Plus dure est la chute des autocrates africains

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En quelques mois,  Robert Mugabe, Eduardo Dos Santos et Jacob Zuma ont été poussés vers la sortie. En douceur.

La corruption, les détournements massifs, le blanchiment et le népotisme sont invoqués par les plus  » fidèles » compagnons de route de Mugabe, de Dos Santos et de Zuma, pour justifier leur  décision de les mettre à l’écart. Leur sort paraît, pour le moment, bien plus enviable que celui réservé à tant d’autres chefs d’État africains.
Tour à tour, ces trois héros de l’indépendance de leur pays, figures emblématiques de la lutte contre le colonialisme et l’apartheid, ont été contraints de quitter le pouvoir, non pas par une révolte populaire ou par un coup d’État militaire classique, mais par une  discrète révolution de palais.

Le « dégagisme » en douceur

Le Zimbabwéen Robert Mugabe (93 ans), chef de l’État durant 30 ans, a été acculé à la démission par la ZANU, le parti qu’il dirigeait depuis 42 ans.  Il a dû s’y résoudre le 21 novembre 2017. L’ Angolais, Eduardo Dos Santo (75 ans), chef de l’Etat durant 38 ans, s’est plié aux exigences du MPLA, parti qu’il dirigeait depuis 38 ans. Il renonça à se présenter à l’élection.présidentielle du 26 septembre 2017. Il abandonnera la présidence du MPLA au printemps 2018. Le Sud-Africain Jacob Zuma (75 ans), vétéran de l’ANC, compagnon de route de Nelson Mandela, chef de l’État depuis 9 ans n’a pu résister à la pression de l’ANC qu’il présidait depuis 10 ans. Il a été obligé de démissionner, le 14 février 2018. L’âge des trois leaders historiques est bien sûr une des causes de leur retraite anticipée. Il faut aussi ajouter au bilan catastrophique des « dégagés », le rôle néfaste joué par leur entourage familial.

Cherchez la femme

Robert Mugabe a payé les frasques de son épouse Grâce qui s’est illustrée par des dépenses extravagantes, des velléités politiques, y compris successorales, et par son souhait de faire table rase du passé en éliminant les vétérans de la lutte pour l’indépendance. Le  » crocodile » Emmerson Mnangagwa (75 ans), autre héros de la lutte armée et vice-président de la République a mis fin à cette tentative de « spoliation ». L’ex Première Dame est désormais dans le collimateur de la justice pour plusieurs affaires dont une concernant un important  trafic d’ivoire. Son avenir paraît s’assombrir chaque jour davantage.

Le talon d’Achille du népotisme

Il en va de même pour les enfants d’Eduardo Dos Santos. Sa fille Isabel, réputée avoir été la femme la plus riche d’Afrique, avec la compagnie pétrolière nationale Sonangol dont elle a été limogée en novembre 2017, est dans les mailles de la justice. Le fils Jose Filomeno de l’ancien chef de l’État, qui aurait voulu succéder à son père, est accusé de fraude fiscale, détournement de 500 millions de dollars de fonds publics, blanchiment et association criminelle. Pour eux, la descente aux enfers a commencé. Le nouveau chef de l’État, Joao Lourenço (64 ans), vieux compagnon de route d’Eduardo Dos Santos dans la guerre d’indépendance, ancien secrétaire général du MPLA et ancien ministre de la Défense, ne leur fera aucun cadeau. Il en va de sa crédibilité dans la lutte contre la corruption.

Jacob Zuma ou la corruption

Jacob Zuma avait essayé de placer l’une de ses anciennes épouses, Nkosazana Dlamini-Zuma, à la tête de l’ANC. Cette tentative désespérée échoua en raison des multiples scandales mettant en cause le chef de l’État sud-africain. L’ANC a trouvé en Cyril Ramaphosa (67 ans) un successeur plus digne de Nelson Mandela. Forcé à la démission, Jacob Zuma comparaîtra le 6 avril 2018 devant les juges du Tribunal de Durban. L’ancien leader zoulou de l’ANC est accusé d’avoir touché des pots-de-vin à l’occasion d’un marché d’armement mettant en cause notamment l’entreprise française Thomson-CSF devenu Thales. Pas moins de seize chefs d’inculpation de corruption sont réunis contre Jacob Zuma. Cyril Ramaphosa devrait  s’attaquer au système de corruption mis en place par le clan de Jacob Zuma avec l’empire industriel des frères Gupta qui sont également dans la ligne de mire de la justice.

Le déshonneur, le bannissement, voire le supplice

Robert Mugabe, Eduardo Dos Santos, Jacob Zuma ont échappé, pour le moment, à l’exil qui est normalement réservé aux autocrates africains chassés du pouvoir. En revanche, leur famille et leur clan devront affronter la foudre de la justice, plus ou moins instrumentalisée par leurs anciens compagnons de route.

Les actuels autocrates d’Afrique ont peut-être à l’esprit le sort qui a été récemment réservé à leurs trois anciens collègues, qui furent souvent admirés sur la scène africaine. Ils doivent aussi probablement méditer le sort d’exilé qui fut réservé à Mobutu Sese Seko, Maaouiya ould Taya, Ahmadou Ahidjo, Amadou Toumani Touré, Hissène Habré, Mengistu Haile Mariam, Diori Hamani, Pascal Lissouba, Didier Ratsiraka, Moussa Dadis Camara, Zine el-Abidine Ben Ali, Idi Amin Dadda, Blaise Comparé,  Francois Bozizé, Michel Djotodia, Yahya Jammeh et surtout craindre la fin tragique de Macias Nguema, Sylvanus Olympio, Marien Ngouabi, François Tombalbaye, William Tolbert, Samuel Doe, Melchior Ndadaye, Thomas Sankara, Anouar el-Sadate, Ibrahim Baré-Maïnassara, Johnson Aguyi-Ironsi, Juvénal Habyarimana, Cyprien Ntaryamira, Laurent-Désiré Kabila, Mouammar Kadhafi et Bernardo Vieira. Fort heureusement, le chemin de la démocratie et de la bonne gouvernance devient de plus en plus emprunté en Afrique, permettant d’entrevoir un avenir meilleur pour la population.

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