Après l’élection de Ouattara, l’opposition ivoirienne a la gueule de bois

Alors qu’Alassane Ouattara doit prêter serment aujourd’hui après son élection à la tête de la Côte d’Ivoire, le camp de l’opposition sort lessivé du scrutin présidentiel.

Affi-sangareAu lendemain de l’annonce officielle de la victoire électorale d’Alassane Ouattara par le Conseil constitutionnel ivoirien, les ténors de l’opposition ivoirienne se réveillent avec la gueule de bois. Le déroulement et l’issue de la dernière présidentielle ont remis en cause certaines de leurs certitudes ou espérances plus ou moins dissimulées.

Certains d’entre eux ont attendu jusqu’aux derniers jours que la « communauté internationale », à travers les ambassadeurs occidentaux accrédités à Abidjan, parraine avec plus ou moins de fermeté un certain nombre de leurs revendications au sujet de la transparence électorale, notamment du nécessaire rééquilibrage de la Commission électorale, jusqu’ici outrageusement dominée par le camp Ouattara. Rien de tel n’est arrivé. Les grandes puissances ont gardé le cap, en invitant avec plus ou moins de tact les adversaires du numéro un ivoirien à s’insérer dans le jeu politique aux conditions exclusives de celui-ci, et à accepter la place qui leur sera concédée dans « le nouvel ordre politique » national.

L’opposition à bout de souffle

La Coalition nationale pour le changement (CNC), incarnée par des dissidents du PDCI, l’ancien parti unique, Amara Essy, Charles Konan Banny et Kouadio Konan Bertin (KKB), mais aussi par Mamadou Koulibaly, président de l’Assemblée nationale sous Gbagbo et par la branche du FPI non reconnue par le pouvoir, sort lessivée des derniers événements. Ses leaders n’ont pas su s’accorder au sujet de la désignation d’un candidat unique capable de faire trembler Alassane Ouattara. Par la suite, ils ont été incapables de se mettre d’accord sur une stratégie commune face au rouleau compresseur du régime, de choisir collégialement la voix à suivre – abstention ou participation au scrutin. Réagissant à la suite d’Amara Essy (qui a toujours refusé de s’insérer au sein de la CNC), Mamadou Koulibaly puis Charles Konan Banny ont boycotté le recours aux urnes, tandis que KKB y a participé. Ce dernier semble d’ailleurs être rentré dans le rang « houphouétiste ». Il a mis un point d’honneur à féliciter Ouattara pour sa victoire, avant même l’annonce des résultats provisoires par la Commission électorale… Quant à Banny et Essy, difficile pour eux d’envisager des combats pour l’avenir. Agés de 73 ans et 71 ans, ils seront frappés par la limite d’âge lors de la présidentielle de 2020, si la nouvelle Constitution promise par Ouattara ne la lève pas. S’engageront-ils dans des joutes politiques, et dans le financement de ces dernières, alors que leurs éventuels destins présidentiels s’écrivent désormais en pointillés ?

Principale formation de l’opposition, le FPI sort plus que jamais fragilisé et divisé de l’épreuve électorale. Candidat adoubé par le pouvoir, Pascal Affi N’Guessan n’a eu, selon les décomptes officiels, que 290 780 voix, là où Laurent Gbagbo avait eu 1,7 million de voix au premier tour en 2010. Laminé dans les bastions de son parti à Abidjan (Yopougon et Cocody), il jouit toutefois de la protection du régime et n’a pas l’intention de prendre acte de l’invalidation de sa stratégie politique par les électeurs de son camp. Quasiment assuré de bénéficier d’un siège de député (il ne « gagne » que dans le Moronou, sa région d’origine), il espère attirer à lui les cadres politiques ambitieux qui désirent être élus au Parlement et pensent pouvoir profiter de l’image d’opposants « modérés ». Ces derniers jours, Affi laisse ses proches s’attaquer violemment, sous pseudonyme, à un Laurent Gbagbo dont il a vainement attendu la bénédiction avant la présidentielle. De son côté, la branche d’Aboudrahmane Sangaré, qui revendique sa fidélité à l’ancien chef de l’Etat, est face à un dilemme. Soit elle poursuit dans sa politique de la chaise vide et fait le jeu du pouvoir, qui veut la voir réduite sinon à la clandestinité, du moins à l’invisibilité institutionnelle, soit elle rentre dans le jeu aux conditions du pouvoir et court le risque d’ouvrir un nouveau front idéologique entre « raisonnables » et « jusqu’au-boutistes ».