Best of 2018 (5/20), Issoufou, un président paranoïaque

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Face aux dérives absolutistes du pouvoir, beaucoup de Nigériens doutent des capacités du président Issoufou à faire face aux devoirs de sa charge. Le président Emmanuel Macron, lui apporte en revanche le soutien de la France.

Dans le Niger d’aujourd’hui, la moindre critique, la plus petite protestation se soldent par l’envoi au cachot sans autre forme de procès. Plus de deux cent étudiants et une vingtaine de représentants de la société civile ont été ainsi placés en détention, ces dernières semaines, pour avoir manifesté pacifiquement. Les propres conseillers du Président, qui ne le reconnaissent plus, confient en privé qu’il est désormais très irritable et ne supporte plus que des propos flatteurs et mensongers.

Or la grogne est partout au Niger, alors qu’un Etat, totalement désargenté, est condamné à multiplier les mesures d’austérité, notamment dans la dernière loi de finances. L’armée qui a pâti d’une gestion clanique sous Issoufou est en peine pour faire face au péril terroriste. Le 4 octobre 2017, la mort de quatre soldats des forces spéciales américains à Tongo Tongo au Niger a beaucoup inquiété le Pentagone qui vient de publier, le 10 Mai, un rapport d’enquête accablant sur cette embuscade. Le document évoque une «surprise tactique» et une très large supériorité numérique de l’ennemi, désigné comme appartenant à l’Etat islamique.

Des bruits de botte

Le mécontentement augmente aussi au sein de l’armée nigérienne, qui avait débarqué le prédécesseur de l’actuel président. Lequel est condamné, pour se protéger d’un mauvais coup, de laisser entendre que la France et les Etats Unis le soutiennent et se feraient forts de le protéger s’il était mis dehors brutalement. Ce qui n’est pas inexact: les déclarations publiques et stupéfiantes du président français, Emmanuel Macron, félicitant publiquement le chef de l’Etat nigérien pour les avancées démocratiques de son pays lors de son passage à Niamey en décembre 2017, rendent crédible l’analyse du pouvoir nigérien sur la position française.

Et ce n’est pas tout. Ce 18 Mai dernier et alors que la contestation s’étendait dans le pays, le président français en rajoutait, via son ambassadeur à Niamey, dans son soutien à Issoufou. L’Ambassadeur de France au Niger, Marcel Escure, est venu présenter au Chef de l’Etat nigérien une invitation d’Emmanuel Macron pour une visite officielle à Paris le 4 juin prochain. « Nous procéderons, en présence du Chef de l’Etat, à la signature de plusieurs accords de coopération avec l’Agence Française de Développement (AFD) pour un montant total d’environ 50 millions d’euros ». Le diplomate français n’a pas hésité à préciser que « la France sera très heureuse de recevoir le Président du Niger ».

Le pragmatisme que montre Emanuel Macron dans ses relations avec les potentats africains renvoie à l’idée bien incertaine que le président français se fait de l’Afrique.

Le Niger aux Nigériens !

Seulement voila, la relation fusionelle revendiquée par Niamey avec Paris éloigne encore davantage le président Issoufou de son peuple. Les protestations en effet se multiplient contre la présence militaire étrangère au Niger. Les bases française et américaine sont notamment dans le collimateur de l’opinion publique.

Il reste sans doute aux militaires nigériens d’attendre que la situation se dégrade suffisamment pour intervenir. Le scénario n’est pas absurde. Les principaux patrons de l’opposition appellent, comme le fait l’ancien Premier ministre, Hama Amadou, dans un entretien avec « Mondafrique », à une mobilisation générale.

D’après « La Lettre du Contient », une lettre confidentielle généralement bien informée, un proche du président Issoufou aurait demandé à une officine privée française, dirigée par un ancien général, « d’enquêter » sur les informateurs et les dirigeants du site Mondafrique dont les analyses n’ont pas la chance de plaire au pouvoir nigérien, un signe supplémentaire des dérives du régime.

Hama Amadou appelle à la mobilisation générale

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)