Alors que le sommet Africa Forward s’est achevé mardi à Nairobi – l’occasion pour le Président français de réitérer ses proclamations d’abandon du pré carré et des comportements de prédation néocoloniaux – Venance Konan propose un dictionnaire amoureux de la Françafrique, clin d’œil à l’éternel poncif de « la relation d’amour » qu’entretiendrait l’ancienne puissance coloniale avec le continent.
Par Venance Konan
Robert Bourgi vient de révéler que Blaise Compaoré, l’ancien président du Burkina Faso, avait offert une statuette de Napoléon d’une valeur de 75 000 euros à Dominique de Villepin, qui était alors ministre des Affaires étrangères de la France. Et voici la Françafrique que certains croyaient morte qui bondit à nouveau de sa boîte. Françafrique ? Vous avez dit Françafrique ? C’est le système mis en place au moment des indépendances des anciennes colonies françaises d’Afrique pour s’assurer le contrôle des richesses de ces pays et accessoirement, le financement de la vie politique française, en échange de la protection des potentats africains et de la possibilité pour leurs épouses, maîtresses et rejetons d’aller faire le paon dans les beaux quartiers tout en écumant les magasins de luxe. Voici un petit dictionnaire amoureux pour en cerner les contours.
Afrique : moitié du mot Françafrique. Grande terre de misère pour les Africains, mais généreuse terre de fortune pour certains hommes et femmes politiques français, les barons de la Françafrique.
Bolloré Vincent : capitaine d’industrie, grand baron de la Françafrique, a fait sa fortune en Afrique. Grand spécialiste de la corruption des leaders africains, est devenu depuis quelque temps le soutien le plus actif de la fachosphère dans son pays et ne veut plus y voir d’Africains. Trouve qu’ils aiment trop danser et salir les rues.
Bockel Jean-Marie : Homme de gauche, est cependant devenu le ministre de la coopération de Sarkozy. C’est-à-dire ministre chargé de gérer les anciennes colonies d’Afrique. Mais il n’avait, semble-t-il, pas bien compris sa mission, puisqu’il a déclaré qu’il voulait mettre fin à la Françafrique. Quelle idée ! Il a été aussitôt débarqué et envoyé aux Anciens combattants.
Bongo-Ondimba Omar : petit homme moustachu de la forêt équatorienne, grand amateur de femmes, régna pendant plusieurs décennies sur le Gabon avant de faire la passe à l’un de ses nombreux fils. Fut le principal financier de tous les partis politiques français. Une légende raconte que c’était lui qui nommait certains ministres de l’Hexagone. C’est lui que Robert Bourgi, qui était aussi un grand spécialiste du cirage de pompes, appelait « papa ».
Bourgi Robert : spécialiste du transport de liasses de billets depuis les palais africains vers le palais de l’Élysée. Aime particulièrement le transport d’argent en djembé. Aimait aussi rôder dans les cuisines des palais présidentiels africains. En vieillissant, s’est spécialisé dans le lancer de boules puantes.
Chirac Jacques : héritier autoproclamé du général de Gaulle, aimait beaucoup l’Afrique. Surtout l’argent qui en venait.
Compaoré Blaise : prit le pouvoir dans son pays, le Burkina Faso, en éliminant son ami Thomas Sankara, et s’acheta une protection en envoyant régulièrement des djembés truffés de dollars aux présidents français. Il finit par être renversé lui aussi et vit en exil en Côte d’Ivoire.
Congo : petit pays d’Afrique centrale où le pétrole coule à flot. Son inamovible président est l’un des grands pourvoyeurs de fonds de la Françafrique. La population y crève de faim mais la misère fait partie du folklore.
Corruption : autre petit folklore local très en vogue dans plusieurs pays africains, a fini par contaminer la France. C’est l’utilisation abusive d’un pouvoir reçu à des fins personnelles, comme l’enrichissement ou l’obtention d’avantages indus. Comme par exemple, quand on est ministre français, recevoir en cadeau une statuette de 75 000 euros de la part d’un potentat africain dont la population crève de faim.
Coup d’État : sert à punir les chefs d’État africains qui ne respectent plus les règles du jeu de la Françafrique. Quand ils veulent sortir du franc CFA, par exemple. Ou ne se montrent plus généreux envers la classe politique française.
Djembé : objet en bois creux, recouvert d’une peau de bête, servant à transporter des liasses de billets du Burkina Faso vers l’Élysée. Peut aussi être utilisé à faire de la musique.
De Gaulle Charles : libérateur de la France, inventa la Françafrique qui permit de bien enchaîner les pays africains qui se croyaient libérés de la colonisation. Très curieusement, de nombreux Africains crurent qu’il les avait aussi libérés et dans certaines contrées, on érigea des totems aux longs nez pour lui rendre hommage et de nombreux enfants africains eurent comme prénom Degaulle.
De Villepin Galouzeau Dominique : grand amateur de poésie et d’argent, grand admirateur de Napoléon Bonaparte, était chargé de réceptionner les djembés truffés de dollars en provenance du Burkina Faso. Et de tordre le bras au pauvre Laurent Gbagbo pour le faire cracher au bassinet trois millions d’euros. Ne crachait jamais lui-même sur les petits et grands cadeaux. Surtout les statues de Napoléon. Se rêvait peut-être le même destin.
Foccart Jacques : homme rond et au crâne dégarni, grand manitou de la Françafrique, c’est-à-dire chargé par le général de Gaulle de tenir les chefs d’État africains en laisse.
Franc CFA : abréviation pour « franc des Colonies françaises d’Afrique ». CFA signifie maintenant Communauté financière d’Afrique. Mais la première définition est toujours valable.
France : première moitié du mot Françafrique. Pays des droits de l’homme mais qui a quand même mis dans les chaînes des millions d’Africains qu’il a colonisés par la suite. C’est que, si la déclaration des droits de l’homme dit bien que tous les hommes naissent libres et égaux en droit, certains hommes sont, cependant, plus hommes et plus égaux que d’autres. Selon certaines mauvaises langues, la
France continuerait de coloniser ses anciennes colonies.
Gabon : petit pays d’Afrique centrale, véritable éponge à pétrole, fut dirigé pendant plusieurs décennies par les Bongo père et fils. La mère Bongo adorait chanter et faire danser ses hôtes de marque. Bongo père disait que le Gabon était le carburant de la France et la France, le conducteur du Gabon. Bongo fils, moins malin que le père, fut renversé par un coup d’État. Du temps du règne de la famille, la toute petite population du Gabon passait son temps à danser pendant que les Bongo et compagnie achetaient par dizaines des appartements de luxe en France.
Houphouët-Boigny Félix : petit homme des savanes ivoiriennes, est l’inventeur du mot Françafrique. Ancien député et ministre en France, fut le gardien fidèle des intérêts français en Afrique et un très généreux donateurs pour les bonnes œuvres des partis politiques français.
Kouchner Bernard : médecin français, fondateur de Médecins sans frontière et Médecins du Monde, devenu homme politique, il adore les caméras et l’argent. S’est converti en grand spécialiste dans la rédaction d’études bidon facturées très cher aux chefs d’État africains.
Sarkozy Nicolas : petit homme pas moustachu de Neuilly sur Seine, époux de Carla Bruni, est devenu le mentor de Robert Bourgi et jure sans rire qu’il n’a jamais rien reçu des chefs d’État africains. Ce qui n’a pas du tout fait rire les magistrats français qui l’ont quand même condamné à de la prison ferme pour avoir financé sa campagne avec l’argent de Kadhafi.
Sassou-Nguesso Denis : inamovible président du Congo, un autre grand philanthrope pour les partis politiques français.
Sommet France-Afrique : c’est l’endroit où le patron, le président français, réunit ses employés, pardon, ses homologues, pour leur donner ses instructions, pardon, pour échanger sur des questions multilatérales. Bonne occasion pour se retrouver entre amis et rigoler un bon coup. Depuis que les pays du Sahel ont décidé de faire bande à part, on a élargi le cercle aux pays anglophones.
Suisse : petit pays montagneux plein de vaches où l’on fabrique de solides coffres-forts très prisés des chefs d’État africains. Paul Biya du Cameroun se croit président de ce pays et y passe donc plus de temps que dans son Cameroun natal.

