Niger, Hama investi par son parti pour la présidentielle

Arrivée de Hama Amadou au meeting de Dosso le 19 septembre.
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Hama Amadou a été confirmé samedi par les délégués de son parti, le MODEN-FA Lumana, comme candidat à l’élection présidentielle du 27 décembre au Niger. L’ancien Premier ministre affirme que sa candidature sera examinée par la Cour constitutionnelle.

Ce week-end met un terme à la querelle de leadership qui régnait à la tête du parti depuis des mois. Le bain de foule enthousiaste, voire étouffant, qui a salué l’arrivée du chef de file de l’opposition, en bonnet et boubou clairs, à l’arène de lutte traditionnelle de Dosso pour son premier meeting de candidat, atteste de sa popularité au sein du parti qu’il a fondé il y a plus de dix ans. Les gros bras du parti, en muscles et tee-shirt orange, ont dû batailler pour libérer le passage de leur leader.

A l’occasion du meeting qui a suivi le congrès, flanqué des chefs des partis membres de la coalition de l’opposition CAP-21, Hama s’est adressé aux 4500 militants et sympathisants qui avaient fait le déplacement dans les deux langues les plus parlées du pays, le zarma et le haussa.

Remerciant ses supporters pour leur mobilisation, il a réaffirmé qu’il serait bel et bien candidat, malgré les obstacles juridiques posés sur sa route, et exposé en quelques mots sa stratégie.

En effet, Hama Amadou a été condamné pour supposition d’enfant à un an d’emprisonnement dans l’affaire des bébés importés, et cette peine, qu’il a fini de purger pendant la pandémie de Covid-19, peut entraîner la privation de ses droits civiques et politiques en vertu du code électoral, et le rendre, de ce fait, inéligible.

Enonçant les deux conditions prévues par la Constitution du Niger pour se présenter aux élections présidentielles, l’ancien Premier ministre a rappelé qu’il fallait être nigérien d’origine et jouir de ses droits civiques et politiques. Il a affirmé qu’il n’avait jamais été privé par un juge de ses droits civiques et politiques et qu’il ne voyait pas comment le parti rose au pouvoir pouvait l’en priver quand le juge lui-même ne l’avait pas fait. « Je remplis les deux critères et je suis candidat », a-t-il martelé en zarma. « Je réaffirme que ma candidature sera bien sur le bureau de la Cour constitutionnelle. »

Evoquant l’hypothèse d’une invalidation de sa candidature tandis que celle du candidat du parti au pouvoir, Bazoum Mohammed, serait autorisée par les juges suprêmes, il a estimé que « si par hasard » tel était le cas, « nous serions tous perdus ». Faisant allusion aux accusations de certains détracteurs du candidat rose selon lesquelles ses parents seraient, selon les versions, libyens ou tchadiens, ce qui constituerait un obstacle légal à sa candidature, Hama a déclaré que « pour l’instant, on ne fait pas de cela l’objet d’un débat », mais que si sa propre candidature était invalidée, il en irait autrement.

En somme, le candidat lumaniste met la Cour constitutionnelle devant ses responsabilités politiques concernant la validation des candidatures, sujet qui prend, pour ce scrutin, un relief historique. Il esquisse une sorte de troc permettant aux deux poids lourds de la politique nigérienne de s’affronter dans les urnes, malgré les faiblesses juridiques de leurs candidatures respectives de part et d’autre. Le juge d’appel qui a prononcé la condamnation de Hama Amadou à un an d’emprisonnement n’a pas assorti cette peine de la mesure de privation des droits civiques et politiques. Bazoum Mohamed, lui, affirme être né au Niger de parents nigériens.

Enfin, l’opposant a achevé son propos par un discours plus politique, revenant sur le scandale des détournements de fonds au ministère de la Défense et ses conséquences sur la qualité de l’armement et de la formation des soldats en guerre contre les groupes armés terroristes, dans une capitale régionale, Dosso, qui a longtemps été la principale garnison du pays.

Le même jour, la conférence ordinaire du parti avait été réunie pour désigner un président par intérim et préparer les deux motions principales soumises au vote du congrès : la candidature de Hama Amadou et l’élection du président du parti. Noma Oumarou, le président par interim qui semait la zizanie à la tête du parti depuis des mois, a été suspendu puis exclu de Lumana par les deux instances, avec cinq de ses militants.

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