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Israël à court de boucliers face aux frappes iraniennes?

Le conflit entre Israël et l’Iran révèle une fragilité moins commentée : l’érosion des stocks défensifs israéliens. Selon le Wall Street Journal, l’État hébreu rationne désormais ses intercepteurs les plus sophistiqués, tandis que la région entière subit l’usure d’une guerre longue, coûteuse et technologiquement exigeante sur la durée comme jamais auparavant.

Le Moyen-Orient dans la presse internationale

par Bruno Philip

Le Wall Street Journal révèle que l’État hébreu est désormais contraint d’économiser ses systèmes les plus sophistiqués destinés à la défense de son ciel, alors que les opérations de frappes contre l’Iran se prolongent et, du même coup, les frappes iraniennes sur Israël.

On savait que, contrairement à ce que Trump pensait, le régime iranien ne s’écroulerait ni en quelques jours ni en quelques semaines, même si la République islamique est désormais un navire en grand péril. Ce que l’on savait moins, c’est que, contrairement aux prévisions optimistes des Américains et des Israéliens, les Iraniens n’épuiseraient pas si rapidement leurs stocks d’armements, même s’ils économisent leurs munitions et s’attachent désormais davantage à tirer leurs missiles à bon escient plutôt qu’à bombarder à tout va les pays du Golfe et Israël. Mais ce que l’on ne savait pas du tout, et que le Wall Street Journal vient de révéler, c’est qu’Israël est, lui aussi, désormais contraint de faire des économies sur ses systèmes balistiques les plus sophistiqués…

« Israël a commencé à rationner l’utilisation de ses intercepteurs de missiles de pointe, dans l’espoir de préserver ses stocks d’armes défensives les plus performantes face aux bombardements iraniens quotidiens qui se poursuivent depuis quatre semaines », écrit le grand quotidien de la finance new-yorkaise le 27 mars. Les récentes frappes sur Dimona et Arad, villes situées au sud du pays, dans le désert du Néguev, ont été un révélateur des faiblesses du « dôme de fer » israélien, censé protéger le pays contre les missiles iraniens, du Hezbollah, houthis, etc. Près de deux cents personnes ont été blessées, certaines grièvement.

Depuis le début des frappes israélo-américaines sur l’Iran, ainsi que durant la « guerre des douze jours » contre le régime de Téhéran, en juin dernier, l’État hébreu a certes utilisé, non sans succès, ses intercepteurs de type « Arrow », fleuron de la technologie israélienne destiné à abattre des missiles, ainsi que les versions améliorées de son système de « Fronde de David », conçu pour intercepter des roquettes à courte portée. Mais si le « dôme » a tenu bon face aux lancements conjugués des Iraniens et des milices du Hezbollah au Liban, la régularité des attaques vient donc de forcer Israël à utiliser des munitions moins performantes pour garder suffisamment de réserves. Le WSJ précise que cette décision d’ordre militaire « reflète la pression que subissent Israël, mais aussi toutes les forces armées de la région, notamment les monarchies du Golfe, qui épuisent leurs stocks d’armes coûteuses et difficiles à fabriquer pour se défendre contre les attaques de missiles et de drones produits en masse par l’Iran ».

Une guerre d’usure technologique

Depuis le début du conflit, il y a un peu plus d’un mois, le « Journal » a calculé que l’Iran a tiré plus de 400 missiles et des centaines de drones sur le seul Israël. Chaque fois qu’un nouveau missile arrive dans le ciel israélien, les responsables militaires doivent décider s’il est possible de le laisser aller s’écraser dans une zone désertique sans causer de dommages, ou de l’abattre, et, si oui, avec quoi. Le quotidien américain rappelle ainsi que le système de défense aérienne « multicouche » d’Israël, développé en grande partie en collaboration avec les États-Unis, utilise différentes munitions adaptées à différents types de menaces balistiques, avec, au sommet, son « Arrow 3 », destiné à contrer les missiles à longue portée et qui serait l’un des meilleurs systèmes de ce type dans le monde.

Or, l’État hébreu est entré dans le conflit avec des stocks d’« Arrow » en baisse en raison de la précédente offensive aérienne contre l’Iran, en juin. C’est pourquoi, précise de son côté le Jerusalem Post, qui vient de faire état du scoop du WSJ dans son édition du 28 mars, les autorités israéliennes « préservent désormais ces intercepteurs haut de gamme, préférant se tourner vers des versions améliorées de la “Fronde de David” pour faire face à des missiles de longue portée, systèmes qui n’avaient originellement pas été conçus pour répondre à de telles menaces ». (On l’a dit plus haut, ce système est surtout destiné à abattre des roquettes.)

Ces pénuries possibles à terme, alors que le conflit se prolonge, interviennent par ailleurs dans un contexte mondial sous tension, la demande d’armements commençant parfois à être plus rapide que le rythme de fabrication de ces mêmes armes. Les pays du Golfe, comme les Émirats arabes unis (EAU), le Qatar et Bahreïn, ont ainsi demandé aux États-Unis de leur fournir des intercepteurs. Washington leur a donné des systèmes anti-drones, ce « missile du pauvre » étant utilisé, et produit, en masse par Téhéran, qui semble pouvoir tirer à foison ses « Shahed »…

L’heure pourrait ainsi être à l’économie généralisée et donc à la retenue : « Ces dernières semaines, des années de production [de missiles] ont été anéanties », a déclaré au Wall Street Journal Tom Karako, directeur du projet de défense antimissile au Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS), basé à Washington. Il a ajouté : « Même si nous atteignons le plein potentiel de production avec l’accélération des missions à venir, ce qui est indispensable, il faudra encore de nombreuses années avant de remplacer les capacités qui viennent d’être utilisées. » Selon un certain nombre d’analystes, dont M. Karako, le modèle choisi de lutte contre l’Iran ne serait ainsi pas « viable à long terme ». Les ressources mondiales en termes de missiles « sont rares », rappelle l’expert, qui conclut : « Nous ne pouvons pas continuer ainsi. »