“Palest’(in) & Out” met a l’honneur les jeunes artistes palestiniens

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Le festival Palest'(in) & Out braque les projecteurs sur de jeunes artistes palestiniens récompensés dans diverses catégories, de la musique à l’art-vidéo. Voici les coups de coeur de Mondafrique

534319_exposition-photo-we-breathe-freedom_115106Une très jeune fille en robe blanche debout seule dans une plaine couverte de fleurs sauvages, tête renversée, mains jointes sur la poitrine regarde quatre avions de chasse tournoyant en piqué sous un ciel plombé, la même jeune fille sera plus loin étendue non loin d’une cage à oiseaux désolée, et au sol ces mots «  WAR WAR WAR » écrit à la craie. Car c’est souvent avec sa sœur cadette en modèle innocent et songeur que le jeune photographe Mahmoud Al-Kurd travaille.

Agé de 22 ans, il vit à Gaza, et n’a pas été autorisé à sortir du territoire pour venir recevoir le prix qui vient de lui être accordé par le jury du Festival Palestin’In & Out, dont la première édition s’est achevée à l’Institut du Monde Arabe dimanche 14 juin : une manifestation pluridisciplinaire organisée par l’Institut culturel franco-palestinien, dont Mahmoud Al-Kurd s’est donc retrouvé être le héros du fait même de l’interdiction qui a pesé sur lui. C’est sur un écran et via Skype qu’on l’a toutefois vu – lointain, et à la façon un peu d’un captif – s’exprimer sur sa série de photos « We breathe Freedom ( Nous respirons la liberté) »,  réalisée après les 51 journées d’attaques sur Gaza en 2014.

Solitude et espoir

« La Palestine souffrante, et espérante » avait résumé quatre jours plus tôt Jack Lang en accueillant à l’IMA, la remise des prix par un jury résolument international.  Venus de Ramallah ou Haifa ou Rameh mais aussi du Caire ou New York , les lauréats se sont produit à la Maison des cultures du monde. Des jeunes pianistes et compositeurs  Dina Shilleh, et Farag Sleman, à la chorégraphe Samar Haddad King avec cette performance virtuose  « Noah » interprétée par le danseur Ayman Safiah.

Du côté de l’art-vidéo, trois mentions spéciales ont été attribuées. Ameen Nayfeh avec «  Interférence »  montre les jours d’un jeune homme enfermé pour réviser ses examens qu’une jeune fille observe, tandis qu’il a l’oreille rivée à un transistor donnant les nouvelles de la guerre, et dans une cage un oiseau vert. La cage, ce leimotiv… De patience aussi, et de résilience il est question dans «  In your absence » ou Mohammed Khalil montre les quatre murs éventrés d’une maison qu’une jeune femme cherche à ré-habiter, en tendant des rideaux blancs sur le vide, en balayant et lavant le sol, et disposant une table, et sur la table une nappe, et sur la nappe un plat : solitude et espoir.

Quant à la lauréate dans cette section video, Dima Hourani, originaire de Ramallah, elle signe avec « Past Tense Continuous » un montage saisissant où se catapultent les évènements de 1948 et les tragédies qui se succèdent depuis 2007. Après des recherches historiques, la vidéaste a retrouvé, puis incrusté expérimentalement, un camion identique à ceux qui partaient sur les routes remplis de réfugiés avec leurs bagages et leurs meubles à travers les plaines plantées d’oliviers. Ce camion vétuste, ici teinté d’un blanc argenté fantomatique tout comme ses passagers massés à l’arrière en revenants,  ce véhicule hors d’âge et totalement d’actualité traverse les couleurs et aussi les désolations d’une ville palestinienne d’aujourd’hui : le passé continue, l’histoire bégaie.

« Who is the terrorist ? »

La force et l’intérêt de ces quatre journées dévolues à la jeune création palestinienne,  a tenu aussi aux concerts donnés chaque soir par les parrains du festival. Le Trio Joubran, composé des fameux trois frères, ces fascinants joueurs de oud – que Mahmoud Darwich,  le grand poète, aimait tant- a une fois encore surfé entre la mélancolie douce et l’allégresse sidérante. Il y a une générosité simple et évidente dans le désir de ces trois là de faire rayonner la culture palestinienne.  La chanteuse Kamilya Jubran, a offert dans son registre pensif un récital avec contrebasse et flûte. Puis, en clôture sont venus les rappeurs du groupe DAM,  formé à Lyd,  à 2O m de Tel Aviv, déjà des anciens, des très célèbres, et toujours radicaux sur fonds de projections d’images de villes démolies avec cette vraie question : «  Who is the terrorist ? », et avec entre autres cette chanson : «  I am in love with a Jew ».

Amina Hamshari, directrice de l’Institut Culturel Franco-Palestinien qui n’a pas de siège mais seulement un solide réseau de relations avec les associations culturelles sur les territoires et dans la diaspora, envisage déjà pour l’an prochain une réédition de ce festival qui a aussi permis aux jeunes lauréats de nouer des contacts directs avec divers professionnels de la culture en France.

 

L’exposition photo «  We breathe freedom » de Mahmoud Al-Kurd est ouverte jusqu’au 30 juin, à l’iRRéMO ( Institut de recherche Méditerranée, Moyen-Orient)  5-7 rue Basse des Carmes

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