- Mondafrique https://mondafrique.com/politique/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Tue, 20 Jan 2026 08:18:15 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg - Mondafrique https://mondafrique.com/politique/ 32 32 Niger. Le parti socialiste se déchire entre pro-Bazoum et pro-Issoufou https://mondafrique.com/a-la-une/le-parti-socialiste-du-niger-se-dechire-en-public-entre-pro-bazoum-et-pro-issoufou/ https://mondafrique.com/a-la-une/le-parti-socialiste-du-niger-se-dechire-en-public-entre-pro-bazoum-et-pro-issoufou/#respond Tue, 20 Jan 2026 08:10:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145621 Partisans de Mahamadou Issoufou et de Mohamed Bazoum se prennent à partie sur les réseaux sociaux du Niger, avec une virulence jamais vue, depuis le lancement, le 2 janvier à Dakar, de l’appel d’un collectif international pour demander la libération du président renversé toujours détenu, avec sa femme Hadiza, dans une aile du palais présidentiel. […]

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Partisans de Mahamadou Issoufou et de Mohamed Bazoum se prennent à partie sur les réseaux sociaux du Niger, avec une virulence jamais vue, depuis le lancement, le 2 janvier à Dakar, de l’appel d’un collectif international pour demander la libération du président renversé toujours détenu, avec sa femme Hadiza, dans une aile du palais présidentiel. Six-mille personnes – dont Mahamadou Issoufou ne fait pas partie – ont signé cet appel, parmi lesquelles des figures nigériennes en exil, des personnes vivant toujours dans le pays et des personnalités du monde politique et universitaire.

Par Nathalie Prévost

Si l’on ne connaît pas les noms de tous les signataires, qui ne sont pas systématiquement rendus publics, on note cependant du beau linge. Derrière un bataillon impressionnant d’anciens ministres sénégalais de tous bords (Amadou Mame Diop, Khalifa Sall, Zahra Iyane Thiam Diop, Landing Savané, Omar Sarr, Omar Youm,El Hadj Kasse, El Hadj Mouhamadou Bassirou, Ali Saleh Diop, Babacar Gaye, Nené Fatoumata, Babacar Ndaw, Samba Sy, Bocar Dia, Elhad Diouf, Adoum Forteye, Abdou Fall, Mahmoud Saleh, Aminata Mbengue Ndiaye), la plus grosse mobilisation s’observe parmi les politiques français, ce qui n’est pas forcément à l’avantage de Mohamed Bazoum, souvent critiqué au Niger pour sa proximité avec Emmanuel Macron. Il ne faut, en effet, pas oublier que le président français est très mal perçu dans ce pays pour avoir, par ses pressions et menaces, aggravé et radicalisé la crise après le coup d’État du 26 juillet 2023.

Ont signé François Hollande, Laurent Fabius, Bernard Cazeneuve et Manuel Valls, à côté de plusieurs responsables du parti socialiste français, membre de l’Internationale socialiste comme son parti frère du Niger. On note aussi, parmi les signataires, les Maliens Ali Nouhoum Diallo, Tieman Hubert Coulibaly et Kamissa Camara, l’opposant guinéen Cellou Dallein Diallo, les Tchadiens Moussa Faki, Saleh Kebzabo et Abdourahman Koulama, les Mauritaniens Abdi Fall et Diye Mamoudou Ba, le Centrafricain Martin Ziguelé, l’Ivoirien Pascal Affi-N’guessan, le Tunisien Ahmed Ounaies et les Burkinabè Ablassé Ouedraogo, Djibril Bassolé et Ibrahima Koné. Tous ces noms reflètent le réseau international de Mohamed Bazoum, en partie antérieur à son arrivée au pouvoir et tissé lors de ses études et dans le cadre de ses activités syndicales et politiques entre 1990 et 2010.  

Publication pro-Bazoum

Mahamadou Issoufou ulcéré

La mobilisation en faveur de son dauphin et ancien fidèle bras droit – devenu depuis quasiment son ennemi – de cette belle brochette de personnalités qu’il a lui-même côtoyées de près avait déjà de quoi contrarier le tout puissant Mahamadou Issoufou, fondateur et chef incontesté du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS).… Mais ce qui l’a agacé encore davantage, c’est d’avoir été directement pris à partie par les signataires.

En effet, au-delà de l’appel solennel lancé à la communauté internationale (ONU, UE, UA et Cedeao, président du Sénégal et Fondation Obama), le collectif a écrit à la Fondation Mo Ibrahim pour lui demander de « tirer toutes les conséquences de la situation au Niger et retirer provisoirement le prix qu’elle a octroyé à Issoufou Mahamadou » (ndlr, en 2020, pour son « leadership d’excellence en Afrique »), ce dernier étant « fortement soupçonné d’être l’instigateur du coup d’État contre le président Bazoum Mohamed, son ami de plus de trente ans. »

Ulcéré, Issoufou a appelé les personnalités qu’il connaît pour leur faire part de son indignation. Et Cellou Dallein Diallo et François Hollande ont alors publié des mises au point sur cet aspect. « Je ne dispose pas à ce jour d’informations sûres mettant en évidence la responsabilité du Président Issoufou dans le coup d’État contre le Président Bazoum », a précisé Cellou Dallein Diallo. « Je souhaite ardemment la libération du Président Mohamed Bazoum. Sa détention est aussi insupportable qu’illégitime. J’ai donc rejoint le Collectif de personnalités pour sa libération. C’est le seul enjeu. Aussi mon engagement ne peut être utilisé à d’autres fins», a pour sa part écrit François Hollande, selon les dires des proches de l’ancien président nigérien chahuté.

Publication pro-Issoufou

Un communiqué aigre en réponse à des accusations « ingrates »

Issoufou, qui ne s’exprime pratiquement plus en son nom propre depuis juillet 2023, a également fait publier, dès le 3 janvier, un communiqué aigre via sa Fondation, créée après la remise du prix Mo Ibrahim doté de 5 millions de dollars US et dont les actions sociales sur le terrain restent nébuleuses. « Le cabinet du président Issoufou salue l’appel du collectif à la réconciliation et au rassemblement de tous les Nigériens pour la construction d’un Niger uni en paix et prospère. Dans cette perspective, le cabinet du président Issoufou salue l’appel à la libération du président Bazoum. Par contre, le cabinet du président Issoufou note avec indignation l’adhésion du collectif à un narratif fallacieux basé sur des accusations sans preuves et portant sur une prétendue responsabilité du Président Issoufou dans les événements du 26 juillet 2023. Il rejette fermement l’ensemble de ces accusations mensongères enfantées par la mauvaise foi, l’ingratitude et l’envie. Il estime que ceux qui veulent faire de lui leur victime émissaire (Sic) se trompent. Ils doivent plutôt réfléchir sur les causes profondes des événements du 26 juillet en particulier et de manière générale sur celles de la récurrence des coups d’État dans le pays depuis l’indépendance. » 

Parmi les signataires nigériens de l’appel pour la libération de Bazoum, on retrouve la plupart des ministres et collaborateurs de ce dernier, dont beaucoup se trouvaient à l’extérieur du pays lors du coup d’État et continuent de vivre en exil depuis qu’ils ont soutenu le projet d’intervention militaire française : le Premier ministre de Bazoum, Mahamadou Ouhoumoudou, son ministre des Affaires étrangères Hassoumi Massoudou, le Touareg Rhissa Ag Boula, ancien conseiller en sécurité, et l’ambassadrice du Niger à Paris, Aïchatou Boulama Kané. A l’exception de Rhissa Ag Boula, tous ont fait partie, jadis, du premier cercle d’Issoufou. D’anciens ministres et conseillers de Mohamed Bazoum vivant au Niger, dont certains ont été emprisonnés pendant plusieurs mois après le coup d’État, ont également signé : Alambedji Abba Issa, Rabiou Daouda, Aminata Zoukaleini Allahoury, Alkache Alhada, Kalla Moutari, Dardaou Zanaidou.

Mohamed et Hadiza Bazoum, détenus depuis le 26 juillet 2023 à Niamey, alors en déplacement dans la région de Tahoua, juillet 2023.

Deux récits concurrents dénonçant des agissements très graves

Cette campagne pour la libération de Bazoum a donné le signal d’un règlement de comptes dont l’onde de choc continue de se propager. Deux récits concurrents s’affrontent ainsi sur le coup d’État et les stratégies développées de part et d’autre après le 26 juillet 2023, nourrissant des accusations de trahison réciproques.

L’assaut a été donné, sur les réseaux sociaux, par plusieurs anciens membres en exil de la cellule communication du président Bazoum. Après le 2 janvier, ils ont diffusé un « réquisitoire contre Issoufou », l’accusant d’avoir fomenté le coup à la mi-mandat de son successeur pour l’empêcher de concourir à un deuxième mandat et revenir après une transition de six mois, en se posant en candidat naturel du parti socialiste nigérien « lors d’un scrutin verrouillé par Tiani, son homme de main. » Cette thèse repose sur l’idée, très répandue à Niamey, qu’Issoufou serait un homme machiavélique assoiffé de pouvoir. Défendant, sans surprise, leur champion Bazoum, pour sa « dynamique de bonne gouvernance jamais égalée » dans un ciel sans nuage et quasi sans djihadiste, les jeunes internautes énumèrent les indices de la duplicité d’Issoufou, qui concordent en partie avec les accusations lancées à l’époque par le très médiatique ambassadeur de France Sylvain Itté : Issoufou aurait fait mine de négocier avec les militaires et rallié les officiers récalcitrants au coup, pour faire échouer le projet d’intervention française, tout en essayant de convaincre Bazoum de démissionner.

Un traitement de faveur qui nourrit la suspicion

Les soupçons se nourrissent notamment de la proximité de l’ancien président avec le commandant de la Garde présidentielle tombeur de Bazoum, le général Abdourahmane Tiani, mais aussi de l’apparente bienveillance dont l’ancien président au bonnet rouge bénéficie toujours au Niger : sécurité rapprochée officielle, accès au salon d’honneur de l’aéroport, liberté de mouvement (dont attestent des photographies en compagnie des chefs d’État les plus hostiles au régime de Niamey), jouissance de la même villa présidentielle que durant le règne de Mohamed Bazoum, etc. Par ailleurs, les proches du président renversé lui reprochent de n’avoir jamais contacté les enfants du couple emprisonné pour les assurer de son soutien (« ton ami ne peut pas être incarcéré sans que tu ne t’occupes de sa famille », relève justement un Nigérien) ni entrepris aucune démarche visible en faveur de son ami. Cette réserve si criante ne peut avoir que deux causes : soit Issoufou craint la foudre des militaires au pouvoir et tente de les amadouer, soit il a des raisons personnelles de ne pas intercéder pour Bazoum.

Du côté d’Issoufou, difficile de savoir qui s’exprime précisément. Un mystérieux « cabinet » dont nul ne connait la composition, un Groupe d’Analyse et de Prospection Politique (GAPP, tout aussi évanescent, qui, chose amusante, s’en prend aux internautes anonymes), et quelques médias virtuels entièrement voués à la gloire de l’ancien président, révulsés par tant de méchanceté : «Issoufou Mahamadou n’est pas un slogan, encore moins une caricature. Il incarne une trajectoire, des valeurs, une vision d’État et des vertus reconnues bien au-delà de nos frontières. (Le diffamer), c’est mépriser l’intelligence collective des Nigériens. » Rien de moins.

Du temps de la concorde, 2021.

Impuissance et embarras

Au-delà de la louange outrancière, de peu d’intérêt, certains auteurs tentent de convaincre le public de l’innocence d’Issoufou, à travers un récit qui révèle l’impuissance et l’embarras profonds de l’ancien président. « Le coup d’État ne peut se réduire à des causes individuelles ou à des boucs émissaires : il est le résultat d’une conjoncture complexe où chaque acteur a sa responsabilité», écrit ainsi Kadri Bodo, de la Tribune citoyenne, relayé par l’un des principaux porte-parole d’Issoufou sur les réseaux sociaux. Un autre média virtuel, Quotidien nigérien, vante « la retenue » d’Issoufou, qui sait que « réclamer la libération de Mohamed Bazoum dans un contexte de confrontation directe entre deux clans opposés n’avantage personne (…) et risquerait même d’aggraver la situation, en durcissant les positions et en fermant toute possibilité de dialogue. »  

Répondant à ceux qui lui reprochent d’avoir plaidé contre une intervention française, il estime que l’ancien président a fait « le choix de privilégier l’intérêt supérieur du Niger plutôt que l’escalade.» Conscient de la précarité de la position d’Issoufou – ce qui plaide pour une faible influence réelle de ce dernier sur les militaires au pouvoir – l’auteur évoque ses « marges de manœuvre limitées » et une stratégie bien timide se résumant à « laisser le temps jouer son rôle dans l’espoir de voir émerger la solution la moins dommageable ». Pour le détenteur du prix Mo Ibrahim tant vanté pour ses vertus démocratiques, « le retour des militaires au pouvoir constitue un échec politique», concède cet auteur. D’autant plus, écrit un autre, que le coup d’État « n’était pas seulement contre Bazoum mais contre un régime qu’Issoufou et lui incarnaient. »

Bataille d’insultes

Pour les partisans de Bazoum, très présents sur les réseaux sociaux, ces interventions traduisent la fébrilité de celui qui aime à se présenter comme au-dessus de la mêlée et rémunère sa propre armée de communicateurs, souvent pris à partie sous leurs publications tant l’animosité contre Issoufou reste vive dans le pays, du côté des partisans de Bazoum comme de celui de l’ancienne opposition ralliée aux militaires, harcelée pendant des années par le premier président rose. Le bilan négatif des douze années de gouvernance socialiste depuis 2011 revient sans cesse dans les commentaires : fraude électorale, émergence du terrorisme, mépris des soldats. « Devenir un griot bruyant en racontant des mensonges n’aidera pas votre agenda », répond ainsi Maman Moussa à un thuriféraire d’Issoufou. « On ne peut pas manipuler tout le monde tout le temps», lance un autre. Les épithètes fusent : « fourbe », « démon », « traître » (pour Issoufou),         « jaloux», « petits », «ingrats » (pour les plumes au service de Bazoum.) 

Avec le déferlement des déballages de part et d’autre, voici que la part d’ombre du régime socialiste, ses haines et soupçons recuits, bien antérieurs au coup d’État, émergent progressivement, éclairant les racines de la méfiance profonde désormais installée entre les deux camps. Un dénommé Sidi Ibrahim, repris par les pages facebook pro-Issoufou, affirme ainsi que Bazoum serait à l’origine de la dégradation des relations avec son parrain, dès son arrivée au pouvoir. « À peine trois mois après son investiture, Bazoum et son clan travaillaient à la destruction d’Issoufou, qu’ils qualifiaient de voleur [ndlr, à l’instar de beaucoup de Nigériens]. Dans la même perspective, des inspections d’État tous azimuts avaient été lancées au niveau des entités considérées comme contrôlées par Issoufou et ses proches (…) Il y avait une campagne de communication destinée à ternir l’image d’Issoufou, présenté comme un homme corrompu (tandis que) Bazoum (était présenté) comme un ange, intègre, vertueux, humble et proche de son peuple.( …) Avec le recul, on est en droit de croire que le président Bazoum n’avait qu’un seul programme politique : détruire le grand Issoufou. »

« Que les idiots se sacrifient pour leur permettre de rentrer triomphalement »

Pour cet auteur, ce sont les proches de Bazoum, y compris ses enfants, qui ont empêché Issoufou de poursuivre sa médiation en l’accusant, 48 heures après le putsch, d’en être l’instigateur. Il reproche aux Bazoumistes leur incohérence puis leur adhésion à une éventuelle intervention militaire française, apparemment souhaitée par le président renversé dans les premières heures après le coup d’État, contre l’avis de Mahamadou Issoufou. « La bêtise est qu’au moment où ils voulaient voir les camarades sortir affronter les chars, eux, ils étaient déjà en dehors des frontières nationales, attendant certainement que les idiots se sacrifient pour leur permettre de rentrer triomphalement et continuer à jouir des privilèges du pouvoir. »

Quant aux soupçons contre Issoufou proférés dès le lendemain du putsch, il s’agit, estime Sidi Ibrahim, d’une stratégie délibérée de l’entourage de Bazoum pour faire reculer les militaires en les privant du soutien de la capitale, massivement favorable à l’opposition, en faisant croire que Tiani roulait pour Issoufou auquel les habitants de Niamey vouent, écrit l’auteur, « une haine pathologique ». Or, l’opposition « n’aime pas Issoufou, certes, mais elle n’aime pas Bazoum non plus», poursuit l’auteur avec lucidité. « Les lumanistes (du nom du parti Lumana, principal parti d’opposition au régime socialiste PNDS), qui ne rêvaient que de la chute du PNDS, sont sortis massivement soutenir le coup.(…) La Cedeao et la France, qui avaient promis d’intervenir militairement pour le libérer et le rétablir, se sont retrouvées contraintes de réévaluer leur projet (…) vu cette adhésion populaire massive des populations. » Et depuis, regrette l’auteur, « les fous soldats lancés sur les trousses de l’ancien président ont continué leur sale besogne. Presque trois ans après, ils constatent leur cuisant échec. Bazoum n’est ni rétabli ni libre. Le général Tiani et ses camarades continuent d’asseoir leur pouvoir. »

Un duel à mort

C’est bien un duel à mort que se livrent les deux hommes, par communicants interposés. Et Mahamadou Issoufou, bien que libre, semble quasiment neutralisé. Un dénommé Oumar Moctar Alansary, plutôt pro-Bazoum, écrit : « Mahamadou Issoufou est politiquement mort, d’une mort bien plus profonde et bien plus cruelle que la détention temporaire subie par le président Mohamed Bazoum, symbole de la légitimité constitutionnelle et du suffrage populaire. Perçu par la communauté internationale comme la clé de la solution, le pont possible vers un retour à l’ordre constitutionnel (…), il a choisi la voie de la perpétuelle ambigüité, la danse du volatile égorgé qui feint encore de vivre alors qu’il saigne de toutes parts : il condamne le coup d’État en public tout en le soutenant en coulisses, il promet la médiation puis tergiverse et élude, il donne sa parole à Mo Ibrahim, à Ouattara et à d’autres, avant de se rétracter ou de se taire. »

Navrant spectacle pour tout le pays, pris au piège de cette crise fratricide, qui plonge chacun dans les affres de la trahison et de la cupidité. Même des proches de la junte – qui pourraient se réjouir d’assister au spectacle de l’implosion du PNDS, dernière grande force politique du Niger depuis la mort du chef du parti Lumana, Hama Amadou – s’inquiètent désormais des risques pour la cohésion nationale. Qu’on est loin des vœux exprimés, peut-être naïvement, par le Sénégalais Alioune Tine début janvier, plaidant pour un acte de clémence qui serait « un bol d’air pour le dialogue, le rassemblement et la paix (…) face à une crise économique et sociale profonde. »  « La sécurité ne se règle pas seulement par les armes, mais aussi par un dialogue global».

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Tunisie, Belhassen Trabelsi dont Kaïs Saïd exige l’extradition   https://mondafrique.com/a-la-une/tunisie-belhassen-trabelsi-dont-kais-said-exige-lextradition/ https://mondafrique.com/a-la-une/tunisie-belhassen-trabelsi-dont-kais-said-exige-lextradition/#respond Tue, 20 Jan 2026 07:43:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145633 Le 12 novembre dernier, la Cour d’Appel de Paris a une fois de plus rejeté la énième demande d’extradition formulée par les autorités tunisiennes à l’encontre de Belhassen Trabelsi, le beau-frère du président déchu, Zine el-Abidine Ben Ali. Il s’agit plus précisément du septième rejet depuis l’arrivée rocambolesque en France de ce réfugié bien encombrant, […]

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Le 12 novembre dernier, la Cour d’Appel de Paris a une fois de plus rejeté la énième demande d’extradition formulée par les autorités tunisiennes à l’encontre de Belhassen Trabelsi, le beau-frère du président déchu, Zine el-Abidine Ben Ali. Il s’agit plus précisément du septième rejet depuis l’arrivée rocambolesque en France de ce réfugié bien encombrant, il y a déjà dix ans, lorsqu’il a précipitamment quitté le Canada. Or Belhassen Trabelsi n’est pas extradable, ni régularisable !

Depuis son arrivée en France, l’OFPRA a défavorablement répondu à sa demande de réfugié politique. Apatride, il ne possède aucun titre de séjour, ni de passeport tunisien, ni même un récépissé lui permettant de s’identifier en cas d’un banal contrôle policier. Selon nos informations, le tout puissant homme d’affaire est aujourd’hui un sexagénaire physiquement diminué, psychologiquement suicidaire, vivant loin de sa femme et de ses enfants, qui sont restés au Canada. A-t-il bien fait de se réfugier en France, le pays des droits de l’homme ? Oui, puisqu’il n’est pas extradable. Non, puisqu’il n’est pas régularisable !

Côté tunisien, on serait tenté de voir dans ce camouflet de non-extradition une quelconque mansuétude des autorités judiciaires françaises à l’égard d’un symbole dont le seul nom incarne dans la mémoire collective tous les péchés de l’ancien régime. Cette décision s’expliquerait pourtant par la convention franco-tunisienne de 1972, relative à l’entraide judiciaire en matière pénale et à l’extradition, dont l’article 26 prévoit que « l’extradition n’est pas accordée si l’infraction pour laquelle elle est demandée est considérée par l’Etat requis comme une infraction politique ou connexe à une telle infraction ». Or l’affaire Belhassen Trabelsi est par définition même essentiellement politique ? 

D’autres raisons justifieraient le refus français, notamment la Convention européenne des Droits de l’Homme (CEDH), stipulant que « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ». Pour un justiciable aussi emblématique que Belhassen Trabelsi, dont tous les biens ont été confisqués et bradé deux mois après la révolution, et dont les quatre frères sont tous mort en prison dans des conditions atroces, les risques de « traitements inhumains » sont objectivement réels.  

De plus, l’actualité politico-judiciaire tunisienne, constatée et dénoncée par toutes les ONG, à commencer par Amnesty International dans son rapport de mai 2024, « Les autorités tunisiennes doivent mettre un terme à l’érosion de l’indépendance de la justice », le moins qu’on puisse dire est qu’aucun juge français bien informé ne prendrait le risque moral et juridique d’expédier Belhassen Trabelsi dans un pays où les prisons regorgent de dizaines de séquestrés politiques, de centaines de condamnés d’opinion, et de milliers de prisonniers pour une vidéo partagée sur les réseaux sociaux ou un simple commentaire sur Facebook. Sans parler d’un grand nombre d’entrepreneurs et d’hommes d’affaires arbitrairement maintenus en détention pour corruption, qui n’ont jamais été condamnés, ni-même entendu par un juge d’instruction.

De l’aveu même des activistes politiques, des militants des droits de l’homme et de quelques rares journalistes jamais la justice tunisienne n’a connu une période aussi sombre, pas même sous le régime autoritaire de Ben Ali qu’ils ont combattu. Selon Hélène Legeay, directrice juridique de l’OMCT Tunisie, interviewée par Nawaat, « Il y a une intensification de la torture depuis quelques années maintenant. Le retour de la torture institutionnalisée et pilotée par le sommet de l’Etat s’est déjà manifesté avant le 25 juillet 2021 ». Il ressort d’un rapport publié par la Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH), le 17 mai 2025 que, « derrière les murs, se profilent des réalités méconnues : surpopulation, détention arbitraire, conditions inhumaines, maltraitance des minorités et violence institutionnalisée… le système carcéral tunisien est en état d’alerte, miné par de graves défaillances structurelles et une multitude de violations des droits fondamentaux ».

Si cela vaut pour le citoyen tunisien lambda, qui n’est pas à l’abri d’un régime populiste et conspirationniste ayant rétabli la pratique de la torture dans les prisons, dont l’actuelle ministre de la Justice, Leila Jaffel, veut augmenter le nombre, à plus forte raison pour Belhassen Trabelsi, l’homme le plus stigmatisé et traqué depuis la chute de l’ancien régime, dont l’extradition constituerait pour Kaïs Saïed un enjeu d’une grande importance politique et symbolique. Mieux encore, une véritable catharsis pour purger toutes les passions populaires.

Dans le cas d’un autre poursuivi par la justice tunisienne, Slim Riahi, président de l’UPL, troisième parti politique à l’époque après Ennahdha et Nidaa Tounès, arrêté le 23 août 2021 lors d’un séjour touristique en Grèce, c’est le conseiller du président Kaïs Saïed en personne, Walid Hajjem, qui avait publiquement et triomphalement déclaré le soir même que « le président de la République a donné ses directives. Et ce, pour que la personne en question soit rapatriée des îles grecques » ! Pour les mêmes raisons que la justice française aujourd’hui, la justice grecque n’a évidemment pas extradé Slim Riahi, qui est depuis réfugié au Maroc. Quelles sont ces raisons ?

Tout porte à croire, en effet, que le régime de Kaïs Saïed ne cherche pas vraiment à rendre justice, ni à récupérer « les biens mal acquis » à l’étranger, mais à marquer un point politique capitale pour lui : satisfaire la vengeance populaire. Obtenir l’extradition de Belhassen Trabelsi serait pour Kaïs Saïed un véritable trophée de guerre que ces prédécesseurs à Carthage n’ont pu réaliser.   

Il y a quelques semaines, Sihem Ben Sedrine, célèbre militante des droits de l’homme et ex-présidente de l’Instance vérité et dignité (IVD), chargée de la justice transitionnelle après la chute de Ben Ali, qui a été d’ailleurs elle-même emprisonnée par Kaïs Saïed et n’a été récemment libérée que sous des pressions étrangères, déclarait au sujet de Imed Trabelsi, emprisonné depuis 2011 et condamné à 150 ans pour des chèques sans provision, que « dans le cadre d’une réconciliation nationale et de l’arbitrage conclu entre lui et l’IVD à la suite duquel il a consenti à tout révéler et ce faisant, servi loyalement la justice transitionnelle, Imed Trabelsi aurait dû être libéré…Plutôt que sa libération, on lui a infligé des peines supplémentaires rien que parce qu’il a dit toute la vérité » !   

 

  

 

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La santé de Mohammed VI au coeur de toutes les spéculations https://mondafrique.com/a-la-une/la-sane-de-mohammed-vi-au-coeur-de-toutes-les-speculations/ https://mondafrique.com/a-la-une/la-sane-de-mohammed-vi-au-coeur-de-toutes-les-speculations/#respond Sat, 17 Jan 2026 17:22:51 +0000 https://mondafrique.com/?p=145543 Le médecin personnel du roi a révélé samedi que Mohammed VI souffre de douleurs lombaires nécessitant une période de repos. Une annonce qui justifie officiellement son absence aux matchs des Lions de l’Atlas durant la CAN, mais qui ne dissipe pas les interrogations sur l’état de santé d’un monarque invisible depuis début décembre. Ali Attar, […]

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Le médecin personnel du roi a révélé samedi que Mohammed VI souffre de douleurs lombaires nécessitant une période de repos. Une annonce qui justifie officiellement son absence aux matchs des Lions de l’Atlas durant la CAN, mais qui ne dissipe pas les interrogations sur l’état de santé d’un monarque invisible depuis début décembre.

 

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Série Sénégal (2/2), un Premier ministre insoumis et incontrôlable https://mondafrique.com/politique/serie-senegal-2-2-un-premier-ministre-insoumis-et-incontrolable/ https://mondafrique.com/politique/serie-senegal-2-2-un-premier-ministre-insoumis-et-incontrolable/#respond Wed, 14 Jan 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145201 Adepte du rapport de force, implacable contre ses adversaires, Ousmane Sonko est loin d’être borné et sait manœuvrer quand les circonstances le recommandent.  Chef habitué à donner des ordres, il s’accommode mal de sa position de numéro 2.  Par Mor Amar L’homme se fiche pas mal de la collégialité du gouvernement dont il est pourtant […]

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Adepte du rapport de force, implacable contre ses adversaires, Ousmane Sonko est loin d’être borné et sait manœuvrer quand les circonstances le recommandent.  Chef habitué à donner des ordres, il s’accommode mal de sa position de numéro 2. 

Par Mor Amar

L’homme se fiche pas mal de la collégialité du gouvernement dont il est pourtant le chef. Il a le don d’être en même temps l’homme fort de l’exécutif sénégalais et l’opposant principal au régime. Le 1er janvier 2025, lendemain du discours à la Nation du président de la République appelant à l’unité nationale et à la responsabilité, il profite d’un meeting politique, dans le centre du pays, pour s’adonner à l’un de ses exercices favoris : endosser une robe de procureur pour vilipender des adversaires et critiquer le fonctionnement de la justice.        

Cette fois, il s’insurge contre des velléités supposées de libération d’un délinquant qui aurait détourné 100 milliards de francs CFA. « On vient de poser la première pierre d’un lycée moderne d’une capacité de 1500 élèves – avec toutes les commodités – qui va coûter 3,5 milliards de francs CFA. Imaginez combien de lycées on aurait pu construire avec 100 milliards qu’un seul individu a mis dans sa poche ! Et il y a des gens qui veulent coûte que coûte le faire sortir de prison », dénonce t-il, sans attendre les conclusions de l’enquête.   

C’est presque dans les mêmes termes qu’il avait auparavant accusé des membres de son propre gouvernement avec lesquels il nourrit des divergences politiques, laissant croire que c’est le président de la République qui les maintient dans son équipe alors qu’ils sont soupçonnés de détournements. Voilà Ousmane Sonko, président du parti des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef). Il est Premier ministre ; il s’érige, quand il veut, ministre de la Justice, ou procureur de la République, décidant qui doit être en prison et qui mérite d’humer l’air de la liberté.  

« Je ne suis pas lié par le poste de Premier ministre »

Et pour justifier ses sorties incendiaires et fracassantes contre son propre camp, contre les institutions et contre le président de la République qu’il n’hésite pas à présenter, parfois sournoisement, comme le protecteur de délinquants présumés, il aime répéter avec beaucoup de fierté et de suffisance : « Moi, je ne suis pas lié par un poste de Premier ministre…. Si le Président n’est pas content de moi, il me limoge et je retourne à l’Assemblée nationale. »        

La ligne est claire. L’enfant de Ziguinchor (sud du Sénégal) veut s’approprier tout ce que l’exécutif actuel fait de bien et se démarquer de tout ce qu’il y a de négatif. En véritable « homme d’État » comme il s’autoproclame, il promet de combattre le mal d’abord de l’intérieur. Mais si les corrections escomptées ne sont pas apportées, alors il porte le combat sur la place publique.     

Adepte du rapport de force

Chez Ousmane Sonko, le rapport de force est le mode par excellence de règlement des conflits. Soit vous vous soumettez, soit il essaie de vous soumettre en mobilisant l’arme redoutable que constitue son armée de militants et d’activistes. Sa seule boussole reste le baromètre de l’opinion publique. Même son ami Bassirou Diomaye Faye n’échappe pas à cette règle, qui a fonctionné à merveille sous Macky Sall.

Avec le Président actuel, il n’a pas agi différemment. Il a essayé, à travers le « tera-meeting » (meeting géant) du 8 novembre 2025, de lui poser un certain nombre de conditions qui devaient s’imposer après cette date. Parmi elles : le maintien à son poste de la coordinatrice de la coalition « Diomaye président » Aïssatou Mbodj, le départ des ministres dans son viseur, des poursuites contre des dignitaires de l’ancien régime et un coup de balai dans la magistrature pour faire partir les juges qu’il accuse d’être corrompus et qui bloqueraient, dit-il, certaines affaires lui tenant à cœur.

Le ras-le-bol du Président

D’habitude calme et très conciliant, le président de la République a, cette fois, réagi de manière cinglante à cette nouvelle manifestation de défiance, que d’aucuns qualifient de trop. Il n’a cédé à aucune exigence de Sonko et, de plus, il a confirmé ce qui n’était encore qu’un projet: le limogeage de la coordinatrice de la coalition et son remplacement par Mme Aminata Touré, accusée par Sonko de malversations.

Et pendant 72 heures, voire une semaine, tout le Sénégal a bruissé de rumeurs sur le départ ou le maintien du Premier ministre. Un compromis précaire a été finalement trouvé, suite à une médiation intense à laquelle ont pris part des camarades du parti, des personnalités religieuses et même des membres de la famille. Le Premier ministre reste, mais il doit cesser ses attaques directes et ad hominem contre le chef de l’État.

Futé et pas borné, l’opposant Sonko savait être à l’écoute de certains proches collaborateurs et membres du bureau politique. Mais aujourd’hui, tout puissant Premier ministre et homme fort du régime, il semble de moins en moins ouvert à la contradiction. Sa dernière trouvaille : refonder le bureau politique qui ne serait plus à son goût. Certains responsables ne le défendent pas assez, selon ses dires.  

Dans cette optique, il a créé une nouvelle instance, le Conseil national, qui est au parti ce que l’Assemblée nationale est à l’État. « D’ici quelques jours, je ferai parvenir au Conseil national ma proposition pour le nouveau bureau politique. Il pourra le valider totalement ou partiellement », avait-il annoncé en juillet 2025, précisant que le Conseil serait composé des membres du bureau politique et des élus (députés, présidents de conseil départemental et maires). Depuis, il s’est abstenu de toute communication publique sur la question.

Campagne électorale 2019. (Photo Pastef)

Une ascension fulgurante

Fondateur et premier secrétaire général du Syndicat autonome des agents et inspecteurs des impôts et domaines (Said), Ousmane Sonko a été révélé au grand public sénégalais au début du mandat de Macky Sall. Ce dernier venait de déclencher la traque des biens supposés mal acquis de dignitaires du régime vaincu d’Abdoulaye Wade, dont un certain Tahibou Ndiaye, directeur général du Cadastre sous Wade et inspecteur des impôts très influent dans cette administration.

Parmi les plus fervents défenseurs de Tahibou Ndiaye, il y avait, ironie de l’histoire, Ousmane Sonko, devenu président d’honneur du Said. Ce titre l’a surexposé sur la scène médiatique, jusqu’à la naissance en 2014 du parti Pastef, dont les rênes lui ont été confiés par ses amis. 

Nouveau chef de parti, l’inspecteur des impôts s’érige en lanceur d’alerte, dévoilant plusieurs affaires nébuleuses dans la gouvernance des affaires financières et fiscales. Considéré comme un délateur par ses adversaires, il est perçu comme un diseur de vérité par de nombreux Sénégalais. Sa radiation de la fonction publique en 2016, pour manquement à son obligation de réserve, en fit une victime de plus du régime de Sall, lui valant encore plus de sympathie dans le cœur de beaucoup de ses compatriotes.

Mais c’est à la présidentielle de 2019, alors que les principaux opposants de Sall étaient exclus de la course, que son ascension s’est accélérée. Il est arrivé troisième avec près de 700 000 voix, soit 15,67% du total des suffrages exprimés, derrière Idrissa Seck et Macky Sall qui avait remporté le scrutin dès le premier tour. Né en 1974 à Thiès d’un père casamançais et d’une mère baol-baol, Sonko a grandi et étudié à Ziguinchor dont il est par la suite devenu le maire. 

Depuis, il fait et défait les rois et impose son tempo à toute la classe politique sénégalaise, malgré ses affaires de mœurs et autres déboires judiciaires qui n’ont fait que renforcer sa notoriété.  

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Iran cette tragédie qui ne provoque pas encore la fin du régime https://mondafrique.com/moyen-orient/lhiver-sinistre-des-iraniens-ne-signe-pas-la-fin-du-regime/ https://mondafrique.com/moyen-orient/lhiver-sinistre-des-iraniens-ne-signe-pas-la-fin-du-regime/#respond Wed, 14 Jan 2026 03:28:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145250 L’Iran est entré dans un nouvel hiver de tensions où l’effondrement économique, l’épuisement politique et l’angoisse sécuritaire convergent en une seule et même épreuve pour le système.

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On assiste à une remise en cause massive du pouvoir plutôt qu’à son effondrement. Les institutions coercitives demeurent unifiées, opérationnelles et loyales sur le plan institutionnel. Aucune défection d’une ampleur ou d’une qualité suffisante ne signale une rupture imminente. Dans le même temps, l’État paraît réticent à réimposer une violence maximale à l’échelle de la société sans une claire raison d’État. Cet équilibre — ni réforme, ni répression totale — a produit une situation d’attente dans laquelle la contestation persiste, l’autorité s’érode de manière inégale et la coercition est appliquée de façon épisodique plutôt que décisive.

Une chronique de Malek Baroudji (Beyrouth)

L’Iran est entré dans un nouvel hiver de tensions où l’effondrement économique, l’épuisement politique et l’angoisse sécuritaire convergent en une seule et même épreuve pour le régime des Mollahs. Les déclencheurs immédiats sont connus et pas nouveaux: l’effondrement du rial, une inflation qui a transformé l’alimentation, les transports et le chauffage en sources quotidiennes de colère, ainsi que des ajustements des subventions et des carburants qui traduisent les dysfonctionnements macroéconomiques en humiliations vécues.

Les manifestations, d’abord centrées sur les prix, se sont élargies tant géographiquement que socialement, s’étendant des bazars et des zones commerciales à de multiples villes et catégories sociales, et abandonnant dans de nombreux cas les slogans purement économiques au profit de dénonciations explicites du système lui-même. La réponse de l’État — arrestations en masse, des morts innnombrables et coupure massive des communications — indique que Téhéran se soucie moins de l’image que de la possible convergence des mobilisations. 

L’ordre politique iranien ne perdure pas parce qu’il est populaire, mais parce que la coercition demeure largement cohérente, l’opposition fragmentée et la pression extérieure contre productive. La question décisive n’est donc pas de savoir si les Iraniens sont en colère — ils le sont manifestement —, mais si cette colère peut être transformée en un levier susceptible de déstabiliser les appareils sécuritaires de l’État .

Ripostes graduées

Le gouvernement ciranien herche à envoyer quelques signaux de conciliation, mais sans céder le contrôle : changement à la tête de la banque centrale, promesses renouvelées de stabilisation de la monnaie, rationalisation des subventions présentée comme techniquement inévitable et moralement nécessaire pour lutter contre la corruption et la contrebande. Dans le même temps, il resserre l’étau coercitif. Les restrictions sur Internet et les télécommunications coupent la coordination horizontale, réduisent la visibilité en temps réel et fragmentent la contestation en événements locaux isolés plutôt qu’en un défi national synchronisé. Il s’agit d’un mode opératoire affiné depuis deux décennies. Ce qui en détermine l’efficacité n’est pas la taille de telle ou telle foule, mais la capacité des manifestations à se doter de nœuds organisationnels durables, capables de fonctionner sous blackout et de survivre à l’infiltration.

C’est à ce goulot d’étranglement organisationnel que le paysage de l’opposition devient déterminant — et c’est là qu’il demeure faible. Le royalisme en exil, vaguement associé à Reza Pahlavi, reste visible dans le discours extérieur mais superficiel dans ses effets domestiques. Il propose un vocabulaire symbolique de continuité nationale qui circule surtout au sein de segments de la diaspora et de certaines fractions de la classe moyenne urbaine, sans avoir démontré sa capacité à influer sur les dynamiques de protestation sur le terrain. Les moments de forte mobilisation dans la rue ont coïncidé avec les messages royalistes plutôt qu’ils n’en ont résulté. La contrainte essentielle n’est pas l’exposition mais la capacité. Le royalisme ne dispose ni d’un réseau interne discipliné à l’intérieur de l’Iran, ni de logistiques domestiques protégées, ni de structures de commandement et de contrôle, ni d’un quelconque bouclier coercitif ou protecteur. Il peut esquisser des aspirations et fournir un cadrage rhétorique à l’étranger, mais il n’apporte pas l’appareil organisationnel nécessaire pour convertir une dissidence épisodique en levier politique durable. En ce sens, il demeure un courant symbolique plutôt qu’une force opérationnelle et n’altère pas matériellement l’équilibre du cycle de contestation.

D’autres courants de l’opposition font face à une contrainte différente, plus corrosive encore. Les Moudjahidine du peuple (MEK) et les groupes d’opposition kurdes opèrent sous un soupçon persistant de liens extérieurs — en partie enraciné dans des histoires contestées de contacts avec l’étranger et systématiquement instrumentalisé par l’État comme outil de délégitimation et de répression. Il existe une part de vérité dans cet ensemble d’allégations : certains segments de l’opposition iranienne ont, au fil du temps, croisé des agendas de renseignement étrangers, notamment dans le cadre d’actions clandestines contre le programme nucléaire iranien.

Cette dynamique a été renforcée lors de la phase initiale de la récente guerre de douze jours, lorsque les services israéliens auraient eu recours à des actifs non iraniens à l’intérieur du pays — y compris des réseaux de réfugiés afghans — pour des missions précoces de reconnaissance, de logistique et de ciblage. L’importance de ce recours tenait moins à son ampleur qu’à sa portée symbolique : il a confirmé, aux yeux des services de sécurité iraniens, que l’agitation crée un « terrain humain » exploitable. Les services étrangers notamment israéliens dans l’exploitation du contexte intérieur iranien sont prêts à piéger et diviser l’opposition iranienne via des intermédiaires vulnérables.

Disidence ou infiltration

La circulation de ces informations fournit à Téhéran un récit clé en main qui requalifie la dissidence en infiltration et la protestation en une alliance avec le sionisme. L’effet est politique plutôt que juridique : le coût de la participation augmente pour les hésitants, la formation de coalitions transversales est dissuadée et l’escalade devient plus aisée sans unification de la société contre l’État.

C’est pourquoi les analogies avec 1979, dépouillées de leur contexte institutionnel, induisent en erreur. La fin de l’ère du Shah se caractérisait par un écosystème d’opposition d’un ordre radicalement différent. Les dissidents iraniens opéraient alors dans un environnement régional permissif offrant formation, financement, armes et sanctuaires. Beaucoup avaient reçu une formation militante dans des camps palestiniens au Liban, acquérant discipline organisationnelle, savoir-faire clandestin et réseaux capables de survivre à la répression, tandis que le soutien financier et logistique affluait d’États régionaux hostiles, au premier rang desquels la Libye de Mouammar Kadhafi. Ce parrainage extérieur comptait autant que l’idéologie. Il permettait aux forces d’opposition d’absorber les arrestations, de remplacer les cadres et de maintenir une continuité dans le temps.

Cette base militante  a été renforcée par les réseaux du Bazar, une ossature cléricale et industrieuses, produisant des grèves durables et une paralysie nationale. L’opposition actuelle est plus bruyante sur les réseaux sociaux et plus visible dans la politique d’exil, mais plus mince en infrastructures domestiques, plus fragmentée idéologiquement et confrontée à un État de surveillance qui a passé des décennies à apprendre comment perturber précisément ce type d’organisation. La différence tient à la capacité.

Un appareil répressif atteint

La variable la plus déterminante aujourd’hui se situe au sein même de l’appareil coercitif de l’État. L’élite sécuritaire iranienne a été à plusieurs reprises désorganisée ces dernières années, à commencer par l’assassinat de Qassem Soleimani, suivi de la perte de plusieurs généraux de premier rang et de commandants opérationnels seniors après le 7 octobre et durant la guerre de douze jours qui a suivi.

L’enjeu de ces décapitations n’est pas que le système ne puisse plus réprimer — il le peut manifestement —, mais que des remplacements successifs aient érodé la mémoire institutionnelle au sommet. La nouvelle couche de commandement est moins aguerrie dans la gestion des arbitrages délicats entre coercition calibrée, séquençage politique et contrôle du renseignement, ce qui accroît le risque de sur-réaction brutale, de mauvais timing et d’erreurs stratégiques sous pression.

Une question encore peu explorée est celle d’une transformation qualitative de l’appareil coercitif depuis les années Ahmadinejad, lorsque le Corps des gardiens de la révolution islamique est passé d’une institution principalement idéologico-militaire à un vaste conglomérat corporatif. L’insertion profonde des Gardiens dans la construction, l’énergie, les télécommunications, la logistique et la finance a généré d’immenses richesses et les a enchâssés dans l’économie politique iranienne. Cette corporatisation a apporté corruption, recherche de rente et insulation des élites — des conditions qui, historiquement, tendent à adoucir la violence révolutionnaire plutôt qu’à l’intensifier. La question n’est pas de savoir si les Gardiens et le Bassidj restent capables de verser le sang, mais si l’enrichissement prolongé a émoussé leur disposition à soutenir une brutalité généralisée.

Un controle social amoindri

Un indicateur possible de ce virage d’une partie du pouvoir réside dans l’application de plus en plus permissive du contrôle social, visible surtout dans l’effondrement des normes de port obligatoire du voile. En moins de deux ans, on estime qu’environ un tiers des Iraniennes ont cessé de se conformer aux règles du hijab, souvent en public et sans conséquence immédiate. Ce qui a émergé ressemble à un arrangement tacite de type « ne pas demander, ne pas dire » : les règles formelles demeurent, mais leur application est sélectivement suspendue. Cette tolérance, peut-être conçue comme une soupape de décompression, a produit des effets de second ordre. Chez les jeunes Iraniens en particulier, le retrait de l’État dans un domaine aussi sensible semble favoriser une propension plus large à tester les limites.

Les pressions étrangères compliquent encore ce fragile équilibre. On ignore dans quelle mesure les États-Unis entendent intervenir sur les plans rhétorique et économique. Une telle intrusion renforcerait-elle ou affaiblirait-elle l’un ou l’autre camp? Historiquement, les menaces explicites ou les soutiens américains ont plutôt consolidé la cohésion du régime plus qu’ils ne l’ont fracturée sous la bannière convenue mais efficace de la défense de la Nation iranienne

Une Monarchie mémorielle, sans plus

Parallèlement, le centre symbolique de l’opposition demeure faible. Le fils du Shah, Reza Pahlavi, qu’il aspire ou non à un trône, ne dispose ni du charisme, ni de la profondeur organisationnelle, ni de l’appui coercitif nécessaires pour vaincre un État sécuritaire aguerri. Les rencontres de haut niveau à l’étranger peuvent susciter l’attention médiatique, sans plus. La monarchie mobilise la mémoire, non l’élan.

Dans quelle mesure le régime continue de croire à sa propre propagande? La rhétorique révolutionnaire coexiste avec le discours gestionnaire d’une classe dirigeante qui a fait main basse sur l’État. Le fait est que le Guide suprême, l’establishment clérical et l’élite sécuritaire mobilisent encore ces récits datés. Jusqu’où sont-ils prêts à aller lorsque la pression s’intensifiera? Les régimes qui ne croient plus à leurs propres mythes tendent à devenir à la fois cyniques et dangereux, oscillant entre une feinte retenue face à la contestation et des violences soudaines.

La coupure des communications n’est pas une simple mesure répressive. Le régime iranien part du principe que l’agitation est exploitée par des services de renseignement hostiles et répond en isolant la population, en la divisant et en privilégiant la prévention plutôt que la négociation avec des interlocuteurs decenus de ce fait légitimes. Cette posture peut étouffer la contestation, à condition d’apprécier le moment désormais proche où la soldatesque ne doit plus tirer sur une foule hostile mais divisée. 

L’épreuve de l’hiver iranien n’est donc pas une question binaire de chute ou de survie. Le système confronté à des pressions durables peut-il gérer la dissidence sans basculer dans une instabilité chronique? Une certitude, les Mollahs assiégés voit leur marge de manoeuvre se rétrécir. À moins de passer le relais à un dispositif militaire plus conciliant avec l’Occident et moins intrusif dans la vie quotidienne des Iranieen(ne)s pour sauver les meubles.

 

 

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Série Sénégal (1/2), un Président conciliant mais intransigeant https://mondafrique.com/a-la-une/serie-senegal-1-2-un-president-conciliant-mais-intransigeant/ https://mondafrique.com/a-la-une/serie-senegal-1-2-un-president-conciliant-mais-intransigeant/#respond Tue, 13 Jan 2026 05:50:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145072 Navigant en pleine tempête, attaqué de toutes parts y compris par son propre camp, le président Bassirou Diomaye Diakhar Faye reste imperturbable. D’une sérénité et d’un calme déconcertants,  il temporise, fixe les règles et impose son propre rythme, même à son Premier ministre et ami Ousmane Sonko, habitué à dicter ses conditions au Landerneau politique. […]

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Navigant en pleine tempête, attaqué de toutes parts y compris par son propre camp, le président Bassirou Diomaye Diakhar Faye reste imperturbable. D’une sérénité et d’un calme déconcertants,  il temporise, fixe les règles et impose son propre rythme, même à son Premier ministre et ami Ousmane Sonko, habitué à dicter ses conditions au Landerneau politique.

Par Mor Amar

L’image est terrible. Elle montre un Président presque seul, boudé par les principaux responsables de sa famille politique, à l’occasion de la première projection du film documentaire qui retrace son parcours sur le chemin du pouvoir : De la Prison au Palais, d’Abdou Karim Ndoye. « J’ai vraiment eu de la peine pour lui. La salle était à moitié vide. Chez les responsables du parti, il y avait juste les membres de son cabinet, le ministre de la Culture, celui de la Jeunesse, le président de l’Assemblée nationale», confie un participant à l’événement, qui s’est tenu le 12 décembre à Dakar, au Sea Plazza.     

Mais l’absence la plus remarquable, la plus commentée, c’est celle du Premier ministre Ousmane Sonko. Si ce dernier s’est emmuré dans un silence assourdissant, se gardant de tout commentaire sur le film, ses partisans, eux, n’ont pas caché leur mécontentement, certains n’hésitant pas à parler de « falsification » de l’histoire. Fidèle parmi les fidèles du Premier ministre, le député Cheikh Bara Ndiaye accuse, ironique : « D’habitude, les chefs de bandits meurent à la fin du film. Mais ce chef, lui, il est sorti à la fin du film et refuse de mourir ; on veut nous l’imposer comme le héros de l’histoire. » 

Diomaye n’est plus Sonko. Diomaye, c’est Diomaye

Nous sommes loin de l’époque où Sonko était Diomaye. Plus qu’un slogan, cette affirmation était, pourtant, une réalité pour tous ceux qui connaissent la relation quasi fusionnelle entre les deux hommes. Ils sont tous les deux juristes de formation et ont tous les deux rejoint l’École nationale d’administration après avoir obtenu leur maîtrise dans des universités différentes, à des périodes différentes. Le cadet, Diomaye, a retrouvé son « frère » Ousmane au sein de l’administration fiscale en 2006 et il est devenu l’un de ses meilleurs amis.      

La même année, une mutation se produit dans cette administration. Un syndicat vient d’être porté sur les fonts baptismaux par la bande d’Ousmane Sonko qui en devient le premier secrétaire général. Diomaye en prendra les rênes vers 2018, à la suite de Waly Diouf Bodiang, l’actuel directeur général du Port autonome de Dakar.   

En 2014, la bande crée le parti Pastef (Patriotes du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité, devenu par la suite Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité). Ousmane Sonko en est le premier président et la figure emblématique, Diomaye l’un des architectes et idéologues, homme de l’ombre auquel le leader confie la plupart des missions délicates et complexes.

Cette complicité dans la vie politique et professionnelle s’est aussi prolongée dans la vie privée des deux responsables. Marié à deux épouses et père de quatre enfants, Bassirou Diomaye Faye a donné le nom d’un de ses garçons à Ousmane Sonko, alors que la fille qu’il a baptisée pendant qu’il était président de la République porte le nom de la mère du président de Pastef.   

Au-delà de la confiance de Sonko

Portrait craché d’Ousmane Sonko du point de vue du style et du discours, Bassirou Diomaye Faye ne bénéficiait pas seulement de la confiance de son mentor. Il avait aussi le soutien de la base affective de Pastef. Même si, statutairement, l’actuel ministre du Pétrole, des Mines et de la Géologie, Birame Souleye Diop, a toujours été numéro 02 du parti, Diomaye était de fait le second de Sonko, le préféré des militants et des sympathisants, en raison de sa pertinence, de sa constance, mais surtout de son courage et de sa proximité avec leur leader. Ces aspects ont été décisifs lors de la désignation par le Pastef de Diomaye Faye comme candidat à la présidentielle de 2024. Ce dernier était alors soutenu par des franges importantes du parti, malgré des désaccords internes et, peut-être, une certaine réticence d’Ousmane Sonko, éliminé de la course par ses déboires judiciaires. 

Lors de la première conférence de presse à leur sortie de prison, les deux hommes sont revenus sur ces divergences qui ne les ont jamais vraiment séparés. Ousmane Sonko : « Un jour, je discutais avec Diomaye et Birame Souleye chez moi. À l’époque, la répression était inouïe. A un moment je leur ai dit : ‘je le jure, si jamais nous prenons le pouvoir, ces gens vont voir’…» Diomaye le coupe et lui dit : « non président. Si nous prenons le pouvoir, il n’y aura ni chasse aux sorcières ni vengeance, il y aura justice.» À la veille de leur sortie de prison, rapporte Ousmane Sonko, il a interpellé Diomaye sur le même sujet, mais la réponse de ce dernier n’a pas varié.   

Un duo rattrapé par des divergences anciennes

Pour sa part, Bassirou Diomaye Faye avait révélé qu’en réalité, sur beaucoup de questions, les deux hommes ont des points de vue différents. Sur un air taquin mais empreint de sincérité, il avait dit : « …Président vous m’avez demandé de ne pas parler d’Amadou Ba (candidat de la majorité sortante). Mais comme généralement vous me dites que je suis têtu, et qu’on n’est jamais d’accord, même si nous sommes toujours ensemble (rires), il faut que je vous complète….. »

Diomaye Faye recevant les voeux de son Premier ministre Ousmane Sonko, le 2 janvier. (Photo page Facebook de la Présidence du Sénégal.)

Aujourd’hui encore, les désaccords refont surface avec, notamment, le traitement des affaires judiciaires. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase de colère du Premier ministre, c’est son nouveau revers contre l’ancien ministre de Macky Sall Mame Mbaye Niang, dans la plainte pour diffamation qui l’avait empêché d’être candidat.

À la suite du rejet du rabat d’arrêt qu’il avait déposé, le Premier ministre a non seulement accusé les magistrats d’être corrompus mais il s’en est pris vigoureusement au président de la République qui manquerait, selon lui, d’autorité.     

La contradiction originelle ou principale

Réputé moins spontané, plus froid et calme dans les prises de parole et de décision, Diomaye prendra prétexte de la réception des conclusions du dialogue national sur le système politique pour répondre aux attaques. Il souligne alors qu’il a passé onze mois en prison pour avoir critiqué l’instrumentalisation de la justice par l’exécutif et qu’il ne veut donc pas reproduire les mêmes méthodes. « Quand on veut la justice, il faut la libérer. (…) Cela ne veut pas dire laisser les juges faire ce qu’ils veulent, mais nous ne pouvons nous permettre de faire la même chose que nos prédécesseurs. »    

C’était le premier clash direct et ouvert entre le président de la République et son Premier ministre. Pour beaucoup, c’est aussi la contradiction principale entre les deux têtes de l’exécutif sénégalais. Le premier a démissionné de ses responsabilités au sein du parti et s’engage à se placer au dessus de la mêlée ; le second prône la prééminence du parti sur l’État et n’hésite jamais à monter au créneau pour critiquer les décisions de justice et mettre la pression sur les magistrats et les fonctionnaires. 

Cette contradiction dans la gestion des affaires judiciaires a précipité l’émergence d’autres contradictions, en particulier politiques. Les élections territoriales, prévues en janvier 2027, s’annoncent ainsi palpitantes au sein de la majorité présidentielle, d’autant plus que même s’il a démissionné des instances, le Président continue de s’impliquer.       

2029 : une bataille avant l’heure

Souvent accusé de s’éloigner du parti qui l’a porté aux affaires, Diomaye apparaît plutôt, à la lumière des faits, comme un stratège qui continue de tisser sa toile à l’intérieur même du parti. Dans toutes ses sorties, à l’intérieur comme en dehors du pays, il rencontre les militants, aborde avec eux les questions politiques comme la préparation des élections locales à venir, leur prodigue des conseils, notamment pour désigner leurs candidats le plus tôt possible, confiait le chef de cabinet du Président, Ousmane Barro, lors d’une émission sur la web TV Seneweb.  

Il faut noter que si Ousmane Sonko reste le leader emblématique, Diomaye a été pendant longtemps au cœur de la vie du parti, le trait d’union entre la base et le sommet. Élu président de la République, il a nommé tous les coordinateurs départementaux pour en faire des chargés de mission.  

Né le 25 mars 1980 dans une grande famille politique, d’un grand-père et d’un père socialistes (parti de Léopold Sédar Senghor et d’Abdou Diouf qui a régné sur le Sénégal de l’indépendance, en 1960, jusqu’en 2000), l’actuel Président a, pendant longtemps, refusé de s’engager en politique. Mais il a finalement été rattrapé par le virus. 

Très coriace dans l’adversité, il sait aussi être très conciliant et capable de dépassement. Au plus fort de la crise, il prenait parfois, seul, des initiatives de médiation avec le pouvoir de Macky Sall. Dans un parti Pastef où la seule constance reste Ousmane Sonko, il lui est même arrivé de contacter le fils de l’ancien président pour tenter de négocier une sortie de crise.

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Emmanuel Macron ou l’art de transformer ses échecs en réussites https://mondafrique.com/politique/emmanuel-macron-ou-lart-de-transformer-ses-echecs-en-reussites/ https://mondafrique.com/politique/emmanuel-macron-ou-lart-de-transformer-ses-echecs-en-reussites/#respond Mon, 12 Jan 2026 05:29:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145160 Le 8 janvier, le président français a livré son discours annuel de politique étrangère. Cet exercice, censé éclairer la ligne diplomatique de la France dans un monde en proie à de multiples crises, s’est transformé en un long monologue d’autosatisfaction. Que retenir de ses propos bavards et décousus ? Par Leslie Varenne Avant-dernière conférence devant les ambassadeurs […]

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Le 8 janvier, le président français a livré son discours annuel de politique étrangère. Cet exercice, censé éclairer la ligne diplomatique de la France dans un monde en proie à de multiples crises, s’est transformé en un long monologue d’autosatisfaction. Que retenir de ses propos bavards et décousus ?

Par Leslie Varenne

Avant-dernière conférence devant les ambassadeurs avant la fin de son second quinquennat, ce discours ne restera pas dans les annales de la Ve République. Dès l’entame, Emmanuel Macron a prévenu : « ceci n’est pas un discours, et ceci a vocation à être très court, en tout cas beaucoup plus court que les années précédentes ». Le locataire de l’Élysée a pourtant parlé pendant quarante-sept minutes. Quarante-sept minutes au cours desquelles il a empilé les thèmes de manière brouillonne, fidèle à un style désormais bien connu, curieux mélange de jargon technocratique et de formules familières. Mais en guise de feuille de route pour les diplomates français, le chef de l’État s’est surtout livré à un service après-vente, vantant les mérites de sa politique étrangère quitte à prendre quelques libertés avec l’histoire.

S’agissant de l’Afrique, Emmanuel Macron a évoqué « la solidité de l’amitié avec l’Égypte » et la « remontada formidable de notre diplomatie avec le Maroc ». Le recours à un vocabulaire sportif, peu approprié à un auditoire de diplomates, prête à sourire. Il faut néanmoins reconnaître que la relation avec le Royaume avait atteint un point historiquement bas. L’Algérie, en revanche, n’a pas été citée, illustrant la volonté du locataire de l’Élysée d’évacuer les sujets qui fâchent.

« Amenons ceux qui ont faim »

Puis, le chef de l’État déclare avoir « complètement changé le logiciel » depuis Ouagadougou, tout en recyclant les mêmes thèmes qu’il égrène depuis le début de son premier quinquennat : partenariat « d’égal à égal », « jeunesse », « diasporas », « entrepreneuriat ». Vient alors le chapitre économique, au cours duquel Emmanuel Macron déplore que « trop de nos groupes se sont désinvestis du continent », alors même que, selon lui, « nous avons complètement réinventé la relation diplomatique pour la rendre plus intelligible ». Il en tire une conclusion pour le moins déroutante : « J’ai demandé là-dessus au ministre de vraiment revoir les choses en profondeur et, au fond, amenons des groupes français de plus en plus nombreux en Afrique, mais amenons ceux qui ont faim. Ceux qui ne se comportent pas bien et ceux qui n’ont pas faim, il ne faut plus les emmener. » La formule d’une brutalité assumée ou d’une maladresse sidérante, au choix, évacue d’un revers de main les contraintes économiques, juridiques et politiques qui ont conduit au désengagement des entreprises françaises ; pire encore, elle leur fait porter la responsabilité des échecs de la diplomatie française. L’État se poserait-il en juge, chargé de trier le bon grain de l’ivraie ?

Enfin vient le passage le plus intéressant pour les Africains comme pour les observateurs attentifs du continent : « On a revu, et on a eu raison de le faire, nos bases militaires. Ça a été vu comme un abandon. Détrompez-vous. On a fait avec constance les choses. On a rééquilibré le partenariat. On a enlevé la composante militaire qui n’était plus comprise par les pays et les jeunesses. On a rebâti un partenariat militaire qui est pertinent et qui a montré sa force et sa pertinence au Bénin et qu’on est en train de construire avec plusieurs autres pays. »

Fenêtre béninoise 

Ces quelques phrases elliptiques valent leur pesant d’or et pourraient se résumer ainsi : « nous sommes partis par la porte, nous revenons par la fenêtre ». Tout ce passage illustre, presque jusqu’à la caricature, la manière dont Emmanuel Macron réécrit l’histoire à son avantage, en transformant des échecs subis en choix éclairés.

Lorsqu’il affirme que « la composante militaire n’était plus comprise par les pays et les jeunesses », il évacue toute analyse des rejets, des expulsions et des ruptures diplomatiques. Quant à la référence au Bénin, présentée comme la preuve qu’« on a rebâti un partenariat militaire pertinent », elle interpelle. Car,  il ne parlait pas ici de coopération antiterroriste, mais de l’intervention discrète de forces spéciales pour faire échouer un coup d’État et garantir le maintien au pouvoir d’un président. Le « changement de logiciel » ne relève donc pas d’un renouveau, mais bien d’un retour en arrière, à une époque où la France se posait en gendarme du continent. En Afrique comme ailleurs, le Président ne change pas de logiciel : il transforme ses déboires en stratégies et ses naufrages en performances.

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Centrafrique : chronique d’un scrutin volé https://mondafrique.com/a-la-une/centrafrique-chronique-dun-scrutin-vole/ Sat, 10 Jan 2026 05:29:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145045 Le candidat de l’opposition Anicet-Georges Dologuélé, largement battu à la présidentielle centrafricaine du 28 décembre, dénonce des résultats provisoires frauduleux.  Par la rédaction de Mondafrique Peu après la proclamation controversée des résultats provisoires de la présidentielle du 28 décembre 2025, le candidat de l’opposition Anicet-Georges Dologuélé est sorti de son silence. Mercredi 7 janvier, lors […]

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Le candidat de l’opposition Anicet-Georges Dologuélé, largement battu à la présidentielle centrafricaine du 28 décembre, dénonce des résultats provisoires frauduleux. 

Par la rédaction de Mondafrique

Peu après la proclamation controversée des résultats provisoires de la présidentielle du 28 décembre 2025, le candidat de l’opposition Anicet-Georges Dologuélé est sorti de son silence. Mercredi 7 janvier, lors d’une conférence de presse à Bangui, le leader de l’Union pour le Renouveau Centrafricain (URCA) a livré une déclaration d’une gravité rare : il rejette catégoriquement les résultats annoncés par l’Autorité nationale des élections (ANE) et dénonce une “confiscation du suffrage populaire orchestrée par le pouvoir en place”.

Anicet-Georges Dologuélé lors d’une conférence de presse à Bangui le 7 janvier 2026.

“Ce que l’ANE appelle des résultats provisoires n’est pas le reflet du vote du peuple, mais le produit d’une fraude massive, organisée, méthodique et couverte par l’ANE elle-même”, a-t-il déclaré devant une presse attentive et visiblement troublée. Dologuélé conteste la victoire du président sortant, proclamé réélu dès le premier tour avec 76,15%, contre seulement 14,66% en sa faveur.

Une proclamation nocturne, symbole d’un régime verrouillé

Le 5 janvier, l’ANE a choisi l’heure du secret, à minuit, pour proclamer ces résultats, sans concertation, ni représentant de l’opposition ni observateur neutre. “Je n’ai pas été invité à cette cérémonie de l’entre-soi”, a révélé l’ancien Premier ministre. Le décor d’une fraude organisée semblait déjà planté : résultats publiés à des heures improbables, portions entières du territoire — dont la région de Yadé — ignorées, et déclarations chiffrées déconnectées de la réalité observée dans les bureaux de vote.

La liesse du président sortant (au premier plan, en blanc, de face) lors de la proclamation des résultats provisoires (Photo page Facebook de Renaissance).

Pendant les 24 heures de silence qu’il s’est imposé après la proclamation, Dologuélé dit avoir pris le pouls du pays : “Aucune joie, aucune célébration, seulement de la colère, de la tristesse et un profond sentiment de trahison.” Pour ajouter à la confusion, trois de ses agents de sécurité ont été interpellés après une altercation avec des membres du Groupement de la sécurité présidentielle la nuit de la proclamation des résultats. 

Une fraude institutionnalisée

Dans un réquisitoire détaillé, Dologuélé a dressé un tableau accablant des irrégularités qui, selon lui, ont entaché tout le scrutin du 28 décembre. Il évoque d’abord les listes électorales gonflées d’inscrits fictifs et de doublons massifs dès la phase d’enrôlement, puis dénonce les bourrages d’urnes, les falsifications de procès-verbaux et les manipulations flagrantes sur le terrain. À cela s’ajoute, selon lui, le refus systématique opposé aux représentants des candidats réclamant les copies des résultats, en violation ouverte de l’article 87 du Code électoral, ainsi que les “redressements arbitraires” opérés lors de la centralisation des votes, qui auraient définitivement faussé la sincérité du scrutin.

“Nous sommes face à la nullité du scrutin”, a tranché Dologuélé, rappelant que le président de l’ANE lui-même avait reconnu la violation de plusieurs procédures dans un communiqué du 29 décembre. Ce processus “vicié de bout en bout” révèle la soumission ouverte de l’ANE aux ordres du pouvoir exécutif, a martelé l’opposant: “L’ANE a failli. L’ANE a trahi. Elle a choisi son camp.”

Un appel à la résistance civique

Accusant l’ANE d’avoir “planifié et couvert la fraude au profit exclusif du candidat du pouvoir”, Dologuélé annonce la saisine du Conseil constitutionnel pour demander soit l’annulation intégrale du scrutin, soit la vérité des urnes par un recomptage national. “Notre combat est clair : nous exigerons ou la vérité des urnes, ou son annulation pure et simple.” L’opposant se veut à la fois déterminé et lucide. “On m’avait dit de ne pas participer, car tout était joué. Mais je ne pouvais pas abandonner six millions de Centrafricains dans la misère et sous une dictature qui se durcit.

Au-delà du contentieux électoral, c’est la survie même du pluralisme politique qui semble en jeu. Dologuélé fait appel à l’honneur des institutions : “J’ai confiance dans certains cadres du Conseil constitutionnel. Ils m’ont jadis prouvé leur indépendance. J’ose espérer qu’ils n’ont pas changé.” Et de conclure, dans un ton solennel qui tranche avec la peur ambiante : “Nous ne céderons pas. Nous ne nous tairons pas. Parce que la démocratie ne se proclame pas. Elle se respecte.”

Les résultats définitifs officiels de la présidentielle doivent être proclamés le 20 janvier. 

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Au Mali, des alliances contre nature mais porteuses https://mondafrique.com/politique/au-mali-des-alliances-contre-nature-mais-porteuses/ Fri, 09 Jan 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=144951 Dans le cadre de ce qui apparaît comme une vaste tentative de recomposition destinée à renverser les militaires au pouvoir à Bamako, des acteurs politiques et militaires de divers horizons se rapprochent. Par Batomah Sissoko  et Adama Dramé Le Front de libération de l’Azawad (FLA) de l’indépendantiste Bilal Ag Chérif en passe de s’allier officiellement […]

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Dans le cadre de ce qui apparaît comme une vaste tentative de recomposition destinée à renverser les militaires au pouvoir à Bamako, des acteurs politiques et militaires de divers horizons se rapprochent.

Par Batomah Sissoko  et Adama Dramé

Le Front de libération de l’Azawad (FLA) de l’indépendantiste Bilal Ag Chérif en passe de s’allier officiellement à la branche sahélienne d’Al Qaïda commandée par Iyad Ag Ghali, et déjà très avancé dans des discussions avec le gouvernement en exil de l’ancien magistrat Chérif Koné ; la Coalition des Forces pour la République (CFR) de l’imam Mahmoud Dicko ratissant largement au sein de la classe politique malienne et bénéficiant d’une sympathie certaine au niveau international, à travers un scénario à la syrienne… Cela fait beaucoup de fronts pour un régime militaire désormais acculé et fragilisé par d’interminables crises.

La Coalition des forces pour la République (CFR), rappelons-le, est un mouvement politique mis en place par plusieurs représentants de l’opposition malienne en exil et dont Mahmoud Dicko, exilé à Alger depuis deux ans, a été désigné comme le « référent républicain » selon l’universitaire Etienne Fagaba Sissoko, contraint, lui aussi, à l’exil après plusieurs séjours en prison, dont le dernier d’un an après la publication en 2024 d’un livre très critique contre le régime militaire au pouvoir.

Au regard des alliances qui se présentent désormais, une nouvelle configuration politico-militaire est en train de se dessiner au Mali.

Des rapprochements inédits

C’est ainsi que le gouvernement en exil dirigé par Cherif Koné n’a pas fait mystère de ses amitiés avec le Front de Libération de l’Azawad (FLA) avec lequel il compte désormais cheminer. Au même moment, sur le terrain militaire, le FLA et le Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM) mènent des opérations conjointes contre les forces armées maliennes. Il s’agit d’une alliance de facto dont l’origine remonte aussi loin que la création des mouvements insurrectionnels dans cette partie du pays.

En marge de l’association des deux groupes armés avec le gouvernement en exil, se dessine également le rapprochement avec la coalition dirigée par le très influent Mahmoud Dicko qui en serait « l’autorité morale », comme il l’avait été au sein du M5 RFP, l’opposition hétéroclite d’enfer qui balaya le régime corrompu d’Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) en août 2020, avant de voir sa « révolution » récupérée par une junte militaire et tous ses ténors condamnés soit à la prison, soit à l’exil, soit au musèlement forcé avec la dissolution des partis politiques proclamée en mai 2025.

La Coalition des Forces pour la République conduite par Dicko, qui se considère comme une force de résistance politique au régime de Bamako, n’a qu’un seul objectif : la conquête du pouvoir avec le concours de la coalition armée GSIM-FLA.

Une bonne et  une mauvaise nouvelle pour Bamako

D’abord, la bonne.

Aucune des quatre organisations citées plus haut (FLA, gouvernement en exil, GSIM et CFR) n’évoque désormais une sécession. Même le FLA semble avoir abandonné cette exigence.

La mauvaise : toutes exigent le changement à travers le retour à l’ordre constitutionnel. Ce qui leur vaut le soutien des pays occidentaux ainsi que des voisins de la Communauté économique d’Afrique de l’Ouest et surtout, d’une partie non négligeable de la population malienne excédée. 

Il faut dire que les trois gouvernements militaires de l’Alliance des États du Sahel, au regard de leurs intransigeance et de leurs penchants autoritaires, de l’instabilité qu’ils ont provoquée et de leur gouvernance chaotique, sont loin de faire l’unanimité. On ne peut dès lors écarter une évolution vers un ensemble politique dont le GSIM et le FLA deviendraient la branche armée, ayant pour but de s’imposer en cas de vacance du pouvoir, ce que n’ont justement pas fait, en 2020, « les tombeurs » d’IBK.

Contre nature

Mais les entités évoquées ont-elles les moyens de leur politique ? Difficile de le dire, les acteurs se gardant pour l’instant de rendre publics leurs programmes…

Pour autant, la gestion chaotique et la gouvernance approximative des autorités de la transition, les interminables pénuries (carburant, électricité…), l’insécurité, les règlements de comptes et les arrestations massives au sein même de l’armée, des décisions de justice contestées, la corruption, le pillage du Trésor public, le musèlement de la presse, l’interdiction des partis politiques et l’incarcération de toutes les voix discordantes ouvrent un boulevard au regroupement hétéroclite qui aspire désormais à prendre le pouvoir à Bamako.

La nouvelle coalition contre-nature jouira-t-elle de l’adhésion populaire ? Rien n’est moins sûr ! Les Maliens sont rétifs à toute partition ou installation d’une république islamique dans  leur pays. Or, ce sont là les objectifs très clairs des irrédentistes du FLA et des djihadistes du GSIM, du moins à long terme.

« La chèvre et la sauce »

L’échec de l’équipe dirigeante actuelle à juguler l’insécurité, l’injustice et la corruption est malheureusement un bon prétexte pour ses ennemis tapis dans l’ombre.

Nos oncles bambanas ne disent-ils pas qu’il faut bien que périsse la chèvre de l’un pour que la sauce de l’autre soit succulente ?

 

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Guinée, l’élection qui fait vaciller le pouvoir https://mondafrique.com/politique/guinee-lelection-qui-fait-vaciller-le-pouvoir/ Thu, 08 Jan 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=144900 Dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, le dernier trimestre de l’année 2025 aura acté un recul démocratique inquiétant. En Guinée, cette dérive a atteint son point de rupture. L’élection présidentielle du 28 décembre 2025 n’était qu’un jeu de bonneteau qui aurait dû permettre à Mamadi Doumbouya de passer du statut de putschiste à celui de […]

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Dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, le dernier trimestre de l’année 2025 aura acté un recul démocratique inquiétant. En Guinée, cette dérive a atteint son point de rupture. L’élection présidentielle du 28 décembre 2025 n’était qu’un jeu de bonneteau qui aurait dû permettre à Mamadi Doumbouya de passer du statut de putschiste à celui de président élu. Mais au lieu de verrouiller son pouvoir, ce scrutin en a révélé les failles et a ouvert une période d’incertitude et de turbulences.

Par Leslie Varenne 

Pour dresser le bilan de l’état de la démocratie en Afrique de l’Ouest et des jeux à géométrie variable de la Communauté des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), il suffit de revenir sur les événements des trois derniers mois. En octobre, l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire a marqué le retour du parti unique, avec un scrutin dépourvu de véritable compétition politique. La Cedeao a félicité le peuple ivoirien pour « le déroulement pacifique de ce scrutin », même si au moins 27 morts ont été enregistrés. En novembre, en Guinée-Bissau, le président sortant Umaro Sissoco Embaló, mécontent des résultats, a orchestré son propre coup d’État pour permettre à son clan de garder les clés du pouvoir. L’institution a menacé sans agir, faisant fi du résultat des urnes. En décembre, une tentative de putsch au Bénin a fissuré l’image d’exception démocratique que le pays cultivait depuis des décennies. Une fois n’est pas coutume, la Cedeao a réagi promptement en envoyant des troupes pour protéger la présidence de Patrice Talon. Enfin, en Guinée, l’ersatz d’élection présidentielle a été salué pour son taux de participation autour de 80%, alors même que, selon tous les témoignages recueillis, les bureaux de vote étaient quasi déserts.

Une élection au son du canon

Mais l’organisation sous-régionale s’est surpassée avec l’une de ses déclarations les plus incongrues. Après le scrutin du 28 décembre, sa mission sur le terrain a en effet rapporté « l’absence d’incidents majeurs ». Pourtant, la veille, des tirs avaient secoué la capitale. Entre 4 heures et 7 heures du matin, les forces spéciales, unité d’élite au service de Mamadi Doumbouya, ont tenté de neutraliser un groupe de militaires accusés « d’intentions subversives » et « d’insubordination » qui se cachait dans le quartier de Sonfonia. Mais le colonel et ses acolytes ont refusé de se rendre et ont riposté. Selon la presse guinéenne, il y aurait eu au moins quatre morts. D’après d’autres sources sécuritaires, le nombre de forces spéciales tuées lors de ces combats serait beaucoup plus important. En outre, les tirs ont terrorisé la population pendant des heures et des civils sont décédés de balles perdues. Le bilan exact reste, à cette heure, inconnu. Quant aux officiers recherchés, ils ont réussi à s’enfuir.

Présentation des vœux du gouvernement au président Mamadou Doumbouya, le 6 janvier 2026. (Présidence de la République de Guinée.)

L’élection présidentielle s’est donc déroulée dans une capitale entièrement quadrillée par l’armée et ses blindés. Cet « incident » est majeur. Il révèle la véritable situation du pays, avec une armée profondément divisée et un pouvoir paranoïaque. Tous ceux – journalistes, artistes, militaires, militants politiques ou associatifs – soupçonnés, à tort ou à raison, de vouloir la fin du règne de Mamadi Doumbouya sont pourchassés et emprisonnés.

Tristes tropiques

Sa peur d’être renversé est telle que le locataire du palais de Sékhoutouréya ne se déplace jamais sans une armada de forces spéciales, seuls hommes en treillis à bénéficier de sa confiance. Ses sorties se font d’ailleurs de plus en plus rares. Mamadi Doumbouya n’a participé à aucun meeting ni aucun débat lors de la campagne électorale, où il n’affrontait que des figurants. Seuls les membres de son gouvernement se sont rendus sur le terrain. Il n’est apparu qu’une seule fois, le 25 décembre, lors du concert du chanteur congolais Koffi Olomidé. Cette scène, devenue virale sur les réseaux sociaux, restera dans les annales, tant elle illustre la régression démocratique actuelle dans cette partie du monde. Un président sortant sans bilan, sans programme, sans vision, mais balbutiant quelques pas de danse avec son épouse à ses côtés. Une séquence pathétique où les vêtements de sport de marque ont remplacé les broderies et les ors des despotes d’antan. 

Depuis son apparition lors du spectacle de Noël, où il est apparu amaigri et le regard hagard, Mamadi Doumbouya ne s’est plus montré en public. Ni pour commenter les résultats provisoires qui le donnaient vainqueur avec 86,72% des voix, ni pour présenter les traditionnels vœux du 31 décembre. Cette absence prolongée a immédiatement nourri les spéculations.

Le pouvoir à l’épreuve des rumeurs

À Conakry, les rumeurs se sont mises à circuler à la vitesse de l’éclair. Le général-président serait malade, évacué en France. Selon d’autres versions, un hôpital de campagne aurait été installé à son domicile. Plus inquiétant encore, certains évoquent un ultimatum posé par l’armée. Quels que soient leur fondement, ces bruits de couloir, qui traversent toutes les couches de la société guinéenne, disent une chose : le pouvoir est fragile. Le passage du statut de chef de la transition à celui de président de la République n’a rien stabilisé. Au contraire, il a accentué les lignes de faille, au point qu’un simple coup de vent pourrait faire basculer le pays.

Le 4 janvier, la Cour suprême de Guinée a finalement proclamé les résultats définitifs. Mamadi Doumbouya est devenu président de la République. Mais après cette consécration, le nouvel élu se doit de parler. En fin de journée, le chef de l’État est donc apparu sur les écrans de la télévision nationale, lisant sans enthousiasme un court discours de sept minutes sur un prompteur. Le montage, grossier, a produit l’effet inverse de celui recherché. Loin de rassurer, la séquence a ravivé les interrogations. Car derrière ces images figées, une question continue de hanter Conakry : où se cache réellement Mamadi Doumbouya, que cache son silence, qui gouverne le pays ? À suivre…

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