Dans la Centrafrique de Faustin‑Archange Touadéra, l’autoritarisme n’avance plus masqué. Il parade au grand jour, fort de l’impunité qu’offre la 7ᵉ République naissante. Sous couvert d’un discours de stabilité et de patriotisme, le pouvoir a franchi une nouvelle étape : il s’arroge le droit de redéfinir qui appartient à la nation. Dans cette mécanique implacable, la nationalité devient une arme politique, et Anicet Georges Dologuélé, figure majeure de la vie politique du pays, une cible emblématique.
Par la rédaction de Mondafrique
Le passeport comme instrument de chantage politique
Depuis quelques temps, la rumeur enfle dans les chancelleries : Touadéra aurait conditionné la restitution du passeport centrafricain de Dologuélé à une reconnaissance publique de sa victoire électorale. Ce qui, ailleurs, relèverait de la pure fantaisie autoritaire se banalise à Bangui.
Les documents d’état-civil, jadis symboles d’appartenance commune, deviennent outils de contrôle personnel. Le passeport, censé incarner la citoyenneté, se transforme en laisse politique. Dans cette République qui contourne toutes les règles de droit, la question n’est plus juridique mais existentielle : qui décide désormais de qui est centrafricain ? La Constitution ou le président ?
L’apatridie comme punition
Pourtant, le Conseil constitutionnel a parlé. Le 14 novembre 2025, il le rappelle avec clarté : Dologuélé n’a jamais perdu sa nationalité centrafricaine. La plus haute juridiction du pays a tranché. Mais la loi, en Centrafrique, ne suffit plus. Le pouvoir exécutif la piétine avec méthode.
Les correspondances de l’opposant et ancien Premier ministre– adressées au ministère de l’Intérieur, à l’Assemblée nationale – restent lettre morte. Et lorsqu’il dépose un dossier complet pour un nouveau passeport, c’est un mur silencieux qu’il rencontre : “instructions de la hiérarchie”.
Ainsi, un homme que le droit reconnaît comme citoyen est, par la volonté du chef de l’État, transformé en apatride dans son propre pays. L’État ne dit plus le droit ; il exerce la vengeance.
La diplomatie de la fidélité
Le même caprice s’étend au domaine symbolique. Le passeport diplomatique, jadis attribué, par tradition républicaine, aux anciens Premiers ministres ou présidents de l’Assemblée nationale, devient lui aussi objet de chantage. Touadéra aurait tranché : Dologuélé n’y aura plus droit, même s’il est réélu député. Ce privilège sera désormais réservé aux fidèles du régime.
En rompant avec deux décennies de continuité institutionnelle, le pouvoir envoie un message clair : la dignité républicaine n’est plus une fonction, elle se mérite par soumission.
Quand l’exécutif méprise la loi
Ignorer une décision du Conseil constitutionnel, ce n’est pas la manifestation d’un désordre administratif : c’est une fracture institutionnelle majeure. C’est accepter qu’un homme, fût‑il Président, s’élève au‑dessus de la loi. Or, dans la République centrafricaine de 2026, ce glissement n’est plus accidentel mais systémique. Les contre‑pouvoirs sont neutralisés, les institutions réduites au silence, et la légalité ne vaut que dans la mesure où elle sert le clan présidentiel.
Une nation confisquée
Derrière le cas Dologuélé, c’est la citoyenneté tout entière qui chancelle. Si un le chef de file de l’opposition peut être dépouillé de ses droits fondamentaux, qui peut encore se dire protégé ? La nationalité, censée unir, devient un privilège accordé sous condition. Le pouvoir a transformé le lien civique en pacte de soumission. Et ainsi se referme le piège : dans un État où la loi ne s’applique qu’à ceux qui obéissent, la République devient fiction.
Qu’elle semble loin, la Centrafrique de Boganda, terre d’union et de travail, égarée aujourd’hui dans la dérive d’un pouvoir d’un seul, aux dépens de la dignité des hommes.































