- Mondafrique https://mondafrique.com/politique/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Tue, 26 Aug 2025 08:37:30 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.8.2 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg - Mondafrique https://mondafrique.com/politique/ 32 32 Série Centrafrique (9), le président Touadera malade et contesté https://mondafrique.com/a-la-une/serie-centrafrique-9-la-maladie-de-touadera-complique-la-succession/ https://mondafrique.com/a-la-une/serie-centrafrique-9-la-maladie-de-touadera-complique-la-succession/#respond Sun, 24 Aug 2025 22:19:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=137820 À quelques mois du scrutin présidentiel, l’évacuation sanitaire du président centrafricain Faustin-Archange Touadéra vers la Belgique, le 21 juin dernier, a provoqué une onde de choc à Bangui. Les origines paternelles de l’actuel chef de l’État ajoute encore au malaise général qui entoure le prochain scrutin.  Voici le dernier papier de notre série sur la […]

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À quelques mois du scrutin présidentiel, l’évacuation sanitaire du président centrafricain Faustin-Archange Touadéra vers la Belgique, le 21 juin dernier, a provoqué une onde de choc à Bangui. Les origines paternelles de l’actuel chef de l’État ajoute encore au malaise général qui entoure le prochain scrutin. 

Voici le dernier papier de notre série sur la Centrafrique, un des pays les plus mal en point en Afrique

Barthélémy Kolapo

son hospitalisation dans un établissement spécialisé à Bruxelles soulève des interrogations sur la continuité du pouvoir et ravive les rivalités autour d’une prochaine succession, qui pourrait favoriser celui qui serait choisi pour le poste de vice-président, nouvellement créé par la Constitution de 2023.

Le 20 juin, lors d’une réunion ministérielle, le président Touadéra a été victime d’un malaise sévère : vomissements, défécation involontaire, douleurs abdominales aiguës. De retour à sa résidence de Boy-Rabe, son état s’est aggravé, poussant son médecin personnel à ordonner une évacuation en urgence. Un jet médicalisé affrété par le consul honoraire Dimitri Mozer l’a transporté à Bruxelles, accompagné de son épouse Tina Touadéra et de son médecin.

Admis à l’Hôpital Delta, le président a été pris en charge par le Dr Serge Landen, spécialiste en chirurgie digestive et proctologie. Le diagnostic posé évoque une occlusion intestinale causée par une tumeur compressive, probablement liée à un cancer colorectal avancé. A cette pathologie grave, il faut ajouter plusieurs comorbidités, notamment le diabète, l’hypertension, une obésité marquée, ainsi qu’une une consommation excessive d’alcool, autant de facteurs médicaux qui alourdissent la prise en charge thérapeutique et compromettent ses perspectives de rétablissement de Touadéra… Ce diagnostic a plongé ses proches et les caciques du régime dans un climat de peur ouvrant toutes formes de discussions sur la continuité de l’exécutif.

Hassan Bouba candidat des Russes

La Constitution de 2023 introduit pour la première fois le poste de vice-président, nommé par le président et chargé de suppléer ce dernier en cas d’absence ou de vacance du pouvoir. Ce rôle, hautement stratégique, est au cœur des attentions. Simplice Mathieu Sarandji, compagnon de route et président de l’Assemblée nationale a déjà décliné l’offre, préférant conserver son poste actuel, jugé plus avantageux financièrement, notamment depuis l’augmentation significative des fonds spéciaux à sa disposition.

Le groupe Wagner aurait proposé Hassan Bouba, ancien chef rebelle, suscitant une vive opposition des cadres du régime. D’autres noms circulent mais chaque option semble cristalliser des rivalités internes et des sphères d’influence proche du Président. Touadéra, qui pourrait bien prochainement laisser derrière lui un vide institutionnel préoccupant, serait toujours à la recherche du profil idéal.

Dans un contexte où la stabilité du régime dépend désormais autant de sa santé que de sa capacité à désigner rapidement un successeur qui soit à la fois peu contesté par les cadres du régime et qui bénéficie de son absolue confiance. À quatre mois du premier tour de l’élection présidentielle, le spectre d’une instabilité politique majeure se dévoile de plus en plus. D’autant que le chef de l’État, bien qu’il ait consolidé son emprise sur l’appareil politique, se voit contester la légalité même de son éventuelle candidature. 

Des origines paternelles masquées

Une autre question brûlante reste soigneusement évitée par le pouvoir en place : celle des origines paternelles du président Faustin Archange Touadéra. Une omerta inquiétante entoure ce sujet, pourtant central au regard de la Constitution du 30 août 2023, qui impose des critères stricts pour accéder à la magistrature suprême.

En effet, selon l’article 82 de cette nouvelle Constitution, tout candidat à la présidence doit être « de nationalité centrafricaine d’origine, né de père et de mère centrafricains, et n’avoir jamais acquis une autre nationalité ». Une disposition claire, mais qui pourrait bien se retourner contre son propre instigateur. Car si Touadéra aspire à un troisième mandat, encore faut-il qu’il réponde aux exigences qu’il a lui-même contribué à inscrire dans la loi fondamentale.

Zones d’ombre

Or, depuis plusieurs années, des zones d’ombre persistent autour de la filiation paternelle du chef de l’État. Le jeune Faustin-Archange, élevé par sa maman Ngbaka-Mandja, originaire de Damara, et d’un chauffeur peul qui a travaillé à Bangui pour la société de transports SDV qui ne disposait pas de la nationalité centrafricaine. Le Président est donc aujourd’hui en peine de pouvoir prouver sa centrafricanité… La présidence centrafricaine n’a ainsi jamais démenti ces faits, en publiant clairement l’acte de naissance du Président pour lever les doutes de la population. A tel point qu’aujourd’hui, alors que s’ouvre une période électorale majeure pour le pays, le silence sur ce sujet devenu tabou est devenu assourdissant.

Le Mouvement Cœurs Unis (MCU), parti présidentiel, semble avoir repris cette stratégie du silence sur ce sujet. Aucun cadre du parti ne s’est exprimé pour clarifier la situation. Ce mutisme alimente les soupçons et donne du grain à moudre aux opposants, qui dénoncent une manœuvre pour contourner les règles constitutionnelles. Anicet Georges Dologuélé, ancien Premier ministre et figure de l’opposition, n’a pas hésité à qualifier la question des origines de Touadéra de « question nationale ». Il appelle à la transparence, estimant que le peuple centrafricain a le droit de savoir si son président respecte les critères d’éligibilité qu’il a lui-même promulgués.

Au-delà des considérations juridiques, c’est la légitimité démocratique qui est en jeu. Peut-on accepter qu’un candidat se présente sans répondre aux exigences constitutionnelles ? Peut-on tolérer que des zones d’ombre subsistent sur un sujet aussi fondamental que la nationalité d’origine ? Le silence du président et de son entourage pourrait être interprété comme une tentative de dissimulation. Et dans un pays où la transparence institutionnelle est déjà fragile, cette attitude risque de fragiliser davantage la confiance des citoyens envers leurs dirigeants.

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Série Centrafrique (7), l’incroyable constellation des groupes armés https://mondafrique.com/a-la-une/lincroyable-constellation-des-groupes-armes-en-centrafrique/ https://mondafrique.com/a-la-une/lincroyable-constellation-des-groupes-armes-en-centrafrique/#respond Fri, 22 Aug 2025 03:40:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=93561 Les groupes rebelles armés qui se multiplient ont intensifié leurs attaques sur le territoire Centrafricain et menacent encore et toujours le rétablissement d’une vie politique normale dans ce pays.       Les accrochages avec les forces gouvernementales ou des milices affiliées pourraient augmenter ce mois-ci. Un tour d’horizon de ces groupes rebelles permet de […]

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Les groupes rebelles armés qui se multiplient ont intensifié leurs attaques sur le territoire Centrafricain et menacent encore et toujours le rétablissement d’une vie politique normale dans ce pays.
 
 
 
Les accrochages avec les forces gouvernementales ou des milices affiliées pourraient augmenter ce mois-ci. Un tour d’horizon de ces groupes rebelles permet de mieux évaluer les forces en présence.
 
Des membres du mouvement Coalition des patriotes pour le changement (CPC), en janvier 2021. AFP – ALEXIS HUGUET
 
La Coalition des patriotes pour le changement (CPC) :
 
Créée en décembre 2020 à la veille de l’élection présidentielle centrafricaine, avec l’objectif de renverser le président Touadéra et de chasser les russes de Wagner, la CPC réunit les groupes armés les plus puissants du pays, à savoir  le Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC), le mouvement Retour, réclamation et réhabilitation (3R), l’Unité pour la paix en Centrafrique (UPC), le Mouvement patriotique pour la Centrafrique (MPC) et les deux principales factions anti-balaka (Mokom et Ngaissona). D’autres mouvements tels que le PNRC ou la coalition Siriri n’ont pas officiellement rallié cette coalition mais gravitent autour via des alliances et une mobilité des miliciens d’un groupe à l’autre.
 
L’initiateur et principal coordonnateur de la CPC est l’ancien président centrafricain François Bozizé, bien que ce leadership soit parfois contesté. La coalition comprend aussi deux importants chefs de guerre sous sanction onusienne, Nourredine Adam, du Front Populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC) et Ali Darassa de l’Unité pour la paix en Centrafrique (UPC). 
 
La CPC a été très active dans les mois qui ont suivi sa création. La coalition a tenté de perturber le scrutin présidentiel du 27 décembre 2020 et a même lancé, en janvier 2021, une attaque sur Bangui, qui a été repoussée. L’échec de cette attaque est en partie dû au manque de coordination entre les différents groupes armés de la coalition. S’en est suivi une contre-offensive menée par les forces centrafricaines et leurs alliés russes et rwandais, qui a chassé les rebelles de plusieurs grandes villes, les repoussant vers les zones frontalières avec le Tchad, le Soudan, le Sud-Soudan et la RDC, et vers le triangle Ouadda, Sam-Ouandja, Ouanda-Djallé.
 
Malgré ce repli, la CPC s’est restructurée à partir de fin 2022, augmentant les attaques contre les forces gouvernementales, notamment avec des nouvelles méthodes encore jamais observées en Centrafrique. Les attaques non revendiquées de bases des FACA et de Wagner, notamment à Ndele et Bossangoa, avec des drones artisanaux, sont sans doute à mettre au crédit de la CPC. Malgré sa structure unifiée, la CPC peine encore à se coordonner, offrant une certaine marge de manœuvre aux groupes la constituant.
 
 

Les groupes constituant la CPC « 

À la demande de la France, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté des sanctions à l’encontre du chef de l’UPC, l’un des groupes armés les plus puissants de Centrafrique, le général Ali Darassa
 
 L’Unité pour la Paix en Centrafrique (UPC)
 
Principalement active dans le centre et sud-est de la RCA (préfectures de la Ouaka, Basse-Kotto, Haute-Kotto, Mbomou, Haut-Mbomou), l’UPC est dirigé par Ali Darassa, également chef militaire de la CPC. L’UPC, majoritairement composé de peuls, prétend défendre cette communauté d’éleveurs. La force militaire du groupe est en partie due à ses effectifs de plusieurs milliers d’hommes, à son armement et à l’efficacité de son commandement militaire, ainsi qu’à son accès aux frontières avec le Sud Soudan, à partir d’où il peut s’approvisionner en armement et matériel. Le groupe a en effet pris l’habitude d’acheter des armes et des munitions dans la province Sud-Soudanaise de Tamboura.
 
L’UPC a subi un revers début 2021 avec la trahison de Hassan Bouba, numéro 2 du groupe, retourné par Wagner et le gouvernement. Actuellement ministre de l’élevage, Hassan Bouba a alimenté les autorités centrafricaines en renseignements concernant la CPC et est même parvenu à enrôler des officiers de l’UPC et leurs hommes pour se battre aux côtés de Wagner et du gouvernement.
 
La contre-offensive menée par les forces pro-gouvernementale depuis début 2021 a poussé le groupe à déplacer ses forces du centre du pays vers l’est, notamment vers les zones diamantifères au nord de Bria, ainsi que dans les sous-préfectures d’Ouadda et de Sam- Ouandja, début mai 2022.
 
L’UPC doit depuis 2023 affronter un nouvel ennemi dans le Mbomou et le Haut-Mbomou : la milice d’autodéfense Azande, qui prétend défendre la communauté locale Zandé contre les exactions de l’UPC. Pour affronter cette menace, l’UPC a noué des alliances éphémères avec des factions de la Lord Resistance Army.
 
 
Le général du FPRC Noureddine Adan et son garde du corps
 
Le Front Populaire pour la Renaissance de la Centrafrique (FPRC)
 
Présent dans le nord-est du pays (Vakaga, Bamingui, Haute-Kotto), le FPRC a aujourd’hui pour chef principal Nourredine Adam. Ses effectifs sont estimés à moins de 3000 hommes. Le FPRC connaît une sorte de renaissance depuis fin 2022, après avoir été profondément affaibli en 2019, lorsque les forces gouvernementales sont parvenus à briser l’alliance entre les deux principales communautés composant le groupe : les Roungas et les Goulas. Des représentants de la communauté Goula avaient alors fait sécession du FPRC pour s’associer à la communauté Kara et affronter les Roungas. Cette guerre avait abouti à la reddition de Abdoulaye Hissene, deuxième chef emblématique du FPRC après Nourredine Adam.
 
 
Resté discret sur le plan militaire depuis quelques années, Nourredine Adam, qui appartient à la communauté Rounga, est redevenu actif en 2022, en recrutant un millier d’hommes au Soudan et en y acquérant des véhicules et du matériel militaire, acheminé ensuite au nord de Birao. Il est notamment parvenu à recruter d’anciens éléments mécontents des Rapid Support Forces (RSF), milice paraétatique soudanaise, des membres de la tribu des Rizeigat fidèle à l’ancien commandant Janjawid Moussa Hilal, ainsi que des éléments arabes Misseriya. Nourredine Adam est aussi parvenu à se réconcilier avec des chefs de guerre de la communauté Goula, notamment ceux appartenant au groupe armé RPRC. C’est le cas de Mohamed Ali alias B13 ou Abdelrahman Tourkach. Tom Adam, alias Ben Laden, s’était aussi rapproché de lui, avant d’être tué par des éléments du contingent rwandais de la Minusca en juillet 2023. Ces renforts matériels et humains ont permis à Nourredine Adam de lancer plusieurs attaques en 2023 dans la Vakaga, notamment à Gordil, Sikikedé et Ndah, des localités entourées de mines d’or. En janvier et février notamment, son groupe y a infligé de lourdes pertes aux FACA et aux mercenaires de Wagner. Il est aussi parvenu à prendre en otage une vingtaine de FACA, libérés par la suite.
 
Retour, réclamation et réhabilitation, un des plus puissants et mieux armés de la RCA
 
 
Retour, Réclamation et Réhabilitation (3R)
 
Le groupe Retour, Réclamation et Réhabilitation (3R), présent au nord-ouest du pays (Nana-Mambere, Ouham-Pende, Ouham-Fafa, Lim-Pende) et dirigé par Sembé Bobbo est l’un des plus puissants et mieux armés de la RCA. Ses effectifs dépassent les 3000 éléments. Le groupe est l’un des plus actifs du pays, avec des attaques lancées très régulièrement.
 
Son leader d’origine, Sidiki Abass est décédé en 2021 à la suite d’une attaque contre l’un de ses convois. Son remplaçant Sembé Bobo est un tchadien affilié au chef de guerre Baba Laddé, qui a passé une partie de sa vie à Maroua, au Cameroun. Les 3R se revendiquent comme défenseurs des éleveurs Peuls. Ils ont régulièrement infligé des pertes aux FACA (Forces armées centrafricaines) et à Wagner, notamment via des engins explosifs improvisés et mines qui ont fait leur apparition dans le conflit centrafricain fin 2020. Le groupe multiplie les actions de guérilla, mais a également lancé des attaques d’une ampleur plus importante, comme celle sur le poste de douane de Béloko, principal point de passage de la frontière avec le Cameroun, en janvier 2023.
                                
 
Antibalaka pro-CPC
 
La mouvance antibalaka pro-CPC, majoritairement composée de Gbaya, de Sara et de Mandja, a été affaiblie par l’arrestation des chefs de ses deux principales branches, Maxime Mokom et Patrice Edouard Ngaïssona. C’est désormais l’ancien président François Bozizé qui coordonne ces miliciens, avec l’assistance de ses fils, notamment Jean-Francis, et de quelques figures historiques comme Igor Lamaka.
 
Le 3 mars, François Bozizé, par ailleurs coordonnateur de la CPC a quitté le Tchad pour partir en exil en Guinée Bissau. Les autorités tchadiennes ont également arrêté Maxime Mokom, représentant d’une des deux ailes principales du mouvement antibalaka, en février 2022, et l’ont déféré un mois plus tard devant la Cour pénale internationale à La Haye pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Mokom y a rejoint Ngaïssona, chef de l’autre aile principale du mouvement, déféré à la CPI début 2019.
 
 
 
Le Parti du Rassemblement de la Nation Centrafricaine (PRNC)
 
Officiellement représenté par Nourd Gregaza, le PRNC a été créé en 2019 par des éléments Goulas du RPRC (pro-gouvernemental) mécontents de l’application de l’accord de paix signé à Karthoum. Le groupe, militairement dirigé par Mohamed Ali alias « B13 » s’est rapproché de la CPC en 2022 et a participé à plusieurs prises d’otages, comme l’enlèvement de deux personnels de l’ONU ainsi qu’un agent de l’État en novembre 2022. Des généraux du mouvement comme Tom Adam alias Ben Laden (tué en juillet 2023) ont aussi participé à la prise d’otage d’une vingtaine de FACA en mars 2023. Auparavant, le PNRC avait participé à la guerre contre le FPRC au côté des groupes pro-gouvernementaux MLCJ et RPRC en 2020.
 
Le Mouvement Patriotique pour la Centrafrique (MPC)
 
Créé en 2015, le MPC est présent dans le centre et le nord du pays (Ouham Fafa, Nana Grebizi). Son principal leader est Mahamat al-Khatim, actuellement stationné au Tchad. Le potentiel de nuisance du groupe est aujourd’hui entravé par les rivalités internes et l’incapacité de son chef à exercer un contrôle sur ses combattants, dont certains se battent néanmoins dans les rangs de la CPC. Le groupe compterait moins de 1000 hommes, après la reddition au gouvernement d’un de ses chefs principaux, Hassan Abdramane
 
 
La coalition Siriri
 
La branche armée de la coalition Siriri a été créée en 2022 par Moustapha et Abakar Sabone qui cherchaient ainsi  à s’octroyer une place aux côtés des instances dirigeantes de la CPC. Le groupe est composé d’anciens combattants du FDPC, sans chef depuis l’arrestation d’Abdoulaye Miskine, ainsi que de mercenaires tchadiens et soudanais, dont d’anciens membres des forces de défense et de sécurité soudanaise. Ses effectifs qui ont atteint un millier d’hommes, ont néanmoins fortement diminué, à cause de problèmes de financement, le groupe ne parvenant pas à contrôler des sources de revenus régulières.
 
Le mouvement a compté à son acmé, début 2023, près d’un millier de combattants répartis au nord du pays entre la Vakaga et le Bamingui-Bangoran. Il a reçu fin 2022 un soutien logistique de la part de Shukort Allah, un officier de l’armée soudanaise proche de Musa Hilal, grand rival du général Hemetty. Il a été impliqué dans des combats contre les FACA et Wagner dans la Vakaga, notamment en janvier et février 2023.  

Groupes armés pro-gouvernementaux

 
 
Russes noirs 
 
Les Russes noirs sont d’anciens miliciens, majoritairement anti-balaka et UPC, qui ont fait défection pour devenir auxiliaires des mercenaires de Wagner sur le terrain. Leurs effectifs sont très mouvants mais pourraient atteindre 3000, dirigés par une multitude de chefs. Ils ont pris part à plusieurs massacres dans le Ouaka, notamment à Boyo et Bokolobo. Plusieurs témoignages les accusent d’être impliqués dans l’exécution de neuf ressortissants chinois travaillant dans une mine d’or à Chimbolo.
 
Chez les Russes noirs anciens anti-Balaka, on retrouve le Général Royal, qui officie entre Bakala et Lougba, le Général Akra autour de Tongo Bakary, le Général Dix-Roues autour de Boyo, le général Sossengue autour de Tagbara, et les généraux Marcelin Orogo et « Jojo » à Bambari et alentours, Des combattants de Bambari ont fait défection après l’arrestation de leur chef, le général Edmond. Les anciens UPC ayant rejoint les Russes noirs sont dirigés par trois chefs, le colonel Kiri, “Sanda”, et “Salambaye”. 
 
Anti-Balaka pro-Touadera
 
Certaines factions anti-balaka n’ont pas été recrutées en tant que « Russe noir » mais travaillent néanmoins pour le camp gouvernemental. C’est le cas des Anti-balaka de l’Ombella M’Poko- région d’origine du président Touadera- qui reçoivent leurs ordres d’un député du MCU. Actifs dans la zone entre Kemo et Damara, ils sont dirigés par Dimitri Ayoloma et Benjamin Ingdandji. Dimitri Ayoloma s’était illustré lors de la marche de la CPC sur Bangui, en janvier 2021, en affrontant les rebelles à Grimari en coordination avec les FACA.
 
 
Rassemblement Patriotique pour le Renouveau de la Centrafrique (RPRC)
 
Le RPRC est un groupe armé actuellement pro-gouvernemental, présent dans la Vakaga, créé en 2015, et principalement composé de membres de la communauté Goulas. Les principaux représentants de cette milice sont l’actuel ministre des transport Gontran Djono Ahaba et le Ministre de la justice Arnaud Djoubaye Abazene. 
 
Le RPRC a vu sa capacité fortement diminuée en 2022 après une scission du mouvement provoquée par l’assassinat de Zakaria Damane, emblématique chef militaire du groupe. Après avoir mené ses troupes dans les affrontements contre le FPRC, Damane avait décidé de se concentrer sur ses activités minières et de trafics d’armes, refusant de participer davantage à la stratégie des autorités centrafricaines d’alimenter le conflit entre Goula et Rounga. Ce refus a provoqué des dissensions avec son chef à Bangui, le ministre Djono Ahaba et a finalement abouti à l’assassinat de Damane par des mercenaires de Wagner. Ce meurtre a poussé de nombreux combattants du RPRC à rejoindre la CPC à partir de juillet 2022, après des réunions de coordinations entre représentant du RPRC, du FPRC et de l’UPC. Le mouvement fait partie des quatre groupes armés ayant annoncé leur dissolution en décembre 2022, bien que cette déclaration n’ait pas eu d’effet sur le terrain.
 
Pour rappel, RPRC a été utilisé par le gouvernement à partir de 2019 pour attaquer les positions du FPRC et affaiblir ce groupe dans la Vakaga. Le groupe est parvenu à profiter du conflit communautaire entre Rounga et Goula qui a éclaté cette même année pour recruter de nombreux combattants du FPRC issus de la communauté Goula. Le FPRC est sorti très affaibli des combats, et l’un de ses chefs principaux, Abdoulaye Hissene, s’est rendu au camp gouvernemental.
 
 
Mouvement des Libérateurs Centrafricains pour la Justice (MLCJ)
 
Le MLCJ est un autre groupe armé pro-gouvernemental mené par Gilbert Toumou Deya, actuel ministre en charge du désarmement. Le groupe, dominé par l’ethnie Kara, est présent autour de Birao, et a participé, aux côtés du RPRC, aux affrontements contre le FPRC en 2019-2020. Il a connu une défection importante en 2022, celle de son chef militaire Mahamat Deya, qui a rejoint la CPC.  A l’instar du RPRC, le MLCJ a signé son acte de dissolution en 2022, sans que cela soit suivi d’effet sur le terrain.
 
Milice Azandé Ani Kpi Gbe,
 
Ce groupe dont le nom signifie « la communauté Zandé a trop souffert/ a connu trop de morts » a été officiellement créé en 2023, et prétend protéger la communauté Zandé, majoritaire dans les préfecture du Mbomou et Haut-Mbomou, qui subit depuis des années les exactions de l’UPC et de la LRA. Cette milice qui compterait plus d’un millier d’hommes armés de fusils automatiques, issus des communautés Zandé de Centrafrique, de RDC et du Sud-Soudan, est selon plusieurs sources soutenue et financée par des députés de la majorité présidentielle, afin d’affaiblir l’UPC dans sa zone. La milice a ouvert les hostilités contre l’UPC en mars, avec l’attaque de la ville de Bambouti, frontalière avec le Sud-Soudan. Elle a récemment lancé une attaque contre les positions de l’UPC à Mboki.
 
Autres groupes pro-gouvernementaux
 
D’autres groupes, retournés par le gouvernement et largement inactifs depuis plusieurs années, ont annoncé leur dissolutions en mars 2023 : le FPRC/branche Abdoulaye Hissene, le FDPC/branche Jean Rock Sobi, le MPC/branche Hassan Adramane, la Seleka rénové, et Révolution et Justice.
 

Autres groupes armés

 
L’armée de résistance du Seigneur (LRA)
 
La LRA est considérée comme un des milices les plus meurtrières au monde. Selon l’ONU, elle a tué plus de 100.000 personnes et enlevé plus de 60 000 enfants en Centrafrique, Congo, Ouganda et Soudan du Sud pour en faire des combattants. Elle a été créée aux alentours de 1986, dans le but de renverser le régime présidentiel de Yoweri Museveni d’Ouganda. Son leader Joseph Kony a été inculpé par la CPI en 2005. Divisée en plusieurs sous-entités depuis 2011, le groupe armé a été considérablement réduit et ne représente aujourd’hui plus que 200 membres. Ces derniers mois, des alliances locales ont été signalées entre soldats de la LRA et de l’UPC. Cette coopération visait à repousser la milice Azandé, notamment à Mboki.
 
 
Les groupes armés tchadiens
 
Au moins deux groupes armés tchadiens se sont installés en RCA avec la passivité complice des autorités centrafricaines. Jusqu’ici, ces groupes n’ont pas mené d’actions armées sur le territoire centrafricain, mais sont accusés de vouloir déstabiliser le Tchad.
 
Le premier groupe, le MRST, compterait plus de 1000 hommes, en majorité des membres de la communauté Sara du sud du Tchad, stationnés près de Paoua. En avril dernier, ce groupe est accusé d’avoir mené plusieurs attaques en territoire tchadien, dans la région du Logone Oriental, poussant les autorités tchadiennes à installer une base militaire “robuste” à Goré, non loin de la frontière centrafricaine. En mai dernier, les militaires tchadiens ont annoncé avoir mené une opération conjointe avec l’armée centrafricaine pour neutraliser ce groupe. Plusieurs combattants présumés, ainsi que des civils, ont été tués lors de cette opération. Si les autorités centrafricaines arborent une collaboration de façade avec le Tchad sur le sujet, plusieurs sources évoquent à minima une passivité, voire un soutien de Bangui et de Wagner à cette rébellion.
 
Un autre groupe qui ne compterait qu’une centaine d’hommes, le RPJET, s’est installé dans la Vakaga, dans des grottes autour de Hadjar Fatnah, non loin de Birao. Il est notamment composé de membres de communautés du nord du Tchad et serait en contact avec des groupes rebelles tchadiens stationnés dans le Tibesti. Le chef de ce groupe se trouverait actuellement en France.
 
Le RPJET a publié cette année une demande officielle d’installation sur le territoire centrafricain, que la ministre centrafricaine des affaires étrangères a publiquement refusé. Néanmoins le groupe est toujours stationné non loin de Birao et a reçu quelques armes de Wagner, qui occupait jusqu’en juin dernier une base militaire avancée dans la zone. Malgré la proximité de Birao avec la frontière tchadienne, N’djamena n’a pas été autorisée à y envoyer ses militaires, comme à Paoua.

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Série Centrafrique (5), l’incapacité à acheminer correctement le carburant en RCA. https://mondafrique.com/a-la-une/serie-centrafrique-5-lincapacite-a-acheminer-correctement-le-carburant-en-rca/ https://mondafrique.com/a-la-une/serie-centrafrique-5-lincapacite-a-acheminer-correctement-le-carburant-en-rca/#respond Tue, 19 Aug 2025 13:26:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=137738 Le ministre centrafricain du Développement de l’énergie et des Ressources hydrauliques, Arthur Bertrand Piri, s’est rendu à Kinshasa le 19 août 2025 pour rencontrer son homologue congolaise, Acacias Bandubula. Au cœur des discussions : l’approvisionnement de la République centrafricaine (RCA) en produits pétroliers.  Barthélémy Kolapo Cette rencontre présentée comme une mission importante illustre aux yeux […]

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Le ministre centrafricain du Développement de l’énergie et des Ressources hydrauliques, Arthur Bertrand Piri, s’est rendu à Kinshasa le 19 août 2025 pour rencontrer son homologue congolaise, Acacias Bandubula. Au cœur des discussions : l’approvisionnement de la République centrafricaine (RCA) en produits pétroliers. 

Barthélémy Kolapo

Cette rencontre présentée comme une mission importante illustre aux yeux de tous l’impasse logistique et diplomatique dans laquelle le régime Touadéra a plongé son pays la République Centrafricaine victime de pénuries de carburants récurrentes et sans précédent.

À la tête du ministère de l’Énergie, Bertrand Arthur Piri — neveu du président Faustin-Archange Touadéra — incarne une gouvernance verrouillée, où la loyauté familiale prime sur la compétence. Sans formation technique ni expérience significative, le costume est manifestement trop grand pour Piri qui a hérité d’un portefeuille stratégique qu’il n’a jamais su maîtriser.

À Bangui, les pénuries de carburants sont chroniques. Les files d’attente s’étendent devant les stations-services, dans une atmosphère de résignation et de colère. Le carburant, devenu denrée rare, circule désormais au marché noir à des prix exorbitants et de manière incontrôlée. Cette pénurie ne touche pas seulement les particuliers mais toute l’économie en pâtit ainsi que les services publics : les hôpitaux peinent à faire fonctionner leurs équipements faute de ne pouvoir alimenter les générateurs, les écoles ferment leurs portes, et les services publics sont aussi affectés. L’économie informelle, qui constitue l’épine dorsale de la vie quotidienne en RCA, est en train de s’effondrer. Et face à cette crise, le silence du gouvernement est assourdissant.

Le port de Bangui à l’abandon

Depuis la disparition de Socatraf, le transport fluvial — pourtant vital pour l’approvisionnement du pays — a été confié à Mercure Logistique, une société privée censée relancer le secteur. Mais aucune embarcation ne quitte le port de Bangui. Les bateaux sont à quai, les employés abandonnés, et les infrastructures portuaires se dégradent. Aucun investissement, aucune transparence, aucune fiabilité : Mercure Logistique est devenu le symbole d’un État démissionnaire. Les négociations avec des fournisseurs étrangers sont bloquées ou détournées au profit d’intermédiaires proches du pouvoir, souvent incapables d’assurer la logistique. Le résultat est un effondrement total de la chaîne d’approvisionnement.

Dans ce contexte de crise aiguë, la RCA se tourne vers la République démocratique du Congo (RDC) pour quémander du carburant. Cette démarche met en lumière les contradictions diplomatiques de ce régime : Bangui n’hésite même plus à solliciter Kinshasa tout en renforçant ses liens avec son ennemi juré le Rwanda de Paul Kagamé… Depuis des mois, la collaboration étroite des autorités centrafricaines avec le Rwanda, notamment dans les domaines sécuritaire et économique, suscite colère et incompréhension à Kinshasa. Des officiers rwandais sont présents sur le sol centrafricain, des contrats stratégiques sont signés avec des entreprises rwandaises, et les échanges diplomatiques entre les deux pays se multiplient. Cette double posture illustre un régime aux abois, prêt à toutes les contorsions pour survivre, quitte à saborder sa crédibilité régionale.

 

Les pénuries de carburant à Bangui révèlent les failles profondes d’un système de gouvernance fondé sur l’opacité et l’improvisation. Elles mettent en lumière l’absence de vision stratégique, l’effondrement des infrastructures, et la déconnexion totale entre les cadres de ce régime et les réalités du terrain. Félix Tshisekedi répondra-t-il favorablement aux besoins en carburant de son frère Touadéra au cours des prochaines semaines ? Rien n’est moins sûr…

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Série Centrafrique (4), l’effondrement du système éducatif  https://mondafrique.com/a-la-une/serie-centrafrique-3-leffondrement-du-systeme-educatif/ https://mondafrique.com/a-la-une/serie-centrafrique-3-leffondrement-du-systeme-educatif/#respond Mon, 18 Aug 2025 02:43:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=137657 Le 25 juin 2025, le lycée Barthélemy Boganda de Bangui, symbole historique de l’éducation en République centrafricaine, est devenu le théâtre d’un drame insoutenable. En pleine épreuve du baccalauréat, l’explosion d’un transformateur électrique vétuste a provoqué une panique meurtrière. Barthélémy Kolapo Nous sommes au Lycée Barthélémy Boganda à Bangui ce mercredi 25 juin 2025. Aux environs de […]

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Le 25 juin 2025, le lycée Barthélemy Boganda de Bangui, symbole historique de l’éducation en République centrafricaine, est devenu le théâtre d’un drame insoutenable. En pleine épreuve du baccalauréat, l’explosion d’un transformateur électrique vétuste a provoqué une panique meurtrière.

Barthélémy Kolapo

Nous sommes au Lycée Barthélémy Boganda à Bangui ce mercredi 25 juin 2025. Aux environs de 14 heures, les salles des bâtiments sont bondées. Les élèves passent des épreuves du Baccalauréat.

Soudain, une forte détonation résonne dans l’enceinte du campus. L’explosion d’un transformateur de la société nationale de distribution d’électricité (ENERCA). Un début d’incendie s’en suit.

Mouvement de panique parmi les élèves apeurés. En masse, ils se ruent hors des classes. Certains, tombant à même le sol, finissent piétinés. D’autres, affolés, perdent connaissance. les plus désespérés sautent du 1er étage, se fracturant des membres du corps en atterrissant sur la terre ferme.

Le bilan est accablant : 29 élèves ont perdu la vie, plus de 260 ont été blessés, et des centaines d’autres restent traumatisés. Ce drame, loin d’être un accident isolé, révèle l’état de délabrement avancé du système éducatif centrafricain et l’indifférence glaçante du pouvoir en place.

Une infrastructure en ruine

Le lycée Boganda, pourtant l’un des établissements les plus prestigieux du pays, souffrait depuis des années d’un manque criant d’entretien. Les installations électriques étaient vétustes, les salles surpeuplées, et les dispositifs de sécurité inexistants. L’explosion du transformateur, survenue alors que des techniciens tentaient une réparation improvisée en pleine session d’examen, n’est pas un accident imprévisible : c’est le fruit d’une négligence chronique et d’un abandon institutionnalisé de l’école publique. La responsabilité de l’ENERCA, société nationale d’énergie, est engagée. Sa gestion clanique, ses nominations clientélistes et son manque de rigueur technique sont dénoncés par de nombreux observateurs. Le ministre de l’Énergie, Bertrand Piri, est pointé du doigt pour avoir laissé perdurer une situation dangereuse sans intervention préventive.

 

Un ministre de l’Éducation archétype du politicien sans scrupule, sans valeur, totalement corrompu.

 

Aurélien-Simplice Zingas, ministre d’État à l’Éducation nationale depuis janvier 2024, n’a pas jugé utile de prendre des mesures exceptionnelles pour les candidats affectés. Aucune session de rattrapage, aucun soutien psychologique, pas même une reconnaissance officielle du traumatisme subi. Zingas symbolise aux yeux de la jeunesse la figure d’un homme politique corrompu et opportuniste. Hier, opposant virulent au régime Touadéra, il est aujourd’hui comme par magie l’un de ses plus fervents défenseurs.

Son revirement spectaculaire, marqué par des appels à modifier la Constitution pour permettre au président de rester au pouvoir à vie, démontre à quel point cette piètre figure de la classe politique centrafricaine est prêt à tout pour profiter des avantages d’un poste de ministre. Il a même menti sur ses qualifications académiques en affirmant détenir une licence en droit privé obtenue à l’Université de Bangui, quand nombre d’observateurs évoquent une falsification de son parcours universitaire. À la tête du ministère de l’éducation, il est accusé de détourner les missions éducatives au profit d’opérations de communication politique comme “Kwa ti kodro”, tout en menaçant les chefs d’établissement qui refusent de se plier à ses injonctions.

Une jeunesse sacrifiée

Dans un pays où plus de 70 % de la population a moins de 30 ans, le mépris du gouvernement envers sa jeunesse est une faute politique majeure. L’école devrait être un sanctuaire, un lieu d’émancipation. Et face à cela, le régime oppose l’indifférence, la rigidité bureaucratique et une médiocrité institutionnelle qui confine à l’inhumain. « Nous avons vu nos camarades mourir sous nos yeux. Comment peut-on nous demander de continuer comme si de rien n’était ? » — Témoignage d’un candidat rescapé.

Malgré les antécédents académiques du chef de l’État et de son entourage (Touadéra se plaît même à l’occasion et dans un souci de communication politique à revenir enseigner à l’université de Bangui), le secteur est marqué par l’inaction, la précarité et l’abandon. Les faits sont accablants : aucune construction significative de nouvelles salles de classe depuis des années, des grèves réprimées, des salaires impayés, et une absence totale de planification.

Ce drame s’inscrit dans une longue série de dysfonctionnements : enseignants non payés, programmes obsolètes, écoles sans matériel, fermetures répétées. À l’université de Bangui, les enseignants vacataires réclament trois ans d’arriérés de salaire. Dans les zones rurales, la moitié des élèves du secondaire quittent le système avant la fin de l’année scolaire. Au-delà d’une enquête indépendante et une réforme profonde du système éducatif, toute une génération qui réclame justice, dignité et respect. 

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Série Centrafrique (3): Les opérateurs économiques étranglés https://mondafrique.com/politique/best-of-centrafrique-3-les-operateurs-economiques-etrangles/ https://mondafrique.com/politique/best-of-centrafrique-3-les-operateurs-economiques-etrangles/#respond Mon, 18 Aug 2025 00:37:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=137672  Alors que la République centrafricaine s’enfonce dans une crise économique et institutionnelle, les membres du Groupement interprofessionnel de Centrafrique (GICA) tirent une nouvelle fois la sonnette d’alarme. Face à une administration défaillante, une insécurité persistante et un climat d’affaires délétère, les opérateurs économiques dénoncent l’immobilisme du régime Touadéra, à quelques mois d’élections controversées. Le dernier […]

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 Alors que la République centrafricaine s’enfonce dans une crise économique et institutionnelle, les membres du Groupement interprofessionnel de Centrafrique (GICA) tirent une nouvelle fois la sonnette d’alarme. Face à une administration défaillante, une insécurité persistante et un climat d’affaires délétère, les opérateurs économiques dénoncent l’immobilisme du régime Touadéra, à quelques mois d’élections controversées.

Le dernier rapport de la Banque africaine de développement souligne une croissance du PIB réel de seulement 0,9 % en 2024, avec des perspectives à peine meilleures pour 2025 A. Mais derrière ces chiffres se cache une réalité plus sombre : inflation galopante, déficit budgétaire croissant, et recettes fiscales en berne.

Les membres du GICA, qui représentent les principaux acteurs économiques du pays, font face à :

• Des blocages logistiques dans les zones contrôlées par des groupes armés

• Une administration instable, incapable de garantir la sécurité juridique des investissements

• Une absence de financement, malgré les promesses du RCPCA et du Plan national de développement 2024–2028

Le silence du pouvoir

Depuis le mémorandum remis au gouvernement en 2017, les propositions du GICA — pourtant non budgétaires — ont été ignorées ou diluées dans des discours sans lendemain. En 2025, aucun plan concret n’a été publié pour améliorer l’environnement des affaires.

Le président Faustin-Archange Touadéra, désormais candidat à un troisième mandat controversé, semble davantage préoccupé par la consolidation de son pouvoir que par la relance économique. La réforme constitutionnelle de 2023, qui lui permet de briguer un mandat illimité, a été dénoncée comme illégale par plusieurs juristes et anciens ministres.

Une économie sous perfusion

Le budget 2025, voté en janvier, affiche un déficit de 20,72 milliards de FCFA, financé en grande partie par des partenaires internationaux. Mais les crédits accordés à l’économie réelle restent dérisoires, et les réformes structurelles sont au point mort.

« Nous ne demandons pas des faveurs, nous demandons un cadre sécurisé et prévisible », martèle un membre du GICA sous couvert d’anonymat.

Une année électorale sous tension

À l’approche des élections de décembre 2025, le climat politique se durcit. L’insécurité croissante, la présence de mercenaires étrangers, et les dysfonctionnements de l’Autorité nationale des élections font craindre une crise majeure. Pour les opérateurs économiques, l’incertitude politique est un frein majeur à l’investissement.

Conclusion : L’urgence d’un sursaut

La Centrafrique dispose d’un potentiel immense — ressources naturelles, capital humain, position stratégique — mais reste prise en otage par l’inaction politique et l’insécurité chronique. Le GICA appelle à un véritable dialogue national, à des réformes institutionnelles courageuses, et à une sécurisation immédiate des zones économiques.

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Rejoignez la nouvelle chaine Whatsapp de Mondafrique https://mondafrique.com/confidentiels/rejoignez-la-nouvelle-chaine-whattsapp-de-mondafrique/ Sun, 17 Aug 2025 02:18:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=107637 REJOIGNEZ LA CHAINE WHATTSAPP DE MONDAFRIQUE Mondafrique qui rentre dans sa onzième année d’existence le doit à ses fidèles lecteurs qui résident pour moitié en Europe (majoritairement en France, beaucoup au Canada) et pour moitié dans les pays du Maghreb (surtout en Algérie) , du Sahel (le Niger et le Mali en tète)  et du Moyen […]

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REJOIGNEZ LA CHAINE WHATTSAPP DE MONDAFRIQUE

Mondafrique qui rentre dans sa onzième année d’existence le doit à ses fidèles lecteurs qui résident pour moitié en Europe (majoritairement en France, beaucoup au Canada) et pour moitié dans les pays du Maghreb (surtout en Algérie) , du Sahel (le Niger et le Mali en tète)  et du Moyen Orient (notamment le Liban).

Avec quelques 500000 visiteurs par mois pour le site fondé en 2014, 35000 abonnés sur Instagram et 5000 fidèles de nos pages WhatsApp , « Mondafrique » a imposé une vision pluraliste et originale en matière d’information sur le monde arabe et africain. Depuis le début des guerres en Ukraine et au Moyen Orient, nous ne nous interdisons pas d’accueillir des analyses sur les grands équilibres mondiaux qui ne peuvent pas manquer de se répercuter sur le mode africain et maghrébin. 

Notre positionnement critique vis à vis des pouvoirs en place, la diversité des contributeurs du site -journalistes, diplomates, universitaires ou simples citoyens-, la volonté enfin d’apporter des informations et des analyses qui tranchent avec la reste de la presse ont été nos seules lignes de conduite.  

Notre indépendance est totale.

Nous revendiquons une totale transparence. Deux hommes d’affaires et actionnaires du site, l’un mauritanien et l’autre libanais,  nous permettent de disposer de ressources pour faire vivre le site. Qu’ils en soient remerciés.

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Le fondateur de Mondafrique, Nicolas Beau, contrôle l’actionnariat, ce qui place notre media à l’abri de toutes les pressions.

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Une vaste purge militaire au Mali https://mondafrique.com/a-la-une/une-vaste-purge-militaire-au-mali/ Fri, 15 Aug 2025 05:44:24 +0000 https://mondafrique.com/?p=137632 La situation au Mali est particulièrement tendue, marquée par une série d’arrestations qui secouent l’armée et le pouvoir en place. Sur fond d’une situation économique catastrophique et d’accusations contre les services français dont un agent aurait été arrèté. La rédaction de Mondafrique Des arrestations massives ont eu lieu à Bamako: Entre 36 et 40 militaires […]

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La situation au Mali est particulièrement tendue, marquée par une série d’arrestations qui secouent l’armée et le pouvoir en place. Sur fond d’une situation économique catastrophique et d’accusations contre les services français dont un agent aurait été arrèté.

La rédaction de Mondafrique

Des arrestations massives ont eu lieu à Bamako: Entre 36 et 40 militaires et hauts gradés ont été arrêtés ces derniers jours, dont des figures respectées comme le général Abass Dembélé et la générale Nema Sagara. Les motifs officiels sont flous.  Un communiqué officiel a confirmé les arrestations « pour tentative de déstabilisation ». En coulisse, il s’agirait de neutraliser toute contestation interne à la junte.

Une certitude, l’atmosphère est tendue au Mali. Des témoignages évoquent des cris dans les sous-sols de la DGSE malienne, assimilée à une police politique au service du régime.

La France visée

Lors d’une précédente purge en mai 2022, le gouvernement malien avait évoqué le soutien d’un “État occidental” aux putschistes, sans le nommer. Beaucoup ont vu une allusion à la France. La DGSE française est visée par le pouvoir malien. Un agent nommé “Yann” est cité. La junte semble plutôt mener une opération de consolidation du pouvoir, sous couvert de sécurité nationale.

Depuis le coup d’État militaire du 18 août 2020, la République du Mali semble avoir substitué à la quête de justice et de démocratie un dogme du développement vitrifié : construire des routes, ériger des ponts, découper des rubans — tout en muselant la société civile et en détournant les règles les plus élémentaires de la commande publique.
 
Dans une tribune incisive publiée en juillet 2025, explique le chroniqueur et expert Mohamed AG Ahmedou, l’analyste malien Sambou Sissoko dresse un tableau implacable d’un État devenu le théâtre d’un “hold-up infrastructurel” orchestré au profit d’un cartel d’entreprises aux accointances opaques. COVEC, EGK, EGMK, ATTM : ces noms reviennent avec une régularité métronomique dans les décrets ministériels, les annonces du gouvernement de transition, et les rares contrats consultables. Des noms que l’on croirait sortis d’un roman dystopique, et pourtant, ce sont les véritables bénéficiaires d’un Mali livré à une économie politique de la prédation.
 
Les propos de Sissoko, que certains dans la capitale accusent d’« exagération idéologique », trouvent pourtant un écho bien réel dans les rues de Kayes, dans les cercles de Tombouctou, et jusque dans les villages délaissés du Gourma. À Gossi, Issa AG Alhassane, enseignant à la retraite, soupire: « Ils parlent de routes, mais moi je vois des promesses. Des chantiers qui commencent et ne finissent jamais. Et quand c’est fini, la saison des pluies emporte tout. »
 
Même constat à Sévaré, où Aïcha, commerçante, rit jaune en évoquant les 32,6 milliards de francs CFA alloués à la route Sévaré-Mopti :
« Ils ont goudronné le centre-ville pour les caméras, mais les camions dégradent le peu de route praticable dès la sortie. On sait tous que c’est du théâtre. »
 

La fabrique du consentement autoritaire

 
« Les chantiers d’infrastructures, note Mohamed AG Ahmedou sur son site, sont devenus les piliers d’une gouvernance autoritaire, qui instrumentalise le développement pour consolider le pouvoir. L’autoritarisme malien ne se contente plus de menacer les journalistes ou de dissoudre les partis politiques. Il s’habille désormais d’enrobé bitumineux ».
 
La procédure dite « d’entente directe », mentionnée à de multiples reprises dans les décisions gouvernementales, est systématiquement utilisée pour contourner les appels d’offres ouverts. La législation de l’UEMOA est pourtant claire : sauf urgence avérée, la concurrence est la règle. Mais depuis 2020, aucun audit de la Cour des comptes n’a été publié. Le silence administratif est devenu l’allié le plus fidèle de la captation. Ces projets,  sans exception , ont été confiés à des entreprises proches du pouvoir, souvent sans publication des résultats d’attribution, sans justification technique, sans contrôle parlementaire. 
 
« La commande publique est devenue une affaire privée. » Sissoko
 
Dans les régions nord du pays, cette centralisation économique attise une frustration croissante. Un conseiller municipal d’Anefis confie, sous anonymat: « Le Nord est exclu des décisions économiques, sauf quand il s’agit de sécuriser les convois d’approvisionnement. Aucune route ne sort de chez nous, sauf pour aller vers les mines. »

Une diplomatie du béton 

 
Le COVEC, bras armé économique de Pékin, est emblématique de cette diplomatie du bitume. Là où la Banque mondiale ou la BAD exigent des contreparties en matière de gouvernance et de traçabilité, la Chine se contente de résultats visibles — peu importe la manière.
À Bamako, le nouveau contournement RR9 trône comme un symbole de modernité. Mais aucun rapport n’en détaille les surcoûts, ni l’état d’avancement réel.
 
« La route n’est pas un bien neutre. C’est un choix politique », commente Youssouf Ag Rhissa, chercheur en développement basé à Niamey. 
 
 
 
 
 
 
 

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Série Centrafrique (2), une gestion calamiteuse de la saison des pluies https://mondafrique.com/politique/bangui-une-gestion-calamiteuse-de-la-saison-des-pluies/ Fri, 15 Aug 2025 02:29:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=137621 Alors que les pluies s’abattent sur Bangui en cette saison des pluies 2025, la capitale centrafricaine est à nouveau inondée (comme chaque année). Les risques sanitaires explosent : choléra, paludisme, infections respiratoires. Sans que les autoriés ne réagissent La rédaction de Mondafrique Les subites montées des eaux ravagent notamment les quartiers PK13, Castors et Lakouanga, […]

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Alors que les pluies s’abattent sur Bangui en cette saison des pluies 2025, la capitale centrafricaine est à nouveau inondée (comme chaque année). Les risques sanitaires explosent : choléra, paludisme, infections respiratoires. Sans que les autoriés ne réagissent

La rédaction de Mondafrique

Les subites montées des eaux ravagent notamment les quartiers PK13, Castors et Lakouanga, les caniveaux débordent, les maisons s’effondrent, et les habitants fuient dans la boue et la peur. Les tas d’ordures envahissent les quartiers et les marchés, transformant la ville en un véritable foyer de risques sanitaires. Les autorités en place (Maire de Bangui, ministre des Travaux Publics, Premier Ministre, Président) semblent incapables de prévenir ce type de crise ni répondre à l’urgence.

Les pluies diluviennes de février avaient déjà causé d’importants dégâts matériels dans le nord de Bangui : maisons détruites, commerces ravagés, familles déplacées. Le Forum de Prévision Climatique Saisonnière (PRESAC-20) avait averti dès mars 2025 que la République centrafricaine connaîtrait des précipitations supérieures à la moyenne, avec des risques d’inondations et de vents violents. Ces données auraient dû déclencher des plans d’urgence, des curages de caniveaux, des campagnes de sensibilisation. Rien n’a été fait.

Aucune gestion de crise

Les inondations, un fléau ancestral

Les conséquences humaines sont tragiques. Près de 30 000 personnes sont directement menacées par les inondations à Bangui, selon le ministère des Actions humanitaires. Beaucoup de familles se retrouvent sans abri. L’accès à l’eau potable est compromis, aggravant la situation. Des centaines de maisons et boutiques ont été détruites ou gravement endommagées. Les infrastructures urbaines sont dépassées : routes impraticables, canalisations obstruées, absence de bassins de rétention. Les activités économiques sont fortement perturbées : marchés inondés, commerces fermés, pertes de stocks. Les pénuries d’eau et d’électricité aggravent la crise : les hôpitaux sont paralysés, les produits périssables se décomposent, les administrations tournent au ralenti.

Face à l’inaction, les habitants s’organisent seuls : rigoles creusées à la main, sacs de sable empilés, nettoyage improvisé. La mairie, dépassée, évoque un manque de camions, de carburant et de personnel. Aucun plan de gestion de crise n’a été communiqué. L’urbanisation anarchique continue, aggravant les risques. 

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Série Centrafrique (1), un 65eme anniversaire de l’indépendance calamiteux https://mondafrique.com/politique/centrafrique-le-bilan-calamiteux-du-65eme-anniversaire-de-lindependance/ Thu, 14 Aug 2025 04:39:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=137630 Le pouvoir en place, incarné par le président Faustin-Archange Touadéra, est accusé par une large frange de la société civile d’avoir détourné les institutions au profit d’un clan, tout en laissant le peuple s’enfoncer dans la précarité. Le 13 août 2025 marquait l’anniversaire de cette proclamation d’indépendance contrastant entre les idéaux d’alors et la réalité […]

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Le pouvoir en place, incarné par le président Faustin-Archange Touadéra, est accusé par une large frange de la société civile d’avoir détourné les institutions au profit d’un clan, tout en laissant le peuple s’enfoncer dans la précarité. Le 13 août 2025 marquait l’anniversaire de cette proclamation d’indépendance contrastant entre les idéaux d’alors et la réalité actuelle.

Le 13 août 1960, la Centrafrique accédait à l’indépendance dans l’élan des décolonisations africaines. Barthélemy Boganda, père fondateur, rêvait d’un pays libre, uni, solidaire et juste. Aujourd’hui, ce rêve semble enseveli sous les décombres d’un régime épuisé, opaque et déconnecté.

Selon le PNUD, seulement 14,8 % de la population a accès à l’électricité, avec des délestages constants même à Bangui, et une quasi-absence de réseau dans les zones rurales. L’accès à l’eau potable reste tout aussi critique : plus de 60 % des habitants du pays vivant en milieu urbain n’ont pas de source fiable, et près de 80 % en milieu rural dépendent de puits non sécurisés ou de rivières contaminées. Les routes, en grande majorité non bitumées, sont impraticables pendant la saison des pluies, isolant les régions et bloquant les échanges commerciaux. Ce manque d’infrastructures de base plombe l’économie, limite les investissements, et creuse la pauvreté.

En 2025, la Centrafrique est confrontée à une inflation persistante, le coût de la vie a triplé en dix ans, alors que les salaires des fonctionnaires sont restés figés, notamment ceux des enseignants, qui touchent en moyenne 30 000 FCFA par mois. Le manioc, aliment de base, se vend désormais à plus de 35 000 FCFA le sac, soit plus que le revenu mensuel d’un enseignant vacataire. Le carburant, introuvable dans les stations, se négocie à plus de 1 500 FCFA le litre sur le marché noir, paralysant les transports et faisant grimper les prix des biens essentiels. Cette inflation, combinée à l’absence de revalorisation salariale et à la spéculation non régulée, plombe l’économie informelle, réduit le pouvoir d’achat, et aggrave la pauvreté, qui touche plus de 70 % de la population. Le régime Touadéra, incapable de contrôler les prix ou de protéger les revenus, laisse les Centrafricains s’enfoncer dans la précarité.

Le bilan sanitaire est lui aussi catastrophique. Les infrastructures existantes s’effondrent, et les populations rurales sont livrées à elles-mêmes. Un médecin pour 17 000 habitants en moyenne, et jusqu’à un pour 75 000 dans certaines régions comme Rafaï ou Obo.  Seulement 35 médecins formés par an, alors qu’il en faudrait au moins 1 500 pour atteindre un niveau acceptable de couverture médicale. 16,7 % des donneurs de sang testés positifs à Bangui, sans politique de dépistage ou de prévention à l’échelle nationale. Tout est centralisé à Bangui, laissant les provinces dans un état d’abandon sanitaire total. Aucun plan national de lutte contre les épidémies, aucune campagne massive de sensibilisation, et une formation médicale quasi inexistante.

Sous le régime du président Faustin-Archange Touadéra, l’éducation en République centrafricaine connaît aussi une dégradation alarmante. Malgré les antécédents académiques du chef de l’État et de son entourage, le secteur est marqué par l’inaction, la précarité et l’abandon. Les faits sont accablants : aucune construction significative de nouvelles salles de classe depuis des années, des grèves réprimées, des salaires impayés, et une absence totale de planification. Les infrastructures sont extrêmement vétustes, comme au lycée Boganda, où une explosion a coûté la vie à 29 élèves en juin 2025. Les chiffres confirment l’effondrement : plus de 50 % des enfants abandonnent l’école avant la fin du cycle primaire. Dans les zones rurales, la moitié des élèves du secondaire quittent le système avant la fin de l’année scolaire…

Bangui, une capitale à deux vitesses 

 La situation à Bangui est le reflet d’un effondrement généralisé des conditions de vie. Selon l’Institut Centrafricain des Statistiques (ICASEES), plus de 70 % des ménages vivent dans la pauvreté, et près de 70 % de la population survit avec moins de 2,15 dollars par jour. L’accès aux services de base est catastrophique : 90 % des habitants n’ont pas d’électricité, l’eau potable reste incertaine, et l’état des routes rendent les déplacements périlleux.

L’économie informelle, dernier filet de survie, ne suffit plus à combler le gouffre entre les revenus et les dépenses. La classe moyenne s’effondre, la précarité devient la norme. Fixé officiellement à 10 500 FCFA, le prix du sac de ciment atteint en réalité jusqu’à 14 500 FCFA à Bangui. Cette flambée, due à une spéculation sauvage et à l’inaction des autorités, paralyse les chantiers, bloque l’accès au logement et met des milliers de maçons au chômage. La cimenterie de Nzila, censée produire localement 400 tonnes par jour, est abandonnée depuis 2013, à 73 % d’avancement.

Aucun plan de relance, aucune volonté politique. Résultat : la construction devient un luxe, les loyers explosent, et les quartiers informels s’étendent. Pendant que les familles rêvent d’un toit, le gouvernement reste immobile, et la pauvreté s’enracine. Et la sécurité se dégrade jusque dans la capitale où les braquages se multiplient dans les quartiers populaires de Bangui, facilités par l’absence totale d’éclairage public. Le régime Touadéra abandonne la majorité des citoyens centrafricains à leur triste sort.  

Touadera, le Président des pauvres

Touadéra qui n’hésitait pas à se présenter en 2016 comme le « président des pauvres », semble aujourd’hui plus préoccupé par son confort personnel que par le sort de ses concitoyens. Son récent malaise, suivi d’une évacuation médicale discrète à l’étranger via un jet privé a ravivé les critiques sur l’indécence du train de vie présidentiel. Pendant que le peuple maigrit, le de taille de ce Président s’est inexorablement élargi. Et malgré un bilan calamiteux économique et social calamiteux, il réclame un nouveau mandat, dans un climat de désinformation et de verrouillage institutionnel. À l’occasion de cet anniversaire, nombreux sont ceux qui dénoncent la confiscation de l’indépendance par une poignée qui ne gouverne plus, mais sert uniquement ses intérêts personnels.  

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Série Cameroun (6), l’impossible succession de Paul Biya https://mondafrique.com/a-la-une/lapres-paul-biya-une-epreuve-de-plus-pour-la-france-en-afrique/ Tue, 12 Aug 2025 06:01:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=104888 Alors que Paul Biya va fêter ses 91 ans dont plus de quarante à la tête du Cameroun, sa succession s’annonce comme un défi dans un pays carrefour de l’Afrique centrale francophone. Un entretien avec le chercheur Olivier Vallée. Mondafrique : quelle est l’actualité de la succession de Paul Biya, le doyen des dirigeants d’Afrique […]

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Alors que Paul Biya va fêter ses 91 ans dont plus de quarante à la tête du Cameroun, sa succession s’annonce comme un défi dans un pays carrefour de l’Afrique centrale francophone.

Un entretien avec le chercheur Olivier Vallée.

Mondafrique : quelle est l’actualité de la succession de Paul Biya, le doyen des dirigeants d’Afrique francophone ?

Olivier Vallée : Paul Biya est âgé. Les prochaines élections sont prévues en octobre 2025. Et il faut éviter la contagion des turbulences observées dans toute la région.

Mondafrique : quelle est la situation du Cameroun sur le plan de la sécurité ?

O.V. : Le pays se débat sur deux fronts. Presque tout le nord du pays est sous le contrôle de Boko Haram et de bandits armés. A l’Ouest, le conflit de l’Ambazonie, territoire revendiqué par les anglophones, s’est aggravé. Il a abouti à la coupure du pays en deux. Tout ceci nourrit une conflictualité larvée à l’égard du Nigeria. La sécurité du régime est assurée par les Bataillons d’Intervention rapide (BIR) entraînés par des Israéliens. Le Cameroun s’accommode, de plus, d’une insécurité ambiante très forte, en ville et dans les campagnes.  

Mondafrique : et sur le plan économique, que pèse le Cameroun ?

O.V.: C’est le pays le plus puissant économiquement de la zone franc en Afrique centrale, avec des ressources en pétrole, gaz, bauxite, minerais et, de plus en plus, une forme d’agro-industrie, où prospère un capitalisme indigène puissant. La bourgeoisie vit bien, depuis cinquante ans, de ses rentes diverses, et, sans être forcément favorable à Paul Biya, elle n’est pas très inspirée par le bouleversement qui s’annonce. Par rapport aux critères conventionnels du FMI, le Cameroun se porte plutôt bien. Le groupe français Favre est présent dans le cacao, le poivre, la banane. En zone anglophone, c’est le groupe CDC, dans l’hévéa et l’huile de palme. L’agriculture camerounaise est modernisée et capitalisée. Le secteur clé qui rapporte beaucoup à Paul Biya et son entourage, c’est la forêt, exploitée en association avec la Chine.  

Mondafrique : Paul Biya est-il une personnalité de la Françafrique ?

O.V. : Oui. Mais à l’image du Cameroun, avec des revirements soudains, des formes de rappel de l’histoire coloniale. Le pays n’était pas une colonie française mais placé sous mandat français. Le Président est lié à des réseaux maçonniques et rosicruciens français. Il a grandi dans l’ombre du premier Président Ahmadou Ahidjo, aux côtés duquel l’armée française a très durement combattu les indépendantistes de l’Union des Populations Camerounaises (UPC).

Il ne faut pas oublier non plus que c’est un pays qui est la réunion du Cameroun anglophone et du Cameroun francophone issus du grand  Cameroun sous mandat allemand.

Mondafrique : comment expliquer la longévité de Paul Biya ? Quel est son secret ?

O.V.: Biya a succédé à un Président qui était minoritaire, un Peul issu du nord musulman. La guerre civile qui a fracturé le pays s’est prolongée après l’indépendance, jusqu’au début des années 1970, faisant plusieurs dizaines de milliers de victimes. Biya était très proche d’Ahidjo mais avec lui, le Cameroun a tourné la page de la guerre. Ancien séminariste, c’est un pur produit de l’administration française. Il s’appuie sur sa communauté du centre du pays, le groupe Beti. Il est perçu comme un garde-fou vis à vis des Nordistes, un «démocrate» par rapport à une menace militaire et un homme pacifique, même si son indulgence à l’égard des militants de l’UPC est restée très mesurée. Finalement, tout cela fait que Biya n’apparaît pas comme quelqu’un de négatif ; il a réussi à faire oublier qu’il était très lié à Ahidjo et la réaction française.

Mondafrique : comment le pouvoir a-t-il évolué avec le temps ?

O.V.: Le parti hégémonique, le Rassemblement  démocratique du peuple camerounais (RDPC), est la continuité du parti d’Ahidjo et pour réussir en quoi que ce soit au Cameroun, il faut en être membre. Les gens de l’Ouest, où est né en 1990 le Social Democratic Front (SDF), parti anglophone à prétention nationale, sont systématiquement marginalisés. On assiste à une sorte de partage du pays entre les Bamiléké de l’Ouest dans les affaires et les Béti du centre dans la politique. Au fur et à mesure que Paul Biya a vieilli, le régime s’est peu à peu fossilisé, continuant d’évoluer non pas sur la base d’un consensus mais plutôt d’un raidissement gérontocratique. Aujourd’hui, l’épouvantail du SDF ne fonctionne plus. Mais l’unité des oppositions, dont une partie des leaders est en prison, se fait difficilement sur fond de luttes armées.    

Mondafrique : est-ce qu’on peut parler d’un système Paul Biya ?

O.V. : C’est un régime qui repose sur les cinq doigts d’une main. Et certains disent que l’un de ces doigts est un colonel britannique. La décision est très centralisée. Paul Biya est le moyeu vide de la roue. Son absence permet à la roue de tourner. La plupart des  éliminations et des sanctions ne sont pas prononcées par lui. Ce n’est pas un pouvoir autocratique classique, comme celui qu’exerçaient Sekou Touré ou Omar Bongo. Malgré le culte de la personnalité dont il fait l’objet, Biya joue plutôt sur une forme d’invisibilité, de réserve.

La gouvernance est catastrophique, les détournements systématiques et, de temps à autre, un dignitaire paye ponctuellement, plus pour ses ambitions politiques que ses méfaits. Paul Biya sacrifie volontiers ses proches.

Mondafrique : quels sont les événements qui pourraient déstabiliser la succession de Paul Biya ? 

O.V.  Même s’il y a des facteurs de fragilité, c’est plutôt le positionnement de chacun des éventuels héritiers qui pourrait accélérer la sortie du statu quo avant les prochaines présidentielles. Une révolution de palais n’est pas exclue. On peut imaginer un camp familial qui pense qu’il vaut mieux remplacer le Président avant que d’autres ne le fassent.

L’armée est bien traitée, donc une mutinerie du ventre est peu probable.  

Mondafrique : sur le plan international, quels sont les alliés de Paul Biya ?

O.V.: Il y a un consensus international occidental sur sa personne. Et si jamais il était lâché, Paul Biya irait chercher les Russes sans hésiter.

Paul Biya et sa femme Chantal

Mondafrique : alors, qui sont ses héritiers ?

O.V.: Son épouse, Chantal, fait partie de l’équation. Elle est liée à un certain nombre de réseaux sociaux, caritatifs, d’organisations de femmes qui lui obéiront. Son seul point faible, c’est qu’elle n’est pas Béti. Le fils Franck pourrait aussi faire partie de l’équation s’il continue à entretenir de bonnes relations avec sa belle-mère. Il incarne la nouvelle génération du RDPC. Chantal a aussi deux enfants, un fils et une fille. Les enfants peuvent devenir une sorte de fétiche qui permet au système de perdurer pour un temps.  

Il y a des gens qui vivent mal l’influence des conseillers israéliens impliqués dans beaucoup d’opérations foncières douteuses. Ce n’est jamais agréable pour des militaires de recevoir des ordres d’étrangers. On peut aussi imaginer que de jeunes officiers des BIR se lassent un jour de leur hiérarchie d’octogénaires.

Autre hypothèse, que le camp de Douala s’unisse derrière un candidat «économique», plus jeune, fédérant des forces économiques, politiques et religieuses.

Mondafrique : la stabilité du Cameroun est-elle un enjeu ?

O.V.: Biya n’a jamais entretenu de relations amicales ou fraternelles avec ses voisins de la CEMAC. Il se perçoit comme nettement supérieur aux autres chefs d’Etat, à l’exception de Faustin-Archange Touadera, qui a fait ses études au Cameroun et qui est professeur. Biya aime bien les universitaires.  Aujourd’hui, il considère les Tchadiens comme une source d’ennui et se méfie de Sassou N’Guesso et du Nigéria. Il est sceptique sur la sincérité des Américains à son égard sachant que ce qu’il fait subir aux anglophones nourrit un fort mécontentement contre lui au Congrès. En dehors d’Israël, pour lui, les seuls interlocuteurs sérieux sont la Chine et Russie. Je pense que la stabilité du Cameroun reste un enjeu pour la France. Car ce pays est un marché important pour la France et son laisser-faire permet à la zone franc dans la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale de fonctionner de façon satisfaisante, beaucoup mieux que sa voisine ouest-africaine. L’écroulement du régime Biya serait une mauvais nouvelle de plus pour Paris.

 

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