Noce bombardée au Mali : deux versions toujours opposées

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Suite à deux bombardements aériens de Bounti, dans le centre du Mali, effectués dimanche 3 janvier par la force Barkhane, deux versions s’affrontent toujours près d’une semaine plus tard.

Le ministère de la Défense et des Anciens combattants du Mali est venu confirmer la version de l’état-major de Barkhane. Dans un communiqué signé du général de brigade Souleymane Doucoure, il a livré le récit d’une opération intervenue suite à des éléments résultant d’une surveillance organisée dans le cadre d’une opération conjointe en cours des forces armées maliennes, Barkhane, G5 Sahel dénommée « Eclipse ».

« Au cours d’une mission de surveillance, des mouvements individuels, suivis du regroupement d’une cinquantaine d’individus ont été observés le dimanche 03 janvier vers 11h00. Ce regroupement ne comprenait ni femme, ni enfant. Par la suite, un motocycliste armé s’ajouta au regroupement, puis un véhicule pick-up », écrit-il dans le communiqué.

« Aux environs de 13h00, ces éléments de la Katiba Serma, vêtus de la même façon, ont formé trois groupes. Ce regroupement de combattants, principaux auteurs d’attaques et de pose d’engins explosifs improvisés sur la RN 16, principalement entre Douentza et Hombori, ont été qualifiés d’objectif militaire et l’intervention aérienne sollicitée par le poste de commandement conjoint. Les frappes aériennes effectuées par un Mirage 2000 sur le dit objectif ont fait un bilan d’une trentaine de GAT neutralisés selon les images de la mission d’observation et de surveillance. »

Jumelles et talkie-walkie

« Vers 17h00, un groupe de villageois et d’hommes armés en véhicule pick-up et motos sont arrivés sur site et ont procédé à l’inhumation des morts. Les motocyclistes et les véhicules pick-up ont récupéré les blessés avant de partir dans des directions différentes. Les rescapés ont occupé les hauteurs avec jumelles et postes talkie-walkie. L’environnement observé n’a montré ni scène de mariage, ni enfants ou femmes. Tous les renseignements recueillis en direct justifiaient que les cibles neutralisées étaient des objectifs militaires confirmés », conclut le général.

Il rappelle que la zone comprise entre Hombori et Douentza est « bien connue comme zone d’influence active de la Katiba Serma du Rassemblement pour la Victoire de l’Islam et des Musulmans (RVIM/GSIM) qui y dispose de plusieurs merkaz, centres d’entraînement, ateliers de confection d’engins explosifs improvisés, principalement à l’intérieur du triangle Dalla, Nokara et Kerena. » Réaffirmant l’engagement de l’armée malienne au strict respect des droits de l’Homme et du droit international humanitaire, il annonce l’ouverture d’une enquête par les services compétents « pour mieux comprendre ce qui s’est passé. »

De l’autre côté, l’association peule Tabital Pulaaku Mali a demandé cette enquête indépendante et réitéré ses affirmations de début de semaine.

Elle affirme qu’il s’agissait du second mariage de Sambo Diadié Samboré et Hawa Yero Diallo. Les mariés sont vivants et toujours à Bounti. Le père de la mariée est décédé dans le raid aérien qui aurait, selon l’association, eu lieu à 1 km du village, dans le champ de Hama Iddara, le père du marié. Deux victimes seulement étaient identifiables à partir de leur corps : Boura Iddara et Oussou Binguel.

L’association fournit ensuite la liste de 17 hommes tués, ainsi que deux blessés décédés un peu plus tard, l’un au centre de santé de Kikkara et l’autre « achevé au cours de son évacuation par les chasseurs à Deh, dans le cercle de Bandiagara. » Sept autres participants à la noce, également cités nommément sur la liste, seraient actuellement admis dans les formations sanitaires de la région.

Dans la communauté peule, femmes et hommes sont séparés à certains moments de la cérémonie de mariage, notamment lorsque la femme est emmenée chez son mari.

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