On torture dans les prisons secrètes mauritaniennes

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Dans son rapport rendu public le 6 août dernier, le comité contre la torture de l’ONU met en cause le régime mauritanien sur l’existence de lieux de détention « non officiels » et l’usage persistant de la torture en Mauritanie. Sans pourtant que cette grave situation, dont aura été victime le sénateur Mohamed Ould Ghadde, jugé lundi à Nouakchott, ne provoque de réactions des diplomaties occidentales.

Dans le langage policé qui est celui des institutions internationales, les experts de l’ONU n’y vont pas par quatre chemins. L’Etat mauritanien est sommé d’enquêter sur « l’existence de lieux de détention non officiels » et sur les allégations de « détention au secret ». Un peu à la façon des centres ouverts par les Américains pendant leur guerre en Irak. Les responsables de ces graves dérives en Mauritanie, propose l’ONU, devraient être traduits en justice et les victimes indemnisées.

D’autant plus que les enquêteurs de l’ONU n’ont guère de doutes sur la persistance de la torture dans ces lieux tenus secrets durant des gardes à vue qui peuvent durer jusqu’à quarante cinq jours, sans présentation à un juge ni assistance d’un avocat. Du moins dans les cas de terrorisme. Mais hélas, cette incrimination reste particulièrement floue dans le droit mauritanien.

De la coupe aux lèvres

Ces dernières années, des lois naturellement ont été votées consacrant la torture comme un crime imprescriptible ou incitant à multiplier les mesures de prévention de ce fléau. Tout comme il a été décidé dans un autre registre d’adopter « une feuille de route » pour l’éradication des séquelles des formes contemporaines de l’esclavage dans un pays qui a attendu les années 1980 pour donner la possibilité aux esclaves de racheter leur liberté !

Seulement voilà, constatent les experts onusiens, il ne suffit pas d’identifier les dérives pour les neutraliser. Le seul fait que les autorités aient privé de leurs passeports de nombreux militants associatifs pour les empêcher de témoigner à Genève, ne milite guère en faveur de leur bonne volonté réformatrice.

On apprend ainsi qu’aucun suivi n’a été mis en oeuvre en matière d' »obligation de poursuivre et punir les auteurs d’actes de torture ». Or il reste beaucoup à faire en ce domaine:  » Le comité de l’ONU s’inquiète d’informations selon lesquelles, malgré quelques améliorations, les enquêteurs n’ont pas les capacités nécessaires pour mener des enquêtes approfondies et ont souvent recours aux mauvais traitements dans le but d’extorquer les aveux ». « Souvent recours », « mauvais traitements », « extorquer les aveux »: les mots sont choisis avec précaution mais révèlent la réalité sécuritaire mauritanienne où la police et la gendarmerie, bras armés du pouvoir, ont tous les droits, y compris celui de maltraiter et torturer les suspects.

« Arbitraire » contre les opposants

Le lundi 13 août s’ouvre à Nouakchott le procès de Mohamed Ould Ghadde, sénateur et opposant, après une détention que le comité contre la torture de l’ONU qualifie d' »arbitraire ». Dans le même rapport, les experts onusiens évoquent « les réparations » que le même Ghadde devrait recevoir de l’Etat mauritanien pour avoir été privé longtemps de procès, avoir été soumis à une privation de sommeil et avoir été accusé de pédophilie.

A la veille de ce procès, le silence est total à Paris comme dans les autres grandes capitales occidentales sur le harcèlement judiciaire que subissent les opposants au régime mauritanien à la veille d’élections législatives totalement cadenassées par le pouvoir.

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)