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La République islamique iranienne peut-elle encore tenir ?

« L’Iran sera incapable de résister longtemps aux frappes aériennes israélo-américaines », affirme le quotidien israélien Haaretz. Plusieurs jours après la décapitation du régime et la mort de l’ayatollah Khamenei, une question domine : combien de temps la République islamique peut-elle encore tenir ? Il est prévisible que le système survive un moment, que les hiérarques survivants arrivent à se maintenir au pouvoir et que le régime se radicalise, redoute le Wall Street Journal.

Le Moyen-Orient dans la presse anglophone, par Bruno Philip

Aux lendemains de la décapitation de la République islamique d’Iran, à commencer par la « tête suprême », l’ayatollah Khamenei, la question essentielle qui se pose aujourd’hui est de savoir combien de temps peut tenir le régime et quels sont les scénarios plausibles pour les « jours d’après ».

Selon certains experts militaires, il est probable que Téhéran n’ait pas les moyens de résister très longtemps, car l’Iran va arriver, dans un futur relativement proche, à court de munitions. Si l’on en croit l’ancien commandant de la défense aérienne israélienne, le général Pini Yungman, cité dimanche par le quotidien Haaretz, « étant donné que les Iraniens ont déjà tiré entre 150 et 175 missiles sur Israël, en plus de leurs tirs sur les pays du Golfe, dont l’Arabie saoudite, ils en ont donc déjà utilisé environ 250 au total. Cela signifie qu’ils en ont encore assez pour maintenir cette pression pendant quelques jours, mais pas pendant des mois, ni même des semaines. »

L’Iran ayant tiré depuis cet entretien de nombreux missiles sur Israël et les pays voisins du Moyen-Orient, sans compter les drones, les derniers chiffres font penser que le régime de Téhéran a en effet bien dégarni ses stocks : plus de 500 missiles auraient été tirés. Selon le Jerusalem Post, les réserves balistiques iraniennes se monteraient à au moins 2 500, chiffres datant d’avant le début des frappes israélo-américaines.

Les jeux ne sont pas faits, cependant. Même si le régime de Téhéran semble bien être dans la situation d’un navire en perdition par gros temps, le bateau n’a pas encore coulé. Ainsi, le Corps des gardiens de la révolution islamique (pasdaran), véritable cœur du réacteur du système, reste en place et en position de force, au moins au plan politique : il possède une armée de 200 000 soldats, à quoi s’ajoute un million, voire plus, de « basijis », ou volontaires, véritables nervis de la « révolution », prêts à tout pour tuer, punir, réprimer.

Et s’il est évident que tous sont « largement surclassés en termes d’armement » par les États-Unis et Israël, comme le souligne le Wall Street Journal, le quotidien ajoute qu’il « faudra sans doute des semaines, voire des mois, de frappes aériennes supplémentaires et d’autres actions militaires pour paralyser cette organisation ». Résultat, « le régime iranien risque de se maintenir au pouvoir et de devenir encore plus répressif, car les radicaux ayant survécu aux premières frappes américaines et israéliennes pourraient déchaîner les milices armées des pasdarans dans l’espoir de s’accrocher au pouvoir ».

Si l’on fait se télescoper les affirmations de l’expert israélien et les prévisions du WSJ, on peut donc raisonnablement anticiper la situation suivante : l’Iran va être rapidement incapable de continuer à résister aux attaques aériennes faute de missiles, même si les forces de Téhéran les économisent, mais le régime peut survivre en termes de contrôle militaire et politique sur le terrain, compte tenu du fait qu’il est douteux, pour l’heure, que Donald Trump ose envoyer ses « boys » en Iran.



Les figures les plus radicalisées du régime

Quel scénario peut-on donc imaginer pour les semaines à venir et quelle forme pourrait prendre la transition si l’on écarte l’hypothèse d’un écroulement rapide du gouvernement et des institutions qui ont forgé la République islamique depuis son avènement, en 1979 ?

Le Wall Street Journal, dans un article très complet publié dimanche sur son site, estime également que l’actuel gouvernement, actuellement présidé par Massoud Pezechkian, qui a survécu aux frappes israélo-américaines et appelé à venger la mort du « Guide », pourrait « évoluer vers une forme de dictature militaire sous le contrôle des Gardiens de la révolution ». Il est difficile d’imaginer l’émergence d’une figure comme Delcy Rodríguez, la vice-présidente vénézuélienne qui s’est alignée sur la ligne de Washington depuis la capture de Nicolás Maduro lors d’un raid américain début janvier, selon les analystes.

L’article du Journal cite à cet égard l’expert Mohammed Albasha, créateur d’une société de conseil en gestion de risques basée à Washington, qui estime que la mort de Khamenei « renforce les éléments les plus radicaux et militarisés du régime, aucune opposition organisée n’étant prête à saisir cette opportunité ». Il pense par ailleurs que « s’il existe des pragmatiques au sein des Gardiens, ceux-là ne sont peut-être pas prêts à renier une idéologie qu’ils défendent depuis des années », une réalité qui vaut surtout pour les plus âgés, qui ont fait leurs armes comme soldats durant la sanglante guerre Iran-Irak dans les années quatre-vingt.

Kasra Aarabi, chercheuse spécialisée sur les pasdarans, également citée dans le même article, enfonce le clou : « Les Gardiens de la révolution sont une force extrêmement radicalisée et endoctrinée : l’idée qu’ils changent de camp me semble donc improbable. »

Dans le New York Times, Sanam Vakil, la directrice du département Moyen-Orient du think tank londonien Chatham House, nuance le propos mais en arrive à des conclusions similaires : si elle estime que la République islamique « ne va pas survivre » à ces frappes israélo-américaines et que le Moyen-Orient « ne sera plus le même » après le samedi 28 février, le nouveau leadership « post-Khamenei » pourrait tout à fait être encore plus hostile à Washington que ne l’était son prédécesseur, tout particulièrement si le nouveau régime est dominé par les Gardiens de la révolution, même sous l’égide d’un dirigeant plus flexible que l’ayatollah mort sous les bombes.

Il faut dire qu’un tel dirigeant aura fort à faire pour prolonger l’existence d’un système profondément affaibli et qu’il lui faudra se concentrer, estime encore Mme Vakil, « sur les divisions internes du nouveau pouvoir, les questions de sécurité internes et le chaos économique ».

Seule certitude aujourd’hui : le régime, qui se préparait depuis des semaines, voire des mois, à une attaque américaine de plus grande ampleur que celle de la « guerre des 12 jours » en juin 2025, avait élaboré des plans d’urgence en cas de décès de Khamenei.

Pour le Wall Street Journal, les « successeurs potentiels, notamment Hassan Khomeini, petit-fils du fondateur du régime, l’ayatollah Rouhollah Khomeini, ne possèdent ni son envergure ni ses relations au plus haut niveau ». Selon le WSJ, « l’une des possibilités envisagées serait de confier la direction du pays à deux hauts dignitaires religieux, épaulés par le chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni-Ejei », si l’on en croit les affirmations de responsables non identifiés contactés par le quotidien new-yorkais.


Mojtaba Khamenei

Deux hommes avaient déjà émergé pour assurer la transition du pouvoir politique en attendant la nomination d’un nouveau « Guide de la révolution » : Ali Larijani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, et Mohammad Bagher Ghalibaf, l’actuel président du Parlement, étaient désormais considérés, en attendant de nouveaux développements, comme les deux hommes forts du régime.

Depuis longtemps pressenti pour succéder à son père, l’ayatollah Ali Khamenei, Mojtaba Khamenei apparaît désormais comme le candidat pressenti pour reprendre le flambeau après avoir survécu aux frappes israélo-américaines. Second fils du Guide suprême, il n’occupe aucune fonction officielle au sein du gouvernement de la République islamique, mais serait, d’après Reuters, « connu pour entretenir des liens étroits avec les Gardiens de la Révolution ».

Ou ce qu’il en reste.