaire des opposants connectés à ses réseaux.

L’Armée elle, structurellement la plus sensible à l’influence américaine, veille essentiellement à protéger l’État. Si elle n’a jamais joué un rôle politique de premier plan, et n’y aspire probablement pas, c’est souvent elle qui, à la marge, fait pencher la balance dans les moments d’incertitude. Son abstention en janvier 2011 avait isolé un Ben Ali délégitimé et le Ministère de l’Intérieur honni face à la colère populaire. Le 25 juillet 2021, elle a donné un coup de pouce opérationnel discret mais décisif pour appuyer le coup de force de Kaïs Saïed, qu’elle voyait comme un recours dans un moment de déliquescence.

Si l’expérimentation de Kaïs Saïed, pour le moment mal engagée, devait échouer, si la donne géopolitique devait soit s’apaiser, soit au contraire basculer de manière décisive en faveur d’un camp, et si une alternative politique convaincante devait se dessiner, l’armée pourrait être amenée, à la faveur d’une mobilisation populaire suffisamment large et diversifiée, à décider du sort du pays.

Ce moment peut arriver rapidement comme le processus peut se maintenir des années. En attendant, à l’ombre des arbres de la petite place face au gouvernorat de Sidi Bouzid, des jeunes sans perspectives continuent de vendre des fruits et légumes, comme le faisait un certain Mohamed Bouazizi avant de savoir qu’il allait bouleverser la Tunisie et le monde arabe.

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La guerre de leadership entre les Églises et « la Gen Z » pour piloter la transition à Madagascar https://mondafrique.com/a-la-une/la-guerre-de-leadership-entre-les-eglises-et-la-gen-z-pour-piloter-la-transition/ Fri, 12 Dec 2025 09:40:33 +0000 https://mondafrique.com/?p=144124 Le processus de "concertation nationale" qui a débuté mercredi et qui devrait déboucher sur la rédaction d'une nouvelle Constitution est piloté par le Conseil des églises chrétiennes de Madagascar (FFKM)

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Le processus de « concertation nationale » qui a débuté mercredi pour six mois et qui devrait déboucher sur la rédaction d’une nouvelle Constitution est piloté par le Conseil des églises chrétiennes de Madagascar (FFKM). Lequel est suspecté de faire le jeu de l’ancien régime par les militants de terrain qui ont été décisifs dans la chute du Président Andry Rajoelina et qui viennent de rédiger une « Charte de la Génération Z Madagascar »

Lors d’un discret voyage aux Émirats où est réfugié l’aancin chef d’État et sa famille, une information révélée par l’excellente lettre « Africa Intelligence », le Président de la refondation de Madagascar, Michaël Randrianirina, aurait rencontré des diplomates israéliens, américains et émiratis ainsi que le milliardaire Erik Prince, particulièrement actif au Congo. Dans quel but l’homme fort de Madagascar a-t-il accompli ce déplacement.  Pour demander l’aide financière des EAU lors d’une rencontre avec le secrétaire d’État émirati à la coopération internationale? Ou avec l’idée de sonder les autorités des Émirats sur  ube possible extradition d’Andry Rajoelina qui doit répondre à Madagascar d’accusations très graves? Sans doute les deux ! N Be

 

Madagascar, la confiscation de la Révolution au bénéfice des militaires

LES ÉGLISES CHRÉTIENNES MISES EN CAUSE PAR LA SOCIÉTÉ CIVILE DE MADAGASCAR

Une chronique de Daniel Sainte-Roche

Des représentants de la Gen Z ont lancé les débats à ce sujet à l’issue d’une rencontre avec le Président de la Refondation la semaine dernière comme nous l’avions expliqué dans « Mondafrique » (voir l’article di dessus). Des membres de la société civile ont suivi le pas, en spécifiant que toutes les confessions ne sont pas représentées au sein de la FFKM, et en dénonçant une velléité d’exclusion de la part des tenants du pouvoir.  Sur les réseaux sociaux, des publications enflammées fustigent les Eglises qu’on accuse de vouloir remettre en selle le Président déchu Andry Rajoelina par le biais du dialogue national.

Le FFKM, une machine bien huilée

Le FFKM réunit les principales confessions chrétiennes « traditionnelles », l’Église catholique romaine (EKAR), l’Église luthérienne (FLM), l’Église réformée (FJKM) et l’Église anglicane (EEM). Créé en 1980, il est devenu au fil des ans une force morale incontournable et constitue l’élément le plus influent de la société civile. Depuis la 2ème République, et surtout au début des années 90, le FFKM a joué un rôle crucial en matière de dialogue politique. Intervenant dans le domaine de l’éducation civique (lutte contre la corruption, droits de l’homme, surveillance des élections), il dispose de larges réseaux dans tout le pays et jouit d’une grande crédibilité aux yeux de la population.

Les diverses contestations dont il fait l’objet aujourd’hui mettent en évidence le climat de méfiance qui s’installe entre les différentes entités en ce début de période transitoire. Pourtant, le mémorandum d’entente et le « projet de concertation nationale pour la refondation de Madagascar » signés entre le gouvernement et le FFKM, laissent apparaître que l’inclusivité, la neutralité et la transparence doivent présider à la conduite du dialogue national. Et bien que le FFKM soit pleinement indépendant dans la prise de décision et la définition des procédures, il est tenu de convier toutes les forces vives de la nation, y inclus les représentants des églises chrétiennes nouvellement créées et les organisations musulmanes.

Le FFKM préconise ainsi un processus comportant trois volets. D’une part, l’adoption d’une « charte de la transition » lors d’une phase préparatoire permettant de s’assurer que le processus de refondation nationale se déroule dans des conditions de stabilité socio-politique. Le FFKM prévoit de veiller à ce que les priorités nationales durant la transition tiennent compte des principales revendications durant les manifestations, et que le cadre de la concertation nationale soit bien défini. D’autre part, la mise en œuvre de la concertation nationale, ce qui devrait aboutir à la réconciliation nationale et à la définition d’un nouveau projet de société pour Madagascar avec le système étatique inhérent.

Ces deux premiers volets mettront en place la feuille de route, l’organigramme institutionnel et les termes de référence du Premier ministre de transition. Un rapport de dialogue national pour la refondation de Madagascar sera produit, et définira les valeurs communes, les principes directeurs du nouvel État, et les grandes orientations politiques, économiques et sociales du pays. Les structures adaptées à ces grandes orientations seront définies, ainsi que les lignes directeurs pour l’élaboration de projets de constitution de la République.

Le dialogue multipartite sur la charte de la transition impliquera la participation de 75 personnes issues de la Présidence de la Refondation de la Républiques, des Partis politiques, de laPlateforme « Gen-Z », du Groupement des OSC nationales, des Représentant des groupements des grands syndicats d’Etat et du Secteur privé.

Le volet « concertation » se déroulera au niveau local (dans les 17.000 Fokontany/groupements de quartiers, et 1695 Communes), au niveau des 25 régions, et au niveau national (Forum national de la refondation).  Les concertations à chaque niveau verront le concours des représentants des conseils municipaux, des leader religieux, des Leaders traditionnels, des Groupements des jeunes, des Opérateurs économiques, des Groupements des fonctionnaires, et des Organisations de la société civile. Au niveau national, des représentants de la diaspora seront invités.  

Lors de ces assises, le FFKM pose des critères stricts d’inclusivité se rapportant à la parité géographique (présence de toutes les régions), a la représentation féminine (minimum 40%), des jeunes de 18 à 35 ans (minimum 30%), des personnes en situation de handicap, et des sensibilités politiques.

Guerre de leadership

Les représentants des Gen Z contestent cette démarche, et font circuler une pétition en ligne dénommée « Charte de la Génération Z Madagascar ». C’est ainsi que trois célèbres écrivains, Rakotoson Michele, Raharimanana et Johary Ravaloson militent pour une signature en masse de cette Charte qui pourrait selon eux devenir le « contrat social liant la refondation de Madagascar ». Dans leur appel, ces trois écrivains notent que la Charte de la Gen Z Madagascar est « éthique », « faite sans nomination ni distribution de places, de façon plus simple et plus économique » et serait autrement plus efficace que l’organisation de « réunions qui coûteront plus cher » et qui « n’assureront pas l’inclusivité ».

Sous le slogan « people’s power » « demokrasia mainty » (« pouvoir du peuple » « démocratie noire ») la Gen Z revendique une « refondation populaire, souveraine et participative de la Nation ». Elle s’engage pour la mise en place d’un nouveau système, bâti sur des fondations « entièrement différentes » : la souveraineté nationale, la transparence, la participation du peuple et la dignité collective.  

Force est cependant de constater que dans l’atteinte de ses objectifs, la Charte de la Gen Z se contente d’énoncer des mécanismes classiques : refonte institutionnelle, responsabilisation citoyenne et éveil national, respect des droits fondamentaux, implication active de la jeunesse sans distinction, transparence et bonne gouvernance… Les « lignes rouges » évoquées ne laissentpas non plus transparaitre un caractère entièrement innovant. La Charte se limite à mentionnerune série de posture : le refus de toutes formes de violence et d’abus, le refus de toute violation des droits et libertés fondamentaux incluant la liberté d’expression et le droit à la sécurité, le refus de l’usage des institutions à des fins contraires à l’intérêt général, l’intolérance à la corruption et à toutes formes d’injustice et refus de toutes élections, scrutin, mode de nomination et prise de responsabilités publiques qui ne sont pas justes, libres, équitables et transparentes.

La Force de pénétration des Églises

Trois semaines après sa publication, la Charte de la Gen Z Madagascar a recueilli 2564 signatures vérifiées (à la date du 11 décembre 2025). C’est dire que le critère d’inclusivité est loin d’être rempli, et organiser la refondation sur Facebook risquerait d’exclure beaucoup de monde, dans une société ou la connectivité n’est pas encore élargie à toutes les catégories de la population. En face, le FFKM a une force de pénétration considérable dans la mesure ou l’on peut trouver au moins une des quatre églises même dans les coins les plus reculés de Madagascar.

Cet avantage du FFKM sur le terrain est néanmoins contrebalancé par les campagnes de dénigrement relayées sur les réseaux sociaux.  Dès sa création, les pouvoirs politiques ont très mal vu le succès du Conseil des églises auprès de la population.  Respecté grâce à son engagement pour le dialogue, la paix et la justice sociale, le FFKM a fait l’objet de différentes manœuvres tendant à diminuer son influence. Ainsi, à partir de 1996, le Président Didier Ratsiraka a favorisé l’émergence des sectes. Cette politique a été poursuivi par Andry Rajoelinaaprès le coup d’Etat qui l’a porté au pouvoir en 2009. Il en résulte que les sectes évangéliques ont connu un succès retentissant, atteignant le nombre de 200 églises en 2019, selon les chiffres du ministère de l’intérieur.  

La défiance envers les églises en général est aussi décelable sur les réseaux sociaux, alimentant encore plus la méfiance envers le FFKM. Cette défiance est causée en partie par l’implication personnelle de certains religieux dans les joutes politiques. Lors de la crise post-électorale de 2002 opposant Didier Ratsiraka et Marc Ravalomanana, l’appartenance de ce dernier au FFKM fait perdre l’image de neutralité à certains pasteurs protestants. Lors du coup d’Etat de 2009, Monseigneur Odon Marie Arsène Razanakolona, Archevêque d’Antananarivo a soutenu ouvertement Andry Rajoelina, décrédibilisant en conséquence l’ensemble de l’Eglise catholique à Madagascar. Lors du dernier mandat de Andry Rajoelina, le parti présidentiel TGV a « entretenu » des pasteurs luthériens, a charge pour ces derniers d’assurer une propagande pour le pouvoir en place… 

Ces différents faits provoquent une fracture entre les structures ecclésiales et les nouveaux acteurs politiques que sont les membres de la Gen Z. Il apparait que Madagascar a cruellement besoin d’un nouveau pacte pour résoudre les blocages politiques et d’un renouvellement de la classe politique qui révèle de nouveaux acteurs capables de faire apparaître une solution crédible.

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