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Liban : l’évacuation sans précédent de la banlieue sud de Beyrouth

Banlieue sud de Beyrouth

Après un ordre d’évacuation inédit visant toute la banlieue sud de Beyrouth, des dizaines de milliers d’habitants ont fui dans la panique. Au lendemain des bombardements israéliens, le Liban fait face à un déplacement massif de population et à une crise humanitaire incertaine.

Jeudi, en fin d’après-midi, l’armée israélienne a lancé un avertissement d’une ampleur inédite aux habitants de la banlieue sud de Beyrouth. Dans un message diffusé sur le réseau X, le porte-parole arabophone de l’armée israélienne, Avichay Adraee, a appelé les habitants de plusieurs quartiers, notamment Haret Hreik, Bourj el-Barajneh, Hadath et Chiyah, à évacuer immédiatement leurs domiciles afin de préserver leur vie.

Les instructions étaient précises. Les habitants de Bourj el-Barajneh et Hadath étaient invités à se diriger vers l’est en direction du Mont-Liban par l’axe Beyrouth-Damas. Ceux de Haret Hreik et Chiyah devaient rejoindre soit le nord du pays vers Tripoli, soit l’est par l’autoroute rapide du Metn. L’armée israélienne insistait également sur un point essentiel. Toute tentative de se diriger vers le sud exposerait les civils à un danger immédiat.

Dans les conflits récents, les avertissements israéliens concernaient le plus souvent un immeuble précis ou un périmètre limité. Cette fois, ce sont des quartiers entiers, où vivent des centaines de milliers de personnes, qui ont été appelés à se vider en quelques heures.

La réaction de la population a été immédiate. Dans plusieurs rues, des tirs en l’air ont été entendus pour alerter les habitants de l’imminence des frappes. Très rapidement, d’immenses embouteillages se sont formés aux abords de la banlieue sud. Des colonnes de voitures ont quitté Haret Hreik, Bourj el-Barajneh, Hadath ou encore Chiyah.

Au-dessus de la capitale, le bruit des drones et des avions de chasse israéliens était clairement audible. Quelques heures plus tard, les bombardements commençaient.

Frappes, affrontements et escalade militaire

Dans la soirée de jeudi, l’armée israélienne a mis ses menaces à exécution en menant une série de raids aériens violents sur différents quartiers de la banlieue sud. Les explosions ont été entendues dans toute la capitale.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, de nouvelles frappes ont provoqué des incendies et d’importants dégâts matériels. Aucun bilan précis des victimes n’était encore disponible dans l’immédiat.

D’autres frappes ont visé la Békaa et le sud du Liban. Jeudi matin déjà, plusieurs attaques avaient touché différentes régions du pays. Dans le sud, six membres de deux familles ont été tués dans des bombardements sur leurs villages, selon l’Agence nationale d’information. Dans l’est, une frappe contre une voiture sur la route menant à Zahlé a fait deux morts. La veille, trois personnes avaient été tuées dans deux frappes visant des voitures près de la route de l’aéroport de Beyrouth.

Depuis le début de l’escalade, le ministère libanais de la Santé recense au moins 123 morts et 683 blessés. Les autorités évoquent également près de 90 000 déplacés.

Cette nouvelle phase du conflit intervient après une attaque du Hezbollah contre Israël lundi. Le mouvement chiite affirmait vouloir venger la mort du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei. Israël a immédiatement répliqué par une campagne de frappes massives.

Sur le terrain, les combats semblent s’intensifier. Le Hezbollah affirme avoir mené plusieurs attaques contre le nord d’Israël et a appelé les habitants des zones proches de la frontière à évacuer. Le mouvement a également signalé pour la première fois des affrontements directs avec des soldats israéliens entrés dans le village de Khiam.

Parallèlement, l’armée israélienne poursuit sa progression dans le sud du Liban. Israël affirme avoir pris le contrôle de nouvelles positions afin de créer une zone tampon. Selon une source diplomatique citée à Beyrouth, les autorités libanaises ont été informées qu’Israël pourrait chercher à contrôler une bande de territoire de dix à quinze kilomètres de profondeur au nord de la frontière.

Les appels à l’évacuation visant une vaste partie du sud du Liban, représentant environ huit pour cent du territoire national, suscitent de vives critiques. L’organisation Human Rights Watch estime qu’ils pourraient être fortement susceptibles de violer les lois de la guerre.

Un déplacement massif et un pays sous pression

Au lendemain de ces événements, vendredi, les conséquences humanitaires deviennent visibles.

Selon des estimations relayées par des sources humanitaires, plus de 83 847 personnes avaient déjà quitté le Liban-Sud avant même le dernier ordre d’évacuation visant la banlieue sud de Beyrouth. Ce chiffre représente plus de 18 000 familles. À cela s’ajoutent environ 65 000 déplacés internes enregistrés depuis 2024.

L’évacuation de la banlieue sud a amplifié ce mouvement. En quelques heures, des quartiers entiers se sont vidés. Des rues habituellement saturées de circulation sont devenues presque silencieuses.

La majorité des habitants a cherché refuge dans les régions les plus accessibles, notamment dans le Mont-Liban. Baabda, Aley, le Chouf ou certaines zones du Metn ont accueilli une grande partie des déplacés. Beaucoup de familles de la banlieue sud possèdent en effet des résidences secondaires dans ces régions ou disposent de proches capables de les héberger temporairement.

Mais ces réseaux de solidarité, traditionnellement la première ligne de secours dans les crises libanaises, commencent à atteindre leurs limites.

Face à l’afflux de déplacés, la ministre des Affaires sociales libanaise, Hanine Sayed, a annoncé que l’ensemble des écoles et universités publiques du pays seraient ouvertes afin d’être transformées en centres d’hébergement d’urgence.

Le gouvernement libanais appelle également les familles déplacées à se diriger vers le nord du pays, notamment vers l’Akkar et le Liban-Nord, ainsi que vers la Békaa où des capacités d’accueil sont en cours de mobilisation.

Plusieurs infrastructures pourraient également être utilisées pour accueillir les déplacés. La Cité sportive de Beyrouth, la gare routière Charles Hélou et la piscine olympique de Dbayeh figurent parmi les sites envisagés.

Dans les faits, le réseau scolaire public constitue la principale infrastructure mobilisable rapidement. Mais de nombreuses écoles ne sont pas adaptées pour accueillir des familles sur une longue durée. Les problèmes d’accès à l’eau, aux sanitaires ou encore la gestion des espaces de vie compliquent la situation.

Par ailleurs, 399 établissements avaient déjà été mobilisés lors des précédentes vagues de déplacements liées aux bombardements dans le sud du Liban. Leur disponibilité est donc aujourd’hui partiellement réduite. Les autorités évoquent encore quarante-deux centres susceptibles d’être activés si la situation continue de se détériorer.

« Le Liban n’a pas choisi cette guerre »

Vendredi, le Premier ministre libanais Nawaf Salam a alerté la communauté internationale sur la gravité de la situation.

Lors d’une rencontre avec les ambassadeurs arabes et étrangers accrédités au Liban, il a mis en garde contre le risque d’un désastre humanitaire provoqué par les déplacements massifs de population.

Le chef du gouvernement libanais a également tenu à rappeler la position officielle de l’État. Le Liban, a-t-il affirmé, n’a pas choisi cette guerre.

Il a insisté sur un principe qu’il juge essentiel dans le contexte actuel. La décision de faire la guerre ou la paix doit rester entre les mains de l’État libanais.

Cette déclaration intervient alors que le pays a été entraîné dans le conflit à la suite d’une attaque du Hezbollah contre Israël. Une décision qui illustre une nouvelle fois le décalage profond entre la stratégie du mouvement armé et celle des institutions libanaises.

En agissant de manière autonome, le Hezbollah a de facto engagé le Liban dans une confrontation régionale sans que l’État n’ait eu son mot à dire. Pour de nombreux responsables politiques, cette logique de décision unilatérale place aujourd’hui le pays dans une situation extrêmement dangereuse.

Plusieurs initiatives diplomatiques avaient pourtant été évoquées ces dernières semaines. Des propositions françaises avaient notamment été discutées. Elles prévoyaient la remise progressive des armes du Hezbollah à l’État libanais en échange d’un arrêt des frappes israéliennes et d’un mécanisme international de sécurité le long de la frontière.

Ces propositions n’ont jamais été concrétisées. Le Hezbollah a continué d’agir selon sa propre logique stratégique, au risque d’entraîner le pays dans une spirale de confrontation qu’il ne contrôle plus.

Dans ce contexte, certains responsables libanais estiment que le mouvement chiite agit désormais comme un acteur militaire autonome qui engage le pays dans la guerre sans assumer les conséquences politiques, économiques et humaines de ses décisions.

Une banlieue sud vidée et un avenir incertain

Vendredi matin, au lendemain de l’évacuation, la banlieue sud de Beyrouth offre un visage inhabituel. Des quartiers entiers se sont vidés de leurs habitants.

Mais les bombardements ne se sont pas arrêtés pour autant.

Depuis l’aube, les frappes israéliennes continuent de viser la Banlieue sud de Beyrouth par vagues successives. Les explosions résonnent dans une zone largement désertée, où de nombreuses familles ont quitté leurs maisons dans la précipitation.

Pour les dizaines de milliers de déplacés, l’attente commence. Beaucoup ignorent combien de temps durera leur exil temporaire. D’autres redoutent déjà l’état dans lequel ils retrouveront leurs logements.

Le Liban a connu de nombreux déplacements de population au cours de son histoire récente. Mais l’ampleur et la rapidité de l’évacuation de la banlieue sud marquent une étape supplémentaire dans la guerre en cours.

Alors que les bombardements se poursuivent et que les routes restent encombrées de familles en fuite, une question demeure. Combien de temps le pays pourra-t-il absorber ces vagues de déplacements successives si les frappes et les ordres d’évacuation continuent de se multiplier.