Offensive du mouvement des « Insoumis » contre l’axe Paris/N’Djamena

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La France insoumise a mis la pression, ces derniers jours, pour relancer l’exigence de justice dans la disparition de l’opposant tchadien Ibni Oumar Mahamat Saleh, il y a douze ans.

Dans son enquête intitulée « l’affaire Ibni, un crime en Françafrique », publiée le 13 novembre par le Media, Thomas Dietrich retrace la chronologie minutieuse de l’arrestation d’Ibni Oumar Mahamat Saleh, chez lui, le 3 février 2008, jusqu’à sa mort probable sous la torture dans les heures qui ont suivi.

Il publie des notes confidentielles françaises inédites, d’origine militaire et diplomatique, qui dressent un inquiétant portrait de l’ambassadeur de France de l’époque Bruno Foucher, apparemment gagné d’emblée aux arguments d’Idriss Deby contre le mathématicien. Plane aussi l’ombre du colonel Jean-Marc Gadoullet, l’un des intermédiaires sulfureux de la libération des otages d’Areva au Mali, très proche du Président tchadien et alors chargé de l’encadrement de la garde présidentielle de Deby.

« Certes, aucun officier français n’a torturé Ibni, ni constaté son décès », écrit Thomas Dietrich, qui est proche de la famille de l’opposant. « Mais la décision de l’enlever puis de le laisser mourir aura impliqué nos uniformes. »

Lorsqu’Ibni est arrêté, en même temps que deux autres opposants, Idriss Deby vient d’échapper, quelques heures plus tôt, à une offensive rebelle qui a bien failli le renverser. Le gouvernement français de Nicolas Sarkozy s’est d’abord abstenu d’apporter son soutien militaire, proposant seulement à Déby de l’évacuer, mais il a changé d’avis dans la nuit du 2 au 3 février et fait finalement bombarder les colonnes rebelles au petit matin, signant leur déroute.

Mardi, Jean-Luc Mélenchon a posé une question écrite au ministre des Affaires étrangères pour lui rappeler la résolution « votée en 2010 à l’unanimité par l’Assemblée nationale », qui demandait « au gouvernement de s’engager auprès du Tchad pour que toute la lumière soit faite autour du sort d’Ibni Oumar Mahamat Saleh. »

« Le Président Nicolas Sarkozy avait promis :’la France veut la vérité et je ne céderai pas sur ce point.’ Malheureusement, aucune avancée concrète n’a eu lieu depuis lors », poursuit Jean-Luc Mélenchon. « M. le député interpelle M. le ministre pour que cette promesse solennelle soit tenue. »

Le leader de la France Insoumise égratigne au passage la diplomatie française actuelle alliée de N’Djamena, l’accusant de « compromission » au nom de la lutte contre le terrorisme.

Le même jour, l’ONG chrétienne de lutte contre la torture ACAT a réclamé la relance de la plainte déposée en France en 2012 par la famille de l’universitaire tchadien « qui n’a pas vu d’évolution notable depuis 2015. »

Recteur de l’université de N’Djamena et plusieurs fois ministre, Ibni était porte-parole de l’opposition tchadienne au moment de son arrestation.

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