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Avec près de 800 apparitions dans les Epstein files, le Sénégal fait partie des pays africains les plus concernés (après l’Afrique du Sud) par ce dossier aux ramifications planétaires. Cité plus de 500 fois, Karim Wade, le fils d’Abdoulaye Wade, est au centre des écrits de Jeffrey Epstein concernant le Sénégal. En effet, l’homme d’affaires voyait en lui un futur Président. 

Par Mor Amar

Au centre de plus de 500 e-mails, Karim Wade est sans doute la personnalité politique sénégalaise la plus exposée. Au Sénégal, ses rapports avec le sulfureux homme d’affaires suscitent pas mal d’interrogations et de zones d’ombre, même si jusque-là, aucun fait compromettant n’est apparu. La relation entre les deux hommes est amicale et nourrie par des dons financiers importants, des services de mise en relation et des projets d’affaires.

Des rapports privilégiés 

Epstein semble avoir beaucoup misé sur celui qui fut le ministre de l’Énergie et de la Coopération internationale d’Abdoulaye Wade. Dans un mail du 29 novembre 2016 adressé à l’influent Larry Summers, ancien secrétaire au Trésor de Bill Clinton puis directeur du Conseil économique national de la Maison Blanche sous Barack Obama, Epstein présentait son ami Wade comme « l’une des personnalités les plus importantes d’Afrique de l’Ouest », qui deviendrait, à coup sûr, Président de la République en 2019 ou 2024. (Karim Wade, alors tout juste libéré après une condamnation à trois ans d’emprisonnement, ne participera pas, finalement, à ces élections, étant déclaré inéligible par le Conseil constitutionnel).

Epstein était convaincu que la condamnation de Karim Wade visait surtout à l’empêcher d’être candidat. « Il se trouve actuellement au Qatar, où il attend son retour au pouvoir, qui est presque garanti. C’est le plus charismatique et le plus rationnel de tous les Africains, et il a leur respect », écrivait Epstein très élogieux. Il répondait à une question de Summers lui demandant « qui est le type avec qui » il lui avait « arrangé un rendez-vous ». 

Dès sa sortie de prison le 24 juin 2016, par l’effet d’une grâce présidentielle, Karim a renoué avec Epstein. En atteste une conversation du 26 juin, moins de 48 heures après sa libération suivie de son « exil » à Doha, au Qatar, à bord d’un jet privé affrété par les plus hautes autorités de ce pays du Golfe où il est installé depuis lors.     

Quand Epstein mobilisait tout Washington pour faire pression sur Dakar 

Les échanges entre Epstein et Karim Wade remontent au moins à l’année 2010, si l’on en croit les documents rendus publics le 30 janvier par le ministère américain de la Justice. Ils sont très fréquents entre 2010 et 2012, avant l’arrestation de Karim Wade, en avril 2013, suivie de sa condamnation en mars 2015 pour enrichissement illicite. Lâché par plusieurs de ses amis, Karim a pu compter sur Epstein qui ne l’a pas abandonné dans sa longue bataille judiciaire contre le régime de Macky Sall.

À sa demande, le financier américain lui fait un don de 100 000 dollars US (environ 55 millions de francs CFA) pour s’attacher les services du cabinet Nelson Mullins à Washington. L’objectif est d’obtenir le soutien des États-Unis pour pousser le Sénégal à donner suite à la décision du Groupe de travail des Nations Unies qui avait déclaré « arbitraire » la détention de Karim Wade. 

Le 20 janvier 2016, Epstein informe les proches de Wade qu’il a payé la note. Les documents montrent également des traces de transactions avec Me Seydou Diagne, un avocat de Karim Wade, pour un montant avoisinant 500 000 dollars US, soit plus de 237 millions de francs CFA. Officiellement, si l’on en croit les Epstein Files, il s’agirait du paiement d’honoraires relatifs à l’assistance juridique dans le cadre du suivi des opérations et des investissements.

Ce qui est curieux pour un observateur, c’est que Karim Wade, condamné pour s’être enrichi illicitement de plus de 69 milliards de francs CFA et condamné à rembourser cette somme ainsi qu’une amende du même montant, semblait alors dans l’incapacité de financer sa défense.

En avril 2016, Bob Crowe, associé au cabinet Partners Nelson Mullins, informe Epstein d’une réunion fructueuse au Département d’État le même jour. « Mon contact travaille en coulisses pour aider à faire pression sur Macky Sall et son administration. Notre ambassadeur apporte également son aide », assure le lobbyiste. Et d’ajouter : « Nous travaillons également avec le Département d’État pour que la détention de Wade soit mise en évidence dans le rapport sur les droits de l’homme au Sénégal pour l’exercice 2017. »

Les résultats d’un lobbying intense

Du côté du Congrès, les résultats semblent moins positifs, à cause de la publication, au même moment, des Panama Papers. Mais les lobbyistes engagés par Epstein s’accrochent. Le 19 mai 2016, dans une lettre adressée à Élisabeth Feliho (assistante de Karim Wade), Vinoda Basnayake, du cabinet Nelson Mullins, annonce une délégation du Congrès au Sénégal. « Cela pourrait être une occasion importante pour rencontrer certains membres très influents du personnel chargés de la politique étrangère », écrit-il à Féliho.

Dans ce cadre, pour faciliter la rencontre, les lobbyistes se sont rapprochés de Yebbie Watkins, l’un des membres du personnel, proche collaborateur de l’influent James Clayburn – responsable au sein du Caucus noir. L’objectif est non seulement de faire connaître l’histoire de Karim Wade à certains leaders du Congrès mais aussi de placer les projecteurs sur son cas.

C’est dans ce contexte que le fils de l’ancien Président est libéré dans la nuit du 23 au 24 juin. En sus du lobbying américain exercé à la demande d’Epstein, d’autres réseaux locaux – en particulier les marabouts – ainsi que qataris ont également pesé dans les tractations.

Macky Sall, Khalifa Sall et Jean-Claude Mimran

Les autres courriers de Jeffrey Epstein liés au Sénégal sont rares. Les recherches sur l’ex président Macky Sall ne font ressortir que 37 résultats, presque tous liés directement à l’affaire Karim Wade. Il y est soit critiqué pour avoir fait emprisonner« arbitrairement » un opposant politique, soit interpellé par le biais d’intermédiaires. Il en va de même pour Khalifa Ababacar Sall, à l’époque maire de Dakar, dont les relations avec Karim Wade étaient exécrables.

Quant à Cheikh Kanté (l’ancien directeur général du Port autonome de Dakar), il est cité dans un mail entre Epstein et le top management de DP Word – l’opérateur principal du Port autonome de Dakar – en l’occurrence Mohammed Sharaf, alors bras droit du PDG de l’entreprise émiratie, le Sultan Bin Sulayem, autre ami d’Epstein et proche de Karim Wade (plus de 4700 occurrences dans les Epstein files.) 

La dernière personnalité du Sénégal qui apparaît furtivement dans l’une des conversations est le patron de la Compagnie sucrière sénégalaise (CSS), le milliardaire français Jean-Claude Mimran, cité comme participant à un dîner, le 10 décembre 2009, avec le prince Andrew. L’expéditeur du mail, dont le nom est masqué, informe Epstein qu’il va « dîner avec Andrew ce soir » et qu’il a également invité le magnat sénégalais du sucre, l’un des hommes les plus puissants du pays.

 

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Mali. Mahmoud Dicko, l’aventure ambiguë https://mondafrique.com/limage-du-jour/mali-mahmoud-dicko-laventure-ambigue/ https://mondafrique.com/limage-du-jour/mali-mahmoud-dicko-laventure-ambigue/#respond Fri, 13 Feb 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147069 De Nouakchott, où il participait à la Conférence africaine pour la paix sponsorisée par les Émirats arabes unis, Mahmoud Dicko a lancé mercredi un appel au dialogue au Mali, qu’il a quitté en décembre 2023 pour trouver refuge en Algérie. L’une des figures les plus influentes et les plus controversées de son pays, à la […]

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De Nouakchott, où il participait à la Conférence africaine pour la paix sponsorisée par les Émirats arabes unis, Mahmoud Dicko a lancé mercredi un appel au dialogue au Mali, qu’il a quitté en décembre 2023 pour trouver refuge en Algérie. L’une des figures les plus influentes et les plus controversées de son pays, à la croisée du religieux et du politique, Dicko n’a jamais occupé de fonction élective. Ancien professeur d’arabe devenu imam, il s’est imposé comme une conscience morale autoproclamée, capable de faire sortir des dizaines de milliers de personnes dans les rues et de peser sur le destin des présidents. Nous reproduisons ici un portrait publié dans sa dernière livraison par le journal d’investigation Le Sphynx.

Par Adama Dramé

Né au milieu des années 1950 dans la région de Tombouctou, Mahmoud Dicko grandit dans un environnement marqué par l’Islam malékite et les traditions peules. Il part très tôt se former en Mauritanie puis en Arabie saoudite, où il se nourrit d’un islam salafiste dont il importera ensuite les codes et la rigueur doctrinale à Bamako.

Dans les années 1980, de retour au Mali, il devient l’imam de la mosquée de Badalabougou, à Bamako, un poste qui lui offre une première tribune religieuse et sociale auprès d’une population urbaine en quête de repères. Ses prêches, mêlant références coraniques et dénonciation des dérives politiques, installent progressivement son image d’homme de foi intransigeant et de médiateur sollicité dans les moments de crise.

Ascension d’un leader islamique

Dans les années 2000, Dicko prend la tête du Haut Conseil islamique du Mali, qu’il préside de 2008 à 2019, transformant cette institution en véritable force de pression sur les pouvoirs publics. À ce poste, il s’illustre par des positions conservatrices. D’abord en 2002, il annonce à la Radio Islamique sise à la Grande Mosquée de Bamako que « les musulmans ont décidé de voter » pour l’ex-Premier ministre Ibrahim Boubacar Keïta, alors candidat à la présidentielle. Puis en 2009, il mène la fronde contre un projet de code des personnes et de la famille jugé trop favorable aux droits des femmes, qu’il parvient à faire profondément réviser.

Son influence dépasse alors le strict champ religieux : il se pose en arbitre des grandes orientations sociales, mobilisant les mosquées, la rue et les radios pour relayer ses mots d’ordre. Cette capacité à transformer une bataille juridique en mouvement populaire fait de lui un interlocuteur incontournable pour les présidents successifs, mais aussi une source d’inquiétude pour les défenseurs de la laïcité.

De soutien du pouvoir à opposant central

Au début des années 2010, Mahmoud Dicko choisit d’abord d’accompagner le pouvoir, soutenant la candidature d’Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) à la présidentielle de 2013, au nom d’un « sursaut moral » promis au pays. Parallèlement, il accepte des missions de médiation sensibles, notamment avec des groupes armés du nord, convaincu que le dialogue avec certains islamistes est indispensable à la paix, ce qui lui vaut des accusations de complaisance.

À partir de 2017, le ton change : déçu par la gouvernance d’IBK, l’imam passe progressivement dans l’opposition et prend la tête de vastes mobilisations populaires contre la corruption, l’insécurité et la crise sociale. En 2019 puis en 2020, ses appels rassemblent des dizaines de milliers de manifestants à Bamako et culminent avec le mouvement M5-RFP, qui réclame la démission du Président, prélude au coup d’État d’août 2020.

Après la « rectification » de mai 2021, le quintet de colonels conduit par Assimi Goïta s’installe durablement au pouvoir. Mahmoud Dicko, qui avait auparavant pesé sur la vie politique, en faisant nommer, de son propre aveu, le Premier ministre Moctar Ouane, se mue alors en opposant et réclame le respect du calendrier initial de transition, avec la tenue d’élections dans les délais annoncés. Une attitude qui intrigue le quintet de colonels.

Exil algérien

Face au durcissement du pouvoir, il quitte le Mali pour l’Algérie en décembre 2023, invité initialement par le président Abdelmadjid Tebboune. Ses proches restent toutefois actifs : le 17 février 2024, ils participent à la création de la Synergie d’action pour le Mali, une coalition de partis et d’associations opposée aux militaires au pouvoir.

La riposte des autorités est rapide : le 6 mars 2024, le gouvernement dissout la Coordination des mouvements, associations et sympathisants (CMAS) de l’imam Dicko. Son coordinateur, Youssouf Daba Diawara, est arrêté en juin 2024 pour participation à une manifestation interdite de la Synergie, puis condamné en octobre à deux mois de prison avec sursis.

Un discours populiste et conservateur

La force de Dicko réside dans un discours qui marie références religieuses, critique virulente des élites et exaltation d’un peuple malien présenté comme trahi par ses dirigeants. Sur les places publiques, il convoque l’histoire des empires ouest-africains pour flatter la fierté nationale, tout en dénonçant les ingérences étrangères et la « décadence » des mœurs importées de l’Occident.

Cette rhétorique s’accompagne de prises de position très conservatrices : il fustige la promotion des droits LGBT, allant jusqu’à interpréter un attentat djihadiste à Bamako comme un « châtiment divin » lié à l’homosexualité, et voit dans le djihadisme une création de puissances occidentales visant à recoloniser le Mali. Des déclarations qui renforcent sa popularité auprès d’une base croyante hostile au libéralisme social, mais alimentent, au Mali comme en Europe, les mises en garde contre un glissement théocratique.

Une figure ambiguë et incontournable

Mahmoud Dicko revendique de ne pas être un homme politique, tout en lançant en 2019 son propre mouvement, la Coordination des mouvements, associations et sympathisants (CMAS), qui fait de son orientation islamiste le socle d’un projet de réforme du pays. Il refuse jusqu’ici de briguer la magistrature suprême, tout en pesant sur les équilibres institutionnels au point d’être perçu, par certains, comme un président potentiel de l’ombre.

Pour ses partisans, il incarne un rempart moral face à une classe dirigeante discréditée et une voix de justice sociale dans un Mali en crise profonde. Pour ses détracteurs, il est un chef religieux ambigu, oscillant entre médiation et radicalisation conservatrice, dont l’irruption au cœur du jeu politique fragilise la laïcité malienne et ouvre une ère d’incertitudes. Un personnage hybride dixit feu l’ex-Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga.

À la fin de l’année 2025, Mahmoud Dicko rejoint un nouveau cadre d’opposition en exil, la Coalition des forces pour la République (CFR), dont le porte-parole est l’universitaire et opposant malien Étienne Fakaba Sissoko. Cette démarche consacre son ancrage dans une opposition extérieure à la junte, structurée autour de figures exilées.

 

 

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Un conseiller Afrique de Marine Le Pen dans les Esptein files https://mondafrique.com/limage-du-jour/un-conseiller-afrique-de-marine-le-pen-dans-les-esptein-files/ https://mondafrique.com/limage-du-jour/un-conseiller-afrique-de-marine-le-pen-dans-les-esptein-files/#respond Thu, 12 Feb 2026 05:41:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146993 Victime collatérale de la publication des Epstein Files, Olivier Colom, ancien sherpa adjoint du président Nicolas Sarkozy et spécialiste de l’Afrique, est rattrapé par ses échanges avec le financier américain : il est nommé plus de 2000 fois dans les 3 millions de documents rendus publics le 30 janvier. L’ancien diplomate passe désormais pour conseiller […]

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Victime collatérale de la publication des Epstein Files, Olivier Colom, ancien sherpa adjoint du président Nicolas Sarkozy et spécialiste de l’Afrique, est rattrapé par ses échanges avec le financier américain : il est nommé plus de 2000 fois dans les 3 millions de documents rendus publics le 30 janvier. L’ancien diplomate passe désormais pour conseiller Marine Le Pen sur le continent.  

Selon le Journal Officiel et sa notice bio au Forum économique mondial, Olivier Colom a exactement le profil social et professionnel de l’élite libérale atlantiste éclaboussée par le scandale Epstein.

Diplômé de l’ENA, promotion Valmy –comme Bruno Le Maire – en 1998, Colom débute une carrière d’administrateur civil, puis il est affecté à l’administration centrale, aux affaires étrangères et à la francophonie. En 2000, il est promu conseiller des affaires étrangères. Sa carrière le conduit ensuite à des postes diplomatiques, au cabinet du ministère délégué en 2002, à l’ambassade de France en Norvège en 2003 – pays où Epstein a cultivé des relais au plus haut niveau – et à Londres, où il est détaché au cabinet de Tony Blair en 2005-2006 puis, l’année suivante, à l’ambassade de France, où il est conseiller politique. Il grimpe une marche après sa nomination, le 6 juin 2007, comme conseiller technique du président Nicolas Sarkozy, où il restera jusqu’à la fin du mandat en 2012.

Du groupe Rotschild à Endeavour Mining 

Ensuite, Colom quitte la fonction publique pour entrer au comité exécutif du groupe Edmond de Rothschild, comme conseiller international, avant d’en devenir le secrétaire général. Rappelons que la présidente du groupe, Ariane de Rothschild, est elle-même très proche de Jeffrey Epstein. Il y croise sans doute un autre compatriote familier du prédateur sexuel, recruté en janvier 2014 comme lobbyiste à l’international: le diplomate Fabrice Aidan. (Ce dernier fait l’objet d’une enquête officielle depuis quelques heures.) Après son départ du groupe, Colomb devient administrateur de plusieurs sociétés appartenant à l’Egyptien Naguib Sawiris, parmi lesquelles Endeavour Mining, qui exploite plusieurs mines d’or en Afrique de l’Ouest. 

En 2013, il échange avec Jeffrey Epstein sur son ami Bruno Le Maire, ancien ministre de Sarkozy, dont il assure qu’il sera candidat à la présidentielle de 2017. « J’adorerais l’aider à lever des fonds. Des idées?« , écrit-il à Epstein. Il se présente comme un très vieil ami de l’actuel secrétaire général de l’Élysée, Emmanuel Moulin – autre conseiller de Nicolas Sarkozy – et semble proche de Gérard Araud, l’ex-ambassadeur de France à Washington. Colomb et Epstein entretiennent des échanges volontiers graveleux, le second essayant d’appâter le premier avec la perspective d’un séjour sur son « île des Caraïbes, avec un aquarium plein de filles. » Les deux hommes s’amusent à comparer les femmes à diverses espèces marines. Notamment des crevettes : « il faut jeter la tête et garde le corps« , suggère Epstein.

Un carnet d’adresses sur le continent

Dans sa dernière livraison, Afrique Intelligence affirme que le diplomate « s’est rapproché au cours des dernières années de l’ex-présidente du Rassemblement national Marine Le Pen, qui le consulte sur les dossiers africains. » La lettre confidentielle écrit qu’il s’agit d’une relation « discrète voire secrète, que les proches de Marine Le Pen préféreraient ne pas voir éventée. » Familier du continent africain, Colom conteste le titre de conseiller mais confirme être consulté « au titre de son « expérience diplomatique passée ». Il a notamment été associé au déplacement de Marine Le Pen au Tchad en mars 2025. 

Les relations entre Jeffrey Epstein et Olivier Colom illustrent, comme la galaxie de mails saisis dans les ordinateurs du financier américain, un réseautage planétaire à haut niveau où les informations et les contacts s’échangent pour des gains en argent, en influence, en carrière ou l’accès à des avantages « exclusifs » en nature : appartement de grand standing, vacances aux Caraïbes, jolies filles blondes et minces. 

 

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Série Epstein-Afrique (3). Libye : les milliards et la guerre https://mondafrique.com/a-la-une/serie-epstein-afrique-3-libye-les-milliards-et-la-guerre/ https://mondafrique.com/a-la-une/serie-epstein-afrique-3-libye-les-milliards-et-la-guerre/#respond Tue, 10 Feb 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146557 L’affaire Epstein ressemble à un tonneau des Danaïdes : chaque jour apporte son lot de révélations. Dans le cadre de sa série Afrique, Mondafrique observe aujourd’hui les échanges sur la Libye, qui prennent une résonance particulière replacés dans le contexte de l’époque. Leur publication coïncide avec l’assassinat de Saïf al-Islam, ce qui souligne une fois […]

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L’affaire Epstein ressemble à un tonneau des Danaïdes : chaque jour apporte son lot de révélations. Dans le cadre de sa série Afrique, Mondafrique observe aujourd’hui les échanges sur la Libye, qui prennent une résonance particulière replacés dans le contexte de l’époque. Leur publication coïncide avec l’assassinat de Saïf al-Islam, ce qui souligne une fois de plus la dimension tragique du destin de ce pays.

Chasse au trésor

En février 2014, au moment du déclenchement des troubles en Ukraine, Jeffrey Epstein écrit à son ami Ehud Barak, ancien Premier ministre israélien : « Avec l’explosion des troubles civils en Ukraine, en Syrie, en Somalie et en Libye, et le désespoir de ceux qui sont au pouvoir, n’est-ce pas parfait pour vous ? » Ce message est l’illustration parfaite d’un cynisme décomplexé, qui voit d’abord des opportunités en or dans les crises géopolitiques, le chaos et la misère du monde.

Selon les documents publiés par le Département de la Justice américain (DOJ) en février 2026, l’intérêt d’Epstein pour la Libye est antérieur à la guerre de 2011. Des e-mails de 2010 montrent des discussions autour de prêts libyens provenant de la Libye et chiffrés en milliards de dollars à destination de Dubaï, impliquant le banquier anglais basé aux Émirats arabes unis Terence Allen et le prince Andrew.

Autour des fonds libyens, un casting international

L’histoire ne dit pas si ces projets ont abouti, mais l’appétit d’Epstein pour ce pays, lui, n’a pas faibli. En mars 2011, alors que Kadhafi est encore au pouvoir, la création du Conseil national de transition et du groupe des « Amis de la Libye », soutenus notamment par la France de Nicolas Sarkozy, s’accompagne d’une résolution du Conseil de sécurité gelant les avoirs libyens à l’étranger. Ces montants sont alors estimés à plus de 80 milliards de dollars.

Trois mois plus tard, en juillet 2011, l’associé du prédateur sexuel et financier, Greg Brown, lui adresse un e-mail décrivant des opportunités financières et juridiques liées au « chaos politique et économique » libyen. Il y est question d’identifier et de récupérer des actifs gelés qualifiés de « volés », avec des commissions à la clé. Brown évoque des discussions avec des cabinets d’avocats internationaux rémunérés au résultat ainsi que l’appui possible d’anciens membres du MI6 britannique et du Mossad israélien pour tracer ces fonds.

Le courriel estime à 80 milliards de dollars les avoirs gelés dans le monde, dont 32,4 milliards aux États-Unis, et avance que les montants réels pourraient être trois à quatre fois supérieurs en fonds souverains détournés. Il évoque des perspectives de gains de plusieurs milliards via des commissions de 10 à 25 % sur 5 à 10 % des sommes récupérées. Il souligne aussi l’enjeu de devenir partenaire privilégié de la Libye pour la reconstruction, estimée à au moins 100 milliards de dollars, en rappelant les réserves énergétiques du pays et son taux d’alphabétisation élevé.

On ignore l’issue de ces projets

Une nouvelle fois, l’histoire ne dit pas sur quel trésor cet aréopage a fini par mettre la main. D’autant, qu’ils n’étaient pas les seuls à chasser les fonds libyens. Tout ce que la planète compte comme escrocs, barbouzes, cabinets d’avocats s’y sont essayés.

Pour preuve, d’autres documents publiés eux en 2019, relient Sidney Blumenthal, conseiller d’Hillary Clinton, dans des démarches de récupérations « d’actifs pillés » à la Libye auxquelles Epstein aurait également participé. Des correspondances du financier prédateur mentionnent un projet de déplacement en Libye via Malte pour discuter de ces sujets, sans précisions de date.

Quinze ans après la guerre de l’OTAN et la chute de Kadhafi, le pays est toujours en proie au chaos, un désordre qui arrange bien des intérêts. Tant que le pays reste fragmenté et divisé, l’État n’est pas en mesure d’exiger la restitution de ses avoirs. Les milliards continuent de dormir ailleurs, d’y produire des intérêts et de susciter des convoitises.

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Série Epstein-Afrique (2) : les amis du milliardaire à Abidjan https://mondafrique.com/a-la-une/serie-epstein-afrique-2-lessor-de-letat-de-surveillance-ivoirien/ https://mondafrique.com/a-la-une/serie-epstein-afrique-2-lessor-de-letat-de-surveillance-ivoirien/#respond Mon, 09 Feb 2026 05:23:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146471 Comme ailleurs dans le monde, les révélations autour de Jeffrey Epstein font beaucoup de bruit en Côte d’Ivoire. En réalité, le pays n’apparaît que de façon marginale dans les millions de pages publiées, essentiellement entre 2012 et 2014. Le sulfureux personnage n’y joue qu’un rôle d’intermédiaire. Le vrai sujet est ailleurs : ces fuites illustrent […]

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Comme ailleurs dans le monde, les révélations autour de Jeffrey Epstein font beaucoup de bruit en Côte d’Ivoire. En réalité, le pays n’apparaît que de façon marginale dans les millions de pages publiées, essentiellement entre 2012 et 2014. Le sulfureux personnage n’y joue qu’un rôle d’intermédiaire. Le vrai sujet est ailleurs : ces fuites illustrent la construction d’un appareil de surveillance destiné à verrouiller le pouvoir d’Alassane Ouattara.

Sous Laurent Gbagbo (2000-2010), la Côte d’Ivoire entretenait des relations étroites avec Israël. Pendant la crise post-électorale de 2010-2011, les autorités israéliennes sont restées très discrètes, ne prenant position ni pour un camp ni pour un autre, au moins publiquement. Lorsqu’Alassane Ouattara arrive au pouvoir en 2011, il ne dispose pas de canaux privilégiés avec Tel-Aviv. La tentative de coup d’État de 2012 change la donne : le Président cherche alors des outils pour sécuriser son fauteuil.

Du partenariat sécuritaire au verrouillage du pouvoir 

C’est dans ce contexte que s’activent l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak et Jeffrey Epstein. Les documents disponibles décrivent un travail méthodique de mise en relation, d’organisation de rencontres et de transmission de propositions pour des systèmes de surveillance des communications. Des proches du pouvoir, comme la nièce d’Alassane Ouattara, Nina Keïta, et Sidi Tiémoko Touré, alors chef de cabinet du président de la République, apparaissent comme points de contact dans ces échanges.

Sur les réseaux sociaux, une photo (voir ci-dessus) d’un déjeuner montrant Hamed Bakayoko – le Premier ministre décédé en 2021– aux côtés de Jeffrey Epstein a été largement commentée. Pourtant, rien dans les documents ne prouve une quelconque proximité entre ces deux hommes. Hamed Bakayoko n’agit ici qu’en tant que ministre de l’Intérieur de l’époque, dans le cadre de ce contrat.

Interception des communications et cyber-surveillance

À partir de 2013-2014, l’État ivoirien renforce fortement ses capacités de surveillance : interception des communications, cyber-surveillance, centralisation du renseignement, montée en puissance d’unités spécialisées. Officiellement, il s’agit de lutte antiterroriste. Dans les faits, ces outils, qui n’ont cessé de s’améliorer, donnent au pouvoir une capacité inédite de suivi des oppositions, des mobilisations et des voix critiques.

Jeffrey Epstein n’a été qu’un facilitateur. L’enjeu réel est l’importation d’un modèle sécuritaire qui a contribué à durcir le contrôle politique en Côte d’Ivoire, comme l’a montré l’élection présidentielle d’octobre 2025.

Israël y a gagné sur tous les tableaux : sur le plan financier, avec de juteux contrats de sécurité pour ses entreprises privées et par la mise en place d’outils qui lui permettent d’accéder à de nombreux renseignements et de surveiller l’importante communauté libanaise en Côte d’Ivoire.

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La CEMAC en panne sèche https://mondafrique.com/limage-du-jour/la-cemac-en-panne-seche/ https://mondafrique.com/limage-du-jour/la-cemac-en-panne-seche/#respond Mon, 09 Feb 2026 05:03:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146830 La communauté d’Afrique centrale se débat dans des difficultés financières d’une ampleur inédite. L’organe dirigeant de la Communauté économique et monétaire des États d’Afrique centrale (CEMAC) est à l’arrêt, faute de ressources financières, a révélé dimanche RFI. Si le site internet de la CEMAC est muet sur le sujet, l’information figure dans une note interne […]

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La communauté d’Afrique centrale se débat dans des difficultés financières d’une ampleur inédite.

L’organe dirigeant de la Communauté économique et monétaire des États d’Afrique centrale (CEMAC) est à l’arrêt, faute de ressources financières, a révélé dimanche RFI. Si le site internet de la CEMAC est muet sur le sujet, l’information figure dans une note interne de la Commission de la CEMAC à laquelle RFI a eu accès. La note évoque une « dégradation continue» de la situation financière de l’organisation, d’une telle gravité qu’elle en menace même la survie, a rapporté le correspondant à Yaoundé de la radio. Toutes les activités prévues au budget 2026 sont suspendues. Seules les activités jugées « hautement stratégiques » seront maintenues. 

En cause, le non versement par les États membres de la taxe communautaire d’intégration supposée alimenter le budget de l’organisation d’Afrique centrale. Cette taxe est perçue par les États sur les importations mais pas reversée systématiquement à la CEMAC, comme cela devrait être le cas. Le Gabon est le seul des pays membres à avoir payé sa quote-part, à hauteur de 10,5 milliards de francs CFA en 2025. Le Cameroun, la Centrafrique, le Congo, le Gabon, la Guinée Équatoriale et le Tchad sont presque tous confrontés à des crises sécuritaires, politiques et économiques sévères. 

Le dernier message officiel du président de la Commission, l’Équato-Guinéen Baltasar Engonga Edjo’o, est un message de vœux du 31 décembre, dans lequel il a dressé, dans sa plus belle langue de bois, «un bilan positif de l’intégration régionale, marqué par une croissance de 2,7 % et le succès des projets intégrateurs.»

Le 22 janvier dernier, une session extraordinaire de la conférence des chefs d’État, accueillie par Denis Sassou N’guesso, avait reflété à mi-mots la situation financière difficile de la zone en mentionnant le rapport du gouverneur de la Banque des États de l’Afrique centrale selon lequel, compte-tenu du «contexte macroéconomique et des perspectives, des mesures urgentes et vigoureuses étaient [nécessaires] pour le redressement de la situation»

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Une foule monstre pour les obsèques du fils de Kadhafi https://mondafrique.com/politique/une-foule-monstre-se-rassemble-a-bani-walid-pour-les-obseques-du-fils-de-kadhafi/ https://mondafrique.com/politique/une-foule-monstre-se-rassemble-a-bani-walid-pour-les-obseques-du-fils-de-kadhafi/#respond Sat, 07 Feb 2026 05:13:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146694 De nombreuses photos et vidéos attestent de la présence, ce vendredi, de milliers de personnes pour accompagner Saïf Al-Islam Kadhafi, l’héritier politique du colonel Kadhafi, à sa dernière demeure, au cimetière de Bani Walid (ouest), berceau de la tribu Ouarfalla loyale à la famille, à 170 km de la capitale. Sur les images, on peut […]

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De nombreuses photos et vidéos attestent de la présence, ce vendredi, de milliers de personnes pour accompagner Saïf Al-Islam Kadhafi, l’héritier politique du colonel Kadhafi, à sa dernière demeure, au cimetière de Bani Walid (ouest), berceau de la tribu Ouarfalla loyale à la famille, à 170 km de la capitale. Sur les images, on peut voir de nombreux drapeaux verts, la couleur du régime renversé en 2011, et des Libyens de tous âges et toutes allures. 

Saïf Al-Islam, assassiné par un commando le 3 février dans sa maison de Zintan, au-nord-ouest du pays, a été inhumé à coté de son grand-père et de son frère Khamis, commandant d’une unité d’élite de l’armée, sans doute tué par une frappe de l’OTAN en août 2011 lors du soulèvement qui a conduit à la chute du régime.

De Syrte à Bani Walid, bataille Est-Ouest

Le premier souhait de la famille était d’inhumer Saïf al-Islam à Syrte, la ville natale de son père, mais Syrte se trouve dans la partie orientale du pays placée sous l’autorité du général Khalifa Haftar. Ce dernier ne s’y est pas opposé formellement mais il a fixé des exigences très strictes – interdiction de toute manifestation de deuil, prohibition de l’affichage de photos ou de slogans liés à Saïf al-Islam et limitation de la période de condoléances à trois jours. Ces conditions ont été rejetées par la famille, a indiqué Aqila Dalhoum, membre de l’équipe de Saïf Al-Islam citée par l’agence de presse APA. Après « une position jugée favorable des habitants de Bani Walid », la décision a donc été prise d’organiser les obsèques dans cette ville située côté ouest, où résident plusieurs membres de la famille Kadhafi. Le ministre de l’Administration locale du Gouvernement d’unité nationale (GUN) basé à Tripoli, Abdulshafi Al-Joufi, a officiellement écrit au maire de Bani Walid pour lui demander de faciliter les procédures logistiques nécessaires à l’enterrement, suite à une requête formelle de la famille et à des instructions émanant du chef du gouvernement, poursuit APA.

Cérémonie d’hommage le 6 février à l’aéroport de Bani Walid.

« La date et le lieu de l’inhumation ont été décidés d’un commun accord par la famille », avait indiqué jeudi sur Facebook Mohamed Kadhafi, demi-frère de Saïf al-Islam, annonçant les funérailles « après la prière du vendredi ». Ce choix, qui « témoigne de notre respect » pour Bani Walid et ses habitants, est un « signe de reconnaissance pour leurs convictions », avait ajouté l’aîné des fils Kadhafi.

Alors que des photos et des noms des suspects de l’assassinat commencent à circuler sur les réseaux sociaux libyens, semblant impliquer tour à tour les deux exécutifs rivaux, de très nombreuses personnes rendent hommage à celui qui fut, pour elles, un symbole de constance et de loyauté, incarnant un dernier espoir d’unité nationale. «La loyauté ne se répand pas par l’argent et ne vient pas avec la menace, les armes et le pouvoir», écrit ainsi un internaute. Un autre ironise, à l’approche du 15e anniversaire de «la glorieuse révolution de février» qui a chassé Kadhafi du pouvoir, sur le bilan de ses réalisations : fracture du pays, spoliation du pétrole, pauvreté et tutelles étrangères. Les conditions de sa mort, l’arme à la main, comme son père et deux de ses frères – Khamis et Moatassem – sont aussi louées comme une preuve de bravoure et d’honneur. 

 

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Série Epstein-Afrique (1) : la nausée mondialisée https://mondafrique.com/politique/dossiers-epstein-la-nausee-et-limpunite-mondialisee/ https://mondafrique.com/politique/dossiers-epstein-la-nausee-et-limpunite-mondialisee/#respond Sat, 07 Feb 2026 05:13:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146468 Si tu veux dîner avec le diable, dit le proverbe, mieux vaut se munir d’une grande cuillère. Dans le dossier Epstein, aucune n’a de tige assez longue. L’affaire ressemble au labyrinthe du Minotaure qui serait submergé par les égouts. Une toile d’araignée planétaire où se croisent figures politiques, fortunes privées et réseaux d’influence en quête […]

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Si tu veux dîner avec le diable, dit le proverbe, mieux vaut se munir d’une grande cuillère. Dans le dossier Epstein, aucune n’a de tige assez longue. L’affaire ressemble au labyrinthe du Minotaure qui serait submergé par les égouts. Une toile d’araignée planétaire où se croisent figures politiques, fortunes privées et réseaux d’influence en quête de sexe, d’argent et de pouvoir. Après bien des atermoiements, le rideau s’est finalement levé. Mondafrique propose une série d’articles consacrés aux apparitions de l’Afrique dans les « Epstein files », où il est surtout question de business, de diplomatie informelle et de réseaux d’influence.

À prendre avec des pincettes 

La divulgation des dossiers Epstein était une promesse de campagne de Donald Trump. Mais plus que le Président lui-même, ce sont surtout ses partisans du mouvement MAGA (Make America Great Again) qui ont exigé que toute la lumière soit faite. Sous pression de ses militants et après beaucoup d’hésitations, l’administration américaine a fini par se résoudre à ouvrir la boîte de Pandore, le 30 janvier dernier.

Si cette affaire suscite autant d’intérêt, c’est en raison de la nature et de la gravité des faits, du statut social des personnes impliquées et de l’impunité dont elles ont bénéficié. Cependant, les noms qui y figurent ne sont pas nécessairement tous liés à des crimes : être cité ne prouve rien en soi. Pour tenter de comprendre et d’y voir clair, il faut réaliser un travail de fourmi, analyser et recouper des centaines de milliers de pages et d’images. Ce travail aurait dû être effectué par les justices nationales, mais cela n’a pas été le cas, notamment en France. Ce vide judiciaire s’explique par les puissants réseaux d’influence où évoluait Jeffrey Epstein. On ne peut donc que se réjouir que cette affaire émerge enfin, à condition de faire le tri.

Qui était Jeffrey Epstein ? 

Né en 1953 à New York dans un milieu populaire, Jeffrey était un financier au parcours atypique, passé de l’enseignement à la gestion de fortune pour des clients très riches, dans des conditions pour le moins intrigantes. Il est condamné une première fois en 2008 en Floride pour proxénétisme de mineures. A la suite d’un accord de plaidoyer très clément qui lui évite des poursuites fédérales plus lourdes, il est libre. Dès cette époque, tout le monde sait.Malgré cela, il a continué à fréquenter des cercles très influents. Jeffrey Epstein meurt en 2019, dans des conditions troubles, alors qu’il était en détention provisoire en attente de son procès.

Sa complice et associée Ghislaine Maxwell, est, elle, toujours en détention. C’est une figure centrale du dossier, fille du magnat de la presse britannique Robert Maxwell, elle-même très introduite dans les milieux mondains et politiques internationaux. L’étendue de leurs carnets d’adresses, mêlant responsables politiques, grandes fortunes, universitaires et figures du show-biz, est époustouflante. Des personnalités comme Bill Clinton, le prince Andrew, Anne de Rothschild ou, en France, Caroline Lang – la fille de Jack Lang – s’y trouvent. Cette capacité à rester socialement fréquentable malgré une condamnation infamante explique en partie pourquoi l’histoire est hors-norme. Elle pose une question persistante : comment Jeffrey Epstein, déjà condamné pour de tels, faits a-t-il pu conserver si longtemps un tel accès aux élites ?

Les pays du Sud globalement épargnés

Le versant africain du dossier tranche avec son cœur judiciaire américain. En Afrique, il est surtout question de voyages d’affaires, de demandes de visas et de connexions politiques, la plupart en lien avec Israël. Plusieurs anciens responsables du renseignement, dont Ari Ben Menashe, ont évoqué les liens entre Jeffrey Epstein et Ghislaine Maxwell et le Mossad depuis les années 1980. Ceci expliquerait l’étendue de leurs contacts sur tous les continents et dans tous les milieux et leurs liens avec l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak.

Dans plusieurs pays africains, comme en Côte d’Ivoire et en Libye, il s’agit bien de contrats financiers en lien avec les intérêts de Tel Aviv.
Pour autant, et en l’état des connaissances à ce jour, il n’y a pas d’allégations crédibles ou documentées d’activités sexuelles criminelles sur le continent. Idem pour la Chine et l’Asie,  où comme en Afrique, il s’agit seulement de connexions diplomatiques ou d’influence. Seule l’Amérique du Sud, principalement le Brésil, a été touchée. Le complice du couple Epstein-Maxwell, le Français Jean-Luc Brunel mort en détention à Paris en février 2022 recrutait des adolescentes, parfois âgées de moins de 16 ans, attirées par les concours de beauté ou les contrats de mannequinat. Néanmoins, la majorité des exactions sexuelles est concentrée aux États-Unis, sur des îles privées des Caraïbes et au Nouveau-Mexique.  

Les pays du Sud apparaissent, pour l’essentiel, en marge du volet criminel de cette affaire. Se dessine, en revanche, le portrait d’une élite mondialisée qui a dominé les cercles du pouvoir, de la finance et de l’influence pendant plus de trente ans. Une élite souvent prompte à donner des leçons de gouvernance ou de morale publique, et que l’affaire rattrape aujourd’hui. À bien des égards, le scandale Epstein ressemble au crépuscule d’un entre-soi globalisé qui s’imaginait intouchable.

Le deuxième article de cette série, sur la Côte d’Ivoire, sera en ligne lundi 9 février. 

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De l’assassinat du fils de Kadhafi au risque d’une reprise de la guerre https://mondafrique.com/a-la-une/mort-du-fils-de-kadhafi-lombre-dune-guerre-en-approche/ https://mondafrique.com/a-la-une/mort-du-fils-de-kadhafi-lombre-dune-guerre-en-approche/#respond Wed, 04 Feb 2026 13:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146475 Les réactions polarisées à sa mort, à Zintan, dans le cadre d'une exécution ciblée, attestent des risques élevés de relance du conflit dans un pays au bord du gouffre.

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De l’héritier réformateur plein de promesses au paria menaçant, le parcours tortueux de Saïf al-Islam Kadhafi résume les contradictions libyennes. C’est la fin d’un symbole. Les réactions polarisées à sa mort, à Zintan, dans le cadre d’une exécution ciblée, attestent des risques élevés de relance du conflit dans un pays au bord du gouffre.  

La scène, décrite par des sources proches de l’entourage familial, est celle d’un assassinat politique ciblé. Mardi 3 février 2026, vers 14h30, quatre assaillants masqués font irruption dans une résidence de la périphérie de Zintan, dans l’ouest de la Libye. Les caméras de surveillance sont neutralisées, les gardes mis hors d’état de nuire. Un échange de tirs éclate dans le jardin. Quand le silence revient, Saif al-Islam Kadhafi, fils de l’ancien Guide et figure à la fois honnie et adulée, gît, mortellement touché. Son geôlier devenu son protecteur dévoué, Ahmed el-Ajmi el-Atri, est légèrement blessé. Les agresseurs disparaissent.

Photo circulant sur les réseaux représentant Saïf al-Islam immédiatement après sa mort. La djellaba blanche apparaît aussi sur d’autres photos un peu ultérieures du cadavre.

Célérité inhabituelle de l’enquête

L’annonce de sa mort, dans la soirée, a envoyé une onde de choc à travers un pays déjà fracturé, ravivant les fantômes du passé et menaçant de réduire à néant des processus politiques fragiles. Le bureau du procureur général, Sedig Essour, a réagi avec une célérité inhabituelle, dépêchant sur place une équipe complète d’enquêteurs et d’experts. Dans un communiqué détaillé publié à l’aube du 4 février, il a confirmé la thèse de l’assassinat par « projectiles mortels » et promis une enquête rapide. Cette réactivité témoigne de la dangerosité politique extrême d’un dossier qui plonge ses racines dans des décennies tumultueuses d’histoire libyenne.

Très récente photo circulant sur les réseaux sociaux de Saïf al-Islam en prière chez lui, à Zintan.

Pour comprendre le choc que représente cet acte, il faut remonter le fil de la vie de l’homme qui en a été la cible. Né le 25 juin 1972 dans le complexe militaro-politique de Beb al-Azizia à Tripoli, Saif al-Islam, deuxième fils de Mouammar Kadhafi et de sa seconde épouse Safia Farkash, a très tôt été projeté sur le devant de la scène. Après des études d’architecture en Libye, il obtient un doctorat en économie à la London School of Economics en 2000 un diplôme dont la légitimité fut ensuite contestée à cause des diverses donations libyennes dont a bénéficié l’université. Sans formation militaire, il reçoit le grade de commandant et prend, en 1998, la tête de la Fondation Kadhafi pour le Développement.

Un héritier qui tente de moderniser le système 

C’est par cette fondation qu’il bâtit sa réputation d’interlocuteur international et de médiateur. Tour à tour, il négocie la libération d’otages allemands aux Philippines (2000), contribue au règlement financier et politique de l’attentat de Lockerbie, œuvre à la libération des infirmières bulgares accusées d’avoir contaminé des enfants au VIH à Benghazi (2007), et joue un rôle dans les négociations secrètes aboutissant à l’abandon du programme d’armes de destruction massive de la Libye en 2003.

Du vivant de Mouammar Kadhafi.

En interne, il se présente comme le visage de la modernisation, portant le projet « Libye de demain » (Libya al-Ghad) qui promet une nouvelle constitution, une économie diversifiée et une ouverture relative. Il parvient même à faire nommer le réformateur Choukri Ghanem au poste de Premier ministre. Mais ses ambitions se heurtent au mur des conservateurs du régime et à l’autorité absolue de son père. Son discours critique de 2008 provoque la fermeture de sa chaîne de télévision. Nommé coordinateur du Comité populaire général en 2009, il devient officiellement la deuxième figure du régime, mais sans pouvoir réel sur un système verrouillé.

2011, la guerre « jusqu’au dernier homme »

Le tournant décisif survient en février 2011. Alors que la révolution éclate, beaucoup espèrent qu’il choisira la conciliation. L’espoir est de courte durée. Le 20 février, face aux caméras, l’héritier réformateur se mue en porte-parole de la répression. Il promet que son père « combattra la révolution jusqu’au dernier homme » et menace : « Nous nous battrons jusqu’au dernier homme, à la dernière femme, à la dernière balle. » Qualifiant les membres du Conseil national de transition d’« ordures », il enterre son image d’ouverture. La Cour pénale internationale émet un mandat d’arrêt contre lui en mai 2011 pour crimes contre l’humanité.

Capturé en novembre 2011 près d’Oubari, il est emprisonné à Zintan, ville qui le protège et refuse de le livrer. Un tribunal libyen le condamne à mort par contumace en 2015, un verdict critiqué par l’ONU pour son manque d’équité. Sa libération en juin 2017 par la brigade Abou Bakr al-Siddiq, proche du maréchal Khalifa Haftar, reste entourée de mystère. Son gardien, Ajmi al-Atiri, devenu son protecteur, déclare alors : « La majorité des Libyens regrette l’ancien régime. Saif al-Islam jouera un rôle clé pour unifier la Libye. » Une alliance tacite avec Haftar est évoquée.

L’éclipse puis le retour : tensions avec Haftar

Pendant près de dix ans, il maintient un silence relatif, avant de refaire surface en juin 2021 dans une interview au New York Times. Le ton n’a pas changé : les révolutionnaires sont des « terroristes, démons et idiots », les Printemps arabes une erreur commise par des « Arabes stupides ». Il ne renie rien du règne paternel, ne concédant que de légers « écarts » dans les années 80. Il dépose sa candidature à la présidentielle en novembre 2021, mais elle est rejetée à cause de ses condamnations pénales, avant d’être rétablie par un tribunal de Sebha, illustrant la bataille juridique autour de son statut.

Les années qui suivent le voient manœuvrer dans un paysage de plus en plus hostile. Après les inondations meurtrières de Derna en septembre 2023, il fustige « l’effondrement de l’État post-2011 » et la corruption des gouvernements. Le printemps 2024 marque la rupture publique avec son ancien protecteur putatif Khalifa Haftar. Des milices de Zintan, pourtant pro-Haftar, annoncent leur soutien à Saïf al-Islam. En réponse, Haftar fait arrêter Ali Bousbayha al-Hasnawi, un chef tribal et médiateur pro-Kadhafi, provoquant des protestations dans le Sud. La photo d’un Saïf al-Islam souriant, levant le pouce devant les montagnes de Zintan, en juin 2024, apparaît alors comme un défi.

C’est dans ce contexte de tension extrême que le drame se noue. Dans les jours précédant l’assassinat, des personnalités de Zintan, comme Abdallah Naker, réclamaient publiquement son arrestation. Selon ses partisans, ses déplacements entre le djebel Nefoussa et la région d’Al-Hamada, axe stratégique vers le sud et les frontières algérienne et tunisienne, étaient étroitement surveillés. Les forces de Haftar auraient resserré « un étau » autour de lui, tentant à plusieurs reprises de le capturer. Quelques jours avant sa mort, son avocate libanaise révélait qu’il craignait d’être « liquidé » par le maréchal.

Un choc et des réactions polarisées

Les accusations ont fusé immédiatement après l’annonce de son décès. Le camp des partisans de Kadhafi et son équipe politique ont pointé du doigt sans ambages des « milices militaires relevant de Khalifa Haftar ». L’analyste politique Abdessalam al-Rajhi a estimé que cette accusation n’était pas une surprise, citant un ancien commandant de Zintan, Ibrahim al-Madani, qui affirmait dans une vidéo avoir reçu l’ordre explicite d’assassiner Saïf al-Islam. « Le camp d’Al-Rajma craignait ses déplacements dans le Sud, où il dispose de soutiens », a déclaré Rajhi, évoquant les arrestations de dizaines de ses partisans et la mise à l’écart d’Hassan al-Zadma, responsable sécuritaire dans le Sud, pour ses contacts supposés avec Kadhafi.

En face, les dénégations ont été tout aussi fermes. La 444e brigade, faction affiliée au gouvernement d’unité nationale dans l’ouest, a nié toute implication, affirmant ne pas être déployée à Zintan. Le silence a été la règle du côté des institutions officielles : le gouvernement d’unité nationale, le Conseil d’État suprême, la Chambre des représentants de Tobrouk n’ont pas commenté. Le camp de l’Est, de Haftar au gouvernement parallèle d’Osama Hammad, est resté muet. Seul Mohamed Bayaou, chef de l’Institution libyenne des médias affiliée à l’Est, a brisé ce silence, de façon glaçante, en qualifiant la mort de Saïf al-Islam de « délivrance pour lui et peut-être pour le pays », rejetant la responsabilité sur ses conseillers.

Pour certains analystes, les motivations sont à chercher dans un calcul politique froid. Les intérêts de Khalifa Haftar et du chef du gouvernement de Tripoli, Abdelhamid Dbeibah, auraient convergé pour écarter un rival encombrant. Sa base de soutien, même réduite, parmi les nostalgiques de l’ancien régime et certaines tribus du Sud (Wirfalla, Zintan), faisait de lui un obstacle électoral potentiel pour les deux hommes. D’autres, comme l’ancien membre du Conseil national de transition Mahmoud Chamam, évoquent des « marques d’appareils extérieurs », qui auraient pu chercher à semer un trouble profitable à certaines puissances étrangères.

Un avenir plus incertain que jamais

L’assassinat survient à un moment critique. La Libye est engagée dans de fragiles pourparlers parrainés par l’ONU, avec des consultations à Tunis, Paris et d’autres capitales, dans l’espoir d’établir une feuille de route électorale. L’envoyé spécial des Nations unies Hanna Tité doit justement présenter son bilan devant le Conseil de sécurité le 18 février. La mort violente d’une personnalité aussi chargée de symboles risque de tout compromettre.

Les observateurs redoutent trois conséquences majeures. Premièrement, un creusement des divisions communautaires et régionales. Ali al-Sallabi, conseiller du Conseil présidentiel pour la réconciliation, a immédiatement mis en garde contre la réouverture de « la plaie du tribalisme et du régionalisme ». Deuxièmement, une entrave au processus électoral. Si Saïf al-Islam n’était pas le favori, sa présence dans l’équation politique contraignait ses rivaux et offrait une voix, certes controversée, à une partie de l’électorat. Son élimination modifie brutalement les calculs. Enfin, le risque d’un cycle de violence est réel. Son équipe politique a averti que ce crime « ne passerait pas inaperçu », laissant craindre des représailles de la part de ses partisans tribaux ou des milices qui le soutenaient.

Face à ce péril, des appels à la raison et à la justice se font entendre. Des figures comme l’ancien président du Conseil d’État suprême Khaled El-Mechri et le conseiller de Saïf al-Islam Abdallah Othman ont exigé une enquête « urgente et transparente ». « Le meurtre en dehors de la loi est un crime injustifiable », a martelé al-Mechri.

Alors que les experts en balistique et médecine légale examinent la scène de crime de Zintan, une question plus vaste et plus sombre plane sur la Libye. Il ne s’agit plus seulement de savoir qui a tiré, ou si la ville qui abritait Saïf al-Islam depuis quatorze ans l’a finalement trahi. La question, désormais, est de savoir si les institutions fantomatiques du pays et la communauté internationale parviendront à empêcher que cet assassinat ne devienne le prélude d’un nouveau chapitre de chaos, anéantissant les derniers espoirs de consensus dans un pays épuisé par près de quinze ans de conflits.

 

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Saïf al-Islam, l’héritier politique de Kadhafi, tué en Libye https://mondafrique.com/a-la-une/saif-al-islam-lheritier-politique-de-kadhafi-tue-en-libye/ https://mondafrique.com/a-la-une/saif-al-islam-lheritier-politique-de-kadhafi-tue-en-libye/#respond Wed, 04 Feb 2026 10:24:46 +0000 https://mondafrique.com/?p=146459 Les sources divergeaient, à chaud, sur les circonstances et le lieu de la disparition du fils cadet de Mouammar Kadhafi, longtemps présenté, du vivant de ce dernier, comme son dauphin politique et resté en Libye après la révolution de 2011. Saïf al-Islam prétendait y jouer un rôle à nouveau. Il s’était présenté aux élections de […]

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Les sources divergeaient, à chaud, sur les circonstances et le lieu de la disparition du fils cadet de Mouammar Kadhafi, longtemps présenté, du vivant de ce dernier, comme son dauphin politique et resté en Libye après la révolution de 2011. Saïf al-Islam prétendait y jouer un rôle à nouveau. Il s’était présenté aux élections de 2021, reportées sine die et il continuait de représenter une menace pour ses rivaux, malgré une discrétion remarquable motivée par des raisons de sécurité. Mondafrique avait retracé son parcours dans un article publié en 2024, que nous republions ici. 

 

Capture d’écran d’une des dernières apparitions publiques de Saïf al-Islam (barbe poivre et sel, djellaba blanche et casquette de base-ball), qu a circulé sur les réseaux sociaux en juin 2024. A côté de lui, le jeune homme levant le pouce est le fils du chef de la milice de Zintan. Ahmed aurait été blessé lors de la mort de l’homme qu’il protégeait.

Enfance et formation

Saif al-Islam Kadhafi est né le 25 juin 1972 dans le complexe militaire de Bab al-Azizia à Tripoli. Il est le deuxième fils du colonel Mouammar Kadhafi et de sa seconde épouse, Safia Farkash. Après des études d’architecture en Libye (diplômé en 1994), il obtient un doctorat en économie à l’Université de Londres en 2000, bien que des doutes aient été émis sur la légitimité de son diplôme en raison de donations libyennes à l’université.

Bien qu’il n’ait jamais suivi de formation militaire, il reçoit le grade de commandant dans l’armée libyenne. En 1998, il prend la tête de la Fondation Kadhafi pour le Développement, une organisation caritative par laquelle il mène diverses activités et participe à des négociations politiques majeures.

Rôle politique et négociations internationales (2000–2011)

Saif al-Islam Kadhafi s’est impliqué dans plusieurs dossiers internationaux, renforçant son image de médiateur capable de résoudre des crises sensibles. Cela lui a valu une certaine popularité en Libye et à l’étranger. Parmi ses interventions marquantes :

  • Libération d’otages étrangers aux Philippines (2000)

À l’été 2000, il négocie avec le groupe Abu Sayyaf, qui détenait des otages allemands, et obtient leur libération contre une rançon de 25 millions de dollars.

  • Règlement politique et financier de l’affaire de Lockerbie

Il contribue à un accord coûteux concernant l’attentat du vol Pan Am 103, qui explosa au-dessus de Lockerbie (Écosse) en 1988, faisant 270 victimes. La Libye reconnaît sa responsabilité et verse 2,7 milliards de dollars d’indemnisation.

  • Résolution de l’affaire des enfants contaminés par le VIH

Entre 1998 et 2007, cinq infirmières bulgares et un médecin palestinien sont accusés d’avoir délibérément infecté 393 enfants libyens avec le VIH à l’hôpital Al-Fateh de Benghazi. Condamnés à mort, ils sont finalement libérés après des pressions internationales et des négociations menées par Saif al-Islam, qui reconnaît les tortures subies par les accusés et les manipulations des enquêteurs libyens.

  • Abandon du programme nucléaire libyen (2003-2004)

En décembre 2003, après neuf mois de négociations secrètes avec les États-Unis et le Royaume-Uni, la Libye renonce à ses ambitions d’armes de destruction massive. Saif al-Islam défend cette décision, affirmant que le pays n’avait jamais possédé d’armes nucléaires mais seulement un programme de recherche.

  • Réformes limitées et « Libye de demain »(libya al ghad)

Porteur d’un projet de modernisation (« Libye de demain »), il propose une nouvelle constitution, une économie diversifiée et des droits humains renforcés. Il nomme même Choukri Ghanem, un réformateur, comme Premier ministre. Cependant, ses initiatives se heurtent aux conservateurs du régime, notamment après un discours critique en 2008 qui entraîne la fermeture de sa chaîne de télévision.

Malgré son influence, Saif al-Islam reste soumis aux volontés de son père. En 2009, il est officiellement nommé coordinateur du Comité populaire général, devenant ainsi la deuxième figure la plus puissante du régime – mais sans pouvoir réellement réformer un système verrouillé.

La révolution du 17 février 2011 et ses conséquences

• Un rôle controversé

Lorsque la révolution du 17 février éclate, tous les regards se tournent vers Saïf al-Islam après le discours de son père. Certains espèrent qu’il apaisera la colère populaire, tandis que d’autres prédisent qu’il restera fidèle à la ligne dure tracée par le Guide. C’est finalement cette seconde option qui se concrétise.

Le 20 février 2011, Saïf al-Islam apparaît à la télévision nationale, alternant menaces et promesses de réformes. Il déclare que son père « combattra la révolution jusqu’au dernier homme » et avertit : « L’armée rétablira l’ordre à tout prix. Nous ne lâcherons pas la Libye. Nous nous battrons jusqu’au dernier homme, à la dernière femme, à la dernière balle. »

Il accuse des exilés libyens d’avoir attisé les violences, tout en promettant un dialogue sur les réformes et des augmentations de salaires. Mais il n’hésite pas à menacer les révolutionnaires, qualifiant les membres du Conseil national de transition (CNT) d’«ordures» et déclarant : « Quand tout allait bien, j’étais un opposant et un réformateur. Mais quand les gens franchissent les lignes rouges, je les frappe avec ma chaussure, et je frappe leur père aussi. »

• Le procès : condamné à mort par contumace (2015)

En mai 2011, la Cour pénale internationale (CPI) émet un mandat d’arrêt contre lui pour crimes contre l’humanité. Capturé en novembre 2011 près d’Oubari, il est emprisonné à Zintan. La Libye refuse de le transférer à la CPI, et un tribunal libyen le condamne à mort par contumace en juin 2015 pour crimes de guerre et corruption, aux côtés de huit autres figures du régime.

Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU exprime alors de « vives inquiétudes », jugeant que le procès ne respectait « pas les normes internationales d’équité ».

• La libération : un mystère politique (2017)

Le 12 avril 2016, son avocat annonce sa libération, bénéficiant d’une « amnistie générale » décrétée par le Parlement de Tobrouk. Mais les autorités locales démentent. Finalement, en juin 2017, la brigade Abou Bakr al-Siddiq (pro-Khalifa Haftar) le libère après cinq ans de détention.

Son gardien, Ajmi al-Atiri, déclare à France 24 : « La majorité des Libyens regrettent l’ancien régime, même ceux qui l’ont combattu. Saïf al-Islam jouera un rôle clé pour unifier la Libye. »

La veille de sa libération, le président du Parlement, Aguila Saleh, appelle à « libérer tous ceux détenus sans preuve », dans un discours perçu comme un soutien indirect à Saïf al-Islam. Des rumeurs évoquent alors une alliance secrète entre lui et Haftar, renforcée par le soutien public d’Ahmed Gaddaf al-Dam, un cousin éminent des Kadhafi au maréchal.

• Un retour qui trouble les équilibres

Pour de nombreux observateurs, la survie de Saïf al-Islam malgré sa condamnation à mort est un signal politique fort. Soutenu par des tribus (comme les Warfalla et les Al-Zintan) et des milices, il pourrait jouer à nouveau un rôle majeur.

La Russie, notamment, plaide pour son inclusion dans le processus politique. Le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Mikhaïl Bogdanov, déclare à Sputnik : « Saif al-Islam doit faire partie de la solution. Personne ne devrait être exclu des élections. » À l’inverse, les États-Unis et le Royaume-Uni y sont fermement opposés. Sa réapparition ravive le spectre de l’ancien régime. Pour ses partisans, il incarne une stabilité perdue ; pour ses détracteurs, un retour à l’autoritarisme. Quoi qu’il en soit, son retour brouille les cartes en Libye – et au-delà.

Le retour politique et la candidature aux élections (2021–2024)

  • Candidature à la présidentielle de 2021

Après dix ans de disparition, Saïf al-Islam Kadhafi rompt le silence en juin 2021 lors d’une interview exclusive à Zintan avec le journaliste américain Robert F. Worth (The New York Times). Il explique avoir volontairement disparu : « J’ai passé dix ans loin des Libyens. Il faut y retourner pas à pas, comme une danseuse effeuilleuse. »

Ses propos reflètent une position inchangée depuis 2011 : aucun regret envers la révolution, qualifiant les manifestants de « terroristes, démons et idiots » et critiquant les printemps arabes : « Les Arabes stupides ont détruit leurs pays. » Il ne remet pas en cause les 40 ans de règne de son père, admettant seulement que « certaines politiques socialistes des années 80 ont peut-être dévié», mais ajoutant qu’il les a corrigées. Il défend même « le Livre Vert », affirmant que « des idées occidentales comme les référendums ou l’actionnariat salarié en sont inspirées. »

Le 21 novembre 2021, il dépose sa candidature à la présidentielle à Sebha, mais la Commission électorale la rejette trois jours plus tard, invoquant « des condamnations pénales » (Article 10 de la loi électorale) et « l’absence de certificat de bonne conduite » (Article 17). Le 2 décembre, un tribunal de Sebha annule cette décision, relançant l’espoir de ses partisans.

  • Manœuvres politiques

Saïf al-Islam accuse les « élites au pouvoir d’avoir saboté les élections ». En décembre 2022, il dénonce « des disputes artificielles pour exclure des candidats gênants » et propose un report de la présidentielle au profit de législatives, afin « d’éviter une nouvelle guerre civile». Son avocat, Khaled Zaidi, publie en janvier 2023 une initiative détaillant cette solution, soulignant « l’urgence de sauver la feuille de route et de respecter la volonté de 2,5 millions de Libyens ».

Évolutions récentes (2023–2024)

  • Prise de position après les inondations de Derna (septembre 2023)

Il attribue la catastrophe à « l’effondrement de l’État post-2011 », dénonçant « des budgets volés et des gouvernements corrompus »« Les Libyens paient pour des conflits absurdes entre des dirigeants sans légitimité », déclare-t-il, soulignant « l’absence totale d’institutions capables de gérer les crises ».

  • Rupture avec Haftar (printemps 2024)

Les tensions éclatent publiquement lorsque des milices de Zintan (pourtant pro-Haftar) annoncent leur soutien à Saïf al-Islam, menaçant de « recourir à la force si on l’exclut des élections ». En réponse, Haftar fait arrêter Ali Bousbayha al-Hasnawi, chef d’un comité de réconciliation pro-Kadhafi, provoquant des protestations dans le Sud.

  • Dernière apparition (juin 2024)

On y voit Saïf al-Islam devant un paysage montagneux, semblable à la chaîne de Jubail, près de la ville de Zintan, à environ 150 kilomètres au sud de Tripoli. Le jeune homme qui lève le pouce à ses côtés, tenant Saïf al-Islam par les épaules, est le fils d’Al Ajmi Al-Atiri, le commandant de la brigade Abou Bakr al-Siddiq, son geôlier devenu son protecteur.Cependant, l’image semble partiellement altérée : le pouce de la main droite apparaît flou et certaines parties de l’arrière-plan peuvent avoir été modifiées pour empêcher une localisation exacte.

Au moment de la photo, le fils de Mouammar Kadhafi est considéré comme une menace pour les projets du général Khalifa Haftar et pour l’entrée de ses fils dans l’arène politique. En effet, depuis des mois, Saïf al Islam est soumis à une dure campagne de répression dans la région du Fezzan, au sud-ouest de la Libye. Les représailles comprennent l’arrestation de ses fidèles, dont un membre de son équipe politique et un notable du Fezzan, Ali Abou Sabiha, un homme de 80 ans. Cela a peut-être poussé Saïf à quitter le Fezzan et à limiter ses déplacements à Zintan, une région où il bénéficie d’une plus grande sécurité.

En avril 2024, peu après la démission de l’envoyé de l’ONU en Libye, le Sénégalais Abdoulaye Bathily, une colonne d’environ 200 véhicules armés a défilé dans les rues de Zintan, jurant fidélité à l’héritier politique du « raïs ».

« Nous, forces sociales, militaires et de sécurité de Zintan, affirmons notre soutien à la candidature de Saïf al Islam Kadhafi aux élections présidentielles, car il bénéficie d’un large soutien populaire, possède de fortes qualités de leadership, est sincèrement engagé envers la nation libyenne et possède de vastes atouts politiques », dit un homme dans la vidéo publiée mi-avril sur les réseaux sociaux des  nostalgiques de l’ancien régime, parlant au nom des « tribus Zintan ».

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