Dans un contexte d’escalade régionale, les États-Unis ont ordonné l’évacuation du personnel non essentiel de leur ambassade à Beyrouth. Mesure présentée comme temporaire, elle intervient sur fond de frappes israéliennes, de tensions avec l’Iran et de fragilité persistante au Liban.

Les États-Unis ont décidé, lundi 23 février 2026, d’évacuer le personnel non essentiel ainsi que les membres éligibles de leurs familles de leur ambassade à Beyrouth. Officiellement, la décision est dictée par la prudence. « Le Département d’État a ordonné le départ du personnel gouvernemental américain non essentiel », a indiqué un responsable américain. L’ambassade demeure opérationnelle avec un noyau de personnel essentiel, chargé d’assurer la continuité des services diplomatiques et consulaires. « L’ambassade reste opérationnelle (…) Il s’agit d’une mesure temporaire visant à assurer la sécurité de notre personnel », a précisé la même source.
Environ quarante personnes auraient quitté le territoire via l’aéroport international de Beyrouth, selon une source sécuritaire libanaise. Washington souligne procéder à une réévaluation permanente de l’environnement sécuritaire régional. Cette décision n’est pas isolée : elle s’inscrit dans un mouvement plus large de renforcement militaire américain au Moyen-Orient, alors que le président Donald Trump évoque ouvertement la possibilité de frappes contre l’Iran en l’absence d’accord sur son programme nucléaire.
Un climat régional inflammable
La mesure américaine intervient quelques jours après des frappes israéliennes dans la vallée de la Bekaa, à l’est du Liban, ayant coûté la vie à plusieurs membres du Hezbollah, dont un commandant, selon le mouvement. Ces bombardements se poursuivent en dépit du cessez-le-feu conclu en novembre 2024 entre Israël et le Hezbollah, au terme d’un an d’affrontements transfrontaliers.
Un responsable du Hezbollah, Mahmoud Qamati, a appelé à la poursuite de la confrontation. « Quelle autre option avons-nous à part la résistance ? Nous n’en avons pas d’autre », a-t-il déclaré. De son côté, un député du mouvement a demandé la suspension des réunions du comité de surveillance du cessez-le-feu « jusqu’à ce que l’ennemi arrête ses attaques ».
Dans ce contexte, Beyrouth apparaît comme un point de vulnérabilité stratégique. Frontalière d’Israël, ancrée dans un équilibre politique fragile et abritant un acteur armé puissant soutenu par Téhéran, la capitale libanaise se situe au croisement des lignes de fracture régionales.
Le Hezbollah, acteur externe et facteur interne d’instabilité
Au-delà du risque de confrontation entre Israël et l’Iran, la présence du Hezbollah constitue également une menace interne pour le Liban lui-même. Milice pro-iranienne disposant d’un arsenal militaire autonome, le mouvement agit de facto en parallèle du pouvoir légitime libanais. Cette logique de « cavalier seul » affaiblit l’autorité de l’État et expose le pays à des représailles ou à des escalades décidées hors du cadre institutionnel.
Le gouvernement libanais a récemment annoncé que l’armée disposerait d’un délai de quatre mois, renouvelable, pour mettre en œuvre la deuxième phase d’un plan visant à désarmer le Hezbollah. Mais les progrès sont jugés insuffisants par Israël, et la réalité du rapport de force interne rend l’objectif incertain.
Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, plus de 370 personnes auraient été tuées dans des raids israéliens au Liban, selon un décompte fondé sur des données officielles libanaises. L’armée israélienne affirme cibler le Hezbollah et ses infrastructures, l’accusant de se réarmer avec le soutien de l’Iran.
Pression maximale sur Téhéran
En toile de fond, la tension entre Washington et Téhéran s’est intensifiée. Le président Trump a ordonné le déploiement de forces navales et aériennes supplémentaires dans la région. « Toutes les options sont sur la table », a-t-il récemment déclaré. L’administration américaine affirme vouloir empêcher l’Iran d’accéder à l’arme nucléaire et maintient une pression diplomatique et militaire accrue.
Dans ce schéma, le Liban pourrait devenir un théâtre direct et indirect d’affrontement. Les États-Unis redoutent d’éventuelles représailles iraniennes via des acteurs alliés, au premier rang desquels le Hezbollah. L’évacuation partielle de l’ambassade s’analyse ainsi comme une mesure préventive face au risque d’une escalade aussi rapide qu’asymétrique.
Pour le Liban, déjà fragilisé par une crise économique persistante et une paralysie institutionnelle chronique, cette décision américaine est un signal supplémentaire d’isolement et d’incertitude. Le pays reste classé au niveau d’alerte maximal par Washington « ne pas voyager », ce qui pèse sur les investissements et le tourisme.
Le pays du Cèdre, une fois encore, se retrouve en ligne de mire, non comme initiateur du conflit, mais comme terrain d’impact possible d’une confrontation qui le dépasse largement.





























