Niger, le « Monde » accusé d’avoir trahi les propos de Moussa Tchangari

Moussa Tchangari, Secrétaire général Alternative Espaces Citoyens

Moussa Tchangari, leader historique de la société civile nigérienne, a dénoncé hier sur son compte facebook, le détournement de ses propos par un journaliste du Monde, Christophe Châtelot, dans un article intitulé « Bazoum, favori de la présidentielle « … et candidat du pouvoir.

Moussa Tchangari, une personnalité irréprochable de la société civile nigérienne, estime avoir été utilisé par « le Monde » comme « une caution » pour justifier la thèse que des élections présidentielles libres et indépendantes se seraient tenues au Niger.« L’article est bien construit, explique-t-il, puisque le journaliste commence son article en rappelant que je ne peux être accusé de mansuétude à l’égard du pouvoir de Niamey. Ce qui est vrai, compte tenu de mes positions». Moussa Tchangari a payé en effet de plusieurs mois d’emprisonnement ses combats pour la démocratie et les droits de l’Homme depuis l’élection à la Présidence de Mahamadou Issoufou en 2011.

Et le fondateur et secrétaire général de l’ONG Alternative Espaces Citoyens de poursuivre: « À travers son article, , M. Châtelot laisse entendre d’abord que j’ai jugé le processus électoral globalement positif, alors que, tout au long de notre entretien d’au moins une heure, je lui ai expliqué que l’opposition est restée en dehors de la commission chargée de veiller à la régularité du scrutin, la CENI, faute de consensus. Sur ce point, je lui ai suggéré de chercher à savoir quelles étaient les revendications de l’opposition, et quelles réponses elle a obtenu de la part des autorités » 

Bourrages des urnes

« En outre, je lui ai clairement expliqué que l’opposition a fait cas de fraudes, bourrages des urnes et autres concernant déjà le 1er tour de l’élection. J’ai également rappelé que des terminaux de lecture des cartes d’électeurs n’avaient pas été installés, suggérant par là-même que l’introduction de la biométrie, censée être la solution magique aux fraudes et aux bourrages des urnes, n’avait pas fonctionné. »

« Selon M. Châtelot, j’aurais salué comme un mérite notable le fait que le Président Issoufou ne fasse pas comme d’autres Présidents africains, alors que je n’ai même pas évoqué cela lors de notre entretien. (…) Je ne suis pas l’auteur de la citation suivante qu’il m’attribue (…) : « l’idée est de décrédibiliser la victoire de Mohamed Bazoum ».  Ce que j’ai dit est que, de mon point de vue, une éventuelle victoire de Bazoum sera contestée, parce que ses adversaires ont contesté sa légitimité même à être candidat. »

« Bien entendu, poursuit Moussa Tchangari, j’ai exprimé mon indignation face au ton donné à la campagne, avec des discours aux relents identitaires. Je continue d’ailleurs à croire que ces discours sont dangereux pour la cohésion nationale. » 

« Collusion » avec les terroristes

Coup de pied de l’âne, il termine son propos en précisant que « Christophe Châtelot s’est même trompé concernant (mon) dossier judiciaire, en affirmant que celui-ci est bâti sur l’utilisation opportune de lois limitant l’organisation d’une manifestation en temps de COVID 19, alors que je lui ai longuement expliqué que mon dossier judiciaire non encore clos concerne plutôt les poursuites engagées contre moi en 2015, suite à mon arrestation par la police anti-terroriste sous l’accusation de collision avec Boko-Haram.»

Moussa Tchangari est originaire de l’est du pays et ses prises de position en faveur du respect des droits de l’Homme dans sa région natale, alors que les attaques de Boko Haram commençaient, lui avaient valu ces accusations proprement ridicules lorsqu’on connaît son bagage intellectuel et idéologique. Il avait d’ailleurs bénéficié d’un large soutien international dans la communauté des défenseurs des droits humains. 

 

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