Niger, Mohamed Bazoum face à l’héritage calamiteux du Président Issoufou 

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Déclaré vainqueur du second tour de la présidentielle nigérienne, Mohamed Bazoum va devoir gérer un pays en ruines, s’il réussit à faire accepter sa victoire face à une contestation très large.

La chronique de Francis Sahel 

L’état de grâce sera de très très courte durée pour Mohamed Bazoum, candidat du pouvoir déclaré vainqueur du second tour de la présidentielle nigérienne tenu le 21 février dernier, par la Commission électorale nationale indépendante (CENI) avec 55,6% des voix contre 44,4% pour Mahamane Ousmane qui conteste ce résultat.

A supposer que l’obstacle de la contestation du résultat soit franchi, Mohamed Bazoum s’installera dans le fauteuil présidentiel d’un pays où tout est à refaire. De son mentor, Mahamadou Issoufou, qui aura passé dix années à la tête du pays (2011-2021), il hérite d’un secteur de la sécurité en lambeaux, secoué par des détournements énormes de fonds publics au ministère de la défense et un lourd tribut humain payé par les forces de défense et de sécurité (FDS) à la lutte contre le terrorisme. Tout le pari incertain sera pour lui de réconcilier le pouvoir avec les forces de défense et de sécurité.

C’est peu dire qu’entre son mentor et l’armée, ce ne fut pas le grand amour.  Lui-même n’a pas bonne presse dans les rangs et la hiérarchie militaire en raison des propos qui lui avaient été prêtés sur le « comportement ethniciste » de certains officiers nigériens. Or, du retour à la sécurité dépendent tous les autres chantiers les plus urgents.

L’école nigérienne à l’agonie

Des centaines voire des milliers de salles de classe ont été fermées dans les régions de Diffa, Tahoua et Tillabéri à cause de la menace des groupes armés terroristes. Ailleurs dans le pays où l’insécurité ne sévit pas, l’école nigérienne ne se porte guère mieux. Les taux de réussite au baccalauréat de l’enseignement secondaire et au brevet d’études du premier cycle étaient respectivement de 26,56% et 33,64%. Se démarquant de son mentor sur ce sujet, Bazoum a reconnu que l’école nigérienne était à l’agonie et qu’elle avait besoin d’un sursaut collectif.

Il ne suffit pas pourtant de vouloir « sauver » l’école nigérienne, il faut aussi en avoir les moyens. En ressources financières, en personnel de qualité, en matériel.  

Conjoncture défavorable  

Au-delà de l’école, c’est tout le développement humain qui est à refaire au Niger. Pendant les dix années de pouvoir du président Issoufou, le pays a occupé sans discontinuer la dernière place du classement de l’Indice du développement humain (IDH), établi chaque année par les Nations unies.

Preuve accablante, s’il était besoin, de la déliquescence du système nigérien, le président Issoufou, son Premier ministre Brigi Rafini, les membres du gouvernement ainsi que les hauts fonctionnaires civils et militaires nigériens se soignent à l’étranger, en Europe pour les uns au Maghreb pour les autres. Seuls les citoyens ordinaires se pressent dans les structures de santé publiques devenues des mouroirs.

Des aides extérieures limitées

L’équation à plusieurs inconnues pour le nouveau président sera donc de trouver des ressources financières pour refonder le système sanitaire nigérien. Avec une conjoncture externe et interne défavorable. Le pétrole et l’uranium, les deux principaux produits d’exportation du pays, ne se vendent plus très bien sur le marché international, entraînant une baisse substantielle des recettes de l’Etat. Accaparés par les conséquences de la pandémie de Covid 16, les bailleurs de fonds sont, quant à eux, moins généreux que d’habitude envers le Niger. Bazoum ne pourra donc pas compter sur une aide extérieure massive pour financer le redressement socio-économique du Niger. 

 Sur d’autres chantiers aussi, il lui faudra se démarquer rapidement de son mentor s’il veut faire oublier très vite les conditions controversées de son élection. Bazoum devra surtout ouvrir une nouvelle ère dans la lutte contre la corruption qui a atteint sous son mentor des proportions jamais égalées dans l’histoire du pays. Le doute sur ses capacités à y arriver est permis au regard de la large coalition qui l’a soutenu. Il devra aussi rétablir la confiance entre les Nigériens et l’institution judiciaire, malmenée et instrumentalisée pendant les dix années du pouvoir Issoufou.

Un droit d’inventaire ?

Le premier défi pour Mohamed Bazoum sera de trouver le moyen de s’affranchir totalement de son mentor. Le président nigérien va-t-il exercer le « droit d’inventaire » comme l’Angolais Joao Laurenço avec son prédécesseur Dos Santos ou le Mauritanien Ghazouani avec son ex-mentor Ould Abdel Aziz ?  

  

 



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9 COMMENTS

  1. Cet Bazoum servira de bétail diplomatique pour les intérêts étrangers. Il ne fera rien de bon pour le Niger. Ils font l’utiliser comme ils veulent.

  2. Ces dix ans de gouvernance étaient une malédiction pour le Niger.

    Bazoum, même si son mentor réussit à l’imposer au Niger comme président ne réussirait rien dans ce Niger fracturé, profondément divisé.

    Il serait redevable au système qui l’a imposé et par conséquence il serait prisonnier dudit système autour duquel gravitent tous les corrompus à poursuivre.

    Il allait peut-être espérer réussir s’il était bien élu. Il pourrait ainsi bénéficier du concours de la majorité des nigérien-nes dans ce combat. Mais seul face au système dont il est lui-même issu, et contesté par les autres, il ne pourra rien changer ou réussir.

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