Emmanuel Macron ou l’art de transformer ses échecs en réussites

Emmanuel Macron à l'Elysée, s'adressant aux ambassadeurs français, le 8 janvier 2026.

Le 8 janvier, le président français a livré son discours annuel de politique étrangère. Cet exercice, censé éclairer la ligne diplomatique de la France dans un monde en proie à de multiples crises, s’est transformé en un long monologue d’autosatisfaction. Que retenir de ses propos bavards et décousus ?

Par Leslie Varenne

Avant-dernière conférence devant les ambassadeurs avant la fin de son second quinquennat, ce discours ne restera pas dans les annales de la Ve République. Dès l’entame, Emmanuel Macron a prévenu : « ceci n’est pas un discours, et ceci a vocation à être très court, en tout cas beaucoup plus court que les années précédentes ». Le locataire de l’Élysée a pourtant parlé pendant quarante-sept minutes. Quarante-sept minutes au cours desquelles il a empilé les thèmes de manière brouillonne, fidèle à un style désormais bien connu, curieux mélange de jargon technocratique et de formules familières. Mais en guise de feuille de route pour les diplomates français, le chef de l’État s’est surtout livré à un service après-vente, vantant les mérites de sa politique étrangère quitte à prendre quelques libertés avec l’histoire.

S’agissant de l’Afrique, Emmanuel Macron a évoqué « la solidité de l’amitié avec l’Égypte » et la « remontada formidable de notre diplomatie avec le Maroc ». Le recours à un vocabulaire sportif, peu approprié à un auditoire de diplomates, prête à sourire. Il faut néanmoins reconnaître que la relation avec le Royaume avait atteint un point historiquement bas. L’Algérie, en revanche, n’a pas été citée, illustrant la volonté du locataire de l’Élysée d’évacuer les sujets qui fâchent.

« Amenons ceux qui ont faim »

Puis, le chef de l’État déclare avoir « complètement changé le logiciel » depuis Ouagadougou, tout en recyclant les mêmes thèmes qu’il égrène depuis le début de son premier quinquennat : partenariat « d’égal à égal », « jeunesse », « diasporas », « entrepreneuriat ». Vient alors le chapitre économique, au cours duquel Emmanuel Macron déplore que « trop de nos groupes se sont désinvestis du continent », alors même que, selon lui, « nous avons complètement réinventé la relation diplomatique pour la rendre plus intelligible ». Il en tire une conclusion pour le moins déroutante : « J’ai demandé là-dessus au ministre de vraiment revoir les choses en profondeur et, au fond, amenons des groupes français de plus en plus nombreux en Afrique, mais amenons ceux qui ont faim. Ceux qui ne se comportent pas bien et ceux qui n’ont pas faim, il ne faut plus les emmener. » La formule d’une brutalité assumée ou d’une maladresse sidérante, au choix, évacue d’un revers de main les contraintes économiques, juridiques et politiques qui ont conduit au désengagement des entreprises françaises ; pire encore, elle leur fait porter la responsabilité des échecs de la diplomatie française. L’État se poserait-il en juge, chargé de trier le bon grain de l’ivraie ?

Enfin vient le passage le plus intéressant pour les Africains comme pour les observateurs attentifs du continent : « On a revu, et on a eu raison de le faire, nos bases militaires. Ça a été vu comme un abandon. Détrompez-vous. On a fait avec constance les choses. On a rééquilibré le partenariat. On a enlevé la composante militaire qui n’était plus comprise par les pays et les jeunesses. On a rebâti un partenariat militaire qui est pertinent et qui a montré sa force et sa pertinence au Bénin et qu’on est en train de construire avec plusieurs autres pays. »

Fenêtre béninoise 

Ces quelques phrases elliptiques valent leur pesant d’or et pourraient se résumer ainsi : « nous sommes partis par la porte, nous revenons par la fenêtre ». Tout ce passage illustre, presque jusqu’à la caricature, la manière dont Emmanuel Macron réécrit l’histoire à son avantage, en transformant des échecs subis en choix éclairés.

Lorsqu’il affirme que « la composante militaire n’était plus comprise par les pays et les jeunesses », il évacue toute analyse des rejets, des expulsions et des ruptures diplomatiques. Quant à la référence au Bénin, présentée comme la preuve qu’« on a rebâti un partenariat militaire pertinent », elle interpelle. Car,  il ne parlait pas ici de coopération antiterroriste, mais de l’intervention discrète de forces spéciales pour faire échouer un coup d’État et garantir le maintien au pouvoir d’un président. Le « changement de logiciel » ne relève donc pas d’un renouveau, mais bien d’un retour en arrière, à une époque où la France se posait en gendarme du continent. En Afrique comme ailleurs, le Président ne change pas de logiciel : il transforme ses déboires en stratégies et ses naufrages en performances.