- Mondafrique https://mondafrique.com/politique/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Thu, 26 Feb 2026 21:59:15 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.1 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg - Mondafrique https://mondafrique.com/politique/ 32 32 Le Bénin recherche toujours l’auteur du coup d’État manqué https://mondafrique.com/limage-du-jour/le-benin-recherche-toujours-lauteur-du-coup-detat-manque/ https://mondafrique.com/limage-du-jour/le-benin-recherche-toujours-lauteur-du-coup-detat-manque/#respond Fri, 27 Feb 2026 05:45:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147718 Une forte récompense est promise par l’avis de recherche de la police béninoise en échange d’informations permettant de retrouver neuf personnes, au premier rang desquelles le lieutenant-colonel Pascal Tigri, dans le cadre du coup d’État déjoué au Bénin le 7 décembre dernier. Avec Tigri, qui a servi dans la lutte antiterroriste dans le nord du […]

Cet article Le Bénin recherche toujours l’auteur du coup d’État manqué est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Une forte récompense est promise par l’avis de recherche de la police béninoise en échange d’informations permettant de retrouver neuf personnes, au premier rang desquelles le lieutenant-colonel Pascal Tigri, dans le cadre du coup d’État déjoué au Bénin le 7 décembre dernier.

Avec Tigri, qui a servi dans la lutte antiterroriste dans le nord du Bénin et dans la force des Nations unies au Mali, avant de s’autoproclamer président d’un éphémère « Conseil de la Refondation », on note Sambieni Castro et Samary Ousmane, respectivement capitaine-major et capitaine de l’armée béninoise, considérés comme co-responsables du putsch avorté. On ignore ce qui est reproché aux six autres hommes.

Le coup d’État avait tenu le Bénin en haleine pendant plusieurs heures, et avait été marqué par des tirs à la Présidence de la République, aux abords de la télévision nationale et dans le camp militaire de Togbin, près de l’aéroport de Cotonou. Les affrontements entre les mutins et la garde nationale ont fait plusieurs morts de part et d’autre mais aucun bilan sérieux n’a été rendu public. Beaucoup de détails de l’opération et de la riposte restent encore secrets. 

Appui militaire français et nigérian

Le jour même, Emmanuel Macron a déployé très vite un appui à partir de la base militaire de la France à Abidjan, en Côte d’Ivoire, qui a fourni du renseignement par drones et satellites, une surveillance aérienne et des forces spéciales au sol (intervenues au camp de Togbin) attestant soit de l’importance du Bénin, ami, pour la France, dans le nouveau contexte géopolitique de la région, soit de sa volonté de démontrer, à l’inverse de la situation deux ans plus tôt au Niger, que Paris peut maintenir par la force ses meilleurs alliés. Le président du Nigeria Bola Tinubu a également ordonné des frappes aériennes à Togbin et dans les environs puis un déploiement de troupes d’élite au sol pour procéder à des ratissages. Les deux Présidents disent s’être coordonnés avec la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest bien qu’on ignore sous quelle forme et dans quel cadre précis.  

Très vite, le Bénin et ses alliés ont dit soupçonner le Niger d’être impliqué dans cette opération de subversion, sans fournir de preuves. De son côté, le Niger accuse régulièrement le Bénin et ses alliés français de le déstabiliser à partir de la frontière, via des groupes djihadistes. Toujours est-il que Tigri a été signalé en fuite au Togo d’abord, puis dans un pays de l’Alliance des États du Sahel. Un rôle du Burkina Faso a également été évoqué par les mêmes acteurs. 

 

Cet article Le Bénin recherche toujours l’auteur du coup d’État manqué est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
https://mondafrique.com/limage-du-jour/le-benin-recherche-toujours-lauteur-du-coup-detat-manque/feed/ 0
Chronique d’une drôle de guerre dans le nord du Mali https://mondafrique.com/a-la-une/chronique-dune-drole-de-guerre-dans-le-nord-du-mali/ https://mondafrique.com/a-la-une/chronique-dune-drole-de-guerre-dans-le-nord-du-mali/#respond Thu, 26 Feb 2026 09:13:26 +0000 https://mondafrique.com/?p=147677 Le théâtre du conflit du nord du Mali est peu actif ces dernières semaines. Les hostilités se limitent, du côté des groupes armés rebelles et djihadistes, à des attaques à distance contre les convois de ravitaillement militaires. Sur les itinéraires empruntés par ces derniers, les soldats maliens et leurs alliés russes continuent de commettre des […]

Cet article Chronique d’une drôle de guerre dans le nord du Mali est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Le théâtre du conflit du nord du Mali est peu actif ces dernières semaines. Les hostilités se limitent, du côté des groupes armés rebelles et djihadistes, à des attaques à distance contre les convois de ravitaillement militaires. Sur les itinéraires empruntés par ces derniers, les soldats maliens et leurs alliés russes continuent de commettre des exactions contre les civils.

C’est une guerre sourde. Comme si aucun des belligérants ne tenait à rouvrir les hostilités. Manquant de moyens décisifs pour inverser la situation sur le terrain, soucieux d’économiser leurs hommes ou en attente d’une situation meilleure, les djihadistes d’Iyad Ag Ghali, les forces armées maliennes (FAMA) et leurs supplétifs russes et locaux, de même que les indépendantistes du Front de Libération de l’Azawad (FLA), s’observent davantage qu’ils ne s’affrontent vraiment.

Quelques rares échauffourées sont rapportées – et toujours des exécutions sommaires de civils touareg. Mais ces agissements contre les civils semblent moins systématiques que du temps du ratissage opéré sur le terrain par les miliciens russes de Wagner, avant leur remplacement, au printemps 2025, par Africa Corps, une unité directement contrôlée par l’armée russe et moins agressive ou audacieuse que ses prédécesseurs. Il faut dire que la défaite de Tinzawaten, qui a vu une colonne de Wagner et des FAMA décimée par le feu rebelle entre le 25 et le 27 juillet 2024, à deux pas de la frontière algérienne, a laissé un mauvais souvenir aux Russes : des dizaines de morts abandonnés dans le désert et deux prisonniers. Tinzawaten est un fief incontesté des combattants indépendantistes touareg. 

Les djihadistes du GSIM affaiblis

Commençons par le Groupe de Soutien à l’Islam et aux musulmans (GSIM). Des observateurs le disent affaibli dans la région. Parce que la zone de repli d’Iyad Ag Ghali vers l’Algérie, vitale pour lui, a été reprise, depuis novembre 2023, par les FAMA, de même que son fief de Kidal. Le gouvernorat de la petite ville des Ifoghas a même été confié à son ennemi de trente ans (et ancien bras droit dans la rébellion), le général Elhadj Gamou. On dit que 2000 soldats russes y seraient basés. Ou tout simplement par épuisement des combattants, qui ont quitté la région ou sont harcelés par les armées nationales.

Le Haut Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés  a annoncé récemment l’enregistrement de 184 521 réfugiés et demandeurs d’asile en Mauritanie jusqu’en janvier 2026, originaires du nord et du centre du Mali. Des milliers d’autres sont en attente. Les frappes des armées de l’Alliance des États du Sahel dans le nord, à l’est et au sud compliquent aussi les mouvements et les ravitaillements et coupent les nordistes du grand vivier des combattants peuls du delta central. Dans les premiers jours de février, une frappe de drone militaire a d’ailleurs tué une femme et trois adolescents près de Talataye, dans la zone des trois frontières écumée par l’État islamique, selon les réseaux sociaux pro-FLA.

S’éloigner des itinéraires empruntés par les Russes  

De la même façon que les déplacements djihadistes sont pris pour cibles et, de ce fait, compliqués, les mouvements et relèves des FAMA et de leurs supplétifs russes sont périodiquement attaqués. Ils sont pris à partie pendant des missions régulières d’escorte sur les axes Kidal-Gao, Kidal-Aguelhoc-Tessalit et Gao-Menaka. Sur ces pistes, ils sont souvent guidés par les hommes de Gamou, qu’ils soient puisés dans la milice d’autodéfense GATIA ou dans les unités régulières composées de soldats issus de la même communauté Imghad.

En marge de ces convois, des civils sont parfois assassinés par les Russes d’Africa Corps, par suspicion, précaution ou cruauté envers les nomades touareg et arabes qu’ils surnomment « les bergers ».

Le 23 janvier, une patrouille de sept véhicules sillonnant la vallée d’Eghachar Sadidan a tué un octogénaire. Trois jours plus tard, deux jeunes Touaregs sont morts à Amrouche (Goundam, région de Tombouctou). Le général Gamou lui-même ne semble pas avoir les moyens d’empêcher ces exactions, y compris contre les campements de sa communauté. Le 27 janvier, il a convoqué une réunion restreinte à Kidal et demandé aux participants de relayer un message de mise en garde des civils pour leur demander de s’éloigner des itinéraires empruntés par les Russes, notamment vers Guencheche et Gounham, deux localités situées sur la route nationale qui relie Anefis à Kidal.

Un FLA à deux têtes 

Le Front de libération de l’Azawad, dernier acteur du théâtre, semble aussi davantage observer les forces en présence que prendre l’initiative du combat. Son hybridité est particulièrement visible depuis la chute de Kidal. La composante « HCUA » (Haut Conseil pour l’Unité de l’Azawad, ex Ansar Dine, très proche d’Iyad Ag Ghali) s’organise plutôt à partir de l’Algérie (où sont installés plusieurs leaders) et la composante MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad), indépendantiste, plutôt à partir de la Mauritanie. Ces deux géographies reflètent sans doute celles de leurs alliances respectives à l’extérieur.

Comme en 2012, les deux camps ont repris chacun son espace et sa marge de manœuvre. Même si la coalition touareg a acté, au printemps 2024, une sorte de trêve avec les djihadistes du GSIM, sous l’égide du HCUA et de son secrétaire général Alghabass Ag Intallah, le MNLA et son chef Bilal Ag Acherif connaissent mieux que personne les limites de la confiance qu’ils peuvent placer dans Iyad Ag Ghali. En 2012, l’expérience a été particulièrement cuisante. Après avoir rallié l’assaut conduit par le MNLA contre l’armée malienne dans les régions du nord, Iyad Ag Ghali et son groupe armé de l’époque (Ansar Dine) avaient doublé le mouvement puis l’avaient pris en étau avec les autres composantes de la galaxie djihadiste avant de le repousser à la frontière algérienne. Le MNLA y est resté confiné et impuissant jusqu’à l’entrée en guerre de la France, en janvier 2013, pendant que l’ensemble du nord du pays tombait comme un château de cartes sous le contrôle d’Al Qaida.

Double attaque le 18 février 

Revenons à notre chronique. Le 18 février, une attaque de drones kamikaze du FLA a visé deux véhicules des FAMA et des Russes d’Africa Corps entre Anefis et Kidal. Une autre a été menée, le même jour, par le GSIM avec un engin explosif improvisé, sur la route d’un autre convoi près d’Aguelhoc. Six passagers d’un des véhicules sont morts dans l’explosion. Il s’agit de Touaregs du GATIA qui assuraient l’escorte. Au cours de l’attaque menée par le FLA, deux jeunes hommes ont été tués en manipulant leur drone. Il s’agit du fils d’Alghabass Ag Intallah et du jeune frère de Fahad Ag Almahmoud. Les deux attaques ne sont pas officiellement coordonnées mais au moins synchronisées. 

Dans la région de Tombouctou, au sud-ouest de Kidal, un autre convoi russo-malien parti de Niakunké pour rejoindre le nord a tué trois éleveurs touareg dans le secteur de Tin-Djarane, dans la commune de Gargando, le 14 février. Dans leur sillage, les soldats ont laissé « des habitations incendiées, des forages endommagés et du bétail abattu», écrit le journaliste en exil Mohamed Ag Ahmedou, originaire de cette région. Il a recueilli le témoignage accablé d’un chef de fraction de Gargando: « On a l’impression que l’armée et les Russes n’épargnent que ceux dont Dieu n’a pas voulu qu’ils meurent. Ils tuent tous ceux qu’ils rencontrent dans le désert, même les animaux et nos moyens de subsistance. »

Un rapport circonstancié

Ces agissements, systématiques de la part de Wagner à l’époque de son déploiement, nourrissent un soupçon de projet de nettoyage ethnique. Dans son rapport annuel 2025, récemment publié, le Collectif pour la défense des droits du peuple de l’Azawad (CD-DPA) a d’ailleurs dénoncé « une intensification préoccupante des violences dirigées contre les populations civiles ». Il dénombre 374 incidents distincts de violations graves des droits humains imputables « principalement aux forces armées maliennes, opérant en collaboration, durant l’année considérée, avec les mercenaires du groupe Wagner (au cours de ses quatre derniers mois de présence) puis avec son successeur Africa Corps (durant ses sept premiers mois d’activité. »

Ces exécutions extrajudiciaires, disparitions forcées, actes de torture, arrestations arbitraires, destructions et pillages de biens civils, atteintes graves à l’environnement et violences sexuelles ont fait 553 morts, 366 blessés (parfois sous la torture), 414 victimes d’arrestation arbitraire, de disparition forcée ou d’enlèvement, 2622 cas de pillage ou de destruction de biens, 20 feux de forêt et 7 victimes de viol. Si l’on en croit le rapport, les incidents commis par les FAMA et Wagner seraient au nombre de 155 (ayant fait 222 morts) et ceux commis par les FAMA et Africa Corps au nombre de 147 (ayant fait 278 morts). Les femmes et les enfants tués (149) l’ont été en majorité lors de frappes de drones, à l’origine de plus du quart du total des victimes.

Cet article Chronique d’une drôle de guerre dans le nord du Mali est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
https://mondafrique.com/a-la-une/chronique-dune-drole-de-guerre-dans-le-nord-du-mali/feed/ 0
France/Rwanda : le rapport Duclert sous le feu des critiques https://mondafrique.com/international/france-rwanda-le-rapport-duclert-sous-le-feu-des-critiques/ https://mondafrique.com/international/france-rwanda-le-rapport-duclert-sous-le-feu-des-critiques/#respond Tue, 24 Feb 2026 05:26:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147559 Commandé en 2019 par Emmanuel Macron, le rapport de la Commission Duclert visait à faire la lumière, à partir des archives françaises, sur le rôle de la France au Rwanda entre 1990 et 1994. Remis en mars 2021, il a conclu à des « responsabilités lourdes et accablantes », tout en écartant toute complicité intentionnelle. […]

Cet article France/Rwanda : le rapport Duclert sous le feu des critiques est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Commandé en 2019 par Emmanuel Macron, le rapport de la Commission Duclert visait à faire la lumière, à partir des archives françaises, sur le rôle de la France au Rwanda entre 1990 et 1994. Remis en mars 2021, il a conclu à des « responsabilités lourdes et accablantes », tout en écartant toute complicité intentionnelle. Cinq ans plus tard, la controverse reste vive.

L’association belge Jambo, qui réunit des exilés rwandais, vient de publier une synthèse réunissant l’ensemble des critiques adressées à ce rapport. Le document, que l’on peut retrouver ici, ne constitue pas une étude des événements, mais un recensement argumenté des objections formulées par différents chercheurs, analystes et observateurs. Il met en lumière des désaccords méthodologiques, politiques et interprétatifs, et appelle à un débat plus large sur la manière d’écrire cette histoire sensible.

Une méthode jugée trop étroite

Premier point de discussion : le périmètre du travail confié à la Commission. Le mandat présidentiel prévoyait un accès élargi aux archives françaises. Pour les critiques recensées, ce choix constitue à la fois une avancée et une limite. Une avancée, car l’ouverture de fonds longtemps inaccessibles a permis d’étayer le débat. Une limite, car l’enquête est restée centrée presque exclusivement sur des sources françaises.

Plusieurs observateurs estiment qu’une analyse intégrant systématiquement des archives étrangères rwandaises, belges, onusiennes ou américaines aurait permis de replacer l’action française dans un cadre international plus large. La question soulevée n’est pas seulement celle de la quantité des sources, mais celle de la pluralité des points de vue.

La composition de la Commission fait également débat. Certains critiques jugent que ses membres ne représentaient pas suffisamment la diversité d’expertises nécessaires, notamment en matière d’histoire des Grands Lacs ou d’étude comparée des génocides.

Autre réserve : le risque d’une lecture rétrospective. À la lumière des connaissances actuelles sur le génocide, certaines décisions françaises prises avant 1994 peuvent apparaître sous un jour particulièrement grave. Des analystes mettent en garde contre une interprétation qui attribuerait aux responsables de l’époque une capacité d’anticipation totale des événements à venir. Le débat porte donc autant sur la méthode historique que sur les faits eux-mêmes.

Reconnaissance des responsabilités et contexte diplomatique

Sur le fond, la ligne adoptée par le rapport continue de diviser. En reconnaissant des responsabilités « lourdes et accablantes » tout en écartant la complicité, la Commission a cherché à établir une distinction entre responsabilité politique et intention criminelle. Pour certains, cette nuance est juridiquement et historiquement justifiée. Pour d’autres, elle traduit un équilibre délicat entre reconnaissance morale et prudence institutionnelle.

La synthèse évoque aussi le contexte diplomatique dans lequel le rapport a été élaboré et rendu public. Au moment de sa publication, la France et le Rwanda étaient engagés dans un processus de normalisation de leurs relations. Plusieurs commentateurs s’interrogent : un travail historique commandé par l’exécutif peut-il être totalement indépendant des enjeux politiques du moment ? Sans accuser explicitement la Commission d’instrumentalisation, les critiques rappellent que toute initiative de ce type s’inscrit dans un environnement stratégique.

Enfin, certains estiment que la focalisation sur la France tend à reléguer au second plan d’autres responsabilités  celles d’acteurs internationaux ou les dynamiques internes rwandaises. L’enjeu n’est pas, écrivent-il, de diluer les responsabilités françaises, mais d’éviter une lecture trop univoque d’un drame complexe.

En définitive, la synthèse publiée par Jambo France montre que le rapport Duclert n’a pas clos le débat. Il reste au cœur d’une controverse où se mêlent exigences scientifiques, mémoire des victimes et considérations diplomatiques.

Cet article France/Rwanda : le rapport Duclert sous le feu des critiques est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
https://mondafrique.com/international/france-rwanda-le-rapport-duclert-sous-le-feu-des-critiques/feed/ 0
La Centrafrique s’achemine vers le despotisme https://mondafrique.com/politique/en-centrafrique-le-chemin-du-despotisme/ https://mondafrique.com/politique/en-centrafrique-le-chemin-du-despotisme/#respond Sat, 21 Feb 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147343 Dans la Centrafrique de Faustin‑Archange Touadéra, l’autoritarisme n’avance plus masqué. Il parade au grand jour, fort de l’impunité qu’offre la 7ᵉ République naissante. Sous couvert d’un discours de stabilité et de patriotisme, le pouvoir a franchi une nouvelle étape : il s’arroge le droit de redéfinir qui appartient à la nation. Dans cette mécanique implacable, la […]

Cet article La Centrafrique s’achemine vers le despotisme est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Dans la Centrafrique de Faustin‑Archange Touadéra, l’autoritarisme n’avance plus masqué. Il parade au grand jour, fort de l’impunité qu’offre la 7ᵉ République naissante. Sous couvert d’un discours de stabilité et de patriotisme, le pouvoir a franchi une nouvelle étape : il s’arroge le droit de redéfinir qui appartient à la nation. Dans cette mécanique implacable, la nationalité devient une arme politique, et Anicet Georges Dologuélé, figure majeure de la vie politique du pays, une cible emblématique.

Par la rédaction de Mondafrique

Le passeport comme instrument de chantage politique

Depuis quelques temps, la rumeur enfle dans les chancelleries : Touadéra aurait conditionné la restitution du passeport centrafricain de Dologuélé à une reconnaissance publique de sa victoire électorale. Ce qui, ailleurs, relèverait de la pure fantaisie autoritaire se banalise à Bangui.

Les documents d’état-civil, jadis symboles d’appartenance commune, deviennent outils de contrôle personnel. Le passeport, censé incarner la citoyenneté, se transforme en laisse politique. Dans cette République qui contourne toutes les règles de droit, la question n’est plus juridique mais existentielle : qui décide désormais de qui est centrafricain ? La Constitution ou le président ?

L’apatridie comme punition

Pourtant, le Conseil constitutionnel a parlé. Le 14 novembre 2025, il le rappelle avec clarté : Dologuélé n’a jamais perdu sa nationalité centrafricaine. La plus haute juridiction du pays a tranché. Mais la loi, en Centrafrique, ne suffit plus. Le pouvoir exécutif la piétine avec méthode.

Les correspondances de l’opposant et ancien Premier ministreadressées au ministère de l’Intérieur, à l’Assemblée nationale restent lettre morte. Et lorsqu’il dépose un dossier complet pour un nouveau passeport, c’est un mur silencieux qu’il rencontre : “instructions de la hiérarchie”.

Ainsi, un homme que le droit reconnaît comme citoyen est, par la volonté du chef de l’État, transformé en apatride dans son propre pays. L’État ne dit plus le droit ; il exerce la vengeance.

La diplomatie de la fidélité

Le même caprice s’étend au domaine symbolique. Le passeport diplomatique, jadis attribué, par tradition républicaine, aux anciens Premiers ministres ou présidents de l’Assemblée nationale, devient lui aussi objet de chantage. Touadéra aurait tranché : Dologuélé n’y aura plus droit, même s’il est réélu député. Ce privilège sera désormais réservé aux fidèles du régime.

En rompant avec deux décennies de continuité institutionnelle, le pouvoir envoie un message clair : la dignité républicaine n’est plus une fonction, elle se mérite par soumission.

Quand l’exécutif méprise la loi

Ignorer une décision du Conseil constitutionnel, ce n’est pas la manifestation d’un désordre administratif : c’est une fracture institutionnelle majeure. C’est accepter qu’un homme, fût‑il Président, s’élève au‑dessus de la loi. Or, dans la République centrafricaine de 2026, ce glissement n’est plus accidentel mais systémique. Les contre‑pouvoirs sont neutralisés, les institutions réduites au silence, et la légalité ne vaut que dans la mesure où elle sert le clan présidentiel.

Une nation confisquée

Derrière le cas Dologuélé, c’est la citoyenneté tout entière qui chancelle. Si un le chef de file de l’opposition peut être dépouillé de ses droits fondamentaux, qui peut encore se dire protégé ? La nationalité, censée unir, devient un privilège accordé sous condition. Le pouvoir a transformé le lien civique en pacte de soumission. Et ainsi se referme le piège : dans un État où la loi ne s’applique qu’à ceux qui obéissent, la République devient fiction.

Qu’elle semble loin, la Centrafrique de Boganda, terre d’union et de travail, égarée aujourd’hui dans la dérive d’un pouvoir d’un seul, aux dépens de la dignité des hommes.

Cet article La Centrafrique s’achemine vers le despotisme est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
https://mondafrique.com/politique/en-centrafrique-le-chemin-du-despotisme/feed/ 0
Ben Ali/Kaïs Saïed, deux dictateurs tunisiens que tout oppose https://mondafrique.com/a-la-une/de-ben-ali-a-kais-saied-plus-de-differences-que-de-continuite/ Fri, 20 Feb 2026 05:08:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147452 En dépit des apparences, Kaïs Saïed n’a pas ramené la Tunisie au temps de Ben Ali. Les différences sont substantielles entre les deux régimes. Mais derrière elles, les structures à l’origine de la dérive autoritaire et de l’injustice sociale demeurent. C’est là que se joue la possibilité de renouer avec une trajectoire démocratique. Par Selim […]

Cet article Ben Ali/Kaïs Saïed, deux dictateurs tunisiens que tout oppose est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
En dépit des apparences, Kaïs Saïed n’a pas ramené la Tunisie au temps de Ben Ali. Les différences sont substantielles entre les deux régimes. Mais derrière elles, les structures à l’origine de la dérive autoritaire et de l’injustice sociale demeurent. C’est là que se joue la possibilité de renouer avec une trajectoire démocratique.

Par Selim Jaziri

Deux présidents, Ben Ali et Kaïs Saïed, réunis en un seul visage, celui de la contre-révolution. C’est la banderole choc, avec pour slogan «Nous ne refermerons pas la parenthèse de la révolution », sous laquelle quelques centaines de manifestants ont défilé à Tunis à l’occasion du 15ème anniversaire de la chute de Ben Ali, le 14 janvier. L’idée revient souvent en effet que Kaïs Saïed aurait ramené la Tunisie au temps de la dictature d’avant la révolution.

Les partisans du Parti social destourien, héritiers assumés du régime de Ben Ali dont ils défendent toujours le bilan et qui tiennent la révolution pour le fruit d’un complot américain, ne partagent pas cet avis. Leur cheffe de file, Abir Moussi, a été condamnée en décembre dernier à douze ans de prison et c’est au nom de la démocratie qu’ils s’opposent aujourd’hui à Kaïs Saïed.

Naturellement, le parallèle a déplu également aux partisans du Président actuel qui prétend au contraire remettre la révolution sur les rails dont elle aurait dévié depuis 2011. Bien des aspects suggèrent pourtant un retour en arrière : l’ouverture du journal de 20 heures de la chaîne nationale par les faits et dires du Président, les procès d’opposants et l’instrumentalisation de la Justice par le pouvoir, la peur de s’exprimer en public, les restrictions de la vie associative… Mais si le parallèle a le mérite d’alerter sur la régression des libertés depuis 2021, il est simpliste de réduire le régime de Kaïs Saïed à une simple restauration. L’enjeu d’une bonne description du système politique n’est pas simplement théorique. Espérer la répétition du scénario de 2011 et parier sur une chute de Kaïs Saïed pour revenir à la démocratie, comme celle de Ben Ali avait ouvert la voie à la transition, est une illusion. Les différences sont substantielles et les tâches d’un renouveau de la révolution démocratique dépassent de loin le changement d’un dirigeant.

Le discours de légitimation

Ben Ali s’inscrivait dans la suite de la conception de Habib Bourguiba de l’État comme instituteur du peuple et de la nation à composer à partir « d’une poussière d’individus, d’un magma de tribus, tous courbés sous le joug de la résignation et du fatalisme », selon la formule de Bourguiba. Une élite sûre de son droit de gérer l’État se chargeait de faire le bien d’un peuple immature, quitte à mater ses impulsions anarchiques. Les destouriens se réclamaient de la philosophie des Lumières pour justifier la transformation par le haut de la société. La valeur que prétendait ajouter Ben Ali au bourguibisme était d’instituer progressivement une démocratie calquée sur la conception libérale européenne. La répression des islamistes justifiait, aux yeux des partenaires européens notamment, les entorses « temporaires » aux libertés.

Kaïs Saïed porte, lui, des conceptions diamétralement opposées. Son slogan de campagne était « le Peuple veut », inspiré directement de celui de la révolution. Tout son dispositif est censé s’appuyer sur le principe d’une volonté populaire immanente qui se serait exprimée dans les premiers mouvements de la révolution et dont il serait le porte-parole. En son nom, il s’est assigné la mission de restituer au peuple le pouvoir accaparé après la révolution par des fonctionnaires à la solde d’intérêts privés, des élites intellectuelles vendues aux influences étrangères et une classe politique qui s’est substituée à lui par le biais du gouvernement représentatif. La construction de « démocratie par la base » qu’il a instituée par le haut est censée rapprocher le peuple du pouvoir.

Pour restaurer la souveraineté, l’État doit retrouver la vocation « sociale » qu’il a perdue depuis les années 1970, c’est-à-dire redevenir pourvoyeur d’emplois, d’éducation et de santé, mais il doit être purifié de ses éléments corrompus et non-patriotiques. Là encore, Kaïs Saïed estime être le garant de ce redressement de l’État. De sorte qu’il incarne à la fois le peuple et l’État, et toute divergence est suspecte de trahison.

Jusqu’à présent, le ressentiment populaire à l’encontre des bénéficiaires de la transition démocratique et des carences de l’État lui a offert, au moins par défaut, un relatif soutien intérieur. Lors de la présidentielle de 2024, Kaïs Saïed a obtenu quasiment autant de voix qu’en 2019 (2,4 millions contre 2,7), même si la composition de son électorat a changé, désormais plus âgé et plus rural qu’en 2019. Mais la dynamique s’épuise et l’absence politique du « peuple » est à la mesure de son omniprésence dans la rhétorique saiedienne. La défiance populaire accumulée à l’égard de la classe politique n’offre pas davantage de prise à l’opposition démocratique.

Géopolitique du régime

Ces deux discours de légitimité induisent deux bases géopolitiques différentes. Sur ce registre aussi, Ben Ali s’est inscrit dans la continuité de Habib Bourguiba qui a toujours maintenu de bonnes relations avec la France et les États-Unis et tenait le nationalisme arabe pour une lubie régressive. Le régime de Ben Ali tirait une part de sa légitimité de sa reconnaissance par les pays européens et les institutions financières internationales. L’adhésion de la Tunisie au partenariat euro-méditerranéen de Barcelone en 1995 traduisait son adhésion, au moins formelle, à l’idée directrice promue par l’Union européenne d’une démocratisation progressive sous l’effet de la libéralisation économique. Dans les faits, le partenariat bénéficiait aux protégés du Président et permettait au régime de perdurer en donnant un minimum de gages sur ses intentions démocratiques.

Kaïs Saïed fonde au contraire sa légitimité interne sur sa capacité à s’affranchir de la tutelle occidentale, tant en termes de modèle politique que de dépendance financière. Après avoir bénéficié, lors de son coup de force de juillet 2021, du soutien de l’Égypte, des Émirats arabes unis et de l’Arabie saoudite qui voyaient en lui le moyen d’écarter Ennahdha du pouvoir, il a revendiqué une affiliation avec ce qu’il reste du « Front du refus » anti-occidental, de Damas à Alger, et il s’est engagé dans un renforcement des relations avec l’Iran.

En contrepartie de l’appui financier et énergétique algérien, Kaïs Saïed a accueilli le chef du Front Polisario, Ibrahim Ghali, à l’occasion de la tenue du Forum économique Japon-Afrique en août 2022, une rupture avec la neutralité jusque-là observée par la Tunisie sur ce contentieux intra-maghrébin. Au prix d’une crise avec le Maroc. En avril 2023, il a éconduit le FMI en adoptant une ligne du « compter sur soi ».

Mais depuis, Bachar el Assad est tombé et Téhéran est plus pressé de négocier la survie de son régime avec les États-Unis que de miser sur les maigres retombées d’une relation avec Tunis. Ce sont paradoxalement le pari américain sur la stabilité et sur la possibilité de renforcer la coopération sécuritaire ainsi que l’appui européen, notamment sous l’influence italienne, en contrepartie du contrôle de la migration clandestine, qui constituent la base géopolitique réelle du régime. Les ressources internationales qu’offrait le grand récit démocratique aux opposants tunisiens sont largement épuisées.

La relation à l’appareil sécuritaire

Dans ce registre, la différence est flagrante. Ben Ali était un pur produit de l’appareil sécuritaire. Il en partageait la culture et la vision, en connaissait toutes les arcanes et toutes les ruses. La symbiose entre le pouvoir politique et les forces de police était telle que le ministère de l’Intérieur apparaissait comme le pivot du régime. Cet « État policier » reposait sur un quadrillage étroit de la vie sociale, notamment à travers les cellules du RCD (le parti du pouvoir) et un réseau d’informateurs. Depuis l’indépendance, ce dispositif a permis, par l’intimidation ou la violence, voire l’usage systémique de la torture, la répression de toute contestation et de toute politisation dissidente.

Kaïs Saïed, lui, est totalement étranger à ce sérail et l’appareil policier dont il a hérité a paradoxalement renforcé sa position au cours de la transition démocratique. Délégitimé en 2011 par son rôle dans la dictature de Ben Ali, il a démontré son utilité grâce à la lutte contre le djihadisme et il a contribué, par la création de syndicats de police, à donner aux forces de sécurité intérieure, désormais instituées en corporation, une expression publique et une capacité à instaurer un rapport de force avec l’État. En érigeant la « police républicaine » en principe, il a permis à cette dernière d’accéder à une autonomie à l’égard du pouvoir politique. Fort de cette position renouvelée, le corps sécuritaire a pu écarter toute forme de contrôle externe et garantir son impunité en échange de sa loyauté.

L’affaiblissement des contre-pouvoirs démocratiques permet aux forces de sécurité de débrider leurs penchants liberticides et de régler leurs comptes. La paranoïa du Président est aisément manipulable par des services qui détiennent l’accès aux renseignements. Mais il s’agit d’une convergence d’intérêts : l’appareil sécuritaire n’est plus le prolongement de la présidence. Le pouvoir ne dispose plus du maillage de la société qui assurait son emprise. Même si le chef de l’État peut certes compter sur l’appui de la Garde nationale et de la Garde présidentielle, on n’est plus en présence d’un « régime policier ». Et la sortie de Kaïs Saïed du jeu politique ne transformera ni les mentalités ni les pratiques de l’appareil sécuritaire.

Les modalités de la répression

La répression sous le régime de Ben Ali, dans le prolongement de celui de Bourguiba, visait essentiellement les deux familles politiques qui contestaient son fondement idéologique et appelaient à étendre la rupture post-coloniale à l’ordre économique et social (pour l’extrême
gauche) et à l’ordre culturel (pour les islamistes). La répression s’élargissait par cercles concentriques à tous ceux qui militaient pour le respect des libertés et la police matait violemment toute rébellion populaire. Le recours à la torture était organiquement lié à la relation de l’État avec la société, mais les incriminations étaient prévisibles et les procès respectaient les formes. Ce qui ne rendait pas la répression plus légitime.

Le pouvoir de Kaïs Saïed ne veut plus éradiquer une idéologie ni une force politique cherchant à conquérir l’État, comme c’était le cas pour Ennahdha. Le pouvoir actuel traque les réseaux d’influence réels ou supposés qui contestent sa légitimité. Les incriminations sont arbitraires, souvent sans rapport avec la politique ; l’interprétation des faits pour établir l’existence de complots est inspirée par la paranoïa. La contrepartie paradoxale de cette méthode, c’est que la torture n’est plus nécessaire. En revanche, les procès n’ont plus besoin des faits et des formes extérieures de la légalité pour condamner. La vérité judiciaire est écrite ailleurs. Si Ben Ali était une sorte de super ministre de l’Intérieur imposant la toute-puissance d’un État démiurge, Kaïs Saïed serait plutôt une sorte de super procureur, qui dicte son récit avec l’aide d’une ministre de la Justice entièrement dévouée à sa cause. Les affaires sont instruites et les verdicts prononcés sur injonction, par des magistrats tenus par la crainte de sanctions, en dépit des garanties constitutionnelles classiques, puisque le chef de l’État s’est arrogé le droit de révoquer tout magistrat « en cas d’urgence, ou d’atteinte à la sécurité publique ou à l’intérêt supérieur du pays » en vertu du décret-loi du 1er juin 2022.

Tributaire des transactions partisanes, la transition démocratique a échoué à renouveler le corps des magistrats et à poser les bases structurantes d’une indépendance judiciaire pour rompre avec une longue tradition d’instrumentalisation politique. Ce discrédit et la persistance des habitudes ont facilité l’offensive de Kaïs Saïed pour transformer le « pouvoir judiciaire » en simple « fonction juridictionnelle» au service de son entreprise politique.

Un pouvoir sans parti

Le pouvoir du régime de Ben Ali, comme celui de Bourguiba, était relayé jusque dans le moindre espace de la société, les quartiers et les entreprises par la présence de cellules du parti de l’État (le Parti socialiste destourien sous Bourguiba, le Rassemblement constitutionnel démocratique sous Ben Ali). Il était à la fois instrument de surveillance, voie incontournable de la promotion sociale et réseau de redistribution clientéliste. Le pouvoir de Kaïs Saïed ne dispose de rien de tel. Les sociétés communautaires, censées porter un modèle économique alternatif mais, surtout, permettre l’accès des exclus du système économique aux ressources publiques (le financement, la terre, l’emploi…) peuvent jouer un rôle dans la constitution d’une base sociale du régime. Mais il s’agit d’un maillage beaucoup plus faible, sans fonction coercitive, aux ressources limitées.

La défiance de Kaïs Saïed à l’égard des partis politiques et le système d’élections par la base qu’il a institué a fait, en revanche, émerger une nouvelle génération politique. Ce nouveau personnel, à la différence des candidats cooptés par le parti quasi-unique sous l’ancien régime, ne doit pas sa position à sa loyauté à l’égard du pouvoir. Même s’il adhère au projet de Kaïs Saïed, il conserve une relative autonomie que certains députés commencent à exprimer en critiquant ouvertement les insuffisances du Président dans la réalisation de ses objectifs. Ce qui a valu au plus virulent d’entre eux, Ahmed Saïdani, d’être arrêté pour « offense » au chef de l’État, le 4 février. Cet espace d’autonomie contrôlé peut, à terme, contribuer à une dynamique de démocratisation.

L’affairisme, la faille du régime

Le discrédit de Ben Ali auprès de la majorité des Tunisiens devait surtout à la rupture du contrat moral qui compensait les difficultés sociales par une redistribution marginale plus ou moins « juste » des faveurs de l’État. Quand la belle famille de Ben Ali, les Trabelsi, a exhibé sans pudeur les signes de sa richesse accumulée en accaparant toutes les opportunités économiques lucratives, au mépris de toute règle légale et administrative, le fondement de la légitimité du régime l’idée que l’État était au service de la construction nationale s’est effondré. Le renouvellement de ce contrat social était le message implicite de la révolution. La transition a échoué sur ce point fondamental.

Kaïs Saïed a capitalisé sur cette frustration et doit son arrivée au pouvoir à son image d’intégrité. Sans lien avec les milieux de l’argent, rien dans son ethos n’indique en effet un rapport intéressé au pouvoir. Tout obsédé qu’il est par les complots, on ne lui conteste pas une forme de sincérité. En revanche, des rumeurs de favoritisme et de népotisme prospèrent sur son frère, Naoufel Saïed, et surtout sur la sœur de son épouse, Atka Chebil, décrite par sa rivale Nadia Akacha, ancienne directrice de cabinet de Kaïs Saïed aujourd’hui condamnée, comme de plus en plus influente au Palais présidentiel. Rien qui atteigne cependant l’ampleur et la visibilité de la prédation des Trabelsi, mais si ces rumeurs venaient à s’amplifier voire à se confirmer, l’effet pourrait être dévastateur pour la présidence de Kaïs Saïed alors que les Tunisiens continuent de voir leur situation se dégrader et les carences de l’État s’accumuler.

Les chantiers de l’après Kaïs Saïed

Le retour à une trajectoire démocratique suppose des transformations qui vont bien au-delà de la question du dirigeant : dépasser la figure du « peuple » comme abstraction rhétorique, asseoir la légitimité du personnel politique, réformer l’appareil sécuritaire et le système judiciaire, transformer le système qui permet la collusion des pouvoirs économique et politique, rechercher un modèle économique qui garantisse à la fois la redistribution et les conditions matérielles de la souveraineté, construire des relations internationales qui préservent l’indépendance des choix nationaux… Rouvrir la parenthèse de la révolution, comme le clamaient les manifestants du 14 janvier, ne pourra pas se limiter au départ de Kaïs Saïed. L’avenir de la Tunisie reste à inventer.

Cet article Ben Ali/Kaïs Saïed, deux dictateurs tunisiens que tout oppose est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Côte d’Ivoire : les partis d’opposition en coma dépassé https://mondafrique.com/politique/cote-divoire-les-limites-de-lopposition-a-distance/ Fri, 20 Feb 2026 05:07:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147320 Peut-on diriger un parti politique à six mille kilomètres de distance ? C’est le débat qui agite en ce moment le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), parti historique fondé en 1946 par feu Félix Houphouët-Boigny et que dirige depuis le 22 décembre 2023 son petit-neveu Tidjane Thiam. Par Venance Konan Pour madame Valérie Yapo, […]

Cet article Côte d’Ivoire : les partis d’opposition en coma dépassé est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Peut-on diriger un parti politique à six mille kilomètres de distance ? C’est le débat qui agite en ce moment le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), parti historique fondé en 1946 par feu Félix Houphouët-Boigny et que dirige depuis le 22 décembre 2023 son petit-neveu Tidjane Thiam.

Par Venance Konan

Pour madame Valérie Yapo, ancienne membre de la direction de ce parti qui a toujours contesté l’élection de M. Thiam à la tête du PDCI, au motif qu’il ne remplissait pas la condition de dix ans de présence au bureau politique, exigée pour être candidat, ce dernier – qui vit hors du pays depuis le mois de mars 2025 – devrait démissionner, car on ne peut diriger à distance un parti que l’on préside de surcroît illégalement. « Monsieur Tidjane Thiam n’est pas malade, il n’a aucun procès contre lui, aucun mandat d’arrêt. Pourquoi ne vient-il pas diriger son parti ici ? » s’est-elle interrogée lors d’une conférence de presse. Ce à quoi monsieur Soumaila Brédoumy, porte-parole du parti, a répondu en citant les cas de Félix Houphouët-Boigny qui, dans les années 1950, avait dirigé son parti depuis la France pendant plus deux ans, parce qu’il avait eu maille à partir avec les autorités coloniales de l’époque en Côte d’Ivoire, et Henri Konan Bédié qui, contraint à l’exil en France par le coup d’État qui l’avait chassé du pouvoir fin 1999, est néanmoins demeuré le président du parti.

Dans une interview accordée à une chaîne de télévision, M. Thiam a dit avoir été informé par son frère, le tenant lui-même d’une source policière, qu’il serait mis à l’arrêt s’il remettait les pieds en Côte d’Ivoire. Il lui serait reproché son rôle dans les événements de 2020, lorsque M. Bédié et certains opposants au président Ouattara avaient créé ce qu’ils avaient appelé le Conseil national de transition (CNT). Cet organe était censé diriger le pays après le départ du pouvoir du président Ouattara, à la suite d’une insurrection générale qu’ils étaient accusés d’avoir voulu organiser.

Un parti en crise

Lors de la dernière élection présidentielle, M. Thiam avait annoncé depuis Paris, la « libération » du pays dans une semaine, ce que certains avaient interprété comme un appel à une action de déstabilisation. Cependant, aucune action judiciaire n’est à ce jour engagée contre le président du PDCI. De plus en plus de militants, même parmi ses plus fervents supporters, se demandent donc pourquoi il refuse de rentrer au pays. « On a vu ici Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara affronter l’adversité au péril de leur vie. Si, sur la base d’une simple rumeur d’arrestation il refuse de rentrer, cela pose question sur son courage. »

Ce débat est symptomatique du malaise qui traverse le PDCI depuis l’élection de Tidjane Thiam à sa présidence, et qui s’est accentué lors des dernières élections présidentielles et législatives. Ils sont nombreux ceux qui, à l’instar de madame Valérie Yapo, reprochent à l’ancienne direction du vieux parti d’avoir foulé aux pieds ses propres textes pour imposer Tidjane Thiam. Pour certains, le clan baoulé, l’ethnie des deux premiers présidents du parti –Félix Houphouët-Boigny et Henri Konan Bédié– et qui est aussi celle de la majorité des derniers militants de ce parti, a décidé de prendre tout le pouvoir et de ne pas le partager. En témoignent les déboires de Maurice Kakou Guikahué, d’ethnie Bété, cacique parmi les caciques, longtemps secrétaire exécutif sous la présidence de Bédié, qui a été progressivement mis à l’écart et même privé du parrainage du parti pour se présenter aux dernières législatives, au profit d’un Baoulé. Et la désignation d’un autre Baoulé, Maître Blessy Jean Chrysostome, au poste de président du groupe parlementaire du PDCI à l’Assemblée, n’a fait qu’aggraver les choses, conduisant les trois députés maires d’Abidjan que sont Sylvestre Emmou, Jacque Ehouo et Jean Marc Yacé à refuser de siéger dans ledit groupe.

À cela s’ajoutent les problèmes de nationalité de M. Thiam qui lui ont valu de ne pas pouvoir se présenter à la dernière élection présidentielle. À sa majorité, le petit neveu d’Houphouët-Boigny a pris la nationalité française et ainsi perdu celle de la Côte d’Ivoire, en vertu d’une loi qu’il a candidement avoué n’avoir pas lue. Il aurait pu renoncer à la nationalité française pour reprendre celle qu’il avait à sa naissance, mais il a commencé par contester avoir été naturalisé, avant de s’exécuter en fin de compte, après s’être inscrit sur la liste électorale au moment où il était encore Français : ce qui a justifié son exclusion de cette liste. Et ils sont nombreux parmi ses militants à se demander pourquoi ni lui, ni ses avocats n’ont anticipé cette issue. Le moins que l’on puisse dire est que l’ambiance est délétère au sein du PDCI. Et de plus en plus d’observateurs commencent à parier sur une imminente implosion de ce parti.

Laurent Gbagbo nébuleux

De côté du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI) de Laurent Gbagbo, plus personne ne comprend ce dernier. Après s’être séparé de ses compagnons les plus emblématiques qu’étaient son épouse Simone, Mamadou Koulibaly, Blé Goudé, Affi N’guessan, il a sanctionné ceux qui se sont présentés aux élections présidentielle et législatives tels que Ahoua Don Mello, alors que lui-même ne pouvait pas concourir pour cause de non inscription sur la liste électorale.

Il avait annoncé avant les élections qu’il quitterait la présidence de son parti au prochain congrès. Mais la direction de ce parti lui a récemment chanté « ne t’en va pas je t’aime » et il est revenu sur sa décision. Puis il a récemment raconté, lors d’une rencontre avec des militants, que Mouammar Kadhafi lui avait déclaré que c’était lui qui avait donné des armes aux personnes qui avaient déclenché la rébellion en 2002. Ce qui a amené ses détracteurs à pointer du doigt qu’il avait, pourtant, toujours accusé la France et certains de ses adversaires politiques ivoiriens sans jamais prononcer le nom du leader libyen. Certains se sont même demandé s’il sait vraiment encore ce qu’il raconte et ce qu’il veut.

Avec une trentaine de députés pour un PDCI en cours de lente désagrégation, zéro pour le PPA-CI réduit à l’état de fantôme, et près de deux cents pour le Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP) au pouvoir, on se demande si l’on peut encore parler d’une opposition ivoirienne.

Cet article Côte d’Ivoire : les partis d’opposition en coma dépassé est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Madagascar, une figure de l’armée sonne l’alarme https://mondafrique.com/a-la-une/madagascar-une-figure-de-larmee-sonne-lalarme/ Wed, 18 Feb 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147291 Coup de tonnerre au sein du microcosme politico-militaire malgache : le colonel Patrick Rakotomamonjy, éphémère directeur du bureau des doléances auprès de la Présidence de la Refondation de la République de Madagascar, a déclaré dans une vidéo rendue publique le 8 février dernier qu’il vient de passer dans la clandestinité pour «assurer sa sécurité ». […]

Cet article Madagascar, une figure de l’armée sonne l’alarme est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Coup de tonnerre au sein du microcosme politico-militaire malgache : le colonel Patrick Rakotomamonjy, éphémère directeur du bureau des doléances auprès de la Présidence de la Refondation de la République de Madagascar, a déclaré dans une vidéo rendue publique le 8 février dernier qu’il vient de passer dans la clandestinité pour «assurer sa sécurité ».

Par Daniel Sainte-Roche

Son message s’adresse au colonel Michael Randrianirina, président de la Refondation, au peuple malgache, aux trois chefs d’état-major des armées ainsi qu’aux membres du COSOFAM (Corps des sous-officiers de l’Armée Malagasy). Affirmant son « refus de collaborer avec les corrompus » et avec « les mafias » qui gangrènent l’État, le Colonel Patrick fustige les manœuvres et intimidations dont il fait l’objet. Comme cela se pratiquait sous le régime d’Andry Rajoelina lorsqu’on voulait se débarrasser d’une personnalité gênante, certains accusent le médecin militaire, réputé pour son caractère  très entier et inflexible, d’agissements illégaux: « tentative de coup d’État », « communication avec des personnalités politiques ».

Un officier frondeur et intransigeant

…Encombrant,  le colonel Patrick Rakotomamonjy l’est à plus d’un titre. De tempérament frondeur, il aime soutenir le bon combat et n’admet aucune demi-mesure. Il est connu pour sa probité et jaloux de sa réputation d’homme intègre. Sa disgrâce serait d’ailleurs survenue après qu’il a, dans le cadre de sa mission au bureau des doléances, convoqué des dirigeants de grandes entreprises soupçonnés de corruption et d’accaparement de biens immobiliers, au grand dam de la horde d’affairistes qui fourmille dans les couloirs du palais de la Refondation. 

Son limogeage, le 20 janvier 2026 –moins de deux mois après son entrée en fonction– a été accueilli par une incompréhension générale dans la mesure où le colonel Patrick dispose d’un grand prestige auprès du public. En effet, il s’est imposé dans le paysage politique pour avoir été le premier militaire en activité à dénoncer publiquement l’homme d’affaires Mamy Ravatomanga, qu’il a accusé dans plusieurs vidéos d’entretenir un réseau de corruption systémique. Cette audace lui a valu l’admiration de nombreux sous-officiers, engendrant par contrecoup la méfiance des officiers putschistes. Car nonobstant l’effectif pléthorique de hauts-gradés dans l’armée malgache, les sous-officiers ont une grande emprise sur les militaires du rang et ce fait n’est pas à négliger.  

Le risque des factions

« Le Colonel Patrick a pris l’initiative de s’attaquer à la corruption dans le pays », murmure-t-on, « alors pourquoi l’écarter d’une façon si brutale ?» À terme, le spectre de la division se profile, non seulement au sein des forces de sécurité mais aussi au niveau du mouvement initié par la Gen Z.

Dans les casernes, l’unité de façade affichée au lendemain du coup d’État est mise à l’épreuve. Il ne faut pas oublier qu’avant de devenir médecin militaire, le colonel Patrick est passé par l’école de la gendarmerie, ce qui lui a permis d’entretenir des relations de camaraderie au sein des deux corps. Un jeune officier, inquiet de la mainmise rampante du CAPSAT (Corps d’armée des personnels et des services administratifs et techniques, d’où est issu le président de la Refondation) sur les affaires de l’État, a ainsi fait remarquer lors des Assises de la gendarmerie : « Notre mission fondamentale est de garantir l’état de droit, le respect des lois et la protection de l’intérêt général. En manquant à ces engagements, les forces de sécurité risquent de devenir un instrument aux mains des factions et des affairistes ».

Fin de l’état de grâce

De surcroît, la cohésion communautariste des Malgaches originaires du sud pourrait ressusciter l’ancien antagonisme entretenu entre deux blocs : les « étoiles du sud » – qui regroupent les ressortissants des provinces de Tuléar et de Fianarantsoa – et le « triangle du nord », composé des natifs des provinces de Diego-Suarez, de Majunga et Tamatave.  

Au sein de la population générale, une défection du colonel Patrick est de nature à éroder encore plus la confiance envers les nouvelles autorités. Ceci a une importance capitale car les multiples maladresses et les signes d’impréparation constatés aujourd’hui dans la gouvernance ont eu pour effet d’écourter rapidement l’état de grâce dont ont bénéficié les tombeurs de Andry Rajoelina.

Un sondage cruel

Les résultats d’un sondage dans la capitale publié récemment par le Collectif des Citoyens et des Organisations Citoyennes (CCOC) permettent d’apprécier à sa juste valeur la situation. Ainsi, 61,5 % des personnes enquêtées affirment qu’elles n’ont pas sympathisé avec le mouvement populaire qui a commencé le 25 septembre 2025. La participation aux manifestations n’a concerné qu’une infirme minorité de la population. En outre, 58,7% des sondés ont affirmé ne pas avoir approuvé le changement de pouvoir qui s’est opéré le 14 octobre 2025 et 53,4 % remettent en question sa légalité, tandis que 53,7 % contestent sa légitimité. Par ailleurs, 57,2% des personnes enquêtées ont déclaré ne pas faire confiance aux dirigeants actuels. Enfin, il faut noter que les militaires sont loin de faire l’unanimité puisque les opinions à leur égard sont divisées : 45,5% disent avoir confiance aux Forces armées tandis que 44 % sont d’avis contraire.

Le pouvoir militaire ne dispose donc que d’une étroite marge de manœuvre. Malgré ces impressions négatives sur les gouvernants actuels, une majorité de citoyens se dit favorable à des changements structurels, à une révision constitutionnelle et à un dialogue national inclusif. Cela suppose la définition d’une feuille de route claire pour mettre en place les institutions appelées à organiser les futures élections. Mais pour l’heure, on assiste à une fuite en avant du président de la Refondation, le colonel Michael Randrianirina, qui semble davantage occupé à préparer le terrain pour sa propre candidature à la magistrature suprême qu’à accélérer l’organisation de la conférence nationale. Tout dernièrement, il a ainsi annoncé officiellement sa décision de quitter l’armée pour s’engager dans la vie civile. Les observateurs les plus avertis y voient le prélude à une candidature aux prochaines élections présidentielles.

Des membres de la Gen Z ayant fait partie des manifestants de septembre 2025 redoutent désormais le scénario du pire : Michael Randrianirina placerait ses pas dans ceux de son prédécesseur qui, après un coup d’État, s’est fait élire avec le concours des institutions qu’il n’avait pas délibérément dissoutes malgré les appels répétés des citoyens.

 

 

Cet article Madagascar, une figure de l’armée sonne l’alarme est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Chrétiens kabyles, droit de réponse du pasteur Nourredine Benzid https://mondafrique.com/politique/chretiens-kabyles-droit-de-reponse-du-pasteur-nourredine-benzid/ Tue, 17 Feb 2026 01:44:40 +0000 https://mondafrique.com/?p=147281 Suite à notre article du 31 janvier consacré à la persécution des chrétiens kabyles, de Charlotte Touati, le pasteur Nourredine Benzid nous a adressé le droit de réponse suivant, que nous publions ici. Voici ce que nous écrivions à son sujet :  Le 13 janvier 2026 le pasteur Nourredine Benzid était auditionné par la United […]

Cet article Chrétiens kabyles, droit de réponse du pasteur Nourredine Benzid est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Suite à notre article du 31 janvier consacré à la persécution des chrétiens kabyles, de Charlotte Touati, le pasteur Nourredine Benzid nous a adressé le droit de réponse suivant, que nous publions ici.

Voici ce que nous écrivions à son sujet : 

Le 13 janvier 2026 le pasteur Nourredine Benzid était auditionné par la United States Commission on International Religious Freedom à Washington sur la situation des chrétiens en Algérie. Pour la première fois, un pasteur kabyle exposait directement la situation devant une institution fédérale américaine : fermetures d’églises, arrestations, pressions au quotidien.

La trajectoire du pasteur Benzid est emblématique. Converti durant la décennie noire – « Ma vie a dramatiquement changé en 1993, lorsque j’ai rencontré Jésus », dit-il – il fonde en 2004 l’église évangélique de Makouda dans la wilaya de Tizi Ouzou, rassemblant entre 600 et 700 fidèles, soit l’une des plus grandes communautés chrétiennes du pays. En octobre 2019, l’église est fermée définitivement sur décision administrative confirmée par le tribunal administratif de Tizi Ouzou. Le pasteur Benzid affirme avoir déposé tous les dossiers réclamés par l’administration dès 2018. Mais l’église est bouclée sans préavis en 2019, les autorités disant n’avoir rien reçu. Le pasteur décrit aussi le chantage à l’article 87 bis du Code pénal algérien concernant les « actes terroristes et subversifs », qui sert à criminaliser les opposants, parmi lesquels les chrétiens et les Kabyles.

Le pasteur Nourredine Benzid souhaite faire la mise au point suivante :

« Ma position est claire :

  • Mon engagement concerne tous les chrétiens en Algérie, sans distinction régionale ou ethnique.
  • Je ne fais pas de politique et je ne soutiens aucun parti ; mon unique combat est de défendre la liberté de foi et le respect des croyants dans tout le pays.

Je condamne toute interprétation qui limiterait mon action à un seul groupe. Il est crucial que la vérité soit rétablie et que mes positions soient présentées avec exactitude. La Foi Et La Liberté Religieuse Ne Connaissent Ni Frontières Ni Ethnies, Et Mon Travail Reflète Cette Réalité. »

Cet article Chrétiens kabyles, droit de réponse du pasteur Nourredine Benzid est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Comment l’ONU a été infiltrée par Epstein https://mondafrique.com/limage-du-jour/comment-lonu-a-ete-infiltree-par-epstein/ Mon, 16 Feb 2026 10:17:34 +0000 https://mondafrique.com/?p=147232 L’affaire Epstein ne se résume ni au parcours d’un délinquant sexuel et financier, ni à la simple énumération de personnalités en vue. Elle révèle le rôle politique que lui et son acolyte Ghislaine Maxwell ont joué dans les relations internationales. En tissant un réseau serré autour de diplomates, ils sont parvenus à infiltrer l’ONU et […]

Cet article Comment l’ONU a été infiltrée par Epstein est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
L’affaire Epstein ne se résume ni au parcours d’un délinquant sexuel et financier, ni à la simple énumération de personnalités en vue. Elle révèle le rôle politique que lui et son acolyte Ghislaine Maxwell ont joué dans les relations internationales. En tissant un réseau serré autour de diplomates, ils sont parvenus à infiltrer l’ONU et à accéder à des passe-droits et à des informations confidentielles.

Les accords d’Oslo revisités

Terje Rød-Larsen est un poids lourd de la diplomatie. Ce sociologue norvégien fondateur de l’institut FAFO a joué un rôle pivot dans les accords d’Oslo de 1993, en facilitant les négociations secrètes entre Israël et l’OLP, aux côtés de son épouse Mona Juul, aboutissant à la poignée de main historique entre Yasser Arafat et Yitzhak Rabin sous l’égide de Bill Clinton.

En 1994, Larsen est nommé coordinateur spécial pour les Nations unies dans les territoires occupés, basé à Gaza. Puis, jusqu’en 2010, il enchaîne les postes prestigieux et importants, chargé du processus de paix au Moyen-Orient et de la résolution de la crise libanaise post-guerre de 2006. Ensuite, entre 2010 et 2020, il est président d’un think tank basé à New York, l’International Peace Institute, qui collabore avec l’ONU.

Dans les dossiers publiés par le Département de la Justice américain le mois dernier, ses liens étroits avec Epstein ne sont documentés qu’à partir de 2010, mais, côté palestinien, ces révélations ont ravivé des soupçons anciens. Mustafa Barghouti, secrétaire général du parti politique Initiative nationale palestinienne, a déclaré : « Nous n’avons jamais été à l’aise avec cette personne (…) Oslo était un piège… et je suis convaincu que Terje Rød-Larsen était manipulé par la partie israélienne depuis le début. » Des suspicions renforcées par la disparition d’archives officielles norvégiennes clés sur les négociations entre Palestiniens et Israéliens.

Le complice français

Fabrice Aidan, diplomate français, a été détaché par le Quai d’Orsay à New York auprès de Larsen, à partir de 2003, en tant que conseiller, et il est resté aux Nations Unies jusqu’à sa démission en 2013. Un départ en catimini, exfiltré par le ministre des Affaires étrangères, en raison d’une enquête du FBI le soupçonnant de consulter des vidéos pédopornographiques.

Les documents le concernant sont accablants. Ils montrent qu’il n’a pas seulement facilité l’accès de Jeffrey Epstein à des forums fermés et à des responsables de haut niveau au Moyen-Orient, mais qu’il lui a aussi transmis, via son adresse professionnelle onusienne, des notes confidentielles, des comptes rendus de conversations et des briefings du Conseil de sécurité, en violation manifeste des règles de confidentialité de l’ONU.

Comment ce haut fonctionnaire a-t-il pu utiliser son poste et son réseau au service d’un prédateur condamné dès 2008, sans être inquiété pendant des années, posant ainsi de graves questions sur la gouvernance interne des Nations Unies et sur les responsabilités de l’État français ?

Jean-Noël Barrot a déclaré être effaré et indigné par ces révélations et il a saisi le procureur de la République. Pourtant, depuis la publication, en 2016, du livre de Vincent Jauvert La face cachée du Quai d’Orsay, enquête sur un ministère à la dérive, l’affaire était connue de tous, même si Aidan n’y était pas cité nommément.

Un président de l’Assemblée générale en contact avec Epstein

Le cas de Miroslav Lajčák illustre comment Epstein parvenait à normaliser ses relations avec des responsables onusiens en exercice, bien après sa condamnation. Président de l’Assemblée générale de l’ONU de 2017 à 2018, ce diplomate slovaque a échangé des messages avec Epstein entre 2017 et 2019, mêlant discussions diplomatiques sérieuses et propos personnels déplacés, le traitant comme un intermédiaire utile et un connecteur privilégié dans les réseaux internationaux. Sans implication avérée dans des crimes, cette relation révèle cependant une banalisation troublante du contact avec un prédateur sexuel notoire. En 2026, la publication de ces échanges a provoqué sa démission d’un poste de conseiller à la sécurité nationale en Slovaquie, Lajčák lui-même concédant un « mauvais jugement».

TerraMar : la philanthropie comme passeport diplomatique

Mais Epstein et Maxwell ne se sont pas contentés de « tamponner » comme on le dit dans le jargon des diplomates de haut rang pour obtenir des informations confidentielles et peser sur des négociations. En 2012, Ghislaine Maxwell crée le TerraMar Project, présenté comme une ONG dédiée à la protection des océans, au moment où le scandale Epstein commence à refaire surface après la condamnation de 2008. Dès 2013-2014, elle s’affiche dans des événements onusiens sur les océans et les Objectifs de développement durable (ODD), obtenant un accès privilégié à des panels, side-events et réseaux diplomatiques multilatéraux : un positionnement stratégique qui agit comme un cheval de Troie et lui ouvre grand les portes de l’écosystème onusien. L’ONG, financée par les fonds d’Epstein, fermera en juillet 2019 après l’arrestation de ce dernier. Mais pendant six ans, elle aura eu pignon sur rue, sans, bien entendu, jamais agir pour de nobles causes.

Finalement, ce ne sont pas seulement les actes d’Epstein/Maxwell qui interrogent, mais la longévité de leur fréquentabilité dans des milieux censés incarner la rigueur diplomatique. Les noms, les dates et les e-mails sont désormais connus ; les archives parlent d’elles-mêmes. Reste à savoir ce que les institutions feront de cette mémoire écrite.

 


Cet article Comment l’ONU a été infiltrée par Epstein est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Thierry Oberlé : « On a peut-être trop attendu de Mohammed VI » https://mondafrique.com/a-la-une/thierry-oberle-on-a-peut-etre-trop-attendu-de-mohammed-vi/ Mon, 16 Feb 2026 05:31:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146973 Dans Mohammed VI, le mystère, le journaliste Thierry Oberlé propose un portrait inachevé du souverain marocain, au pouvoir depuis vingt-cinq ans, qu’il n’a pu totalement percer à jour malgré ses efforts. Dans une interview à Mondafrique, il embrasse un quart de siècle de règne avec un regard nuancé, des succès diplomatiques et politiques du roi, […]

Cet article Thierry Oberlé : « On a peut-être trop attendu de Mohammed VI » est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Dans Mohammed VI, le mystère, le journaliste Thierry Oberlé propose un portrait inachevé du souverain marocain, au pouvoir depuis vingt-cinq ans, qu’il n’a pu totalement percer à jour malgré ses efforts. Dans une interview à Mondafrique, il embrasse un quart de siècle de règne avec un regard nuancé, des succès diplomatiques et politiques du roi, à ses échecs de transformation en profondeur de la société marocaine. Un entretien de Thierry Oberlé avec Nathalie Prevost.

Mondafrique : Dans quelle mesure le roi Mohammed VI s’est-il inscrit en rupture contre son père Hassan II et quel rôle a joué leur relation dans ses choix politiques à la mort de Hassan II?

Thierry Oberlé : Le jeune Moulay Mohammed a reçu une éducation stricte, sévère et brutale. À l’occasion d’un accident de voiture du prince, Hassan II a dit un jour qu’il avait eu très peur d’abord en tant que roi, à la perspective de la disparition de son successeur.

Mohammed VI a été préparé pour ses fonctions mais cela ne correspondait pas forcément à la personnalité de l’enfant. C’est quelqu’un de discret qui n’a jamais donné d’entretien télévisé en direct. La seule trace que j’ai trouvée, c’est une interview à Antenne 2, quand il était enfant, dans laquelle il disait que son rêve était de pouvoir marcher seul dans les rues de Paris. Déjà, il exprimait ce besoin d’évasion, de liberté. Dans sa jeunesse, il était constamment surveillé. L’entourage du roi disait que c’était pour le protéger mais c’était surtout pour le surveiller. S’il n’a pas suivi d’études en Europe, c’est parce que son père voulait l’avoir toujours sous la main. Il a mesuré lui-même les restrictions de liberté que vivait alors le peuple marocain.

Lorsqu’il arrive au pouvoir, il s’inscrit dans la continuité de son père mais en rupture avec cet environnement de surveillance et de punition. Il manifeste une volonté de liberté plus grande, en apparence en tous cas. Il se débarrasse aussitôt des personnes qui représentent cette autorité qu’il a subie, à l’instar, exemple le plus saillant, de Driss Basri, le ministre de l’Intérieur. Et parallèlement, il s’attaque au récit national en demandant de faire la lumière sur les épisodes les plus sombres du règne de Hassan II. Il monte une commission mémorielle qui s’inspire de celle de l’Afrique du Sud à la fin de l’apartheid, qui va permettre la reconnaissance des crimes commis sous le règne de son père, bien que leurs auteurs ne soient jamais désignés et punis. C’est un pas franchi – même si le processus n’est pas complet– parce que c’est une reconnaissance de la violence d’État. En Algérie, à la fin de la guerre civile, on a juste décidé d’enterrer la mémoire des victimes avec celle des bourreaux, sans chercher à savoir ce qui s’était réellement passé.

Visite d’État d’Emmanuel Macron au Maroc, 28 octobre 2024, derrière Mohammed VI, tout à fait à gauche de la photo, son fils, le prince Moulay Hassan. (Capture d’écran d’une vidéo de la Présidence de la République).

« Le chemin inverse de son père »

Mondafrique : Qu’en est-il de son fils, le prince Moulay Hassan ? Quelle relation paternelle entretient-il avec lui et que sait-on du jeune homme, le futur roi ?

T.O.: On ne sait presque rien de ce jeune homme ou si peu, d’autant que ni lui ni son père n’ont évoqué cette question publiquement. Quand son fils était très jeune, Mohammed VI semble lui avoir donné de l’amour. Il fait le chemin inverse de son père. Il porte beaucoup d’attention à son fils, contrairement à Hassan II qui tenait toujours à ce que son fils soit présent lors des audiences mais privé de parole.

Les circonstances de l’éducation des deux hommes sont très différentes. Hassan II était toujours entouré de femmes ; il avait un harem ; alors que Mohammed VI a divorcé au moment où son fils entrait dans l’adolescence. Visiblement ce divorce a été difficile, accompagné de campagnes très agressives contre son ex-épouse. Mohammed VI semble avoir été un père présent, tout en étant absent, comme il apparaît aussi dans sa façon de gouverner, d’éduquer, de vivre. Une présence-absence. Le fils s’est rangé du côté de sa mère, a vécu avec sa mère, a toujours été très proche d’elle. Lors de la CAN, quand il est apparu publiquement, Moulay Hassan a toujours été filmé dans la tribune d’honneur. Sauf quand sa mère était invitée. Dans ce cas, seules des images volées d’elle ont circulé. Elle est réintroduite dans le circuit parce que son fils va prendre un jour ou l’autre le pouvoir mais elle n’est toujours pas réhabilitée.

Mondafrique : Sur le contenu, sa formation semble s’inscrire dans la continuité de celle que Mohammed VI a lui-même reçue de son père ?

T.O. : Oui mais dans une autre époque. Lorsque Moulay Hassan a passé son bac, il a tout de suite trouvé une université nouvelle prête à l’accueillir aux portes de son domicile, à Rabat. Il y est inscrit en géopolitique et suit souvent les cours en télé-enseignement. Comme son père, il n’a pas été envoyé dans une université française ou américaine. On dit qu’il voulait rester auprès de sa mère mais je n’ai pas pu le confirmer. La princesse Lalla Salma habite au Maroc dans ce qui était la résidence personnelle de Mohamed V, juste à côté de la faculté. Il a appris l’équitation, chose très importante dans la famille royale. Et il a aussi reçu une éducation religieuse dans l’école royale, puisqu’il va devenir le commandeur des croyants.

C’est une continuité dans l’organisation du régime : une monarchie exécutive servie par des cadres du Makhzen, sorte d’élite performante qui permet au pays d’avoir des résultats. Toutes les affaires régaliennes sont gérées à ce niveau. Le gouvernement n’est qu’une sorte de gouvernement bis. Les divergences sont invisibles même si, bien sûr, il y a des rivalités à l’intérieur du palais, entre les différents clans. Au début, ils étaient très soudés, c’était tous des camarades d’études du roi. Puis avec le temps sont apparus, comme dans toute entreprise humaine, des rivalités, des ambitions et des désaccords. C’est le lieu du vrai pouvoir. On croit que le Premier ministre est celui qui fait tourner la maison mais en réalité, il n’est là que parce les conseillers du roi, derrière, se sont débrouillés pour qu’il devienne Premier ministre.

La capacité qu’a le royaume d’intégrer les dissidences, de les user et de les recycler est spectaculaire. Ce fut le cas avec la gauche, l’extrême gauche puis les islamistes. Mais ce système arrive en bout de course parce qu’il n’a pas généré de force nouvelle susceptible de renouveler le paysage. Il reste au pouvoir une forme d’oligarchie économique. Le Premier ministre est la deuxième fortune du pays, le roi la première. Leurs fortunes économiques sont elles en mesure d’entraîner dans leur sillage le reste du pays ? Beaucoup en doutent parce que la  concurrence entre les entreprises est faussée. Il y a un plafond de verre pour l’économie marocaine, qui contient le royaume. Le Maroc ne parvient pas à devenir un pays émergent.

Une gouvernance erratique

Mondafrique : Vous dressez un bilan mitigé de l’œuvre politique du roi. Après une période d’ouverture du régime, vous expliquez que le pays est retombé dans les mauvaises habitudes du passé. La gouvernance est-elle clé, selon vous ? Et si oui, comment définiriez-vous celle de Mohammed VI ? Ferme, laxiste, impuissante, complaisante ?

T.O. : L’œuvre politique se résume en un mot : la stabilité. C’est ce qu’attendent les partenaires du pays. Ce n’était pas gagné d’avance. Beaucoup disaient que Mohammed VI serait le dernier roi mais cela n’en prend pas le chemin. Le Maroc a traversé des crises mais il les a surmontées toutes.

En revanche, certaines libertés sont gravées dans le marbre mais pas appliquées. Le pays est entré dans une phase de régression politique après les printemps arabes avec une accentuation de son caractère autocratique. 

Mondafrique : Dans l’environnement tumultueux du Maghreb, le Maroc donne l’impression de s’en sortir plutôt bien.

T.O. : Les régimes de la région sont tombés comme des dominos durant le printemps arabe ! La Tunisie, la Libye, l’Égypte… Les Européens, qui ont besoin d’un partenaire sûr de l’autre côté de la Méditerranée, se satisfont de cette stabilité marocaine. Mais sur le plan politique, les changements sont inachevés. On attend toujours la réforme de la réforme du code de la famille, malgré des avancées. Et c’est ainsi dans d’autres domaines. Certains parlent d’une transition inachevée.

La gouvernance de Mohammed VI, je la qualifierais d’erratique. Des coups d’accélérateur, puis des coups de frein et des retours en arrière. Par exemple, on peut dire que la liberté de la presse a régressé depuis la fin du règne de Hassan II. Il y a plus que jamais des lignes rouges et des tabous. Le cannabis est l’un des plus grands tabous.  

De vraies régressions culturelles 

Mondafrique : Quelles sont les forces qui freinent un développement démocratique du pays et comment s’articulent-elles avec le Palais ?

T.O. : Les Marocains n’ont plus peur du roi mais ils craignent le Palais et son Makhzen, qui ne veut pas que soient abordés certains sujets qui iraient à l’encontre de ses intérêts.

Mondafrique : Dans cette situation, quelle est la part du roi en tant que personne et celle du Makhzen ?

T.O. : Je pense que le roi n’est pas un conservateur mais il mesure le fossé qui le sépare de la société, sa religiosité, la superstition, le conservatisme ambiant. On assiste à de vraies régressions culturelles au Maghreb.

Mondafrique : La société marocaine n’a-t-elle pas beaucoup changé durant le règne de Mohammed VI ? On a vu apparaître une classe moyenne. La pauvreté a reculé. Quelle est la part du roi dans ces progrès?

T.O. : C’est l’œuvre d’abord de la mondialisation. Ce qui s’est développé, sous Mohammed VI, c’est le Maroc utile de Lyautey, qui allait de Rabat à Casablanca au début du règne et qui s’étire maintenant de Tanger jusqu’à Marrakech, en longeant la côte. Autour c’est la pauvreté et l’analphabétisme, qui poussent les habitants à partir en migration. Il y a eu des progrès dans ce Maroc utile mais aussi beaucoup d’éléphants blancs, qui masquent le vide. Derrière l’autoroute ou le TGV, il y a la déshérence. Quand, à la sortie de l’autoroute, tu entres dans Meknès, l’ex capitale impériale, tu découvres une ville négligée. Certes, il y a moins de pauvres et d’analphabétisme au Maroc mais le bond en avant ne s’est pas produit. Peut-être qu’on attendait trop du roi.

« Mohammed VI se sent profondément africain »

Mondafrique : Sur le plan diplomatique, le Maroc a engrangé des victoires sur son rival algérien, liées à son influence bancaire et économique sur le continent ou, récemment, au Sahel. Est-ce à mettre au crédit de Mohammed VI ?

 T.O.: Oui. Parce que Mohammed VI se sent profondément africain. Et il s’est immédiatement tourné vers l’Afrique. Sur 25 ans de règne,  on peut mesurer la progression de la profondeur stratégique du Maroc sur le continent, qui s’est développée de manière importante, au-delà de ses zones d’influence traditionnelles. Avant, il y avait un peu le Gabon, le Sénégal – les confréries de ce pays ont leurs sources d’inspiration au Maroc. Maintenant, le Maroc est présent au Sahel et son influence s’étend jusqu’au Rwanda et ça, c’est nouveau. Côté économique, il est actif dans le domaine de l’exploitation des ressources minières, à travers une compagnie qui appartient au roi, dans le secteur bancaire – où le Maroc tend à remplacer de plus en plus la France – les transports, avec la RAM, l’assurance, la communication. La société de communication du roi à Paris est franco-marocaine et elle s’est développée dès 2017 vers l’Afrique. Le Maroc taille des croupières à l’Algérie et reprend, d’une certaine manière, la place abandonnée par la France. Dans le secteur bancaire et les assurances, quand les Français jugent qu’une activité n’est pas rentable, les Marocains arrivent. Le risque, c’est que les Marocains soient perçus comme de nouveaux colons mais ce n’est pas encore le cas.

Il faut également rappeler que  Le Maroc était la 5e puissance africaine au moment de la mort de Hassan II. C’est toujours le cas. Il n’a pas progressé en termes de classement mais il a progressé en termes d’influence.

Mondafrique : Est-ce la vision de Mohammed VI lui-même, que vous décrivez pourtant plutôt intéressé par le nord que par le sud ?

T.O. : Il allait beaucoup au Gabon du temps d’Ali Bongo. Il pouvait y passer trois ou quatre mois, l’hiver. Avec parfois, un navire militaire au large en cas de putsch. Mais il ne s’est pas battu pour son ami Ali Bongo.

Il se sent Africain comme un Nord-Africain. C’est une composante de son identité. Ça se voit à travers les gens dont il s’entoure. Des artistes noirs, des rappeurs, le judoka français Thierry Riner. Il se sent bien avec eux. Ses potes sont des Arabes, des Blacks. De préférence des gens qui ont réussi mais qui sont partis de rien. Le contraire de ce qu’il est. Un sportif qui a réussi et qui vient de rien, ça lui parle.

Mondafrique : Quelle est la part « africaine » de la monarchie marocaine ?

T.O. : Mohammed VI est un souverain alaouite. Ses ancêtres viennent de l’actuelle Arabie saoudite  et se sont installés à la porte du Sahara. Ils sont imprégnés d’Afrique et ont été au contact de populations noires. Le roi a toujours sa garde noire, qui a défilé le 14 juillet à Paris et fait partie des symboles de la monarchie.

« Macron s’est brouillé avec le Maroc sans réussir à dealer avec l’Algérie »

Mondafrique : Le Maroc est l’un des pays les plus bénéficiaires de l’aide publique au développement française. C’est aussi le pays qui compte le plus d’écoles françaises. C’est un pays clé pour la France. Pourquoi ?

T.O. : C’est un pays clé par l’histoire. Au Maroc, les Français ont fait le contraire de ce qu’ils ont fait en Algérie. Sous le protectorat, les structures traditionnelles ont continué de faire tourner le pays. Le palais et le Makhzen, sous Lyautey, continuent à fonctionner. Ce système de gouvernance est maintenu et par-dessus, se dresse une économie coloniale qui passera ensuite entre les mains de la monarchie. Les grandes entreprises françaises sont présentes dans les secteurs clé et commencent à perdre vraiment du terrain sous Mohammed VI, qui achève la marocanisation engagée par son père. La France a, au Maroc, des intérêts économiques qui n’existent pas avec l’Algérie. Cette situation interpelle Emmanuel Macron quand il devient Président. Il vient de la finance. Il voit l’immense Algérie, une sorte d’empire et, à côté, le Maroc, et il se dit que le travail de mémoire sur le passé colonial engagé par ses prédécesseurs peut, s’il est mené à terme, réconcilier les deux pays et ouvrir le marché algérien à la France. C’était oublier que le régime algérien tire sa légitimité de son combat contre la France et que la rivalité algéro-marocaine, attisée par la montée du nationalisme des deux côtés de la frontière, sont des obstacles rendant la tâche herculéenne. Macron s’est brouillé avec les Marocains sans réussir à dealer avec les Algériens. Il connait l’Histoire mais fait fi des réalités qu’elle engendre. Lorsqu’elles se sont imposées, il a pris la direction de Rabat.

Mondafrique : Et qu’en est-il dans l’autre sens ? Quelle est la relation entre Mohammed VI et la France ? Puise-t-elle dans l’histoire coloniale ? Vous évoquez le racisme français dont Hassan II n’était pas dupe.

T.O. : Hassan II avait, dans sa jeunesse, subi le racisme comme une brûlure. Il admirait la France, sa culture et son mode de vie. Donc il a  acheté deux châteaux. Quand il allait dans l’Oise, c’était le roi de Bez. C’était un homme ambivalent, grandi dans une double culture.

Mondafrique : Et lui, Mohammed VI, que sait-on de sa perception de cette histoire ?

T.O. : Il sait lui aussi ce qu’est le racisme mais sa perception de la France est plus festive. Il était surveillé au Maroc ; Paris, c’était, dans sa jeunesse, la liberté personnelle, l’absence de contrainte. Cela n’a pas tellement changé. Il y a les boutiques de luxe, la sape, même s’il préfère le street wear de luxe aux défilés Chanel. C’est un citadin. Il séjourne dans son hôtel particulier près du Champ de Mars.

Mondafrique : A-t-il des amis français ?

T.O. : Beaucoup de ses amis sont des Franco-Marocains. L’écrivain Rachid Benzine est un vieux pote.

Le Mohammed VI  d’aujourd’hui vit dans l’univers des hyper riches, dans une bulle bling bling un peu déjantée. Il est dans un autre monde que celui de ses sujets.

Sur le plan religieux, il est hors sol : parce qu’il représente Dieu sur terre, il n’a pas le droit de toucher le sol lors de la cérémonie de la Bay’a. Il y apparaissait sur un cheval, jadis et maintenant qu’il est malade, debout dans une voiture. Sur le plan humain, il est également hors sol car le pouvoir et l’argent éloignent.

Mondafrique : Et son fils ? Quelles relations a-t-il avec la France ?

T.O. : La France intéressait la bourgeoisie francophone, la génération d’avant. La génération Z n’est pas spécialement tournée vers la France. Le prince héritier Moulay Hassan en est la meilleure incarnation. Il ne semble pas du tout attiré par Paris, contrairement à son père et son grand-père.

« C’est l’allié américain qui occupe la première place »

Mondafrique : D’autres puissances ont-elles pris la place de la France au Maroc ?

T.O. : Au-delà des Émirats arabes unis, dont le prince est un ami d’enfance du roi et qui sont un allié stratégique du Maroc, c’est l’allié américain qui occupe la première place. Au début du règne, au moment de la guerre contre le terrorisme menée après le 11 septembre 2001 par George W. Bush, Washington a pratiqué la délocalisation de la torture contre al-Qaïda en s’appuyant sur les polices qui étaient jugées efficaces, la Jordanienne et la Marocaine notamment. Puis il y a eu ce moment assez mal vécu par les Français des accords d’Abraham. C’est un grand basculement. Trump, pratiquant son habituelle diplomatie transactionnelle, propose au Maroc de signer les accords d’Abraham – ce qui lui permet d’afficher au grand jour ses relations cachées avec Israël – en échange de la reconnaissance de la marocanité du Sahara. Les visions pragmatiques de Trump et de Mohammed VI s’accordent. Sous Hassan II, il y avait une forme de respect du droit international puisque le roi se pliait à l’avis de La Haye qui exigeait un referendum sur le statut de ce territoire. Mais son fils a compris l’accélération offerte par Trump et s’est immédiatement saisi de l’opportunité.

Mondafrique : Pourtant, la rue marocaine est pro-palestinienne !

T.O. : La rue marocaine est anti-israélienne à fond. Le roi laisse faire les manifestations pro-palestiniennes, comme il se servirait d’une cocotte minute, pour évacuer la pression. 

Il est pleinement dans le camp des Américains et d’Israël. Il s’est précipité pour entrer dans le Conseil pour la paix créé par Trump. Il a l’avantage aux yeux des Américains d’être en bons termes avec Israël, avec les Palestiniens et avec l’Égypte. Il se situe pleinement dans cette galaxie Etats-Unis-Israël-Monarchies du Golfe. Ce rapprochement, il l’a fait au départ pour le Sahara occidental, la grande cause nationale, mais ça lui a permis d’ouvrir des portes. Il avait déjà cette politique vers l’Afrique assez originale et là, maintenant, il ouvre un nouvel axe dans une autre direction.

Mondafrique : Ça prouve qu’il travaille !

T.O. : Rires. On ne sais jamais avec lui s’il chille ou s’il bosse. Cela prouve surtout que le Maroc travaille.

Mondafrique : Pourquoi la relation entre Mohammed VI et Emmanuel Macron a-t-elle été aussi mauvaise ? D’où vient cette colère marocaine contre la France ?

T.O. : La colère des Marocains vient de la punition sur les visas qui a également été infligée à la Tunisie et à l’Algérie en 2022. Les visas ont été divisés par deux pour tenter d’infléchir l’exécution des OQTF, une mesure qui a pourri l’ambiance et n’a pas été efficace. Elle a en revanche alimenté un sentiment anti-Macron.

Par ailleurs, il y a eu le conflit personnel entre Macron et le roi, le premier soupçonnant le deuxième de l’avoir écouté. On ne sait toujours pas si son téléphone a été piraté ou pas, mais il y a eu une tentative de piratage par un logiciel d’écoute israélien qui aurait été acquis par Rabat, ce que le Maroc nie. Les enquêtes ont été maintenues sous les radars pour préserver les apparences de la relation bilatérale. Ce qu’on sait, c’est que beaucoup de gens ont été placés sur écoute : l’ambassadeur de France en Algérie, des responsables algériens, une partie du gouvernement français, les opposants marocains, la famille du roi. Cette affaire a été découverte par un consortium de journalistes qui a prévenu l’Élysée juste avant de publication. À la suite de cela, il y a eu une conversation très vive entre Macron et Mohammed VI, que Mohammed VI n’a pas pardonnée à Macron.

Emmanuel Macron ne s’est jamais intéressé à Mohammed VI. Il ne l’a jamais calculé. Le courant n’est jamais passé. Il l’a rencontré une fois en vitesse, au Palais royal, à l’occasion d’un dîner. Alors qu’avec le président algérien, il s’entendait à merveille.

Pourtant, au moment du tremblement de terre au Maroc, en septembre 2023, Macron a déjà pratiquement pris sa décision de basculer du côté marocain. Le tremblement de terre arrive comme un cheveu sur la soupe. La nuit du séisme, le roi se trouve à quelques centaines de mètres à vol d’oiseau de l’Élysée, dans son hôtel particulier. Il est absent du Maroc, son entourage flotte parce qu’il n’est pas là, Macron se précipite sur les réseaux sociaux pour proposer l’aide de la France et voilà. Nouveau couac. La reconnaissance de la marocanité du Sahara sera retardée encore de quelques mois. En décembre suivant, les Algériens comprennent que les choses se gâtent avec Paris. Macron rétropédale sur la restitution du burnous et du sabre d’Abdel Kader, qu’il avait promise. En juillet 2024, il reconnait la marocanité du Sahara Occidental. Les jeux sont faits.

Mondafrique : Comment expliquez-vous cette très forte influence du Maroc dans la classe politique française ? A-t-elle persisté sous Mohammed VI ?

T.O. : Je pensais qu’elle était en déclin, après avoir connu son apogée du temps de Chirac et de Sarkozy, mais elle a de beaux restes et peut passer par des compromissions.

Mondafrique : Ces agissements ont d’ailleurs été révélés au grand jour à la Commission européenne.

T.O. : À Bruxelles, les enquêtes sur des tentatives de corruption présumée ont été ouvertes sur la base d’informations qui ne pouvaient provenir que des services de renseignement français ou espagnols. Il n’y a pas eu de prolongement judiciaire en France. La diplomatie de la pastilla qu’on a appelé aussi diplomatie de la Mamounia est pourtant une habitude toujours ancrée dans les mentalités. J’ai d’ailleurs constaté que lorsque un débat s’ouvre sur le Maroc, ceux qui reprennent à leur compte le narratif marocain ont souvent des liens d’intérêt avec ce pays. 

Thierry Oberlé, Mohammed VI, le mystère, Flammarion, 2026, 22 euros.

 

 

 

 

Cet article Thierry Oberlé : « On a peut-être trop attendu de Mohammed VI » est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>