Dans le cadre de ce qui apparaît comme une vaste tentative de recomposition destinée à renverser les militaires au pouvoir à Bamako, des acteurs politiques et militaires de divers horizons se rapprochent.
Par Batomah Sissoko et Adama Dramé
Le Front de libération de l’Azawad (FLA) de l’indépendantiste Bilal Ag Chérif en passe de s’allier officiellement à la branche sahélienne d’Al Qaïda commandée par Iyad Ag Ghali, et déjà très avancé dans des discussions avec le gouvernement en exil de l’ancien magistrat Chérif Koné ; la Coalition des Forces pour la République (CFR) de l’imam Mahmoud Dicko ratissant largement au sein de la classe politique malienne et bénéficiant d’une sympathie certaine au niveau international, à travers un scénario à la syrienne… Cela fait beaucoup de fronts pour un régime militaire désormais acculé et fragilisé par d’interminables crises.
La Coalition des forces pour la République (CFR), rappelons-le, est un mouvement politique mis en place par plusieurs représentants de l’opposition malienne en exil et dont Mahmoud Dicko, exilé à Alger depuis deux ans, a été désigné comme le « référent républicain » selon l’universitaire Etienne Fagaba Sissoko, contraint, lui aussi, à l’exil après plusieurs séjours en prison, dont le dernier d’un an après la publication en 2024 d’un livre très critique contre le régime militaire au pouvoir.
Au regard des alliances qui se présentent désormais, une nouvelle configuration politico-militaire est en train de se dessiner au Mali.
Des rapprochements inédits
C’est ainsi que le gouvernement en exil dirigé par Cherif Koné n’a pas fait mystère de ses amitiés avec le Front de Libération de l’Azawad (FLA) avec lequel il compte désormais cheminer. Au même moment, sur le terrain militaire, le FLA et le Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM) mènent des opérations conjointes contre les forces armées maliennes. Il s’agit d’une alliance de facto dont l’origine remonte aussi loin que la création des mouvements insurrectionnels dans cette partie du pays.
En marge de l’association des deux groupes armés avec le gouvernement en exil, se dessine également le rapprochement avec la coalition dirigée par le très influent Mahmoud Dicko qui en serait « l’autorité morale », comme il l’avait été au sein du M5 RFP, l’opposition hétéroclite d’enfer qui balaya le régime corrompu d’Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) en août 2020, avant de voir sa « révolution » récupérée par une junte militaire et tous ses ténors condamnés soit à la prison, soit à l’exil, soit au musèlement forcé avec la dissolution des partis politiques proclamée en mai 2025.
La Coalition des Forces pour la République conduite par Dicko, qui se considère comme une force de résistance politique au régime de Bamako, n’a qu’un seul objectif : la conquête du pouvoir avec le concours de la coalition armée GSIM-FLA.
Une bonne et une mauvaise nouvelle pour Bamako
D’abord, la bonne.
Aucune des quatre organisations citées plus haut (FLA, gouvernement en exil, GSIM et CFR) n’évoque désormais une sécession. Même le FLA semble avoir abandonné cette exigence.
La mauvaise : toutes exigent le changement à travers le retour à l’ordre constitutionnel. Ce qui leur vaut le soutien des pays occidentaux ainsi que des voisins de la Communauté économique d’Afrique de l’Ouest et surtout, d’une partie non négligeable de la population malienne excédée.
Il faut dire que les trois gouvernements militaires de l’Alliance des États du Sahel, au regard de leurs intransigeance et de leurs penchants autoritaires, de l’instabilité qu’ils ont provoquée et de leur gouvernance chaotique, sont loin de faire l’unanimité. On ne peut dès lors écarter une évolution vers un ensemble politique dont le GSIM et le FLA deviendraient la branche armée, ayant pour but de s’imposer en cas de vacance du pouvoir, ce que n’ont justement pas fait, en 2020, « les tombeurs » d’IBK.
Contre nature
Mais les entités évoquées ont-elles les moyens de leur politique ? Difficile de le dire, les acteurs se gardant pour l’instant de rendre publics leurs programmes…
Pour autant, la gestion chaotique et la gouvernance approximative des autorités de la transition, les interminables pénuries (carburant, électricité…), l’insécurité, les règlements de comptes et les arrestations massives au sein même de l’armée, des décisions de justice contestées, la corruption, le pillage du Trésor public, le musèlement de la presse, l’interdiction des partis politiques et l’incarcération de toutes les voix discordantes ouvrent un boulevard au regroupement hétéroclite qui aspire désormais à prendre le pouvoir à Bamako.
La nouvelle coalition contre-nature jouira-t-elle de l’adhésion populaire ? Rien n’est moins sûr ! Les Maliens sont rétifs à toute partition ou installation d’une république islamique dans leur pays. Or, ce sont là les objectifs très clairs des irrédentistes du FLA et des djihadistes du GSIM, du moins à long terme.
« La chèvre et la sauce »
L’échec de l’équipe dirigeante actuelle à juguler l’insécurité, l’injustice et la corruption est malheureusement un bon prétexte pour ses ennemis tapis dans l’ombre.
Nos oncles bambanas ne disent-ils pas qu’il faut bien que périsse la chèvre de l’un pour que la sauce de l’autre soit succulente ?





























