Le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) a 80 ans ce mois-ci. Mais cet anniversaire, contrairement au cinquantenaire, fait l’objet d’une célébration timide, à l’image de son leadership.
Par Venance Konan
C’est le 9 avril 1946 que le Parti démocratique de Côte d’Ivoire a vu le jour dans le bar Étoile du sud du quartier de Treichville à Abidjan. Houphouët-Boigny le présida de sa création à sa propre disparition, en décembre 1993. Henri Konan Bédié lui succéda jusqu’à son décès en août 2023. Et depuis décembre 2023, le parti est dirigé par Tidjane Thiam, ancien ministre du dernier gouvernement d’Henri Konan Bédié, mais surtout connu pour avoir dirigé le Crédit Suisse et la société de services financiers Prudential, basée au Royaume Uni.,
Ce mois d’avril 2026 marque donc le 80e anniversaire du PDCI qui est désormais, avec l’African National Congress (ANC), l’un des plus vieux partis politiques du continent africain. Mais contrairement au jubilé, qui fut célébré avec faste en 1996 avec, en point d’orgue, un grand gala de clôture organisé au Palais des Congrès de l’hôtel Ivoire en présence de plusieurs invités de marque, l’anniversaire de 2026 se célèbre dans la morosité, avec des interrogations sur l’avenir, voire sur l’existence même du parti.
Au programme on note seulement quelques rassemblements au siège de la formation à Abidjan et à Yamoussoukro, village natal du fondateur du parti, feu Félix Houphouët-Boigny. D’autres rassemblements sont prévus tout au long de l’année dans plusieurs localités du pays, dont Daoukro, la ville natale d’Henri Konan Bédié. En 1996, au moment du cinquantième anniversaire, le PDCI régnait sur le pays avec Henri Konan Bédié son président, qui était aussi celui de la Côte d’Ivoire, et il ne pouvait en aucune manière envisager la perte du pouvoir.
Une érosion continue depuis 1999
Malheureusement, il y eut le coup d’État de décembre 1999, qui chassa Bédié du pouvoir, et depuis cette date, le PDCI est dans l’opposition, en dépit de ses tentatives pour revenir aux affaires. Et depuis 27 ans, son influence n’a cessé de s’éroder inexorablement, comme en témoignent ses résultats électoraux. Alors qu’il comptait 146 députés à l’Assemblée nationale en 1996, il n’en comptait plus que 98 en 2000, 88 en 2011, 77 en 2016, 65 en 2021 et seulement 32 à l’issue des dernières législatives de 2025.
Sa base sociologique s’est tout autant rétrécie pour ne recouvrir que les régions habitées par des ressortissants des ethnies de ses trois différents présidents, à savoir les Baoulé, pendant que l’essentiel des cadres du parti migrait vers le Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), le parti au pouvoir.
C’est sans doute la volonté de tenir compte de cette base sociologique qui a poussé le parti à choisir Tidjane Thiam pour le présider au décès du président Henri Konan Bédié, bien qu’il fût loin de satisfaire à toutes les conditions pour occuper ce poste. L’ancien ministre de Bédié avait quitté le pays en 1999 après le coup d’État et n’y avait remis les pieds qu’en 2022, soit 23 ans plus tard. Il n’avait donc participé à aucune réunion du bureau politique du parti, alors que pour en briguer la présidence, il fallait en être membre depuis au moins dix ans et à jour de ses cotisations. On tordit le bras aux textes, on fit taire quelques velléités de contestation afin qu’il puisse se présenter, et Tidjane Thiam fut élu président du parti. Essentiellement parce qu’il était le petit-neveu d’Houphouët-Boigny et crédité d’une grande fortune lui permettant de supporter les charges de la formation politique, qui, loin du pouvoir depuis de longues années, tirait le diable par la queue.
Des contentieux en cascade et un président absent
Mais les contestations ne se sont jamais arrêtées et plusieurs procès furent intentés pour faire invalider son élection. Par ailleurs, il ne put se présenter à l’élection présidentielle, pour défaut de nationalité ivoirienne. En effet, M. Thiam avait adopté la citoyenneté française à sa majorité, ce qui le privait automatiquement de celle de la Côte d’Ivoire aux termes des textes en vigueur. Alors qu’il pouvait renoncer à la nationalité française pour pouvoir se faire inscrire sur la liste électorale, il avait négligé de le faire. Et il s’était opposé à ce que le parti présente un autre candidat.
Sa gestion du parti et de ses cadres historiques est vivement contestée par plusieurs militants, et pour couronner le tout, depuis plus d’un an, Tidjane Thiam a quitté la Côte d’Ivoire et ne se montre pas très pressé d’y revenir. La raison ? Alors qu’il se trouvait à l’étranger et s’apprêtait à rentrer au pays, une de ses sources au sein de la police ivoirienne l’aurait prévenu qu’il serait arrêté s’il revenait en Côte d’Ivoire. Le gouvernement se défend en affirmant qu’il n’a jamais lancé de mandat d’arrêt ni de poursuite contre le président du PDCI, et les détracteurs de ce dernier s’étonnent qu’il déserte le champ de bataille pour une menace aussi vague.
Pendant combien de temps le parti sera-t-il dirigé ainsi depuis l’étranger, par vidéo-conférence ? Lors du rassemblement à Yamoussoukro le samedi 18 avril, l’essentiel des discours des cadres du PDCI a tourné autour du retour de Tidjane Thiam et du geste qu’ils attendent de la part du Président de la République pour permettre ce retour. M. Augustin Thiam, frère ainé de Tidjane Thiam et haut cadre du RHDP, qui représentait le chef de l’État ivoirien à Yamoussoukro, a confié que des actions étaient menées en ce sens « en souterrain ». « Nous sommes tous les enfants d’Houphouët-Boigny, mais il faut donner du temps au temps. C’est un début, il y aura des suites », a-t-il assuré. Alors, la fin du purgatoire du président du PDCI approche-t-elle ? Attendons de voir.

